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Publié le 16 Février 2015

Ensemble intercontemporain
Représentation du 13 février 2015
Philharmonie 2 – Salle des concerts

Matthias Pintscher
A twilight’song, pour soprano et sept instruments

Anton Webern
Six pièces, op.6, pour orchestre de chambre

Arturo Fuentes
Snowstorm, pour ensemble

Aribert Reimann
Nacht-Räume, pour piano à quatre mains et soprano

Hans Werner Henze
Being Beauteous, pour soprano colorature, harpe et quatre violoncelles

Yeree Suh, soprano
Dimitri Vassilakis, Sébastien Vichard, pianos
Ensemble intercontemporain
Direction musicale Matthias Pintscher                           
Matthias Pintscher et Yeree Suh

C’est à une soirée intégralement dédiée à l’art musical d’après-guerre que l’ensemble Intercontemporain vient de convier un public curieux d’atmosphères abstraites et de sonorités étranges.

Christine Shaefer devait être, dans un premier temps,  l’interprète féminine irradiante de sa voix adolescente si profonde et fragile. Elle a néanmoins choisi de privilégier sa vie personnelle en se faisant remplacer par la jeune soprano colorature Yeree Suh.

Celle-ci, très différente, est par son naturel et son chant souriant et perceptiblement vibrant – harmonieusement lié aux élans mystérieux de la musique- , l’ange aérien de Saint-François d’Assise.

Yeree Suh

Yeree Suh

Dans la première pièce, A twilight’song, on retrouve l’écriture austère qui caractérise nombre d’œuvres contemporaines, égrainant des comas furtives qui ne s’inscrivent jamais dans une phrase temporelle longue et continue. On ne peut s’empêcher de penser aux propos de Renaud Machart, critique et homme de radio, qui avait caricaturé avec grand sens du spectacle ces ‘tics’ mécaniques lors de la création d’Akhmatova (Bruno Mantovani) à l’opéra Bastille.

Cependant, ces ‘marques’ de ce répertoire sont transcendées dans la pièce de Matthias Pintscher par une expérience acoustique qui insère des sons cristallins tenus sur une même tonalité jusqu’à leur évanouissement total dans l’espace de la salle des concerts.

Les six pièces, op.6, d’Anton Webern, dans leur version réduite pour orchestre de chambre, ne font que conforter un climat sinistre, et faire mieux ressortir l’énergie tournoyante et jouissive, presque hilarante, de la création d’Arturo Fuentes jouée pour la première fois à l’auditorium de l’opéra de Bordeaux deux jours avant. En émergent des tubulures caustiques et un foisonnement inventif qui pourraient faire croire à l’effervescence d’une scène de vie animale à la campagne, un jour de printemps.

Yeree Suh et Matthias Pintscher (Being Beauteous)

Yeree Suh et Matthias Pintscher (Being Beauteous)

Pourtant, le compositeur ne fait que recréer le souffle imprévisible d’une tempête de neige. Et lorsque l’on demande à chacun quelles images lui furent évoquées, on se rend compte que snowstorm est une œuvre que l’auditeur peut s’approprier pour y projeter son imaginaire personnel. Ce rapport au vivant fantastique pourrait ainsi parfaitement s’intégrer à un opéra naturaliste, afin d’en décrire une scène forte.

Dans la seconde partie, Nacht-Räume, écrit par Aribert Reimann pour une soprano accompagnée au piano, se vit comme une préparation abstraite et intérieure à la pièce qui va suivre, Being Beauteous, de Hans Werner Henze.

Car les soupirs longs et pathétiques des violoncelles nous ramènent aux vérités silencieuses et essentielles de la vie et de ses peines.

