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Publié le 6 Juillet 2016

Philippe Jaroussky – Ensemble Artaserse – Baroque vénitien
Concert du 04 juillet 2016
Théâtre des Champs-Elysées

Pietro Antonio Cesti (1623 – 1669)
Sinfonia from „Le disgrazie d’amore“ - Festeggia mio core“ – Amicizia’s aria from „Le disgrazie d’amore“ (1667)
Francesco Cavalli (1602 –1676)
Erme, e solinghe cime/ Lucidissima face“– Endymion’s rec. & aria from „La Calisto“ (1651)

Luigi Rossi (1597 –1653)

Lasciate averno“ – Orfeo’s lament from „L’Orfeo“ (1646 - Paris)
Giovanni Antonio Pandolfi Mealli (1624 –1687)
Sonata per violin „La Cesta“ op. 3 Nr. 2 (1660)
Francesco Cavalli (1602 –1676)
All’ armi mio core“ – Brimonte’s aria from „La statira“ (1656)
Marco Uccellini (1603 –1680)
Sinfonia quinta à cinque stromenti op. 7
Giovanni Legrenzi (1626 – 1690)
O del Cielo ingiunta legge!“ – Giustino’s aria from „Il Giustino“ (1683)
Biagio Marini (1594 – 1663)
Passacalio“
Luigi Rossi (1597 –1653)
M’uccidete begl’occhi“ – Aria (1646)
Agostino Steffani (1655 –1728)
Sorge Anteo“ – Arie aus der Oper “Alarico, il Baltha, Ré de Gothi“ (1687)
Marco Uccellini (1603 –1680)
Sinfonia sesta à cinque stromenti op. 7
Claudio Monteverdi (1567–1643)
Adagiati, Poppea“/ „Oblivion soave“ – Arnalta’s aria from „L’incoronazione di Poppea“ (1642)
Francesco Cavalli (1602 –1676)
Delizie contente“ – Giasone’s aria from „Il Giasone“ (1649)
Che città/ Mille perigli“ – Nerillo’s rec. and arias from „L’Ormindo“ (1644)
Agostino Steffani (1655 –1728)
Overture of the opera „Marco Aurelio“
Dove son“/ 57:36 „Dal mio petto“ – Anfione’s rec. and arias from „Niobe, Regina di Tebe“ (1688)
Giovanni Legrenzi (1626 – 1690)
Sonata à due „La Spilimberga“ op. 2
Pietro Antonio Cesti (1623 – 1669)
Berenice, dove sei?“ – Polemone’s lamento from „Il Tito“ (1666)
Agostino Steffani (1655 –1728)
Gelosia, lasciami in pace“ – Arie di ciaccona from „Alarica, il Baltha, Rè de Gothi“ (1687)


C’est sur un chaleureux concert que s’achève, ce soir, la saison du Théâtre des Champs-Elysées, laissant ainsi la scène à Philippe Jaroussky et son ensemble de 12 musiciens, ‘Artaserse’, pour faire revivre l’Italie baroque du Seicento.

Ils nous ramènent aux origines italiennes de l’opéra à partir d’un programme de musiques principalement vénitiennes, écrites entre 1640 et 1690, à l’apogée de Monteverdi, Cavalli et Cesti.

A cette époque, le violon classique est sur le point de faire son apparition, et le piano n’existe pas encore.

Philippe Jaroussky

Philippe Jaroussky

L’orchestre est par ailleurs idéalement dimensionné pour la musique de Cavalli, le compositeur d’opéra le plus dispensateur de cette période, théorbe, clavecin et orgue, violoncelles, contrebasse et violons, flûtes, piccolos, cornets et tambour jouant sans chef, uniquement liés par l’âme des artistes, eux-mêmes liés par leur amour pour des couleurs musicales intimes et humaines.

Pour qui n’est pas un suiveur inconditionnel de Philippe Jaroussky, ce récital est l’occasion de redécouvrir ce chanteur atypique, authentique et doué d’une présence fascinante.

Joueurs de flûtes et de cornets - Ensemble Artaserse

Joueurs de flûtes et de cornets - Ensemble Artaserse

Son timbre surnaturel exceptionnel n’empêche pas ses incarnations de révéler la puissance de maitrise qu’elles exigent pour conserver cette pureté qui peut tendre à une élégie sublime (‘M’uccidete begl’occhi’ de Rossi), et s'épanouir sur des airs, le plus souvent plaintifs, que les accords coulants du théorbe réconfortent d'un délicat raffinement.

