Articles avec #concert tag

Publié le 28 Octobre 2017

Richard Strauss & Piotr Ilitch Tchaïkovski
Concert du 27 octobre 2017
Philharmonie de Paris - Grande salle

Richard Strauss Don Quichotte
Piotr Ilitch Tchaïkovski Symphonie n°5

Alto Miriam Manasherov
Violoncelle Kian Soltani
Direction musicale Daniel Barenboim
West-Eastern Divan Orchestra

                                                                                                    Kian Soltani (Violoncelle)

Après un parcours l'ayant conduit ces derniers mois de l'Allemagne et la Scandinavie à l'Argentine natale de Daniel Barenboim, le West-Eastern Divan Orchestra fait un passage à la Philharmonie de Paris pour présenter deux œuvres, l'une idéaliste et chevaleresque, l'autre mélancolique et progressant vers l'espérance.

Kian Soltani (Violoncelle) et Daniel Barenboim

Kian Soltani (Violoncelle) et Daniel Barenboim

Le Don Quichotte, dirigé sous une forme de plénitude contrôlée qui fluidifie dans une totale transparence ce poème symphonique sans la moindre âpreté, prend l'allure d'une traversée vaillante, le violoncelliste Kian Soltani se tenant fièrement menton levé face aux balcons de la salle, suivi par l'ensemble des musiciens, comme s'il s'agissait de conquérir le public en lui offrant l'image d'une communauté humaine enfin réunie.

Daniel Barenboim ne déclenche pas de tornade ni ne provoque les grincements des cordes et des cuivres, mais place à son avantage le jeune instrumentiste dans sa démonstration virtuose un rien facétieuse.

Le West-Eastern Divan Orchestra

Le West-Eastern Divan Orchestra

Mais soudainement, la seconde partie du concert prend le total contre-pied de la première partie jouée en introduction, car c'est dorénavant l'orchestre qui mène la danse par une interprétation dithyrambique où le chef d'orchestre ne semble plus qu'être le stabilisateur d'une énergie véloce chevillée au corps, cordes obsessives et emportées dans une houle vrillée, éclat magnifique des cuivres - et quel parement solaire et éblouissant du cor doré !-, une cinquième symphonie de Tchaïkovski qui a toutes les couleurs des inquiétudes de la jeunesse virant à la joie exaltée.

C'est véritablement à la Philharmonie que l'on peut enfin entendre des ouvrages dont l’exécution résiste à la puissance phénoménale du Don Carlos dirigé par Philippe Jordan à l'Opéra Bastille, surtout quand il s'agit de s'abandonner à un orchestre qui symbolise si brillamment l'utopique réunification des peuples du Moyen-Orient.

Voir les commentaires

Publié le 8 Octobre 2017

Barbara Hannigan (Debussy-Schönberg-Berg-Gershwin)
Concert du 08 octobre 2017
Auditorium de Radio France

Claude Debussy Syrinx
Arnold SchönbergLa Nuit transfigurée
Alban BergLulu-Suite
George GershwinGirl Crazy-Suite

Orchestre Philharmonique de Radio France
Direction musicale et soprano Barbara Hannigan

 

Cela commence par une extinction totale de la salle, alors que l’orchestre, laissé seul dans le noir au centre de l’auditorium paré d’un charme boisé, se tient silencieux et immobile, et l’on entend le motif enjôleur d’une flûte jouant le solo de Syrinx s’insinuer depuis une alcôve discrètement dissimulée, comme si la plainte du cor anglais qui introduit le troisième acte de Tristan und Isolde lui faisait écho. Ce motif serait-il la Lune ?

Barbara Hannigan

Barbara Hannigan

Barbara Hannigan apparaît soudainement, vêtue de noir, sans que l’on ait aperçu sa venue, et entraîne le Philharmonique dans ses embrassements chaleureux, sensuellement féminins, car il y va de son être dans la représentation des émotions humaines. Nulle mer glaciale, sinon un tissu de cordes vibrantes qui atteint son inexorable paroxysme et se libère de ses tensions tout naturellement.

Barbara Hannigan

Barbara Hannigan

Dans la seconde partie, Barbara Hannigan se retrouve dans l’univers de Lulu qu’elle a elle-même interprété à Bruxelles sous la direction empathique de Krzysztof Warlikowski et à Hambourg avec Christoph Marthaler.

Elle seule peut à la fois diriger et chanter – tout en étant dos à l’orchestre quand elle incarne Lulu – ce personnage qu’elle défend dans un poignant élan de liberté.

Contrebassiste du Philharmonique de Radio France

Contrebassiste du Philharmonique de Radio France

L’orchestre joue le jeu, fait corps avec une artiste unique et charismatique qui a quelque chose à exprimer de chevillé au corps, un cri très violent et un amour maternel immanent, et lui dédit le plus beau témoignage de complicité en l’accompagnant vocalement dans Girl Crazy, qu’elle reprendra en bis pour le bonheur des auditeurs.

