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Publié le 7 Avril 2026

La Finta Giardiniera (Wolfgang Amadé Mozart – SalvatoreTheater de Munich, le 13 janvier 1775)
Représentation du 24 mars 2026
MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint Denis de Bobigny

Don Anchise – le podestat Yu Shao
Le comte Belfiore Bergsvein Toverud
Sandrina (la marquise Violante Onesti) Isobel Anthony
Le chevalier Ramiro Amandine Portelli
Arminda Daria Akulova
Serpetta Sima Ouahman
Nardo (Roberto) Clemens Frank

Direction musicale Chloé Dufresne
Mise en scène Julie Delille
Artistes en résidence à l’Académie
Musiciens de l'Orchestre Ostinato                    
 Amandine Portelli (Le chevalier Ramiro
)

C’est à un spectacle subtilement euphorisant qu’il a été possible d’assister lors de la première de ‘La Finta Giardiniera’ interprétée par l’Académie de l’Opéra de Paris, dans la salle principale de la Maison de la Culture de Seine-Saint Denis de Bobigny, tant les chanteurs se sont montrés d’une justesse de caractérisation traduisant un excellent travail de préparation et de répétitions.

Isobel Anthony (Sandrina, la marquise Violante Onesti)

Isobel Anthony (Sandrina, la marquise Violante Onesti)

Ainsi, en choisissant cette œuvre de jeunesse de Mozart dont le couple de metteurs en scène allemands Karl-Ernst & Ursel Herrmann avaient créé au Théâtre Royal de la Monnaie une version stylistiquement de référence en 1986, sous la direction de Gerard Mortier, l’Opéra de Paris lui offre une ravissante reconnaissance, même s’il ne connait pas, pour l’instant, l’honneur de ses grandes scènes.

L'intrigue est construite autour d'un couple sur le point de se former (Belfiore-Arminda) à la suite de la séparation de deux couples (Belfiore-Violante et Arminda-Ramiro).
Les deux personnes abandonnées (Violante et Ramiro) vont alors chercher à reformer leurs couples d'origine, en même temps qu'un serviteur (Nardo) tente de conquérir une servante (Serpetta) au service de Don Anchise, l’oncle d’Arminda.
Pour arriver à ses fins, Violante, sous les traits de Sandrina, devient la jardinière de Don Anchise.

De façon très amusante, l’état de ces relations est résumé aux spectateurs dans le silence, sous forme de surtitres, avant que de conclure ‘L’amour c’est parfois compliqué’.

Daria Akulova (Arminda) et Yu Shao (Don Anchise – le podestat) et Bergsvein Toverud (Le comte Belfiore)

Daria Akulova (Arminda) et Yu Shao (Don Anchise – le podestat) et Bergsvein Toverud (Le comte Belfiore)

A la direction du jeune Orchestre Ostinato, dont elle partage la direction artistique avec plusieurs collègues depuis 3 ans afin de leur offrir un bon niveau de maturité sur un vaste répertoire, Cloé Dufresne donne une couleur symphonique ombrée à la musique de Mozart, ce qui n’est pas pour déplaire car cela facilite l’immersivité dans cet univers où les versants de l’amour les plus sombres se révèlent. Les qualités vocales des solistes vont ensuite faire le reste.

Deux ténors sont à l’affiche, l’artiste chinois Yu Shao, la quarantaine, et le soliste américano norvégien Bergvein Toverud, plus jeune d’une décennie. Le premier a beaucoup d’allure dans le rôle de Don Anchise, le sourire aux lèvres, afin d’incarner une forme d’autorité impeccable qui assure un peu d’ordre au milieu de ce désordre amoureux. Voix bien timbrée, gestes fermes, il tient brillamment son personnage qui gardera la tête haute jusqu’au bout, même lorsque la jardinière lui échappera.

Sima Ouahman (Serpetta)

Sima Ouahman (Serpetta)

En comte Belfiore, Bergsvein Toverud a tendance à rendre très sympathique son personnage, qui a pourtant eu une attitude criminelle vis à vis de Violante, et chante avec une agilité typiquement rossinienne en dessinant des lignes aux vibrations chaleureuses, le tout avec une solidité à toute épreuve.

