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Publié le 29 Septembre 2026

Macbeth (Giuseppe Verdi - 14 mars 1847, Florence)
Version révisée en français le 21 avril 1865, Paris - Théâtre Lyrique (Place du Châtelet)
Représentation du 27 septembre 2026
Opéra Orchestre Normandie Rouen

Macbeth Aleksei Isaev
Banco Peixin Chen
Lady Macbeth Ekaterina Sannikova
Dame de Chambre de Lady Macbeth Irina Sherazadishvili
Macduff Matteo Roma
Malcom Néstor Galván
Un médecin, Un serviteur, Une apparition Lysandre Châlon
Duncan Jean Aloïs Belbachir
Un sicaire Matthieu Heim

Direction musicale Pierre Dumoussaud
Mise en scène Ambre Kahan (2026)

Coproduction Opera National de Bordeaux

                         Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth)

La première nouvelle production de la saison lyrique 2026/2027 du Théâtre des Arts est dédiée à la version révisée du 'Macbeth' de Giuseppe Verdi, en langue italienne, confiée à la baguette de son nouveau directeur musical, Pierre Dumoussaud, qui fait forte impression à la tête de l'Orchestre de l'Opéra de Rouen, tout en étant associé à un parti pris scénique qui privilégie les atmosphères.

Il faut dire qu'en ce mois de septembre la concurrence est rude, car pas moins de quatre autres nouvelles productions du véritable coup de génie de Verdi sont données dans le monde au même moment, à Liège (mise en scène Stefano Poda), à Hamburg (mise en scène Tobias Kratzer), à New-York (mise en scène Louisa Proske) et à Vienne (mise en scène Barrie Kosky).

Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) - (C) Caroline Doutre

Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) - (C) Caroline Doutre

Metteuse en scène de théâtre d'abord formée à la musique, Ambre Kahan projette un décor impressif qui nous ramène à l'époque d'une Écosse rude et moyenâgeuse, ce qui est l'occasion d'un petit rappel historique.

En 1034, Duncan Ier succéda à Malcolm II. Cette désignation fut vivement ressentie par Macbeth, grand serviteur de Moray, qui s’estimait appartenir à une lignée directe de Malcolm, renforcée par la descendance royale de sa femme, Gruoch.

Ainsi, en 1040, Macbeth monta une ligue contre Duncan et l’élimina, et Crinan, père de Duncan, tenta une révolte mais fut tué à la bataille de Dunkeld en 1045.

Cependant, les fils de Duncan s’étant réfugiés en Northumbria, l’un d’eux, Malcolm, leva une armée et prit le Lothian et le Strathclyde avant de battre et tuer Macbeth à la bataille de Lumphanan (1057).

Lulach, fils de Gruoch, devint roi, et il fallut un autre affrontement pour que Malcolm III accède enfin au trône d’Écosse.

Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) - (C) Caroline Doutre

Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) - (C) Caroline Doutre

De cette époque macabre, Ambre Kahan et son équipe scénographique reconstituent de façon imaginaire des appartements gravés dans le roc et dominés par un mur de crânes séparant deux pièces, dont l'une sera la chambre où se déroulera l'assassinat de Duncan. Sur leurs flancs, de grands miroirs élargissent le champ visuel de ce décor, et, derrière la structure mortuaire, se révèle une troisième chambre en hauteur où apparaîtra une vidéographie vivante du tableau de Rubens 'La Chute des anges rebelles' en écho à la déchéance du couple Macbeth et aux corps sans vie de leurs victimes.

Des failles sombres et étroites émaillent cet ensemble afin de permettre des entrées et sorties fantomatiques, et les jeux de lumières réussissent à faire de ce décor une véritable représentation sensible de la noirceur du cœur humain.

Le sens théâtral reste, lui, beaucoup plus restreint - l'une des failles récurrentes de l'école théâtrale française -, surtout dans la façon de faire interagir les protagonistes, l'accent étant mis sur la perception du couple Macbeth, les rôles secondaires et le chœur n'étant que sommairement dessinés et sans grande vitalité, même si cela peut donner lieu visuellement à des tableaux aux saisissantes teintes vermeeriennes, comme dans la scène de la forêt de Birnam.

Il n'est pas simple, effectivement, d'arriver à insuffler aux artistes un courant vital qui suive une logique chevillée au corps que seul le metteur en scène peut imprimer à travers sa propre lecture du drame.