Barbara Hannigan (Schönberg-Berg-Gershwin-Philharmonique) Radio France


Quelle sensation d’admiration à vivre ce moment d’accomplissement personnel qui puise d'abord sa force dans les ressources d'une musique puissante, et s'ouvre encore plus au public à travers une œuvre populaire profondément œcuménique!

Voir les commentaires

Publié le 23 Septembre 2017

Beethoven / Bartok – Philharmonique de Radio France
Concert du 22 septembre 2017
Auditorium de la Maison de la Radio

Beethoven (1770-1827)
Grande Fugue, opus 133 (1826)
Cecile Agator et Pascal Oddon (violon), Marc Desmons (Alto) et Jérôme Pinget (violoncelle)

Bartók (1881-1945)
Concerto pour violon n°1 (1907)
Vilde Frang (violon)

Beethoven (1770-1827)
Symphonie n°3 « Héroïque » (1805)

Direction musicale Mikko Franck
Orchestre Philharmonique de Radio France                 
 Musiciens du Philharmonique

Très étrange concert que celui donné à la Maison de la Radio, et qui semble raconter une vie à rebours, en débutant par la gravité de la ‘Grande Fugue’ esquissée par Beethoven trois ans avant sa disparition.

Le quatuor formé de musiciens du Philharmonique s’adonne à une lecture nerveuse et dénuée d’âpreté, à l’image de la jeunesse de ses interprètes, si bien que cette page se trouve poétiquement adoucie, d'autant plus que des reflets des lumières bleutées évoluent lentement tout autour d’eux.

Mikko Franck

Mikko Franck

La seconde pièce musicale, le premier concerto pour violon que composa Bartók en 1907, est une immersion dans un univers plus aérien et optimiste. La violoniste virtuose Vilde Frang, sous le regard bienveillant de Mikko Franck, atteint des points d’extrême délicatesse quand de fines zébrures filent au zénith et nous font ainsi dépasser la conscience du temps.

Et dans la seconde partie, le chef d’orchestre finlandais devient le véritable point vocal d’un ensemble totalement lié à son expressivité immédiate qui se lit sur son visage poupin, et à travers ses gestes qui prolongent les méandres du cœur. Même dans la marche funèbre de la symphonie ‘Héroïque’, les musiciens ne cèdent rien à une tonicité interprétative qui ne recherche aucun effet de pesanteur et fait la part belle aux beaux effets de volumes riches en couleurs. Splendide joueur de timbales, vibrant et stimulant.

Musiciens du Philharmonique de Radio France

Musiciens du Philharmonique de Radio France

Suivre Mikko Franck, qui extériorise autant la douleur, la peine que la bonté et l’emphase, est un bonheur en soi qui s’ajoute à la présence et la plénitude d’une interprétation qui rend à Beethoven une humanité sincère profondément marquante.

L’écrin chaleureusement boisé de l’auditorium ne fait que renforcer le sentiment de joie intime pourvu par ce concert réconfortant.

Mikko Franck

Mikko Franck

Présentation des quatre solistes du Philharmonique interprètes de la Grande Fugue
Cecile Agator est chef d’attaque des seconds violons du Philharmonique de la radio depuis 2007.
Pascal Oddon est violoniste et chef d’attaque du Philharmonique depuis 2002.
Marc Desmons est premier alto solo du Philharmonique depuis 2010, deuxième alto solo de l’Orchestre de l’Opéra de Paris depuis 1992, et également chef d’orchestre.
Jérôme Pinget est violoncelliste du Philharmonique depuis 2007.

Voir les commentaires

Publié le 13 Août 2017

Quatuor Van Kuijk – La Nuit transfigurée
Concert du 12 août 2017
Parc Floral de Paris

Wolfgang Amadé Mozart 
Quintette n°2 à deux altos en do majeur K515 
Arnold Schönberg
La Nuit transfigurée opus 4

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre, violons
Emmanuel François, alto, François Robin, violoncelle
Grégoire Vecchioni, alto
Lydia Shelley (Quatuor Voce), violoncelle

                                   Lydia Shelley et François Robin

A l’opposé du son âpre qui caractérise les ensembles de musique de chambre en recherche d’expressivité profondément pathétique, la rigueur mâtinée de joie du Quatuor Van Kuijk rend à la musique de Mozart une jeunesse chaleureuse bienvenue par ce temps uniformément gris et frais qui domine la capitale en plein mois d’août.

Sylvain Favre et Nicolas Van Kuijk, violons

Sylvain Favre et Nicolas Van Kuijk, violons

La quintette K515 est à la fois douce, rêveuse, mais également chargée de la mélancolie que l’on retrouve dans nombre d’airs de ses personnages d’opéra, dont l’évocation s’immisce de manière subliminale avec l’aide de notre propre imaginaire. La présence souple et subjacente du violoncelle de François Robin, la vigueur des violons et l’harmonie de l’ensemble concourent à ce sentiment de plénitude qui permet de résister aux agitations atmosphériques qui cernent la scène du grand delta du parc floral.

