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Publié le 27 Avril 2023

Saison lyrique 2023/2024 du Théâtre Royal de la Monnaie / De Munt de Bruxelles

Dévoilée le 28 mars 2023, la seizième saison de Peter de Caluwe à la direction du Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles inscrit à nouveau cette maison très originale parmi les institutions les plus ambitieuses et les plus créatrices du réseau lyrique, et ce malgré les impacts très négatifs de la période covid sur la programmation originellement prévue.

La saison 2023/2024 propose ainsi 10 ouvrages lyriques dont une version de concert, 2 ouvrages patchwork basés sur des opéras de Verdi, 2 créations, 4 autres nouvelles productions (dont les deux premiers volets du Ring mis en scène par Romeo Castellucci) et une reprise, pour un total de 67 soirées.

La première particularité de cette programmation est de ne présenter aucun titre faisant partie des 50 opéras les plus représentés dans ce théâtre. Aucune autre maison dans le monde ne montre un tel esprit d'ouverture.

‘Nostalgia’ / ‘Rivoluzione’ - d'après Giuseppe Verdi

‘Nostalgia’ / ‘Rivoluzione’ - d'après Giuseppe Verdi

Le projet Verdi qui va permettre de présenter deux ouvrages ‘Nostalgia’ et ‘Rivoluzione’ constitués à partir de ses œuvres de jeunesse écrites entre 1840 et 1849 (Giorno di Regno, Nabucco, I Lombardi alla Prima Crociata, Ernani, I due Foscari, Giovanna d’Arco, Alzira, Attila, Macbeth, I Masnadieri, Jérusalem, Il Corsaro, La Battaglia di Legnano) sera l’occasion d’entendre la musique du compositeur italien à travers deux formes contemporaines mises en scène par Krystian Lada, premier lauréat du Prix Mortier Next Generation créé par Serge Dorny et remis le 12 janvier 2019 à Gand.
Carlo Goldstein, principal chef invité du Wiener Volksoper, assurera la direction musicale de ces 12 soirées.

Christophe Coppens - 'Turandot'

Christophe Coppens - 'Turandot'

Le répertoire traditionnel italien pourra également s’appuyer sur Christophe Coppens (La Petite Renarde rusée – 2017, Le Château de Barbe Bleue / Le Mandarin merveilleux – 2018, Norma – 2021) qui sera de retour à La Monnaie pour mettre en scène ‘Turandot’, avec Kazushi Ono à la direction musicale, dans un théâtre qui n’accorde pas plus de 5% de ses soirées aux œuvres de Giacomo Puccini (c’est à dire 2 à 3 fois moins que dans les maisons de répertoire).

Cecilia Bartoli - ‘Giulio Cesare’

Cecilia Bartoli - ‘Giulio Cesare’

Quant à la musique baroque, elle ne pourra compter que sur l’unique soirée en version de concert dédiée à ‘Giulio Cesare’ de Georg Friedrich Haendel, 2 jours avec son passage au Théâtre des Champs-Élysées, avec Cecilia Bartoli dans le rôle de Cléopâtre et Gianluca Capuano à la direction musicale.

Alain Altinoglu - ‘Das Rheingold’ et ‘Die Walküre’

Alain Altinoglu - ‘Das Rheingold’ et ‘Die Walküre’

La période classique sera cependant totalement absente, même si Mozart reste le compositeur le plus joué en ce théâtre, au profit des deux premiers volets, ‘Das Rheingold’ et ‘Die Walküre’, d’une nouvelle Tétralogie de Richard Wagner mise en scène par Romeo Castellucci, 32 ans après celle d’Herbert Wernicke qui avait marqué la fin du mandat de Gerard Mortier avec Sylvain Cambreling à la direction orchestrale. 
Ce nouveau cycle parachèvera la réussite d’Alain Altinoglu dans l’univers wagnérien, après les succès de ‘Lohengrin’ et ‘Tristan und Isolde’.

Benjamin Britten - ‘The Turn of the Screw’

Benjamin Britten - ‘The Turn of the Screw’

Le cœur du XXe siècle sera ensuite représenté par une nouvelle production de ‘The Turn of the Screw’, la troisième après celle de Keith Warner (juin 1998) et celle de Luc Bondy (mars 2005 en coproduction avec les Wiener Festwochen), ce qui confortera Benjamin Britten comme le septième compositeur le plus joué à La Monnaie (3% des soirées). On pourra donc s’attendre à une vision implacable de la part d’Andrea Breth, avec Antonio Méndez à la direction musicale.

On peut toutefois signaler qu’à ce jour, ‘Billy Budd’ n’a toujours pas connu les honneurs de la scène bruxelloise…

Marie-Eve Signeyrole - ‘Cassandra’

Marie-Eve Signeyrole - ‘Cassandra’

Le XXIe siècle prendra évidemment toute sa place à travers deux créations, ‘Cassandra’ de Bernard Foccroulle (l’ancien directeur de l’institution Bruxelloise de 1992 à 2007 qui succéda à Gerard Mortier), dont la mise en scène sera confiée à Marie-Eve Signeyrole et la réalisation musicale à Kazushi Ono, et ‘Ali’ de Grey Filastine qui relatera la vie d’Ali Abdi Omar, jeune somalien arrivé à Bruxelles en 2019. Ricard Soler Mallol assurera la conception scénique, avec Michiel Delanghe à la direction musicale

‘Le conte du Tsar Saltan’ - ms Dmitri Tcherniakov

‘Le conte du Tsar Saltan’ - ms Dmitri Tcherniakov

Enfin, unique reprise habilement mise en scène par Dmitri Tcherniakov, ‘Le conte du Tsar Saltan’ de Nikolay Rimsky-Korsakov, dirigée par Timur Zangiev, couvrira la période de Noël. Il s’agit d’une production qui a remporté le prix de « Best New Production » lors de la cérémonie des International Opera Awards 2020.

A travers cette nouvelle saison lyrique, La Monnaie de Bruxelles donne une leçon d’optimisme et de volontarisme dont nous avons tant besoin aujourd’hui.

Le lien vers la saison 2023/2024 intégrale c'est ici.

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Publié le 3 Avril 2023

Présentation de la saison Lyrique 2023 / 2024 de l’Opéra national de Paris
Le vendredi 31 mars 2023 à l’Hotel Intercontinental Paris Le Grand, et le samedi 01 avril 2023 à l’opéra Bastille

Présentation de la saison 2023/2024 de l'Opéra national de Paris aux couleurs de l'Ukraine

Présentation de la saison 2023/2024 de l'Opéra national de Paris aux couleurs de l'Ukraine

Le mercredi 29 mars 2023 à 12h00, la troisième saison d’Alexander Neef à la direction de l’Opéra national de Paris a été officiellement dévoilée au grand public sur le site internet de l’institution.

Elle comprend 4 nouvelles productions maison et 3 coproductions, dont 2 nouveautés pour le répertoire, et 12 reprises.

Aux 19 œuvres scéniques jouées dans les grandes salles, s’ajoute également une production de l’Académie de l’Opéra de Paris qui sera donnée à la MC93, Maison de la Culture de Seine Saint-Denis à Bobigny.
Au total, 186 représentations lyriques seront ainsi données.

La présentation de cette saison à l’Association pour le Rayonnement de L’Opéra de Paris a eu lieu le vendredi 31 mars à l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand, et Alexander Neef et José Martinez, le nouveau directeur de la danse depuis décembre 2022, ont réitéré cette présentation des œuvres lyriques et chorégraphiques aux abonnés, le lendemain matin à l’opéra Bastille.

De nombreuses interviews de metteurs en scène tels Kirill Serebrennikov, Lydia Steier, Peter Sellars, ou bien Damiano Michieletto, ont permis aux spectateurs d’avoir une première approche des questions que posent ces œuvres.

Jean-Yves Kaced (Directeur de l'AROP) et Alexander Neef (Directeur général de l'Opéra de Paris)

Jean-Yves Kaced (Directeur de l'AROP) et Alexander Neef (Directeur général de l'Opéra de Paris)

Après ‘The Dante project’, ballet de Wayne McGregor créé à Londres en octobre 2021 sur la musique de Thomas Adès, qui a fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris le 03 mai 2023, une autre pièce du compositeur britannique va faire son entrée au répertoire lyrique, ‘The Exterminating Angel’, dans la continuité bien affirmée d’une ligne attachée à la représentation du répertoire anglo-saxon des XXe et XXIe siècles.

Dans le contexte actuel très difficile, la programmation est ambitieuse mais présentée avec beaucoup d’humilité et de bienveillance.

José Martinez, Andréa Sarri, Hohyun Kang, Marine Chagnon, Alejandro Baliñas Vieites, Myriam Mazouzi et Alexander Neef

José Martinez, Andréa Sarri, Hohyun Kang, Marine Chagnon, Alejandro Baliñas Vieites, Myriam Mazouzi et Alexander Neef

Cette saison montre aussi, et nous le verrons plus loin, à quel point la nouvelle direction de l'Opéra de Paris s'attache à mettre en valeur le potentiel humain qui fait vivre l'institution, et met aussi beaucoup de cœur à assurer une forte cohésion humaine avec toutes les différences et particularités qui composent cet ensemble d'une richesse artistique unique.

Et à l'occasion de la présentation au Grand Hôtel, les lauréats des prix de l'AROP 2021/2022 ont été récompensés en personnes, Hohyun Kang et Andréa Sarri pour les Prix de la Danse, Marine Chagnon et Alejandro Baliñas Vieites pour les Prix Lyriques, en présence de Myriam Mazouzi, directrice de l'Académie de l'Opéra de Paris.

Kirill Serebrennikov (ms Lohengrin)

Kirill Serebrennikov (ms Lohengrin)

Les nouvelles productions

Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart – 1787) – Production du Staatsoper Unter den Linden, Berlin, en collaboration avec les Salzburger Festpiele
Du 13 septembre au 12 octobre 2023 (13 représentations à l’opéra Bastille)
Direction musicale Antonello Manacorda / Simone Di Felice, mise en scène Claus Guth
Peter Mattei, Kyle Ketelsen, Adela Zaharia, Julia Kleiter, Ben Bliss, Cyrille Dubois, John Relyea, Gaëlle Arquez, Tara Erraught, Alex Esposito, Bogdan Talos, Guilhem Worms, Ying Fang, Marine Chagnon
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 11 mars 2022

La dernière production d’Ivo van Hove (2019) étant coproduite avec le Metropolitan Opera de New-York où elle sera montée en mai 2023, c’est la production de Claus Guth mise en scène au Festival de Salzbourg en 2008 qui est invitée sur la scène Bastille. Dans son article commentant la création cette année là, le critique Renaud Machard parlait de la vision magnifique du metteur en scène allemand, et le public parisien va donc pouvoir découvrir comment deux ‘Robin des bois délinquants et héroïnomanes’ vont se sortir de la malédiction du Commandeur.
Peter Mattei, Don Giovanni de référence depuis plus de 15 ans, partagera le rôle avec Kyle Ketelsen.

Lohengrin (Richard Wagner – 1850) – Nouvelle production
Du 23 septembre au 27 octobre 2023 (9 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Alexander Soddy, mise en scène Kirill Serebrennikov
Kwangchul Youn, Piotr Beczala, Johanni van Oostrum, Sinead Campbell Wallace, Wolfgang Koch, Nina Stemme, Ekaterina Gubanova, Shenyang, Bernard Arrieta, Chae Hoon Baek, Julien Joguet, John Bernard, Isabelle Escalier, Joumana El-Amiouni, Caroline Bibas, Yasuko Arita
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 18 février 2017

Auteur d’un fantastique ‘Parsifal’ pour l’opéra de Vienne en 2021, avec Jonas Kaufmann, Elīna Garanča et Ludovic Tézier, Kirill Serebrennikov fait ses débuts à l’Opéra national de Paris.
Le metteur en scène russe a dorénavant quitté sa résidence surveillée à Moscou et réside en Allemagne. 
Les cinéphiles qui ont pu apprécier son dernier film ‘La femme de Tchaïkovski’ (2022), peuvent s’attendre à une vision sombre de ce Lohengrin d’une très grande complexité scénique.
A cette occasion, Nina Stemme fera son retour sur la scène parisienne, et beaucoup découvriront les débuts dans la capitale de Johanni van Oostrum qui enchante l’opéra de Munich dans le rôle d’Elsa depuis plusieurs années.

Peter Sellars (ms Beatrice di Tenda)

Peter Sellars (ms Beatrice di Tenda)

Beatrice di Tenda (Vincenzo Bellini – 1833) - Coproduction avec le Gran Teatre del Liceu, Barcelone
Du 09 février au 07 mars 2024 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Mark Wigglesworth, mise en scène Peter Sellars
Quinn Kelsey, Tamara Wilson, Theresa Kronthaler, Pene Pati, Amitai Pati
Entrée au répertoire

Obsédé depuis 25 ans par ‘Beatrice di Tenda’, Peter Sellars a enfin l’occasion de monter l’avant-dernier opéra de Vincenzo Bellini composé deux ans avant ‘I Puritani’. Le compositeur cherchait à ouvrir le langage musical à travers cette œuvre qui parle de la brutalité des dictatures, un sujet ô combien d’actualité.

Le livret relate fidèlement les évènements tragiques qui amenèrent Béatrice Lascaris de Tende, épouse du duc de Milan, Filippo Maria Visconti, à être accusée d’adultère par ce dernier qui était en fait épris d’une autre femme. La jeune aristocrate sera alors emprisonnée, torturée et décapitée le 13 septembre 1418.

The Exterminating Angel (Thomas Adès – 2016) – Nouvelle production
Du 29 février au 23 mars 2024 (7 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Thomas Adès / Robert Houssart, mise en scène Calixto Bieito
Jacquelyn Stucker, Gloria Tronel, Hilary Summers, Claudia Boyle, Christine Rice, Amina Edris, Nicky Spence, Frédéric Antoun, Jarrett Ott, Anthony Roth Costanzo, Filipe Manu, Philippe Sly, Paul Gay, Rod Gilfry
Entrée au répertoire

Créé au Festival de Salzbourg en 2016 dans une coproduction qui l’a amené à Toronto, New-York et Copenhague, ‘The Exterminating Angel’ est le troisième opéra de Thomas Adès
L’œuvre est basée sur le film de Luis Buñuel, ‘L’Ange exterminateur’ (1962), qui se déroule après une représentation d’opéra qui tourne mal lorsque plusieurs couples de riches bourgeois, réunis dans une villa pour finir la soirée, se trouvent dans l’incapacité de sortir de la demeure.

Avec Calixto Bieito à la mise en scène, les profils psychologiques des invités seront probablement décortiqués avec une dureté implacable.

Lea Desandre (Médée)

Lea Desandre (Médée)

Médée (Marc-Antoine Charpentier – 1693) – Production Grand Théâtre de Genève
Du 10 avril au 11 mai 2024 (12 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale William Christie, mise en scène David McVicar
Lea Desandre, Reinoud Van Mechelen, Laurent Naouri, Ana Vieira Leite, Gordon Bintner, Emmanuelle de Negri, Elodie Fonnard, Lisandro Abadie, Julie Rost, Mariasole Mainini
Œuvre jouée pour la dernière fois à la première salle du Palais-Royal le 15 mars 1694

Inspiré de la mythologie grecque, ‘Médée’ de Marc-Antoine Charpentier fait partie de ces créations qui, après la mort de Lully en 1687, ne trouveront pas leur public à l’Académie Royale de Musique, car il était difficile à l’époque de faire accepter un ouvrage qui n’était pas assez fidèle à l’esprit de celui qui avait régné sans partage sur le genre de l’opéra courtisan.

Créé le 04 décembre 1693, ‘Médée’ sera pourtant bien accueilli, mais ne sera joué que pour 10 représentations jusqu’au 15 mars 1694, avant de disparaître du répertoire de l’Académie.

