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Publié le 23 Septembre 2021

Concert inaugural de Gustavo Dudamel
Concert du 22 septembre 2021
Palais Garnier

Carmen (George Bizet - 1875)
Prélude, « L’amour est un oiseau rebelle » , « La fleur que tu m’avais jetée », « Les voici, voici la quadrille… »  Clémentine Margaine, Matthew Polenzani, Chœur

Ainadamar (Osvaldo Golijov - 2003)
« Mariana, tus ojos » Ekaterina Gubanova, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

La vida breve (Manuel de Falla - 1913)
Danse du deuxième tableau (Chœurs)

Peter Grimes (Benjamin Britten - 1945)
Four Sea Interludes, n. 4 « Storm »

Doctor Atomic (John Adams - 2005)
“Batter my heart” Gerald Finley

Lohengrin (Richard Wagner - 1850)
Prélude de l’acte I

Der Rosenkavalier (Richard Strauss - 1911)                     Jacquelyn Wagner
Trio et duo final Jacquelyn Wagner, Gerald Finley, Ekaterina Gubanova, Sabine Devieilhe

Falstaff (Giuseppe Verdi - 1893)
Scène finale « Alto là ! Chi va là » Gerald Finley, Jacquelyn Wagner, Sabine Devieilhe, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Clémentine Margaine, Matthew Polenzani, Tobias Westman, Kiup Lee, Timothée Varon, Aaron Pendleton

Direction musicale Gustavo Dudamel
Chef de Chœur Ching-Lien Wu 

Chœurs et Orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine

Une fois passé l’impressionnant dispositif de sécurité lié à la présence du couple présidentiel venu assister au concert inaugural de Gustavo Dudamel, le nouveau directeur musical de l’Opéra de Paris pour les six ans à venir, le Grand Escalier du Palais Garnier se découvre sous ses décorations florales multicolores où les couples aiment à se photographier.  

Gustavo Dudamel

Gustavo Dudamel

L’effervescence est assez particulière, et il devient possible d’admirer les différents espaces de ce joyaux architectural sous des éclairages inhabituels qui rehaussent les couleurs des pierres et des mosaïques, mais qui jettent aussi une ombre sur le plafond du monumental escalier.

Le programme présenté ce soir réserve ses originalités à sa première partie où, après des extraits de Carmen joués sur un rythme vif et un parfait équilibre des timbres, et chantés par Clémentine Margaine dans une tessiture très sombre et un peu introvertie, et Matthew Polenzani, à l’inverse, avec une approche très claire et légère qui atténue la nature complexe de Don José, la musique d'essence hispanique se diffuse sur une scène lyrique où elle est habituellement peu présente.

Ekaterina Gubanova (Margarita) - Ainadamar

Ekaterina Gubanova (Margarita) - Ainadamar

L’extrait d’Ainadamar, opéra qu’avait monté Gerard Mortier en 2012 à Madrid dans une mise en scène de Peter Sellars, fait entendre les chants de jeunes filles au cours d’une représentation de la pièce de Lorca, Mariana Pineda, jouée au Teatro Solis de Montevideo.

Le chœur, bien que masqué, se fond aux rythmes de congas et aux traits ambrés des cuivres dans une atmosphère voluptueuse et envoûtante où Ekaterina Gubanova et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur joignent une présence discrète à ce moment voué à la mémoire du jour où la pièce fut créée.

Ici, se révèle aussi le goût de Gustavo Dudamel pour la magnificence poétique des vents.

Concert inaugural (Gustavo Dudamel – Opéra de Paris) Palais Garnier

Puis, c’est jour de mariage à Grenade quand enchaîne l'une des danses de La Vida Breve de Manuel de Falla, de l’enjouement folklorique tenu avec style, cuivres fortement sollicités, qui laisse poindre une envie de fête et qui prépare à  l’élan endiablé et claquant avec lequel l’interlude « Storm » de Peter Grimes va être mené pour nous conduire vers le répertoire Anglo-saxon.

Gerald Finley (J. Robert Oppenheimer) - Doctor Atomic

Gerald Finley (J. Robert Oppenheimer) - Doctor Atomic

Grand moment de chant clamé vers les hauteurs de la salle avec un superbe timbre fumé, Gerard Finley fait honneur à l’écriture de John Adams dont il s’est approprié l’esprit depuis la création de Doctor Atomic à l’Opéra de San Francisco en 2005 dans une mise en scène de Peter Sellars

Les ondoyances mystérieuses et pathétiques de la musique se dissipent magnifiquement, et ce grand passage dramatique annonce aussi les prochains débuts du compositeur américain sur la scène de l’Opéra de Paris, peut-être avec cette œuvre.

Sabine Devieilhe (Sophie) et Ekaterina Gubanova (Octavian) - Der Rosenkavalier

Sabine Devieilhe (Sophie) et Ekaterina Gubanova (Octavian) - Der Rosenkavalier

La seconde partie de la soirée est totalement dédiée à trois compositeurs majeurs du répertoire, Richard Wagner, Richard Strauss et Giuseppe Verdi.

L’ouverture de Lohengrin est une splendeur de raffinement où les tissures des cordes se détachent avec une finesse d’orfèvre à laquelle la rougeur des cuivres se mêle pour donner une chaleur à une interprétation de nature chambriste. Elle est suivie par un déploiement majestueux, beaucoup plus ample, dans le final du Chevalier à la rose.