Airs qui sont eux-mêmes une découverte, expressifs et composés par des auteurs aujourd’hui méconnus et rarement interprétés.

Mais la richesse harmonique de la musique de cette époque ne cesse de surprendre, tels les accords descendants de contrebasse de la sonate pour violon de Cesta qui anticipent le lamento que Purcell composera, plus tard, pour 'Didon et Enée', ou bien les ondes oscillantes et sensibles du 'Dal mio petto' de Steffani.

Yoko Nakamura - Ensemble Artaserse - Orgue et clavecin

Yoko Nakamura - Ensemble Artaserse - Orgue et clavecin

Le fondu enchaîné de ces compositions nées d'auteurs talenteux bien différents entretient à merveille un climat mélancolique teinté de joie profonde.

Et plus d’un auditeur sera intrigué par les deux jeunes joueurs de flûtes, de piccolos et de cornets à bouquin, qui alternent, au fil des airs,  instruments à vent et teintes sonores, ou par la si discrète joueuse d’orgue et de clavecin, Yoko Nakamura.

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Publié le 23 Janvier 2016

Max Emanuel Cencic
Récital du 20 janvier 2016
Théâtre des Champs Elysées

Domenico Scarlatti
Sinfonia n°7 en ut majeur

Airs de Nicolo Porpora, Leonardo Vinci, Alessandro Scarlatti, Leonardo Leo, Johann Adolf Hasse extraits de Polifemo, Meride e Selinunte, Didone Abbandonata , Germanico in Germania, Catone in Utica, Eraclea, Il Cambise, Il Prigionnier fortunato, Siface, Irene, Tito Vespasiano

Domenico Auletta
Concerto pour clavecin en ut majeur

Direction musicale et clavecin Maxim Emelyanychev
Il Pomo d’Oro
                                                                 Max Emanuel Cencic

Cinq ans après son premier récital au Théâtre des Champs Elysées qu’il dédiait à Haendel et Vivaldi, Max Emanuel Cencic réapparait sur la scène du théâtre pour faire revivre l’intériorité des compositeurs napolitains de la fin du XVIIème siècle - Haendel fut lui-même perméable à leur influence, et sa Partenope (1730), jouée il y a quelques jours dans ce même théâtre, est inspirée de celle de Leonardo Vinci, composée sept ans auparavant.

Max Emanuel Cencic

Max Emanuel Cencic

La grâce du contre-ténor que nous retrouvons ce soir émane de la sensualité grave et bienveillante d’un chant qui évoque une voix d’enfant qui aurait muri et se serait assombrie à l’âge adulte, sans avoir perdu de son innocence poétique.

Il est capable de flamboyance, mais ce n’est pas cette artificialité qui l’intéresse ici, sinon l’incitation au recueillement quasi-religieux que ces airs peuvent communiquer à l’auditeur. Et la dynamique de sa virtuosité préserve une musicalité colorée dans les emportées vaillantes, dont on sent qu’elles ne sont qu’une expression vitale passagère avant le retour à une sérénité latente.

Maxim Emelyanychev

Maxim Emelyanychev

Nous sommes alors invités à un repli sur nous-mêmes, débarrassés des scories émotionnelles qui nous accompagnent au cours des évènements du jour, pour retrouver une pureté joyeuse qui va si bien à l’image timide que cultive naturellement ce chanteur.

A ses côtés, l’énergie survoltée de Maxim Emelyanychev crée une tension permanente de par son tempérament, mais sa jeunesse et son talent génial rejoignent aussi ceux du chanteur.

L’orchestre Il Pomo d’Oro se reconfigure au fil des airs, technique vivante aux sonorités un peu âpres qui ramènent à un temps ancien, comme ces cors enroulés aux sons éméchés si particuliers.

 

Maxim Emelyanychev et Il Pomo d'Oro

Maxim Emelyanychev et Il Pomo d'Oro

Le jeune chef russe donne aussi une anachronique image romantique quand il s’installe au clavecin pour interpréter un concerto de Domenico Auletta.

Très étrangement, la scintillante de cet instrument semble à peine provoquée par les effleurements souples des mains du musicien.