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Publié le 6 Juin 2014

Don Juan et autres poèmes (Richard Strauss)
Concert du 03 juin 2014
Salle Pleyel

Don Juan, poème symphonique op.20
Verführung op.33 n°1
An die Nacht op.68 n°1
Frühlingsfeier op.56 n°5
Ruhe, meine Seele op.27 n°1
Heimliche Aufforderung op.27 n°3
Morgen op.27 n°4
Cäcilie op.27 n°2

Bis Zueignung op.10 n°1

Violeta Urmana
Direction musicale Jonathan Nott
Bamberger Symphoniker                                           Violeta Urmana

Au début de l’année dernière, à la salle Pleyel, Violeta Urmana fit découvrir au public parisien une  Mort d’Isolde si irréelle, qu’elle laissa dans les cœurs une immense attente. Elle interprèterait le rôle intégral à Madrid et à Paris un an plus tard, et cette attente fut comblée particulièrement lors des représentations parisiennes.

La retrouver ainsi, seule, avec le Bamberger Symphoniker, a donc la saveur des regrets d’un intime et ultime ‘au revoir’.

 

Le Bamberger Symphoniker

Le Bamberger Symphoniker

Mais avant son éblouissante entrée dans la salle, Jonathan Nott entraîne les musiciens dans un romantisme insouciant où Don Juan semble survoler de grands paysages, poursuivre les illusions d’une romance merveilleuse, pour disparaître d’autant plus tristement que les parfums élancés de cet orchestre raffiné et lumineux nous ont entièrement conquis.

Quelle émotion, ensuite, à l’arrivée de Violeta Urmana, souriante et impressionnante dans sa robe de Princesse d’un autre univers. Sa voix se révèle être dans sa plus belle plénitude, et l’acoustique de la salle la favorise en satinant légèrement ses aigus.
Les sept lieder de Strauss extraits de quatre opus différents sont interprétés avec le même ressenti, une intense détermination sous laquelle couve une souffrance très wagnérienne.

Jonathan Nott et Violeta Urmana

Jonathan Nott et Violeta Urmana

Et l’on retrouve cet immense orgueil qui se libère totalement dans Frühlingsfeier, le lied qui la caractérise le mieux, vraisemblablement. Alors que, dans Ruhe, meine Seele et Morgen, les fléchissements de son timbre dans les profondeurs de sa tessiture sont d’un charme subtil et pathétique.

Il n’y eut qu’un bis, le rayonnant Zueignung, mais la soirée ne lui était que partiellement dédiée.

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Publié le 24 Juillet 2013

Rufus Wainwright - Tour 2013
Concert du 22 juillet 2013
Teatro Real de Madrid

Prima Donna
Ouverture, « Dans mon pays de Picardie », « Vocalises », « Quand j’étais jeune étudiante », « Prenez-le donc », « Final interlude », « Les Feux d’artifices ».

Want One & Want Two
« Vibrate », « Little sister », « This Love Affair »

Hector Berlioz - Les Nuits d‘été
« Le Spectre de la Rose », « Absence », « L’Ile inconnue »

Rodgers & Hummerstein - Carousel
« If I love you »

Wolfgang Amadé Mozart - Cosi fan Tutte
« Soave sia il vento »

Songs for Lulu - Want One
« What would i ever do with a rose », « Oh, what a world »              Rufus Wainwright

Direction musicale Johannes Debus
Orchestre Titulaire du Teatro Real
Sopranos Kathryn Guthrie, Janis Kelly

Découvert à Paris il y a dix ans lors d’un premier concert qu’il tint dans l’atmosphère confinée et intime du Batofar, une péniche amarrée sur les bords de la Grande Bibliothèque, Rufus Wainwright est depuis devenu le compositeur de chansons Folk-pop le plus extraordinaire de notre époque.
Pianiste, mais aussi guitariste, il compose aussi bien des mélodies très sensibles sur ses émotions amoureuses, que de grandes œuvres orchestrales baroques et saturées en couleurs, ou même, de la pop dansante et entrainante. Et tout cela est chanté avec une voix claire, d’une nostalgie sensuelle et précieuse magnifique.
 

Fanatique d ‘opéras, il s’est lancé dans la composition de « Prima Donna » , un ouvrage lyrique qui raconte l’histoire d’une cantatrice souhaitant revenir sur scène, à Paris, au début des années 70, après six ans d’absence…

Ce concert particulier au Teatro Real de Madrid est aussi bien l’occasion de découvrir des passages de cette composition unique de la part d’un tel artiste, que d’assister à une mise en scène de son quarantième anniversaire, une surprise inattendue.

