Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Totenfeier (Gustav Mahler) - Babi Yar (Dmitri Chostakovitch) Concert du 23 mars 2019
Théâtre des Champs-Elysées
Gustav MahlerTotenfeier, poème symphonique Dmitri ChostakovitchSymphonie n°13 « Babi Yar »
Basse Mikhail Petrenko Direction musicale Yannick Nézet-Séguin Rotterdams Philharmonisch Orkest
Chœur du Bayerischer Rundfunk
Yannick Nézet-Séguin
Depuis l’ouverture de La Philharmonie en janvier 2015, le Théâtre des Champs-Elysées a vu progressivement plusieurs orchestres habitués de sa grande salle à l’italienne réserver dorénavant leurs concerts au nouvel auditorium parisien de l’extrême est de la capitale.
Le Rotterdams Philharmonisch Orkest fait néanmoins partie des ensembles qui restent partenaires privilégiés de ce théâtre plus que centenaire, que ce soit pour interpréter des concerts symphoniques, ou bien pour y jouer des œuvres lyriques. Et Die Frau ohne Schatten de Richard Strauss sera l’un des grands moments attendus de la saison prochaine sur l’avenue Montaigne.
Yannick Nézet-Séguin
Et bien que Yannick Nézet-Séguin soit depuis 2018 le nouveau directeur musical du New-York Metropolitan Opera, en charge de redonner une nouvelle aura à cette institution de référence, il est également devenu le chef honoraire de l’orchestre qu’il dirigea pendant 10 ans, ce qui permet ainsi au public parisien de continuer à profiter de la force d’âme qui émane de ce jeune chef, vif et talentueux, lorsque son itinérance le mène en France.
D’énergie sombre il est pourtant question, ce soir, à travers la Marche funèbre de Gustav Mahler, qui devint par la suite le premier mouvement de sa seconde symphonie, et à travers la treizième symphonie de Chostakovitch dont le premier mouvement, Babi Yar, évoque avec une force implacable l’un des plus grands massacres de masse antisémite de la Seconde guerre mondiale.
Le chœur du Bayerischer Rundfunk
Ainsi, dès le trémolo des cordes qui ouvre le Totenfeier, évocation immédiate de la tempête de la Walkyrie de Richard Wagner, le ton se fait d’abord brutal et écorché avant que l’ensemble du Philharmonique de Rotterdam ne se cristallise en une structure d’une belle élasticité, tonique, qui entretient très clairement plusieurs strates musicales aux timbres entrelacés, avec un relief nettement dessiné. Le volontarisme de Yannick Nézet-Séguin, fascinant d’inspiration, est le garant de la vivacité du tissu orchestral et du délié des ornements de chaque instrument à vent.
Yannick Nézet-Séguin et Mikhail Petrenko
En seconde partie, la symphonie Babi Yar prend d’emblée l’allure d’une marche inéluctable dirigée frontalement à la salle. Immense et dressé avec défiance face aux spectateurs, le crâne chauve et le regard pénétrant, Mikhail Petrenko donne aux poèmes d’Evgueni Evtouchenko, écrits à l’âge de 30 ans, un mordant hypnotique tant la détermination du chant semble infaible. Il exprime ici la mémoire des atrocités passées, et rappelle que ce ne sont pas seulement des russes mais bien des juifs qui furent exterminés pendant la guerre; l’antisémitisme est un mal obscur qui s’immisce dans l’âme de nombre de peuples européens depuis bien des siècles.
Le Rotterdams Philharmonisch Orkest
Le texte prend également une tournure plus légère lorsqu’il évoque des scènes de la vie quotidienne, mais la puissance de la musique, soutenue par un chœur monochrome et verveux, ne faiblit pas d’intensité. Le Philharmonique de Rotterdam se montre épique et percutant sans jamais perdre de sa souplesse et de son impulsivité, et Yannick Nézet-Séguin s’impose comme un chef d’orchestre que la monumentalité historique et humaine d’une telle œuvre n’impressionne pas, une oeuvre avec laquelle il bataille pour susciter un élan revitalisant et immuablement saisissant.
