Evolution du répertoire des maisons d’opéras de 2021 à 2026 après covid
Publié le 26 Juillet 2025
La pandémie qui a mis au ralenti l’économie mondiale de 2020 à 2021 a durement affecté les structures lyriques qui, hormis le Teatro Real de Madrid, ont du fermer pendant de longs mois (18 mois pour le New-York Metropolitan Opera), mettant en danger la pérennité de leur activité et, par là même, l’avenir des artistes, qu’ils soient salariés de ces structures, intermittents, solistes ou indépendants. Une des conséquences les plus significatives est que le Festival de Bayreuth ne présentera en 2026, pour ses 150 ans, que 7 ouvrages de Richard Wagner, et non 11, tel que prévu initialement.
L’article qui suit propose de jeter un premier regard sur les 5 saisons qui ont accompagné la reprise de l’activité d’après covid (saisons 2021/2022 à 2025/2026) à travers 7 structures lyriques qui ont mis à disposition leurs archives depuis des dizaines d’années, et de visualiser à quel point leur programmation a été infléchie.
Est donc comparée la programmation de ces structures sur deux périodes : 1973 à 2021 (48 ans), puis 2021 à 2026 (5 ans).
Le Wiener Staatoper (Budget 145 M€ - Subventions 79 M€ - Billetterie 43 M€)
Grande maison de répertoire qui affichait chaque saison 52 titres sur 215 représentations avant covid, l’Opéra de Vienne reste en sortie de pandémie sur un rythme soutenu approchant les 220 représentations chaque année mais avec une moyenne de 48 titres par saison.
Bogdan Roščić, successeur de Dominique Meyer, en est le directeur depuis 2020 avec pour mission première de proposer de nouvelles lectures des ouvrages lyriques afin d’attirer des publics plus jeunes mais aussi curieux de découvrir la force théâtrale de ces ouvrages. La nouvelle production de ‘Parsifal’ par Kirill Serebrennikov est tout à fait emblématique de cette politique de rénovation du langage scénique.
En terme de répertoire, l’habituel trio Giuseppe Verdi / Giacomo Puccini / Wolfgang Amadeus Mozart couvre 40 % des représentations, mais Mozart passe dorénavant devant Verdi. Ils sont tous trois suivis par Richard Wagner et Richard Strauss (17 % des représentations), bien que ce dernier soit en perte de vitesse à l’avantage de l’auteur du ‘Ring’.
Au total, 12 compositeurs monopolisent 80 % de la programmation parmi lesquels Georges Bizet, Claudio Monteverdi (que Pablo Heras-Casado a régulièrement dirigé en ce lieu même) et Vincenzo Bellini qui sont en progression ces 5 dernières années.
On compte enfin une bonne dizaine d’entrées au répertoire depuis septembre 2021, dont la moitié orientée sur les XXe et XXIe siècles :
Ritorno d'Ulisse in patria (Il) - Claudio Monteverdi
Giulio Cesare - Georg Friedrich Haendel
Lucrezia Borgia - Gaetano Donizetti
Turco in Italia (Il) - Gioacchino Rossini
Pêcheurs de perles (Les) - Georges Bizet
Iolanta - Piotr Ilyitch Tchaikovski
Dialogues des carmélites - Francis Poulenc
Grand Macabre (Le) - György Ligeti
Verratene meer (Das) - Hans Werner Henze
Fin de partie - György Kurtag
Animal Farm - Alexander Raskatov
L’opéra de Vienne amplifie donc son ouverture aux ouvrages récents mais ne cède en rien à un socle de 6 compositeurs (en incluant Rossini et Donizetti) pesant les 2/3 des soirées.
Bogdan Roščić souligne toutefois que la subvention n’est plus indexée sur l’inflation depuis l’adoption de l’euro, entraînant un manque à gagner de 8 M malgré un taux de fréquentation de 99 %. Il a été reconduit jusqu’en 2030.
Le Bayerische Staatsoper (Budget 118M€ - Subventions 72 M€ - Billetterie 30 M€)
A l’été 2025, l’Opéra de Munich célèbre les 150 ans de son festival d’opéras qui fut donné pour la première fois entre le 22 août et le 18 septembre 1875.