Après une ouverture légère et fortement appuyée sur les aigus des cordes, la structure musicale prend une tonalité obsessionnelle plus lente et envoutante quand Janis Kelly interprète le rôle de la cantatrice, se retrouvant seule à rêver à son possible retour entourée par les accords sombres des basses et des violoncelles, la musique révélant ainsi une âme qui finit par simplement toucher les amateurs lyriques les plus passionnés.

 

                                                                                          Janis Kelly

 

« Les feux d’artifices », air que Rufus Wainwright a lui-même interprété au disque dans « Songs for Lulu », prend une dimension surnaturelle ici, et tous les petits motifs vocaux et musicaux se dispersent ainsi dans l’atmosphère du théâtre en laissant le temps se désagréger comme dans une plénitude céleste.

Après ces quarante minutes lyriques plus éthérées que profondément émouvantes, Rufus Wainwright s’installe au piano pour reprendre trois airs de ses deux albums - Want One et Want Two - composés après sa phase dépressive qui suivit les attentats du 11 septembre à New York. « Vibrate » est une balade poignante sur l’attente de l’appel d’un être aimé, une des plus emblématiques de cette expressivité mélancolie innocente qu’il a un peu perdu ces dernières années.

Rufus Wainwright, Janis Kelly et Kathryn Guthrie (« Soave sia il vento » Cosi fan tutte)

Rufus Wainwright, Janis Kelly et Kathryn Guthrie (« Soave sia il vento » Cosi fan tutte)

Mais il a, par la suite, la mauvaise idée d’interpréter les Nuits d’Eté de Berlioz, chantant sans pudeur ces airs si subtils et beaucoup trop complexes pour sa voix qu’il se contente de savonner. On comprend son attachement sincère à une telle musique, mais ce n’est pas ainsi que l’on peut défendre un tel compositeur.

De même pour le « Saove sia il vento » sauvé par ces deux amies, Kathryn Guthrie et Janis Kelly, complètement irréaliste pour les amoureux d’art lyrique avertis, mais qui a peut-être séduit de nouveaux amateurs…

Rufus Wainwright

Rufus Wainwright

Le reste du programme fait un détour par « If I loved you » de Carousel, pour revenir aux balades où l’on retrouve la suavité de sa belle candeur adolescente. On peut ainsi entendre pour la première fois avec un orchestre classique, « Oh, what a world !», une composition construite sur le Boléro de Ravel, et qui chante le désespoir face à un monde de plus en plus insensé.

Parmi les quatre bis, on réécoute avec nostalgie "Hallelujah" (John Cage) et « Going to a Town », balade dédiée à une Amérique qui n’en finit pas avec ses traumatismes post-2001.

Mais, quelque part, les spectateurs sont devenus malgré eux voyeurs d’une soirée d’anniversaire privée, en famille, où sont apparus la sœur de Rufus, Martha Wainwright, et, resté dans la salle au parterre, Jorn Weisbrodt, son compagnon avec qui il est marié depuis un an.

Martha Wainwright

Martha Wainwright

Cette possibilité de mettre sa propre vie en scène est sans doute un privilège, mais on espère retrouver, plus tard, un Rufus Wainwright pour lequel le public qui l’a soutenu à l’origine puisse se rapprocher de nouveau de la simplicité et de la proximité qui plut tant.

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Publié le 15 Juin 2012

Elias (Felix Mendelssohn)
Concert du 12 juin 2012
Basilique Sainte-Clotilde

Avec Stéphane Degout, Sarah-Jane Brandon, Clémentine Margaine, Stanislas De Barbeyrac, Lucy Hall

Direction Raphaël Pichon
Orchestre 430
Chœur de chambre Otrente

 

                                                                                                         Basilique Sainte-Clotilde

Entre deux représentations d' Hippolyte et Aricie, Stéphane Degout a eu la générosité de venir incarner le rôle d'Elias, prophète auquel Felix Mendelssohn dédia un oratorio, au cœur de la Basilique Sainte-Clotilde.