François Robin, violoncelle

François Robin, violoncelle

En seconde partie, la violoncelliste Lydia Shelley rejoint les cinq instrumentistes afin d'interpréter La nuit transfigurée. Que l’auditeur ne se trompe pas, si cette musique lui semble si naturelle, mais perceptiblement plus sombre que la quintette qui précède, c’est qu’elle est née du talent d’un jeune Arnold Schonberg (il avait vingt-cinq ans) bien avant qu’il ne révolutionne le monde musical avec sa technique dodécaphonique.

Les vibrations mystérieuses de ce poème nocturne sont pleinement rendues avec une verve déliée qui en atténue l’austérité de par sa rondeur sensuelle.

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre, Emmanuel François, Grégoire Vecchioni, François Robin

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre, Emmanuel François, Grégoire Vecchioni, François Robin

Près d’un millier de spectateurs attentifs, une aura enjouée, le Quatuor Van Kuijk et ses musiciens associés font maintenant partie du paysage musical international et trouvent un public de fidèles de plus en plus nombreux, si bien que leur prochain concert à l’amphithéâtre de la Philharmonie, le 13 janvier 2018, est déjà complet depuis plusieurs mois.

Voir les commentaires

Publié le 23 Juin 2017

Soirée Erik Satie - un esprit français
Concert du 21 juin 2017
Cinéma Fronte del Porto - Padova

Gnossiennes n° 1, 2, 3                     Sports et divertissements
Embryons desséchés                        Ballet relâche
Sonatine bureaucratique                 Entr'acte, film de René Clair 

Piano forte, Jean-Pierre Armengaud

'La musique de Satie est une musique que l'on regarde et qui vous regarde', c'est ainsi que Jean-Pierre Armengaud, grand ambassadeur de la musique française à l'étranger, parle des œuvres du célèbre compositeur d'Arcueil.

Jean-Pierre Armengaud accompagnant Entr'acte (Erik Satie, Francis Picabia)

Jean-Pierre Armengaud accompagnant Entr'acte (Erik Satie, Francis Picabia)

Il est l'invité, ce soir, d'une importante manifestation organisée pendant tout le mois de juin à Padoue, et intitulée 'A minimal view'.

Elle est dédiée aux 80 ans de Philip Glass qui est, notamment, un grand admirateur d'Erik Satie - le musicien américain débuta sa carrière en 1968 en lui rendant hommage sur le thème de 'Music in the Shape of a Square'.

Paul Klee Quartet interprétant les String Quartets de Philip Glass au centre culturel Altinate - le 17 juin 2017

Paul Klee Quartet interprétant les String Quartets de Philip Glass au centre culturel Altinate - le 17 juin 2017

De nombreux concerts sont ainsi joués en accès libre et gratuit dans divers lieux de la cité, que ce soit au centre culturel Altinate, à la 'Sala delle Edicole' ou au cinéma Fronte del Porto, dans une étrange confidentialité qui laisse penser qu'un public plus large aurait aimé y assister - seules 80 personnes étaient présentes, par exemple, pour les quartets de Philip Glass joués dans un auditorium de 250 sièges.

Alessia Toffanin - Suite for Toy Piano (John Cage) - performance précédant la soirée Satie - le 21 juin 2017

Alessia Toffanin - Suite for Toy Piano (John Cage) - performance précédant la soirée Satie - le 21 juin 2017

En ce mercredi 21, en toute coïncidence avec la Fête de la musique célébrée au même moment en France, Jean-Pierre Armengaud est seul avec son piano à faire partager l'univers ironique d'Erik Satie au public padouan.

Cet humour, on le retrouve dans les textes du compositeur traduits en italien et racontés, entre chaque pièce musicale, avec un doucereux accent français délicieusement drôle.

Le rythme et le style impulsif avec lesquels il aborde les trois gnossiennes sont à l'image de l'esprit qui va parcourir l'entière soirée, c'est à dire une vitalité pimpante et dénuée de tout sentimentalisme, telle une vie qui doit se poursuivre frénétiquement sans jamais s'arrêter.

Jean-Pierre Armengaud

Jean-Pierre Armengaud

Dans le même esprit, les trois pièces des Embryons desséchés sont marquées par le motif obsédant de la marche funèbre de Frédéric Chopin qu’Erik Satie a parodié avec surprise, car peu imagineraient qu’il ait pu s’en amuser avec une telle désinvolture.

Jean-Pierre Armengaud réserve cependant l'interprétation la plus complexe pour la fin du récital, en accompagnant à un rythme endiablé le film de René clair Entr’acte diffusé dans son intégralité dans la salle d’Art et essai du cinéma Fronte del Porto. Une prouesse de vertige!

Jean-Pierre Armengaud

Jean-Pierre Armengaud

Et malgré les sévères coupes budgétaires que l’Italie de Silvio Berlusconi a infligé au monde de la Culture depuis près de deux décennies - ce qu’avait dénoncé avec force Riccardo Muti lors d’une interprétation de Nabucco à l’Opéra de Rome en présence du sénateur -, c’est beaucoup d’espoir que cette initiative artistique aura finalement drainé ce soir, l'espoir que les Italiens ne perdent pas définitivement leur goût pour la culture musicale intemporelle.

