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Publié le 7 Février 2016

Mithridate, entre amours et trahison.
Présentation au Théâtre des Champs Elysées, le 03 février 2016
Une heure avec …

Clément Hervieu-Léger
    de la Comédie-Française
Emmanuelle Haïm
    Chef d’orchestre
Et Mariam Chapeau
    Conférencière des musées nationaux à la RMNGP

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Afin d’illustrer les sources qui ont inspiré l’équipe artistique de la nouvelle production de ‘Mithridate, re di Ponto’, Clément Hervieu-Léger, le metteur en scène, Emmanuelle Haïm, la Chef d’orchestre et Mariam Chapeau, conférencière des musées nationaux, proposent de présenter 10 tableaux en rapport avec l’esthétique et les sentiments de l’œuvre.

Chacun de ces tableaux est ainsi projeté sur le grand écran de scène, face au public du Théâtre des Champs Elysées.
 

1.    Une reine devant un roi, tenant un crâne – Luca Penni (1500-1556)

Mariam Chapeau : Ce peintre est un artiste qui introduit en France la Renaissance italienne, une architecture antiquisante, une dentelle particulièrement gracieuse et élégante, des figures qui sont sinueuses aux proportions allongées.

Cette scène nous a inspiré par le thème de la justice d’Othon, qui évoque le Pouvoir, l’Amour, la Justice et surtout la volonté de Vérité. Le personnage féminin tend un crâne qui semble troubler le souverain, le tableau est réalisé dans des couleurs assez caractéristiques de l’école de Fontainebleau, des teintes roses, orangées, complétées par la chaleur des rouges royaux.

C’est une mise en scène très architecturale, valorisant l’architecture antique, les colonnes corinthiennes, permettant aux différents personnages d’être organisés de façon savante sur ce tableau.

Clément Hervieu-Léger : ‘Mithridate’ est cette œuvre d’un jeune Mozart de 14 ans, auquel le Théâtre de Milan a confié un livret qui est inspiré d’une traduction italienne de l’œuvre de Racine, ‘Mithridate’.

La question est de savoir comment le XVIIIème siècle s’empare de la tragédie classique française, et de savoir comment se saisir du thème de l’Antiquité pour monter cet opéra aujourd’hui. Le risque est grand d’en rester au plaisir de la forme, alors qu’il s’agit de montrer que l’oeuvre peut nous toucher au cœur autant qu’au théâtre.

Emmanuelle Haïm : Pour un compositeur du XVIIIème siècle, le voyage en Italie est important car ce pays est un modèle pictural mais aussi un modèle musical et, de manière plus ample, un modèle culturel.

Mozart arrive avec son père en Italie en février 1770, et en quelques mois, il s’imprègne de ce style italien, et en particulier du modèle de l’opéra séria napolitain. On l’entend revisiter du Jommelli, et ce jeune adolescent devient capable de manier avec finesse la langue italienne qu’il ne connaissait pas avant ce voyage vers un pays si amoureux des arts.

Il espérait un poste, qu’il n’aura pas, malheureusement, mais obtient quelques commandes qui vont lui permettre d’aborder la tragédie, et de montrer sa subtile compréhension du sentiment amoureux dans cette pièce, ‘Mithridate’, où la vengeance et la justice sont aussi de mise.

Clément Hervieu-Léger : Pour en revenir à ce premier tableau, la figure d’Othon est importante. On peut lui substituer celle de Mithridate qui est passionnante dans cet opéra, car la figure du pouvoir est aussi celle du père, père qui avait accompagné Mozart dans ce voyage en Italie. Leur relation nécessaire sera également difficile, conflictuelle et passionnée. Sans vouloir faire de psychanalyse facile, on peut en effet être frappé par le fait qu’un jeune homme de quatorze ans écrive, comme première grande œuvre sérieuse, une histoire entre un père et son fils.

 

2.       Anne de Clèves – Hans Holbein dit « Le Jeune » (1497-1543)

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mariam Chapeau : Ce portrait de la Princesse de Clèves, quatrième épouse d’Henri VIII Tudor, est un tableau de petit format que l’on peut découvrir dans les petits cabinets de peinture allemande au musée du Louvre.

Hans Holbein est un artiste germanique, né à Augsburg, qui sillonne l’Europe, se rend à Bâle, y rencontre Erasme, séjourne en France, passe à plusieurs reprises en Angleterre et finit par devenir le portraitiste officiel de la cour d’Angleterre. Il a connu, lors de ses voyages, de grands esprits humanistes. Il a également pu constater l’évolution des Guerres de religions.

Ce tableau a été commandé en 1539. Il est envoyé en mission à la cour de Clèves, en Rhénanie, afin d’exécuter les portraits des deux sœurs du Duc Guillaume, Prince germanique, protestant réformé. L’idée vient de Cromwell, qui envisage une alliance avec les réformés, pour pouvoir contrer les très catholiques rois de France et d’Espagne.

Le peintre a pour mission de faire le portrait le plus magnifique possible de la Princesse, ce qui explique cette raideur, cet axe symétrique qui découperait ce visage au centre de ses deux yeux, du nez, de la bouche, de la croix, des mains et de la boucle de la ceinture.

Ce peintre réussit à rendre la soie de sa robe somptueuse, et cette tenue vestimentaire qui n’est pas sa tenue de mariée va effectivement séduire Henri VIII. Il va l’épouser, mais à son arrivée à la cour de Londres, il va être quelque peu déçu par sa grandeur, par cette tenue vestimentaire qu’il qualifiera de ‘Jument des Flandres’.

Il exécute le contrat, mais fait annuler ce mariage six mois plus tard, au motif qu’il éprouve du dégoût pour cette femme, dont il se souvient, tout à coup, qu’elle est déjà fiancée, et, enfin, que les tensions qui l’opposaient à la France et à l’Espagne s’étant un peu apaisées, ce sacrifice ne lui semble plus nécessaire.

Clément Hervieu-Léger : Et on retrouve, dans ‘Mithridate’, ce thème des princesses de sang, qui étaient devenues à la fois objets de désir et objets d’enjeux politiques majeurs, avec les personnages d’Aspasie, promise à Mithridate, et d’Ismène, promise à Farnace, allié aux Parthes, qui devient ainsi en mesure de défier Rome.

Ce tableau est donc particulièrement juste, et permet d’évoquer l’importance de se parer ou de retirer des bijoux en scène, acte fort, car on se demande alors si le costume est un carcan ou un objet de séduction.

Nous avons donc repris des éléments de cette iconographie, tout en s’en éloignant. Et comme dans cette production nous avons la très grande chance d’avoir Patricia Petibon qui chante Aspasie, et Sabine Devieilhe qui chante Ismène, nous avons deux grandes interprètes de personnages forts.

Le personnage d’Ismène, si l’on s’en tient simplement à ce qui est écrit, est un peu le personnage raisonnable puisque c’est elle qui va ramener Mithridate à la raison en lui conseillant le pardon. Elle peut, du coup, être un personnage en demi-teinte si on ne lui apporte pas une attention particulière.

Quand on a la chance d’avoir une interprète comme Sabine Devieilhe, on ne se pose plus la question de la demi-teinte, et l’on a envie de faire un autre personnage qu’une fille bien rangée.

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Emmanuelle Haïm : Chaque personnage a en effet des moments beaux et touchants, tel Mithridate qui, dans son air d’arrivée, va nous chanter sa défaite militaire mais pas sa défaite morale. Et pour ces personnages féminins, Mozart a composé une musique extrêmement variée, qui va nous montrer, dans le cas d’Aspasie, le poids de l’amour de ces hommes envers elle, mais aussi la douleur de l’aveu envers Sifare, un air incroyablement douloureux de tourments.

Certains personnages vont également être chantés par des femmes. Myrto Papatanasiu interprète ainsi Sifare, qui était à l’époque chanté par un castrat, et dont la tessiture était très aigüe. On a donc choisi un contre-ténor pour être un des frères, Christophe Dumaux, et, pour incarner l’autre frère, une soprano à la couleur très sombre. Et c’est une chance d’avoir toute une gamme de couleurs possibles sous ce nom-là.

Clément Hervieu-Léger : Evidemment, Emmanuelle vient de dire quelque chose de magnifique, la difficulté pour Aspasie est d’être trop aimée, d’être amenée à être épousée, et d’être soudainement rejetée.

On parle toujours de la musique racinienne pour dire que l’agencement des mots donne une musique qui nous raconte quelque chose au-delà des mots. Mozart, lui, nous fait entendre directement cette musique, l’état de l’âme, le cœur qui bat.

On peut alors soit décider de voir cette œuvre comme une succession d’airs, soit décider d’en faire du théâtre, et c’est ce que nous avons choisi de faire avec Emmanuelle.
Nous avons alors demandé à des comédiens de rejoindre l’équipe, de façon à jouer des rôles de confidents auxquels les airs s’adressent.

3.       L’Enlèvement des Sabines – Nicolas Poussin (1594-1665)

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mariam Chapeau : Ce tableau de grand format, réalisé en Italie par un artiste considéré comme une pierre angulaire de la peinture française, est inspiré de l’Antiquité, et est un symbole de la folie guerrière.

