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Publié le 2 Octobre 2021

Chausson / Duparc / Brahms / Britten / Bridge
Récital du 30 septembre 2021
Théâtre des Champs-Elysées

Ernest Chausson Poème de l’amour et de la mer op. 19 - Cycle de mélodies d’après des poèmes de Maurice Bouchor
Henri Duparc « Invitation au voyage », op. 114, « La Vie antérieure », « Phidylé » op. 13 n° 2
Johannes Brahms « Die Mainacht » op. 43 n° 2
« Dein blaues Auge » op. 59 n°8
« Immer leiser wird mein Schlummer » op. 105 n°2
« Auf dem Kirchlofe » op. 105 n°4

Benjamin Britten « The Salley Gardens »
« The Last Rose of Summer »

Frank Bridge « Love went a-riding »
 
Ténor Benjamin Bernheim
Piano Mathieu Pordoy

Cinq jours après avoir chanté Les Contes d’Hoffmann à l’Opéra de Hambourg pour six représentations, Benjamin Bernheim reprend le chemin du récital pour deux soirs, l’un au Théâtre des Champs-Élysées, l’autre au Konzerthaus de Vienne, le 03 octobre.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

Il est à nouveau associé au pianiste Mathieu Pordoy avec lequel il avait déjà donné ce même récital le 15 août dernier au Festival de Salzbourg, tout en l’adaptant légèrement ce soir, les mélodies d’Henri Duparc se substituant aux mélodies de Clara Schumann pour mieux saisir le public parisien.

Le Poème de l’amour et de la mer est ainsi interprété tel qu’il a été conçu à l’origine, quand Ernest Chausson accompagnait au piano le ténor Désiré Desmet lors de sa création à Bruxelles, le 21 février 1893.

La voix élevée de Benjamin Bernheim est fascinante car le jeune chanteur joue à la fois sur le sentiment intime et l’éclat héroïque, et sa projection vers les hauteurs de la salle rayonne d’une ample clarté où s’immisce l’aplomb volontariste de la jeunesse.

L'écoinçon de La Sonate - Plafond du Théâtre des Champs-Elysées

L'écoinçon de La Sonate - Plafond du Théâtre des Champs-Elysées

Et au cours de ce cycle de mélodies, Mathieu Pordoy dispose de longs passages solo pour faire couler une veine de sonorités rondes, stables et bien timbrées au délié liquide qui s’allie parfaitement au chant de son partenaire.

Les deux artistes offrent ainsi une imparable beauté classique à leur ensemble, mélange de retenue d’émotion et de grâce sereine.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

En seconde partie, le temps est cette fois laissé à un grand wagnérien des premières heures, Henri Duparc, qui rencontra Ernest Chausson juste après la guerre franco-allemande de 1870. 

Sur des textes de Baudelaire ( Invitation au voyage et La Vie antérieure) et Leconte de Lisle (Phidylé), Benjamin Bernheim approfondit d’autres facettes de sa voix. La variété des couleurs et la finesse des nuances deviennent grisantes, et l’auditeur se sent comme invité à se laisser bercer pour partager des confidences.

Puis, les quatre chants de Brahms extraits de 3 opus différents composés entre 1868 et 1886 nous emmènent vers des teintes plus graves et sombres, toujours avec la même délicatesse, et l’ art du lied germanique vient ainsi se fondre à un univers qui lui est contemporain.

Mathieu Pordoy et Benjamin Bernheim

Mathieu Pordoy et Benjamin Bernheim

On quitte ensuite cet art de l’union de deux langues pour rejoindre le XXe siècle et un langage amoureux plus immédiat avec The Salley Gardens, et surtout Last Rose of Summer, de Benjamin Britten, où, dans cette dernière mélodie, Benjamin Bernheim laisse filer des traits d’âme en voix de tête d’un charme enjôleur magnifique.

Enfin, Love went a-riding de Frank Bridge permet d’achever le récital sur un héroïsme triomphant constellé par les notes perlées du piano qui suscitent ainsi un enthousiasme qui ne peut que déclencher deux bis, l’un choisi spécifiquement pour Paris, Le Voyage à Paris de Francis Poulenc, l’autre pour les amateurs d’opéras avec Pourquoi se réveiller du jeune Werther, là aussi un symbole de l’imaginaire germanique teinté de sentimentalisme français.

Benjamin Bernheim (Chausson – Duparc – Brahms – Britten - Bridge) - Champs-Élysées

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Publié le 13 Septembre 2020

Quatuor van Kuijk et Suzana Bartal
Concert du 11 septembre 2020
Septembre musical de l'Orne (38ème édition)
Église Saint-Martin de Longny-au-Perche

Ludwig Van Beethoven : Sonate n°14 en do dièse mineur, op.27 n°2 : Sonate au Clair de Lune
Eric Tanguy : Quintette pour piano et cordes
Johannes Brahms : Quintette pour piano et cordes en fa mineur op.34

Piano, Suzana Bartal

Quatuor van Kuijk
Violon, Nicolas Van Kuijk
Violon, Sylvain Favre-Bulle
Alto, Emmanuel François
Violoncelle, Anthony Kondo

                                                                                   L' Église Saint-Martin de Longny-au-Perche

C'est sous le charme des lambris encore peints mais altérés de l'Église Saint-Martin de Longny-au-Perche, un édifice rebâti après la guerre de cent ans et enrichi jusqu'au début du XIXe siècle, que le Septembre musical de l'Orne accueille ce soir la pianiste Suzana Bartal et le jeune Quatuor van Kuijk pour interpréter trois œuvres qui ont en commun d'émaner du sentiment amoureux de leurs compositeurs.