Quatuor van Kuijk (Franz Schubert) Concert du 01 octobre 2018 Théâtre des Bouffes-du-Nord
Franz SchubertQuatuor n°15 en sol majeur Franz Schubert Quatuor n°14 « La jeune fille et la mort »
Violon Nicolas Van Kuijk Violon Sylvain Favre-Bulle Alto Emmanuel François Violoncelle François Robin
De par sa forme semi-cylindrique qui induit une proximité intime avec la scène centrale qui est ornée d'arceaux nobles face à un mur austère abîmé par d'anciennes flammes, le Théâtre des Bouffes-du-Nord offre un cadre suffisamment contrasté pour y entendre résonner les deux derniers quatuors à cordes de Franz Schubert composés à l'approche de la trentaine, et en révéler l'inspiration, certes véhémente, mais empreinte de mélancolie joyeuse.
Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François, François Robin
Et en choisissant de débuter ce programme ambitieux par le quatuor n° 15, les quatre jeunes musiciens s'engagent d'emblée dans une démonstration de puissance et de vigueur absolument captivante. Côté jardin, Nicolas van Kuijk, le premier violoniste, tient une ligne fière et lumineuse, virtuose et très sûre comme s'il donnait le cap à tenir. Sylvain Favre-Bulle, le second violoniste, y ajoute l'hardiesse et la même méticulosité technique frémissante, et Emmanuel François, à l'affût des tempi les plus vifs, draine des variations plus ténébreuses.
Sylvain Favre-Bulle (Violon)
Et côté cour, face au premier violon, le violoncelle de François Robin, dans toute sa droiture, accompagne ses partenaires d'une vibrante émotivité, alors que les échanges furtifs du regard entre ces derniers rendent visibles les nécessaires concordances à l'harmonie de chaque mouvement.
Le résultat est une traduction volontaire qui met en avant la personnalité de chaque musicien, un plaisir presque enfantin à vivifier les petits étourdissements en forme de valse, une interprétation directe qui saisit l'auditeur par son énergie positive, bien que Schubert y exprime aussi des pressentiments funestes.
Nicolas Van Kuijk (violon) et Sylvain Favre-Bulle (violon)
Dans La Jeune Fille et la Mort, en seconde partie, la violence romantique et intériorisée atteint son paroxysme, la hardiesse du second violon devient fauve et tranchante, la précision des attaques toujours acérée, mais le son conserve une patine lustrée qui prévient tout pathétisme prononcé.
Le Quatuor Van Kuijk est dorénavant sur les sentiers d'une tournée mondiale qui va traverser la Côte Ouest des Etats-Unis, avant de revenir en Europe et en France.
Après deux quatuors à cordes de Mozart, en 2016, deux autres quatuors de Ravel et Debussy, en 2017, les quatuors n°10 et 14 de Schubert sont à l'honneur du 3e enregistrement des Van Kuijk chez Alpha Classics, un retour aux sources du romantisme salutaire avant d'affronter, l'année prochaine, l'expression du sentiment amoureux selon Alban Berg.
François Robin, Emmanuel François, Sylvain Favre-Bulle, Nicolas Van Kuijk
Dates des prochains concerts au cours des quatre prochains mois.
04/05 octobre San Diego & 6 octobre Carmel - USA 20 octobre Maastricht & 23 octobre La Haye - Pays-Bas 6 novembre Bologna - Italie 8 novembre Coulommiers & 10 novembre Béziers - France 13 novembre Homburg - Allemagne 15 novembre Bergamo & 16 novembre Belluno- Italie 18 novembre Quimper - France 19 novembre Hampstead - Royaume-Uni 22 novembre Müllheim - Allemagne 25 novembre Paris 27 novembre Espalion, 29 Novembre Millau, 01 décembre Villefranche-de-Rouergue - France 8 décembre Haslemere - Royaume-Uni 6-9 janvier Schloss Elmau - Allemagne 13 janvier Liverpool & 14 janvier Manchester - Royaume-Uni 21 janvier Lodi - Italie 25 janvier Joplin - USA 30-31 janvier Toronto - Canada 1 & 3 février New York - USA
Richard Strauss & Piotr Ilitch Tchaïkovski Concert du 27 octobre 2017 Philharmonie de Paris - Grande salle
Richard Strauss Don Quichotte Piotr Ilitch TchaïkovskiSymphonie n°5
Alto Miriam Manasherov Violoncelle Kian Soltani Direction musicale Daniel Barenboim West-Eastern Divan Orchestra
Kian Soltani (Violoncelle)
Après un parcours l'ayant conduit ces derniers mois de l'Allemagne et la Scandinavie à l'Argentine natale de Daniel Barenboim, le West-Eastern Divan Orchestra fait un passage à la Philharmonie de Paris pour présenter deux œuvres, l'une idéaliste et chevaleresque, l'autre mélancolique et progressant vers l'espérance.