Le couple qu’il forme avec Daria Akulova, en Arminda, est captivant à suivre, car le ténor représente plutôt une force sensible qui résiste à l’inertie des emportements passionnels de ce petit monde en ébullition, alors que la jeune soprano ukrainienne, issue de l’Opera Studio de l’Académie national de Musique d’Ukraine (Kyiv), lui oppose une fureur de sentiments rendue avec des fulgurances et des couleurs vives qui contribuent à donner de la densité à un caractère annonciateur de l’Elettra que Mozart imaginera six ans plus tard pour ‘Idomeneo’.

C’est aussi l’un des intérêts de cette partition que de donner l’impression de découvrir les prémisses des personnages Mozartiens des années de maturité.

Clemens Frank (Nardo - Roberto)

Clemens Frank (Nardo - Roberto)

En Nardo, Clemens Frank fait entendre un beau baryton au chant bien centré, enveloppé d’un léger baume qui lui permette de préserver une certaine poésie lunaire, ce qui rend une image adoucie du jeune paysan. Il faut dire que, là aussi, le couple qu’il forme avec Sima Ouahman fonctionne très bien, la soprano irano-marocaine prenant manifestement plaisir à titiller la jalousie de son partenaire en feignant de séduire les musiciens de l’orchestre. Son chant piqué et coloré fait merveille, ainsi que sa manière très fine et impertinente d’incarner Serpetta, bien plus manipulatrice qu’elle n’y paraît.
Des exclamations en français insérées de-ci de-là permettent d’immiscer au cœur de ses airs des reflets humains très spontanés.

Daria Akulova (Arminda)

Daria Akulova (Arminda)

Au début de l’opéra, on peut voir et entendre, en arrière scène, la dispute et la séparation qui s’en suit entre Arminda et Le chevalier Ramiro. Sous les traits physiques et vocaux d’Amandine Portelli, le portrait de ce jeune noble est absolument fascinant, car la mezzo-soprano française dépeint un personnage androgyne auquel son beau timbre au galbe de velours ennoblit la présence.
Elle recevra, quelques jours plus tard, l’un des deux prix lyriques de l’AROP pour la saison 2024/2025.

Enfin, c’est à Isobel Anthony que revient la tâche de faire vivre cette femme bien ambiguë, la marquise Violante Onesti dissimulée sous les traits de Sandrina, la soprano américaine lui apportant une candeur mélancolique qui est sa meilleure arme de défense sur ce terrain de jeux amoureux truffé de petits pièges.

Amandine Portelli (Le chevalier Ramiro)

Amandine Portelli (Le chevalier Ramiro)

Et le plus beau est aussi de voir comment les jeux de lumières sont utilisés pour magnifier la scénographie accidentée, faite de branches d’arbres et de rochers aux profils nettement découpés, de façon à créer des ambiances réglées avec une très grande précision, le choix des coloris et des textures des costumes contribuant eux-aussi à cette inspirante unité d’ensemble. Le travail de Julie Delille et de son équipe scénique réussit autant à donner une fluidité et une vérité d'être aux solistes qu'à intensifier leur rapport entre eux.

Isobel Anthony (Sandrina, la marquise Violante Onesti) et Bergsvein Toverud (Le comte Belfiore)

Isobel Anthony (Sandrina, la marquise Violante Onesti) et Bergsvein Toverud (Le comte Belfiore)

Donnée dans une version écourtée – l’œuvre intégrale dure 3h20, contre 2h25 ce soir là -, cette ‘Finta Giardiniera’ est prise d’une fraîcheur qui met en joie de bout-en-bout, malgré les mécanismes pervers découverts par les stratégies amoureuses, car ce sont les dimensions musicales et visuelles qui nous emportent dans les charmes d’une construction artistique soignée et concilliatrice pour le cœur.