La célèbre institution de répertoire lyrique d’Allemagne ne fait remonter ses archives que jusqu’à 2001, mais il est possible de dégager la tendance de sa programmation. Entre 2001 et 2021, elle affiche chaque saison 41 titres sur 175 représentations, et cette maison reste au cours des années 2021-2026 sur un rythme de 41 titres et 178 représentations par an, hormis la saison 2025/2026 qui passe à 35 titres mais pour raison de travaux entre septembre et octobre.
Serge Dorny, successeur de Nikolaus Bachler, en est le directeur depuis 2021 et a été reconduit jusqu’en 2030. Connu pour avoir été très proche de Gerard Mortier jusqu’aux derniers jours, il propose une lecture politiquement très engagée des ouvrages par le choix des metteurs en scène.
Etant donné que Richard Wagner a créé plusieurs de ses ouvrages à Munich après sa première rencontre avec Louis II de Bavière en 1864, ‘Tristan und Isolde’ (1865), ‘Die Meistersinger von Nürnberg’ (1868), ‘Das Rheingold’ (1869) et ‘Die Walküre’ (1870) jusqu'à l’ouverture du Palais des Festivals de Bayreuth en 1876 - il y eut aussi 'Die Feen' à titre posthume en 1888 -, c’est le quatuor Giuseppe Verdi / Wolfgang Amadeus Mozart / Richard Wagner / Giacomo Puccini qui domine au Bayerische Staatsoper en occupant 45 % des soirées.
Verdi est en tête du répertoire, mais depuis 2021, Puccini le suit de près alors que Mozart et Wagner sont en léger retrait.
Strauss reste également solidement ancré avec 6% des représentations, mais Haendel et Bellini sont pour l’instant moins représentés.
En revanche, avec les nouvelles productions de ‘Peter Grimes’ mise en scène par Stefan Herheim et de ‘La Chauve Souris’ mise en scène par Barry Kosky, Benjamin Britten et Johann Strauss font bonne figure, et Leoš Janáček maintient une présence significative, notamment depuis la nouvelle production de ‘Katia Kabanova’ magnifiée par Krzysztof Warlikowski.
Mais là où Vienne n’affiche que 12 compositeurs pour couvrir 80 % des représentations de 2021 à 2026, Munich en affiche 21! Il y a donc une diversité d’univers bien supérieure à son homologue viennois ce qui fait toute l’aura de l’institution bavaroise.
Enfin, on compte depuis septembre 2021 une vingtaine d’entrées au répertoire (certaines créées hors les murs où au Cuvilliés Theater à l’occasion de festivals), dont près des 3/4 sont centrées sur les XXe et XXIe siècles :
Semele - Georg Friedrich Haendel
Agrippina - Georg Friedrich Haendel
Infedelta Delusa (L’) - Joseph Haydn
Masnadieri (I) - Giuseppe Verdi
Giuditta - Franz Lehar
La Nuit de Noël - Nikolai Rimski-Korsakov
Pénélope - Gabriel Faure
Lucrezia - Ottorino Respighi
Nos - Dimitri Chostakovitch
Guerre et Paix - Sergueï Prokofiev
Erwartung - Arnold Schönberg
Teufel von Loudun (Die) - Krzysztof Penderecki
Passagierin (Die) - Mieczyslaw Weinberg
Mond (Der) - Carl Orff
English Cat (The) - Hans Werner Henze
Bluthaus - Georg Friedrich Haas
Thomas - Georg Friedrich Haas
Hamlet - Brett Dean
Matsukaze - Toshio Hosokawa
Jagdgewehr - Thomas Larcher
Of One Blood - Brett Dean
Sous la direction ferme de Serge Dorny, l’Opéra de Munich devient un lieu de découverte très important des ouvrages récents et contemporains, mais le renforcement sur le répertoire italien, notamment sur Puccini, vise aussi à compenser la prise de risque inhérente à cette démarche ouverte.
‘Of One Blood’ de Brett Dean est la seule création mondiale sur la période 2021-2026.
L’Opéra National de Paris (Budget 250M€ - Subventions 100 M€ - Billetterie 70 M€)
Avec ses deux grandes salles, le Palais Garnier – qui vient de fêter ses 150 ans le 05 janvier 2025 – et l’Opéra Bastille, l’Opéra National de Paris est la structure lyrique et chorégraphique au plus haut budget d’Europe qui talonne dorénavant le New-York Metropolitan Opera.