Poussin est un artiste qui travaille de façon très organisée. Vous avez la présence de Romulus, à gauche, vêtu de rouge, couleur royale, qui fait un geste qui déclenche un chaos inouï mais mesuré, puisque l’enlèvement des Sabines s’organise selon une triangulaire très précise.

Sur votre droite, un premier Romain s’empare d’une Sabine, sur un autre premier plan, à gauche, un autre Romain soulève une Sabine, et un troisième couple nous révèle l’enlèvement de la Sabine.

En réalité, cette démonstration évoque l’idée d’action et la maîtrise absolue de cette peinture, tenue par une architecture précise et classique, avec en arrière-plan, un temple dorique monumental pour évoquer l’autorité de Romulus.

Au centre, une organisation de mise en perspective apporte à cette peinture une forme de respiration, ce qui permet à Poussin de montrer son intérêt pour la théorie des modes, musicale et architecturale, qui fonde l’harmonie de cette peinture.

On a pu ainsi découvrir, sous la couche picturale la présence de petits trous laissant apparaitre une organisation spatiale anticipée avant l’installation des figures.

Clément Hervieu-Léger : Dans mon travail de metteur en scène, je suis sensible à l’engagement des corps, et à la façon dont ces corps peuvent raconter sur un plateau des sentiments, des attirances ou des rejets.

Ainsi, on peut voir sur ce tableau que le fait de regarder dans une direction à l’inverse de l’endroit vers lequel on courre, est une manière très efficace de donner de la distance sur scène.

Tout est là, et je trouve que ce tableau est fascinant par la manière dont les corps se contrarient ou bien se fondent. Evidemment, je sais à quel point on peut me taxer de ‘Classicisme’, mais si la manière d’être classique est de s’attacher à construire l’image, alors je veux bien être ‘Classique’.

Mariam Chapeau : Je rajouterais enfin que Poussin n’est pas un artiste séducteur. C’est un artiste qui demande un effort, un effort de concentration sur sa peinture.

Emmanuelle Haïm : La forme est effectivement très rigoureuse, car lorsque l’on aborde l’Opéra Seria, on a des arias avec da capo, c'est-à-dire des airs en trois parties, l’une reprenant la première. Et, en principe, cette dernière partie est variée par l’interprète lui-même qui connait cet art de l’ornementation, et qui doit le faire avec goût, bonne mesure et discrétion.

Mozart va sortir malgré tout de ce modèle un peu trop académique, et il va sans-cesse changer les proportions.

Il ne va proposer qu’une seule fois la proportion régulière de l’air, mais va avoir, par moment, un A très développé, un B minuscule, l’esquisse d’une deuxième idée, et reprendre la première idée mais, cette fois, en voyageant.

 

4.       Vue d’intérieur, ou les Pantoufles – Samuel van Hoogstraten (1627-1678)

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mariam Chapeau : Le peintre à l’origine du tableau suivant est passé brièvement par l’atelier de Rembrandt, historien d’art, passionné d’optique et de perspective, qui semble, ici, ne rien raconter. Et l’on se demande pourquoi cette multitude de portes, de chambranles, de sols carrelés qui changent de couleurs, et qui vous invitent à aller vers une dernière salle, qui est la salle de l’intimité.

Le sujet pourrait être, justement, l’absence de sujet. L’oeuvre met en scène les attributs d’une femme que nous ne voyons pas, son balais, son torchon, symboles de propreté, une paire de pantoufles, abandonnée négligemment, puis un jeu de clés que tient, normalement, une hollandaise du XVIIème siècle, de bonne tenue, fièrement à sa ceinture.

Et l’on distingue, au fond de la salle, une bougie, un peu tordue, qui est éteinte et laisse imaginer des cachoteries.

Finalement, un tableau représente une jeune femme se faisant disputée par son père.

La peinture s’interroge ainsi sur le comportement de cette femme.

L’artiste travaille sur des passages d’ombres et de lumières, utilise une gamme chromatique qui contribue à donner une atmosphère de murmures et de silences, une envie de chuchoter.

Clément Hervieu-Léger : La grande différence entre la tragédie classique et celle de Mozart est celle du lieu. On se demande comment on va passer des jardins suspendus à la tente d’Ismène, quel lieu unique permettrait de faire ce voyage si mobile ?

Un théâtre ne pourrait-il pas être ce lieu d’action tragique, au moment où Mozart découvre cette théâtralité ?
Il m’a paru alors évident qu’un lieu unique, donnant toute sa place à la lumière, permet toute l’expression du tragique.

Emmanuelle Haïm : Quand on rencontre ensuite le metteur en scène, on a la merveilleuse surprise de découvrir tout cet imaginaire, on échange, on parle de l’œuvre, on lit la pièce avec l’honneur de la partager avec un comédien de la Comédie-Française, et l’on a ensuite le sentiment que mêmes les chanteurs de notre production ressentent très fortement le tragique de cette histoire.

Le metteur en scène les guide, donne l’exemple, mais leur laisse une liberté, ce qui nous permet, même à moi, de nous sentir en osmose avec le spectacle.

Clément Hervieu-Léger : On a la chance d’avoir un distribution idéale avec des chanteurs qui sont également des acteurs. Il n’est pas difficile de les faire bouger, mais il faut aussi être conscient de ce que la technique vocale demande, et qu’il est compliqué de demander à une chanteuse de se mettre la tête à l’envers, marcher sur les mains, tout en chantant sa cadence.

Cela fait partie intégrante du travail du metteur en scène d’opéra que d’être à l’écoute de la difficulté à chanter de tels airs.


5.       La mort de Didon – Pierre-Paul Rubens (1577-1640)

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mariam Chapeau : C’est une œuvre bouleversante qui évoque la détresse, la douleur sans pudeur.
Didon est une femme qui a été séduite par Enée, puis abandonnée par lui car sa destinée n’est pas Carthage mais Rome.

Didon tente de tromper son monde en réunissant tous les souvenirs de cet amour passé.
Elle les a disposés tout autour d’elle, le manteau rouge, l’épée qu’il lui a offert, et elle a commencé à entamer un bucher à ses pieds.

Rubens, grand peintre flamand, spécialiste des émotions, nous offre ce corps en totale détresse, grandeur nature, la femme est assise, totalement nue, éplorée, une larme coule sur sa joue droite.

Cette dernière énergie qu’elle met à presser le glaive dans sa poitrine nous annonce aussi qu’un corps instable va s’effondrer. Il y a donc une forme d’impudeur dans la douleur qui ne se préoccupe pas de notre regard.

Clément Hervieu-Léger : Au moment où Aspasie décide de se suicider, on rejoint ces grandes héroïnes féminines majeures dans ce grand répertoire théâtral ou opératique, et c’est pour cela que l’on a eu envie d’évoquer Didon.

 

6.       Anne de Boleyn condamnée à mort – Pierre-Nolasque Bergeret (1782-1814)

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mariam Chapeau : Ce tableau appartient au XIXème siècle romantique qui aime revisiter l’histoire par la petite porte.
Ce tableau est présenté par Bergeret au Salon de 1814, le premier salon de la Restauration. On aime renouer avec les sujets monarchiques, parce que c’est le sens de la mode. C’est un moment très théâtral, un tableau de petite dimension qui correspond au goût de la peinture dite ‘Troubadour’, où l’on s’intéresse au genre des petits peintres hollandais, un travail de facture très minutieusement détaillée.

Anne de Boleyn attend son exécution, sujet plein de théâtralité avec lequel l’artiste cherche à nous émouvoir.

Clément Hervieu-Léger : Là encore on rejoint l’œuvre de Mithridate, puisqu’Aspasie se suicide et a été condamnée à mort. ‘

Emmanuelle Haïm : 'Pallid’ombre’, que chante Aspasie au moment de se donner la mort, demande aux ombres heureuses des Champs-Elysées de l’accueillir avec bienveillance.
Mozart écrit, à ce moment-là, un air où les dissonances qu’il crée avec la voix sont très apaisantes, où Aspasie chante des notes qui vont contre les grandes tenues de hautbois, et qui sont douloureuses comme des pointes d’épingles que l’on enfoncerait.

Il y a donc une dualité d’une plénitude, d’une grande douceur, et des tourments extrêmement forts, que Patricia Petitbon chante sublimement.
Je n’arrive pas à croire que Mozart avait quatorze ans lorsqu’il a composé cet air.

Et ce qui est magnifique dans cet air ‘da capo’, est que l’on commence avec un récitatif accompagné, que l’orchestre y répond comme un personnage théâtral lui aussi, ponctue, amplifie, contredit ou colore ce que dit le personnage, et subrepticement, on rentre dans cet air, un océan tranquille en mi bémol majeur, que l’on quitte violemment au moment où l’héroïne se saisit du poison.

 

7.       Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé – Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mariam Chapeau : Ce tableau, présenté au Salon de 1769, est le plus grand tableau dans la carrière de Fragonard. Il est salué comme le renouvellement de la peinture française.
Nous sommes à l’époque du règne de Louis XV, du règne de Boucher en peinture, où l’Académie considère que la peinture s’est un peu fourvoyée dans les thèmes mythologiques.