Daria Akulova, Amandine Portelli, Bergsvein Toverud, Chloé Dufresne, Isobel Anthony, Yu Shao, Sima Ouahman et Clemens Frank

Daria Akulova, Amandine Portelli, Bergsvein Toverud, Chloé Dufresne, Isobel Anthony, Yu Shao, Sima Ouahman et Clemens Frank

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Publié le 23 Avril 2024

Street Scene (Kurt Weill – Philadelphie, Schubert Theater, 16 décembre 1946,  New York, Adelphi Theatre, 9 janvier 1947 – version révisée)
Fragments de l’opéra de Broadway de 1948 Street Scene
Représentation du 19 avril 2024
MC93, Maison de la culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny

Artistes en résidence à l’Académie de l'Opéra de Paris

Greta Fiorentino Sima Ouahman
Emma Jones Seray Pinar
George Jones Luis Felipe Sousa
Carl Olsen Adrien Mathonat
Anna Maurrant Margarita Polonskaya
Frank Maurrant Ihor Mostovoi
Rose Maurrant Teona Todua
Sam Kaplan Kevin Punnackal
Shirley Kaplan Lisa Chaïb-Auriol
Mrs Hildebrand Sofia Anisimova

Artistes de la Maîtrise des Hauts-de-Seine
Charlie Hildebrand Noah Diabate
Willie Maurrant Nicolas Brière

Artistes invités
Mae Jones Lindsay Atherton
Dick McGann Robson Broad
Mr Sankey Teddy Chawa
Mr Fiorentino Francesco Lucii
Olga Olsen Cornelia Oncioiu
Harry Easter Jeremy Weiss

Direction musicale Yshani Perinpanayagam
Mise en scène Ted Huffman (2024)

Avec les musiciens de l’Académie de l’Opéra national de Paris et les musiciens de l'Orchestre atelier Ostinato
Coproduction avec la MC93 Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis

Après ‘Don Giovanni’ en 2014, chanté par l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, puis ‘La Chauve Souris’ en 2019, l’Académie de l’Opéra de Paris est de retour au MC93 de Bobigny pour y présenter des fragments de ‘Street Scene’, un des opéras de Kurt Weill qui inspirera plus tard Leonardo Bernstein par l’art avec lequel plusieurs influences musicales sont unifiées en une même composition orchestrale afin de conduire à un drame poignant.

Margarita Polonskaya (Anna Maurrant)

Margarita Polonskaya (Anna Maurrant)

Dans cette œuvre, le compositeur allemand, naturalisé ‘Américain’ en 1943, se base sur une nouvelle d’Emler Rice (1929) pour décrire la vie fourmillante d’un quartier de l’est de Manhattan où les habitants vivent en songeant à un avenir meilleur.

Plusieurs familles cohabitent plus ou moins difficilement, la famille Jones, menée par Emma, véritable commère mariée à un homme alcoolique, le couple suédois Olsen, le couple italo-allemand Fiorentino, la mère célibataire Hildebrand et son petit garçon, la famille érudite Kaplan dont le fils, Sam, est amoureux de Rose Maurrant autour de laquelle la tragédie va se cristalliser.

Et pour cette version réduite à une heure quarante, seuls dix-huit de la trentaine de personnages sont incarnés, dix par les artistes de l’Académie, deux enfants par les artistes de la Maîtrise des Hauts-de-Seine, auxquels se joignent six autres artistes invités.

Cornelia Oncioiu (Olga Olsen) et Adrien Mathonat (Carl Olsen)

Cornelia Oncioiu (Olga Olsen) et Adrien Mathonat (Carl Olsen)

Le dispositif scénique est constitué de la fosse d’orchestre entourée de balustrades autour desquelles les chanteurs jouent des scènes vivantes et sensibles au milieu des spectateurs répartis de part et d’autre sur les gradins de l’amphithéâtre principal, ainsi que sur une estrade plus réduite placée en face à face.

Tout au long de la représentation, le son laqué de l’orchestre constitué de musiciens de l’Académie et de musiciens de l’Orchestre Atelier Ostinato, une formation de jeunes artistes de 18 à 25 ans, est très bien unifié, débordant d’un vrai lyrisme puccinien et d’un doux entrain dans les passages jazzy en apparence nonchalants. Pianiste, compositrice et directrice musicale, Yshani Perinpanayagam insuffle une énergie profonde, et même un dramatisme romantique dès l’ouverture, qui s’équilibre très bien avec la partie chantée, rehaussée par des micros pour assurer une proximité quel que soit le placement de l’auditeur.