Voir les commentaires

Publié le 4 Juin 2017

Soirée Petits violons & Danse – Académie de l’Opéra National de Paris
Dix mois d’Ecole et d’Opéra
Représentation du 03 juin 2017
Amphithéâtre Bastille

Avec les élèves des classes CE1 Petits violons de l’Ecole Jules Vallès de Saint-Ouen, de l’Ecole Jean-François Lépine de Paris, 18ème arrondissement et les élèves de 5ème de la classe Danse du Collège République de Nanterre

Maquilleurs / Coiffeurs   Elèves de la filière esthétique et coiffure du Lycée Elisa Lemonnier de Paris, 12ème arrondissement
Habilleurs   Elèves de la section MANMA Couture Costumes du Lycée La Source de Nogent sur Marne

Accompagnement Anouk Ross, Elza Szabo (violons, altos), Vincent Catulescu (violoncelle), Morgan Jourdain (chef de chœur), Bruno Perbost (piano), Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrechts (chorégraphes)

Dans le récent film de Stéphane Bron, L’Opéra, sorti début avril 2017, il était possible de découvrir le travail de répétition des élèves participant au programme 10 mois d’Ecole et d’Opéra qui leur permet de bénéficier de cours de musique et de danse donnés en majeure partie sur leur temps scolaire.

Les Petits violons - direction Morgan Jourdain

Les Petits violons - direction Morgan Jourdain

En ce samedi soir, sur la scène de l’amphithéâtre Bastille située sous la grande salle où se jouait au même moment Eugène Onéguine, ces élèves ont eu la chance de pouvoir représenter un spectacle complet alliant chant choral, musique d’orchestre et danse sous les yeux de leurs amis et de leurs parents.

Le visage de ce public est beaucoup plus diversifié que celui du public d’opéra habituel ce qui, pour un temps certes court, crée un effet de rééquilibrage social et la conscience d’une connexion humaine qui ne s’est pas perdue.

Soirée Petits violons & Danse – Académie de l’Opéra National de Paris - Juin 2017

La présence de nombreux enfants, parfois très petits, permet d’assister à des scènes de joie pure sur les gradins, et aussi d’éprouver bienveillance et patience quand les plus jeunes pris de fatigue s’exclament un peu trop bruyamment. Dans ces circonstances, la limite entre scène et auditoire s’estompe, et public et élèves artistes sont pris dans une même respiration recueillie.

Et le programme qu’interprètent ces élèves sur une durée d’une heure et quart mêle répertoire classique et compositions contemporaines desquels plus d’une vingtaine d’œuvres sont jouées ou bien utilisées sous forme d’enregistrements en support chorégraphique.

La classe Danse - encadrement Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrechts

La classe Danse - encadrement Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrechts

La mélodie ‘Ah vous dirai-je maman’ sur laquelle Mozart composa des variations pour piano est chantée par l’ensemble des enfants avec une douceur heureuse très touchante, sous la direction souple de Morgan Jourdain

Une valse de Claude–Henry Joubert permet également d’entendre l’ensemble de la formation superposer accords de violons et violoncelles avec l’accompagnement en solistes d’adultes.

Dans une unité totale, l’attitude à la fois consciencieuse et légère du groupe est une image d’harmonie qui ne peut qu’avoir un pouvoir réflexif fort sur l’auditoire le plus adulte.

La classe Danse - encadrement Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrechts

La classe Danse - encadrement Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrechts

Quant à la seconde partie du programme, elle accorde une part importante à la danse, qui débute sur la musique de la danse des esclaves persanes de La Khovantchina (Modest Moussorgsky). On pense évidemment à la production d’Andrei Serban régulièrement jouée à Bastille.

Des premiers mouvements ondoyants, la chorégraphie des jeunes élèves évolue vers une modernité étrange qui ne peut qu’évoquer celle d’Angelin Preljocaj ou de Pina Bausch sur les accords sombres et mystérieux de la musique électronique du compositeur danois Trentemoller (November).

Les Petits violons - direction Morgan Jourdain

Les Petits violons - direction Morgan Jourdain

Cet enchaînement des genres s’achève alors sur la chanson de Kurt Weill, Youkali, qui teinte de mélancolie et d’espérance la fin d’une soirée qui se poursuivra, pour les artistes et leurs amis, autour d’un cocktail.

C’est avec grand soin qu’un programme tout en couleur recueillant les témoignages des élèves dans leur parcours à travers du monde de la musique et de l’opéra fut distribué aux invités de ce spectacle poétique.