Gustavo Dudamel devient le maître des miroitements straussiens et de l’imprégnation du temps, et les quatre solistes, Jacquelyn Wagner, Gerald Finley, Ekaterina Gubanova et Sabine Devieilhe, forment une union subtilement recherchée qui magnifie cette ode au temps passé.

Chœurs et Orchestre de l'Opéra de Paris salués par l'ensemble des solistes

Chœurs et Orchestre de l'Opéra de Paris salués par l'ensemble des solistes

Et dans la fugue finale de Falstaff, le chef d’orchestre fait résonner la verve acérée de Verdi avec des traits de serpes cuivrées insolemment fougueux et se met au service d’une équipe d’une unité inspirante car sans artifice.

C’est une image extrêmement humble qu’aura donné ce soir Gustavo Dudamel, rejoint au salut final par la chef de chœur Ching-Lien Wu après l’interprétation d’une Marseillaise galvanisante, et l’accueil bouillonnant et émouvant du public présent en témoigne.

Le Grand Lustre, surmonté du Plafond de Marc Chagall qui fut inauguré le 23 septembre 1964.

Le Grand Lustre, surmonté du Plafond de Marc Chagall qui fut inauguré le 23 septembre 1964.

Concert à revoir en intégralité et gratuitement sur la plateforme l'Opéra chez soi de l'Opéra national de Paris.

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Publié le 19 Septembre 2021

Mozart / Fauré /  Mendelssohn (1785 / 1925 / 1848)
Concert du 18 septembre 2021
Festival de l’Orangerie de Sceaux

Wolfgang Amadeus Mozart Quatuor à cordes n°19 en do majeur KV 465 Les Dissonances (Salzbourg, 1785)
Gabriel Fauré Quatuor à cordes en mi mineur op.121 (Paris, 1925)
Felix Mendelssohn Quatuor à cordes en fa mineur op.80 (Leipzig, 1848)

Violon Nicolas Van Kuijk
Violon Sylvain Favre-Bulle
Alto Emmanuel François
Violoncelle Anthony Kondo

                                   Sylvain Favre-Bulle (Violon)

 

Pour sa participation à la 52e édition du Festival de l’Orangerie de Sceaux, le Quatuor Van Kuijk propose de redécouvrir trois compositions représentatives respectivement des XVIIIe, XXe et XIXe siècles, et d’en apprécier les nuances d’esprit, une vivante conversation de Mozart qui sera suivie de deux expressions beaucoup plus sombres par Fauré et Mendelssohn, écrites respectivement en mi et fa mineur, et qui seront créées en public quelques mois après la mort de ces deux compositeurs.

Ces trois pièces sont d’abord l’occasion de retrouver les qualités acérées et homogènes de l’ensemble de quatre musiciens, et d'admirer son système de forces croisées exigeant et complice qui agit comme un puissant aimant de concentration.

Dans « Les Dissonances », une fois passé le lent mouvement introductif, ce sont les jeux de dialogues et de balancements entre les instruments, francs et bien timbrés, sans effets de préciosité, qui font monter la sève de l’écriture de Mozart pour amener à des moments d’exubérances intenses.

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François et Anthony Kondo

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François et Anthony Kondo

Le contraste est alors saisissant avec le Quatuor à cordes en mi mineur de Gabriel Fauré, achevé à l’âge de 79 ans, qui unit les quatre instruments dans un paysage marin qui entrelace leurs pulsations et leur reflets dans un mouvement d’humeur profond, une lave d’obsidienne complexe où chaque musicien communique brillamment les traits les plus lumineux possibles, dans un esprit de défi. Sylvain Favre-Bulle présentait en introduction cette pièce comme « mal-aimée », pourtant, de par son originalité et sa liquidité noire, peu lissée dans cette interprétation, elle est le point d’orgue du récital car l’on croit entendre le crépuscule d’un romantisme fin XIXe qui aurait pour un temps survécu.

Très surprenante, la rondeur des battements de croches qui alternent d’un instrument à l’autre dans la seconde partie de la pièce, une palpitation mystérieuse qui est particulièrement bien mise en avant.

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle

En troisième partie, le dernier quatuor de Felix Mendelssohn, dédié à sa sœur Fanny, est une démonstration de vigueur exacerbée, hormis dans le recueillement de l’adagio central aux sonorités chaleureuses nécessairement plus recueilli, où une énergie courroucée s’impose et est restituée avec une ardeur impressionnante. Très belle cohésion des couleurs ambrées du premier violon avec la tonalité de ses partenaires.

Et, comme ce fut le cas lors de leur premier concert du mois de mai dernier au Bouffes-du-Nord, le quatuor reprend un arrangement des « Chemins de l’amour » de Francis Poulenc, mélodie dont les lignes nostalgiques peuvent facilement créer un dernier frisson.

Un concert qui fait le lien entre le premier enregistrement Mozart des Van Kuijk, en 2016, et leur double album Mendelssohn en préparation pour 2022.