Mais, contrairement aux Opéras de Vienne et de Munich qui sont de vraies maisons de répertoire dont le principe est de représenter plus de 40 ouvrages la plupart du temps sur 3 ou 4 représentations, parfois avec peu ou pas de répétitions, l’Opéra de Paris présente des séries d’opéras sur des périodes plus longues avec un temps de répétition allant de quelques semaines à 2 mois, avec 2 ou 3 séries de spectacles en parallèle.
Ce système permettait de présenter 19 ouvrages lyriques sur 192 représentations au cours des 5 dernières saisons avant la pandémie. Toutefois, après une première saison sans doute trop ambitieuse (22 ouvrages, 9 nouvelles productions sur 191 représentations), le nouveau directeur, Alexander Neef, en fonction par anticipation depuis 2020 et prolongé jusqu’en 2032, a stabilisé la vitesse de croisière de l’institution parisienne sur une moyenne de 17 ouvrages présentés sur 180 représentations, dont 6 nouvelles productions, en arrivant à un rééquilibrage parfait avec les représentations de ballets (180 également).
La réduction du nombre de nouvelles productions de 8 à 6 par rapport à l’avant pandémie est sans doute le trait le plus saillant, mais l’on peut remarquer que la tendance est exactement la même dans toutes les grandes maisons lyriques du monde (6 à Munich, 6 à New-York, 5 à Berlin, 5 à Vienne pour la saison 2025/2026).
A Paris comme partout ailleurs, le trio Verdi / Mozart / Puccini est en tête et accapare 40 % des représentations, mais sous Alexander Neef, Puccini voit depuis 2021 sa part représentative augmenter de 30 %. Les raisons économiques ne sont pas exclusives, le nouveau directeur de l’Opéra de Paris ayant une plus grande affinité avec le compositeur toscan que ses prédécesseurs, Gerard Mortier et Stéphane Lissner en particulier.
Le goût d’Alexander Neef pour l’univers baroque est aussi à l’origine de l’augmentation de la représentativité de Jean-Philippe Rameau et, surtout, de Georg Friedrich Haendel qui est même plus joué que Gioacchino Rossini au cours des 5 premières saisons.
Et de la même manière, son goût pour Jules Massenet propulse ce dernier en tête des compositeurs français avec les nouvelles productions de ‘Cendrillon’ et ‘Don Quichotte’, et Richard Wagner se trouve renforcé grâce aux nouvelles productions de ‘Lohengrin’ et du ‘Ring’ mises en scène respectivement par Kirill Serebrennikov et Calixto Bieito.
En revanche, malgré la nouvelle production de ‘Salomé’, Richard Strauss est en net déclin, devenant moins joué que Vincenzo Bellini, un désamour qui pourrait plutôt venir de la direction financière.
Au total, 15 compositeurs couvrent 80 % des représentations en 5 ans, ce qui reste un très bon score quand seulement 17 ouvrages sont joués chaque saison et qu’il faut assurer des reprises récurrentes d’une quinzaine de titres majeurs parmi 7 compositeurs les plus demandés (Mozart, Verdi, Puccini, Rossini, Bizet, Gounod et Offenbach).
Enfin, on compte depuis septembre 2021 une dizaine entrées au répertoire, dont 7 sont centrées sur les XXe et XXIe siècles incluant 4 compositeurs anglo-saxons, ce qui est une nouveauté à l’Opéra de Paris.
Ercole Amante - Antonia Bembo
Béatrice di Tenda - Vincenzo Bellini
Cendrillon - Jules Massenet
Quiet Place (A) - Leonard Bernstein
Nixon in China - John Adams
Satyagraha - Philip Glass
7 deaths of Maria Callas - Marko Nikodijevic
Fin de partie - György Kurtag
Exterminating Angel (The) - Thomas Ades
Viaggio, Dante (Il) - Pascal Dusapin
Par ailleurs, Alexander Neef se distingue pas la forte attention accordée au répertoire historique de la maison, si bien que pas moins de 5 ouvrages créés au sein de l’institution, mais plus repris depuis leur création ou au moins depuis 50 ans, sont de retour sur scène dans de nouvelles productions :
Médée - Marc-Antoine Charpentier
Castor et Pollux - Jean-Philippe Rameau
Vestale (La) - Gaspare Spontini
Hamlet - Ambroise Thomas
Œdipe - Georges Enesco
L’Opéra de Paris serre donc la barre ces dernières années tout en travaillant deux axes, la mise en valeur de son patrimoine musical, et l’ouverture à la musique contemporaine outre-Atlantique.