 

Pour soutenir l'Académie, il est possible de contacter par mail l'AROP à l'adresse mecenatparticuliers@arop-opera.com ou au 01.58.18.65.02

 

Voir les commentaires

Publié le 23 Septembre 2016

Esa-Pekka Salonen - Philharmonia Orchestra
Concert du 22 septembre 2016
Théâtre des Champs-Elysées

Igor Stravinsky
Fanfare pour trois trompettes
Symphonies d’instruments à vent

Ludwig van Beethoven  
Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Héroïque »
Jean Sibelius
Symphonie n° 5 en mi bémol majeur

Direction musicale Esa-Pekka Salonen
Philharmonia Orchestra

 

C’est un magnifique programme, en apparence hétéroclite, qu’Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra nous offrent ce jeudi soir au Théâtre des Champs-Elysées, emporté par un ensemble de musiciens vifs et galvanisés par les fulgurances de leur chef.

Première image saisissante que de voir Esa-Pekka Salonen séparé de sa section de vents par un encerclement de chaises vides. Cette disposition aussi peu conventionnelle a cependant pour effet de renforcer ce qu’il y a d’inédit dans cette fanfare pétaradante aux impressions éclatantes.

Esa-Pekka Salonen

Esa-Pekka Salonen

S’en suit le déroulé des ‘symphonies d’instruments à vent’, puissantes et gorgées d’un son généreusement chaud, dont la force pulsante ancre l’instant dans une réalité intense et prenante.

Et une fois l’orchestre au complet pour interpréter la '3ième symphonie' de Beethoven, nous sommes pris par une lecture enthousiaste, presque vaillante, sans aucune lourdeur.

Tous ces timbres, portés par des lignes rebondies sous tension permanente, se colorent ainsi les uns les autres, au point de nous saisir d'une jeunesse d’esprit pure et chantante.

Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra - ‘symphonie d’instruments à vents’

Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra - ‘symphonie d’instruments à vents’

Mais la grande surprise de la soirée provient du fabuleux voyage de la '5ième symphonie' de Jean Sibelius, qui évoque les forêts et reliefs du Grand Nord.

Amples respirations de l’orchestre, tempi implacables, forte concentration et détermination des musiciens, merveilleuse transformation du déploiement symphonique en mélodies pastorales, comme si nous sortions d’un survol chaotique en montagne pour atterrir dans un paisible village, un envol vers des contrées imaginaires qu’il est rare de vivre dans une salle de concert.

Esa-Pekka Salonen

Esa-Pekka Salonen

Voir les commentaires

Publié le 3 Septembre 2016

Wolfgang Amadé Mozart / Anton Bruckner (Daniel Barenboim)
Concerts du 02 et 09 septembre 2016 et 07 janvier 2017
Philharmonie de Paris – Grande Salle

Concerto pour piano et orchestre n°24 (1786)
Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » (1888)

Piano et direction Daniel Barenboim
Orchestre de la Staatskapelle Berlin

L’intégralité des symphonies d’Anton Bruckner, précédées d’une sélection de concertos écrits par Mozart pour le piano, va résonner pendant un an au cœur de la Philharmonie de Paris, sous les coups de trois salves, une première en septembre 2016, une seconde en janvier 2017, et une dernière en septembre 2017.

Daniel Barenboim et la Staatskapelle Berlin ont ainsi commencé, ce soir, à ranimer la lumière flamboyante de la culture musicale autrichienne des XVIIIème et XIXème siècles dont le cœur artistique palpitait entre Salzbourg, Vienne et Linz.

Daniel Barenboim - Photo Monica Ritterhaus

Daniel Barenboim - Photo Monica Ritterhaus

L’introduction par le 'Concerto pour piano n°24' de Mozart, créé juste avant ‘Les Noces de Figaro’, teinte d’emblée l’espace vide de la grande salle d’une tonalité tragique qui annonce, dans le premier mouvement, l’ouverture de ‘Don Giovanni’.

Les enlacements de flûtes et l’urgence des cordes instaurent cette présence mozartienne qui nous est si familière, puis, les accords de piano viennent s’y superposer, et s’y noyer, dans un élan fantaisiste mais guindé de l’élégante dextérité du pianiste et chef d’orchestre qui l’empreint d’une solennité pesante.

Daniel Barenboim - Salut final de la 6ième symphonie de Bruckner

Daniel Barenboim - Salut final de la 6ième symphonie de Bruckner

La densité et la prégnance de la musique de Mozart se diluent vraisemblablement trop dans cette vastitude, mais l’esprit de recueillement s’installe pourtant confortablement.

Ce premier concerto prend en toute évidence la forme d’un palier de décompression avant que ne se déploie l’une des symphonies les plus monumentales de Bruckner.

Car la lecture pleine de respirations et d’une clarté somptueuse qui en est faite contraste avec la droiture affichée par Daniel Barenboim dans le concerto mozartien.

Cette fois, l’orchestre a plus que doublé de volume, et l’éventail des cordes, soutenu en arrière-plan par l’ensemble des vents, est dominé par une section de huit contrebasses donnant une image d’ensemble fortement structurée.

Mais la musique, elle, est prodigieusement épanouie et sublimée par l’acoustique de la Philharmonie.