Kian Soltani (Violoncelle) et Daniel Barenboim
Le Don Quichotte, dirigé sous une forme de plénitude contrôlée qui fluidifie dans une totale transparence ce poème symphonique sans la moindre âpreté, prend l'allure d'une traversée vaillante, le violoncelliste Kian Soltani se tenant fièrement menton levé face aux balcons de la salle, suivi par l'ensemble des musiciens, comme s'il s'agissait de conquérir le public en lui offrant l'image d'une communauté humaine enfin réunie.
Daniel Barenboim ne déclenche pas de tornade ni ne provoque les grincements des cordes et des cuivres, mais place à son avantage le jeune instrumentiste dans sa démonstration virtuose un rien facétieuse.
Le West-Eastern Divan Orchestra
Mais soudainement, la seconde partie du concert prend le total contre-pied de la première partie jouée en introduction, car c'est dorénavant l'orchestre qui mène la danse par une interprétation dithyrambique où le chef d'orchestre ne semble plus qu'être le stabilisateur d'une énergie véloce chevillée au corps, cordes obsessives et emportées dans une houle vrillée, éclat magnifique des cuivres - et quel parement solaire et éblouissant du cor doré !-, une cinquième symphonie de Tchaïkovski qui a toutes les couleurs des inquiétudes de la jeunesse virant à la joie exaltée.
C'est véritablement à la Philharmonie que l'on peut enfin entendre des ouvrages dont l’exécution résiste à la puissance phénoménale du Don Carlosdirigé par Philippe Jordan à l'Opéra Bastille, surtout quand il s'agit de s'abandonner à un orchestre qui symbolise si brillamment l'utopique réunification des peuples du Moyen-Orient.
Barbara Hannigan (Debussy-Schönberg-Berg-Gershwin) Concert du 08 octobre 2017 Auditorium de Radio France
Claude Debussy – Syrinx Arnold Schönberg – La Nuit transfigurée Alban Berg – Lulu-Suite George Gershwin – Girl Crazy-Suite
Orchestre Philharmonique de Radio France Direction musicale et soprano Barbara Hannigan
Cela commence par une extinction totale de la salle, alors que l’orchestre, laissé seul dans le noir au centre de l’auditorium paré d’un charme boisé, se tient silencieux et immobile, et l’on entend le motif enjôleur d’une flûte jouant le solo de Syrinx s’insinuer depuis une alcôve discrètement dissimulée, comme si la plainte du cor anglais qui introduit le troisième acte de Tristan und Isolde lui faisait écho. Ce motif serait-il la Lune ?
Barbara Hannigan
Barbara Hannigan apparaît soudainement, vêtue de noir, sans que l’on ait aperçu sa venue, et entraîne le Philharmonique dans ses embrassements chaleureux, sensuellement féminins, car il y va de son être dans la représentation des émotions humaines. Nulle mer glaciale, sinon un tissu de cordes vibrantes qui atteint son inexorable paroxysme et se libère de ses tensions tout naturellement.
Barbara Hannigan
Dans la seconde partie, Barbara Hannigan se retrouve dans l’univers de Lulu qu’elle a elle-même interprété à Bruxelles sous la direction empathique de Krzysztof Warlikowskiet à Hambourg avec Christoph Marthaler.
Elle seule peut à la fois diriger et chanter – tout en étant dos à l’orchestre quand elle incarne Lulu – ce personnage qu’elle défend dans un poignant élan de liberté.
Contrebassiste du Philharmonique de Radio France
L’orchestre joue le jeu, fait corps avec une artiste unique et charismatique qui a quelque chose à exprimer de chevillé au corps, un cri très violent et un amour maternel immanent, et lui dédit le plus beau témoignage de complicité en l’accompagnant vocalement dans Girl Crazy, qu’elle reprendra en bis pour le bonheur des auditeurs.
Quelle sensation d’admiration à vivre ce moment d’accomplissement personnel qui puise d'abord sa force dans les ressources d'une musique puissante, et s'ouvre encore plus au public à travers une œuvre populaire profondément œcuménique!
Direction musicale Mikko Franck Orchestre Philharmonique de Radio France Musiciens du Philharmonique
Très étrange concert que celui donné à la Maison de la Radio, et qui semble raconter une vie à rebours, en débutant par la gravité de la ‘Grande Fugue’ esquissée par Beethoven trois ans avant sa disparition.