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Publié le 22 Septembre 2015

La Maison des Réfugiés accueille Les Cassandres
Spectacle du 21 septembre 2015
Maison des Refugiés – Paris XIXème

Soprano Marie Soubestre
Violoncelliste Clotilde Lacroix
Accordéoniste Sven Riondet
Mise en espace Dorothée Daffy

Improvisation pour violoncelle et accordéon
Villa Lobos Bachianas Brasilieras n°5
B.Britten On this island, Now the leaves are falling fast
B.Britten On this island, Nocturne
J.S Bach Suite pour violoncelle seul numéro 1
Henry Purcell Dido’s Lament
Henry Purcell Music for a while
Hans Eisler Mein Sohn, was immer auch aus dir werde

                                                                                       Dorothée Daffy (mise en espace)

En choisissant de se représenter sous les soubassements de la Maison des Réfugiés, au 12 rue Jean-Quarré du 19ème arrondissement, les Cassandres se sont rendus sur un lieu controversé depuis ces derniers mois, car cet ancien lycée abandonné abrite, dans des conditions précaires, plusieurs centaines de réfugiés Soudanais, Afghans et Nord-Africains.

Les Cassandres à la Maison des Réfugiés de la rue Jean-Quarré

Ceux-ci attendent qu’une solution soit trouvée pour les reloger dans des conditions plus décentes, sans défavoriser les sans-abris.
On pourrait trouver incongru de voir s’installer, au fond de la cour, un accordéoniste, Sven Riondet, et une violoncelliste, Clotilde Lacroix, espérant capter l’attention accaparée par les jeux de ballon.

Sven Riondet (Accordéon) et Clotilde Lacroix (Violoncelle)

Sven Riondet (Accordéon) et Clotilde Lacroix (Violoncelle)

Pourtant, dès les premiers accords sombres et improvisés, plusieurs dizaines d’habitants, de tout âge, mais assez jeunes, se sont regroupés autour d’eux, tout en respectant une certaine distance.
Sans le savoir, ce public s’est pris à entendre des airs très rares, dont deux extraits d’On this Island de Benjamin Britten, qui s’inscrivent dans le même désir mélancolique d’une paix qui n’arrive jamais, et donc d’une attente où se rejoignent un idéal politique et le sentiment de solitude.

Les Cassandres à la Maison des Réfugiés de la rue Jean-Quarré

La sonorité âpre mais brillante du violoncelle s’adresse aux cordes sentimentales, alors que l’accordéon joue plus discrètement le rôle d’une humeur de fond, contrairement à l’image enjouée et populaire que l’on peut en avoir habituellement.
Marie Soubestre est alors la voix humaine, intense et inflexible, qui ne souffre d’aucune peur de la proximité avec ceux envers qui elle renvoie son chant intérieur détaché ou bien ironique.

Marie Soubestre (Soprano), Sven Riondet (Accordéon) et Clotilde Lacroix (Violoncelle)

Marie Soubestre (Soprano), Sven Riondet (Accordéon) et Clotilde Lacroix (Violoncelle)

Beaucoup sont captivés, certains très émus, d’autres filment et enregistrent cet instant éphémère, qui leur aura fait entendre les lamentations de Purcell, et éprouver le pathétique des sentiments humains dans une pure expression musicale intemporelle.
Et que de sourires aussi, malgré l’incertitude et les tensions du moment!

Marie Soubestre (Soprano)

Marie Soubestre (Soprano)

Pour se souvenir d'eux, les sites numériques de Clotilde Lacroix, de Sven Riondet, et des Cassandres.

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Publié le 25 Avril 2015

Les Cassandres animent Milhaud en fête
Récital du 19 avril 2015
Allée Darius Milhaud – Paris 19ème

L’Elixir d’amour (Gaetano Donizetti – 1832)
Come Paride vezzoso
Les Noces de Figaro (W.A Mozart – 1786)
Voi che sapete
Don Pasquale (Gaetano Donizetti – 1843)
Bella siccome un angelo
Les Noces de Figaro (W.A Mozart – 1786)
Non so piu cosa son, cosa faccio
Don Giovanni (W.A Mozart – 1787)
La ci darem la mano

Avec Virginie Rodde (piano), Charlotte Schumann (Mezzo-soprano), Emmanuel Gendre (Baryton)
Mise en espace Dorothée Daffy
Assistant technique et président des Cassandres Florian Dintilhac

                                            Emmanuel Gendre (Don Giovanni) et Charlotte Schumann (Zerline)

Après la fermeture des abattoirs de la Villette en 1974, le quartier nord-est de Paris situé entre le canal de l’Ourcq et le parc des Buttes-Chaumont fut profondément remanié.
D’un vaste plan d’urbanisation naquit une cité culturelle à l’origine du Zénith (1983), de la Géode (1985), de la Cité des sciences et de l’industrie (1986), du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (1991) et de la cité de la musique (1995) dont la dernière grande réalisation, la Philharmonie, vient d’être inaugurée en janvier 2015.