Non seulement les solos d’instruments forment des motifs d’une pureté magnifique, mais la montée des cadences et l’étendue du voile orchestral s’animent d’une belle énergie confiante, et le chef israélien donne ainsi l’impression de maîtriser généreusement un ensemble qui ne demande qu’à filer, et même se précipiter, vers des gouffres fracassants pour mieux en renaître plein d’allant.

La perception des détails met ainsi en valeur la nature répétitive des phrases qui évoquent, à certains moments, les réminiscences chères à la musique de Philip Glass.

Orchestre de la Staatskapelle Berlin - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner

Orchestre de la Staatskapelle Berlin - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner

Lustre des cuivres sans être écrasants, tension des percussions sans être assourdissantes, cette impression de puissance et d’aisance se combine également à d’impressionnants effets d’échos qui ajoutent, parfois, une sensation d’infini autour du corps orchestral.

Daniel Barenboim et la Staatskapelle Berlin sortent d’un concerto mozartien crépusculaire, mais ressortent avec une nouvelle jeunesse de cette « Romantique » dont ils se sont évertués à dépasser les noirceurs.

 

Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson  en mi bémol (1778?)
Symphonie n°7 en mi majeur (1884)

Une semaine plus tard, la formation allemande est à nouveau déployée sous le regard concentrique des spectateurs, mais cette fois, c'est l'énigmatique symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson, attribuée à Mozart, qui ouvre la soirée.

D'une tonalité bien plus légère que le concerto pour piano et orchestre n°24, l'ensemble est joué avec une belle fluidité, et toute l'âme malicieuse qui s'en dégage semble provenir d'un merveilleux hautboïste, Gregor Witt, qui dessine d'élégantes arabesques fines et nuancées en clin d'oeil vers ses partenaires.

La symphonie de Bruckner jouée en seconde partie de soirée, la 7ème, est naturellement un des sommets de ce cycle.

Daniel Barenboim - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner

Daniel Barenboim - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner

Elle est en effet chargée d'une symbolique sombre et mystique, où se rejoignent l'univers fantastique de Louis II de Bavière, le dédicataire de l'oeuvre, et celui de Luchino Visconti, qui fit de ce Roi le sujet d'un de ses chefs-d'oeuvre, "Le Crépuscule des Dieux", et qui utilisa également l'esthétique de l'adagio de la 7ème pour sublimer l'atmosphère décadente du Venise de son premier film baroque, "Senso".

Comme pour l'interprétation de la "Romantique", on retrouve chez Daniel Barenboim et les musiciens de la Staatskapelle un talent majestueux pour l'ampleur lumineuse et l'hédonisme sonore, mais surtout, la puissance et l'éclat de l'orchestre s'accomplissent dans la salle de la Philharmonie en jouant d'effets acoustiques parfois très surprenants. 

Les cors se reflètent ainsi sur les plafonds des balcons, les sons des cordes flottent en suspension au-dessus de l'ensemble, et les déflagrations des chutes orchestrales s'évanouissent le long des parois dans de fulgurants mouvements de fuite vers l'arrière de la salle. 

C'est absolument saisissant à entendre.

Daniel Barenboim - Concerto n°22 de Mozart - 07 janvier 2017

Daniel Barenboim - Concerto n°22 de Mozart - 07 janvier 2017

Concerto pour piano n°22 en mi bémol majeur K.482
Symphonie n°3 en ré mineur "Wagnérienne" (1877)


C'est au cours des tous premiers jours de l'année 2017 que la seconde partie du cycle Mozart-Bruckner interprété par Daniel Barenboim et la Staatskapelle de Berlin se poursuit en revenant sur les premières oeuvres du compositeur originaire de Linz.

En première partie de soirée, le 07 janvier, le bel allant de la formation décrit un Mozart moelleux et vif, subtil lorsque les filaments des violons se détachent et se dissipent dans l’atmosphère réflexive de la Philharmonie, et flamboyant avec une intensité qui se resserre au dernier mouvement. Daniel Barenboim, au piano, joue beaucoup d’effets de nuances absolument captivants par leur optimisme, privilégiant, à certains moments, le courant pianistique à la précision, et à d’autres, le contraste d’une seule note pour marquer l’attention dans l’instant.

Daniel Barenboim - Symphonie n°3 de Bruckner - 07 janvier 2017

Daniel Barenboim - Symphonie n°3 de Bruckner - 07 janvier 2017

En seconde partie, l’interprétation de la troisième symphonie d'Anton Bruckner montre à quel point ses dimensions requièrent une habilité et une tension qui peuvent expliquer la difficulté que le compositeur eut à la diriger lors de sa création.
Daniel Barenboim tient son orchestre à bout de corps, l’esprit sévère mais prêt à revenir à une détente légère quand les réminiscences de valses surviennent, les attaques des cuivres fusent et soutiennent une architecture monumentale pour laquelle on ressent une adhésion infaillible des musiciens, et ce souffle paraît presque incroyable tant Bruckner cherche dans cette symphonie à trop impressionner.