C’est donc le retour au grand genre, à une peinture que l’on qualifiera plus tard de ‘néobaroque’.
Fragonard rétablit l’Antiquité, l’histoire d’un sacrifice féminin destiné à conjurer la peste qui ravage Athènes.

Quand Corésus, secrètement amoureux de Callirhoé, s’apprête à commettre son acte, il tourne le glaive vers sa propre poitrine pour la sauver, et elle s’effondre.

Cette peinture, très théâtrale par les mouvements et par l’usage de nuées et d’allégories dans le ciel, est équilibrée par cette architecture monumentale qui signifie que l’on revient vers les sujets sérieux.

Clément Hervieu-Léger/Emmanuelle Haïm : Ce tableau date de la composition même de Mithridate, et pose la question du grand genre, celle du genre sérieux qui se pose à Mozart. Comme Fragonard, il a dû passer par ce genre sérieux pour être reconnu. Mithridate est la première grande commande pour le compositeur autrichien, et la question de savoir si la Tragédie vaut mieux que la Comédie est un débat qui va tellement bien concerner Mozart, que l’on aura à la fin de sa vie ‘La Clémence de Titus’ en passant par ‘Idoménée’, œuvres d’un genre qu’il aura pourtant dépassé.

 

8.       La Malédiction paternelle (Le Fils ingrat – Le Fils puni) – Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées
Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mariam Chapeau : Ces deux tableaux de la maturité de Jean-Baptiste Greuze sont à envisager comme des dépendants qui présentent la malédiction paternelle. Le thème biblique, ici, est celui de l’enfant prodigue qui s’apprête à quitter la demeure familiale. C’est une mise en scène très théâtrale, d’un artiste qui va finalement se situer entre deux genres, celui de la scène d’agrément, et celui de la scène d’Histoire.

Il propose deux peintures qui ont une composition en frise, dans laquelle la gestuelle, l’organisation des bras, des figures, des personnages créent une véritable dynamique. On est plus proche des drames populaires, et il suscite l’émotion chez le spectateur par un certain nombre de diagonales, d’obliques, qui sont composées par les bras des hommes.

Il oppose le rapport entre les hommes en colère et les femmes qui tentent de calmer les choses, tel que c’est conçu dans la pensée populaire, et dans la partie droite se tient l’enrôleur, le militaire qui est en train d’arracher un fils utile à une famille.

Dans la seconde version, le fils revient à la maison, les gestes et les bras se sont apaisés, les nombreuses obliques répondent cette fois à une organisation horizontale. Au premier plan trainent des objets qui appartiennent à l’environnement quotidien, et cette fois-ci, cette horizontalité résonne avec le fils éploré, puisque le père est mort.

Clément Hervieu-Léger : Ce peintre illustre parfaitement le passage de la tragédie au drame, y compris dans le mode de jeu, et dans le naturalisme vers lequel le jeu du comédien passe sous l’influence du théâtre italien qui considère que les acteurs ont un corps en scène. Par ailleurs, la question du schisme est centrale dans ‘Mithridate’, où l’on a un peu tendance à penser qu’il y a un fils bon et un mauvais fils.

C’est en fait plus complexe que cela chez Mozart, et le dernier air de Farnace, qui devait être le mauvais fils mais, finalement, a décidé de regagner la confiance de son père, est d’une beauté incroyable.

Enfin, le tableau du ’Fils puni’ met en scène la mort du père, ce par quoi s’achève ‘Mithridate’, et illustre comment raconter la mort, une question centrale au théâtre.

 

9.       L'empereur Sévère reproche à Caracalla, son fils, d’avoir voulu l’assassiner – Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mariam Chapeau : Nous terminons avec une composition qui, dans la vie de Greuze, est un véritable mélodrame. L’artiste aspire absolument à être reconnu comme un peintre d’Histoire.
Il compose cette œuvre, inspirée de l’Antiquité, qui choisit un moment où Septime Sévère accuse son fils d’avoir voulu l’assassiner, et lui ordonne d’achever ce qu’il a projeté de faire.

Ce sujet horrible et l’organisation des corps va frapper les critiques de l’époque, la lourdeur de la main de Sévère, notamment, les comportements des personnages situés derrière d’Empereur qui chuchotent, et surtout, la posture de Caracalla lui-même qui ne semble pas du tout se repentir.

Le peintre cite l’Antiquité par le mobilier, l’architecture, et l’on va inlassablement reprocher à Greuze de ne pas avoir vu l’Antiquité réelle, une peinture trop moderne pour l’époque qui annonce l’Ere de Jacques-Louis David.

Mithridate, entre amours et trahison - Présentation Théâtre des Champs Elysées

Mithridate, re di Ponto
Wolfgang Amadeus Mozart

Emmanuelle Haïm direction
Clément Hervieu-Léger,
de la Comédie-Française mise en scène
Frédérique Plain dramaturgie
Eric Ruf décors
Caroline de Vivaise costumes
Bertrand Couderc lumières

Michael Spyres Mithridate
Patricia Petibon Aspasie
Myrtò Papatanasiu Xipharès
Christophe Dumaux Pharnace
Sabine Devieilhe Ismène
Cyrille Dubois Marzio
Jaël Azzaretti Arbate

Le Concert d’Astrée

5 représentations du 11 au 20 février 2016

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Publié le 11 Novembre 2015

Afin d’augmenter la capacité d’accueil de la salle du Palais Garnier, la direction de l’Opéra National de Paris a fait élaborer par l’architecte en chef des Monuments historiques un projet de restauration des 1er et secondes loges de face.

12 cloisons amovibles vont être remplacées par des nouvelles cloisons mobiles qui permettront, une fois retirées avant chaque spectacle, de proposer 30 places supplémentaires (prix moyen 170 euros pour un opéra, 90 euros pour un ballet).

Intimité d'une des loges de côté du Palais Garnier

Intimité d'une des loges de côté du Palais Garnier

Comme il est en premier lieu nécessaire de valider un concept qui préserve l’intégrité de la salle, un prototype a été installé, avec l’accord de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) d’Ile de France, au cours de l’été 2015. Il s'agit d'un processus normal lorsque l'on souhaite définir une solution qui soit la meilleure possible.

Ce prototype a pour but de vérifier les mécanismes retenus, l’ergonomie et l’esthétique visuelle, et de définir les corrections à apporter à la configuration définitive qu’il faudra déployer. Une fois que la DRAC aura validé le concept final, l’Opéra National de Paris aura alors la charge de terminer les travaux d’ici le printemps 2016, en suivant les recommandations.

Ainsi, l’effet de ces modifications sera d’améliorer la visibilité et l’acoustique dans la salle, tout en dégageant une ressource financière supplémentaire estimée aux alentours de 500.000 euros par an.

Voute du Grand escalier du Palais Garnier

Voute du Grand escalier du Palais Garnier

Il est donc un peu triste de voir des activistes, dénués d'honnêteté intellectuelle, utiliser les photographies du prototype, qui n’est pas la solution définitive, pour provoquer des réactions sur internet et manipuler les esprits, et de lire également les propos totalement décalés de la part d’un ancien directeur de l’Opéra de Paris qui ose des comparaisons avec les destructions de Palmyre.

Ce sont ceux qui tentent d’apporter des solutions dans la vie qu’il faut comprendre, aider et soutenir, et non pas ceux qui souhaitent gêner les projets des autres.

 

Lire également :

France Musique : L’affaire des loges de l’Opéra Garnier en 5 questions

Opéra National de Paris : Palais Garnier : Modernisation des cloisons des loges

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Rédigé par David

Publié dans #Actualité, #Lissner

Publié le 28 Août 2015

Calendrier des ventes des avant-premières jeunes à 10 euros de l’Opéra National de Paris 2015/2016.
 

Pour sa première saison, Stéphane Lissner inaugure les soirées d’avant-premières réservées aux jeunes de moins de 28 ans.
Ces avant-premières ont généralement lieu deux jours avant la première représentation.
Treize spectacles sont ainsi intégralement proposés à 10 euros pour la saison 2015/2016, avec le soutien de la Fondation BNP Paribas.

Et Hormis Giselle, il s'agit de nouvelles productions d'Opéras et de Ballets capables de donner un angle d'approche de ces oeuvres inattendu, et donc de séduire un public qui ne s'y attend pas.