Milhaud en fête

Milhaud en fête

Cette réhabilitation s’est prolongée dès 1990 par l’aménagement de la ZAC Manin-Jaurès située au sud du parc, et de ce grand bouleversement urbain apparurent des rues nommées en hommage aux musiciens du Groupe des Six, dont quatre d’entre elles, la rue Georges Auric, la rue Erik Satie, la place Francis Poulenc et l’allée Darius Milhaud se croisent en son centre.

C’est donc en plein milieu d'un quartier où vit une population mixte par ses origines et ses cultures religieuses que, chaque année, une grande journée donne l’occasion à tout le monde de se retrouver autour d’animations alliant vide-grenier, jeux de société et apéro-participatif.

Charlotte Schumann et Dorothée Daffy

Charlotte Schumann et Dorothée Daffy

Pour la nouvelle édition de Milhaud en fête, la compagnie de théâtre lyrique Les Cassandres est venue discrètement se fondre dans le brouhaha entourant une des écoles maternelles participant aux festivités en ce jour ensoleillé, afin de surprendre les passants baignés, jusqu’à leur arrivée, dans une ambiance musicale électronique et répétitive.

Seule la pianiste, Virginie Rodde, jouant les premières mesures au milieu des stands, attirait les regards. Mais lorsque le jeune baryton de la troupe, Emmanuel Gendre, commença à chanter la demande en mariage ‘Come Paride vezzoso’ de l’Elixir d’amour, l’étonnement et les timidités du public apparurent au grand jour. Car la voix lyrique, inhabituelle, est en écart avec le quotidien, et renvoie toujours à l’expression de sentiments exceptionnels.

Emmanuel Gendre (Malatesta) et un passant jouant à son insu Don Pasquale

Emmanuel Gendre (Malatesta) et un passant jouant à son insu Don Pasquale

Le chanteur gagne en aisance alors que ses interlocuteurs sourient d’étonnement et de plaisir.

Jouant avec le même émoi que les auditeurs, car elle est le symbole désiré de ce premier air, la Mezzo-soprano Charlotte Schumann enchaîne naturellement l’air de Cherubin, ‘Voi che sapete’, qui est à nouveau une déclaration d’amour, mais cette fois destinée à la Comtesse Rosine des Noces de Figaro.

Dans cet air, c’est Cherubin qui est censé être intimidé. Pourtant, un jeune garçon réfugié auprès de sa mère le sera encore plus, pris qu’il est sous les regards de la chanteuse.

Charlotte Schumann (Cherubin)

Charlotte Schumann (Cherubin)

Vient alors l’air qui va déclencher une réaction inattendue de la part d’un spectateur.
‘Bella siccome un Angelo’ est un air de Donizetti enivrant par lequel le docteur Malatesta présente à Don Pasquale, un riche célibataire, la jeune fille qu’il souhaite lui faire épouser.

Emmanuel Gendre n’a même pas achevé sa dernière mélopée virtuose, qu’un habitant du quartier, touché au cœur, s’adresse au chanteur pour que lui et l’ensemble de la troupe n’en restent pas là, et fassent quelque chose de plus grand, tant l’emprise avec les gens est géniale et spontanée.

Emmanuel Gendre et un spectateur ému par son interprétation de ‘Bella siccome un angelo’

Emmanuel Gendre et un spectateur ému par son interprétation de ‘Bella siccome un angelo’

Mais Chérubin est toujours présent, et Charlotte Schumann interprète ‘Non so piu cosa son, cosa faccio ‘, le deuxième air d’un des personnages les plus attachants de Mozart, alors qu’il déclare flamme et désarroi à la Comtesse.