Le quatuor formé de musiciens du Philharmonique s’adonne à une lecture nerveuse et dénuée d’âpreté, à l’image de la jeunesse de ses interprètes, si bien que cette page se trouve poétiquement adoucie, d'autant plus que des reflets des lumières bleutées évoluent lentement tout autour d’eux.
Mikko Franck
La seconde pièce musicale, le premier concerto pour violon que composa Bartók en 1907, est une immersion dans un univers plus aérien et optimiste. La violoniste virtuose Vilde Frang, sous le regard bienveillant de Mikko Franck, atteint des points d’extrême délicatesse quand de fines zébrures filent au zénith et nous font ainsi dépasser la conscience du temps.
Et dans la seconde partie, le chef d’orchestre finlandais devient le véritable point vocal d’un ensemble totalement lié à son expressivité immédiate qui se lit sur son visage poupin, et à travers ses gestes qui prolongent les méandres du cœur. Même dans la marche funèbre de la symphonie ‘Héroïque’, les musiciens ne cèdent rien à une tonicité interprétative qui ne recherche aucun effet de pesanteur et fait la part belle aux beaux effets de volumes riches en couleurs. Splendide joueur de timbales, vibrant et stimulant.
Musiciens du Philharmonique de Radio France
Suivre Mikko Franck, qui extériorise autant la douleur, la peine que la bonté et l’emphase, est un bonheur en soi qui s’ajoute à la présence et la plénitude d’une interprétation qui rend à Beethovenune humanité sincère profondément marquante.
L’écrin chaleureusement boisé de l’auditorium ne fait que renforcer le sentiment de joie intime pourvu par ce concert réconfortant.
Mikko Franck
Présentation des quatre solistes du Philharmonique interprètes de la Grande Fugue Cecile Agator est chef d’attaque des seconds violons du Philharmonique de la radio depuis 2007. Pascal Oddon est violoniste et chef d’attaque du Philharmonique depuis 2002. Marc Desmons est premier alto solo du Philharmonique depuis 2010, deuxième alto solo de l’Orchestre de l’Opéra de Paris depuis 1992, et également chef d’orchestre. Jérôme Pinget est violoncelliste du Philharmonique depuis 2007.
Quatuor Van Kuijk – La Nuit transfigurée Concert du 12 août 2017 Parc Floral de Paris
Wolfgang Amadé Mozart Quintette n°2 à deux altos en do majeur K515 Arnold Schönberg La Nuit transfigurée opus 4
Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre, violons Emmanuel François, alto, François Robin, violoncelle Grégoire Vecchioni, alto Lydia Shelley (Quatuor Voce), violoncelle
Lydia Shelley et François Robin
A l’opposé du son âpre qui caractérise les ensembles de musique de chambre en recherche d’expressivité profondément pathétique, la rigueur mâtinée de joie du Quatuor Van Kuijk rend à la musique de Mozart une jeunesse chaleureuse bienvenue par ce temps uniformément gris et frais qui domine la capitale en plein mois d’août.
Sylvain Favre et Nicolas Van Kuijk, violons
La quintette K515 est à la fois douce, rêveuse, mais également chargée de la mélancolie que l’on retrouve dans nombre d’airs de ses personnages d’opéra, dont l’évocation s’immisce de manière subliminale avec l’aide de notre propre imaginaire. La présence souple et subjacente du violoncelle de François Robin, la vigueur des violons et l’harmonie de l’ensemble concourent à ce sentiment de plénitude qui permet de résister aux agitations atmosphériques qui cernent la scène du grand delta du parc floral.
François Robin, violoncelle
En seconde partie, la violoncelliste Lydia Shelley rejoint les cinq instrumentistes afin d'interpréter La nuit transfigurée. Que l’auditeur ne se trompe pas, si cette musique lui semble si naturelle, mais perceptiblement plus sombre que la quintette qui précède, c’est qu’elle est née du talent d’un jeune Arnold Schonberg (il avait vingt-cinq ans) bien avant qu’il ne révolutionne le monde musical avec sa technique dodécaphonique.
Les vibrations mystérieuses de ce poème nocturne sont pleinement rendues avec une verve déliée qui en atténue l’austérité de par sa rondeur sensuelle.
Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre, Emmanuel François, Grégoire Vecchioni, François Robin
Près d’un millier de spectateurs attentifs, une aura enjouée, le Quatuor Van Kuijk et ses musiciens associés font maintenant partie du paysage musical international et trouvent un public de fidèles de plus en plus nombreux, si bien que leur prochain concert à l’amphithéâtre de la Philharmonie, le 13 janvier 2018, est déjà complet depuis plusieurs mois.
Soirée Erik Satie - un esprit français Concert du 21 juin 2017 Cinéma Fronte del Porto - Padova
Gnossiennes n° 1, 2, 3 Sports et divertissements Embryons desséchés Ballet relâche Sonatine bureaucratique Entr'acte, film de René Clair
Piano forte, Jean-Pierre Armengaud
'La musique de Satie est une musique que l'on regarde et qui vous regarde', c'est ainsi que Jean-Pierre Armengaud, grand ambassadeur de la musique française à l'étranger, parle des œuvres du célèbre compositeur d'Arcueil.
Jean-Pierre Armengaud accompagnant Entr'acte (Erik Satie, Francis Picabia)
Il est l'invité, ce soir, d'une importante manifestation organisée pendant tout le mois de juin à Padoue, et intitulée 'A minimal view'.
Elle est dédiée aux 80 ans de Philip Glass qui est, notamment, un grand admirateur d'Erik Satie - le musicien américain débuta sa carrière en 1968 en lui rendant hommage sur le thème de 'Music in the Shape of a Square'.
Paul Klee Quartet interprétant les String Quartets de Philip Glass au centre culturel Altinate - le 17 juin 2017
De nombreux concerts sont ainsi joués en accès libre et gratuit dans divers lieux de la cité, que ce soit au centre culturel Altinate, à la 'Sala delle Edicole' ou au cinéma Fronte del Porto, dans une étrange confidentialité qui laisse penser qu'un public plus large aurait aimé y assister - seules 80 personnes étaient présentes, par exemple, pour les quartets de Philip Glass joués dans un auditorium de 250 sièges.
Alessia Toffanin - Suite for Toy Piano (John Cage) - performance précédant la soirée Satie - le 21 juin 2017
En ce mercredi 21, en toute coïncidence avec la Fête de la musique célébrée au même moment en France, Jean-Pierre Armengaud est seul avec son piano à faire partager l'univers ironique d'Erik Satie au public padouan.
Cet humour, on le retrouve dans les textes du compositeur traduits en italien et racontés, entre chaque pièce musicale, avec un doucereux accent français délicieusement drôle.
Le rythme et le style impulsif avec lesquels il aborde les trois gnossiennes sont à l'image de l'esprit qui va parcourir l'entière soirée, c'est à dire une vitalité pimpante et dénuée de tout sentimentalisme, telle une vie qui doit se poursuivre frénétiquement sans jamais s'arrêter.
Jean-Pierre Armengaud
Dans le même esprit, les trois pièces des Embryons desséchés sont marquées par le motif obsédant de la marche funèbre de FrédéricChopin qu’Erik Satie a parodié avec surprise, car peu imagineraient qu’il ait pu s’en amuser avec une telle désinvolture.
Jean-Pierre Armengaud réserve cependant l'interprétation la plus complexe pour la fin du récital, en accompagnant à un rythme endiablé le film de René clairEntr’acte diffusé dans son intégralité dans la salle d’Art et essai du cinéma Fronte del Porto. Une prouesse de vertige!
Jean-Pierre Armengaud
Et malgré les sévères coupes budgétaires que l’Italie de Silvio Berlusconi a infligé au monde de la Culture depuis près de deux décennies - ce qu’avait dénoncé avec force Riccardo Muti lors d’une interprétation de Nabucco à l’Opéra de Rome en présence du sénateur -, c’est beaucoup d’espoir que cette initiative artistique aura finalement drainé ce soir, l'espoir que les Italiens ne perdent pas définitivement leur goût pour la culture musicale intemporelle.
Soirée Petits violons & Danse – Académie de l’Opéra National de Paris Dix mois d’Ecole et d’Opéra Représentation du 03 juin 2017 Amphithéâtre Bastille
Avec les élèves des classes CE1 Petits violons de l’Ecole Jules Vallès de Saint-Ouen, de l’Ecole Jean-François Lépine de Paris, 18ème arrondissement et les élèves de 5ème de la classe Danse du Collège République de Nanterre
Maquilleurs / Coiffeurs Elèves de la filière esthétique et coiffure du Lycée Elisa Lemonnier de Paris, 12ème arrondissement Habilleurs Elèves de la section MANMA Couture Costumes du Lycée La Source de Nogent sur Marne
Accompagnement Anouk Ross, Elza Szabo (violons, altos), Vincent Catulescu (violoncelle), Morgan Jourdain (chef de chœur), Bruno Perbost (piano), Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrechts (chorégraphes)
Dans le récent film de Stéphane Bron, L’Opéra, sorti début avril 2017, il était possible de découvrir le travail de répétition des élèves participant au programme 10 mois d’Ecole et d’Opéra qui leur permet de bénéficier de cours de musique et de danse donnés en majeure partie sur leur temps scolaire.
