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Publié le 22 Juin 2022

Mon amant de Saint-Jean
Récital du 20 juin 2022
Théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet

Marin Marais
Prélude et Passacaille en Mi Mineur (1701)

Anonyme
J’ai perdu ma jeunesse
Dans mon jardin à l’ombre
La Fille du Roi Louis

Johann Vierdanck
Canzona en Do Majeur (1641)

Claudio Monteverdi
L’Arianna, « Lamento d’Arianna » (1608)

Francesco Cavalli
L
’Egisto « Lasso io vivo » (1643)

Paul Marinier
D’elle à lui (1898)

Paul Delmet, musique, Maurice Vaucaire, paroles
Les Petits Pavés (1891)

Raymond Legrand, musique, Guy breton, paroles
Les Nuits d’une demoiselle (1963)

Léon Fossey, musique, H. et T. Coignard, paroles
Les Canards tyroliens (1869)

Charles André Cachan, musique, Maurice Vandair, paroles
Où sont tous mes amants ? (1935)

Émile Carrara, musique, Léon Agel, paroles
Mon amant de Saint-Jean (1942)

Mezzo-soprano Stéphanie d’Oustrac
Mise en scène et lumières Marie Lambert-Le Bihan
Direction, arrangements, Théorbe Vincent Dumestre

Le Poème Harmonique
Violons Fiona-Émilie Poupard, Louise Ayrton
Viole de gambe Lucas Peres
Violoncelle Pauline Buet
Accordéon Vincent Lhermet
Basson, flûtes Nicolas Rosenfeld

Coproduction Opéra de Rouen, Normandie, Château d’Hardelot, département du Pas-de-Calais dans le cadre du Midsummer Festival

Diffusé le 07 mai 2021 en streaming en fin de confinement depuis la Chapelle Corneille de Rouen, le spectacle créé par Vincent Dumestre et son ensemble Le Poème Harmonique avec Stéphanie d’Oustrac prend dorénavant le chemin des lieux de concerts.

Stéphanie d'Oustrac

Stéphanie d'Oustrac

‘Mon amant de Saint-Jean’ est raconté comme un voyage à travers la vie amoureuse d’une femme musicienne imaginaire, en partant de musiques composées au XVIIe et XVIIIe siècle qui laissent progressivement place à des chansons écrites au XIXe siècle jusqu’à la seconde Guerre Mondiale.

Ainsi, la joie chaleureuse de cet ensemble de 6 instruments anciens introduit cette soirée au motif nostalgique de la flûte de Nicolas Rosenfeld, et s'accomplit lorsque l’accordéon de Vincent Lhermet rejoint l’orchestre pour y fondre une sonorité populaire plus contemporaine.

Nicolas Rosenfeld (Flûte), Fiona-Émilie Poupard et Louise Ayrton (Violons), Stéphanie d'Oustrac, Pauline Buet (Violoncelle), Lucas Peres (Viole de gambe), Vincent Dumestre (Théorbe) et Vincent Lhermet (Accordéon)

Nicolas Rosenfeld (Flûte), Fiona-Émilie Poupard et Louise Ayrton (Violons), Stéphanie d'Oustrac, Pauline Buet (Violoncelle), Lucas Peres (Viole de gambe), Vincent Dumestre (Théorbe) et Vincent Lhermet (Accordéon)

Stéphanie d’Oustrac arrive par surprise depuis le parterre, côté jardin, en chantant sa première mélodie ‘J’ai perdu ma jeunesse’ auprès des musiciens, et l’on aurait envie de lui répondre qu’il n’en est rien tant elle semble inchangée au souvenir de la jeune italienne ‘Argie’ qu’elle incarnait sur la scène du Théâtre du Châtelet en 2004 dans ‘Les Paladins’ de Jean-Philippe Rameau.

Elle se présente comme faisant partie d’une compagnie itinérante, raconte son parcours, puis, le temps de se changer sur la musique de Johann Vierdanck, elle réapparaît dans une superbe robe à collerette dorée pour interpréter deux grands airs baroques, le ‘Lamento d’Arianna’ de Monteverdi – un air qui revient décidément à la mode et qu’il était possible d’entendre à Munich quelques jours auparavant dans la production de ‘Bluthaus’ – et ‘Lasso io vivo’ extrait de ‘L’Egisto’ de Cavalli.