Cette tragédie a depuis retrouvé les planches des théâtres lyriques – il y eut une production mise en scène par Pierre Audi au Théâtre des Champs-Élysées en octobre 2012 avec Laurent Naouri en Créon -, mais est restée jusqu’à présent absente de son institution d’origine.

C’est donc William Christie, à la tête de son ensemble Les Arts Florissants, qui sera chargé de faire revivre ce chef-d’œuvre dont il a enregistré une version de référence chez Harmonia Mundi en 1984.


Don Quichotte (Jules Massenet – 1910) Nouvelle production
Du 10 mai au 11 juin 2024 (11 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Mikhail Tatarnikov, mise en scène Damiano Michieletto
Marianne Crebassa, Christian Van Horn / Gábor Bretz, Étienne Dupuis, Emy Gazeilles, Marine Chagnon, Maciej Kwaśnikowski, Nicholas Jones, Youngwoo Kim, Hyun Sik Zee
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 11 février 2002

‘Don Quichotte’  n’est pas le plus connu des opéras de Jules Massenet, mais il mène une jolie carrière à l’Opéra national de Paris depuis son entrée au répertoire le 01 avril 1972 – il y eut également une production à l’Opéra Comique en 1945 sous l’égide de la R.T.L.N –, où il a connu plusieurs mises en scène de la part de Peter Ustinov, Piero Faggioni et Gilbert Deflo.

Le livret n’est pas une adaptation du roman de Cervantès, mais celle du drame héroïque de Jacques Le Lorrain ‘Le Chevalier de la longue figure’, qui fut créé au Théâtre Victor Hugo (l’actuel Trianon situé sur le boulevard Marguerite-de-Rochechouart à Paris) le 30 avril 1904.

Lydia Steier (ms La Vestale)

Lydia Steier (ms La Vestale)

La Vestale (Gaspare Spontini – 1807) Nouvelle production
Du 15 juin au 11 juillet 2024 (9 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Bertrand de Billy, mise en scène Lydia Steier
Michael Spyres, Julien Behr, Jean Teitgen, Florent Mbia, Elza van den Heever, Eve-Maud Hubeaux
Œuvre jouée pour la dernière fois en français à la salle Le Peletier le 12 juin 1854
Œuvre chantée en italien par les artistes de la Scala de Milan au Palais Garnier le 24 janvier 1909

Alors que la période révolutionnaire avait fait subitement apparaître nombre d’hymnes incitant à l’agitation politique, c’est à Napoléon que l’on doit la reprise en main de l’Académie de Musique.

Sous son règne, l’institution fut prolifique, mais aucune œuvre lyrique de compositeurs français ne resta plus de 20 ans au répertoire.

La véritable renaissance artistique de l’Opéra de Paris aura finalement lieu à la salle Montansier, rue de Richelieu, le 15 décembre 1807.

Le compositeur italien Gaspare Spontini en est l’artisan, auteur de 29 opéras, mais dont la réputation tient à La Vestale (1807), Fernand Cortez (1809) et Olympie (1819).

Ce fils de cordonnier fou de musique et créateur d’une douzaine d'ouvrages lyriques en Italie, arriva en 1803 à Paris et fut nommé compositeur de la chambre de l’impératrice dès 1805.

Avec La Vestale qui, malgré le cadre antique, porte la grâce mélancolique du bel Canto romantique, et dont Maria Callas sera une inoubliable interprète de Julia à La Scala en 1954, Spontini renouvela l’esthétique du spectacle lyrique. Orchestration somptueuse, décors monumentaux et soin du détail, caractérisent désormais le grand opéra français. Il fut l’un des premiers chefs avec Spohr et Weber à se mêler de mise en scène dans un souci de cohérence.

L’ouvrage restera au répertoire près d’un demi siècle, jusqu’au 12 juin 1854, et il ne réapparaîtra qu’une seule fois au Palais Garnier le 24 janvier 1909, dans une version italienne, lors d’une tournée de la Scala de Milan.

Angela Denoke dans 'L'Affaire Makropoulos' mis en scène par Krzysztof Warlikowski en 2009

Angela Denoke dans 'L'Affaire Makropoulos' mis en scène par Krzysztof Warlikowski en 2009

Les reprises

Don Pasquale (Gaetano Donizetti – 1843)
Du 14 septembre au 13 octobre 2023 (9 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Speranza Scappucci, mise en scène Damiano Michieletto (2018)
Laurent Naouri, Florian Sempey, René Barbera, Julie Fuchs, Slawomir Szychowiak

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 16 avril 2019

L’Affaire Makropoulos (Leoš Janáček – 1926)
Du 05 au 17 octobre 2023 (5 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Susanna Mälkki, mise en scène Krzysztof Warlikowski (2007)
Karita Mattila, Pavel Černoch, Nicholas Jones, Ilanah Lobel-Torres, Johan Reuter, Cyrille Dubois, Károly Szemerédy, Peter Bronder

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 02 octobre 2013

Cendrillon (Jules Massenet – 1899)
Du 25 octobre au 16 novembre 2023 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Keri-Lynn Wilson, mise en scène Mariame Clément (2022)
Jeanine De Bique, Daniela Barcellona, Paula Murrihy, Caroline Wettergreen, Emy Gazeilles, Marine Chagnon, Laurent Naouri, Philippe Rouillon, Luca Sannai, Laurent Laberdesque, Fabio Bellenghi, Corinne Talibart, So-Hee Lee, Stéphanie Loris, Anne-Sophie Ducret, Sophie Van Den Woestyne, Blandine Folio-Peres

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 28 avril 2022

Turandot (Giacomo Puccini – 1926)
Du 06 au 29 novembre 2023 (13 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Marco Armiliato / Michele Spotti, mise en scène Robert Wilson (2021)
Anna Pirozzi, Irene Theorin, Tamara Wilson, Carlo Bossi, Mika Kares, Brian Jagde, Gregory Kunde, Ermonela Jaho, Adriana Gonzalez, Florent Mbia, Maciej Kwaśnikowski, Nicholas Jones, Guilhem Worms, Fernando Velasquez, Pranvera Lehnert, Izabela Wnorowska-Pluchrat

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 30 décembre 2021

L'Opéra Bastille, le samedi 01 avril 2023 matin, lors de la présentation de la saison 2023/2024

L'Opéra Bastille, le samedi 01 avril 2023 matin, lors de la présentation de la saison 2023/2024

Ma Mère l’Oye / L’Enfant et les Sortilèges (Maurice Ravel – 1912 / 1925)
Du 21 novembre au 14 décembre 2023 (8 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Patrick Lange, Chorégraphie Martin Chaix (2023), mise en scène Richard Jones (1998)
Avec la participation des élèves de l’École de Danse, des artistes en résidence à l'Académie
Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris, avec la Maîtrise Notre-Dame de Paris, la Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris

A l’occasion de cette reprise, ‘Ma Mère l’Oye’, œuvre inédite à l’Opéra national de Paris, est ajouté en première partie, dans une nouvelle chorégraphie de Martin Chaix afin de proposer une soirée entière réunissant l’ École de Danse et les artistes de l'Académie.

L’Enfant et les Sortilèges fut joué pour la dernière fois au Palais Garnier le 26 janvier 2020.

Les Contes d’Hoffmann (Jacques Offenbach – 1881)
Du 30 novembre au 27 décembre 2023 (10 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Eun Sun Kim, mise en scène Robert Carsen (2000)
Benjamin Bernheim, Dmitry Korchak, Pretty Yende, Antoinette Dennefeld, Rachel Willis-Sørensen, Christian Van Horn, Leonardo Cortellazzi, Christophe Mortagne, Cyrille Lovighi, Christian Rodrigue Moungoungou, Vincent Le Texier, Angela Brower, Sylvie Brunet-Grupposo, Alejandro Baliñas Vieites

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 14 février 2020

Adriana Lecouvreur (Francesco Cilea – 1902)
Du 16 janvier au 07 février 2024 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Jader Bignamini, mise en scène David Mc Vicar (2015)
Anna Netrebko, Anna Pirozzi, Yusif Eyvazov, Giorgio Berrugi, Ekaterina Semenchuk, Clémentine Margaine, Ambrogio Maestri, Sava Vemić, Leonardo Cortellazzi, Alejandro Baliñas Vieites, Nicholas Jones, Ilanah Lobel-Torres, Marine Chagnon, Se-Jin Hwang

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 15 juillet 2015

Giulio Cesare (Georg Friedrich Haendel – 1724)
Du 20 janvier au 16 février 2024 (12 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Harry Bicket, mise en scène Laurent Pelly (2011)
Gaëlle Arquez, Adrien Mathonat, Wiebke Lehmkuhl, Emily D’Angelo, Lisette Oropesa, Iestyn Davies, Luca Pisaroni, Rémy Brès

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 18 juin 2013

Saskia de Ville (musicologue et journaliste), Alexander Neef, José Martinez et Sophie Gavriloff (Expérience spectateur) lors de la présentation à l'Opéra Bastille

Saskia de Ville (musicologue et journaliste), Alexander Neef, José Martinez et Sophie Gavriloff (Expérience spectateur) lors de la présentation à l'Opéra Bastille

La Traviata (Giuseppe Verdi – 1853)
Du 16 janvier au 07 février 2024 (12 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Giacomo Sagripanti, mise en scène Simon Stone (2019)
Nadine Sierra, Pretty Yende, Marine Chagnon, Cassandre Berthon, René Barbera, Ludovic Tézier,  Maciej Kwaśnikowski, Alejandro Baliñas Vieites, Florent Mbia, Hyun-Jong Roh, Olivier Ayault, Pierpaolo Palloni

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 16 octobre 2019

Simon Boccanegra (Giuseppe Verdi – 1881)
Du 12 mars au 03 avril 2024 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Thomas Hengelbrock, mise en scène Calixto Bieito (2018)
Ludovic Tézier, Nicole Car, Mika Kares, Charles Castronovo, Étienne Dupuis,  Alejandro Baliñas Vieites, Paolo Bondi, Marianne Chandelier

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 13 décembre 2018

Salomé (Richard Strauss  – 1905)
Du 09 au 28 mai 2024 (7 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Mark Wigglesworth, mise en scène Lydia Steier (2022)
Gerhard Siegel, Ekaterina Gubanova, Lise Davidsen, Johan reuter, Pavol Brelik, Katharina Magiera, Matthäus Schmidlechner, Eric Huchet, Maciej Kwaśnikowski, Nicholas Jones, Florent Mbia, Luke Stoker, Yiorgo Ioannou, Dominic Barbieri, Bastian Thomas Kohl,  Alejandro Baliñas Vieites,  Ilanah Lobel-Torres

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 05 novembre 2022

Cosi fan tutte (Wolfgang Amadé Mozart – 1787)
Du 10 juin au 09 juillet 2024 (12 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Pablo Heras-Casado, mise en scène Anne Teresa De Keersmaeker (2017)
Vannina Santoni, Angela Brower, Hera Hyesang Park, Josh Lovell, Gordon Bintner, Paulo Szot

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 21 octobre 2017

 Eve-Maud Hubeaux (air d'Eboli de 'Don Carlos')

Eve-Maud Hubeaux (air d'Eboli de 'Don Carlos')

L’Académie de l’Opéra national de Paris 

Street Scene (Kurt Weill - 1947) 
Du 19 au 27 avril 2024 (5 représentations à la MC93 de Bobigny)

Direction musicale Yshani Perinpanayagam, mise en scène Ted Huffman
Artistes en résidence à l’Académie

Œuvre inédite à l’Opéra national de Paris

Affiche du Gala anniversaire des 100 ans de la naissance de Maria Callas, le 02 décembre 2023

Affiche du Gala anniversaire des 100 ans de la naissance de Maria Callas, le 02 décembre 2023

Premières impressions sur la saison 2023/2024

Avec 7 nouvelles productions dans les grandes salles, l’Opéra de Paris maintient un rythme de renouvellement conséquent dans un contexte économique fort difficile (et avec un niveau de subventions inférieur à 45% de son budget). 

Et aux deux entrées au répertoire de ‘Beatrice di Tenda’ et ‘The Exterminating Angel’, s’ajoute le retour de deux œuvres françaises créées au sein de l’institution qui n’y étaient plus apparues depuis au moins la fin du Second Empire, ‘Médée’ et ‘La Vestale’.

A cette ligne très claire que dessine Alexander Neef depuis le début de son mandat en faisant revivre la richesse du patrimoine créatif de l’Opéra de Paris, se déploie une autre ligne destinée à mieux faire connaître l’opéra anglo-saxon et les thèmes qu'il aborde. En seulement trois saisons, il aura progressé sur ces deux axes forts plus que n’importe quel autre directeur.

Ainsi, la langue française va occuper un tiers des soirées lyriques avec 6 ouvrages, depuis ‘Médée’ à ‘L’enfant et les sortilèges’ de Maurice Ravel, œuvre qui n’avait été donnée que pour un seul soir en janvier 2020. Les productions de ‘L’enfant et les sortilèges’ et des 'Contes d'Hoffmann' seront d'ailleurs les plus anciennes de la saison, puisqu'elles furent créées respectivement le 05 novembre 1998 et le 20 mars 2000. Le chef d'œuvre d'Offenbach en sera à sa neuvième série dans la production de Robert Carsen.

En revanche, le répertoire slave reste pour l’instant peu représenté, puisque seul ‘L’Affaire Makropoulos’ sera repris, mais avec un couple Karita Mattila / Krzysztof Warlikowski qui devrait se révéler explosif.

Toutefois, un seul metteur en scène, Kirill Serebrennikov, fait ses débuts sur les planches de l’institution, et Lydia Steier, auteure d’une ‘Salomé’ clivante, est confirmée pour ‘La Vestale’  dont on attend une vision tout aussi forte. Le fait que Calixto Bieito soit également choisi pour mettre en scène ‘The Exterminating Angel’ démontre aussi le positionnement très clair d’Alexander Neef sur des metteurs en scène ayant des univers très personnels.

Même si Gustavo Dudamel a dorénavant quitté l'Opéra de Paris, cette saison amènera de nouveaux chefs d’orchestre tels Keri-Lynn Wilson, Eun Sun Kim, Jader Bignamini, Pablo Heras-Casado (le directeur musical du Teatro Real de Madrid) et Yshani Perinpanayagam dans ‘Street Scenes’. La relation entre Alexander Soddy, remplaçant de Gustavo Dudamel à la direction musicale de 'Lohengrin', et l'orchestre de l'Opéra de Paris sera également sous tous les regards.

Et parmi les grands artistes invités, Lise Davidsen, l’une des voix actuelles les plus puissantes, et Tamara Wilson, distribuée dans le rôle meurtrier de ‘Turandot’ et dans celui, bel cantiste, de 'Beatrice di Tenda’, seront très attendues.

Présentation de la saison Lyrique 2023 / 2024 de l’Opéra de Paris

Nombre d’artistes francophones sont invités, Gaëlle Arquez, Cyrille Dubois, Frédéric Antoun, Laurent Naouri, Elodie Fonnard, Emmanuelle de Negri, Lea Desandre, Etienne Dupuis, Philippe Sly, Marianne Crebassa, Julien Behr, Jean Teitgen, Eve-Maud Hubeaux, Florian Sempey, Julie Fuchs, Benjamin Bernheim, Sylvie Brunet-Grupposo, Vincent Le Texier, Clémentine Margaine, Rémy Brès, Ludovic Tézier, Eric Huchet, et plusieurs artistes du chœur apparaissent dans les distributions : Bernard ArrietaJulien Joquet, Isabelle Escalier, Caroline Bibas, Laurent Laberdesque, Anne-Sophie Ducret, Rodrigue Moungoungou, Corinne Talibart, Olivier Ayault, Marianne Chandelier ...

Mais la grande nouveauté de cette saison est le début de la création de la troupe lyrique de l’Opéra de Paris. On pourra ainsi régulièrement retrouver Alejandro Baliñas Vieites, Maciej Kwaśnikowski, Ilanah Lobel-Torres, Marine Chagnon, Nicholas Jones, Florent Mbia (issu du chœur) et Emy Gazeilles dans nombre de rôles et à travers des ouvrages très divers.

