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Publié le 3 Janvier 2026

Missa Pastoralis Bohemica (Jakub Jan Ryba – Église de l’Exaltation-de-la-Sainte-Croix de Rožmitál pod Třemšínem, le 24 décembre 1796)
Concert du 17 décembre 2025
Paroisse Sainte Odile de Paris

Česká mše vánoční (1796)
1  Kyrie
2  Gloria
3  Graduale
4  Credo
5  Offertory
6  Sanctus - Benedictus
7  Agnus – Communio

Soprano Dagmar Šašková
Alto Marie Kopecká Verhoeven
Ténor Nicolae Hategan
Basse Carlo Andrea Masciadri
Orgue Stanislav Pavilek

Direction musicale Jan Krejčík
Chœur Montansier et Ensemble Instrumental D&M             
 Jan Krejčík

Depuis septembre 2021, le chœur Montansier de Versailles est dirigé par Jan Krejčík, compositeur et directeur musical issu de l’Academy of Performing Arts in Prague, ce qui entraîne régulièrement l’ensemble vers l’interprétation d’œuvres tchèques peu connues en France.

Le chœur Montansier de Versailles et, au premier plan, Stanislav Pavilek (orgue)

Le chœur Montansier de Versailles et, au premier plan, Stanislav Pavilek (orgue)

C’est ainsi à une Messe de Noël tchèque, la ‘Missa Pastoralis Bohemica’ de Jakub Jan Ryba, composée il y a 230 ans dans la petite ville de Bohême centrale de Rožmitál pod Třemšínem, qu’environ 200 personnes sont venues assister ce soir à la Paroisse Sainte Odile de Paris en présence de l’Ambassadeur de République Tchèque, Jaroslav Kurfürst, qui rappellera en introduction l’importance culturelle de cette pièce toujours célébrée aujourd’hui, une messe composée en tchèque à une époque où le latin était la norme dans l’église catholique.

Česká mše vánoční – Jakub Jan Ryba (Chœur Montansier Jan Krejčík) Église Sainte Odile

Il est très agréable d’entendre ce Kyrie où les deux bergers échangent sur un rythme pointé par un jeu de correspondance avec l’orgue et l’ensemble instrumental versaillais D&M, pour ensuite laisser place à un Gloria plus lent qui réserve une surprise lorsqu’un passage de voix féminines évoque inévitablement le duo de ‘La Flûte enchantée' entre Pamina et Papageno ‘Bei Männern, welche liebe fühlen’. Le chef d’œuvre de Mozart ayant été joué au Théâtre des États de Prague dès le 25 octobre 1792, un an après sa création à Vienne, il est difficile de ne pas croire que Jakub Jan Ryba ait pu l’entendre.

Le chœur Montansier de Versailles

Le chœur Montansier de Versailles

Puis, c’est le chant joyeux et dansant du chœur, fortement rythmé, s’entrelaçant aux conversations chantées des solistes qui va dominer toute la pièce menée avec verve et précision par Jan Krejčík.

Les voix des femmes participent au ravissement qui émane de ce chant ‘éveillé’, alors que celles des hommes agissent de façon plus sous-tendue

L'Eglise Saint Odile de Paris

L'Eglise Saint Odile de Paris

Et autant les couleurs des voix de Dagmar Šašková et Marie Kopecká Verhoeven se mélangent totalement de par l’écriture même qui leur est dévolue, autant celles des deux hommes, Nicolae Hategan et Carlo Andrea Masciadri, sont de tessitures très distinctes puisqu'ils incarnent respectivement un jeune et un ancien pâtres.

Le premier est un ténor roumain à la voix pleinement homogène qui, deux mois auparavant, avait rendu hommage à Georges Enesco lors d’un récital donné à l’Espace Bernanos, alors que le second est une basse colombienne très sombre faisant varier l’épaisseur de son timbre tout en restant constamment musical.