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Publié le 16 Septembre 2021

Chin – Strauss et Mahler (Lise Davidsen - Klaus Mäkelä)
Concert du 15 septembre 2021
Grande salle Pierre Boulez, Philharmonie de Paris

Unsuk Chin Spira  (Création le 5 avril 2019 au Walt Disney Concert hall de Los Angeles) - création française
Commande du Los Angeles Philharmonic, de l’Orchestre philharmonique royal de Stockholm, de l’Orchestre de Paris, du City of Birmingham Symphony Orchestra et de l’Orchestre de la NDR-Elbphilharmonie
Richard Strauss Quatre Lieder, op. 27
Gustav Mahler Symphonie n°1,« Titan »

Soprano Lise Davidsen
Direction musicale Klaus Mäkelä
Violon solo Elise Båtnes
Orchestre de Paris

 

Deux semaines après le passage de l’Orchestre du Festival de Bayreuth et l’un de ses grands solistes des Maîtres chanteurs de Nuremberg, le ténor allemand Klaus Florian Vogt, la Philharmonie accueille une autre star du Festival qui interprétait cet été l’Elisabeth de Tannhäuser, Lise Davidsen.

Associée cette fois à l’Orchestre de Paris sous la direction de son jeune chef Klaus Mäkelä, la soirée s’annonçait électrisante, et ce ne fut pas démenti

L'Orchestre de Paris

L'Orchestre de Paris

En ouvrant ce concert de rentrée pour la première formation symphonie française par Spira, la dernière création de Unsuk Chin, compositrice sud-coréenne qui a une relation affective très forte avec la Finlande, la luxuriance et la vigueur de l’orchestre s’épanouissent dans l’immensité de la salle, l’architecture de la composition se prêtant bien à des jeux de nuances sonores comme si un vent soufflait par rafales au dessus des musiciens pour créer des envolées de sonorités où vents, percussions, archets et vibraphones se mélangent et ruissellent en palettes de couleurs bien teintées et changeantes.

Les images restent abstraites, mais l’on peut s'imaginer à contempler de grands paysages spectaculaires aux reliefs variés et irréels.

Lise Davidsen

Lise Davidsen

Puis, changement d’univers, les quatre Lieder, op.27 de Richard Strauss pénètrent vers des états d’âmes plus sombres, une forme de grande sérénité classique où le rayonnement puissant de Lise Davidsen semble comme personnifier "Pallas Athena". La voix se pare d’un galbe somptueux, d’un souffle ample irisé par des vibrations métalliques et surnaturelles qui soumettent l‘auditeur à un chant magnétique intense et ensorcelant.

L’envahissement sonore est total, l’Orchestre de Paris se joignant à ce torrent sensuel dans une majesté pleinement souveraine.

Klaus Mäkelä

Klaus Mäkelä

Et quelle seconde partie quand Klaus Mäkelä s’empare de l’orchestre de manière à faire corps harmonieusement et vigoureusement avec lui pour incarner une Symphonie « Titan » jouée dans une transe incroyable!

On ne sait si c’est le directeur musical qui couche sa gestique sur les lignes orchestrales où si ce sont les musiciens qui ont l’habileté pour dessiner exactement la même dynamique des expressions du chef, mais assister à cette manière de saisir certains musiciens comme pour les cajoler tendrement, pour ensuite dynamiser un autre groupe dans une frénésie indescriptible, et vivre cette vélocité dans l'attention qui révèle une vision cohérente et extrêmement détaillée des moindres mouvements de la symphonie, conduit à un inéluctable effet galvanisant.

On aurait presque envie de dire que se joue un sublime échange d’énergie sexuelle pour arriver à une telle tension sans relâche qui désoriente, car ce sont bien des sentiments familiers qui émergent d’une telle interprétation. Un chef fantastique dont il ne faudrait pas sous-estimer le bouillonnement des veines!

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Publié le 7 Septembre 2021

Sonates et partitas pour violon seul (Johann Sebastian Bach – 1717/1720)
Représentation du 06 septembre 2021
Théâtre de la ville - Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Violon Jennifer Koh
Danseurs Alexis Fousekis, Ioannis Michos, Evangelia Randou, Kalliopi Simou
Mise en scène Robert Wilson
Chorégraphie Luncida Childs

Coréalisation avec Le Festival d’Automne de Paris
Première mondiale à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière le 3 septembre 2021                                             Ioannis Michos et Kalliopi Simou

Composés à Cöthen peu avant les six Concertos brandebourgeois, les 3 sonates et 3 partitas pour violon seul de Jean Sébastien Bach constituent un entrelacement de deux formes musicales écrites pour un unique instrument. Et c’est sur ce monologue intime, âpre et lumineux, que Robert Wilson et Luncida Childs ont élaboré un spectacle qui préserve la centralité du jeu de la violoniste Jennifer Koh sous les hauteurs de la coupole octogonale de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière (1678).

On peut d’ailleurs remarquer qu’il y a une bienheureuse correspondance entre cette création et le spectacle de Teresa de Keersmaeker dédié aux Variations Goldberg qui clôturait la saison du Théâtre de la Ville au Châtelet deux mois plus tôt.