Nicolas Rosenfeld (Flûte), Fiona-Émilie Poupard (Violon) et Stéphanie d'Oustrac

Nicolas Rosenfeld (Flûte), Fiona-Émilie Poupard (Violon) et Stéphanie d'Oustrac

Sa voix agit comme un baume de raffinement qui puise dans les nuances ombrées d’un timbre homogène dont elle délie les plaintes avec une tendresse qui se transforme en courroux tendre. Puis, en  s’allégeant de sa robe pour retrouver une tenue affinée en rouge et noir, les touches discrètes de l’accordéon amorcent la transition vers des chansons plus réalistes.

Il s’agit d’un voyage à travers les évocations de chanteurs mythiques tels Barbara qui interpréta ’D’elle à lui’ de Paul Marinier, ou bien Marie-Paule Belle, Claude Nougaro, Mouloudji et Gainsbourg qui s'approprièrent ‘Les Petits Pavés’ de Paul Delmet et Maurice Vaucaire.

Stéphanie d'Oustrac

Stéphanie d'Oustrac

Les mots mis sur la désillusion amoureuse sont bien plus crus, directs et accusateurs que dans ‘Le Lamento d’Arianna‘. L’image de la femme abandonnée laisse place à celle d’une femme bien plus vindicative et libérée, comme dans la chanson la plus célèbre de Colette Renard, ‘Les Nuits d'une demoiselle’, qui chante un florilège de pratiques sexuelles avec un sens glamour de l’image absolument adorable et parfaitement maîtrisé.

Et le voyage déluré se poursuit avec ‘Les Canards Tyroliens’ que la chanteuse de cabaret Thérèsa interpréta en 1869 lors d’un ajout opéré à la reprise de ‘La chatte blanche’, une féerie créée en 1852 par les frères Cogniard au Cirque-Olympique sur le boulevard du Temple à Paris. 

Stéphanie d'Oustrac et Pauline Buet (Violoncelle)

Stéphanie d'Oustrac et Pauline Buet (Violoncelle)

Puis, pour finir, ce sont des airs popularisés par le cinéma qui sont interprétés avec charme et apaisement, ‘Où sont tous mes amants ?’, qui fut repris dans ‘C’est la vie’ (2001) de Jean-Pierre Améris, et ‘Mon amant de Saint-Jean’ qui sera utilisé par François Truffaut et Claude Miller respectivement dans ‘Le Dernier Métro’ (1980) et ‘La Petite Voleuse’ (1988).

Une bien douce soirée tenue par la cohésion chaleureuse des musiciens et la fermeté de leurs gestes, au cours de laquelle Stéphanie d’Oustrac montre comme elle aime tenir du regard séducteur le public et en jouer.

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Publié le 26 Février 2019

Les lundis musicaux - Stéphane Degout (Baryton) et Alain Planès (Piano)

Récital du 25 février 2019
Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Claude Debussy 1862-1918 : Chansons de France (1904, Charles d’Orléans) / Le Promenoir des deux amants (1910, Tristan L’Hermite)
Gabriel Fauré : 1845-1924 : Les berceaux (op. 23, 1882, René François Sully-Prudhomme) / Au bord de l’eau (op. 8 1871, René François Sully-Prudhomme) / Clair de Lune (op.46 1887, Paul Verlaine) / Mandoline (extraits des Mélodies de Venise, op 58, 1891, Paul Verlaine) / Danseuse (extraits de Mirages, op. 113, 1919, René de Brimont) / Après un rêve (op.7 1878, Romain Bussine)
Emmanuel Chabrier 1841-1894 : L’île heureuse (1890, Ephraïm Mikhaël) /Chanson pour Jeanne (1886, Catulle Mendès)
Henri Duparc 1848-1933 : La Vie antérieure (1884, Charles Baudelaire) /Sérénade (1869, Gabriel Marc) / Chanson triste (1869, Jean Lahor) / Elégie (1874, Thomas Moore) / Lamento (1883, Théophile Gaultier) / Le Galop (1869, Théophile Gautier)

Quelques jours après son incarnation splendide de Chorèbe dans la tragédie lyrique des Troyens d’Hector Berlioz, nous retrouvons Stéphane Degout au petit Théâtre de l’Athénée, un lundi soir propice aux réflexions introspectives, dans une incarnation magnifiquement unifiée des âmes poétiques décrites par les mélodistes français du tournant du XXe siècle, d’Henri Duparc à Claude Debussy.