 Jan Krejčík, le chœur Montansier, l'Ensemble D&M et les solistes Nicolae Hategan et Carlo Andrea Masciadri

Jan Krejčík, le chœur Montansier, l'Ensemble D&M et les solistes Nicolae Hategan et Carlo Andrea Masciadri

L’ensemble respire l’esprit de communauté qui irrigue les scènes pastorales de cette Messe atypique, et l’humeur bon enfant qui s’en dégage finit par mettre à contribution le public lorsque le directeur musical propose à l’audience, en complément, de chanter ensemble une chanson tchèque ‘Narodil se Kristus Pán’ (‘Christ, le Seigneur, est né’) à partir d’un petit feuillet laissé près de chacun en début de concert.

Solistes, chœur et ensemble musical

Solistes, chœur et ensemble musical

Et le plus beau, probablement, est d’avoir réussi à unifier tous ces artistes avec rigueur tout en préservant une impression d’insouciance si nécessaire à l’approche de Noël.

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Publié le 9 Octobre 2025

Hommage Enesco 70 - Intégrale de l’Œuvre vocale de Georges Enesco (première partie)
Espace Bernanos (4 rue du Havre, Paris)
Récital du 08 octobre 2025

Georges Enesco
Trois mélodies, op.4 (1898)

‘Le Désert’, poème de Jules Lemaitre
‘Le Galop’, poème de Sully Prud’homme
‘Le Soupir’, poème de Sully Prud’homme

Mélodies hors opus
‘Pensée perdue’, poème de Sully Prud’homme
‘Souhait’, poème de Carmen Sylva
‘Würstenbild’, poème de Albert Roderich
‘De ziua ta’, poème du compositeur
‘Chant hindou’, poème de Géraldine Rolland
‘Si j’étais Dieu’, poème de Sully Prud’homme
‘Dédicace’ (récité), poème de G.Enesco
‘Silence’, poème d’Albert Samain
‘Eu mă duc, codrul rămâne’, poème de Mihai Eminescu
‘Doïna’, sur un poème populaire recueilli par V.Alecsandri

Pascal Arnault
4ème sonate (piano solo)

Georges Enesco
Sept chansons sur poèmes de Clément Marot (1496-1544), op.15

‘Estrène à Anne’
‘Languir me fais…’
‘Aux damoyselles paresseuses d’escrire à leurs amys’
‘Estrène de la rose’
‘Présent de couleur blanche’
‘Changeons propos… Du conflict en douleur’

Œdipe (Extraits de l’opéra) - 1931
‘Chanson du Berger’
‘Air d’Œdipe ’ (IIe acte) : Où suis-je
Solo flûte : Ydris Steinmetz
‘Air d’ Œdipe’ (IVe acte) : Adieu douce Antigone
Voix off : Natacha Hamouma-Goguel, soprano

Soprano Gloria Tronel
Baryton Florent Karrer
Ténor Nicolae Hategan
Piano Ingmar Lazar

Situé depuis 1994 dans les locaux de l’Église Saint-Louis d’Antin, elle-même faisant partie de l’ancien Couvent des Capucins de la Chaussée-d ’Antin (1780-1782) actuellement réaffecté au Lycée Condorcet, l’Espace Bernanos abrite un auditorium de 150 places où est présentée sur deux soirées, le 08 et 10 octobre, l’intégrale de l’œuvre vocale de Georges Enesco à l’occasion du 70e anniversaire de sa disparition. L’Institut culturel roumain est notamment partenaire de cette manifestation.

Rendre hommage de cette manière au compositeur franco-roumain, c’est montrer à quel point les poètes français l’ont inspiré.