Evangelia Randou, Alexis Fousekis, Luncida Childs, Jennifer Koh, Ioannis Michos, Kalliopi Simou

Evangelia Randou, Alexis Fousekis, Luncida Childs, Jennifer Koh, Ioannis Michos, Kalliopi Simou

Bach 6 Solo est donc avant tout un récital pour violon auquel est associé un art du mouvement lent et chorégraphique discret qui se nourrit de la musique.

Sur une estrade octogonale, projection mathématique parfaite de la forme du toit, sertie d’un fin liseré luminescent, un artéfact inhérent à la poétique visuelle de Robert Wilson, la fine robe noire de Jennifer Koh pose d’emblée un signe d’élégance et de rigueur. Et dès les premières minutes, le timbre du violon luxueusement ambré instaure une atmosphère dense, et les larges sonorités aiguës se profilent avec vivacité et finesse. Puis, progressivement, un danseur, Alexis Fousekis, et deux danseuses Evangelia Randou et Kalliopi Simou, la rejoignent, vêtus de drapés blancs, ouverts sur le flanc pour le jeune homme, et dont les gestes simples maniant chacun doucement une simple branche renvoient un sentiment de paix et de beauté juvénile.

Dans cette première partie, leur présence sobre prend la forme d’une installation humaine dont les postures statufiées accueillent l’interprétation vibrante et recueillie de la soliste qui varie, à chaque changement de mouvement mélodique, son orientation vers le public et son placement sur les secteurs de la piste.

La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Mais dans la seconde partie, ce sont cette fois les deux danseurs et une danseuse - Ioannis Michos s’est substitué à Kalliopi Simou – qui apparaissent auprès de Jennifer Koh. Leur chorégraphie devient plus interactive avec toujours un retour aux postures fixes et japonisantes de Robert Wilson, mais jamais sans la moindre grimace qui pourrait déformer les lignes des visages de ces magnifiques artistes aux regards fixes et paisibles.

Le jeu de la violoniste est également plus écorché, gradué dans la montée de la passion, et toujours impressionnant par l’épreuve physique qu’il représente pour elle.

Une forme de lutte dansée sensuelle s’installe. Puis survient, dans une lenteur impériale, Lucinda Childs, parée d’un long voile blanc, qui supporte sur son épaule le poids d’une épaisse corde dont elle va se défaire au fur et à mesure qu’elle gagne la nef opposée. Cette traversée du temps inspire une vision de l’être et de l’expérience qui abandonne ce qui l’attache à une vie vécue pour se sublimer dans un autre monde.

Robert Wilson, Lucinda Childs et Jennifer Koh - Photo Festival d'Automne de Paris

Robert Wilson, Lucinda Childs et Jennifer Koh - Photo Festival d'Automne de Paris

Et c’est sur une autre image suggestive que s’achève ce récital qui gagne une nouvelle dimension dramaturgique. La quatrième danseuse, Kalliopi Simou, apparait et fait délicatement rouler une imposante sphère faite de fines lamelles de lin blanc que chacun se relaye dans une extrême douceur sisyphéenne pour dessiner au sol, autour de la violoniste, une spirale sans fin.

Un tel minimalisme de la gestuelle allié à la puissance de sa beauté intrinsèque n'engendre aucune langueur au fil d’une interprétation musicale qui se charge d’une forme de gravité jusqu’au dernier instant.

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Publié le 5 Septembre 2021

Sequenza 9.3–Simonpietri–Demarquette (Vocello - 2017)

Concert du 04 septembre 2021
Septembre musical de l’Orne
Église Saint Martin de Longny-au-Perche

Henry Purcell When I laid in earth (1689 - Londres)
Henryk Gorecki Symphonie des Chants plaintifs (1977 - Royan)
Johannes Ockeghem Hommage à Gilles Binchois (XVe siècle)
Éric Tanguy Stabat Mater (2014 - Aix-en-Provence)
John Dowland Flow my tears (1596)
Philippe Hersant Métamorphoses (2013 - Claivaux)
Jacob Clemens non Papa Ô Souverain Pasteur et Maistre (XVIe siècle)
Juste Janulyte Plonge (2015 – Philharmonie de Paris)

Ensemble Sequenza 9.3
Direction Catherine Simonpietri
Violoncelle Henri Demarquette

Pour sa 39e édition, le festival du Septembre musical de l’Orne accueille au cours de son week-end d’ouverture l’ensemble vocal Sequenza 9.3 créé par Catherine Simonpietri en 1998 afin d’explorer le répertoire contemporain, la création, et accompagner la jeunesse scolaire dans ses pratiques artistiques avec le soutien du département de la Seine-Saint-Denis.

Associé au violoncelliste Henri Demarquette, l’ensemble a édité au printemps 2017 son sixième enregistrement discographique, Vocello, alternance de pièces anciennes et contemporaines adaptées à l’alliage insolite du chœur et du violoncelle.

7 des 9 pièces de cet album sont ainsi reprises ce soir auxquelles s’ajoute la Symphonie des Chants plaintifs de Henryk Gorecki.

Catherine Simonpietri et Sequenza 9.3

Catherine Simonpietri et Sequenza 9.3

Le fameux When I laid in earth extrait de Didon et Enée de Purcell attribue au chœur le rôle de l’orchestre, et celui du violoncelle à la voix de Didon. Le début méditatif du chœur composé de six chanteurs et six chanteuses installe d’emblée un charme introspectif auquel s’immisce naturellement la plainte du soliste, mais le fait d’entendre le violoncelle sculpter la partie les plus aiguë alors que les voix sont contenues dans une tonalité plus basse ne paraît pas naturel quand on en connaît bien l’air original.