Présentation de la saison Lyrique 2023 / 2024 de l’Opéra de Paris

Les tarifs 2023/2024

Les tarifs de cette saison sont en légère augmentation mais évoluent en dessous du niveau d’inflation national actuel.

Les prix sont inchangés pour les places inférieures à 90 euros afin de préserver l’accessibilité à tous, et une augmentation de 5 à 10 euros maximum est appliquée pour les catégories supérieures. 

Par ailleurs, ‘Don Giovanni’, ‘Lohengrin’ et ‘Turandot’ sont classés dans une tarification supérieure pour un total de 35 représentations, ce qui est le double de soirées par rapport à la saison en cours, mais reste en dessous de ce qui était pratiqué au cours du mandat de Stéphane Lissner.

Et il faut noter également que le plan de salle des prix à Bastille, présenté dans le programme, n’est valable que pour 'Don Giovanni’, ‘Lohengrin’, ‘Turandot’ et ‘La Traviata’.

Pour toutes les autres productions, des places sont déclassées au parterre et au second balcon (une centaine de places de catégorie 5 à 7 apparaissent sur les flancs latéraux de l’orchestre, par exemple), ce qui n’est pas mis en évidence dans la brochure de saison.

Evolution du prix des places pour le lyrique à Bastille de 1998/1999 à 2023/2024

Evolution du prix des places pour le lyrique à Bastille de 1998/1999 à 2023/2024

Et l’on retrouve à nouveau, comme chaque saison, deux spectacles à petits prix à Bastille, ‘L’Affaire Makropoulos’ et ‘Cendrillon’, mais dans ce second cas, le prix moyen des places passe à 57 euros, et les places optima coûtent moins de 100 euros. C’est la première fois que l’on voit des prix cassés à ce niveau là.

Résultat : il n'y a jamais eu autant de places à moins de 60 euros pour le lyrique à Bastille depuis la saison 2011/2012.

En revanche, l’augmentation semble plus marquée pour le ballet classique, ce qui se comprend très bien puisque la crise du covid a révélé que la demande pour ce genre artistique avait été moins affectée.

Globalement, l’enveloppe des prix progresse donc de 4,5 % à Bastille pour le lyrique, soit à peine de quoi compenser l’inflation, et correspond tout juste à ce qui est nécessaire pour couvrir l’augmentation des coûts en énergie de l’institution (l’augmentation était de 2,5 millions d’euros rien qu’entre 2019 et 2022, selon Martin Ajdari, le directeur général adjoint).

Le prix moyen des places est donc aujourd’hui le même que sous le mandat de Stéphane Lissner en 2018, alors que l’inflation en France a cru de 15 % depuis cette année là.

Cette politique tarifaire réaliste et très raisonnable va probablement obliger encore plus l’institution à se financer autrement, mais l’exercice semble déjà atteindre ses limites alors que le budget de l’Opéra de Paris frôle les 240 millions d’euros.

Présentation de la saison Lyrique 2023 / 2024 de l’Opéra de Paris

Le détail de la saison lyrique et chorégraphique 2023 / 2024 de l'Opéra national de Paris est accessible sous le lien suivant : Programmation & Billets - Opéra national de Paris (operadeparis.fr)

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Publié le 4 Février 2023

Les difficultés financières qui s’accumulent au cours de la saison 2022/2023 à la suite de l’épidémie de covid, aggravées par la crise énergétique (Martin Ajdari, le directeur général adjoint de l’Opéra national de Paris, relève que les dépenses énergétiques de l’institution sont passées de 1,6 M€ en 2019 à 4,1 M€ en 2022, et que ce sera encore plus en 2023)(2) , ont déjà obligé plusieurs opéras français à annuler des spectacles. C’est le cas de l’Opéra national du Rhin qui a annulé la version scénique du ‘Conte du Tsar Saltan’, et de l’Opéra national de Montpellier Occitanie qui a reporté les ‘Scènes du Faust de Goethe'.(1)

Opéra de Rouen Normandie : Une structure que le Ministère de la Culture doit soutenir en priorité

Le rapport sur la politique de l’Art lyrique en France piloté par Caroline Sonrier a par ailleurs souligné en 2021 que ‘L'écart des financements entre Paris et les régions, et l’absence d’opéra national de région à l’Ouest et au Nord de la France nécessite des rééquilibrages. La mise en place d’un nouveau label unique selon des critères simplifiés pourrait aussi permettre un élargissement et une meilleure représentation du réseau sur le territoire’(3).

Or, un autre opéra vient d’annoncer sa fermeture pour 6 semaines, à partir du 1er avril 2023, afin de préserver sa saison 2023 / 2024, l’Opéra de Rouen Normandie, la facture d’énergie ayant augmenté de 450 000 euros.

Pour bien comprendre l’importance de cette structure et sa position très particulière sur le territoire, la carte ci-dessous, élaborée lors de l’analyse du rapport de Caroline Sonrier (Analyse et réflexions à propos du rapport 2021 sur la politique de l’art lyrique en France), montre que hors de la région parisienne, les opéras nationaux en région sont tous situés dans le sud et à l’est, et qu’au nord et à l’ouest, seuls les opéras de Lille et de Rouen bénéficient du statut de Théâtre lyrique d’intérêt national, ce qui leur permet de recevoir une subvention de la part de l’État, mais plus faible que celle des opéras nationaux.

Opéra de Rouen Normandie : Une structure que le Ministère de la Culture doit soutenir en priorité

Et l’Opéra de Rouen, dirigé par Loïc Lachenal, est la seule structure du nord-ouest de la France à disposer de son propre orchestre (40 musiciens), en plus d’ateliers de costumes et de décors. Le tableau ci-dessous compare quelques éléments budgétaires et de performances de l’Opéra de Rouen à d’autres opéras nationaux en région selon le Rapport sur les Opéras en Région édité par le Ministère de la Culture en 2018(4).

  Rouen Nancy Strasbourg Montpellier Bordeaux Lyon
Budget 14 M€ 15 M€ 21 M€ 22 M€ 28 M€ 36 M€
Subventions totales 10,5 M€ 13 M€ 16 M€ 20 M€ 20 M€ 29 M€
dont subvention d'Etat 1,5 M€ 3 M€ 5 M€ 3,2 M€ 4,7 M€ 6 M€
Spectateurs 90 000 62 000 100 000 74 000 165 000 115 000
Levers de rideau 100 + 30 (tournées) 125 155 190 200 200
dont spectacles lyriques 20 à 25% 45% 55% 27% 10% 50%
ETP permanents 100 165 315 210 335 300
ETP non permanents 50 45 105 215 115 105

 

Bien que ne faisant pas partie des opéras nationaux en région, l’Opéra de Rouen est comparable à l’Opéra national de Lorraine (Nancy) avec un nombre bien plus important de spectateurs (45 % en plus). Mais le nombre de rideaux lyriques reste un peu trop faible pour être véritablement reconnu comme opéra national. 

Et pourtant, obtenir ce statut lui permettrait de voir sa subvention étatique passer de 1,5 M€ à plus de 3 M€, et donc de consolider sa structure et d’accroître à la fois son rayonnement et sa capacité de production.

L’autre particularité de l’opéra de Rouen est qu’il est le seul où la région représente plus de 75 % de l’apport en subvention, ce qui traduit l’une de ses vocations à opérer des tournées régulières dans des villes telles Evreux, Vernon, Condé-sur-Vire ou Petit-Caux.

La métropole de Rouen participe donc peu en comparaison des autres métropoles du territoire au soutien de son opéra, mais le maire, Nicolas Mayer-Rossignol, souligne qu’il y a d’autres structures à Rouen qui sont intégralement soutenues par la ville. La tension entre le conseil régional et le maire est donc accrue par ce contexte budgétaire.

L’excellente performance de rayonnement de l’Opéra de Rouen mise en rapport avec son budget (plus de 90 000 spectateurs pour 10,5 millions d’euros de subventions) et son positionnement unique dans le nord-ouest de la France justifient donc un intérêt prioritaire de la part du Ministère de la Culture afin de ne pas laisser seules la région et la ville de Rouen décider du sort d’une structure dont l’existence est sollicitée et appréciée par les habitants de la Normandie. 

Sinon, la réduction de son activité ne lui permettrait plus de répondre à une demande qui existe pourtant bien, au vu des chiffres de fréquentation rendus publics.

Addendum : le vendredi 10 février 2023, le Ministère de la Culture a annoncé qu'une rallonge de 200.000 euros était allouée à l'Opéra Rouen Normandie, et, dans la foulée, la métropole a débloqué 300.000 euros supplémentaires.

Opéras en souffrance : l'État annonce des coups de pouce (radiofrance.fr)

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Publié le 26 Octobre 2022

Venise révélée – Grand Palais Immersif à l’Opéra Bastille
Exposition ‘Venise révélée’
Du 21 septembre 2022 au 19 février 2023
Vernissage du 20 septembre et visite du 18 octobre 2022
110, rue de Lyon – Paris 12
Opéra Bastille

L’exposition ‘Venise Révélée’ s’inscrit dans la continuité des expositions ‘Sites éternels’ (14 décembre 2016 au 09 janvier 2017) et ‘Pompéi’ (01 juillet au 29 octobre 2020) qui furent organisées par la Réunion des musées nationaux et le Grand Palais afin de présenter des reconstitutions 3D de sites archéologiques.

Bucentaure et Palais des Doges

Bucentaure et Palais des Doges

Elle se déroule dans un tout nouvel espace qui était originellement prévu pour accueillir de nouvelles formes musicales, la salle modulable de l’Opéra Bastille, projet cher à Pierre Boulez, Massimo Bogianckino et Gerard Mortier initié en 1984.

Les vicissitudes historiques ont reporté ce projet à des horizons inconnus, mais l’espace brut existe toujours, si bien que c’est dans ce volume de 1600 m² et 40 m de hauteur, réservé pour moitié à l’espace d’exposition et pour l’autre moitié à l’accueil du public, que les visiteurs peuvent venir apprécier ce lieu inachevé et profiter dorénavant de la première exposition à s’y dérouler.

Lion de Saint-Marc en bois sculpté et peint de la Chaire de la Basilique Saint-Marc (Bianco Alvise XVIe siècle)

Lion de Saint-Marc en bois sculpté et peint de la Chaire de la Basilique Saint-Marc (Bianco Alvise XVIe siècle)

Pour réaliser cette prouesse virtuelle, le Grand Palais s’est associé à la société Iconem qui a développé des technologies de numérisations innovantes à grande échelle éprouvées en 2017 pour évaluer les dommages subis par l’ancienne ville d’Alep, en Syrie, à partir d’images satellites UNOSAT à finalité humanitaire.

En collaboration avec la Fondazione Musei Civici di Venezia, ils ont pu démontrer l’intérêt de ces modèles numériques pour la conservation de la Sérénissime, si bien qu’en plein covid, les équipes techniques ont eu accès à l’intérieur de tous les palais de la ville.

Il en résulte une banque de données de plus de 300 000 images à très haute résolution récoltées en scannant à partir d’avions, de drones, de photos prises au sol, l’ensemble de la ville et le Grand Canal, qui ont ensuite été traitées afin de reconstituer un modèle unique de toute la cité, y compris l’intérieur des Palais principaux, jusqu’aux détails millimétriques des peintures.

Vue 3D dynamique de Venise située à l'entrée de l'exposition

Vue 3D dynamique de Venise située à l'entrée de l'exposition

La hauteur sous plafond réservée à la salle modulable permet ainsi de créer de très grandes projections qui invitent chacun à voyager de manière inédite à travers la cité. Pour ce faire, il suffit d’un peu de laisser-aller, et de s’installer sur l’un des bancs de l’espace d’exposition tout en fixant les grands écrans où défilent de splendides façades. Et soudain, le spectateur a alors l’impression que c’est lui-même qui est en mouvement et navigue le long des canaux, des escaliers et des salles des monuments, l’illusion se déstructurant au fil de l’avancée.

L'espace de la salle modulable dédié aux projections 3D des lieux de pouvoir et de leurs œuvres.

L'espace de la salle modulable dédié aux projections 3D des lieux de pouvoir et de leurs œuvres.

Dès l’entrée, d’ailleurs, cette impression de survol au-dessus des toits de la ville peut être expérimentée à partir d’une projection étalée légèrement en contrebas qui s’élève ensuite en arrière-plan.

La disposition de tous les écrans n’est donc pas laissée au hasard, car elle cherche à créer de la perspective et augmenter l’impression d’immersion.

La musique du compositeur David Chalmin, relaxante et parcellée d’effets  liquides, aide aussi à se laisser aller à un état d’esprit contemplatif.

Coupe d'un palais avec le double escalier de Léonard de Vinci séparant les espaces de vie imbriqués de deux familles

Coupe d'un palais avec le double escalier de Léonard de Vinci séparant les espaces de vie imbriqués de deux familles

Certains espaces, plus confinés, permettent d’entrer dans un état d’esprit analytique à partir de tableaux numériques qui aident à comprendre l’architecture de la ville, la construction des rues sur l’eau, l’origine du bois et des matières premières, ou invitent à suivre les différentes étapes de construction des bateaux à l’Arsenal. Une vue ouverte sur un palais comprenant un double escalier qui évite aux deux familles y habitant de se croiser est même montrée. Sa description se trouve dans un manuscrit de Léonard de Vinci datant de 1490.

Le pont du Rialto dans le jeu 'Assassin's Creed' (Ubisoft)

Le pont du Rialto dans le jeu 'Assassin's Creed' (Ubisoft)

Il est également possible de comparer des peintures de Venise par Francesco Guardi ou Antonio Canaletto avec les modèles réels d’Iconem grâce à des impressions lenticulaires qui permettent, par un simple mouvement de tête de quelques centimètres, de modifier l’image vue.

A cette expérience qui mêle réalité objective et perception artistique, s’ajoute une étonnante section dédiée au jeu d’Ubisoft ‘Assassin’s Creed’ qui est une manière interactive de voyager dans la Venise de la Renaissance, telle que les historiens de la société de jeu vidéo ont pu la reconstituer.

Détail de peinture de la salle du Grand Conseil : 'Le Paradis' (Tintoret - 1588 / 1594)

Détail de peinture de la salle du Grand Conseil : 'Le Paradis' (Tintoret - 1588 / 1594)

L’analyse des œuvres d’art est également renforcée en mettant à disposition du visiteur des photographies haute résolution de peintures habituellement inaccessibles, car trop éloignées des regards, et qui sont ainsi mises en valeur par l’utilisation de grands écrans digitaux tactiles qui deviennent de formidables outils de navigation à travers les détails les plus fins de ces œuvres, et qui permettent même de s’affranchir de la vue générale.

Les différentes salles du pouvoir au Palais des Doges

Les différentes salles du pouvoir au Palais des Doges

L’intérêt scientifique devient mieux palpable, car le but est d’identifier des microfissures dans des toiles perchées à 12 mètres de haut dans les salons du Palais des Doges, ou de voir des phénomènes d’érosion sur les Palais du Grand Canal – on peut remarquer, par exemple, des statues ébréchées lors de la navigation dans les modèles -, ainsi que des caractéristiques topographiques en cas d’inondation.

Le Bucentaure : maquette en bois précieux, incrustation de nacre, feuille d'or et velours ancien (Atelier d'Ivan Ceschin)

Le Bucentaure : maquette en bois précieux, incrustation de nacre, feuille d'or et velours ancien (Atelier d'Ivan Ceschin)

Et même si cette exposition rend compte à quel point la cité est un miracle d’architecture qui résiste à tous les changements et les menaces actuelles, et notamment écologiques, la numérisation de la ville est utilisée à des fins artistiques et visionnaires en proposant un voyage à travers une Venise noyée sous les eaux dans une lumière bleuâtre irréelle.