Œuvres vocales de Georges Enesco (Tronel Karrer Hategan Lazar) Espace Bernanos

La première partie du programme est ainsi dédiée à des mélodies composées entre 1898 et 1946 sur des textes d’écrivains contemporains d’Enesco, tels Géraldine Rolland, Sully Prud’homme, Jules Lemaitre, et la seconde partie laisse place aux vers de Clément Morot (XVIe siècle) qui évoquent l’essence d’un cœur blessé virant aux sentiments les plus mélancoliques, pour se prolonger dans les mélopées de l’unique opéra du musicien, ‘Œdipe’, qui accompagnent la dérive du malheureux père d’Antigone.

Entre ces deux parties, la '4e sonate pour piano' créée à la fin de l’hiver dernier par Pascal Arnault, présent ce soir parmi l’assistance, créera un univers de grondements intérieurs rendus par Ingmar Lazar sans la moindre concession, une peinture violente mystérieusement surmontée d’un leitmotiv reprenant ‘La Marseillaise’.

Pascal Arnault - compositeur de '4e sonate pour piano' (2025)

Pascal Arnault - compositeur de '4e sonate pour piano' (2025)

Trois jeunes chanteurs sont donc réunis pour incarner en alternance, air après air, l’esprit de ces poèmes nostalgiques.

L’aîné, Florent Karrer, est régulièrement présent sur les scènes lyriques nationales depuis 2018 – il jouait le rôle d’un commissaire de police et d’un notaire dans ‘Le Chevalier à la Rose’ mis en scène par Krzysztof Warlikowski au Théâtre des Champs-Élysées en fin de saison dernière -. 

D'un timbre au grain chaud et coloré auquel il donne de la puissance, il installe une présence joviale qui a de l’épaisseur, et l’assombrit quand il va s'agir de dépeindre le désarroi d’ Œdipe.

Alexander Neef avait fait du chef-d'œuvre d’Enesco, créé au Palais Garnier en 1936, le coup d’envoi de sa première véritable saison à la direction de l’Opéra de Paris; réentendre ces extraits permet ainsi de se remémorer les images très poétiques de la mise en scène de Wajdi Mouawad.

Nicolae Hategan et Gloria Tronel

Nicolae Hategan et Gloria Tronel

Bien différent par son style d’emblée sérieux, le ténor roumain Nicolae Hategan, lauréat du Concours Enesco, Grand Prix Opéra 2018, souffle un chant aux tissures agréablement ambrées et mates de couleurs, aérien par moment, et qui, au cours du récital, s'enrichit d'une expressivité éloquente au fur et à mesure que son investissement gagne en caractérisation, comme si son interprétation le faisait se libérer de sa réserve initiale. Il recevra un très bel accueil au final.

Quant à la plus jeune artiste, Gloria Tronel, lauréate du Concours Enesco, Grand Prix Opéra 2023 qui avait impressionné par ses aigus dans la nouvelle production de 'The Exterminating Angel' à l'Opéra de Paris en 2024, elle commence par se délecter de sa luminosité vocale dense, bien timbrée et focalisée, avec un petit air pimpant qui évoque le personnage de Manon, puis s’imprègne de l’esprit du texte avec une joie interprétative très plaisante.

 Natacha Hamouma-Goguel,  Ingmar Lazar et Florent Karrer

Natacha Hamouma-Goguel, Ingmar Lazar et Florent Karrer

Si le public a eu la sensation d’être progressivement saisit par une âme un peu énigmatique sans s’en apercevoir, tout en se dégageant de tout sens du temps, il le doit aussi à Ingmar Lazar qui est un pianiste qui sait créer une intériorité prégnante tout en lui ajoutant des effets impressionnistes personnels, sans jamais se départir d’une grande délicatesse.

Son rapport émotionnel aux solistes, palpable, devient aussi le révélateur d’une force de conviction qui lui permet de les embarquer dans ce voyage intime où l'âme populaire est aussi présente. 

Une bien belle soirée qui a aussi permis de découvrir la fraîcheur du jeu de flûte d’ Ydris Steinmetz lors de l'extrait du second acte d’ 'Œdipe', et la voix florissante en harmoniques de Natacha Hamouma-Goguel.

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