En regard des solistes qui l‘accompagnent, deux sopranos (Sarah-Jane Brandon, Lucy Hall), une mezzo (Clémentine Margaine) et le ténor Stanislas De Barbeyrac (Atelier lyrique de l'Opéra national de Paris), le baryton rend une figure à la fois simple et profonde de cet homme, avec une fascinante impression de solidité intérieure et de maturité, bien en avance sur son jeune âge.

Stéphane Degout (Elias)

Stéphane Degout (Elias)

Inévitablement, les voix aériennes du chœur et la texture musicale se dissipent fortement dans les hauteurs de la nef, si bien que l'on se trouve plongé dans un état d'esprit un peu vague et réflexif face au magnifique orgue en bois orné de flèches d’argent gothiques.

Mais quand Elie se résigne à quitter la vie, Stéphane Degout interprète un Es ist genug! qui en éprouve irrésistiblement la gravité et la tristesse, nous ramenant à quelque chose de très humain.
Cet instant de vérité, arrivé sans s'y attendre, ne s’oubliera pas.

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Publié le 30 Mai 2012

Philippe Jordan et Waltraud Meier
Concert du 23 mai 2012
Opéra Bastille

Claude Debussy Prélude à l'après-midi d'un faune
Hector Berlioz Les Nuits d’été
Igor Stravinsky Le Sacre du printemps

Bis Maurice Ravel Bolero

Mezzo soprano Waltraud Meier
Direction musicale Philippe Jordan
Orchestre de l’Opéra National de Paris

 

 

                                                           Waltraud Meier

Peut-être en hommage à Claude Debussy, le Prélude à l’après-midi d’un faune s'est substitué à Im Sommerwind, idylle pour grand orchestre d'Anton Webern, qui était prévu dans le programme d'origine.


Pourtant, ce poème contemplatif aurait idéalement évoqué l'osmose évidente qui lie dorénavant les musiciens de l'Opéra National de Paris et leur directeur musical, Philippe Jordan.

En effet, depuis les mouvements profondément voluptueux du Prélude, ondins, surlignés par la souplesse tout autant ondoyante et bien connue du chef, jusqu' aux éclats superbement colorés du Sacre du printemps, ce concert apparaît comme la démonstration d'une dynamique mature et prometteuse pour l'avenir, et l'on songe déjà à la prochaine reprise du Ring.

Quant à l'interprétation des Nuits d'été par Waltraud Meier, très éloignée de le finesse toute fraîche que des musiciennes comme Anne-Catherine Gillet ont récemment gravée, elle est le chant nocturne de la représentante la plus expressive de l'art théâtral wagnérien d'aujourd'hui, et c'est donc cette capacité à maîtriser de tels moyens pour en extraire le plus de délicatesse qui s'apprécie autant que les fragilités de son timbre.

Waltraud Meier

Waltraud Meier

 L'écriture de Berlioz en devient crépusculaire, et il s'agit ainsi d'admirer et de communier avec une immense artiste qui, d'un point de vue personnel, est en train de laisser une empreinte affective forte pour tout ce qu'elle apporte à l'art lyrique et à sa mise en scène.

Mené à la fois avec humour, poigne et un véritable déchainement sauvage dans les dernières minutes, le Bolero de Ravel vient avec surprise conclure cette soirée, où l’on aura finalement entendu trois musiques de ballets ancrées dans la mémoire parisienne.

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Publié le 16 Janvier 2012

Festival Présences au Théâtre du Châtelet
Concert du 13 janvier 2012
Peter Grimes (Benjamin Britten)
Quatre Interludes Marins
1.Dawn (Aube)

2.Sunday Morning (Dimanche matin)
3. Moonlight (Clair de Lune) 4. Storm (Tempête)
Passacaille

Le Bal (Oscar Strasnoy) Création française
d’après le livret d’Irène Némirovsky
Opéra en un acte créé à Hambourg en 2010
Rosine Miriam Gordon-Stewart Alfred Fabrice Dalis
Antoinette Trine Wilsberg Lund Miss Betty Ann-Beth Solvang
Mlle Isabelle Chantal Perraud Georges Hugo Oliveira