Vue imaginaire du Pont du Rialto sous les eaux

Vue imaginaire du Pont du Rialto sous les eaux

Enfin, un grand espace sert à reconstituer à l’échelle réelle les grands lieux de pouvoir, la Place Saint-Marc et sa Basilique pour le pouvoir religieux, le Palais des Doges pour le pouvoir politique et militaire, afin de montrer l'importance de l’architecture.

Et au pied des trois grands écrans, une maquette du luxueux bateau du Doge (‘Bucintoro’ en italien) reproduit la magnificence de ce vaisseau galérien qui servait aux dignitaires de la Venise afin de parader aux yeux de tous.

Ce voyage virtuel peut donner envie à ceux qui ne connaissent pas Venise de s’y rendre, mais il est aussi un intéressant outil qui peut modifier notre regard, le rendre plus acéré, lors de nos visites dans des lieux anciens.

L'espace de la salle modulable (en rouge) de l'Opéra Bastille dédié à l'exposition 'Venise révélée'.

L'espace de la salle modulable (en rouge) de l'Opéra Bastille dédié à l'exposition 'Venise révélée'.

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Publié le 28 Août 2022

Hervé Lacombe, Histoire de l’opéra français, De la Belle Epoque au monde globalisé
Editions Fayard - Sortie le 11 mai 2022
ISBN : 978-2-213-70991-8
Nombre de pages 1520

Histoire de l’opéra français, De la Belle Epoque au monde globalisé - Présentation et impressions.

Le troisième et dernier tome de la série ‘Histoire de l’opéra français’ (mai 2022) dirigée par Hervé Lacombe en collaboration avec une centaine de chercheurs paraît après les deux premiers volumes ‘Du Consulat aux débuts de la IIe république’ (octobre 2020) et ‘Du Roi-Soleil à la Révolution’ (mars 2021), et ce qui nous touche dans cet ouvrage composé de 21 chapitres est son rôle de jonction entre le monde du passé et le monde d’aujourd’hui qu’il remplit avec beaucoup de force et une profusion de détails sur l’histoire des compositeurs, des œuvres et des institutions, inégalée à ce jour, au point qu’il rend compte de l’étendue du monde lyrique en nous faisant prendre conscience qu’il s’agit d’un univers de galaxies en expansion, alors que certains soi-disants ‘experts’ du domaine voudraient le réduire à un petit amas d’étoiles du passé perdu dans l’immensité de l’espace.

Jacques Rouché chez lui (1910)

Jacques Rouché chez lui (1910)

Sont ainsi racontés en premier lieu les prémices de la démocratisation et de la popularisation de l’opéra au cours de la IIIe République, le développement des nouvelles techniques de divertissement, le cinéma et le music-hall en particulier, le rôle des femmes dans la transmission, et les premières réflexions décentralisatrices pour encourager les créations en Province dont certaines seront reprises et primées à Paris (‘Salomé’ d’Antoine Mariotte – 1908).

Malgré la prégnance de Wagner en ce début de XXe siècle, l’implication des compositeurs français tels Debussy ou Dukas pour redécouvrir le répertoire français du passé, et l’intérêt des écrivains tels Cocteau, Gide ou Guitry pour imaginer les nouveaux livrets d’opéras, vont permettre, dans un premier temps, de donner de nouvelles formes à l’inspiration wagnériste - un focus est réalisé sur ‘Pelléas’ et Mélisande’, dont la prosodie se démarque des airs à numéros -. 

Puis, vient le succès du naturalisme musical (vérisme) en résonance avec le naturalisme littéraire (Zola), et cette recherche de nouvelles formes d’expressions se prolonge avec le groupe des six (Auric, Durey, Honneger, Milhaud, Poulenc et Tailleferre).

La grande période de Jacques Rouché à l’Opéra tente bien de limiter l’importance de Wagner, alors qu’une réflexion s’amorce sur les complémentarités entre l’institution parisienne et l’Opéra Comique au même moment que grandit l’opposition entre le Théâtre des Champs-Elysées, dépendant des mécènes, et le Théâtre du Châtelet, propriété de la ville de Paris.

L'entre Deux-Guerres voit aussi la renaissance de l’esprit d’Offenbach grâce à Reynaldo Hahn (‘Ciboulette’) et ses affinités avec André Messager, et l'ouvrage étudie également le rapport à l’exotisme au moment de l’Exposition coloniale de 1931 à travers, notamment, une étude de la commande de ‘Padmâvati’ d’Albert Roussel par Jacques Rouché.

Le retour à l’antiquité grecque (‘Oedipe’ de Georges Enesco, ‘Penélope’ de Gabriel Fauré) quand sont restaurés, dans le même temps, des sites archéologiques afin d’accueillir de grands festivals (Oranges, Nîmes) pose la question de ce que représente le néo-classicisme : ne s’agit-il pas d’un besoin de clarté tout en déformant les modèles du passé?

Cette première partie du XXe siècle démontre ainsi comment l’opéra absorbe les grands mouvements historiques et philosophiques d’une époque charnière, ce qui en fait un art vivant en perpétuel mouvement.

Le Renard - Ballet par Igor Stravinsky (1929)

Le Renard - Ballet par Igor Stravinsky (1929)

Mais vient rapidement la remise en cause de l’opéra, genre bourgeois par excellence. Et cette remise en cause est d’abord artistique avec, par exemple, la création à l’Opéra de ‘Renard’ de Stravinsky, proche du théâtre de foire. Il y a ainsi une volonté de s’échapper du genre opératique via le théâtre musical avec des œuvres telles ‘Socrate’ de Satie ou ‘L’histoire du Soldat’ de Stravinsky.

Ce qui n’empêche pas, parfois, des retours aux grands opéras, comme le démontre ‘Christophe Colomb’ de Darius Milhaud.

On découvre également l’essor des opéras en plein air et l’âge d’or des casinos français (où se jouent ‘Les Huguenots’ à Vichy, ‘Don Carlos’ et ‘Lohengrin’ à Monte-Carlo), mais qui s’essoufflent après la crise économique. 

Aux frontières, La Monnaie de Bruxelles apparaît alors comme un lieu d’élargissement possible du répertoire, à un moment où l'on parle de la disparition de la civilisation de l’Opéra, car la France néglige toujours de grandes œuvres de Strauss, Bartok ou Berg.

La crise s’avère féconde, car apparaît en filigrane des réflexions sur la nécessité de redonner toutes leurs places à la musique et à l’action. Et malgré le développement de l’opéra français aux Etats-Unis et en Grèce, son érosion est sensible.

Le chercheur Rémy Campos fait ainsi un constat sévère : ‘Le répertoire français n’est dès lors plus qu’une machine à nourrir la nostalgie d’auditeurs âgés en voie de disparition’.

En effet, en 1946, l’architecte et décorateur André Boll publie ‘La Grande Pitié du théâtre lyrique’ sur le délabrement du genre et l’impossibilité de le faire évoluer. Après la Seconde Guerre mondiale, l’avant garde, de Brecht à Boulez, rejette l’opéra. Et même Patrice Chéreau, en 1974, ne craint pas d’affirmer : ‘Quand je vois le public d’opéra que j’ai appris à découvrir, je me rends compte que ces gens me sont étrangers, sont la plupart d’une inculture saisissante, que je n’ai rien à leur dire, que je ne veux rien avoir à leur dire’.

« Domaine privé », Rolf Liebermann (prod. François Serrette / France Musique 1995) ©Getty

« Domaine privé », Rolf Liebermann (prod. François Serrette / France Musique 1995) ©Getty

Au cours des années 50 à 70, l’État laisse donc l’Opéra de Paris s’affaiblir. Tout un chapitre décrit alors le détail des subventions aux opéras, les aides à la création, la réorganisation des mandats des directeurs, les collaborations, le mécénat, la recherche sonore et l’Ircam, les librettistes (femmes notamment), et même les inspirations de films cultes.

Un historique passionnant de la R.T.L.N de 1944 à 1972 est développé pour comprendre les rôles du ministère et des directeurs sur cette période, leurs réflexions sur l’avenir de l’institution et les oppositions qu’ils rencontrent, les drames, jusqu’à l’arrivée de Rolf Liebermann. Les mandats des directeurs suivants, et particulièrement les mandats de Pierre Bergé, Hugues Gall, Gerard Mortier et Stéphane Lissner, sont étudiés, et il en va de même pour l’Opéra Comique, le Théâtre des Champs-Elysées et le Théâtre du Châtelet.

Sont également présentées les structures qui s’organisent à l’échelle nationale ou européennes telles la Réunion des Opéras de France (ROF), le club Opera Europa, FEDORA, ainsi que celles destinées à encourager la création (ENOA, MEDINEA).

Puis, plus d’une centaine de pages sont consacrées à l’historique des 24 structures d’opéras en régions et aux opéras de Versailles, de Massy et de Monte-Carlo. Il s’agit d’un voyage là aussi passionnant sur les rapports des villes et des régions à leurs opéras, les sensibilités des directeurs, l’évolution des salles, les changements de goût du public, qui fait prendre conscience qu’il y eut des hauts mais aussi des bas dont ces maisons se sont toujours sorties un jour où l’autre quand la volonté politique a prévalu.

Les festivals ne sont pas oubliés, dont celui de Vichy (1952-1963), mais, sauf erreur, les festivals populaires de Sanxay et de Saint-Céré, ainsi que le festival baroque de Beaune auraient mérité d’être présentés.

La création est abordée sous deux angles, l’innovation (Zimmermann) et la déconstruction (Nono), et aussi sur le rapport aux sources littéraires. Une large ouverture est offerte à des compositeurs qui sont une découverte même pour les passionnés d’opéras qui parcourent l'ouvrage. ‘Saint-François d’assise’ d’Olivier Messiaen apparaît finalement comme un aboutissement.

Tous les grands compositeurs des années 90 sont également évoqués (Hersant, Manoury, Dusapin, Fénélon ..), leurs styles musicaux comme les sujets qu’ils explorent avec une grande diversité, ce qui permet de dépasser la défiance exprimée par les avant-gardistes après la Seconde guerre mondiale.

Et effectivement, impossible de ne pas contempler à l’issue de cette partie le chemin parcouru en si peu de temps à l’échelle de la vie de l’opéra.

Philip Glass (compositeur) et Robert Wilson (metteur en scène)

Philip Glass (compositeur) et Robert Wilson (metteur en scène)

Mais l’ouvrage revient aussi sur la redécouverte du répertoire baroque dans les années 90 après le choc d’’Atys’ de Lully par les Arts Florissants en 1986, et sur l’accélération de l’intégration du répertoire français de l’Opéra Comique au répertoire de l’Opéra de Paris à partir des années 1970.

Puis, l’accueil tardif des œuvres russes, tchèques et surtout anglo-saxonnes (Britten, Philip Glass et son ‘Einstein on the Beach’) est présenté comme un mouvement qui recoupe les évolutions musicales que connaît la France à ce moment là.
Dans le prolongement des compositeurs des années 90, cinq compositeurs contemporains (Boesmans, Eötvös, Saariaho, Raskatov et Benjamin) sont analysés dans toute la verve de leur esprit, leurs techniques, et leurs lieux de découverte.

Et l’exploration du genre s’étend aux limites du théâtre musical, de la comédie musicale et de la programmation ‘jeune public’ jusqu’à son insertion dans la musique de cinéma.

Puis, la réflexion revient sur les plus récentes architectures (Bastille, Lyon …) sans omettre les défauts, et opère une plongée dans le monde numérique qui devient le nouveau support incontournable de l’opéra comme moyen de diffusion, mais aussi de création et d’ouverture sur le monde (‘La 3e scène' de l’Opéra de Paris).

Un des thèmes les plus importants de l’ouvrage à propos de l’évolution de la mise en scène d’opéra est confié à Isabelle Moindrot qui lui consacre pas moins de 80 pages. Les évolutions techniques (machineries, lumières, décors, costumes, espaces scéniques) sont détaillées et démontrent que de ce progrès découlent naturellement les évolutions et la modernisation des mises en scène, mais pas seulement. 

L’arrivée de metteurs en scène qui accordent de l’importance au sens profond des textes des œuvres, à la musique qui éclaire le texte, et à la vérité des gestes, bouscule le regard sur ces mêmes œuvres. Toutes les dimensions, y compris la langue des ouvrages, sont analysées, et les qualités théâtrales de certains grands chanteurs sont aussi mises en valeurs.

Et, à nouveau, l’opéra apparaît comme un art qui peut révéler et explorer des dimensions inconnues de l’art, ce que propose Robert Wilson avec sa gestuelle qui possède un univers propre qui croise les différents plans de la musique comme s’il s’agissait d’ouvrir des espaces multi-dimensionnels à l’infini pour rendre compte de la complexité des sens de la vie.

Isabelle Moindrot rappelle à juste titre que la mise en scène comprend deux parties, l’organisation de l’action scénique, d’une part, et le point de vue interprétatif, d’autre part. Cette seconde dimension, inhérente au théâtre, ne peut être niée, et, de fait, la mise en scène va permettre à l’opéra de se dégager des soupçons qui pèsent sur lui depuis près d’un siècle, et de le replacer dans le monde d’aujourd’hui.

Krzysztof Warlikowski (metteur en scène)

Krzysztof Warlikowski (metteur en scène)

Enfin, la relation à la presse est abordée par l’énumération des revues papiers depuis Lyrica (1925-1940) à Opéra Magazine (depuis 2005) et Avant Scène Opéra, et sont aussi présentés tous les grands sites numériques français (ainsi que leurs créateurs) à dominante lyrique qui se sont imposés auprès du grand public et des professionnels (Forum Opera, Opera Online (et son célèbre critique Dominique Adrian, alias 'MusicaSola' sur twitter), ResMusica, Olyrix), consultés tous les mois par des milliers de lecteurs – sans oublier de citer, bien que localisé en Suisse, le site de Guy Cherqui, Wanderersite, toujours d’une haute précision dans ses analyses -, qui permettent ainsi de croiser les points de vue et d’avoir la vision la plus large possible sur ce genre toujours sous le feu des préjugés.

Le dernier chapitre, un peu prématuré, tente de tracer une analyse de six grandes scènes internationales au début du XXIe siècle sur une période un peu trop courte (2005 à 2015 seulement) et compare différents modèles économiques et de répertoire, toutes ces maisons ayant en commun un besoin important de financements publics ou privés pour finalement se consacrer à un répertoire dominé par le XIXe siècle.

Et l’on retient surtout à la fin de cette seconde décennie du XXIe siècle que s’il y a bien un vieillissement du public, celui-ci est général et concerne aussi le public rock, si bien que l’on peut voir avec optimisme les politiques pour les jeunes qui commencent à porter leurs fruits, et d’envisager avec le sourire l’avenir de l’opéra.

Véritablement, cet ouvrage est une ode à l’opéra et à toutes ses contradictions qui permet d’asseoir les fondements d’un genre qui n’a pas fini de se diffuser et de se transformer.

Et le jeudi 20 octobre 2022, Hervé Lacombe s'est vu remettre au Théâtre des Champs-Elysées le prix Georges Bizet pour 'Histoire de l’opéra français, De la Belle Epoque au monde globalisé', prix qui récompense le meilleur livre d'Opéra de l'année. Dans la catégorie Danse, c'est Hugo Marchand qui a été récompensé à la même occasion pour son libre 'Danser'.

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Publié le 2 Avril 2022

Présentation de la saison Lyrique 2022 / 2023 de l’Opéra national de Paris
Le mercredi 30 mars 2022 à l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand et le samedi 02 avril 2022 au Palais Garnier

Le salon Berlioz de l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand

Le salon Berlioz de l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand

Le 30 mars 2022 à 11h30, la seconde saison d’Alexander Neef à la direction de l’Opéra national de Paris a été officiellement dévoilée au grand public sur le site internet de l’institution.
Elle comprend 3 nouvelles productions et 3 coproductions, dont 1 nouveauté pour le répertoire, et 11 reprises.

Aux 17 œuvres scéniques jouées dans les grandes salles, s’ajoute une production de l’Académie de l’Opéra de Paris qui sera jouée au théâtre de l’Athénée pour un total de 188 représentations lyriques.