Et pour achever ce récital de rue par un duo mozartien, les deux chanteurs se réunissent dans la complicité de ‘La ci darem la mano’, scène de séduction de Don Giovanni et Zerline, donnant ainsi aux spectateurs un exemple d’air où deux voix se rejoignent dans des tonalités pourtant bien distinctes. La difficulté, pour les deux chanteurs, est alors de ne pas se laisser emporter par la ligne musicale de l’autre.

Air de Don Giovanni ‘La ci darem la mano’. Emmanuel Gendre (Baryton), Charlotte Schumann (Mezzo-soprano), Virginie Rodde (piano), Florian Dintilhac (assistant)

Air de Don Giovanni ‘La ci darem la mano’. Emmanuel Gendre (Baryton), Charlotte Schumann (Mezzo-soprano), Virginie Rodde (piano), Florian Dintilhac (assistant)

François Dagnaud, le maire du 19ième arrondissement, et Mahor Chiche, adjoint chargé de la démocratie locale, de la mémoire et des relations avec le monde combattant, ont pu par eux-mêmes constater comment l’Art lyrique est un révélateur émotionnel fabuleux, qui n’est pas ancré uniquement dans la vie affective de celles et ceux qui fréquentent les salles de concerts, mais également dans l’inconscient de nombre de gens qui l’ont intégré plus simplement dans leur vie de tous les jours.

Le site des Cassandres Lescassandres.com

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Publié le 9 Juin 2014

Récital chant et piano (Marie Soubestre & Romain Louveau)
Concert du 08 juin 2014
La Grange aux Dîmes – Carrières sur Seine

Sergueï Rachmaninov « Ne poi krassavitsa »
Giuseppe Verdi, Rigoletto « Caro nome »
Hanns Eisler, Berceuse « Mein Sohn »
Sergueï Rachmaninov, vocalise
Hanns Eisler, Berceuse « Als ich dich… »
Johannes Brahms, Intermezzo, op. 118 n°2, pièce pour piano seul
Gioachino Rossini, Comte Ory « En proie à la tristesse… »

Marie Soubestre soprano
Romain Louveau piano
Dorothée Daffy mise en espace

                                                                                                       Marie Soubestre

 

Spectacle présenté par la compagnie théâtrale Les Cassandres et l’association Equit'Art

Sur les bords bucoliques de la Seine qui font face à l’île des Impressionnistes – Claude Monet y peignit « Carrières-Saint-Denis », Pierre-Auguste Renoir de nombreux tableaux dont « Le Déjeuner des canotiers » - les vieilles ruelles de Carrières-sur-Seine s’élèvent à flanc de colline pour mener à l’ancienne grange aux Dîmes qui héberge aujourd’hui la Galerie Associative Equit’ART.

Et, pour la trouver, il suffit de se laisser guider par le son du piano provenant de l’arc brisé d’une fenêtre ouverte sur Paris.

Récital chant et piano par Marie Soubestre et Romain Louveau

C’est ici que deux étudiants du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, Marie Soubestre et Romain Louveau, y interprètent un récital qui, en sept complaintes, fait se côtoyer Rachmaninov, Verdi, Eisler, Rossini et Brahms.

Les deux premières romances, « Ne poi krassavitsa » et « Caro nome » (extrait de Rigoletto), sont dédiées à un être cher. On sent, dès le début, l’ample passion du pianiste, qui ne lâche rien de l’écriture musicale pour en exalter l’intensité mélodique.

Il a une belle façon enveloppante d’engager le corps et de prolonger l’élan dans l’intensité du son, et l’Intermezzo de Brahms, plus loin, sera son grand moment à lui seul, et pour l’audience admirative.

Romain Louveau

Romain Louveau

Avec la complicité de Dorothée Daffy au jeu subtil des deux artistes, le duo trouve son unité. L’air de Rigoletto, et ses vocalises surnaturelles, est le grand air d’opéra du récital qui apparaît ici surdimensionné à la taille modeste de la salle.

Mais, lorsque nous découvrons ces airs prolétaires peu connus d’Hanns Eisler, les Wiegenlieder für Arbeitmutter, écrits dans les années 1930, Marie Soubestre nous ramène les pieds sur terre. Le texte est dur, empreint de cette violence que nous avons plus ou moins en nous, et renvoie à une réalité sans fard qui est, pour les auditeurs, un extraordinaire et saisissant instant de théâtralité musicale.

Marie Soubestre et Romain Louveau

Marie Soubestre et Romain Louveau

Le message passe parfaitement, sans même qu’il soit nécessaire de comprendre le texte impitoyable vis-à-vis de la réalité sociale d’une époque.

