Publié le 21 Septembre 2025
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_3cb889_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
Ariodante (Georg Friedrich Haendel –
8 janvier 1735, Londres)
Répétition générale du 13 septembre et représentations du 21 septembre et du 07 octobre 2025
Palais Garnier
Ariodante Cecilia Molinari
Ginevra Jacquelyn Stucker
Polinesso, Duc d’Albany Christophe Dumaux
Le Roi d’Ecosse Luca Tittoto
Lurcanio Ru Charlesworth
Dalinda Sabine Devieilhe
Odoardo Enrico Casari
Direction musicale Raphaël Pichon
Mise en scène Robert Carsen (2023)
Ensemble Pygmalion & Chœurs de l’Opéra national de Paris
Coproduction Metropolitan Opera, New-York
Diffusion le samedi 25 octobre 2025 sur France Musique à 20 h.
La représentation d’Ariodante’ du 21 septembre 2025 est la 21e à l’Opéra de Paris et la 11e dans cette mise en scène.
Entré tardivement au répertoire du Palais Garnier le 17 avril 2001, dans une mise en scène de Jorge Lavelli qui ne fut jouée que pour 10 représentations, ‘Ariodante’ est désormais présenté dans la production de Robert Carsen depuis le printemps 2023.
L’architecture symétrique des ses décors au style néoclassique, de la chambre de Ginevra à la grande salle de réception royale, en passant par le bureau du Roi, tous recouverts de vert en référence aux grands espaces écossais, couleur qui évoquera aussi la mélancolie au second acte, donne une tonalité muséale à cet ensemble qui sera amusamment exploitée lors de la scène finale, et va servir de cadre à une histoire qui est transposée sous forme d’hommage aux histoires personnelles des familles royales traquées par les médias et les regards de la société en quête de rumeurs à répandre. Les lecteurs et lectrices de 'Gala', 'Voici' et 'Paris Match' seront ravis!
La reprise de ce chef-d’œuvre handélien intervient cependant un mois après la production coup-de-poing de ‘Giulio Cesare’ mise en scène par Dmitri Tcherniakov au Festival de Salzbourg qui restera comme une référence dramatique absolue dans sa capacité à tirer des solistes un engagement interprétatif hors du commun.
L’approche de Robert Carsen dans ‘Ariodante’ ne va pas aussi loin pour mettre en exergue le mal sous-jacent à l’esprit humain qui va conduire à la diffamation de Ginevra, mais il obtient un jeu très torturé des protagonistes victimes, notamment dans le grand aria d’Ariodante ‘Scherza infida’, qu’il renforce avec des jeux d’ombres et de lumières tamisées qui intensifient la noirceur d’âme de l’œuvre. Il a aussi le don de très bien mettre en valeur la grâce féminine, notamment lors du choc que ressent Ginevra au rejet de son père.
Mais à l’occasion de cette nouvelle série de représentations, sont invités pour la première fois à l’Opéra de Paris les musiciens de l’Ensemble Pygmalion, orchestre baroque fondé en 2006 par Raphaël Pichon – une formation interprète passionnée de Bach, Rameau, Mendelssohn et Mozart -, pour défendre leur premier opéra de Haendel en version scénique.
Dès l’ouverture, leur volontarisme fougueux fait sensation avec un mélange de sonorités anciennes et de gestes dramatiques enlevés, des lignes de courants acerbes qui créent une énergie théâtrale qui met d’emblée en tension, les instrumentistes étant formidables à admirer par leur sens de l’anticipation.
Inoubliables sont la noirceur enflée des vibrations des basses, les entrelacs bien timbrés des vents boisés, les striures fauves des cordes galbées dans une patine sonore volubile, le tout avec un sens du drame de la part de Raphaël Pichon qui soutient aussi très attentivement les chanteurs dans les moments les plus sombrement délicats. L’énergie orchestrale semble ainsi innerver les chanteurs et s’aligner sur leur sens de la nuance.
Pour ses débuts à Paris, Cecilia Molinari retrouve le personnage d’Ariodante qu’elle avait abordé pour la première fois à l’Opéra de Lisbonne en 2021 et défendu à nouveau lors du Festival de Martina Franca en 2024. Timbre pleurant et sombre dans le médium qui s’éclaircit de façon très intense afin de traduire des déchirures cruelles, elle met sa musicalité au service d’une expressivité très marquée que l’on ne soupçonne pas forcément au cours des tous premiers tableaux.
Cette progressivité dans le dramatisme est l’un des points forts de la représentation, surtout que la mezzo-soprano italienne fait preuve de brio dans les ornements et offre d’harmonieuses variations de couleurs.
Facilement reconnaissable, Jacquelyn Stucker est l’une des découvertes parisiennes sensationnelles de la saison 2022/2023, où elle avait beaucoup marqué les esprits dans le rôle de Lucia de Nobile de ‘The Exterminating Angel’ de Thomas Adès. Son interprétation de Ginevra dépeint une femme de haut rang, très sûre d’elle, et qui va révéler sa sensibilité au fur et à mesure que le piège tendu par Polinesso se referme sur elle.