Stéphane Degout

Stéphane Degout

La voix de Stéphane Degout se fond avec justesse dans l’intimité lovée de la salle semi-circulaire, elle qui s’épanouissait également si largement dans l’immensité de la scène Bastille, et le talent du baryton français est d’interpréter ces mélodies en les portant intérieurement par une délicatesse d’expression du regard, de légers froncements de sourcils, et des appuis obliques du corps qui s’adressent à l’auditeur en l’invitant à accueillir les poèmes sans forcer l’affectation.

Le Théâtre de l'Athénée le long du square de l'Opéra Louis-Jouvet

Le Théâtre de l'Athénée le long du square de l'Opéra Louis-Jouvet

Le sentiment de dignité et de joie mélancolique, qui innerve cet inaltérable souffle embrumé d’une clarté obscure, est ainsi le vecteur d’une vigueur à laquelle se mêle l’harmonie chaleureuse qu’Alain Planès distille à travers un rendu sonore hyalin, qui nimbe précieusement le relief subtilement creusé autour de de chaque mot. 

Ce chant ne pleure pas, mais conte le désarroi de la vie avec honneur et une accroche immédiate.

Et les spectateurs, en réponse à leurs chaleureux rappels, entendront trois mélodies supplémentaires, dont l’une de Maurice Ravel, Chanson romanesque (Don Quichotte à Dulcinée), et Diane Séléné de Gabriel Fauré.

Stéphane Degout

Stéphane Degout

Enfin, parmi le public, Barbara Hannigan, partenaire de Stéphane Degout à l’opéra dans Pelléas et Mélisande et Lessons in love and violence, et interprète passionnée d’œuvres contemporaines, est venue l’écouter avant de faire revivre dans deux jours, à la Philharmonie, la création française d’Hans Abrahamsen, Let me tell you.

Stéphane Degout et Alain Planès

Stéphane Degout et Alain Planès

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Publié le 23 Mai 2017

Damien Bigourdan
Henri Duparc – Chansons tristes
Récital du 22 mai 2017

Les lundis musicaux
Athénée – Théâtre Louis-Jouvet

Henri Duparc      15 mélodies (1864-1886)
                            Feuilles volantes (1869)
Richard Wagner  Elégie (1869)

Ténor Damien Bigourdan
Soprano Elise Chauvin
Piano Alphonse Cemin

                                    Elise chauvin (Soprano)

 

Alors que Paris est à l'orée de l’été, le Théâtre de l’Athénée accueille en ce lundi soir le comédien, metteur en scène et ténor Damien Bigourdan, venu interpréter, en compagnie d’Elise Chauvin, 15 des 17 mélodies que composa Henri Duparc entre 1864 et 1886. Néanmoins, Le Galop et Testament, inspirées des poèmes de Sully Prudhomme et d' Armand Silvestre, sont omises.

Damien Bigourdan (ténor) - le 22 mai 2017, Théâtre de l'Athénée

Damien Bigourdan (ténor) - le 22 mai 2017, Théâtre de l'Athénée

Debout et seul en avant du piano, l’attitude solidement ancrée au sol et le front éclairé par un faisceau tombant d’aplomb qui dépeint des ombres tristes et mortifères sur son visage, l’artiste met son sens inné du théâtre au service de ces vers, afin d’en tirer la saveur expressive et le chagrin poignant.

Certes, la tonalité musicale sollicite la tessiture la plus élevée de sa voix et extirpe de son âme des déchirements tourmentés teintés d’effets blafards, mais c’est dans les profondeurs vocales d’un médium large et viscéral qu’il donne le plus de corps à ces airs mélancoliques et fortement présents.

Il semble être à l’art du chant ce qu’Egon Schiele est à la peinture, car il ose exprimer sans détour l’évocation physique de la mort.

Alphonse Cemin (pianiste) - le 22 mai 2017, Théâtre de l'Athénée

Alphonse Cemin (pianiste) - le 22 mai 2017, Théâtre de l'Athénée

C’est Elise Chauvin, soprano au timbre éperdu, dispensatrice de jolis effets sur le poème de Théophile Gautier Au pays où se fait la guerre, qui interprète deux mélodies au tempérament féminin, sous des éclairages frontaux qui l’illuminent et l’allègent ainsi du poids dramatique que porte son partenaire.

