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Publié le 10 Septembre 2026

Perle Noire, Méditations pour Joséphine
(Tyshawn Sorey - 2016)
Répétition générale du 07 septembre et

représentation du 09 septembre 2026
Palais Garnier

Bye Bye Blackbird (1926)
C'est ça le vrai bonheur (1953)
Madiana (1933)
Si j'étais blanche (1933)
Doudou (1936)
C'est lui (1934)
Terre sèche (1959)
My Father How Long? (chant documenté en 1867)

Piano et percussions Tyshawn Sorey
Guitare électrique Daniel Lippel
Flûte Alice Teyssier
Violon Jennifer Curtis
Basson Rebekah Heller
Saxophone Travis Laplante
Textes parlés Claudia Rankine
Concept et chant Julia Bullock

Direction Musicale Tyshawn Sorey
Mise en scène Peter Sellars
International Contemporary Ensemble

Production créée au Dutch National Opera, Amsterdam

Créé le 11 juin 2016 au Libbey Bowl, à Ojai, en Californie, sous le titre 'Josephine Baker: A Portrait', et repris une semaine plus tard à Berkeley, ce projet a été fortement remanié, en passant d'une durée d'une heure à une heure cinquante, sous le titre 'Perle Noire: Meditations for Josephine',  et a été notamment repris à Houston, au Metropolitan Museum of Art de New York puis Boston.

Julia Bullock

Julia Bullock

Initialement programmé en avril 2020 sous forme d'une nouvelle production qui devait être donnée au Théâtre du Châtelet, sa première européenne sera finalement reportée à l’Opéra d’Amsterdam, trois ans plus tard, puis reprise à Adelaïde, en Australie, avant d'arriver au Palais Garnier pour une longue série de représentations.

‘Perle Noire’ rend hommage à Joséphine Baker qui fut membre de la résistance française au cours de la Seconde Guerre mondiale, et qui apporta un fort soutien aux mouvements des droits des citoyens, elle qui fut victime de discriminations à New-York (on refusera de la servir au Stork Club en 1951).

Julia Bullock

Julia Bullock

La conception musicale de cette pièce est confiée à Tyshawn Sorey, musicien et compositeur né dans le New-Jersey en 1980, un artiste qui aime croiser les genres, du jazz au classique contemporain, et conserver une grande liberté lors de ses interprétations. Autant dire qu'il est bien difficile de catégoriser son œuvre.

Le dispositif installé à l'avant scène de la scène Garnier est ainsi composé uniquement d'une petite estrade performative surélevée au dessus de quelques marches qui laisse entrevoir, en arrière-plan, les murs du théâtre, flanquée, côté cour, de la flûtiste Alice Teyssier, de la bassoniste Rebekah Heller et du saxophoniste Travis Laplante, et côté jardin, de la violoniste Jennifer Curtis, du guitariste électrique Daniel  Lippe et de la batterie et du piano de Tyshawn Sorey.

Il ne faut pas s'attendre à entendre sous leur forme d'origine les airs que chantait Joséphine Baker, de 'Bye Bye Blackbird' à 'Terre Sèche', car ils sont musicalement transformés, dépouillés de leur forme légère, pour devenir la matière d'une réflexion profonde sur la condition d'une personne à la peau noire.

Julia Bullock entourée de Tyshawn Sorey (piano), Jennifer Curtis (violon), Alice Teyssier (Flûte), Rebekah Heller (Basson) et Travis Laplante (saxophone)

Julia Bullock entourée de Tyshawn Sorey (piano), Jennifer Curtis (violon), Alice Teyssier (Flûte), Rebekah Heller (Basson) et Travis Laplante (saxophone)

Les textes écrits par la dramaturge Claudia Rankine font le lien entre ces airs en prêtant une voix qui déplore le racisme en Amérique mais qui dépeint aussi la logique d'une femme qui veut être libre dans son rapport au corps et aux autres.
Clairement, le spectateur est pris à partie, et les mots ne cherchent pas forcément à le mettre à l'aise.

La musique de Tyshawn Sorey sait créer une ambiance feutrée, mais il ne s'y attarde pas trop longtemps lorsque les traits des vents prennent des aspects vrillés qui ajoutent de la tension, de la même manière que le musicien quitte nonchalamment les touches si douces de son piano pour s'emparer de sa batterie pour induire beaucoup plus de dissonances et de coups de théâtre.

Julia Bullock avec en arrière plan Jennifer Curtis (violon)

Julia Bullock avec en arrière plan Jennifer Curtis (violon)

Née comme Joséphine Baker à Saint-Louis, Missouri, Julia Bullock fait ses débuts à l’Opéra de Paris, elle qui est une artiste notamment connue pour avoir participé à plusieurs projets d'envergure avec Peter Sellars tels ‘The Indian Queen’ (Madrid, 2013), ‘Girls of the Golden West’ (San Francisco, 2017) ou bien ‘El Niño’ (New-York – Cathedral St John the Divine, 2022).

Elle est cette fois sonorisée, mais elle surprend par la noirceur des graves qu'elle arrive à développer, tout en s’engageant corporellement avec des mouvements parfois très ondulants, mais aussi avec beaucoup de pauses réflexives qui alimentent le questionnement très humain qu'elle a sur elle même, car cette intériorité résonne avec celle de l'auditeur qui va inévitablement être touché par certains propos écorchés.

Tyshawn Sorey et Julia Bullock entourés de Daniel Lippe, Jennifer Curtis, Alice Teyssier, Rebekah Heller et Travis Laplante

Tyshawn Sorey et Julia Bullock entourés de Daniel Lippe, Jennifer Curtis, Alice Teyssier, Rebekah Heller et Travis Laplante

Peter Sellars, présent à cette première, a le don de donner confiance à cette artiste courageuse, et si son travail de mise en scène joue sur l'expression des différents états d'âmes de l'artiste, il s'appuie aussi sur un subtil jeu d'éclairages aux variations nuancées, aussi bien près de la fosse d'orchestre que sur le fond de scène.

Tyshawn Sorey, Julia Bullock et Peter Sellars

Tyshawn Sorey, Julia Bullock et Peter Sellars

Sur une très belle scène finale où les musiciens se lèvent autour du corps de Julia Bullock pour jouer sous forme de murmure instrumental, avec une sensibilité extrême, le célèbre 'My Father How Long?', chant d'esclaves né au cours de la guerre de Sécession, les lumières s'éteignent pour laisser place à un accueil très chaleureux pour l’ensemble des artistes, prodigué par un public d'origine internationale où l'on peut aussi relever la présence de plus de personnes de couleurs qu'à l'accoutumée, ce qui place ce spectacle tout à fait dans la ligne plus visiblement inclusive que défend l'Opéra de Paris depuis ces dernières années, et qui n'est que la seconde pièce afro-américaine à être jouée sur la scène Garnier après 'The Temptation of Saint-Anthony' de Bernice Johnson Reagon qui y fit sa première officielle à l'automne 2005.

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