La présentation de cette saison à l’Association pour le Rayonnement de L’Opéra de Paris a eu lieu le soir même à l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand, après deux ans d’annulation pour cause de pandémie, et Alexander Neef et Aurélie Dupont ont réitéré à deux reprises cette présentation aux abonnés quelques jours après, le samedi 02 avril 2022.

De nombreuses interviews de metteurs en scène tels Lydia Steier, Robert Carsen, Krzysztof Warlikowski, Deborah Warner, Thomas Jolly ou Valentina Carrasco ont été projetées en séance afin de permettre aux spectateurs d’avoir une première approche des questions que posent ces œuvres.

Jean-Yves Kaced (Directeur de l'AROP) et Alexander Neef (Directeur général de l'Opéra de Paris)

Jean-Yves Kaced (Directeur de l'AROP) et Alexander Neef (Directeur général de l'Opéra de Paris)

Après ‘A Quiet Place’ de Leonard Bernstein que le public a découvert en février et mars 2022, un second ouvrage américain, ‘Nixon in China’ de John Adam, fait ses débuts à l’Opéra de Paris – une interview de Gustavo Dudamel met en valeur les qualités de sa musique -, et ‘Peter Grimes’ de Benjamin Britten revient enfin à l’affiche, ce qui confirme qu’un chemin s’ouvre durablement à l’Opéra de Paris pour le répertoire anglo-saxon du XXe siècle.

Bleuenn Battistoni, Guillaume Diop, Kseniia Proshina, Fernando Escalona, Alexander Neef et Aurélie Dupont

Bleuenn Battistoni, Guillaume Diop, Kseniia Proshina, Fernando Escalona, Alexander Neef et Aurélie Dupont

Ce qui frappera sans doute les auditeurs au cours des différentes présentations est le soin avec lequel Alexander Neef aura décrit comment se construisent des équipes réunissant chanteurs, metteurs en scène et chefs d’orchestre autour de ces ouvrages.

Et en fin de soirée, les lauréats des prix de l'AROP 2020/2021 seront récompensés en personnes, Bleuenn Battistoni et Guillaume Diop pour les Prix de la Danse, Kseniia Proshina et Fernando Escalona pour les Prix Lyriques.

Lydia Steier - metteur en scène de 'Salomé' en octobre/novembre 2022

Lydia Steier - metteur en scène de 'Salomé' en octobre/novembre 2022

Les nouvelles productions

Salomé (Richard Strauss – 1905) – Nouvelle production
Du 15 octobre au 05 novembre 2022 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Simone Young, mise en scène Lydia Steier
Elza van den Heever, Zoran Todorovich, Karita Mattila, Iain Paterson, Tansel Akzeybek, Katharina Magiera, Matthäus Schmidlechner, Éric Huchet, Maciej Kwaśnikowski, Mathias Vidal, Sava Vemić, Luke Stoker, Yiorgo Ioannou, Dominic Barbieri, Bastian Thomas Kohl, Alejandro Baliñas Vieites, Thomas Ricart
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 30 septembre 2011

La dernière production maison d’un opéra de Richard Strauss qui se soit durablement installée au répertoire et celle de ‘Capriccio’ créée en juin 2004 au Palais Garnier. C’est dire que cette nouvelle production de ‘Salomé’ est très attendue. Le désir de remettre en question cette œuvre fidèle à la pièce d’Oscar Wilde s’exprime par le choix d’une équipe féminine qui réunit la metteur en scène américaine Lydia Steier et la directrice musicale australienne Simone Young, ainsi qu’une artiste très importante pour Alexander Neef, la soprano sud-africaine Elza van den Heever
Ce sera aussi l’occasion de retrouver dans le rôle d’Hérodias la soprano finlandaise Karita Mattila, inoubliable Salomé sur cette même scène à l’automne 2003.


Peter Grimes (Benjamin Britten – 1945) – Coproduction Teatro Real, Madrid, Royal Opera House Covent Garden, Londres et Teatro dell’Opera, Rome
Du 26 janvier au 19 février 2023 (9 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Joana Mallwitz, mise en scène Deborah Warner
Allan Clayton, Maria Bengtsson, Simon Keenlyside, Catherine Wyn-Rogers, Anna-Sophie Neher, Ilanah Lobel-Torres, John Graham-Hall, Clive Bayley, Rosie Aldridge, James Gilchrist, Jacques Imbrailo, Stephen Richardson
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 07 février 2004

Opéra sur la marginalité et sur l’opposition d’un individu à la foule, ‘Peter Grimes’ vise, à l’instar du ‘Wozzeck’ d’Alban Berg qui illustre un thème semblable, à attirer la compassion sur un homme mis au ban par la société dont il s’écarte de plus en plus. 
Deborah Warner, qui a été récompensée à plusieurs reprises pour sa production de ‘Billy Budd’ créée en 2017 au Teatro Real de Madrid, fait enfin ses débuts à l’Opéra de Paris et retrouve Allan Clayton dans le rôle titre.

Krzysztof Warlikowski - metteur en scène de 'Hamlet' en mars/avril 2023

Krzysztof Warlikowski - metteur en scène de 'Hamlet' en mars/avril 2023

Hamlet (Ambroise Thomas – 1868) – Nouvelle production
Du 11 mars au 09 avril 2023 (10 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Thomas Hengelbrock, mise en scène Krzysztof Warlikowski
Ludovic Tézier, Jean Teitgen, Julien Behr, Clive Bayley, Frédéric Caton, Julien Henric, Eve-Maud Hubeaux, Lisette Oropesa / Brenda Rae
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 28 septembre 1938

Placé parmi les 12 ouvrages les plus joués au Palais Garnier jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, ’Hamlet’ est le dernier Grand opéra français créé à la salle Le Peletier avant qu’elle ne soit détruite par un incendie. Cet opéra en cinq actes totalisa près de de 300 représentations au total.

Sur une musique gracieuse et mélodique, Ambroise Thomas a adapté pour le public français un des chefs-d’œuvre de Shakespeare en le centrant sur l’amour entre Ophélie et le héros.
Alexander Neef a confié le rôle titre au plus grand baryton français actuel, Ludovic Tézier
Et lorsqu’il lui a demandé avec quel metteur en scène il souhaitait travailler, le chanteur a proposé Krzysztof  Warlikowski dont il avait énormément apprécié l’intelligence musicale et le travail scénique pour ‘Don Carlos’ en 2017, autre Grand opéra français de Giuseppe Verdi créé un an avant ‘Hamlet’.

Cela tombe bien, car c’est avec la pièce de Shakespeare, ‘Hamlet’, que Krzysztof Warlikowski s’est fait connaître en France au Festival d’Avignon en 2001.


Nixon in China (John Adams – 1987) – Nouvelle production
Du 25 mars au 16 avril 2023 (8 représentations à l’opéra Bastille)
Direction musicale Gustavo Dudamel, mise en scène Valentina Carrasco

Xiaomeng Zhang, Thomas Hampson, Joshua Bloom, Yajie Zhang, John Matthew Myers, Renée Fleming, Kathleen Kim
Entrée au répertoire

Écrit plus de 10 ans après la rencontre historique entre Richard Nixon et Mao Zedong à Pekin en 1972, ‘Nixon in China’ est considéré comme un des grands chefs-d’œuvre du XXe siècle créé le 22 octobre 1987 au Houston Grand Opera.
Gustavo Dudamel et Alexander Neef l’ont choisi pour la richesse de sa musique, où l’on ressent l’influence de Philip Glass, et pour son approche du contact entre les cultures qui, dans le contexte actuel, peut avoir une très forte résonance.
La musique de John Adams fait ainsi son entrée au répertoire de l’institution parisienne et Thomas Hampson et Renée Fleming seront de retour sur la scène Bastille pour défendre un spectacle qui verra les débuts de Valentina Carrasco à la mise en scène.

Présentation de la saison lyrique 2022 / 2023 de l’Opéra national de Paris

Ariodante (Georg Friedrich Haendel – 1735) – Coproduction Metropolitan Opera, New-York
Du 20 avril au 20 mai 2023 (11 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Harry Bicket, mise en scène Robert Carsen
The English Concert
Luca Pisaroni, Olga Kulchynska, Emily D'angelo, Eric Ferring, Christophe Dumaux, Tamara Banjesevic, Enrico Casari
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 15 mai 2001

Présenté par Alexander Neef comme ce qu’il considère être le chef-d’œuvre de Georg Friedrich Haendel, ‘Ariodante’ fut créé au Covent Garden Theatre de Londres 3 mois avant ‘Alcina’ qui a été repris à Garnier en décembre 2021, également dans une production de Robert Carsen
A cette occasion, le directeur musical du Santa Fe Opera, Harry Bicket, fera ses débuts à l’Opéra de Paris avec son ensemble The English Concert, ainsi que la soprano ukrainienne Olga Kulchynska.
Ce sera aussi le retour du contre-ténor français Christophe Dumaux sur la scène du Palais Garnier.


Roméo et Juliette (Charles Gounod – 1867) – Coproduction Teatro Real, Madrid
Du 17 juin au 15 juillet 2023 (15 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Carlo Rizzi, mise en scène Thomas Jolly
Elsa Dreisig / Pretty Yende, Léa Desandre / Marina Viotti, Benjamin Bernheim / Francesco Demuro, Maciej Kwaśnikowski, Thomas Ricart, Huw Montague Rendall / Florian Sempey, Sergio Villegas Galvain, Yiorgo Ioannou, Laurent Naouri, Jean Teitgen, Jérôme Boutillier
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 22 décembre 1985

Créée en 1867 au Théâtre Lyrique situé sur la place du Châtelet, la version de ‘Roméo et Juliette’ par Charles Gounod fut remaniée avec l’ajout d’un ballet pour entrer au répertoire de l’Opéra de Paris le 28 novembre 1888. Le Palais Garnier lui consacrera plus de 600 représentations, si bien que l’œuvre restera parmi les 12 titres les plus joués jusqu’aux années 1970.
Comme pour ‘Hamlet’, c’est à un metteur en scène shakespearien qu’est confiée cette nouvelle mise en scène. 
Nul doute que Thomas Jolly, qui avait interprété ‘Roméo au balcon’ en début de confinement en mars 2020, proposera une vision forte dont la référence à une épidémie de peste accentuera la prégnance de la Mort tout au long de l'histoire. 
Et la double distribution Elsa Dreisig / Benjamin Bernheim et Pretty Yende / Francesco Demuro, sous la direction de Carlo Rizzi, chef d'orchestre qui a fortement impressionné par sa lecture de ‘Cendrillon’ de Jules Massenet, promet d'avance de très grands soirs lyriques.

Détail d'une statue du salon Berlioz de l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand

Détail d'une statue du salon Berlioz de l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand

Les reprises

Tosca (Giacomo Puccini – 1900)
Du 03 septembre au 26 novembre 2022 (17 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Gustavo Dudamel / Paolo Bortolameolli, mise en scène Pierre Audi (2014)
Saioa Hernandez / Elena Stikhina, Joseph Calleja / Brian Jagde, Bryn Terfel / Gerald Finley / Roman Burdenko, Sava Vemic, Michael Covin, Philippe Rouillon, Renato Girolami, Christian Moungoungou

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 25 juin 2021

La Cenerentola (Gioacchino Rossini – 1817)
Du 10 septembre au 09 octobre 2022 (10 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Diego Matheuz, mise en scène Guillaume Gallienne (2017)
Dmitry Korchak, Vito Priante, Carlo Lepore, Martina Russomanno, Marine Chagnon, Gaëlle Arquez, Luca Pisaroni

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 26 décembre 2018

La Flûte enchantée (Wolfgang Amadé Mozart – 1791)
Du 17 septembre au 19 novembre 2022 (15 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Antonello Manacorda / Simone Di Felice, mise en scène Robert Carsen (2014)
René Pape / Brindley Sherratt, Michael Colvin, Pretty Yende / Christiane Karg, Caroline Wettergreen, Martin Gantner / Michael Kraus, Niall Anderson, Tobias Westman, Margarita Polonskaya, Mauro Peter / Pavel Petrov, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Katharina Magiera, Huw Montague Rendall / Iurii Samoilov

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 22 janvier 2021 (Captation à huis clos)

Les Capulet et les Montaigu (Vincenzo Bellini – 1830)
Du 21 septembre au 14 octobre 2022 (9 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Speranza Scappucci, mise en scène Robert Carsen (1995)
Jean Teitgen, Julie Fuchs, Anna Goryachova, Francesco Demuro, Krzysztof Bączyk

Œ
uvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 23 mai 2014

Détail du Plafond de Marc Chagall du Palais Garnier

Détail du Plafond de Marc Chagall du Palais Garnier

Carmen (Georges Bizet – 1875)
Du 15 novembre 2022 au 25 février 2023 (15 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Fabien Gabel, mise en scène Calixto Bieito (2017)
Michael Spyres / Joseph Calleja, Lucas Meachem / Étienne Dupuis, Marc Labonnette, Loïc Félix, Guilhem Worms / Tomasz Kumiega, Gaëlle Arquez / Clémentine Margaine, Golda Schultz /Adriana Gonzalez / Nicole Car, Andrea Cueva Molnar, Adèle Charvet

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 23 mai 2019

Les Noces de Figaro (Wolfgang Amadé Mozart – 1786)
Du 23 novembre au 28 décembre 2022 (12 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Louis Langrée, mise en scène Netia Jones (2002)
Gerald Finley, Miah Persson, Luca Pisaroni, Jeanine de Bique, Rachel Frenkel, Sophie Koch, James Creswell, Éric Huchet, Christophe Mortagne, Ilanah Lobel-Torres

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 18 février 2022

La Force du destin (Giuseppe Verdi - 1862)
Du 12 au 30 décembre 2022 (7 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Jader Bignamini, mise en scène Jean-Claude Auvray (2011)
James Creswell, Anna Netrebko / Anna Pirozzi, Ludovic Tézier, Russell Thomas, Elena Maximova, Ferruccio Furlanetto, Nicola Alaimo, Isabelle Druet, Florent Mbia, Carlo Bosi, Hyunsik Zee

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 09 juillet 2019

Tristan et Isolde (Richard Wagner – 1865)
Du 17 janvier au 4 février 2023 (7 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Gustavo Dudamel, mise en scène Peter Sellars (2005)
Mary Elizabeth Williams, Michael Weinius, Okka von der Damerau, Ryan Speedo Green, Eric Owens, Neal Cooper, Maciej Kwaśnikowski

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 09 octobre 2018

Le Palais Garnier le samedi 02 avril 2022 pour la présentation de la prochaine saison

Le Palais Garnier le samedi 02 avril 2022 pour la présentation de la prochaine saison

Le Trouvère (Giuseppe Verdi – 1853) – Coproduction Nederlandse Opera, Amsterdam et Teatro dell’Opera, Roma
Du 21 janvier au 17 février 2023 (9 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Carlo Rizzi, mise en scène Alex Ollé et Valentina Carrasco (2016)
Anna Pirozzi, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Judit Kutasi, Etienne Dupuis, Roberto Tagliavini, Yusif Eyvazov, Samy Camps, Shin Jae Kim,Chae Hoon Baek

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 14 juillet 2018

Lucia di Lammermoor (Gaetano Donizetti – 1835)
Du 18 février au 10 mars 2023 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Aziz Shokhakimov, mise en scène Andrei Serban (1995)
Mattia Olivieri, Brenda Rae, Javier Camarena, Thomas Bettinger, Adam Palka, Julie Pasturaud, Éric Huchet

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 16 novembre 2016

La Bohème (Giacomo Puccini – 1896)
Du 02 mai au 04 juin 2023 (12 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Michele Mariotti, mise en scène Claus Guth (2017)
Ailyn Pérez, Slávka Zámečníková, Joshua Guerrero, Andrzej Filończyk, Simone Del Savio, Gianluca Buratto, Franck Leguérinel, Luca Sannai, Bernard Arrieta, Pierpaolo Palloni, Paolo Bondi

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 31 décembre 2017

Présentation de la saison lyrique 2022 / 2023 de l’Opéra national de Paris

L’Académie de l’Opéra national de Paris

La Scala di seta (Gioacchino Rossini – 1812)
Du 29 avril au 06 mai 2023 (6 représentations à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet)

Direction musicale Jean-François Verdier, mise en scène Pascal Neyron
Artistes de l’Académie de l’Opéra national de Paris

Œuvre inédite à l’Opéra national de Paris

Présentation de la saison lyrique 2022 / 2023 de l’Opéra national de Paris

Premières impressions sur la saison 2022/2023

Dans sa structure, cette saison comporte une dissymétrie inédite, car sa première partie de septembre à décembre 2022 est quasi exclusivement constituée de reprises d’opéras joués au cours des 6 dernières années, alors que la seconde partie de janvier à juillet 2023 est principalement constituée de nouvelles productions.