Avant-premières Opéra National de Paris 2015/2016 - dates de réservation

Le calendrier de réservation sur le site disponible de l’Opéra National de Paris est présenté ci-dessous avec une accessibilité plus immédiate.
Les ventes sur internet commencent à 11h30, 1 mois environ avant le spectacle, sous les liens qui suivent :

 

En vente le 27 Août. 2015 Ballet - 20 danseurs pour le xxe siècle - Garnier - Mardi 22 septembre 18h00
En vente le 27 Août. 2015 Ballet - J.Robbins, B. Millepied, G. Balanchine - Garnier - Mardi 22 septembre 20h30
En vente le 17 Sept. 2015 Opéra - Moses und Aron - Arnold Schönberg – Bastille - Samedi 17 octobre 19h30
En vente le 21 Sept. 2015 Ballet - A.T. de Keersmaeker - Bartók/Beethoven/Schönberg - Garnier - Mer. 21 octobre 19h30
En vente le 20 Oct. 2015 Opéra - Le château de barbe-bleue/La voix humaine - Bartók/Poulenc - Garnier - Vendredi 20 novembre 19h30
En vente le 2 Nov. 2015 Ballet - C.Wheeldon, Wayne McGregor, Pina Bausch - Garnier - Mardi 1 décembre 19h30
En vente le 9 Nov. 2015 Opéra - La Damnation de Faust - Hector Berlioz - Bastille - Samedi 5 décembre 19h30
En vente le 5 Janv. 2016 Opéra - Il Trovatore - Giuseppe Verdi - Bastille - Jeudi 28 janvier 19h30
En vente le 9 Fév. 2016 Opéra-Ballet Iolanta / Casse-Noisette - P. I.Tchaikovski - Garnier - Lundi 7 mars 19h00
En vente le 22 Fév. 2016 Ballet - A.Ratmansky, G.Balanchine, J.Robbins, Justin Peck - Garnier - Mardi 22 mars 19h30
En vente le 9 Mars 2016 Opéra -  Rigoletto - Giuseppe Verdi - Bastille - Samedi 9 avril 19h30
En vente le 20 Avril 2016 Opéra - Lear - Aribert Reimann - Garnier - Vendredi 20 mai 19h30
En vente le 27 Avril 2016 Ballet - Giselle - Jean Coralli / Jules Perrot - Garnier - Vendredi 27 mai 19h3
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Lire également Présentation de la saison Lyrique 2015/2016 par Stéphane Lissner

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Publié le 7 Février 2015

Présentation de la saison Lyrique 2015 / 2016 de l’Opéra National de Paris
Hotel Intercontinental Paris Le Grand - Mercredi 04 février 2015


Depuis le mercredi 04 février, la première saison de Stéphane Lissner à la direction de l’Opéra National de Paris est enfin dévoilée. Elle comprend 4 nouvelles productions et 5 coproductions - dont une, le Vol retour, sera jouée à l’Amphithéâtre Bastille.
Avec 19 titres au total, cette saison renoue ainsi avec un volontarisme que le nouveau directeur affiche fermement, comme un contrepied au climat actuel de repli sur soi face à la crise.

Lors de cette présentation, qui s’est déroulée
sous les reflets des statues érotiques suspendues parmi les glaces de la salle Opéra de l’Hotel Intercontinental, il n’a pas souhaité commenter les œuvres programmées, mais plutôt rappeler quelques personnalités qui l’ont marqué- le chef d’orchestre Pierre Boulez, et les metteurs en scène de théâtre Peter Brook et Patrice Chéreau -, et définir une logique avec un esprit, et un vocabulaire, de chef d’entreprise et de producteur de spectacles.

Aucun complexe à parler d’argent, à fidéliser un mécénat privé qui sera décisif dans la réussite de ses projets artistiques inscrits dans la durée, et la vision lucide d’une concurrence internationale des scènes lyriques pour capter les fonds nécessaires.

De grandes lignes sont évoquées, un cycle Berlioz sur 6 ans, la forte présence de la musique et de la littérature françaises tout au long de son mandat, et une ouverture sans précédent à la jeunesse par le biais de 13 avant-premières qui lui seront entièrement réservées.

Stéphane Lissner

Stéphane Lissner

Un ouvrage biblique en ouverture de mandat

Moses und Aron (Arnold Schönberg)
Du 17 octobre au 09 novembre (8 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Romeo Castellucci
Thomas Johannes Mayer, John Graham-Hall, Julie Davies, Catherine Wyn-Rogers, Nicky Spence, Michael Pflumm, Chae Wook Lim, Christopher Purves, Ralf Lukas
Coproduction avec le Teatro Real de Madrid

L’œuvre n’a été jouée que onze fois à l’Opéra National de Paris, entre septembre 1973 et avril 1975.
Patrice Chéreau devait le mettre en scène pour cette ouverture, mais, suite à sa disparition, c’est Roméo Castellucci, prévu initialement pour un autre opéra biblique, Salomé, qui reprend la direction scénique du quatrième opéra de Schönberg.
Évocation de l’Exode, des limites du débat théologique face à l’urgence de la situation et des grandes réflexions liées aux religions, elle est un écho brulant aux courants spirituels et médiatiques d’aujourd’hui.

Ludovic Tézier et Philippe Jordan

Ludovic Tézier et Philippe Jordan

La Damnation de Faust (Hector Berlioz)
Du 05 décembre au 29 décembre (10 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Alvis Hermanis
Sophie Koch, Jonas Kaufmann, Bryan Hymel, Bryn Terfel, Edwin Crossley-Mercer, Sophie Claisse
Nouvelle production

Absent de la scène de l’Opéra National de Paris depuis 10 ans – cela ne lui était jamais arrivé depuis son entrée au répertoire -, La Damnation de Faust initie un cycle Berlioz qui s’achèvera avec les Troyens, en passant, sûrement, par Benvenuto Cellini.

Die Meistersinger von Nurnberg (Richard Wagner)
Du 01 mars au 28 mars (7 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Stefan Herheim
Gerald Finley, Günther Groissböck, Dietmar Kerschbaum, Ralf Lukas, Bo Skovhus, Michael Kraus, Martin Homrich, Stefan Heibach, Robert Wörle, Miljenko Turk, Panajotis Iconomou, Roman Astakhov, Brandon Jovanovich, Paul Schweinester, Julia Kleiter, Wiebke Lehmkuhl, Andreas Bauer
Coproduction avec le Festival de Salzbourg, la Scala de Milan et le Metropolitan Opera de New York

Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg n’ont jamais été représentés en version scénique sur le plateau de l’Opéra Bastille.
Cette production, en provenance de Salzbourg, initie ainsi un cycle de nouvelles productions des oeuvres de Richard Wagner – une par an – que Philippe Jordan n’a, pour certaines, jamais dirigé à Paris.
Viendront, dans les années suivantes, le Lohengrin conçu par Claus Guth à la Scala de Milan, une nouvelle production de Parsifal, et l'Anneau des Nibelungen.

Stéphane Lissner - Saison lyrique 2015/2016 de l’Opéra de Paris

Trilogie populaire de Verdi

Bien que l’année Verdi soit dernière nous, la trilogie populaire de Giuseppe Verdi est pour la première fois montée intégralement au cours de la même saison sur la scène de l’Opéra Bastille.
En plus de la reprise de la Traviata, deux nouvelles productions du Trouvère et de Rigoletto sont donc programmées, afin de constituer une ligne d’œuvres facilement accessibles.


Il Trovatore (Giuseppe Verdi)
Du 28 janvier au 15 mars (13 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Daniele Callegari, Mise en scène Alex Ollé
Ludovic Tézier, Vitaliy Bilyy, Anna Netrebko, Hui He, Ekaterina Semenchuk, Ekaterina Gubanova, Marcelo Alvarez, Fabio Sartori, Roberto Tagliavini, Liang Li, Marion Lebègue
Coproduction avec De Nationale Opera, Amsterdam

Rigoletto (Giuseppe Verdi)
Du 09 avril au 30 mai (18 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Nicola Luisotti, Pier Giorgio Morandi, Mise en scène Claus Guth
Michael Fabiano, Francesco Demuro, Quinn Kelsey, Franco Vassallo, Olga Peretyatko, Irina Lungu, Rafal Siwek, Andrea Mastroni, Vesselina Kasarova, Isabelle Druet, Mikhail Kolelishvili, Michal Partyka, Christophe Berry, Tiago Matos, Andreea Soare
Nouvelle production


Autres nouvelles productions

Lear (Aribert Reimann)
Du 23 mai au 12 juin (7 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Fabio Luisi, Mise en scène Calixto Bieito
Bo Skovhus, Gidon Saks, Andreas Scheibner, Michael Colvin, Kor-Jan Dusseljee, Lauri Vasar, Andrew Watts, Andreas Conrad, Ricarda Merbeth, Erika Sunnegardh, Annette Dasch, Edda Moser, Nicolas Marie
Nouvelle production

L’opéra d’Aribert Reimann – en version française - n’a été représenté que huit fois, en novembre 1982, sur la scène de l’opéra Garnier.
Cette nouvelle production, montée en langue originale pour l'anniversaire des 80 ans du compositeur berlinois, signe également l’arrivée sur la scène parisienne du metteur en scène catalan Calixto Bieito.

Le Château de Barbe-Bleue (Bela Bartok) / La voix humaine (Francis Poulenc)
Du 20 novembre au 12 décembre (10 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Esa-Pekka Salonen, Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Johannes Martin Kränzle, Ekaterina Gubanova
Barbara Hannigan
Coproduction avec le Teatro Real de Madrid

Alors que Gerard Mortier lui avait confié quatre nouvelles mises en scène, et Nicolas Joel aucune, Krzysztof Warlikowski fait son retour à l’Opéra de Paris avec une de ses chanteuses fétiches, Barbara Hannigan.
C’est aussi le grand retour d’ Esa-Pekka Salonen, absent depuis la création d’Adriana Mater en 2006.