C’est dans l’extrait de la Symphonie des Chants plaintifs d’Henryk Gorecki que le chœur peut déployer ses qualités célestes élégiaques, et, par la fusion de ses nuances colorées, séduire une audience littéralement emportée par un mouvement qui le touche profondément.

Henri Demarquette et Sequenza 9.3

Henri Demarquette et Sequenza 9.3

L’Hommage à Gilles Binchois de Johannes Ockeghem met en valeur les voix masculines, un recueillement qui s’achève par une vibrante sonorité grave, et c’est dans le Stabat Mater d’Eric Tanguy que les mouvements du chœur mixte et du violoncelle prennent les accents les plus torturés.

L’écriture de l’instrument soliste, particulièrement austère, s’engouffre dans les tréfonds de l’âme comme s’il s’agissait de remuer quelque chose chez l’auditeur ou de chercher à le mettre mal à l’aise.

Après une courte pause, Flow my tears fait renaître des sentiments mélancoliques qui entrent magnifiquement en résonance avec l’atmosphère de l’ancienne église qui a été construite au même moment que John Dowland imaginait ses compositions.

Sequenza 9.3 dans son intégralité

Sequenza 9.3 dans son intégralité

Forts audacieuses et dénuées de tout pathos, Les Métamorphoses de Philippe Hersant peuvent se révéler dansantes ou facétieuses autour de développements plus lents avec des réminiscences orientales, bien qu’il s’agisse d’une pièce inspirée par la rencontre avec des prisonniers.

On retrouve ensuite le sens de l’individualité à travers Ô Souverain Pasteur et Maistre de Jacob Clemens non Papa qui met en valeur certains solistes, leurs visages et la lumière qui s’en dégage, et c’est sur les évanescences vocales hors du temps de Plonge de Juste Janulyte, mêlées aux étirements métalliques du violoncelle, comme pour peindre des horizons infinis, que s’achève ce voyage multiforme chaleureusement accueilli et dirigé avec un très agréable sens de l'attention et de la discrétion par Catherine Simonpietri.

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Publié le 2 Septembre 2021

Lohengrin / Parsifal / Die Walküre / Götterdämmerung (Richard Wagner 1850 / 1882 / 1870 / 1876)
Concert du 01 septembre 2021
Philharmonie - Grande salle Pierre Boulez

Lohengrin
Prélude
Höchstes Vertrauen hast Du mir schon zu danken
In fernem Land
Mein lieber Schwan

Parsifal
Prélude
Amfortas, die Wunde
Enchantement du Vendredi Saint
Nur eine Waffe taugt

Die Walküre
Chevauchée des Walkyries

Götterdämmerung
Voyage de Siegfried sur le Rhin
Marche funèbre
Scène finale

Soprano Christine Goerke
Ténor Klaus Florian Vogt                                   
                Klaus Florian Vogt

Direction musicale Andris Nelsons
Orchestre du Festival de Bayreuth

Après deux concerts joués à la fin du Festival de Bayreuth avec Klaus Florian Vogt, Christine Goerke et Günther Groissböck, les 22 et 25 août, l’une des formations orchestrales a pris la route d’Essen, Paris et Riga pour célébrer Richard Wagner avec un programme légèrement différent à chaque fois.

Ainsi, Günther Groissböck ne participe pas au programme parisien, mais il interprétera Hunding au cours du premier acte de La Walkyrie qui sera joué le 04 septembre sur la scène de l’opéra de la capitale lettone.

Klaus Florian Vogt

Klaus Florian Vogt

Mais quel plaisir de réentendre Klaus Florian Vogt qui est ce soir à nouveau phénoménal dans l’acoustique de la Philharmonie comme pour prolonger le souvenir de son fabuleux Walther von Stolzing chanté à Bayreuth cet été.

Son attitude est plus formelle que lors des productions scéniques, et c’est à travers d’In fernem Land (Lohengrin) puis Amfortas, die Wunde (Parsifal) que les particularités vocales si surnaturelles atteignent leur plus large extension, des fines nuances immatérielles et spirituelles, d’une clarté d’ange pourrait-on dire, à l’incarnation d’une puissance qui déploie une aura comme si une sphère céleste d’or cuivré percutait la salle entière et réfléchissait son énergie sur les parois pour renforcer l’impact de ses échos qui se dissipent à travers tous les interstices de l’auditorium.

Sentir les auditeurs proches sensibles à cette beauté inouïe qu’ils entendent probablement pour la première fois fait aussi partie du plaisir de l’expérience. On regrette qu’il n’y ait pas eu une Kundry pour prolonger ce deuxième acte de Parsifal, tant la confrontation promettait d'être envoûtante.

Klaus Florian Vogt–Christine Goerke–Andris Nelsons (Richard Wagner) Philharmonie

Et pourtant, Andris Nelsons ne cherche pas à amadouer l’orchestre qu’il laisse se déployer en accordant à la section centrale des cuivres une puissance éclatante fortement extériorisée.