Illustrations projetées Hermenegildo Sabat

Orchestre National de France                                         Anu Tali

Direction Anu Tali
Violon solo Luc Héry

 

L'univers lyrique s'intéresse de plus en plus aux poétesses et romancières russes de l'époque stalinienne.
Ainsi, l'Opéra de Paris rendit hommage à Anna Akhmatova la saison dernière en lui dédiant la création d'un opéra consacré à sa vie, et maintenant, Irène Némirovsky devient l'inspiratrice du nouvel opéra d'Oscar Strasnoy, Le bal.

Bien que la mise en espace fige les protagonistes dans leur espace propre, et que des images dessinées en couleurs riantes illustrent les principales scènes, les artistes s'exclament, se trémoussent et ondulent, pour certaines, leurs fines robes, jouent du regard et donne vie à un ensemble dont on a cependant un peu de peine à suivre la narration.

Cette énergie positive vient en première impression sur une musique hypnotique, légèrement teintée d'accords étirés et ironiques, et constellée de motifs ponctuels entre les paroles des chanteurs.

Ann-Beth Solvang et Anu Tali

Ann-Beth Solvang et Anu Tali

Et en regard d'un orchestre déployé sur toute la scène jusque dans les moindres recoins les moins bien éclairés, la ravissante Anu Tali conduit les musiciens d'une gestique souple et géométrique, et sa blonde chevelure en ondoyante queue de cheval et la rondeur de ses joues lui donnent des allures de mannequin mécanique dont émane pourtant une intériorité assurée.

Dès les Interludes marins, il en résulte une musique d'où émerge une lumière boréale aux lignes parfaites et propices aux rêves évasifs.
Après avoir soutenue une telle phalange, la jeune chef estonienne en salue généreusement l'ensemble, puis jette ses sourires ravis vers les hauteurs de la salle tout en gardant une posture légèrement en retrait, une image de modestie toujours très belle à voir.

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Publié le 5 Décembre 2010

Webern-Berg-Zemlinsky
Concert du 03 décembre 2010
Salle Pleyel

Anton Webern
Six pièces pour orchestre opus 6
(révision 1928)

Alban Berg
Suite lyrique (1927)

Alexander von Zemlinsky
Symphonie lyrique opus 18 (1924)

Angela Denoke Soprano
Peter Mattei Baryton

Peter Hirsch Direction
Svetlin Roussev Violon solo

Orchestre Philharmonique de Radio France

                                                                                           Angela Denoke

L’immersion dans l’univers chromatique et abstrait de la seconde école de Vienne serait un luxe, si l’on en juge au public restreint qui a bien voulu en vivre l‘expérience vendredi soir.

Webern-Berg-Zemlinsky (Angela Denoke-Peter Mattei) Pleyel

Ce vide immense, duquel est monté un papillotement glacial, les accords intimes de la suite lyrique perdus dans la froideur blanche de la salle, furent balayés, un temps, par l’introduction spectaculaire de la symphonie lyrique, avant que le timbre onirique de Peter Mattei n’arrive enfin à se dégager de toutes ces résonances.

Et elle, immuable présence, les yeux baissés et tournés introspectivement vers sa propre solitude, et ensuite, avec un calme aplomb et la voix lumineusement vibrante autant que sombrement inquiétante, Angela Denoke.

Webern-Berg-Zemlinsky (Angela Denoke-Peter Mattei) Pleyel

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Publié le 6 Mai 2010

Rufus Wainwright All Days Are Night : Songs for Lulu

Concert du 03 mai 2010 au Théâtre Mogador

Depuis ce soir d’octobre 2003 où ce jeune chanteur, tout juste trentenaire, avait pris possession du Batofar, péniche branchée flottante au pied de la Grande Bibliothèque de Paris, et touché ainsi le cœur d’un public encore restreint, le parcours de Rufus Wainwright est un jaillissement d’aventures artistiques qui pouvait faire craindre la dilution dans l’ivresse de la célébrité (Arte avait récemment diffusé sa reprise des Sonnets de Shakespeare avec le Berliner Ensemble, que malheureusement je n'ai pu enregistrer).