La Scala de Milan (Budget 100M€ - Subventions 50 M€ - Billetterie 37 M€)
A l’inverse de l’Opéra de Vienne et de Munich et du modèle hybride de l’Opéra de Paris, la Scala de Milan applique un pur modèle ‘stagione’ où chaque production d’opéra est jouée l’une après l’autre sans recouvrement des représentations.
Ainsi, avant 2021 il était donné 120 représentations de 13 ouvrages chaque saison, mais depuis la sortie de la pandémie, la programmation est tombée à 90 représentations pour toujours le même nombre de 13 ouvrages en moyenne.
Dominique Meyer, directeur de l’institution de mai 2020 à février 2025, aura donc eu à gérer cette période difficile dès le début de la pandémie.
A la différence des autres grandes institutions, Mozart n’est pas dans le trio de tête des compositeurs qui, avant l’arrivée de Dominique Meyer, est trusté par Verdi, Puccini et Rossini (plus de 40 % des représentations à tous 3).
Mais depuis 2021, Rossini est en fort retrait du répertoire de la Scala – on ne compte qu’une série du ‘Barbier de Séville’ et une série de ‘Guillaume Tell’ -, au profit de Donizetti avec ‘Lucia di Lammermoor’, ‘L’elixir d’amour’, ‘Don Pasquale’ et ‘La Fille du régiment’.
Mozart est encore moins représenté qu’avant, mais avec la nouvelle production du ‘Ring’ de David McVicar, Wagner est le 4e compositeur sur cette période, et Richard Strauss est très bien considéré avec ‘Ariane à Naxos’, ‘Der Rosenkavalier’ et ‘Salomé’.
Et pour le répertoire français, Massenet et Debussy sont bien mis en valeur.
Malgré la prédominance du répertoire historique italien, la Scala est un opéra ouvert à la diversité des ouvrages lyriques. Le succès du Weill Triptych (Die sieben Todsünden, Mahagonny Songspiel, The Songs of Happy End) en est un exemple.
Cependant, Benjamin Britten est en net retrait (6 représentations de ‘Peter Grimes’ uniquement), Alban Berg et Ludwig von Beethoven sont absents, ce qui montre un reflux des œuvres jugées trop austères.
Au total, 16 compositeurs couvrent 80 % des représentations en 5 ans, ce qui est une performance avec 13 titres seulement par saison, ce qui montre que l’institution italienne cultive la diversité du répertoire malgré les contraintes financières.
Depuis septembre 2021 on dénombre également 7 entrées au répertoire, dont une création mondiale, à savoir :
Orontea (L’) - Antonio Cesti
Opera seria (L') - Leopold Gassmann Florian
Zite Ngaleria (Li) - Leonardo Vinci
Rusalka - Antonin Dvorak
The Kurt Weill Triptych
Tempest (The) - Thomas Adès
Nome della rosa (Il) - Francesco Filidei ( Création mondiale 2025 en coproduction avec l’Opéra National de Paris)
Fortunato Ortombina est dorénavant le nouvel intendant de la Scala de Milan, et Myung-Whun Chung sera le nouveau directeur musical de l’institution fin 2026, le chef sud-coréen ayant auparavant travaillé avec le directeur artistique à la Fenice de Venise. Verra t-on le retour du Rossini ‘Seria’ ?
La Monnaie de Bruxelles (Budget 52M€ - Subventions 43 M€ - Billetterie 5 M€)
Au cours de la pandémie, le directeur de la Monnaie de Bruxelles, Peter de Caluwe, reprochait à l’état fédéral de ne pas permettre l’application du principe du chômage temporaire ou du chômage technique, alors que d’autres institutions, l’Opéra de Wallonie et l’Opéra des Flandres en particulier, pouvaient en bénéficier auprès de leurs communautés belges.
Chaque saison, ce sont 10 ouvrages qui sont joués pour un total de 70 représentations, mais depuis 2021 ce sont plutôt 8 ouvrages qui ont été donnés pour une moyenne de 63 représentations.
La Monnaie a une structure programmatique très originale qui accorde beaucoup moins d’importance aux 3 compositeurs phares que sont Mozart, Verdi et Puccini qui ne couvrent qu’un tiers de la programmation.
Par ailleurs, plus de 140 compositeurs ont été interprétés sur cette scène depuis 1973, soit le double du nombre de compositeurs joués à Vienne sur la même période, et 30 % de plus qu’à l’Opéra de Paris.