Les Petits violons - direction Morgan Jourdain
En ce samedi soir, sur la scène de l’amphithéâtre Bastille située sous la grande salle où se jouait au même moment Eugène Onéguine, ces élèves ont eu la chance de pouvoir représenter un spectacle complet alliant chant choral, musique d’orchestre et danse sous les yeux de leurs amis et de leurs parents.
Le visage de ce public est beaucoup plus diversifié que celui du public d’opéra habituel ce qui, pour un temps certes court, crée un effet de rééquilibrage social et la conscience d’une connexion humaine qui ne s’est pas perdue.
La présence de nombreux enfants, parfois très petits, permet d’assister à des scènes de joie pure sur les gradins, et aussi d’éprouver bienveillance et patience quand les plus jeunes pris de fatigue s’exclament un peu trop bruyamment. Dans ces circonstances, la limite entre scène et auditoire s’estompe, et public et élèves artistes sont pris dans une même respiration recueillie.
Et le programme qu’interprètent ces élèves sur une durée d’une heure et quart mêle répertoire classique et compositions contemporaines desquels plus d’une vingtaine d’œuvres sont jouées ou bien utilisées sous forme d’enregistrements en support chorégraphique.
La classe Danse - encadrement Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrechts
La mélodie ‘Ah vous dirai-je maman’ sur laquelle Mozart composa des variations pour piano est chantée par l’ensemble des enfants avec une douceur heureuse très touchante, sous la direction souple de Morgan Jourdain.
Une valse de Claude–Henry Joubert permet également d’entendre l’ensemble de la formation superposer accords de violons et violoncelles avec l’accompagnement en solistes d’adultes.
Dans une unité totale, l’attitude à la fois consciencieuse et légère du groupe est une image d’harmonie qui ne peut qu’avoir un pouvoir réflexif fort sur l’auditoire le plus adulte.
La classe Danse - encadrement Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrechts
Quant à la seconde partie du programme, elle accorde une part importante à la danse, qui débute sur la musique de la danse des esclaves persanes de La Khovantchina (Modest Moussorgsky). On pense évidemment à la production d’Andrei Serban régulièrement jouée à Bastille.
Des premiers mouvements ondoyants, la chorégraphie des jeunes élèves évolue vers une modernité étrange qui ne peut qu’évoquer celle d’Angelin Preljocaj ou de Pina Bausch sur les accords sombres et mystérieux de la musique électronique du compositeur danois Trentemoller (November).
Les Petits violons - direction Morgan Jourdain
Cet enchaînement des genres s’achève alors sur la chanson de Kurt Weill, Youkali, qui teinte de mélancolie et d’espérance la fin d’une soirée qui se poursuivra, pour les artistes et leurs amis, autour d’un cocktail.
C’est avec grand soin qu’un programme tout en couleur recueillant les témoignages des élèves dans leur parcours à travers du monde de la musique et de l’opéra fut distribué aux invités de ce spectacle poétique.
Pour soutenir l'Académie, il est possible de contacter par mail l'AROP à l'adresse mecenatparticuliers@arop-opera.com ou au 01.58.18.65.02
Esa-Pekka Salonen - Philharmonia Orchestra
Concert du 22 septembre 2016
Théâtre des Champs-Elysées
Igor Stravinsky Fanfare pour trois trompettes
Symphonies d’instruments à vent Ludwig van Beethoven Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Héroïque » Jean Sibelius Symphonie n° 5 en mi bémol majeur
Direction musicale Esa-Pekka Salonen Philharmonia Orchestra
C’est un magnifique programme, en apparence hétéroclite, qu’Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra nous offrent ce jeudi soir au Théâtre des Champs-Elysées, emporté par un ensemble de musiciens vifs et galvanisés par les fulgurances de leur chef.