L’ouverture de Lohengrin donne un bel exemple de représentation du Graal, un tronc central dense et énergisant autour duquel les bois et les cordes propagent des soieries exposées à des vents subtils, les violons les plus fins se dissipant dans le lointain du couchant.

L’enchantement du Vendredi Saint est également un très beau développement orchestral qui allie puissance condensée et univers poétique tout en amenant l’auditeur dans un autre monde.

Andris Nelssons et les musiciens de l'orchestre du Festival de Bayreuth

Andris Nelssons et les musiciens de l'orchestre du Festival de Bayreuth

En seconde partie, intégralement dédiée à des extraits de l’Anneau du Nibelung, la Chevauchée des Walkyries, jouée de façon efficace et clinquante, fait apparaître deux niveaux bien séparés, des cordes grouillantes et atténuées, puis une débauche de jaillissements métalliques qui couvrent sans doute un peu trop les rythmes et cadences des instruments les plus sombres.

Le voyage de Siegfried à travers le Rhin prend des allures d’épopée conquérante, la marche funèbre est une véritable célébration, puis apparaît Christine Goerke. Son incarnation de Brunnhilde révèle une voix d’une complexité dramatique surprenante. Les raucités font ressentir un agrégat de névroses cachées, les aigus les plus hauts peuvent prendre une forme élancée bien profilée dans une teinte mate, et l’indéniable solidité de son souffle lui permet de traverser ce rôle si endurant. La lumière, elle, jaillit de son regard.

Christine Goerke

Christine Goerke

Et dans cette seconde partie, Klaus Florian Vogt est revenu s’installer parmi le public, habillé en tenue de ville décontractée, mais pas tout à fait inconnu.

Klaus Florian Vogt

Klaus Florian Vogt

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Publié le 31 Août 2021

Aguas da Amazonia / Perpetulum (Philip Glass – 1999 / 2018)
Concert du 30 août 2021
Philharmonie – Salle des Concerts

Aguas da Amazonia – arrangement pour quatuor de percussions de Third Coast Percussion – création française (40 mn)
Tiquie River
Madeira River
Xingu River
Paru River
Amazon River
Purus River
Tapajos River
Negro River
Metamorphosis

Perpetulum – création française (20 mn)

Third Coast Percussion
Sean Connors, Robert Dillon, Peter Martin, David Skidmore

En 1993, Philip Glass fut sollicité par la compagnie de danse brésilienne Grupo Corpo pour créer une musique de ballet, et le compositeur américain choisit le groupe brésilien Uakti pour interpréter Aguas da Amazonia avec les couleurs et textures originales de leurs marimbas, flûtes de pan, instruments à cordes et percussions. Sa composition se basait sur ses propres études de piano ainsi que Metarmorphosis (1989). L’enregistrement fut réalisé en 1999.

Third Coast Percussion : Sean Connors, Robert Dillon, David Skidmore, Peter Martin

Third Coast Percussion : Sean Connors, Robert Dillon, David Skidmore, Peter Martin

Passionnés et admiratifs de l’univers de Philip Glass, un groupe de percussions fondé en 2005 et originaire de Chicago, Third Coast Percussion, réarrangea Aguas da Amazonia pour ses propres instruments dont des cloches à mains et des almglocken (cloches à vaches suisses) qui sont le pendant des agogôs brésiliens.

Debout autour de son impressionnant dispositif instrumental que chacun contourne parfois pour changer de rôle même en cours de musique, le quatuor de musiciens fait revivre cette partition dans la Salle des Concerts de la Philharmonie en immergeant les spectateurs dans un univers ondoyant et cristallin si prégnant dès Madeira River.

Sean Connors

Sean Connors

Les sonorités sud-américaines de la version originale s’estompent pour donner à la composition une structure plus éthérée. L’auditeur est donc séduit par ces résonances inhabituelles et les pulsations de la musique jouées de manière très athlétiques à la vue de tous.

Lorsque l’on imagine des percussions, on pense principalement à une rythmique abrupte et pas forcément à un univers qui nous ramène à celui de la berceuse tonique, comme c'est le cas ici.

Mais le fait de voir comment la gestuelle des quatre musiciens s’accorde avec une précision mécanique stupéfiante pour faire vivre cette musique, qui pourrait presque s'analyser mathématiquement, a aussi son pouvoir de fascination.

Robert Dillon

Robert Dillon

Et après l’écoute des 9 mouvements d’Aguas da Amazonia, Perpetulum nous emmène à travers une pièce écrite spécialement pour le jeune groupe. Elle est la première qui soit composée par Philip Glass directement pour des percussions, et fut créée le 09 novembre 2018 au Chicago Humanities Festival, une manifestation qui vise à réunir les gens de tous horizons afin de renforcer leurs liens empathiques les uns envers les autres.

David Skidmore

David Skidmore

La section centrale est relativement la plus rythmée avec ses martèlement inventifs non dénués de souplesse. Elle se démarque nettement de la tonalité globale de la soirée, mais la conception d’ensemble suscite aussi de la part des musiciens l’envie d’extérioriser leurs talents les plus audacieux devant un public très diversifié qui comprend aussi nombre de jeunes issus du monde anglo-saxon. Un tel succès pose aussi la question des musiques capables de réunir le plus grand nombre dans toute son universalité, et celle-ci en fait assurément partie.