C’est dire à quel point il n’est pas possible de définir la Monnaie par rapport à un répertoire précis. Tout peut y être joué sans prévalence d'un auteur sur un autre.
Ainsi, sur la période 2021-2026, c’est Richard Wagner qui est le compositeur n°1 de l’institution grâce à 8 représentations de chacun des quatre volets du ‘Ring’ et 3 représentations de ‘Parsifal’.
Qu’une telle institution ait pu monter ce cycle en deux saisons, alors que les grandes maisons préfèrent dorénavant jouer un volet par an, qui plus est en le confiant initialement à Roméo Castellucci, un des metteurs en scène les plus intéressants mais aussi les plus chers du marché, pour finalement se tourner vers Pierre Audi pour mettre en scène en un temps record les deux dernières journées, montre le niveau d’ambition de cette maison mais aussi ses limites.
En compensation, Puccini, qui ne représentait habituellement que 5 % du répertoire, est passé à 10 %, et Verdi et Mozart ont vu leur présence diminuer de moitié.
La création de Kris Defoort, ‘The Time of our singing’ et Monteverdi, avec le cycle ‘I Grottechi’ ont été un grand succès de cette période, et ‘Ali’ de Grey Filastine aura connu 14 représentations au total.
Mais Rossini et Britten sont totalement absents, non par désintérêt, mais avec seulement 8 ouvrages par an, des arbitrages sont inévitables.
L’ADN de la Monnaie reste cependant la création. Depuis 2021, et malgré le ‘Ring’, pas moins de 8 créations mondiales ont été présentées et parfois reprises :
Time of our singing (The) - Kris Defoort
Is this the end? Here’s the woman ! - Jean-Luc Fafchamps
Solar, Icarus burning - Howard Moody
Cassandra - Bernard Foccroulle
Ali - Grey Filastine
Fanny and Alexander - Mikael Karlsson
Bovary - Harold Noben
Medusa - Iain Bell
S’ajoutent également deux entrées au répertoire, ‘Nos’ de Dimitri Chostakovitch et ‘Benvenuto Cellini’ d’Hector Berlioz, ainsi que le retour d’'Henry VIII’ de Camille Saint-Saëns, joué uniquement en 1935.
Au total, 27 compositeurs ont été représentés sur cette scène en 5 ans ce qui est une excellente performance avec seulement 8 titres par an.
Depuis le 01 juillet 2025, Christina Scheppelmann a succédé aux 18 ans de direction de Peter de Caluwe pour un premier mandat de 6 ans. Prolonger une telle ligne créative est le mieux que l’on puisse lui souhaiter !
Le Royal Opera House Covent Garden de Londres (Budget 180M€ - Subventions 27 M€ - Billetterie 62 M€)
Avec 170 représentations dont 35 au Linbury Studio Theatre, une salle modulable de 400 places, le Royal Opera House de Londres est une institution qui célébrera ses 300 ans sur le site de Covent Garden en 2032.
Son rythme de programmation est resté stable avant et après covid en se consacrant chaque saison à 19 ouvrages lyriques.
Comme dans la plupart des maisons de répertoire classique, le trio Verdi / Puccini / Mozart occupait un peu plus de 45 % de la programmation avant 2021, et atteint 55% sur la période 2021-2026.
Wagner est passé dorénavant sous les 5 % de la programmation, mais Haendel fait une belle percée au point de devenir le 4e compositeur le plus joué. Par ailleurs, ‘Carmen’ de Bizet a déjà atteint sa 30e représentation depuis 2021.
Britten reste bien entendu représenté avec régularité, mais Rossini devient plus rare, ainsi que Richard Strauss limité à 'Elektra'.
Et, inspiré du film éponyme de Gus van Stan, ‘Last Days’ d’Oliver Leith (2022) a obtenu un succès critique qui oblige à sa reprise.
Au total, 12 compositeurs couvrent 80 % des représentations en 5 ans.