Première image saisissante que de voir Esa-Pekka Salonen séparé de sa section de vents par un encerclement de chaises vides. Cette disposition aussi peu conventionnelle a cependant pour effet de renforcer ce qu’il y a d’inédit dans cette fanfare pétaradante aux impressions éclatantes.
Esa-Pekka Salonen
S’en suit le déroulé des ‘symphonies d’instruments à vent’, puissantes et gorgées d’un son généreusement chaud, dont la force pulsante ancre l’instant dans une réalité intense et prenante.
Et une fois l’orchestre au complet pour interpréter la '3ième symphonie' de Beethoven, nous sommes pris par une lecture enthousiaste, presque vaillante, sans aucune lourdeur.
Tous ces timbres, portés par des lignes rebondies sous tension permanente, se colorent ainsi les uns les autres, au point de nous saisir d'une jeunesse d’esprit pure et chantante.
Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra - ‘symphonie d’instruments à vents’
Mais la grande surprise de la soirée provient du fabuleux voyage de la '5ième symphonie' de Jean Sibelius, qui évoque les forêts et reliefs du Grand Nord.
Amples respirations de l’orchestre, tempi implacables, forte concentration et détermination des musiciens, merveilleuse transformation du déploiement symphonique en mélodies pastorales, comme si nous sortions d’un survol chaotique en montagne pour atterrir dans un paisible village, un envol vers des contrées imaginaires qu’il est rare de vivre dans une salle de concert.
Wolfgang Amadé Mozart / Anton Bruckner (Daniel Barenboim)
Concerts du 02 et 09 septembre 2016 et 07 janvier 2017
Philharmonie de Paris – Grande Salle
Concerto pour piano et orchestre n°24 (1786)
Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » (1888)
Piano et direction Daniel Barenboim
Orchestre de la Staatskapelle Berlin
L’intégralité des symphonies d’Anton Bruckner, précédées d’une sélection de concertos écrits par Mozart pour le piano, va résonner pendant un an au cœur de la Philharmonie de Paris, sous les coups de trois salves, une première en septembre 2016, une seconde en janvier 2017, et une dernière en septembre 2017.
Daniel Barenboim et la Staatskapelle Berlin ont ainsi commencé, ce soir, à ranimer la lumière flamboyante de la culture musicale autrichienne des XVIIIème et XIXème siècles dont le cœur artistique palpitait entre Salzbourg, Vienne et Linz.
Daniel Barenboim - Photo Monica Ritterhaus
L’introduction par le 'Concerto pour piano n°24' de Mozart, créé juste avant ‘Les Noces de Figaro’, teinte d’emblée l’espace vide de la grande salle d’une tonalité tragique qui annonce, dans le premier mouvement, l’ouverture de ‘Don Giovanni’.
Les enlacements de flûtes et l’urgence des cordes instaurent cette présence mozartienne qui nous est si familière, puis, les accords de piano viennent s’y superposer, et s’y noyer, dans un élan fantaisiste mais guindé de l’élégante dextérité du pianiste et chef d’orchestre qui l’empreint d’une solennité pesante.
Daniel Barenboim - Salut final de la 6ième symphonie de Bruckner
La densité et la prégnance de la musique de Mozart se diluent vraisemblablement trop dans cette vastitude, mais l’esprit de recueillement s’installe pourtant confortablement.
Ce premier concerto prend en toute évidence la forme d’un palier de décompression avant que ne se déploie l’une des symphonies les plus monumentales de Bruckner.
Car la lecture pleine de respirations et d’une clarté somptueuse qui en est faite contraste avec la droiture affichée par Daniel Barenboim dans le concerto mozartien.
Cette fois, l’orchestre a plus que doublé de volume, et l’éventail des cordes, soutenu en arrière-plan par l’ensemble des vents, est dominé par une section de huit contrebasses donnant une image d’ensemble fortement structurée.
Mais la musique, elle, est prodigieusement épanouie et sublimée par l’acoustique de la Philharmonie.
Non seulement les solos d’instruments forment des motifs d’une pureté magnifique, mais la montée des cadences et l’étendue du voile orchestral s’animent d’une belle énergie confiante, et le chef israélien donne ainsi l’impression de maîtriser généreusement un ensemble qui ne demande qu’à filer, et même se précipiter, vers des gouffres fracassants pour mieux en renaître plein d’allant.
La perception des détails met ainsi en valeur la nature répétitive des phrases qui évoquent, à certains moments, les réminiscences chères à la musique de Philip Glass.