Sont ainsi programmés les cinq titres les plus joués de l’institution depuis 50 ans, ‘Les Noces de Figaro’, ‘La Bohème’, ‘La Flûte enchantée’, ‘Carmen’ et ‘Tosca’, ce qui laisse entrevoir que cette saison a été pensée de façon à consolider ses recettes pour l’exercice 2022, afin de n’engager le renouvellement du répertoire qu’en 2023. 

Dans cette logique de sortie de crise ‘post-covid’, le nombre un peu plus réduit de nouvelles productions (6 au lieu de 8 en moyenne) se comprend, et on peut trouver des similarités entre cette saison et les premières saisons Hugues Gall dont l’objectif était de développer toute la puissance de l’Opéra Bastille. Ainsi, plus des 3/4 des soirées lyriques auront lieu la saison prochaine sur la scène Bastille, et 2/3 de ces soirées seront dédiées aux œuvres du XIXe siècle.

Les nouvelles productions

3 femmes metteurs en scène font leurs débuts à l’Opéra de Paris, Lydia Steier, Deborah Warner et Valentina Carrasco, toutes trois associées à des ouvrages du XXe siècle. 

Et en confiant ‘Hamlet’ et ‘Roméo et Juliette’ respectivement à Krzysztof Warlikowski et Thomas Jolly, Alexander Neef renforce sa ligne de développement du répertoire français historique de l’institution tout en la faisant reposer sur des metteurs en scène d’une très grande pertinence de par leur affinité avec l’écrivain commun à ces deux ouvrages, William Shakespeare.

Les reprises

Les reprises sont donc surtout l’occasion de découvrir de nouveaux artistes ou de grands artistes dans de nouveaux rôles, tels Gaëlle Arquez dans ‘La Cenerentola’ et ‘Carmen’Saioa Hernandez et Elena Stikhina dans ‘Tosca’, Julie Fuchs, Marianne Crebassa sous la direction de Speranza Scappucci dans ‘Les Capulet et les Montaigu’, Brenda Rae et Javier Camarena dans ‘Lucia di Lammermoor’, ou bien la direction de Louis Langrée pour ‘Les Noces de Figaro’ et celle de Gustavo Dudamel pour ‘Tristan und Isolde’.

Le répertoire anglo-saxon

Avec trois titres, ‘A Quiet Place’ , ‘Nixon in China’ et ‘Peter Grimes’,  en deux saisons, Alexander Neef a déjà programmé autant d’œuvres en langue anglaise que n’importe quel autre directeur de toute l’histoire de l’Opéra de Paris.  Ce point remarquable démontre sa détermination sur cette autre ligne de force qui devrait caractériser son mandat.

Paul Marque et Sae Eun Park dans un extrait du 'Lac des Cygnes' interprété lors de la présentation au Palais Garnier

Paul Marque et Sae Eun Park dans un extrait du 'Lac des Cygnes' interprété lors de la présentation au Palais Garnier

Les tarifs 2022/2023

Les tarifs de cette seconde saison sont stables et même en légère baisse avec une moyenne pour le lyrique de 119 euros la place à Bastille contre 120 euros pour la saison 2021/2022. La moitié des places sont ainsi à moins de 120 euros, 

Les deux spectacles aux tarifs les plus élevés à Bastille sont les représentations de ‘Roméo et Juliette’, en juin et début juillet 2023, et les représentations de ‘Tosca’ sous la direction de Gustavo Dudamel pour un prix moyen de 143 euros.

Mais les représentations de ‘Tosca’ sous la direction de Paolo Bortolameolli sont 20 % moins chères à 113 euros en moyenne, et les quatre dernières de ‘Roméo et Juliette’ au mois de juillet sont 10 % moins chères à 127 euros en moyenne.

Et parmi les nouvelles productions, celles de ‘Salomé’ et ‘Nixon in China’ disposent des prix les plus abordables avec une moyenne de 113 euros.

Enfin, les deux reprises les moins chères à Bastille sont ‘Les Capulet et Montaigu’ et ‘Lucia di Lammermoor’ à 90 euros en moyenne, deux productions de 1995 qui tiennent toujours la route.

L'évolution des prix de places à l'Opéra Bastille pour le lyrique de 1998/1999 à 2022/2023

L'évolution des prix de places à l'Opéra Bastille pour le lyrique de 1998/1999 à 2022/2023

Le détail de la saison lyrique et chorégraphique 2022 / 2023 de l'Opéra national de Paris est accessible sous le lien suivant : Programmation & Billets - Opéra national de Paris (operadeparis.fr)

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Publié le 25 Mars 2022

Présentation de la saison Lyrique 2022 / 2023 du Théâtre des Champs Élysées

Depuis le mercredi 23 mars 2022, la treizième saison de Michel Franck à la direction du Théâtre des Champs Élysées est officiellement dévoilée à travers une visioconférence diffusée en matinée.

Malgré l’impact de la crise sanitaire, cette saison s’inscrit dans la continuité des saisons passées et comprend 3 productions d’opéras en version scénique données sur un total de 16 soirées, une opérette 'La Périchole' jouée sur 10 soirées, 19 soirées d’opéras en version concert (dont 2 soirs pour 'La Fille du Régiment' et une matinée pour 'La Tragédie de Carmen') et 6 oratorio et œuvres religieuses (dont 3 'Requiem' de Mozart différents), 16 concerts symphoniques, 17 récitals vocaux, 22 récitals de piano, 12 concerts de l’orchestre de chambre de Paris, 3 autres concerts de musique de chambre, 22 concerts du dimanche matin (dont deux œuvres pour jeune public, 'Le Carnaval des animaux' par les Siècles, 'Don Quichotte' par La Croisée des Arts et l’Ensemble Ouranos), 4 ballets dansés sur 27 soirées (dont 16 soirées pour le 'Casse-Noisette' du Ballet de l’Opéra National de Kyiv) et 2 soirées de Théâtre musical ('J’ai des doutes').

Par ailleurs, une version de 'La Cenerentola' de Rossini ramenée à une durée d’une heure et quinze minutes sera créée pour le jeune public, et donnée en onze représentations sur le temps scolaire, ainsi que sur trois matinées tout public.
Ce spectacle sera une coproduction avec l’opéra de Rouen Normandie, l’AsLiCo-Teatro Sociale de Côme et l’opéra de Bordeaux.

Cette ligne programmatique se limite à 3 opéras en version scénique et une opérette pour un total de 26 soirées, mais avec la venue du Ballet de l’Opéra National de Kyiv au mois de décembre, un rendez-vous pris avant que la guerre en Ukraine ne soit déclarée, le nombre de soirées de danse retrouve son niveau habituel.

Les soirées d’opéras en version concert atteignent un nombre de représentations record, et, en y ajoutant les récitals vocaux et les oratorios, le théâtre conforte son assise sur ces répertoires vocaux.

En revanche, la part des concerts symphoniques continue de se réduire, mais les récitals de piano ont toujours droit à une part importante de la programmation.

Orphée et Eurydice (Christoph Willibald Gluck) - ms Robert Carsen

Orphée et Eurydice (Christoph Willibald Gluck) - ms Robert Carsen

Opéras et opérettes en version scénique

Orphée et Eurydice (Christoph Willibald Gluck)
21, 23, 25, 27, 29 septembre et 01 octobre (6 représentations)

Direction musicale Thomas Hengelbrock  Mise en scène Robert Carsen
Jakub Józef Orliński, Regula Mühlemann, Elena Galitskaya
Balthasar-Neumann-Ensemble, Balthasar-Neumann-Chor 
Coproduction Canadian Opera Company, Fondazione Teatro dell’Opera di Roma, Château de Versailles Spectacles, Lyric Opera of Chicago

La Perichole (Jacques Offenbach)
13, 14, 15, 18, 19, 20, 23, 24, 26, 27 novembre (10 représentations)

Direction musicale Marc Minkowski, Mise en scène Laurent Pelly
Marianne Crebassa, Antoinette Dennefeld, Stanislas de Barbeyrac, Laurent Naouri, Alexandre Duhamel, Rodolphe Briand, Lionel Lhote, Chloé Briot, Alix Le Saux, Eléonore Pancrazi, Natalie Pérez 
Les Musiciens du Louvre, Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Coproduction Opéra Royal de Wallonie, Bühnen Bern, Opéra de Dijon, Opéra de Toulon, Palazzetto Bru Zane Editions musicales Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française

Le Rossignol / Les Mamelles de Tirésias (Igor Stravinsky / Francis Poulenc)
10, 13, 15, 17, 19 mars (5 représentations)

Direction musicale François-Xavier Roth, Mise en scène Olivier Py
Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Chantal Santon, Laurent Naouri, Victor Sicard, Rodolphe Briand, Francesco Salvadori, Jean-Sébastien Bou, Lucile Richardot
Les Siècles, Ensemble Aedes 
Coproduction Opéra Nice Côte d’Azur 

La Bohème (Giacomo Puccini)
15, 17, 19, 22, 24 juin (5 représentations)

Direction musicale Lorenzo Viotti, Mise en scène Eric Ruf
Selene Zanetti, Pene Pati, Alexandre Duhamel, Francesco Salvadori, William Thomas, Amina Edris, Marc Labonnette, Benoît Rodolphe Briand
Orchestre National de France, Chœur Unikanti, Maîtrise des Hauts-de-Seine 
Coproduction Opéra National de Bordeaux, Angers-Nantes Opéra, Opéra de Saint-Étienne  

Théâtre des Champs-Elysées - Saison lyrique 2022 / 2023

Opéras et oratorio en version de concert

Iphigénie en Aulide (Christoph Willibald Gluck) le 07 octobre
Stéphanie D’Oustrac, Judith van Wanroij, Cyrille Dubois, Tassis Christoyannis, Jean-Sébastien Bou, David Witczak, Anne-Sophie Petit, Jehanne Amzal, Marine Lafdal-Franc

Julien Chauvin direction, Le Concert de la Loge,  Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles

Zoroastre (Jean-Philippe Rameau) le 16 octobre
Jodie Devos, Véronique Gens, Reinoud Van Mechelen, Tassis Christoyannis, Mathias Vidal, David Witczak, Gwendoline Blondeel, Marine Lafdal-Franc

Alexis Kossenko direction, Les Ambassadeurs~La Grande Ecurie, Chœur de chambre de Namur 

Ariodante (Georg Friedrich Haendel) le 07 novembre
Franco Fagioli, Melissa Petit, Sarah Gilford, Luciana Mancini, Nicholas Phan, Alex Rosen 
George Petrou direction, Il Pomo d’Oro

Hérodiade (Jules Massenet) le 25 novembre
Nicole Car, Jean-François Borras, Ekaterina Semenchuk, Etienne Dupuis
Daniele Rustioni direction Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Lyon 

Daniele Rustioni

Daniele Rustioni

La Tragédie de Carmen (Georges Bizet) le 27 novembre matin
Julie Robard-Gendre, Marianne Croux, Sébastien Droy, Thomas Dolié, Nicolas Vial, Laurent Evuort-Orlandi

Fiona Monbet direction Ensembe Musical Miroirs Etendus 

Requiem (Wolfgang Amadeus Mozart) le 02 décembre
Amina Edris, Eléonore Pancrazi, Amitai Pati, Alexandre Duhamel

Hervé Niquet direction, Orchestre de chambre de Paris, Chœur du Concert Spirituel

Lakmé (Léo Delibes) le 14 décembre
Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Fleur Barron, Pierre Doyen, Lionel Lhote, Erminie Blondel, Charlotte Bonnet, Svetlana Lifar

Laurent Campellone direction, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo

Stabat Mater (Giovanni Battista Pergolesi) le 07 janvier
Bruno de Sá, Carlo Vistoli

Thibault Noally direction, Orchestre National d’Auvergne

Requiem (Wolfgang Amadeus Mozart) le 15 janvier matin
Transcription pour chœur, solistes et piano à quatre mains de Carl Czerny

Henri Chalet direction, Chœur et solistes de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris 

Christophe Rousset

Christophe Rousset

Thésée (Jean-Baptiste Lully) le 22 mars
Mathias Vidal, Karine Deshayes, Deborah Cachet, Marie Lys, Bénédicte Tauran, Robert Getchell, Fabien Hyon, Philippe Estèphe

Christophe Rousset direction, Les Talens Lyriques, Chœur de chambre de Namur

Così fan tutte (Wolfgang Amadeus Mozart) le 24 mars
Julia Lezhneva, Emőke Baráth, Sandrine Piau, Paolo Fanale, Vittorio Prato, Andrew Murphy 

Giovanni Antonini direction, Basler Madrigalisten

Médée (Marc-Antoine Charpentier) le 27 mars
Véronique Gens, Cyrille Dubois, Judith van Wanroij, Thomas Dolié, David Witczak, Hélène Carpentier, Chloé Briot, Adrien Fournaison, Floriane Hasler, David Tricou, Fabien Hyon, Jehanne Amzal, Marine Lafdal-Franc

Hervé Niquet direction, Le Concert Spirituel

Vêpres solennelles d’un confesseur / Requiem (Wolfgang Amadeus Mozart) le 28 mars
Kateryna Kasper, Marie Henriette Reinhold, Julian Habermann, Johannes Kammler

Hans-Christoph Rademann direction, Chœur et orchestre du Gaechinger Cantorey 

I Puritani (Vincenzo Bellini) le 01 avril
Jessica Pratt, Xabier Anduaga, Gabriele Viviani, Krzysztof Bączyk, Tamara Bounazou, Pascal Gourgand, Alban Dufourt

Giacomo Sagripanti direction, Orchestre de chambre de Paris, Chœur Les Eléments

Véronique Gens

Véronique Gens

La Fille du régiment (Gaetano Donizetti) le 03 et 05 avril
Jodie Devos, Sahy Ratia, Marc Labonnette, Doris Lamprecht, Philippe Ermelier, Felicity Lott, Matthieu Justine

Hervé Niquet direction, Orchestre de la Garde républicaine, Chœur de l’Armée française, Chœur de femmes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris 

Messe en ut (Wolfgang Amadeus Mozart) le 04 avril
Ekaterina Bakanova, Ana Maria Labin, Krystian Adam, Luigi De Donato

Jean-Christophe Spinosi direction, Ensemble Matheus

Die Schöpfung (Joseph Haydn) le 20 avril
Slávka Zámečníková, Allan Clayton, Matthias Goerne

Andrés Orozco-Estrada direction, Orchestre National de France, Chœur de Radio France

Tolomeo ( Georg Friedrich Haendel) le 03 mai
Jakub Józef Orliński, Giuseppina Bridelli, Katharina Konradi, Andrea Mastroni, Paul-Antoine Bénos-Djian

Francesco Corti direction, l Pomo d’Oro

Castor et Pollux (Jean-Philippe Rameau) le 13 mai
Judith van Wanroij, Véronique Gens, Reinoud Van Mechelen, Tassis Christoyannis, Olivia Doray, Hasnaa Bennani, David Witczak, Antonin Rondepierre