Rufus Wainwright

Rufus Wainwright

Le ténor pop baroque, qui confia lui même que l’Elektra de Strauss était tout aussi sublime sans ecstasy, a déjà réussi son pari de créer un opéra. Si le Metropolitan Opera de New York a finalement refusé de représenter « Prima Donna » à cause du livret en français, l’ouvrage a déjà été joué en Angleterre, et peut être devrait-il arriver à Paris prochainement.

La sensualité de sa voix caressante, qu’il aime laisser s’étirer pour faire passer ses messages les plus intimes, le piano seul en et le meilleur compagnon.

Rufus Wainwright

Rufus Wainwright

Alors, délaissant l’excès d’orchestration qui constitue habituellement une bonne moitié de ses compositions, la part extravertie de sa personnalité, Rufus consacre son nouvel album à douze airs purement mélodiques, besoin de recueillement qui prolonge la disparition récente de sa mère.

Mais l’exubérance est toujours là, et pour la mise en scène de la première partie du concert, dédiée à l’intégralité de Songs for Lulu, le chanteur se fait plus femme que jamais pour arriver théâtralement et lentement en robe noire (comme Erda dans la mise en scène de l’Or du Rhin à Bastille).

Et, seul, avec sa voix et un simple piano, le transport intérieur est d’autant plus miraculeux qu’il est émouvant de voir et entendre cette solitude s’exprimer d’aussi talentueuse manière. Qui ne souhaiterait pas savoir en faire autant ?

Il peut cependant paraître étrange que la plénitude repose sur une douce tristesse, how could someone so Bright love someone so blue?.

Rufus Wainwright

Rufus Wainwright

Les feux d’artifices t’appellent, extrait de Prima Donna, est un air en français conçu lors d’un court séjour à Montmartre avec sa mère, face à une vue extraordinaire sur Paris.
Le style musical est totalement inspiré du courant minimaliste similaire à celui de Philip Glass.

L'ensemble des textes sont d'ailleurs assez contemplatifs, se réfèrent souvent au ciel et aux astres, sans la provocation ou la critique qu'on a pu lui connaître, une façon de suspendre le temps tout simplement.

En seconde partie de soirée, Rufus Wainwright reprend les balades de ses précédents albums (Release the stars, Want Two, Want One …), toujours seul au piano, mais cette fois en autorisant les applaudissements et les photographies, dans une atmosphère de détente.

Parmi les anecdotes intimes et réflexions piquantes qu’il aime placer entre chaque air, on apprend que le public parisien n’est pas le meilleur, mais le plus beau.

Flatteur il est, car est beau celui qui sait être soi, comme il l'a si bien montré.

Site officiel de Rufus Wainwright

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Publié le 28 Mars 2010

Orchestre de l’Opéra National de Paris
Concert du 26 mars 2010 au Palais Garnier

Felix Mendelssohn Meeresstille und glückliche Fart (Mer calme et heureux voyage), op. 27
Ouverture en ré majeur

Ernest Chausson Poème de l’amour et de la mer, op. 19
La Fleur des eaux
Interlude
La Mort de l’amour

Benjamin Britten Four Sea Interludes, op.33 A
Dawn
Sunday Morning

Moolight
Storm

Claude Debussy La Mer, trois esquisses symphoniques
De L’aube à midi sur la mer
Jeux de vagues
Dialogue du vent et de la mer

Sophie Koch Mezzo-soprano
Philippe Jordan Direction musicale

 

Hautement symbolique, le concert de ce soir l’est pour deux raisons : il réunit deux artistes qu’affectionne Nicolas Joel, Philippe Jordan et Sophie Koch, et se construit sur le thème de la Mer, milieu d’ondes vivantes et symphoniques pour lequel on sent que le nouveau directeur de l’Opéra de Paris nourrit une forte sensibilité.