Krzysztof Warlikowski

Krzysztof Warlikowski

Iolanta / Casse-Noisette (Piotr Ilyitch Tchaikovski)
Du 07 mars au 01 avril (13 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Alain Altinoglu, Mise en scène Dmitri Tcherniakov
Alexander Tsymbalyuk, Sonya Yoncheva, Arnold Rutkowski, Andrei Zhilikhovsky, Vito Priante, Roman Shulakov, Gennady Bezzubenkov, Elena Zaremba, Anna Patalong, Paola Gardina
Direction musicale Alain Altinoglu, Décors Dmitri Tcherniakov,
Chorégraphie Sidi Larbi Cherkaoui, Édouard Lock, Benjamin Millepied, Arthur Pita, Liam Scarlett
Nouvelle production

De même, Gerard Mortier lui avait confié deux nouvelles mises en scène, et Nicolas Joel aucune, Dmitri Tcherniakov fait son retour à l’Opéra de Paris pour défendre son répertoire national.

Iolanta est représentée telle qu'elle fut créée au Théâtre Mariinsky de Saint-Peterbourg le 18 décembre 1892, c'est à dire suivie du ballet Casse-Noisette.

Cette version de Casse-Noisette ne remplace cependant pas la version de Rudolf Noureev inscrite au répertoire de l'Opéra National de Paris depuis 30 ans.

Vol retour – The Way Back Home (Joanna Lee)
Du 04 décembre au 19 décembre (9 représentations à l'amphithéâtre Bastille)

Direction musicale Stephen Higgins, Mise en scène Katie Mitchell
Solistes de l'Académie / Atelier Lyrique et Solistes de l'Orchestre de l'Opéra national de Paris
Coproduction avec l'English national Opera
Spectacle pour enfants à partir de 4 ans

Créé en décembre dernier à l’English National Opéra, The Way Back Home est un conte d’hiver qui raconte le voyage d’un petit garçon à travers les étoiles qui, après un atterrissage forcé sur la Lune, rencontre un martien, lui aussi échoué. Katie Mitchell, célèbre metteur en scène de théâtre britannique, débutera à l'Opéra de Paris.


Les reprises

Pour toutes les reprises, les metteurs en scène ont été convaincus de revenir afin de retravailler les œuvres, et un soin est particulièrement accordé aux petits rôles.


Madame Butterfly (Giacomo Puccini)
Du 5 septembre au 13 octobre (13 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Daniele Rustioni, Mise en scène Robert Wilson
Oksana Dyka, Ermonela Jaho, Annalisa Stroppa, Piero Pretti, Gabriele Viviani, Carlo Bosi, Tomasz Kumięga

Svetla Vassileva (Madame Butterfly mars 2014)

Svetla Vassileva (Madame Butterfly mars 2014)

Platée (Jean-Philippe Rameau)
Du 7 septembre au 08 octobre (12 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Marc Minkowski, Mise en scène Laurent Pelly
Frédéric Antoun, Alexandre Duhamel, Florian Sempey, Julie Fuchs, Armelle Khourdoïan, Colin Lee, Franck Ferrari, Julien Behr, Aurélia Legay

Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart)
Du 12 septembre au 18 octobre (12 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Patrick Lange, Marius Stieghorst, Mise en scène Michael Haneke
Artur Ruciñski, Alexander Tsymbalyuk, Maria Bengtsson, Matthew Polenzani, Karine Deshayes, Alessio Arduini, Fernando Radó, Nadine Sierra, Gaëlle Arquez

L'Elisir d'Amour (Gaetano Donizetti)
Du 02 novembre au 25 novembre (8 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Donato Renzetti, Mise en scène Laurent Pelly
Aleksandra Kurzak, Roberto Alagna, Mario Cassi, Ambrogio Maestri, Mélissa Petit

Capriccio (Richard Strauss)
Du 19 janvier au 14 février (9 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Ingo Metzmacher, Mise en scène Robert Carsen
Adrianne Pieczonka, Wolfgang Koch, Benjamin Bernheim, Lauri Vasar, Lars Woldt, Daniela Sindram, Chiara Skerath, Juan José De León, Graham Clark, Jérôme Varnier

Werther (Jules Massenet)
Du 20 janvier au 04 février (6 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Alain Lombard, Mise en scène Benoît Jacquot
Piotr Beczala, Stéphane Degout, Paul Gay, Rodolphe Briand, Lionel Lhote, ElĪna Garanča, Elena Tsallagova, Arto Sarkissian, Gemma Nì Bhriain

Il Barbiere di Siviglia (Gioacchino Rossini)
Du 02 février au 04 mars (10 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Giacomo Sagripanti, Mise en scène Damiano Michieletto
Lawrence Brownlee, Nicola Alaimo, Pretty Yende, Alessio Arduini, Ildar Abdrazakov, Pietro Di Bianco, Anaïs Constans, Laurent Laberdesque

Der Rosenkavalier (Richard Strauss)
Du 09 mai au 31 mai (8 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Herbert Wernicke
Anja Harteros, Michaela Kaune, Peter Rose, Daniela Sindram, Martin Gantner, Erin Morley, Irmgard Vilsmaier, Dietmar Kerschbaum, Anna Lapkovskaja, Fabio Sartori, Jan Štáva, Charles Reid, Peter Galliard

La Traviata (Giuseppe Verdi)
Du 20 mai au 29 juin (13 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Michele Mariotti, Mise en scène Benoît Jacquot
Sonya Yoncheva, Maria Agresta, Antoinette Dennefeld, Elisabeth Moussous, Bryan Hymel, Abdellah Lasri, Željko Lučić, Simone Piazzola, Plácido Domingo, Julien Dran, Fabio Previati, Boris Grappe, Luc Bertin-Hugault

Diana Damrau (La Traviata - juin 2014)

Diana Damrau (La Traviata - juin 2014)

Aïda (Giuseppe Verdi)
Du 13 juin au 16 juillet (14 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Daniel Oren, Mise en scène Olivier Py
Orlin Anastassov, Anita Rachvelishvili, Daniela Barcellona, Sondra Radvanovsky, Liudmyla Monastyrska, Aleksandrs Antonenko, Fabio Sartori, Kwangchul Youn, George Gagnidze, Vitaliy Bilyy, Yu Shao, Ileana Montalbetti


Première impression sur cette saison 2015/2016

Chacun a pu entendre, ou du moins sentir, la clameur qui s’est élevée à l’annonce de la première saison Lissner.
Et chacun a pu noter, en premier lieu, le retour et l’arrivée de metteurs en scène internationaux négligés par le précédent directeur Nicolas Joel, qui avait privilégié des directeurs français dont les créations artistiques – hormis celles d’Olivier Py – ont été un enchaînement de catastrophes scéniques qui se poursuit actuellement avec la production de Zabou Breitman pour l’Enlèvement au Sérail au Palais Garnier.

De nouveaux grands chefs arrivent
, Ingo Metzmacher, Patrick Lange, et certains grands chanteurs font leur retour après plus de cinq ans d’absence - Anna Netrebko, Jonas Kaufmann, Placido Domingo, Elina Garanca, Sondra Radvanovsky…
Anja Harteros, Bryan Hymel, Olga Peretyatko et Barbara Hannigan feront également leurs débuts à l’Opéra National de Paris.

Barbara Hannigan (Donna Anna à la Monnaie de Bruxelles - décembre 2014)

Barbara Hannigan (Donna Anna à la Monnaie de Bruxelles - décembre 2014)

Et mis à part la présence de quatre Verdi au cours de la même saison (une première !), la diversité des compositeurs ne néglige ni le répertoire germanique, ni le répertoire du XXème siècle.

C’est plutôt la prédominance du répertoire XIXème siècle, la moindre importance du répertoire slave, et l’absence de création mondiale, qui distinguent cette première saison de l’esprit de Gerard Mortier.

Mais on sait que les créations commenceront la saison suivante, et que la ligne artistique se construit sur 6 ans.

Nous verrons également si il y aura une bonne alchimie, pour chaque spectacle, entre les chanteurs, les metteurs en scène, le chef d'orchestre et les musiciens.

Élément économique non négligeable, les tarifs augmentent très peu, et ne concernent que des changements de catégories dans les places à plus de 100 euros, avec même des déclassements au parterre de Garnier. Et les moins de 28 ans auront donc accès à 13 avant-premières, dont toutes les créations, pour 10 euros.

On sent aussi la volonté de séduire un très large public, ouvert, et une exigence tendue vers l’avenir, ce qui est, pour nombre d’amateurs d’opéra, une source d’exaltation et d'inspiration qui va durer, et on le souhaite tous, sur de longues années.

Stéphane Lissner

Stéphane Lissner

Vive Stéphane Lissner, son enthousiasme, sa détermination, son intelligence et sa générosité !