Paradoxalement, le pathétisme de l’adagio est à peine fiévreux, emprunt d'une sérénité qui invite au rêve plus qu'à un grand voyage imaginaire.

Soirée d'une grande unité pour deux oeuvres pourtant bien dissemblables.

Voir les commentaires

Publié le 18 Juin 2016

Représentations du 17 juin 2016 (14h et 20h30)
Durée 1h30 - Espace municipal Jean Vilar

 

Piano Julie Traouën
Baryton Emmanuel Gendre
Mise en scène et récitante Dorothée Daffy
Création Lumières Patricia Luis-Ravelo

Textes et Musiques Erik Satie (1866-1925)

La troupe des Cassandres réunit des artistes du monde musical et théâtral afin de faire connaître de nouvelles formes de spectacles alliant Art Lyrique, mises en scène vivantes, et regard audacieux sur la manière de partager sa passion avec le public.                       Erik Satie

 

Quand, en 1898, il n’eut plus suffisamment de moyens pour vivre à Montmartre, Erik Satie s’installa dans le village d’Arcueil, village traversé par le quadri-centenaire aqueduc Médicis, auquel il resta attaché pendant près de trente ans jusqu’à sa mort en 1925.

Le compositeur et pianiste français, qui vécut dans la pauvreté toute la seconde partie de sa vie, est pourtant un caractère essentiel de la culture musicale française.  

Dorothée Daffy (Récitante)

Dorothée Daffy (Récitante)

Il s’opposa au culte du public pour Richard Wagner – le compositeur allemand avait totalement investi la programmation de l’Opéra de Paris, et son ‘Vaisseau Fantôme’ était même joué sur la scène de la Salle Favart -, et fut le père, avec Jean Cocteau, du ‘groupe des six’ dont sont issus Arthur Honegger, Darius Milhaud et Francis Poulenc.

Il a donc fortement influencé le renouveau musical au XXème siècle et permis l’émergence de nouveaux musiciens et compositeurs d’opéras régulièrement joués aujourd’hui.

 

Lettre à Jean Poueigh (adaptation sour forme de carte postale)

Lettre à Jean Poueigh (adaptation sour forme de carte postale)

Et, en 1916, alors que se constituait ce groupe des six musiciens, Erik Satie composa pour Serge de Diaghilev le ballet ‘Parade’ sur un poème de Jean Cocteau.

Ce ballet opposait, en pleine première Guerre Mondiale, la poésie à la brutalité du monde moderne, ce qui lui valut une critique virulente du musicien Jean Poueigh lors de sa création au Théâtre du Châtelet.

Le spectacle des Cassandres rappelle avec humour, sur une simple carte postale, la réponse franche que lui fit Erik Satie.

Dorothée Daffy - réflexion sur un fauteuil en forme de poire

Dorothée Daffy - réflexion sur un fauteuil en forme de poire

Autre clin d’œil, cette fois affectueux, les 'Trois morceaux en forme de poire' – poire symbolisée sur scène par un pouf affaissé – sont chantés en hommage à Claude Debussy et à son opéra ‘Pelléas et Mélisande’, qui fut raillé par une part de la critique parisienne pour sa soi-disante absence de forme.

Le jeune public du spectacle joué en début d'après-midi

Le jeune public du spectacle joué en début d'après-midi

Mais quand il arriva à Arcueil, Erik Satie eut du mal à s’habituer à son univers ouvrier.

Il s’impliqua cependant dans la vie de la commune et s’investit principalement pour les enfants défavorisés, en leur donnant des cours de solfège et en les amenant en balade par classes entières.

Et c’est ce lien fort avec les enfants que Les Cassandres nous rappellent à travers un spectacle d’une intelligence rare porté par une trentaine d’œuvres d’Erik Satie – dont les Gymnopédies, Gnossiennes, La Diva de l’empire, Je te veux, Clair de Lune de Claude Debussy, Les jeux d'eau de Maurice Ravel, Rag time …- jouées en contrepoint des textes méconnus du musicien.

Dorothée Daffy (Récitante) et Emmanuel Gendre (Baryton)

Dorothée Daffy (Récitante) et Emmanuel Gendre (Baryton)

Ce spectacle, écourté de trente minutes dans sa version pour enfant, est d’abord joué devant 200 élèves d'une école primaire d'Arcueil, en début d'après-midi.

Il faut imaginer ce qu’est l’ambiance dans une salle emplie d’enfants, un fond de chuchotements incessant, des réactions à fleur de peau en réponses aux questionnements des comédiens, une indistinction entre rôles et acteurs, et une absence de barrière mentale entre scène et salle.

Dorothée Daffy (Récitante)

Dorothée Daffy (Récitante)

Dorothée Daffy, en Satie féminin, leur renvoie un portrait fort et empreint d’un charme ironique très drôle.

Douée d’une diction pleinement satyrique, elle donne à voir toute la vitalité loufoque du compositeur et son environnement poétique, et sort ainsi ce récital classique d’une interprétation conventionnelle qui pourrait paraître trop sérieuse.