D’où ce goût pour Massenet (la reprise de Werther était dédiée à Sophie Koch) et Wagner (Le Ring est confié à Philippe Jordan), univers marin depuis le Vaisseau Fantôme jusqu’à Tristan.

Concert Philippe Jordan Sophie Koch Opéra National de Paris

Pour l’occasion, des panneaux latéraux et des réflecteurs supérieurs en bois parent la scène de l’Opéra Garnier, l’acoustique est sous contrôle.

Nous sommes dès lors en famille, et il n’y a pas plus significative image que de voir le chef d’orchestre à proximité de la mezzo-soprano face à Philippe Fénelon (le compositeur du Faust de Lenau ,et plus récemment de la Cerisaie), installé au centre du balcon, sous la surveillance paternelle de Nicolas Joel, placé au premier rang de la première loge de face.
En astronomie, on parlerait d‘ « alignement remarquable ».

Le style musical, très homogène, avec lequel dirige Philippe Jordan propage une vitalité faite de tonalités immaculées et d’une tonicité virile, spectaculaire dans le « Storm » de Britten.

Visiblement le chef s’amuse, mène l’orchestre avec hauteur et la même élégance de geste que de son, mais ce sens de la pureté maintient une distance avec les profondeurs romantiques prêtes à surgir.

Philippe Jordan

Philippe Jordan

C’est grâce au talentueux violoncelliste que Le poème de l’amour et de la mer, débordant de mélodrame, peut prendre une dimension pathétique.

Sophie Koch dégage suffisamment de vagues de tristesse pour palier à un affaiblissement vocal temporaire entre deux représentations de l’Or du Rhin.

Présence et subtiles couleurs obscures ne lui font que peu défaut, la clarté du texte un peu plus car sa voix est essentiellement dramatique.

A l’arrière plan, le timbalier mesure très discrètement la tension des membranes même pendant l’exécution musicale. Il est d’ailleurs un net contributeur à cette impression d’énergie sans lourdeur.

Philippe Jordan avait commencé avec « Mer calme et heureux voyage » joyeux et léger, alors qu’il embrasse La Mer de Debussy avec une ampleur plus contenue.

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Publié le 29 Avril 2009

L’Orchestre Symphonique de Montréal
Concert du 28 Avril 2009 Salle Pleyel

Claude Debussy Nocturnes n°1 et n°2
Tan Dun Orchestral Theatre I:O
Composé en 1990, révision en 2002
Créé en 2002 à Brisbane par l’Orchestre Symphonique National de Chine dirigé par Li Xincao

Gustav Mahler Das Lied von der Erde

Direction Kent Nagano

En commençant par l’atmosphère impressionniste des Nocturnes n°1 et n°2 de Claude Debussy, l’Orchestre Symphonique de Montréal tient une occasion de démontrer la subtilité de ses qualités chromatiques.

Nous sommes face à un tissu de lumière que l’on va quitter assez rapidement pour gagner en profondeur au cours de la soirée.

                                                                                                               Klaus Florian Vogt

Extrait de la tétralogie de Tan Dun, Orchestral Theatre I:O est même un formidable bond vers l’extrême Orient, les musiciens s’exclament, soupirent, les percussions animent et sculptent des formes fortes, d’un coup le tuba éjecte une langue rutilante qui disparaît pour laisser place à on ne sait quel motif que notre imagination y associe, tout cela sur un lit de cordes. Très étrange et captivant.

Mais c’est à un plus grand moment encore que nous invitent Kent Nagano, l’orchestre de Montréal et les deux formidables chanteurs que sont Klaus Florian Vogt et Christian Gerhaher.

On pouvait s’attendre à ce que le ténor allemand soit la voix de l’ange, le chant de la Terre de Gustav Mahler lui réserve des situations presque héroïques, qu’il domine sans peine dans une intacte clarté et un peu de superficialité.

Cependant, c’est au baryton Gerhaher qu’il échoit de porter la douceur de l’expression humaine.
D’une voix fabuleusement aérienne, il en fait une plainte d’amour d’une délicatesse qui affecte nos sentiments les plus forts.

Christian Gerhaher

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