György Vashegyi direction, Orfeo Orchestra – Purcell Choir

Der fliegende Holländer (Richard Wagner) le 15 mai
James Rutherford, Ingela Brimberg, Maximilian Schmidt, Karl-Heinz Lehner, Dmitri Yvanchey, Dalia Schaechter

François-Xavier Roth direction, Les Siècles – Chœur de l’Opéra de Cologne

François-Xavier Roth

François-Xavier Roth

L’Incoronazione di Poppea (Claudio Monteverdi) le 24 mai
David Hansen, Mari Eriksmoen, Rihab Chaieb, Emiliano Gonzalez Toro, Lauranne Oliva, Philippe Talbot, Anders Dahlin, Nicolas Brooymans, Mathias Vidal, Natalie Pérez, Mathilde Etienne

Emiliano Gonzalez Toro direction, I Gemelli, Mathilde Etienne mise en espace

Orlando furioso (Antonio Vivaldi) le 25 mai
Carlo Vistoli, Marie-Nicole Lemieux, Filippo Mineccia, Margherita Maria Sala, Ana Maria Labin, Luigi De Donato

Jean-Christophe Spinosi direction, Ensemble Matheus

Fausto (Louise Bertin) le 20 juin
Karine Deshayes, Karina Gauvin, Ante Jerkunica, Nico Darmanin, Marie Gautrot, Diana Axentii, Thibault de Damas

Christophe Rousset direction, Les Talens Lyriques, Chœur de la Radio flamande

Grisélidis (Jules Massenet) le 04 juillet
Vannina Santoni, Frédéric Antoun, Thomas Dolié, Tassis Christoyannis, Antoinette Dennefeld, Adèle Charvet, Thibault de Damas, Adrien Fournaison

Jean-Marie Zeitouni direction, Chœur et orchestre de l’Opéra national Montpellier Occitanie

Joyce DiDonato

Joyce DiDonato

Les Récitals vocaux :

Masterclass de Karine Deshayes, David Zobel piano, le 24 septembre
Joyce DiDonato - Ives, Portman, Mahler, Marini, Mysliveček, Copland, Valentini, Cavalli, Gluck, Haendel le 05 octobre
Eva Zaïcik – Vivaldi, le dimanche 09 octobre matin
Matthias Goerne – Schubert le 12 novembre
Julie Fuchs et ses invités - Mozart le 21 novembre
Renée Fleming - Rachmaninov le 15 janvier

Michael Spyres et Lawrence Brownlee

Michael Spyres et Lawrence Brownlee

Lawrence Brownlee, Michael Spyres  – Rossini, Donizetti, Verdi, Boieldieu, Meyerber, Bizert, Adam le 22 janvier
Peter Mattei - Schubert le 26 janvier
Sandrine Piau, Karina Gauvin, Cyrille Dubois, Robert Gleadow  - Gala Mozart le 28 janvier
Julian et Christoph Prégardien, Lars Vogt – Beethoven, Schubert le 09 février
Philippe Jaroussky, Thibaut Garcia – Giordani, Caccini, Dowland, Purcell … le 19 février matin
Marina Rebeka, Karine Deshayes  - Donizetti, Rossini, Bellini le 21 mars
Philippe Jaroussky - Boësset, Bataille, De Bailly, Guédron, Moulinié, Lambert, Monteverdi, Rossi, Purcell le 29 mars
Julia Lezhneva, Carlo Vistoli - Porpora, Haendel, Graun, Vivaldi le 10 mai
Natalie Dessay, Philippe Cassard - Fanny Hensel-Mendelssohn, Clara Schumann, Alma Mahler, Massenet, Gounod, Debussy, Poulenc, Stravinsky le 22 mai
Rolando Villazón - Donizetti, Verdi, Massenet Zarzuelas et chansons napolitaines le 29 juin
La Folle soirée de l’Opéra Radio Classique - Airs d'opéras les 24 et 25 juin

Théâtre musical :

J’ai des doutes - François Morel, Antoine Sahler / Romain Lemire piano les 14 et 15 février

Patricia Petibon

Patricia Petibon

Concerts (sélection subjective)

Les Siècles, François-Xavier Roth - Stravinsky L’Oiseau de feu, Petrouchka, Le Sacre du printemps le 30 septembre

Igor Levit, piano  – Schumann, Hersch, Wagner Prélude, Liszt  le 06 octobre

Nemanja Radulović - Le monde dans un violon, Musiques traditionnelles et populaires (Russie, Serbie, Inde, Argentine, Espagne, Cuba, Brésil, Irlande...) le 18 octobre

Quatuor Hanson – Stravinsky, Mozart, Bartok le dimanche 23 octobre

Les Siècles François-Xavier Roth, Patricia Petibon – Schoenberg, Berg, Mahler le 06 novembre

Orchestre de chambre de Paris, Trevor Pinnock - Les Vents Français Cimarosa, Mozart, Danzi le 15 décembre

Les Siècles François-Xavier Roth – Debussy, Roussel, Lalo, Dukas, Massenet, Ravel le 10 janvier

Netherlands Philharmonic Orchestra, Lorenzo Viotti, Matthias Goerne – Webern, Mahler, Brahms le 24 janvier

Nikolaï Lugansky – Intégrale Rachmaninov I le 01 février

Konzertmeister der Berliner Philharmoniker I – Brahms, Mozart le 06 février

Konzertmeister der Berliner Philharmoniker II – Brahms, Mozart le 07 février

Nikolaï Lugansky – Intégrale Rachmaninov II le 14 mars

Till Fellner, piano – Mozart, Lizt, Beethoven, Haydn le 19 mars matin

ONF, Cristian Măcelaru, Diana Damrau – Messiaen, Strauss, Tchaïkovski le 30 mars

Nelson Goerner, piano - Sol Gabetta, violoncelle – Mendelssohn,  Brahms, Franck le 11 avril

Cédric Tiberghien, piano – Bach-Brahms, Mozart, Beethoven le 16 avril matin

Mikhaïl Pletnev, piano – Brahms, Dvořák le 18 avril

Wiener Philharmoniker, Jakub Hrůša – Janáček,  Prokofiev, Chostakovitch le 14 mai

Nikolaï Lugansky – Intégrale Rachmaninov III le 23 mai

Elisabeth Leonskaja, piano - Streichquartett der Staatskapelle Berlin – Schumann, Chostakovitch le 14 juin

Orchestre de chambre de Paris, Hervé Niquet, David Kadouch – Compositrices romantiques le 23 juin 

ONF - Grand Concert Radio Classique le30 juin et 01 juillet

Giselle par Akram Khan

Giselle par Akram Khan

Première impression sur la saison 2022 / 2023

Avec 11 opéras en version de concert d’après Lully, Charpentier, Rameau, Gluck, Bertin, Donizetti, Bizet et Massenet et deux opéras en version scénique (diptyque 'Le Rossignol / Les Mamelles de Tiresias' par Olivier Py et 'La Perichole' par Laurent Pelly), la langue française représente la moitié des représentations lyriques programmées cette saison, du jamais vu depuis des décennies en ce théâtre.

Le Théâtre des Champs-Élysées devient ainsi le paradis des chanteurs francophones. On peut ainsi citer de manière non exhaustive : Marianne Crebassa, Stanislas de Barbeyrac, Laurent Naouri, Alexandre Duhamel, Rodolphe Briand, Lionel Lhote, Chloé Briot, Alix Le Saux, Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Chantal Santon, Victor Sicard, Jean-Sébastien Bou, Lucile Richardot, Marc Labonnette, Stéphanie D’Oustrac, Anne-Sophie Petit, Jodie Devos, Véronique Gens, Reinoud Van Mechelen, Mathias Vidal, Melissa Petit, Jean-François Borras, Etienne Dupuis, Julie Robard-Gendre, Marianne Croux, Sébastien Droy, Thomas Dolié, Erminie Blondel, Charlotte Bonnet, Karine Deshayes, Philippe Estèphe, Sandrine Piau, Doris Lamprecht, Philippe Talbot, Marie-Nicole Lemieux.

Et on ne saurait que hautement recommander d’assister à quelques jours d’intervalle au ‘Thésée’ de Jean-Baptiste Lully ( le 22 mars) suivi du ‘Médée’ de Marc-Antoine Charpentier (le 27 mars), deux ouvrages créés à l’Académie Royale de Musique sous Louis XIV, d'après un même thème mythologique.

Le répertoire italien est un peu moins représenté parmi les versions de concerts (aucun Rossini - hormis 'La Cenerentola' pour le jeune public -, ou Verdi n’est à l’affiche), mais Puccini a droit à un opéra en version scénique, ‘La Bohème’, et le belcanto pourra s’appuyer sur ‘I Puritani’ de Bellini

Sous la poussée de l’opéra français, le répertoire vocal allemand poursuit son retrait de la scène du Théâtre des Champs-Élysées, répertoire auquel ne restent plus que ‘Die Schöpfung’ de Joseph Haydn et ‘Der fliegende Holländer’ de Richard Wagner, et Jean-Sébastien Bach est totalement absent.

Quant à la langue latine, elle pourra surtout compter sur 3 versions différentes du 'Requiem' de Mozart respectivement interprété par le Chœur du Concert Spirituel le 02 décembre, le Chœur de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris le 15 janvier matin et le Chœur de chambre de Namur le 28 mars, puis la 'Messe en Ut' de Mozart et le traditionnel 'Stabat Mater' de Pergolese.

Pour la première fois, la langue italienne n’est donc plus majoritaire, mais les fondamentaux du Théâtre des Champs-Élysées sont toujours respectés (80 % du répertoire lyrique consacré au XVIIIe et XIXe siècle).

Casse-Noisette par le Ballet de l’Opéra National de Kyiv

Casse-Noisette par le Ballet de l’Opéra National de Kyiv

Et la collaboration en résidence de François-Xavier Roth et son orchestre Les siècles se poursuit non seulement en opéra scénique (Le Diptyque Stravinsky / Poulenc) et opéra de concert (‘Le Vaisseau Fantôme’), mais également à travers une soirée dédiée aux trois ballets de Stravinsky 'L’Oiseau de feu', 'Petrouchka', 'Le Sacre du printemps', un concert avec Patricia Petibon, et une soirée entièrement vouée aux compositeurs français fin XIXe et début XXe siècle.

L’intégrale Rachmaninov par Nikolaï Lugansky, la ‘Gisèle’ d’Akram Khan et le ‘Casse-Noisette’ du Ballet de l’Opéra National de Kyiv seront probablement d’autres temps forts de la programmation.


L'intégralité de la saison c'est ici : Saison 2022/2023 | Programmation | Théâtre des Champs-Elysées 

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Publié le 23 Janvier 2022

Exposition de la collection Mikhaïl (1870-1903) et Ivan (1871-1921) Morozov
Du 22 septembre 2021 au 03 avril 2022
Fondation Louis Vuitton - avenue Mahatma Gandhi, Paris

Visites du 18 et 22 janvier 2022

L'entrée de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton

L'entrée de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton

Cinq ans après avoir consacré une exposition à la collection Chtchoukine, la Fondation Vuitton présente l’autre grande collection russe qui réunissait aussi des œuvres de l’art contemporain moderne, la collection Morozov. Toutes deux permirent l’émergence de l’art expressionniste français à un moment où, en France, on ne souhaitait pas trop acheter des œuvres de peintres modernes.

Portrait de l’artiste Konstantine Korovine (1891) par Valentin Serov. Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Portrait de l’artiste Konstantine Korovine (1891) par Valentin Serov. Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Une première salle présente les portraits de la famille Morozov dont les deux frères principaux et leur mère. 
Mikhaïl Morozov, l’aîné, né en 1870, et dépeint par un immense portrait gris-anthracite de Valentin Serov, était originaire d’une des plus riches familles de Russie, composée de vieux croyants orthodoxes, qui possédait des manufactures de coton. Cette famille avait le goût du travail car le fondateur de cette dynastie avait été serf.

Mikhaïl était un entrepreneur russe avisé et fut même le sujet d’une pièce de Soumbatov-Youjine « Un gentleman » (1897). Il mourut jeune en 1903 à l’âge de 33 ans, et c’est lui qui va démarrer cette collection avec 39 œuvres d’art françaises et 44 œuvres russes. Car si à Saint-Pétersbourg les Tsars et les aristocrates collectionnaient déjà les œuvres des artistes les plus célèbres, à Moscou, ce sont des investisseurs privés et des entrepreneurs qui se mirent à collectionner des œuvres d’art et à ouvrir des galeries.

Le « Salon de musique » de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov

Le « Salon de musique » de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov

Yvan, son jeune frère cadet d’un an, avait commencé à apprendre à dessiner dès l’âge de 9 ans, et eut comme professeurs plusieurs peintres très connus dont Constantin Korovine qui est représenté dans une pose décontractée par Valentin Serov. Yvan ne sera pas peintre, car après des études à Zurich il devra revenir en Russie pour reprendre la direction des manufactures à Tyer.
C’est seulement en 1900 qu’il s’installe à Moscou où habitait son frère Mikhaïl, sa présence n’étant plus nécessaire à Tver

Il va rencontrer chez lui des peintres russes contemporains et se mettre lui aussi à collectionner des œuvres d’art. Il s’intéresse ensuite à la peinture française moderne, et c’est cette fusion avec la peinture moderne russe qui va faire la vie d’Ivan Morozov.

Yvette Guilbert chantant Linger Longer Loo par Henri de Toulouse-Lautrec (1894). Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Yvette Guilbert chantant Linger Longer Loo par Henri de Toulouse-Lautrec (1894). Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Sa collection comprenait des œuvres de Vincent Van Gogh, Auguste Renoir, Paul Cézanne, Pablo Picasso ou encore Henri Matisse.
Il y avait aussi des peintres russes parmi lesquels Mikhaïl Vroubel, Alexandre Golovine, Natalia Gontcharova, Constantin Korovine ou Valentin Serov.

La salle suivante intitulée « l’invention d’un regard » pose les bases du goût pour le portrait. On y trouve des œuvres achetées par les deux frères, des Renoir,  mais aussi la chanteuse et artiste de cabaret « Yvette Guilbert » par Toulouse-Lautrec.

Galerie de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov

Galerie de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov

Un peu à l’écart, dans un espace sombre, le visiteur est immédiatement plongé dans l’univers de l’Hôtel particulier qu’Ivan Morozov transforma à Moscou en galerie privée où tous les murs étaient couverts de toiles. Des photographies noir et blanc rendent avec force la densité incroyable de chefs-d’œuvre réunis en un espace aussi réduit.

Portrait d’Ambroise Vollard (1910) par Pablo Picasso. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Portrait d’Ambroise Vollard (1910) par Pablo Picasso. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Ivan Morozov commence à se rendre très régulièrement à Paris à partir de 1907 pour dénicher de nouvelles peintures au Salon d’automne et au Salon des indépendants. Il logeait en face du Palais Garnier, mais n’avait pas le temps d’aller à l’Opéra, car il était attiré par le quartier Montmartre où se trouvait notamment la boutique du marchand d’art Ambroise Vollard. Les carnets où il notait méticuleusement les prix de tout ce qu’il achetait sont conservés aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou.

Boulevard des Capucines (1873) par Claude Monet. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Boulevard des Capucines (1873) par Claude Monet. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Une vaste salle présente la richesse de couleurs de peintures de paysages et de moments de vie parisiens, thèmes autour desquels artistes français et russes sont mis en correspondance. La fascination pour Paris et sa région, avec Louveciennes, Fontainebleau, Montgeron, et aussi le pays d’Aix est superbement mise en valeur. L’intelligence d’Ivan consistait à savoir réunir des œuvres dispersées sur le marché tels ces deux Claude Monet, "Un Coin de jardin à Montgeron" et "L’Étang à Montgeron", dont ce dernier peut être considéré comme une matrice des Nymphéas.