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Publié le 13 Octobre 2014

On the 9th October, georgian soprano Tamar Iveri has presented to the national library of georgian parliament the charity foundation « Saved Society ».
This foundation – she will be its president – will aim to protect all types of victims of violence.
It is born from offending words written by her husband against gay rights, after a LGBT march was attacked in Tbilisi by orthodox and christian fondamentalists.

These violences were condemned by the president Guiorgui Margvelachvili and the prime minister Bidzina Ivanishvili, whose policy is to align Georgia on Western Human Rights values, although the Orthodox Church influence is prevailing in this country that suffers intimidation of Russia.

                                                                                                           Opera House Tbilisi

 

After meeting and apologizing to Identoba, the Lesbian-Gay-Bi-Trans organization based in Tbilisi, Tamar Iveri had planned a benefit concert on the 11th October, the National Coming-out Day.

Tbilisi Concert Hall and the Muse (11th, October)

Tbilisi Concert Hall and the Muse (11th, October)

But, as she has just become the mother of twins, a daughter and a son, she has finally decided to postpone the concert on the 10th December, day of the Universal Declaration of Human Rights. And this concert will mark the beginning of her foundation’s activities.

Irakli Vacharidze, the Identoba Leader, has expressed his happiness for Tamar Iveri with all his heart.

Presentation of the Foundation with subtitles in english

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Publié le 12 Septembre 2014

Gerard Mortier : Choisissez votre futur -Gand 7 septembre 2014

Depuis la fin de l’année 2013, Gerard Mortier sentait que ses heures étaient comptées, si bien qu’il se mit à préparer son départ, en multipliant les articles et les interviews destinés à transmettre ses convictions sur son métier de directeur d’opéra et sa vision de la société.

Quelques jours avant sa mort, il fit parvenir une lettre aux élèves du Collège Sainte-Barbe de Gand, dans laquelle il exprimait le sens de son éducation, et sa fascination comme sa méfiance vis-à-vis des possibilités offertes par le monde d’aujourd’hui.

Cette lettre fut lue le 07 septembre dernier à l’Eglise Saint Nicolas de Gand, devant les élèves du collège qui l’avaient connu, à l’occasion de la journée dédiée par la ville pour commémorer son parcours extraordinaire.

J’ai obtenu l’autorisation de traduire cette lettre – sous la supervision d’une personnalité flamande - et de la diffuser ci-dessous, à condition que la version française soit associée à la version originale rédigée en flamand.

Eglise Saint Nicolas de Gand : Lecture de la lettre de Gerard Mortier par un des professeurs du collège.

Eglise Saint Nicolas de Gand : Lecture de la lettre de Gerard Mortier par un des professeurs du collège.

Choisissez votre futur - Gerard Mortier

Dans « La Flûte enchantée » de Mozart, nous pouvons apprendre à distinguer le « Savoir » et la « Sagesse ».
Une vertu, qui ne peut être uniquement réalisée que par l’expérience et par un engagement dévoué, afin d’en faire profiter la société.

Peu d'écoles, comme le Collège Sainte-Barbe de Gand, peuvent vous apporter autant de savoir et aborder, de plus, les éventuelles manières de le mettre en pratique.

Et nous avons besoin, de toute évidence, de visions à long terme qui s’opposent aux décisions politiques quotidiennes prises dans l’urgence.
Nous vivons une révolution difficile mais fascinante.
Ce que nous trouvons évident est remis en cause. Les valeurs d’hier ne sont plus nécessairement celles d’aujourd’hui.

Je crois beaucoup en votre génération parce qu’elle dispose de beaucoup, sinon trop, de possibilités pour répondre aux problèmes existants, et pour trouver des solutions nouvelles et durables.
Par conséquent, vous devez commencer par choisir vos ressources qui vous renforceront, et vous débarrasseront de plein de choix qui vous ont été offerts.

Facebook semble être indispensable, mais c’est en réalité une peste puisque, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les informations individuelles sont transformées en produit marchand, que les principaux éléments qui fondent le contact humain, tels que le regard et le visage, se vendent sur le marché, et que l’on se présente comme une putain.

La diversité de la Tour de Babel était un progrès, car elle a rompu avec la monopolisation et a permis une pluralité.
Les messages Twitter bouleversent la communication pluraliste, brouillent définitivement la vérité, faisant un évènement de ce qui n’en n’est pas un.
Nous sommes submergés par un flot d’informations que nous ne pouvons pas gérer avec créativité par manque de sélection et d’appréciation.

Et, ce que vous avez été heureux d’apprendre au collège ces dernières années, vous aidera à vous diriger vers la vraie recherche, la création réelle et le but visionnaire.
Au seuil de votre vie étudiante, qui vous mènera vers votre futur monde professionnel, il faut se souvenir d’Alexandre Le Grand prenant comme décision de couper pour la première fois le nœud Gordien de notre prétendue société de communication.


Mais vos études au collège Sainte-Barbe ne sont pas uniquement une préparation à l’enseignement supérieur. Selon vos centres d’intérêt, vos talents et votre niveau d’engagement, vous pourrez être compositeur, créateur de mode, écrivain ou ébéniste.

Ne choisissez pas une profession pour l’argent qu’il vous rapportera, vous devrez d’abord rechercher le bonheur dans les petites choses de la vie, comme les épicuriens nous l’enseignent.
Vous n’avez pas besoin d’être riche pour profiter d’un beau coucher de soleil sur la mer du Nord, c’est uniquement notre société de consommation qui prétend que nous avons absolument besoin de boire un verre de champagne pour en profiter.

Et pour aller dans le sens des stoïciens, je voudrais également recommander de conserver une distance contemplative envers l’Amour et la Souffrance. Prenez du temps pour vos choix, discutez-en avec vos amis et votre famille et, une fois votre décision prise, allez-y avec enthousiasme, force et courage.

 

Gerard Mortier

Gerard Mortier : Choisissez votre futur -Gand 7 septembre 2014

In Mozart’s "Toverfluit" kan men het onderscheid tussen « weten » en « wijsheid » leren.
Een deugd, die men enkel bereikt door ervaring en geëngageerde inzet waarmee men zijn weten kan omzetten in voor de maatschappij dienstvolle creaties.

Weinig scholen brengen u zoals het St.-Barbara college zoveel weten bij met bij met bijzondere gave ook reeds op haar mogelijke praktische omzetting te wijzen.

Wat we vandaag nodig hebben zijn visies op lange termijn in tegenstelling met de dagdagelijkse urgentiebeslissingen op politiek vlak.
We leven in een moeilijke maar fascinerende omwenteling.
Veel van wat we vanzelfsprekend vonden wordt in vraag gesteld. De waarden van gisteren zijn niet noodzakelijk meer die van vandaag.

Ik geloof enorm in uw generatie omdat zij vele, wellicht teveel mogelijkheden ter hare beschikking heft om voor vele bestaande vraagstukken langdurige en nieuwe oplossingen te vinden.
Daarom moeten jullie beginnen bij het kiezen van jullie middelen, en veel schrappen wat u daarbij wordt aangeboden.

Facebook schijnt een must en is een pest omdat het voor de eerste keer in de humanitaire geschiedenis het individu ertoe aanzet zichzelf als een product op de markt aan te bieden, waarbij de belangrijkste elementen van het contact, zoals de blik van aangezicht tot aangezicht verloren gaat, en waardoor men zichzelf als hoer declareert.

De diversiteit van de toren van Babel was een vooruitgang omdat het brak met de monopolisatie en kans gaf aan pluraliteit.
Het gekwakkel van Twitter verstoort die pluralistische communicatie, verdraait permanent de waarheid en creëert een event daar waar er geen is.
We worden overspoeld door een stortvloed van informatie die we door gebrek aan selectie en appreciatie niet meer creatief kunnen verwerken.

Dit laatste hebben jullie gelukkig kunnen leren in het college en zal jullie zeker helpen terug te keren naar het werkelijke onderzoek, de echte creatie en het visionaire beeld.
Op de drempel van jullie latere studies en daarop volgend beroepsleven moeten jullie dus zoals Alexander de Grote de Gordiaanse van onze zogenaamde communicatiemaatschappij vooreerst doorhakken.
Uw studies in het St-Barbara college zijn niet enkel een voorbereiding geweest op het hoger onderwijs. Al naargelang uw talenten interesses en engagement moet u niet aarzelen eventueel componist, mode ontwerper, schrijver of ebenist te worden.

Kies uw beroep niet in functie van rijk- maar gelukkig worden, welwetend dat u het geluk vooreerst moet zoeken in de kleine dagelijkse dingen van het leven zoals de epicuriërs dat ons vertellen.
U moet niet rijk zijn om fantastisch te genieten van een mooie zonsondergang aan de Noordzee, en het is enkel onze consumptiemaatschappij die u wijsmaakt dat u daar absoluut een glas champagne moet bij drinken.

In de zin van de stoïcijnen zou ik u daarbij bovendien aanbevelen een beschouwende afstand te houden tot lief en leed.
Neem tijd voor uw keuzes, bespreek ze met vrienden en familie en eens de beslissing genomen, ga ervoor met enthousiasme, moed en kracht.