Les vocalises de Rachmaninov, qui séparent les deux Lieder, évoquent la légèreté d’un rêve. La soprano n’en reste cependant pas à cette unique interprétation. Elle en transforme l’évanescence en une recherche de quelque chose dans le regard de l’autre, le spectateur, le pianiste, un appel inexprimable qui peut intimider.

Marie Soubestre et Romain Louveau

Marie Soubestre et Romain Louveau

Puis, dans l’air de la Comtesse Adèle, l’humour et la fantaisie l’emportent, sous le regard toujours aussi bienveillant de Romain Louveau, et, pour remémorer aux plus ardents passionnés un air mythique interprété par Maria Callas, « Oh ! mio Babbino Caro » (Gianni SchicchiPuccini) sera comme une berceuse offerte au petit garçon de la soprano.

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Publié le 23 Mai 2012

Dmitri Hvorostovsky
Récital du 21 mai 2012
Théâtre du Châtelet
Piano Ivari Ilja

Serge Rachmaninov
Près des portes du saint monastère. Elle est belle comme le jour. Le Lilas. La Résurrection de Lazare

Serge Taneïev
Tout dort. Menuet. Non, ce n'est pas le vent. La route en hiver. Stalactites. Le coeur bat en repos.

Franz Liszt
Oh! Quand je dors. Je ne trouve point la paix. Il m'a été donné de voir sur terre un ange

Piotr Ilitch Tchäikovski
Nous étions assis tous les deux. Nuit. Par cette nuit de lune. Le soleil s'est couché. Dans les jours sombres. A nouveau seul, comme avant                                                                          Dmitri Hvorostovsky

Bis
Duparc Extase. Verdi Credo de Iago


Régulièrement invité à l'Opéra de Paris entre 2003 et 2008 pour incarner de grands personnages issus de la noblesse - le Comte Almaviva, le Comte di Luna, Simon Boccanegra et le Marquis de Posa -, le baryton sibérien à la blanche chevelure léonine se distingue sur scène par sa (trop?) fière allure, et par un art du chant au charme froid et au timbre voilé.

Il en résulte ainsi d'instables variations entre expressions dissoutes et intonations cinglantes.

Dans l'exercice du récital, Dmitri Hvorostovsky devient inévitablement plus présent, et les mélodies principalement russes de ce soir prennent, sous les couleurs sombres et amères de sa voix, l'expression d'un cœur noir et dur sans affectation.

L'écriture étonnamment âpre des quatre romances de Rachmaninov l'amène à des inflexions justes et significatives, et l'on retrouve dans la seconde partie, plus latine même chez Tchaïkovski, son sens du legato doux mais incolore, frappé d'une émission qui peut être très puissante.

Dmitri Hvorostovsky

Dmitri Hvorostovsky

Toute la soirée est vouée à la poésie qui exprime autant l'indicible du sentiment amoureux que son souffle violent, sans que cela n'empêche cependant l'artiste de sortir de son intériorité pour saluer le public entre chaque air d'un sourire franc.
Le geste est sympathique, mais invite aussi à la distance.

Et si le premier bis, l'Extase (Henri Duparc), prolonge l'atmosphère méditative du récital, le second, le Credo de Iago (Giuseppe Verdi), sacrifie un air d'opéra au goût d'une partie du public pour les numéros démonstratifs, le distrayant sans doute de son ennui, même si l'incarnation est au final bien fade.

Au piano, Ivari Ilja aura joué un rôle essentiel dans le dessin d’un relief musical tendu et poignant.

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Publié le 10 Mars 2012

Grace Bumbry
Récital du 06 mars 2012
Théâtre du Châtelet

Piano Kevin McCutcheon
Guitare Wim Hoogewerf.

Programme : Burton Lane, Marvin Hamlish, Carole Sager et Michael Masser, Stephen Sondheim, Joaquin Rodrigo, Charles Aznavour, Ewan MacColl, Richard Kerr, Michel Legrand, Carole King, J. Rosamond Johnson, Thomas Kerr Jr., Umberto Balsamo, Lucio Dalla, Tony Reni, Luther Vandross, Paul Anka.