Lindsay Atherton (Mae Jones) et Ted Huffman

Lindsay Atherton (Mae Jones) et Ted Huffman

Ted Huffman, jeune metteur en scène new-yorkais que beaucoup de théâtres internationaux, mais aussi français, connaissent depuis une douzaine d’années, travaille le rendu psychologique des personnages afin de faire ressortir leur état d’esprit et leur condition sociale par leurs tenues contemporaines et ordinaires, mais aussi par leurs manières d’être.

Il évite de faire prendre aux chanteurs une tonalité trop mélodramatique, et montre surtout une vrai envie de faire ressentir qu’ils sont tous liés par une force symbolisée par l’orchestre central, le point de rencontre vers lequel ils reviennent toujours après qu’ils se soient retirés momentanément à travers les gradins.

Teona Todua (Rose Maurrant)

Teona Todua (Rose Maurrant)

Dans cette production, tous les artistes sont très jeunes, ce qui permet également d’entendre des voix d’une belle homogénéité même pour les personnages censés être bien plus âgés.

La soprano polonaise Margarita Polonskaya, en Anna Maurrant - une femme mariée qui entretient une relation avec le laitier, Mr Sankey, incarné par Teddy Chawa, un acteur qui est apparu récemment dans deux pièces de Tiphaine Raffier, ‘La réponse des hommes’ et ‘France fantôme’ -, possède déjà d’impressionnantes qualités lyriques avec une voix profonde, chargée d’intensité, qui évoquent couleurs et les vibrations de la soprano bulgare Krassimira Stoyanova.

Originaire de Donetsk, Teona Todua brosse le portrait de Rose, la fille d’Anna Maurrant, avec un jeu et un chant d’une fine émotivité, vêtue du rouge de la vie et de la passion au début, puis de noir en seconde partie lorsque s’annonce le drame passionnel qui aboutira au meurtre soudain de sa mère par son père jaloux.

Kevin Punnackal (Sam Kaplan)

Kevin Punnackal (Sam Kaplan)

Sa relation avec le jeune Sam Kaplan est le cœur palpitant de l’œuvre, car se pose en permanence la question de ce qu’elle éprouve confusément pour lui, et si elle le prend au sérieux. 

Le ténor indo-américain Kevin Punnackal dévoue au rôle de Sam Kaplan un charme vocal doux et boisé idéal pour exprimer une vraie maturité romantique, et la chaleur qu’il communique à l’audience se démarque de l’ambiance générale d’autant plus que Kurt Weill lui confie les pages les plus exaltées de l’ouvrage. 

Seray Pinar (Emma Jones)

Seray Pinar (Emma Jones)

Tous les caractères sont ainsi bien très bien dessinés et différenciés en terme de couleurs, que ce soit la noirceur bienveillante d’Adrien Mathonat en Carl Olsen, dont la femme est jouée avec naturel et familiarité par une ancienne de l’Atelier lyrique, Cornelia Oncioiu, ou bien la pétillance impertinente de Seray Pinar, très à l’aise dans le jeu social qu’elle entend animer, ou bien le sinistre Frank Maurrant dont Ihor Mostovoi exprime toutes les rancœurs hargneuses qui le mènent à la déchéance, puis au crime.

Et rodé à la comédie musicale – il intervenait récemment dans ‘Moulin Rouge’, le Musical, à Londres -, l’acteur Robson Broad joue de son jeune physique musclé pour interpréter un Dick McGann dragueur et joueur avec un brillant très nettement affiché.

Robson Broad (Dick McGann)

Robson Broad (Dick McGann)

Grand succès au final pour l’ensemble de l’équipe artistique qui réussit à rendre ce spectacle stimulant alors qu’il est joué sans décors, ce qui accentue la charge vitale de chacun des chanteurs et permet un échange d’énergie assez fort avec le public.

Street Scenes (d’après Kurt Weill - Académie de l’Opéra de Paris ) MC93

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