 

Gerard Mortier

Gerard Mortier : Choisissez votre futur -Gand 7 septembre 2014

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Publié le 8 Septembre 2014

Hommage à Gerard Mortier
Gand, 7 septembre 2014

L'Eglise Saint Nicolas, vue depuis la halle de l'Hôtel de ville de Gand

L'Eglise Saint Nicolas, vue depuis la halle de l'Hôtel de ville de Gand

Après l’hommage rendu à Gerard Mortier par le Théâtre de La Monnaie de Bruxelles le 27 mai dernier, ce fut au tour de la ville de Gand – qui est aussi la ville de naissance de Charles Quint - de consacrer une journée entière à l’un de ses fils devenu l’un des plus grands directeurs d’opéra de notre temps.
 

Aucune communication concernant cet évènement n’avait dépassé les journaux d’information de la ville, afin de conserver son caractère privilégié et intime à ses habitants.

Répétition de C(H)oeur

Répétition de C(H)oeur

Par chance, une fois sorti des brumes matinales, le soleil irradia entièrement les monuments témoins d’une ambiance festive, au cours d’une journée qui, au fur et à mesure, souleva une profondeur de sentiment mettant à l’épreuve la sensibilité de chacun.
 

Cet hommage débuta vers midi, sous la petite halle construite devant l’Hôtel de ville, par les répétitions des extraits de C(h)oeur, le ballet d'Alain Platel créé en 2012, et qui a parcouru toute l’Europe jusqu’à l’Opéra de Perm, en Russie.

Répétition de C(H)oeur

Répétition de C(H)oeur

47 hommes et femmes de toutes générations, gantois bénévoles, s’amusèrent à régler la synchronisation de leurs pas avec une joie de bouger communicative, et ils ne trouvèrent de solution qu'en choisissant de séparer le groupe en deux, de manière à danser en face à face.

Pour les guider, cinq artistes de la troupe des ballets C de la B se livrèrent avec eux à ces exercices entrainants, gamins et adultes au cœur d’enfants sautillants en tous sens, le sourire hilare.

Ces répétitions se déroulèrent au son des carillons de la Mairie devant les badauds heureusement surpris.

A l'Eglise Saint-Nicolas

A l'Eglise Saint-Nicolas

Arrivés vers à 13h30, une trentaine d'anciens élèves du collège Sainte-Barbe de Gand - institution d'enseignement secondaire catholique fondée par les Jésuites- où Gerard Mortier fut formé se réunirent à l'église Saint-Nicolas, édifice gothique situé à quelques mètres de la halle.
Nombreux discours en son souvenir, entrecoupés de passages musicaux joués à la harpe (Debussy, Bach..) ou à l'orgue magnifique, une lettre écrite - quelques jours avant sa mort - à l’intention des nouveaux élèves du collège fut lue. Sa traduction sera déposée sur ce blog ultérieurement.

L'Eglise Saint-Nicolas

L'Eglise Saint-Nicolas

Puis, à 14h30, les deux pièces de C(h)oeur, le 'Va pensiero' de Giuseppe Verdi et 'Yaka-scène' de Steven Prengels furent jouées devant des centaines de personnes. C'était, sans doute, moins spontané que pendant la répétition.

Musique de deuil maçonnique, Sylvain Cambreling, deFilharmonie (Cathédrale Saint-Bavon)

Musique de deuil maçonnique, Sylvain Cambreling, deFilharmonie (Cathédrale Saint-Bavon)

A 15h00, tout le monde entra dans la cathédrale Saint-Bavon où, devant un millier de personnes, Sylvain Cambreling dirigea l’impressionnante Musique de deuil maçonnique et la Gran Partita de Mozart. Les Funeral Sentences de Purcell clôturèrent ce programme interprété par le Collegium Vocale Gente en deFilharmonie, au milieu des rayons transverses de lumière naturelle qui mettaient en valeur les reliefs du Chœur et des chapelles.
Les gens n’étaient pas seulement assis sur les bancs, ils avaient aussi investi la totalité du monument en s’appuyant, debout, sur les colonnes et les parois latérales.

Gerard Mortier

Gerard Mortier

Puis vint le moment de se diriger vers l’Opéra, et quelques centaines de personnes en prirent le chemin à travers les rues de la ville dominées par le son des cloches de la cathédrale, qui nous accompagnèrent pendant tout ce temps.

Gerard Mortier

Gerard Mortier

 Il était 16h15 passé quand Gerard de Smet, ancien ami de collège, rappela en photographies toute la vie de Mortier, depuis l’icône de sa mère jusqu’à ses derniers jours au Teatro Real de Madrid. Nombre de ces témoignages se retrouvent dans son livre « L’Opéra réinventé », mais il y eut également des inédits, comme cette photographie prise en contrebas alors qu’il tenait un immense parapluie rouge.

Johan Simons et, en arrière plan, Gerard De Smet

Johan Simons et, en arrière plan, Gerard De Smet

La célèbre vidéo de l'ascension de Tristan (Bill Viola 2005) fut ensuite projetée, mais sans l’éclat qu’il était possible d’admirer au Grand Palais cette saison. Cela ne gâcha en rien l’effet émotionnel de cette montée majestueuse.

Maquette d'un projet de grande salle

Maquette d'un projet de grande salle

Et Johan Simons - metteur en scène et nouvel intendant de la Ruhrtriennale qui débuta sa carrière au Théâtre National de Gand – évoqua avec un sérieux impressionnant, mais aussi avec cœur, les moments conflictuels qui l’opposèrent à Mortier lors de la mise en scène de Simon Boccanegra à L’Opéra Bastille.

Maquette d'un projet de grande salle

Maquette d'un projet de grande salle

Grand moment hallucinant, le projet que Mortier rêvait de bâtir, une grande salle de musique configurable, fut présenté sous forme de maquettes par Daan Bauwens, le directeur du centre musical de Bijloke à Gand.
Mais le manque de moyens n’a finalement pas permis de faire aboutir cet ambitieux édifice.

Rückert-Lieder (Adriaan Jacobs - Piano et Charles De Keyser - Basse)

Rückert-Lieder (Adriaan Jacobs - Piano et Charles De Keyser - Basse)

Enfin, après un extrait des Rückert-Lieder (Mahler) chanté par Charles De Keyser (basse) et accompagné au piano par Adriaan Jacobs, le maire de la ville, Daniël Termont, vint conclure cette journée en remettant à Rita Mortier, la sœur du directeur, deux énormes livres de deuil. Instant de recueillement très émouvant.

Rita Mortier

Rita Mortier

Elle s’adressa alors au public pour lui témoigner sa gratitude et lui dire que, dorénavant, Gerard Mortier restera en ceux qui ont bien voulu être présents ce soir, et c'est le plus important.

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Publié le 17 Juillet 2014

Tamar Iveri – Un concert pour le National Coming Out Day le 11 octobre 2014 à Tbilissi

Victime d’un mari chrétien orthodoxe profondément religieux - La Georgie est un territoire qui fait de l'orthodoxie une condition d'adhésion à l'état - dont les mots dépassèrent la pensée lorsqu’il manifesta, sur le profil Facebook de sa femme, son désaccord au passage du défilé LGBT prévu à Tbilissi le 17 mai 2013 devant, notamment, le cimetière où étaient au même moment enterrés des soldats tués en Afghanistan, Tamar Iveri a subi le mois dernier une vague de dénigrements impressionnante sur internet.
 

Cette affaire, un moment éclipsée, est en effet réapparue au grand jour, stigmatisant une incroyable violence verbale envers cette chanteuse, qui apparaissait comme l’auteur de ces propos.

Malgré ses explications, les médias internationaux, musicaux où généralistes, relayèrent, selon un comportement moutonnier quasi unanime, des accusations d’homophobie sans chercher à comprendre quoi que ce soit à cette situation invraisemblable.
Car, pour ma part, je ne crois pas cette artiste capable de cela, et n’ai aucun doute sur son cœur.

 


                                                                                         Tamar Iveri (Suor Angelica - Opéra Bastille 2010)


Deux contrats furent très vite annulés, à Sydney et Bruxelles, le contrat australien ayant été résilié à sa demande pour éviter les provocations.

 

Tamar Iveri s’est alors rendue le 15 juin 2014 au siège de l’ONG Identoba, organisation dédiée à la défense des droits LGBT en Georgie, pour s’excuser à nouveau de cette lettre diffusée sur sa page Facebook.

Elle a alors décidé de réunir nombres de personnalités géorgiennes, de chanteurs lyriques et d’autres artistes à un concert qui sera joué le jour du National Coming Out Day, le 11 octobre prochain à Tbilissi.

Tous les fonds seront ainsi restitués à des associations refuges pour les victimes de violences quelles qu’elles soient. Cette condition est importante, car la Georgie est un état où les minorités religieuses subissent la même violence que les homosexuels de la part de groupes fondamentalistes, et ce, malgré la législation qui tente d'enrayer ces exactions.

Tamar Iveri (Desdémone- Opéra Bastille 2011)

Tamar Iveri (Desdémone- Opéra Bastille 2011)

Lors de la conférence de presse du 17 juillet à Tbilissi, Identoba a ainsi souligné à quel point cette initiative est un précédent important et positif et un grand exemple de soutien qui bénéficiera à tout le monde.