 

 

                                                                                                                       Grace Bumbry

L’extraordinaire délire dans lequel Grace Bumbry avait plongé la salle du Châtelet en 2007 est un souvenir à vie que beaucoup retiendront. Et chaque mélomane attaché à cette fabuleuse chanteuse, Vénus magnétique et Eboli incendiaire apparue dans les années 60, protège ses propres images, mentales ou réelles, de ses incarnations.

 Grace Bumbry

Grace Bumbry

Elle interprète, ce soir, des mélodies contemporaines, légèrement soutenue par une amplification qui ne semble pas nécessaire alors que sa voix porte naturellement dans la salle, et , accueillie par deux minutes d’applaudissements témoins de la décharge émotionnelle que provoque sa seule présence,  elle a montré, qu’à 75 ans, son timbre est toujours aussi unique, qu’elle chante avec une maîtrise à en pleurer, image d’une artiste qui surmonte le temps pour laisser son âme trouver l’art de rayonner. Et les changements de couleurs vocales produisent encore un effet expressif magnifique.

Grace Bumbry

Grace Bumbry

Parmi ces airs, « Hier encore », de Charles Aznavour, « Natalie » de Umberto Balsamo suscitent des émotions nostalgiques, « Caruso » et « My way » nous rappellent comment ces deux tubes ont inspiré d’autres chanteurs d’opéra pour atteindre un public universel, Luciano Pavarotti en premier, et l’un des bis « The power of love » résume à lui seul la dimension de cette immense Lady.

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Publié le 19 Février 2012

Voyage d’hiver (Franz Schubert)
Représentation du 17 février 2012
Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Winterreisse
01 Gute Nacht                            03 Gefrorene Tränen    
02 Die Wetterfahne                    12 Einsamkeit    
08 Rückblick                              05 Der Lindenbaum
17 Im Dorfe                                 19 Täuschung    
06 Wasserflut                              07 Auf dem Flusse
13 Die Post                                 09 Irrlicht
10 Rast                                        11 Frühlingstraum    
04 Erstarrung                            14 Der greise Kopf
18 Der stürmische Morgen     15 Die Krähe    
20 Der Wegweiser                    16 Letzte Hoffnung    
21 Das Wirtshaus                     22 Mut        
23 Die Nebensonnen              24 Der Leiermann

La Femme Mélanie Boisvert
Le Poète Guillaume Andrieux
Le Musicien vagabond Didier Henry                                  Mélanie Boisvert (La jeune femme)

Mise en scène Yoshi Oïda
Direction musicale Takénori Némoto
Ensemble Musica Nigella
(2 violons, alto, violoncelle, basse, clarinette, basson, cor)

Le Voyage d’hiver - cycle de lieder composé à l’origine pour piano et ténor - est présenté ce soir dans une version profondément remaniée.
Avec huit de ses musiciens, tous issus de l’ensemble Musica Nigella, Takémory Némoto en a réalisé une version pour orchestre qui, au creux de l’intimité de la salle aux allures de théâtre en miniature, prend une dimension ouateuse et très enveloppante.
On est pris dans une atmosphère nostalgique, des couleurs à la fois rudes et chaleureuses généreusement dissipées par les résonances et les frissonnements du corps des instruments à cordes, alors que la rondeur des motifs des trois instruments à vent dialogue avec les sensations de l’âme que l’on surprend à évoquer les plaintes de Tristan.

La mise en scène de Yoshi Oïda fait intervenir trois chanteurs, le poète errant, mais aussi la femme pour laquelle il éprouve des sentiments non partagés, et un vagabond qui est son seul compagnon et un regard désarmé sur ces vagues à l’âme sans espoir.
Pour des raisons dramaturgiques l’ordre des lieder est parfois modifié, mais l’intégralité des textes est interprétée.

Guillaume Andrieux (Le poète) et Didier Henry (Le vagabond)

Guillaume Andrieux (Le poète) et Didier Henry (Le vagabond)

La belle découverte est le talentueux Guillaume Andrieux, un jeune baryton clair qui chante cette insondable peine non seulement avec un art pleinement poétique et des effets d’allègement de voix qui évoquent un autre grand romantique du répertoire allemand, Wolfram, mais également avec une incarnation qui rend lisible la perdition dans le regard.

Mélanie Boisvert, belle femme par ailleurs, se situe dans un registre beaucoup plus terre à terre, impeccablement précis, mais bien moins sensuel et touchant, comme pour marquer le fossé qui sépare la vision amoureuse du jeune homme de la personnalité assez indifférente du personnage réel.