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Publié le 28 Août 2021

Variations de Beethoven, Schumann et Crumb
Concert du 28 août 2021
Festival des Solistes à Bagatelle – Orangerie

Beethoven : 6 variations en sol majeur sur Paisiello WoO 70 (1795)
Schumann : Études en forme de variations sur un thème de Beethoven (1831/1832)
Crumb : Processionnal (1983)
Schumann : Geistervariationen (1854)
Beethoven : 7 variations en fa majeur sur Kind willst du WoO 75 (1799)

Piano Cédric Tiberghien

C’est à l’Orangerie du parc de Bagatelle, vers laquelle convergent de multiples chemins sinueux où l’on peut croiser Paons et Bernaches, que se joue du 28 août au 12 septembre 2021 la 20e édition du Festival des Solistes qui permet d’entendre de jeunes générations d’artistes.

Parmi ceux-ci, Cédric Tiberghien, pianiste né à Colombes en 1975, riche d'une solide carrière derrière lui, est toujours sensible aux lignes de la vie où se reflète la beauté.

Cédric Tiberghien

Cédric Tiberghien

Le concert qu’il interprète en cette fin d’après-midi réunit plus de 80 âmes musicales venues découvrir un programme peu connu de variations de Ludwig van Beethoven et d’un de ses grands admirateurs, Robert Schumann, au cœur duquel va se glisser une œuvre de George Crumb, compositeur américain influencé notamment par Webern, Bartok et Debussy, qui atteindra bientôt ses 92 ans – L’esprit du festival est d’associer à chaque concert classique une œuvre contemporaine -.

Dans un premier temps, Les 6 variations en sol majeur permettent à l’auditeur de se familiariser avec les sonorités rondes et métalliques du piano avec lesquelles Cédric Tiberghien réalise une impressionnante composition qui prend presque une allure de Maelstrom où de virtuoses vibrations tourbillonnent dans un flot de sonorités sombres. Un élan romantique maîtrisé se fond à la structure classique des accords.

Puis, les études de variations sur un thème de Beethoven – il s’agit du second mouvement de la 7e symphonie - se développent avec une intensité saisissante qui peut s’atténuer dans un mouvement  de vague parfaitement lissé sur laquelle des piani infiniment chatoyants scintillent avec une poésie absolument irrésistible. Un véritable sens de la construction se dégage sous cette esthétique artistique qui renforce l’emprise sur l’auditeur.

Cédric Tiberghien

Cédric Tiberghien

Et c’est avec ce même sens de l’architecture que Processionnal de Georges Crumb entraîne chacun dans un univers de tension et de danger mystérieux où, quand le calme semble revenir, de fines grappes de perles irisent la surface du clavier d’un geste faussement désinvolte. Bien que contemporaine, la pièce s’insère magnifiquement dans le récital, et le rapport fusionnel qu'entretient le soliste avec le piano semble atteindre son paroxysme.

Les Geistervariationen renvoient ensuite à un épisode triste de la vie de Robert Schumann, puisqu'elles constituèrent la dernière composition de son œuvre avant qu'il ne fut admis à l’asile. Il s’agit du passage le plus introspectif  du programme, mené avec une détermination souple et toujours un sens du déroulé fluide et bien affirmé.

Et en s’achevant sur les 7 variations en fa majeur sur Kind willst, Cédric Tiberghien revient à un style d’une technicité virevoltante fantastique sur une apparente structure mathématique où l’esprit ludique, tenu avec une rigueur absolue, et suivi par un bis sur une variation de Jean-Sébastien Bach, suffit à combler l’effet d’éblouissement sonore qu’aura procuré plus d’une heure de musique, captivante par un tel sens de la narration.

Cédric Tiberghien

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Publié le 27 Mai 2021

Quatuor Van Kuijk - Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847)
Concert du 26 mai 2021
Théâtre des Bouffes du Nord

Quatuor à cordes en la mineur Op.13 (octobre 1827 – première à Paris le 14 février 1832)
Quatuor à cordes en ré majeur Op.44 No.1 (juillet 1838 – première à Leipzig le 16 février 1839)

Nicolas Van Kuijk violon
Sylvain Favre-Bulle violon
Emmanuel François alto
Anthony Kondo violoncelle

Point de départ d’une intégrale qui réunira les sept quatuors à cordes et les quatre pièces pour quatuor de Felix Mendelssohn pour aboutir à l’édition d’un double CD chez Alpha Classics en 2022, les deux quatuors présentés par l’ensemble Van Kuijk au Théâtre des Bouffes du Nord, au moment où reprennent les concerts en public, accompagnent le sentiment de renaissance qui traverse cet instant.

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle (Violons)

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle (Violons)

Sylvain Favre-Bulle ne se prive pas de présenter ces deux pièces avec la joie sincère du plaisir des retrouvailles. La première, le Quatuor à cordes en la mineur Op.13, qui est en fait le second quatuor écrit par Mendelssohn, porte en elle la marque de la mort de Beethoven qui fut le déclencheur émotionnel et la condition de sa composition en 1827. Et la seconde, le Quatuor à cordes en ré majeur Op.44 No.1, est un hommage au Prince Oscar de Suède que le musicien rencontra pour la première fois au musée Städel de Frankfurt en 1837.