Ci-dessous, le communiqué d’Identoba :

As LGBT individuals, we have to deal with hate on an everyday basis. Not only does the hostile environment force some of us into the closet, but we are violently prohibited from speaking up about discrimination experienced. In these circumstances it is exceptionally valuable that well-established and respected public personae denounce violence and show support for equality. This is exactly why homophobic letter, published on Tamar Iveri’s page and dedicated to 2013 May 17th, turned out to be so offensive for the great majority of Georgian and international public.

On June 15th, 2014, Tamar Iveri paid a visit to Identoba. We had detailed and friendly discussion on the harmfulness of the hate speech in an already hostile environment that Georgia is. Hate speech only incites hatred between diverse social groups and worsens the already difficult situation for marginalized individuals. Tamar Iveri agreed that violence against human right defenders is undoubtedly harmful and that hate speech is unacceptable in public life. She expressed her deep concern for the pain that her Facebook statement caused to the LGBT individuals in Georgia and worldwide.

Coming Out Day is celebrated on October 11, dedicated to the LGBT individuals who speak about their experiences of being forced to live closeted lives and in secrecy, because of their sexual orientation and gender identity. Tamar Iveri expressed her desire to bring together notable Georgian and foreign opera singers and other artists for the day, and to express her support through a charity concert. Raised funds will be donated to various domestic violence victim shelters. It is commendable that artists will call Georgian public to establish environment for mutual acceptance and solidarity building.

We believe, it is the duty of every person to recognize the principle of universality of human rights. Without this peaceful coexistence is unimaginable. As socially marginalized groups are systematically deprived freedom of expression and have limited or no possibility to talk with the public about the discrimination they face, every step taken towards changing the culture of violence is very important. In spite of this, we also recognize that it is impossible to compensate the harm homophobic statements caused to LGBT individuals.

Acknowledgement how detrimental homophobia is, publicly expressing solidarity towards oppressed groups by each of us, and especially by notable personae, is itself an important and a positive precedence and a great example of the support that benefits everyone.

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Publié le 29 Mai 2014

Soirée Hommage à Gerard Mortier

 

Peu médiatisée car dédiée aux artistes et collaborateurs qui travaillèrent avec lui, la soirée organisée par Peter De Caluwe en hommage à Gerard Mortier fut l’occasion de réunir une grande partie de sa famille artistique et personnelle.

 

                                                                                         Sylvain Cambreling

 

On pouvait déjà croiser au Dominican - hôtel situé face à l’entrée des artistes - Krzysztof Warlikowski, Malgorzata Szczesniak, Christine Schäfer, Christoph Marthaler, Bernard Foccroulle, Jan Vandenhouwe, puis, dans la salle, Karl-Ernst et Ursel Herrmann, Dmitri Tcherniakov, Vesselina Kasarova, Teodor Currentzis, Philippe Boesmans, Viktor Schoner, Joan Matabosch, José van Dam, Peter Sellars, Christoph von Dohnanyi et Sylvain Cambreling.

Vesselina Kasarova

Vesselina Kasarova

Alors qu’à l’entrée du Théâtre, Peter De Caluwe expliquait à la télévision belge le sens de cette soirée - sa finalité étant de rappeler la philosophie du directeur flamand pour qu’elle puisse se perpétuer -, les ouvreurs distribuaient une magnifique enveloppe.

Sur celle çi, était représenté un homme marchant seul sur l’eau au milieu des vagues, et l'on pouvait y lire un extrait de Cosi fan Tutte ‘Soave sia il vento, tranquilla sia l’onda..’.
A la mémoire d'un spectacle mis en scène par Karl-Ernst et Ursel Herrmann, afin d'y recueillir les souvenirs de Gerard Mortier.

Jan Vandenhouwe, Alexander Neef, Viktor Schoner

Jan Vandenhouwe, Alexander Neef, Viktor Schoner

La soirée se déroula sans interruption, en alternant discours, passages musicaux et vidéographies.

Parmi les fragments des propos retenus, on peut citer la vision d’un monde où la cupidité semble l’emporter, la pensée d’un théâtre comme lieu où nous sommes obligés de vivre ensemble, la paix que l’Art peut amener, la nécessité pour les hommes politiques de s’intéresser à l’Art.

Elzbieta Szmytka

Elzbieta Szmytka

Et il y en eut des témoignages, en français, en anglais, en allemand et en flamand, Dmitri Tcherniakov rappelant ainsi à quel point Mortier était ‘Full of Romanticism', ou bien Peter Sellars rapportant comment Mortier était revenu d'Allemagne à Madrid très amaigri  pour accueillir Violeta Urmana, à l’occasion des répétitions de Tristan & Isolde, avec un très beau bouquet de fleurs. Ensuite, il rentra simplement chez lui.
On comprend surtout à quel point il était le protecteur de nombres d’artistes, et à quel point sa disparition laisse non seulement de la peine, mais également beaucoup d’inquiétude. Et pas uniquement dans le cœur des artistes.

Teodor Currentzis

Teodor Currentzis

Musicalement, la soirée débuta avec ‘Du bist die Ruh’, interprété par José van Dam, et se poursuivit avec une pièce de Kaija Saarahiao, jouée depuis une loge de côté, puis ‘Quatuor pour la fin des temps’ d’Olivier Messian, ‘Nun will die Sonn' so hell aufgehn’ de Gustav Mahler - chanté par Vesselina Kasarova -, un air de ‘L’enlèvement au Sérail’ par la soprano polonaise Elzbieta Szmytka, jusqu’au final du Requiem de Verdi dirigé par Teodor Currentzis, suivi, pour conclure, du trio de Cosi fan Tutte mené par Sylvain Cambreling.

Peter Sellars

Peter Sellars

Les vidéos montrèrent tout de Gerard Mortier, des situations banales et humoristiques – lorsqu’il fait le plein dans une station-service – jusqu'à de grandes interviews données dans le cadre du Palais Garnier, en passant sur ses réflexions de jeunesse, son goût pour les personnes non pas intellectuelles mais intelligentes, son art de l’improvisation, son côté "Homme de la Renaissance".

Dmitri Tcherniakov

Dmitri Tcherniakov

Après plus de trois heures d’un hommage qui a su si bien conserver la joie du souvenir, il fut finalement offert, à la sortie, deux petits livrets, l’un sur Mortier et son engagement envers l’Art et l’Europe, l’autre, intitulé 'Lof van Sisyphus’, qui est un hommage de Gerard Mortier à Hugo Clauslezing, poète flamand dont il se sentait très proche.

Vernika Dzhioeva et Teodor Currentzis (Requiem de Verdi)

Vernika Dzhioeva et Teodor Currentzis (Requiem de Verdi)

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Publié le 18 Avril 2014

Retrouver la spiritualité : (ré) apprendre à communiquer
La fondation Juan March rend hommage à Gerard Mortier avec ce court métrage extrait de son intervention « Conversations à la fondation » du 24 février 2012.
Mortier, accompagné par Antonio San José, explique combien il est important de retrouver de la spiritualité, réapprendre à regarder, écouter et sentir les autres, pour communiquer avec vérité. Pour conclure, Mortier évoque Goethe pour mettre en valeur que l’action doit aller dans le prolongement de la réflexion.

In Memoriam Gerard Mortier (1943-2014)

Les belles choses sont difficiles (Platon-La République)
Vidéo souvenir de Gerard Mortier réalisée en son honneur au Teatro Real de Madrid le 02 avril 2014.
Réflexions sur la dramaturgie et extraits de spectacles :
Life an Death of Marina Abramovic, C(H)oeurs, Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny, Wozzeck, La conquista de Mexico, Brokeback Mountain, La Clémence de Titus, Cosi fan Tutte, Poppea et Nerone, Iolanta / Perséphone, Tristan et Isolde, Saint François d’Assise.

Hommage à Gerard Mortier
Un documentaire audio de Camille De Rijck réalisé par Thierry Lequeux
Lien : Hommage à Gerard Mortier

Avec des interviews de :

Philippe Boesmans, compositeur
Peter de Caluwe, directeur de La Monnaie
Christoph von Dohnányi, chef d'orchestre
Serge Dorny, directeur de l'Opéra de Lyon
Bernard Foccroulle, directeur du Festival d'Aix-en-Provence
Christian Longchamp, dramaturge
Felicity Lott, soprano
Mehdi Mahdavi, journaliste
Marc Minkowski, chef d'orchestre
Alex Ollé (La Fura dels Baus), metteur en scène
Christine Schäfer, soprano
Dmitri Tcherniakov, metteur en scène
Krzysztof Warlikowski, metteur en scène

 

Une Saison d’Opéra
Une saison à l’Opéra National de Paris où Gerard Mortier monta, en 2008, Wozzeck, Parsifal et Les Noces de Figaro.

Gerard Mortier présente Brokeback Mountain

Gerard Mortier au Parlement Flamand (2013) (En néerlandais)

Gerard Mortier, crise, culture et le Teatro Real
Conférence donnée après l’annonce de la baisse de 33% de la subvention au Teatro Real.

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