Didier Henry apporte, quand à lui,  une touche paternelle solide et humaine au vagabond.

De la scénographie se distinguent surtout le bel arbre blanc et les variations tristes des ambiances lumineuses plutôt que les petits détails sonores qui ont pour effets de divertir de l’impression d’ensemble.

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Publié le 19 Avril 2011

Anne Schwanewilms
Récital du 16 avril 2011 à l' Opéra Comique

Piano Manuel Lange

Claude Debussy Proses Lyriques
« De rêves… »
« De grève… »
« De fleurs… »
« De soir… »

Hugo Wolf Mörike-Lieder
« Im Frühling »
« Gesang Weylas »
« Auf einer Wanderung »
« Verborgenheit »
« Das verlassene Mägdlein »
« Wo find’ich Trost »
« Der Genesene an die Hoffnung »

Arnold Schönberg Vier Lieder op.2
« Erwatung »
« Schenk mir deinen goldenen Kamm »
« Erhebung »
« Waldsonne »

Hugo Wolf Mörike-Lieder
« Elfenlied »
« Selbstgeständnis »
« Storchenbotschaft »

Bien que le petit fascicule remis aimablement à chacun suggère une écoute de ce récital sous l’angle de l’influence vocale wagnérienne, seule la rencontre avec Anne Schwanewilms a véritablement de l’importance.

Dans cet espace si intime où la proximité du public pourrait l'intimider et gêner son rayonnement naturel, la soprano allemande crée une atmosphère émouvante en mettant à nu ses fragilités.

L’expressivité de sa technique repose sur des lignes subtilement éthérées, de soudaines envolées lyriques et un médium tourmenté, parfois fâné. Il y a dans cette large palette de couleurs, mêlant pureté et inachevé, une évocation humaine empathique.

Les proses lyriques ne sont sans doute pas suffisamment intelligibles, seulement Anne Schwanewilms sait exactement pourquoi elle est là, et ce qu’elle interprète.
Ce qu’elle vie intérieurement est renvoyé avec un immuable naturel, des traits d'humour complices au cours des derniers lieder, si bien que l'on en reste très touché.

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Publié le 22 Octobre 2010

Max Emanuel Cencic
Récital du 21 octobre 2010

Théâtre des Champs Elysées

Haendel
Rinaldo : ouverture et air «Venti turbini»
Amadigi : air «Pena, tirana »

Albinoni
Il Nascimento dell'aurora : ouverture, airs «Con cetra piu sonora» et «Questa fronda»

Vivaldi
Farnace : ouverture, airs «Gelido in ogni vena», «Ricordati che sei» et «Quel torrente»
Concerto pour cordes et basse continue RV 128

Haendel
Alcina : air «Sta nell'rcana»

Bis :
Haendel : "Qual leon che fere irato" extrait d’ Arianna in Creta
Haendel : "Verdi prati", extrait d’ Alcina
Haendel : extrait de Farramondo
Vivaldi : “Spogli pur l'ingiusta Roma", extrait de Farnace

Direction musicale Diego Fasolis
Orchestre I Barocchisti

C'est après l'écoute sur les ondes radiophoniques d'un air interprété par Max Emanuel Cencic, air dans lequel on devinait un tempérament personnel vif, que s'est forgée une curiosité pour ce contre-ténor pourtant bien présent sur les scènes lyriques depuis trois ans.

Pour la première fois, le Théâtre des Champs-Élysées lui consacre un récital, et l'arrivée du chanteur prend le contrepied d’une première impression, tant sa réserve et ses attitudes d’élève appliqué et intimidé par le public suscitent de l’empathie.

Max Emanuel Cencic

Max Emanuel Cencic

Soutenu par la manière mouvementée avec laquelle Diego Fasolis dirige I Barocchisti, orchestre que ce dernier a lui-même créé, manière faite de regards taquins et de grands élans destinés à libérer détente et oxygène des artistes comme des auditeurs, le jeune chanteur porte une sélection d’airs écrits par Haendel, Albinoni et Vivaldi qui mettent en valeur aussi bien la profondeur du timbre dans le bas médium que la délicatesse de ses voiles éthérés.

Et même lorsque la dynamique lui fait parfois désagréger certaines sonorités, il achève l’aria avec une grande signature flamboyante, une technique efficace pour se rallier au dernier moment la totalité du théâtre.

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