Exposition de la Collection Morozov à la Fondation Louis Vuitton
"Un Coin de jardin à Montgeron" et "L’Étang à Montgeron" (1876) par Claude Monet.  Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

"Un Coin de jardin à Montgeron" et "L’Étang à Montgeron" (1876) par Claude Monet. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Un peu plus loin, d’autres tableaux montrent les quais de Seine parisiens peints par André Marquet - certains sont à Moscou, d'autres à Saint-Pétersbourg - qui permettent de découvrir Notre Dame de Paris l’année de la crue historique de 1910 dans une atmosphère triste et désolée.

Notre-Dame sous la pluie (1910) par André Marquet. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Notre-Dame sous la pluie (1910) par André Marquet. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Puis, l’univers polynésien de Paul Gauguin mélange nature fleurie, exotisme et mysticisme, un monde que la France, à cette époque, ne voulait pas voir, et donc qui était encore plus étrange vu depuis la Russie. Dans « Le grand Bouddha », qui n’en n’est pas un, le dernier repas du Christ s’invite même pour annoncer la Mort, en arrière plan d’un couple autochtone.

Le Grand Bouddha, Tahiti (1899) par Paul Gauguin. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Le Grand Bouddha, Tahiti (1899) par Paul Gauguin. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Dans un autre espace, c’est la fascination pour Paul Cézanne qui est magnifiée avec les visions de la montagne Sainte-Victoire d’Aix-en-Provence dont il va acquérir nombre de tableaux pour la rigueur de leur construction. 

Baigneurs (1892-1894) par Paul Cézanne. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Baigneurs (1892-1894) par Paul Cézanne. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Il y a celui qui représente Paul Cézanne se baignant avec Emile Zola ou Baptistin Baille quand ils allaient se baigner dans l’Arc, et aussi le splendide tableau bleu qu’attendit pendant des années Ivan Morozov. On peut apprécier au cours du temps, par des comparaisons avec des tableaux de Cézanne plus anciens, comment son style s’est affiné avec le fondu des couleurs et la géométrie des lignes.

Paysage bleu (1904-1906) par Paul Cézanne. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Paysage bleu (1904-1906) par Paul Cézanne. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

S’ouvre ensuite une salle avec les peintres des années 1910 et nombre de portraits cubistes.
Au cours des années 1910-1913, de jeunes artistes moscovites tels Ilia Machkov et Piotr Kontchalovski vont lancer un mouvement pictural futuriste assez violent, le "Valet de Carreau". Un tableau les représente s’autoparodiant en boxeur en culottes. Ils se présentaient comme les successeurs de Cézanne ou de Picasso.

Autoportrait et portrait de Piotr Kontchalovski (1910) par Ilia Machkov. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Autoportrait et portrait de Piotr Kontchalovski (1910) par Ilia Machkov. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Un peu plus haut, un écrin sombre, comme un petit temple mortuaire, est dédié à une seule œuvre, « La ronde des prisonniers » de Vincent Van Gogh, peint lorsqu’il fut interné à l’hôpital psychiatrique de Saint-Remy de Provence à partir de photographies et gravures transmises par son frère. 

Les nuances vert et bleu de cet univers de claustration carcérale sont incroyablement mises en valeur par un éclairage subtil qui permet de les apprécier dans de bien meilleures conditions qu’au Musée Pouchkine de Moscou. On se croirait plongé dans la vie absurde de la "Maison des Morts".

La Ronde des prisonniers (1890) par Vincent Van Gogh. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

La Ronde des prisonniers (1890) par Vincent Van Gogh. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

L’étage supérieur réunit les œuvres d’Henri Matisse qui avait été présenté à Ivan Morozov par l’intermédiaire de Sergueï Chtchoukine. Lors de son second voyage à Tanger, le peintre se mit à élaborer un triptyque, une nature morte devant un paysage, une nature morte avec un portrait, et un paysage avec portrait, au moment où il élaborait un langage proto-cubiste dominé par le bleu-ciel et le bleu turquoise.

Triptyque marocain : La Fenêtre à Tanger,  Zohra sur la terrasse, Porte de la Casbah (1912) par Henri Matisse. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Triptyque marocain : La Fenêtre à Tanger, Zohra sur la terrasse, Porte de la Casbah (1912) par Henri Matisse. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Par ailleurs, la fusion entre l’art russe et l’art français se retrouve dans le portrait d’Ivan réalisé par Valentin Serov à travers une peinture qui représente Ivan Morozov assis devant la toile d’Henri Matisse, « Fruits et bronze ».

Ivan Morozov par Valentin Serov (1910). Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Ivan Morozov par Valentin Serov (1910). Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Les nus étaient choquants pour l’époque, ce qui plaisait aux frères Morozov issus de milieux croyants, et une salle toute en longueur mixe des sculptures de Rodin et des œuvres de Bonnard ou de Degas, où la femme est peinte de manière non idéalisée.

L'éternel Printemps (1884) par Auguste Rodin. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

L'éternel Printemps (1884) par Auguste Rodin. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Enfin, la dernière salle, située au sommet des quatre étages de l’exposition, est une immense reconstitution du mythe de Psyché par Maurice Denis dans un style néoclassique qu’Ivan Morozov percevait comme avant-gardiste. Les couleurs pastels de ces tableaux font écho au plafond du Théâtre des Champs-Élysées qui fut réalisé en 1912, la même année que l’achèvement de cet ensemble. Ici, les toiles sont réunies avec quatre bronze féminins d’Aristide Maillol sur le thème des quatre saisons qui, dorénavant, sont au Musée Pouchkine, dissociées des peintures qui ornent les murs de l’Ermitage.

La contemplation se fait sur des musiques de Lully, Mondoville, Thomas, Franck, Bach ou Scriabine.

L’Histoire de Psyché. Psyché découvre que son mystérieux amant est l’Amour (1908) par Maurice Denis. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

L’Histoire de Psyché. Psyché découvre que son mystérieux amant est l’Amour (1908) par Maurice Denis. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Au début de la première guerre mondiale, en 1914, Morozov ne put plus se rendre à Paris, et il se focalisa exclusivement sur les peintres russes. Au total, Morozov acheta 278 toiles et 23 sculptures françaises pour 1,410,665 francs, soit 5,7 millions euros (une valeur estimée aujourd'hui à 4 milliards d’euros).

Mais après l’arrivée des Bolcheviks au pouvoir en 1917, les manufactures de Morozov furent nationalisées ainsi que son hôtel particulier et sa collection privée.

La collection Morozov fut ainsi fusionnée avec la collection de Sergueï Chtchoukine, et le gouvernement soviétique fit de ces deux collections le Musée d’État de l’Art occidental moderne qui fut installé dans l’ancien hôtel particulier des Morozov, réfugiés dorénavant en France puis en Suisse sans prendre un seul tableau.

Ivan Morozov mourut en 1921 du fait d’une insuffisance cardiaque.

La Rue. Constantinople (1910) par Martiros Sarian. Galerie nationale Tretiakov, Moscou

La Rue. Constantinople (1910) par Martiros Sarian. Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Dans les années 1930, les tableaux des collections Morozov et Chtchoukine furent réparties entre le Musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou et le Musée de l’Ermitage à Leningrad (l’ancien nom de Saint-Pétersbourg entre 1924 et 1991).

Puis, au cours de la Seconde Guerre mondiale, les collections des musées furent transférées à Novossibirsk. Certains tableaux seront abîmés. 

Autoportrait d'Ilia Machkov (1911). Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Autoportrait d'Ilia Machkov (1911). Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les tableaux purent revenir à Moscou, mais en 1948, le gouvernement soviétique commença une lutte contre le cosmopolitisme. Les tableaux d’art moderne français entraient dans cette catégorie.

Accusées de représenter des valeurs bourgeoises, les collections Morozov et Chtchoukine furent réparties entre le Musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou et le Musée de l’Ermitage à Leningrad. Mais une fois arrivées dans ces musées, les toiles ne furent pas montrées au public avant 1955.

C’est pourquoi l’exposition Morozov à la Fondation Louis Vuitton est si exceptionnelle et aussi très attachante, car elle reconstitue l’unité de cette collection pour un temps éphémère, dans un cadre de visualisation grandiose saisissant, tout en faisant ressentir les mouvements de l'histoire du XXe siècle.

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Publié le 30 Décembre 2021

Anselm Kiefer - Paul Celan
Du 17 décembre 2021 au 11 janvier 2022
Grand Palais Ephémère (RMN)
Visite du 30 décembre 2021

Né en 1920 en Roumanie et mort à Paris dans la nuit du 19 au 20 avril 1970 suite à son suicide dans la Seine probablement depuis le pont Mirabeau, Paul Celan est un poète d’après-guerre qui a profondément inspiré Anselm Kiefer au point que le Grand Palais dédie un espace d’exposition monumental aux œuvres nées de cette fascination pour une âme traumatisée par les heures les plus épouvantables de l’histoire de l’Europe du XXe siècle.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Une vingtaine de tableaux pouvant atteindre 10 mètres de haut sont simplement installés sur des supports à roulettes dans cet immense hangar sombre uniquement illuminés par quelques spots et la lumière naturelle provenant de la façade vitrée du hall.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Leur force prodigieuse repose autant sur le sentiment de petitesse qu’ils nous renvoient que sur la multiplicité des détails perdus dans les perspectives de ces paysages ou espaces en apparence inanimés qui évoquent des champs de bataille dévastés, déshumanisés en plein hiver, parfois de nuit au bord de l’océan, où se mêlent des restes de vêtements humains, des faisceaux de paille ou de blés à la place des corps, et des étoiles qui luisent ou des galaxies qui se devinent.

Matériaux métalliques, gris de plomb, dorés ou cuivrés parsemés de glacis de verre bleutés forment un alliage d'une complexité impressionnante.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Parfois, des images subliminales émergent comme face à ce premier tableau situé à l’entrée et semblant représenter une fontaine aux traits abrupts et précis à la fois, surmontée d’un jet de lumière concentré, qui révèle petit à petit un visage animal en surimpression.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Des textes allemands extraits des poèmes se mêlent aux peintures, mais, du fait qu’ils sont en lien avec la densité picturale, un non germanophone capte de toute façon la noirceur des visions d’horreurs mentales qui sont ainsi restituées.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Et il a y cet avion spectaculaire issu d’un temps révolu, qui supporte sur ses ailes des volumes de pages anonymes pouvant être autant des partitions de musique que, peut-être, des recueils de récits idéologiques ayant menés à la tragédie.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

La fascination de la France pour l’Allemagne est également suggérée par le grand tableau Madame de Staël : de l’Allemagne, et si la noirceur de notre époque y trouve des résonances, ce rappel à la mémoire est aussi une façon de mieux apprécier ce qui forme les valeurs de nos vies.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Pour aller plus loin :

Paul Celan : écrire pour rester humain.

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Publié le 23 Décembre 2021

La Cour des comptes a remis en décembre 2021 une note invitant le Ministère de la Culture à recentrer ses missions. Ce rapport d'une vingtaine de pages (qui peut être consulté sous le lien suivant : Recentrer les missions du Ministère de la Culture) donne une vision générale de son fonctionnement avec les opérateurs et les structures en régions qui en dépendent.

Le résumé de son contenu ci-dessous vise uniquement à appréhender les grandes idées pour mémoire, et un tableau des opérateurs du Ministère de la Culture est ajouté à titre informatif avec un ordre de grandeur des budgets en jeu par programme.

Le ministère de la Culture et de la Communication, pavillon de Contant d’Ivry, rue de Valois, Paris. © Mu/CC-BY-3.0.

Le ministère de la Culture et de la Communication, pavillon de Contant d’Ivry, rue de Valois, Paris. © Mu/CC-BY-3.0.

La politique menée par le Ministère de la Culture depuis sa création en 1961 a permis aux collectivités territoriales de représenter aujourd’hui près des 3/4 des sources de financement de la culture en France (leur budget a doublé en 40 ans). Il en résulte que le Ministère de tutelle ne joue plus un rôle central et qu’une transformation est nécessaire pour lui redonner un rôle de stratège.

Par ailleurs, ses compétences ont été transférées progressivement à près de 80 opérateurs nationaux (dont le CNC, le Musée et domaine national de Versailles, la Réunion des musées nationaux, l’Opéra national de Paris, le Musée du Louvre, la Comédie Française, la Cité de la Musique, le Théâtre national de l’Odéon, le Centre des monuments nationaux, le récent CNM et bien d’autres établissements) ce qui a réduit le rôle du Ministère à un distributeur de fonds (45% de son budget va vers ces opérateurs en 2019).

L'équipement culturel de la France en 2019 (extrait du rapport de la Cour "Recentrer les missions du Ministère de la culture")

L'équipement culturel de la France en 2019 (extrait du rapport de la Cour "Recentrer les missions du Ministère de la culture")

Et l’encouragement au mécénat privé au cours des années 2000 a permis à ces mêmes opérateurs de recevoir plus de 400 millions d’euros d’aides par an auxquelles s’ajoutent les avantages fiscaux restant à la charge de l’Etat.

Le reste du budget du Ministère est distribué à une myriade d’acteurs, dont notamment les structures non labellisées du spectacle vivant, ce qui alourdit la gestion et démultiplie les offres.

Dans le domaine du patrimoine, la dimension administrative et financière a également conduit à favoriser les grands opérateurs et leurs projets franciliens au détriment du patrimoine communal et rural qui est le plus fragile.

Quant à la filière monuments historiques des DRAC, services en région de l’Etat, elle souffre d’un manque d’attractivité et de considération, et quand elle reçoit des financements supplémentaires, le nombre insuffisant d’agents ne permet pas d’engager les chantiers dans les temps, ce qui ralentit l’effet du plan de relance.

Absorbé par ses tâches administratives et des considérations techniques ou bien par des projets ponctuels (Philharmonie, restauration du Grand Palais …), le Ministère de la Culture voit ainsi ses cadres partir vers les opérateurs ou vers le privé, faute de projets structurants à piloter et de rémunérations stimulantes pour les retenir, et doit compter avec les dirigeants de ces grands opérateurs et de grands élus locaux aux pouvoirs élargis de par la réduction du nombre de régions.

Affaibli, le Ministère ne peut plus conduire un dialogue stratégique équilibré avec ces différents acteurs.

Ci dessous, la liste des opérateurs avec un ordre de grandeur du budget (en Millions  d') de chaque programme du Ministère Culture transféré aux opérateurs (ceux-ci disposent également de ressources propres), et leur part par rapport au budget global de chaque programme du Ministère (hors plan de relance) - source Financement de la culture

Rapport de la Cour des Comptes "Recentrer les missions du ministère de la culture"
Rapport de la Cour des Comptes "Recentrer les missions du ministère de la culture"
Rapport de la Cour des Comptes "Recentrer les missions du ministère de la culture"

La Cour donne deux issues possibles à cette situation : considérer que le Ministère de la Culture a achevé sa mission structurante et doit se replier sur un rôle plus modeste, ou bien que l’évolution du monde exige du Ministère de jouer un rôle incontournable dans une perspective de « vivre ensemble ».

Le Ministère de la Culture pourrait à l’avenir abandonner aux opérateurs et collectivités les missions qu’il n’a plus vocation à assumer afin de réorienter son action sur les territoires fragilisés et participer à la mission générale d’éducation poursuivie par l’État, ce qui impliquerait en particulier un renforcement de l’action en direction de la jeunesse en prenant en charge la question du numérique comme levier majeur de son action.

Les grands musées nationaux ont bien été transformés en établissements publics, mais il en reste une quinzaine qui dépendent du Ministère qui rémunère leur personnel.

Par ailleurs, la Cour constate que pour l’ensemble des monuments, bâtiments et œuvres patrimoniales appartenant à l’État, ou encore les formations artistiques supérieures, les relations entre le Ministère de la Culture et le Ministère chargé de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale sont quasiment inexistantes.

C’est donc une accentuation de la déconcentration vers les DRAC en leur allouant les ressources humaines et une révision des modèles économiques des opérateurs qui sont mis en avant, et la perte de ressources financières due à la crise covid devrait inciter à mutualiser les fonctions communes à ces opérateurs (notamment pour les musées).

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Rédigé par David

Publié dans #Actualité