Orchestre de la Staatskapelle Berlin - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner
Lustre des cuivres sans être écrasants, tension des percussions sans être assourdissantes, cette impression de puissance et d’aisance se combine également à d’impressionnants effets d’échos qui ajoutent, parfois, une sensation d’infini autour du corps orchestral.
Daniel Barenboim et la Staatskapelle Berlin sortent d’un concerto mozartien crépusculaire, mais ressortent avec une nouvelle jeunesse de cette « Romantique » dont ils se sont évertués à dépasser les noirceurs.
Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson en mi bémol (1778?)
Symphonie n°7 en mi majeur (1884)
Une semaine plus tard, la formation allemande est à nouveau déployée sous le regard concentrique des spectateurs, mais cette fois, c'est l'énigmatique symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson, attribuée à Mozart, qui ouvre la soirée.
D'une tonalité bien plus légère que le concerto pour piano et orchestre n°24, l'ensemble est joué avec une belle fluidité, et toute l'âme malicieuse qui s'en dégage semble provenir d'un merveilleux hautboïste, Gregor Witt, qui dessine d'élégantes arabesques fines et nuancées en clin d'oeil vers ses partenaires.
La symphonie de Bruckner jouée en seconde partie de soirée, la 7ème, est naturellement un des sommets de ce cycle.
Daniel Barenboim - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner
Elle est en effet chargée d'une symbolique sombre et mystique, où se rejoignent l'univers fantastique de Louis II de Bavière, le dédicataire de l'oeuvre, et celui de Luchino Visconti, qui fit de ce Roi le sujet d'un de ses chefs-d'oeuvre, "Le Crépuscule des Dieux", et qui utilisa également l'esthétique de l'adagio de la 7ème pour sublimer l'atmosphère décadente du Venise de son premier film baroque, "Senso".
Comme pour l'interprétation de la "Romantique", on retrouve chez Daniel Barenboim et les musiciens de la Staatskapelle un talent majestueux pour l'ampleur lumineuse et l'hédonisme sonore, mais surtout, la puissance et l'éclat de l'orchestre s'accomplissent dans la salle de la Philharmonie en jouant d'effets acoustiques parfois très surprenants.
Les cors se reflètent ainsi sur les plafonds des balcons, les sons des cordes flottent en suspension au-dessus de l'ensemble, et les déflagrations des chutes orchestrales s'évanouissent le long des parois dans de fulgurants mouvements de fuite vers l'arrière de la salle.
C'est absolument saisissant à entendre.
Daniel Barenboim - Concerto n°22 de Mozart - 07 janvier 2017
Concerto pour piano n°22 en mi bémol majeur K.482 Symphonie n°3 en ré mineur "Wagnérienne" (1877)
C'est au cours des tous premiers jours de l'année 2017 que la seconde partie du cycle Mozart-Bruckner interprété par Daniel Barenboim et la Staatskapelle de Berlin se poursuit en revenant sur les premières oeuvres du compositeur originaire de Linz.
En première partie de soirée, le 07 janvier, le bel allant de la formation décrit un Mozart moelleux et vif, subtil lorsque les filaments des violons se détachent et se dissipent dans l’atmosphère réflexive de la Philharmonie, et flamboyant avec une intensité qui se resserre au dernier mouvement. Daniel Barenboim, au piano, joue beaucoup d’effets de nuances absolument captivants par leur optimisme, privilégiant, à certains moments, le courant pianistique à la précision, et à d’autres, le contraste d’une seule note pour marquer l’attention dans l’instant.
Daniel Barenboim - Symphonie n°3 de Bruckner - 07 janvier 2017
En seconde partie, l’interprétation de la troisième symphonie d'Anton Bruckner montre à quel point ses dimensions requièrent une habilité et une tension qui peuvent expliquer la difficulté que le compositeur eut à la diriger lors de sa création. Daniel Barenboim tient son orchestre à bout de corps, l’esprit sévère mais prêt à revenir à une détente légère quand les réminiscences de valses surviennent, les attaques des cuivres fusent et soutiennent une architecture monumentale pour laquelle on ressent une adhésion infaillible des musiciens, et ce souffle paraît presque incroyable tant Bruckner cherche dans cette symphonie à trop impressionner.
Paradoxalement, le pathétisme de l’adagio est à peine fiévreux, emprunt d'une sérénité qui invite au rêve plus qu'à un grand voyage imaginaire.
Soirée d'une grande unité pour deux oeuvres pourtant bien dissemblables.