Le Quatuor van Kuijk

Le Quatuor van Kuijk

Suzana Bartal débute seule la soirée par la Sonate au Clair de lune de Beethoven, en adoptant dès les premières mesures un discours fluide et diligent, une dynamique qu'elle va tenir avec la plus grande constance.
Les graves sont sensiblement feutrés, et la mélodie se dessine en invitant au lâcher prise et à la poésie rêveuse. La musique parait comme portée par l'insouciance, et prend une tournure inévitablement démonstrative au cours du presto agitato final propice à l’exercice virtuose, non dénué de coquetterie brillante, sous les doigts de la pianiste.

Sylvain Favre-Bulle (Violon)

Sylvain Favre-Bulle (Violon)

Par ailleurs, les deux plans principaux, solennel d'une part et miroitant d'autre part, sont bien dissociés dans l'espace sonore de la petite église et font bel effet. Néanmoins, l'auditeur attaché aux impressions pathétiques, voir morbides, de cette musique si célèbre aura le sentiment d'un manque fondamental de rapport au destin dans l'intention qui est ici restituée.

Suzana Bartal (Piano), Sylvain Favre-Bulle (Violon) et Emmanuel François (Alto)

Suzana Bartal (Piano), Sylvain Favre-Bulle (Violon) et Emmanuel François (Alto)

Dans la seconde partie du concert, Suzana Bartal est rejointe par le Quatuor van Kuijk pour faire découvrir au public la Quintette pour piano qu'Eric Tanguy, son compagnon à la ville, a créé à l'automne dernier à la salle Cortot à Paris.

Cette pièce est une véritable entrée en matière pour le quatuor. L'écriture est en effet mordante, éprouve la vigueur des musiciens, et possède une empreinte viscérale qui laisse peu de moments contemplatifs à l'auditeur.  Mais l'harmonie entre les instrumentistes reste prédominante, et le quatuor occupe tout le premier plan, le piano jouant un rôle de soutien au front musical.

Emmanuel François (Alto)

Emmanuel François (Alto)

La dernière partie, la plus conséquente, est dédiée à la relation entre Johannes Brahms et Clara Schumann, et célèbre l'alliance entre l'estime artistique et l'amitié amoureuse, c'est à dire tout ce qui porte au plus haut l'inspiration romantique dans ce qu'elle contient de plus fort et d'exaltant.

Tout au long de la pièce qui se développe sur près de quarante minutes, le jeu d'alternance entre le piano et le quatuor fonctionne bien et instaure un vrai dialogue. Mais dans les instants où ces deux forces musicales devraient s'allier et se renforcer, le piano semble rester dans son monde et moins soutenir la rythmique précise des quatre musiciens.

Emmanuel François (Alto) et Anthony Kondo (Violoncelle)

Emmanuel François (Alto) et Anthony Kondo (Violoncelle)

C'est alors dans cette œuvre majeure que le nouveau violoncelliste du quatuor, Anthony Kondo, artiste qui fut l’un des créateurs du Quatuor Hermès en 2009, et qui a rallié les van Kuijk depuis peu, se fait fort de conforter l’impulsivité de l’ensemble par un allant irrésistible. L’osmose entre les deux violonistes, Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle, se pare d’une riche texture prenante et incisive qui arbore des traits gracieux quand l’énergie laisse place à l’apaisement, et l’altiste, Emmanuel François, fond idéalement sa douceur ombrée au jeu de ses partenaires – que de sentiments nostalgiques dans l’Andante! -, ce qui fait que regarder ces musiciens devient aussi important que de les écouter pour percevoir toutes les nuances de l’interprétation.

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle (Violons)

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle (Violons)

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Publié le 13 Décembre 2008

Vladimir Jurowski et le London Philharmonic Orchestra
Concert du 12 décembre 2008 au Théâtre des Champs Elysées

Brahms : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en si bémol majeur op. 83
Tchaïkovski : Symphonie n° 6 en si mineur op. 74 « Pathétique »

Vladimir Jurowski, direction
Nicholas Angelich, piano

Il arrive qu’un concert déconcerte et finalement déçoive, la « Romantique » de Bruckner menée triomphalement par Mariss Jansons, comme s’il dirigeait une machine de guerre, en est un récent exemple.

Et parfois la rencontre avec un moment d’unité se produit, sans trop saisir si cela provient autant de l’état d’esprit que du style interprétatif.
Cela se caractérise ici par les images mentales qui se forment sur les élans sensuels de l’orchestre dès le premier mouvement du concerto, le piano ferme de Nicholas Angelich créant une opposition presque terre à terre.
Passé les exacerbations de l’allegro, le toucher du clavier s’allie aux effleurements du violoncelle et à l’ampleur des ondoyances des cordes pour sublimer ce moment contemplatif en sensations lascives.

Dans la même veine, mais cette fois avec les reflets métalliques des cuivres qui s‘immiscent sans saturer la formation, on imagine dans l’ultime symphonie de Tchaïkovski un cœur noir qui éclate, une fureur qui s’extériorise à outrance.
A l’opposé, l’allegro vivace revient à un maniérisme presque maniaque et joueur, le regard ne décrochant pas des mains de Vladimir Jurowski.

De quoi sortir du théâtre pensif et complétement sonné.

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