D’une tessiture sombrement ouatée et d’une finesse de voile qui participent à l’expression de sa délicatesse de sentiments, la souplesse de sa voix lui permet de se fondre avec justesse à la sensualité propre à la musique de Haendel. Cela renforce son allure de vestale, une vision de l’innocence qui touche irrésistiblement à l’idéal.
Quant au père de Ginevra, le Roi d’Ecosse, il est solidement caractérisé par la grandeur naturelle de Luca Tittorio, mais aussi par le grain de sa voix qui laisse toujours poindre une sensation d’humanité sous couvert d’une autorité statutaire.
En Polinesso, Christophe Dumaux poursuit sur sa lancée après sa brillante incarnation de Jules César au Festival de Salzbourg quelques semaines auparavant. Certes, le personnage pervers que Robert Carsen lui fait dessiner n’a pas la même complexité que celle travaillée par Dmitri Tcherniakov, mais le contre-ténor français fait à nouveau preuve d’une excellente agilité technique, une tonicité un peu âpre mais qui s’est assouplie et densifiée avec le temps, aux lignes très homogènes et aisément malléables, avec des variations de contrastes d’une grande vivacité.
Nous retrouvons également deux artistes qui avaient participé à la reprise d’’Alcina’ – toujours dans la production de Robert Carsen - sur cette même scène en décembre 2021, Ru Charlesworth, qui apporte une présence robuste et sensible à Lurcanio, son timbre dégageant une forte impression de maturité avec un grain qui s’approche de celui de Luca Tittorio, et Sabine Devieilhe qui joue à fond la carte de la jeune femme crédule et humaine dont l’extrême finesse des lignes vocales semblent comme prolonger sa ductilité corporelle. Son air de séduction de Polinesso, au second acte, est mené avec un sensualisme à la limite de la rendre complice.
Enfin, Enrico Casari rend à Odoardo une droiture et une épure vocale très dignes.
La forte interpénétration entre l’interprétation orchestrale, l’action théâtrale et l’incarnation vocale de chacun des solistes fait de ce spectacle un exemple de réussite amenée à réunir l’ensemble des spectateurs.
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_d29828_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_fd7fdd_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_b07007_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_ffaf60_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_6e247f_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_b82806_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_af6cd1_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_410b37_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_c952c1_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250921%2Fob_765157_ariodante-robert-carsen-raphael-pichon.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_c7e4d5_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_93a105_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_80b882_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_e5d09e_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_a5dc36_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_25a124_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_e76eb1_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_f8cc76_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_56121b_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_dc8f84_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_b414d9_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_ff1f9c_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20250303%2Fob_85633e_pelleas-et-melisande-montague-rendal.jpg)
/image%2F1429287%2F20220125%2Fob_4d328d_ahamlet00.jpg)
/image%2F1429287%2F20220125%2Fob_fba837_ahamlet01.jpg)
/image%2F1429287%2F20220125%2Fob_e379aa_ahamlet02.jpg)
/image%2F1429287%2F20220125%2Fob_0edefb_ahamlet03.jpg)
/image%2F1429287%2F20220125%2Fob_31dcfa_ahamlet04.jpg)
/image%2F1429287%2F20220125%2Fob_1a8425_ahamlet05.jpg)
/image%2F1429287%2F20220125%2Fob_489a6d_ahamlet06.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_f6ff42_alcina00.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_9af88f_alcina07.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_f91ffc_alcina06.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_b565ab_alcina08.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_fef571_alcina02.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_ab4450_alcina03.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_1da794_alcina04.jpg)
/image%2F1429287%2F20211222%2Fob_42f65f_abenoit.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_f6d0b5_alcina09.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_e033a3_alcina11.jpg)
/image%2F1429287%2F20211126%2Fob_49288f_alcina10.jpg)
/image%2F1429287%2F20211222%2Fob_92e03d_agarnier02.jpg)
/image%2F1429287%2F20210923%2Fob_339f62_dudamel00.jpg)
/image%2F1429287%2F20210923%2Fob_b2d821_dudamel04.jpg)
/image%2F1429287%2F20210923%2Fob_3deb47_dudamel02.jpg)
/image%2F1429287%2F20210923%2Fob_92c2c2_dudamel01.jpg)
/image%2F1429287%2F20210923%2Fob_ab21f7_dudamel03.jpg)
/image%2F1429287%2F20210923%2Fob_fce205_dudamel06.jpg)
/image%2F1429287%2F20210923%2Fob_d10645_dudamel05.jpg)
/image%2F1429287%2F20210923%2Fob_9d8fde_dudamel07.jpg)





