On dénombre finalement au cours des 5 dernières années une quinzaine d’entrées, de retours au répertoire et de créations (dont un tiers issus de l’esthétique baroque) :
Bajazet (Il Tamerlano) - Antonio Vivaldi
Pimpinone - Georg Philipp Teleman
Theodora - Georg Friedrich Haendel
Arminio - Georg Friedrich Haendel
Giustino - Georg Friedrich Haendel
Maria Stuarda - Gaetano Donizetti
Freischütz (Der) - Carl Maria von Weber
Pierrot Lunaire - Arnold Schönberg
Affaire Makropoulos (L') - Leos Janácek
Mavra - Igor Stravinsky
Trouble in Tahiti - Leonard Bernstein
Quiet place (A) - Leonard Bernstein
Blue Woman (The) - Laura Bowler
Innocence - Kaija Saariaho
Last days - Oliver Leith
Women at point zero - Buskra El-Turk
A la direction depuis mars 2017, Oliver Mears semble vouloir replacer Georg Friedrich Haendel dans l’histoire du Royal Opera House. En 2025, il présentait d’ailleurs une nouvelle production de ‘Semele’ au Théâtre des Champs-Élysées.
Le New-York Metropolitan Opera (Budget 260M€ - Contributions privées 160 M€ - Billetterie 85 M€)
Alors que le New-York Metropolitan Opera affichait 25 titres par an sur 220 représentations jusqu’en 2019, la période d’après covid a considérablement affaibli l’institution lyrique de référence mondiale qui affiche dorénavant 18 titres sur 195 représentations et 6 nouvelles productions par an. Et le taux de fréquentation, tombé à 66 % en 2022, se stabilise à 72 % (pour une salle de 3800 places).
Il en résulte que si le trio Verdi / Puccini / Mozart occupait avant 2020 50 % des représentations, il représente en 2025 55 % de la programmation, Puccini en tête, concentrant la majorité du répertoire traditionnel.
Wagner et Rossini sont en retrait, mais les compositeurs contemporains, Terence Blanchard, Jake Heggie ou Kevin Puts sont à l’honneur, Peter Gelb souhaitant attirer un nouveau public avec des œuvres de compositeurs contemporains dont la musique soit suffisamment accessible.
Les 17 entrées ou créations au répertoire parlent d’elles-mêmes, il ne s’agit que d’ouvrages créés après 1980, hormis ‘Médée’ de Cherubini :
Médée - Luigi Cherubini
Fire shut up in My bones - Terence Blanchard
Eurydice - Matthew Aucoin
Hamlet - Brett Dean
Champion - Terence Blanchard
Hours (The) - Kevin Puts
Dead Man Walking - Jake Heggie
X: The Life and Times of Malcolm X - Anthony Davis
Florencia en el Amazonas - Daniel Catán
Niño (El) - John Adams
Ainadamar - Osvaldo Golijov
Moby Dick - Jake Heggie
Grounded - Jeanine Tesori
Antony and Cleopatra - John Adams
Innocence - Kaija Saariaho
The Amazing Adventures of Kavalier & Clay - Mason Bates
El Último Sueño de Frida y Diego - Gabriela Lena Frank
Au final, 13 compositeurs occupent 80 % des représentations depuis 2021, dont 3 sont contemporains.
En conclusion
On observe entre 2021 et 2026 un élargissement du répertoire des 3 compositeurs phares, Verdi, Puccini, Mozart dans la plupart des maisons d’opéras, ce qui traduit une volonté d’assurance de la part des grandes institutions lyriques, et une limitation à 6 nouvelles productions par saison, mais avec un volant globalement stable de représentations.
Pour sa musique puissante, le réalisme de situation et des mélodies souvent poignantes, Giacomo Puccini est le grand vainqueur de cette période d'après covid, au détriment de Gioacchino Rossini qui est en recul partout.
Ces maisons ne renoncent cependant pas à leurs missions d’exploration et d’élargissement du répertoire (Paris), ou de créations (Bruxelles), mais elles ont par conséquent moins droit à l’erreur, et doivent concevoir chaque nouvelle production comme un spectacle qui puisse être repris dans leurs propres locaux ou par d’autres institutions (coproductions).
L’Opéra de New-York est probablement la structure la plus fragilisée, d’autant plus qu’elle doit dorénavant faire face à une baisse de fréquentation du public étranger braqué par la politique internationale de Donald Trump. Avec La Scala de Milan, elle a sensiblement réduit sa programmation d’environ 15 %, et reste donc sous le regard du monde lyrique, car sa défaillance pourrait impacter les structures européennes, la plupart ayant des projets de coproductions avec New-York.
La direction d'une structure lyrique n'en parait que plus une lutte avec le temps présent, c'est en tout cas le regard que pose dessus l'observateur de base. Il y a de quoi être admiratif devant cette grande cause artistique que défendent ces directeurs et directrices pas toujours soutenus autant qu'ils devraient l'être par l'environnement politique.
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