Emmanuel Gendre (Baryton)

Emmanuel Gendre (Baryton)

Elle est accompagnée par Emmanuel Gendre, jeune baryton qui aime impressionner son public en se mêlant à lui à travers les rangs de la salle, dont l’interprétation déjantée des airs populaires de Satie montre aussi à quel point le chant lyrique peut être l’expression théâtrale d’une exubérante joie de vivre.

Si ce spectacle pour enfants comprend un court métrage accéléré filmé à travers les rues d’Arcueil, en passant devant la façade jaune de l’appartement d'Erik Satie pour finir sur sa pierre tombale, il remémore essentiellement son attachement à leur ville - sans oublier un passage par les manèges géants de la fête foraine.

Et le second spectacle donné en soirée devant un public mixte d'adultes et d’enfants révèle encore plus largement son univers inépuisable.

Julie Traouën (Pianiste) - en fond de scène, extrait d' 'Entr'acte'

Julie Traouën (Pianiste) - en fond de scène, extrait d' 'Entr'acte'

Cette seconde version s’ouvre sur un extrait du film surréaliste de René Clair (1924), ‘Entr'acte’, et, en particulier, sur la scène du coup de canon tiré par Satie et Picabia.

Cette fois, les trois personnages, récitante, baryton et pianiste sont habillés à l’identique, en veste noire et pantalon blanc, et se présentent comme des facettes distinctes du même artiste.

De nouvelles scènes font allusion à Beethoven et son ‘Hymne à la joie’ devenu l'emblème de l’Europe unie, et, surtout, des enfants apparaissent à plusieurs reprises sur scène en tant que figurants.

Enfant jouant sur scène

Enfant jouant sur scène

Ces enfants, pris parmi les plus disciplinés, ne sont pas pour autant les moins vifs, et on les admire quand ils traversent la scène en courant, rampent joyeusement par terre, dessinent à la craie sur le sol, et, surtout, quand ils viennent achever le spectacle en chantant tous en chœur ‘Allons-y Chochotte’, tout en affichant des personnalités différentes, de l’exubérance incontrôlée au calme le plus retenu, et tous couverts du chapeau melon d’Erik Satie.

Julie Traouën (Pianiste)

Julie Traouën (Pianiste)

Et Julie Traouën, la talentueuse pianiste qui, sous un immense parapluie - un autre objet attaché au compositeur -, nous fait vivre les multiples facettes de cet univers musical facétieux et mélancolique avec un sens des nuances merveilleux, rend un très bel hommage au musicien en se prêtant, elle aussi, à ces facéties.

Enfants du choeur final

Enfants du choeur final

Magnifiques sonorités pleines et lumineuses, en profonde osmose avec l’esprit d'une époque bohème, les auditeurs ont bien compris qu’ils ont vécu un spectacle complet et sensoriel inoubliable.

 

Lien vers le site des Cassandres.

Voir les commentaires

Publié le 13 Mai 2016

Wagner Monologues (Richard Wagner)
Concert du 11 mai 2016

Philharmonie de Paris – Grande Salle

Tristan et Isolde  Prélude
Tristan et Isolde  Monologue du roi Marke
Le Vaisseau fantôme  Monologue du Hollandais
La Walkyrie  Adieux de Wotan et incantation du feu (version réduite)

Matthias Goerne, Baryton
Direction musicale Christoph Eschenbach
Orchestre de Paris

A la veille de la première représentation de ‘Tristan und Isolde’ au Théâtre des Champs Elysées, l’un des événements lyriques très attendu de la saison parisienne, la montée diffuse et progressive des premiers accords de l’ouverture, ce soir, résonne comme les prémices à une immersion imminente dans l’univers sombre de Richard Wagner.

L’ampleur de la voilure de l’Orchestre de Paris est de suite enveloppante, animée par une houle qui se déroule dans une majesté très féminine, séductrice, mais également sans point d’impact fort. Christoph Eschenbach semble ainsi emporté par un univers imaginaire qui déborde dans l'espace de la salle.

Matthias Goerne - le 11 mai 2016 à la Philharmonie de Paris

Matthias Goerne - le 11 mai 2016 à la Philharmonie de Paris

Et Matthias Goerne, avec sa voix de Wolfram lunaire, fascinant par la souplesse avec laquelle il vit de son corps, décline son arc-en-ciel de nuances du clair vers l'obscur pour incarner des personnages wagnériens bien plus autoritaires que le chevalier de 'Tannhäuser', un capitaine, Le Hollandais, un roi, Marke, et un dieu, Wotan.

Cette interprétation, où direction orchestrale et chant se rejoignent dans un lyrisme dépouillé de toute névrose, se dématérialise et donne ainsi une sensation d’irréalité inhabituelle, amplifiée par l’acoustique de la Philharmonie.

Mais l’on entend également des accents portés par les accords cuivrés du ‘Vaisseau Fantôme’ qui paraissent comme jamais aussi évocateurs de ceux du dragon Fafner dans ‘Siegfried’.

Voir les commentaires