Et Alphonse Cemin, au piano et à leur côté, les nimbe d’une atmosphère poétique et cristalline qui adoucit naturellement l’ensemble de la composition.

Scène et salle de l'Athénée

Scène et salle de l'Athénée

Il entrecoupe également le récital d’interludes basés sur la musique des Feuilles volantes, œuvre qu’Henri Duparc créa en 1869, l’année où il rencontra Richard Wagner. En ce souvenir, son Elégie, un chant de deuil, est jouée juste avant la dernière mélodie, car elle prit vie, elle aussi, l’année de la création de l’Or du Rhin.

Et après un simple et bel hommage à ses amis et à sa femme, Damien Bigourdan a finalement offert à ses auditeurs une chanson de Jacques Brel, interprétée, cette fois, avec l’accent si symbolique de l’univers du poète.

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Publié le 19 Février 2012

Voyage d’hiver (Franz Schubert)
Représentation du 17 février 2012
Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Winterreisse
01 Gute Nacht                            03 Gefrorene Tränen    
02 Die Wetterfahne                    12 Einsamkeit    
08 Rückblick                              05 Der Lindenbaum
17 Im Dorfe                                 19 Täuschung    
06 Wasserflut                              07 Auf dem Flusse
13 Die Post                                 09 Irrlicht
10 Rast                                        11 Frühlingstraum    
04 Erstarrung                            14 Der greise Kopf
18 Der stürmische Morgen     15 Die Krähe    
20 Der Wegweiser                    16 Letzte Hoffnung    
21 Das Wirtshaus                     22 Mut        
23 Die Nebensonnen              24 Der Leiermann

La Femme Mélanie Boisvert
Le Poète Guillaume Andrieux
Le Musicien vagabond Didier Henry                                  Mélanie Boisvert (La jeune femme)

Mise en scène Yoshi Oïda
Direction musicale Takénori Némoto
Ensemble Musica Nigella
(2 violons, alto, violoncelle, basse, clarinette, basson, cor)

Le Voyage d’hiver - cycle de lieder composé à l’origine pour piano et ténor - est présenté ce soir dans une version profondément remaniée.
Avec huit de ses musiciens, tous issus de l’ensemble Musica Nigella, Takémory Némoto en a réalisé une version pour orchestre qui, au creux de l’intimité de la salle aux allures de théâtre en miniature, prend une dimension ouateuse et très enveloppante.
On est pris dans une atmosphère nostalgique, des couleurs à la fois rudes et chaleureuses généreusement dissipées par les résonances et les frissonnements du corps des instruments à cordes, alors que la rondeur des motifs des trois instruments à vent dialogue avec les sensations de l’âme que l’on surprend à évoquer les plaintes de Tristan.

La mise en scène de Yoshi Oïda fait intervenir trois chanteurs, le poète errant, mais aussi la femme pour laquelle il éprouve des sentiments non partagés, et un vagabond qui est son seul compagnon et un regard désarmé sur ces vagues à l’âme sans espoir.
Pour des raisons dramaturgiques l’ordre des lieder est parfois modifié, mais l’intégralité des textes est interprétée.

Guillaume Andrieux (Le poète) et Didier Henry (Le vagabond)

Guillaume Andrieux (Le poète) et Didier Henry (Le vagabond)

La belle découverte est le talentueux Guillaume Andrieux, un jeune baryton clair qui chante cette insondable peine non seulement avec un art pleinement poétique et des effets d’allègement de voix qui évoquent un autre grand romantique du répertoire allemand, Wolfram, mais également avec une incarnation qui rend lisible la perdition dans le regard.

Mélanie Boisvert, belle femme par ailleurs, se situe dans un registre beaucoup plus terre à terre, impeccablement précis, mais bien moins sensuel et touchant, comme pour marquer le fossé qui sépare la vision amoureuse du jeune homme de la personnalité assez indifférente du personnage réel.

Didier Henry apporte, quand à lui,  une touche paternelle solide et humaine au vagabond.

De la scénographie se distinguent surtout le bel arbre blanc et les variations tristes des ambiances lumineuses plutôt que les petits détails sonores qui ont pour effets de divertir de l’impression d’ensemble.

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