Loin de réduire ces deux œuvres à une interprétation formelle, le Quatuor Van Kuijk induit en elles une énergie puissante, la vigueur acérée d’une sève qui rend le bois si vivant et éruptif, et toutes les nuances de sensation colorent une musique, depuis le moelleux bondissant du violoncelle au panache grandiose d’un premier violon au métal étincelant. Une forte densité de matière, un plaisir ludique décontracté et précis dans les jeux de correspondance entre interprètes, une vivacité d’entrelacs dont il est parfois difficile de différencier les instruments et particulièrement les couleurs sombres du second violon et de l’alto, se lisent ainsi une tendresse et une bienveillance heureuse qui accrochent et stimulent l’auditeur au point de le perdre dans des paysages captivants.

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François, Anthony Kondo

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François, Anthony Kondo

Et en bis, un arrangement spécialement réalisé pour le Quatuor Van Kuijk (Jean-Christophe Masson – 2016) de l’insouciante mélodie pour voix et piano composée par Francis Poulenc pour la soprano et actrice Yvonne Printemps, « Les Chemins de l’amour », laisse un dernier trait d’âme imprégner l’atmosphère du théâtre pour revenir à la vie parisienne.

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Publié le 25 Avril 2021

Syrael (Jan Krejčík - 2010)
Représentation du 23 avril 2021
Centre culturel tchèque de Paris

18, rue Bonaparte, Paris 6e

 

Artiste lyrique Marie Verhoeven
Compositeur et musicien Jan Krejčík

Percussions Manon Duchemann
Vidéo Daniel Touati et Dominique Defontaines

 

Le 23 avril 1616, trois grands écrivains disparurent le même jour : Shakespeare à Stratford-upon-Avo, Cervantès à Madrid, et Garcilaso de la Vega à Tolède. C’est ce jour qui depuis 1995 célèbre chaque année le plaisir de la lecture, et c’est pourquoi le Centre culturel tchèque de Paris a choisi le vendredi 23 avril 2021 pour inaugurer sa nouvelle bibliothèque.

A cette occasion, l’Ensemble Rés(O)nances de Marie Verhoeven est à nouveau invité pour interpréter une pièce du compositeur tchèque Jan Krejčík, qui fut créée à l’Auditorium national de musique de Madrid le 27 mai 2010.

Syrael est une partition musicale d’une durée de 15 minutes qui évoque la légende d’un être artificiel inventé par Edward Kelley, un occultiste prétendant avoir des dons de communication avec les esprits, lors de son séjour au Château de Prague à la fin du XVIe siècle.

Marie Verhoeven et Jan Krejčík

Marie Verhoeven et Jan Krejčík

On trouve ainsi dans la conception de cette œuvre contemporaine une composante alchimique qui manipule et fusionne des enregistrements de la voix de la chanteuse lyrique avec sa voix réelle exprimée en direct, et une autre composante visuelle, jouant avec des apparitions, qui fait appel à des projections vidéographiques (réalisation Daniel Touati et Dominique Desfontaines) sur un tissu transparent.

Les moyens musicaux s’appuient donc sur des instruments classiques, percussions, claviers, xylophone, mais également des moyens informatiques et électroniques utilisés comme des instruments qui permettent de réaliser des effets spéciaux sonores en temps réel.

Jan Krejčík

Jan Krejčík

L’œuvre se décompose ainsi en trois parties. Dans la première, de vifs murmures et sons pulsés se répondent dans le silence de la salle, et alors que l’image ombrée et sertie de lumière du compositeur apparaît en chef d’orchestre au centre de l’installation - qui est basée sur une vidéo enregistrée il y a plus de 8 ans -, la musique s’étoffe, gagne en intensité, tout en restant synchrone de sa gestique.

Jan Krejčík joue lui même les sonorités électroniques, Manon Duchemann les percussions, et la tension qui s’accroît suggère un acte de création ou d’effort par la violence.

Marie Verhoeven

Marie Verhoeven

Puis, dans la seconde partie, l’auditeur se trouve en état d’apesanteur, comme s’il s’était libéré de quelque chose, et l’immatérialité de ce moment devient purement vocale à travers les modulations arrangées par le musicien qui s’atténuent quand les variations des appels étranges que chante la mezzo-soprano se dessinent au premier plan. L’image du chef d’orchestre disparaît progressivement, et les formes en filigrane d’une femme au visage blanc fantomatique se révèle à travers le mystère sonore. L’impression est à la fois hypnotique et troublante, et les sons parfois fortement ténus.

Et une fois la scène d’apparition évanouie, la dernière partie s’achève en une brève conclusion aux sonorités délicates afin de préserver l’état d’esprit songeur du spectateur.

Syrael (Rés(O)nances-Marie Verhoeven-Jan Krejčík) Centre culturel tchèque de Paris

Il s'agit ici d'un exemple de concordance parfaite entre des techniques spectrales utilisées pour créer des effets sonores irréels, une technique vidéo fine qui respecte le mouvement de la musique, et un thème qui fait référence au surnaturel.

 

Lire aussi : Eau de Kupka (M.Verhoeven-J. Krejčík) Centre culturel tchèque

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