Le chœur de l'Opéra de Rouen

Le chœur de l'Opéra de Rouen

C'est donc plutôt le goût calligraphique de la mise en scène qui s'apprécie pour le meilleur, la vidéo de corbeaux qui s'accumulent au moment du meurtre de Banco, les signes pictes illuminés dans la pierre, qui rappellent les signes mystérieux des stèles remises par Dieu à Moise, au moment de la scène des apparitions et de prédiction de l'avenir, sans faire oublier le moins bon comme dans la scène chorégraphique qui la précède et qui aurait pu exploiter un potentiel érotique - la dualité entre Eros et Thanatos - qui est malheureusement ridiculisé par une gestuelle erratique et une déshumanisation des corps, ou bien, en première partie, une bien lourde scène du banquet qui propose au menu un cheval découpé en morceaux, sans s'attarder sur la décapitation finale de Macbeth, façon 'Jochanaan', qui fera beaucoup sourire la salle.

Irina Sherazadishvili (La Dame de chambre), Matteo Roma (Macduff), Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) et Aleksei Isaev (Macbeth)

Irina Sherazadishvili (La Dame de chambre), Matteo Roma (Macduff), Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) et Aleksei Isaev (Macbeth)

Cependant, la dimension lyrique, la plus essentielle, se révèle fort adéquate à l'univers verdien, appuyée par des débuts scéniques réussis dans tous les rôles.

Rodée à des incarnations très exigeantes pour sa jeunesse, Leonore d''Il Trovatore', Abigaille de 'Nabucco', Maddalena d''Andrea Chénier', mais aussi Tatiana d''Eugène Onéguine', la soprano d'origine ukrainienne Ekaterina Sannikova possède non seulement de somptueux aigus royaux irradiants dans tous les moments saillants, mais aussi un fin cisellement aux teintes mordorées dans le médium qui ennoblit considérablement son interprétation de Lady Macbeth parée d'un vert glamour qui suggère aussi sa nature venimeuse. Ses graves étant moins marqués, elle donne même l'impression, lors de la scène de somnambulisme, de faire régresser psychologiquement sa Lady pour la faire redevenir une jeune fille.

Matteo Roma (Macduff) - (C) Caroline Doutre

Matteo Roma (Macduff) - (C) Caroline Doutre

Avec son timbre d'une noirceur voilée et angoissée, le baryton russe Aleksei Isaev fait d'emblée ressentir la veulerie de Macbeth à travers des fluctuations vacillantes, bien qu'il reste en première partie sur la réserve avec une gestuelle peu démonstrative. Il s'impose véritablement à partir de son retour vers le groupe de sorcières, sa terreur prenant possession de lui même au point qu'il arrive à la manipuler efficacement pour la transmettre à l'audience. Grand succès pour lui au rideau final avec le soutien enthousiaste de sa partenaire.

D'apparence débonnaire, Peixin Chen soigne l'homogénéité d'une tessiture de basse qui s'avère presque trop épurée devant la rugosité de l'atmosphère générale du drame, alors qu'au contraire, Matteo Roma rend à Macduff une expressivité d'une grande authenticité dans 'O figli, o figli miei!' chanté avec une justesse de ton qui s'abstient de tout effet trop exhubérant, sans que l'on n'oublie de saluer la forte présence de Néstor Galván en Malcom, le futur roi, souvent distribué à des profils plus effacés.

Enfin, Irina Sherazadishvili et Lysandre Châlon, en serviteurs, forment un jeune couple d'une prestance inspirante, une image de dignité dont la constance vient contre-balancer les attitudes délirantes du couple royal.

Irina Sherazadishvili (La Dame de chambre) et Lysandre Châlon (Un serviteur)

Irina Sherazadishvili (La Dame de chambre) et Lysandre Châlon (Un serviteur)

Chœur très bien chantant qui peut compter sur la vigilance de Pierre Dumoussaud, Orchestre de l'Opéra de Rouen galvanisé par la direction coloriste de son nouveau directeur musical qui lui insuffle volume, violence des drapés et tension théâtrale dans un luxe sonore qui détaille dans toute leur plénitude les motifs des solos instrumentaux, 'Macbeth' trouve sous sa direction une lecture qui emporte sans relâche l'auditeur dans l'action avec une densité prenante et aussi une transparence qui font honneur à l'ensemble des musiciens.

Seul petit reproche, avoir accepté de supprimer les premières mesures de l'ouverture du 3e acte qui donnent une image si parlante de la folie criminelle dans laquelle s'embarque le couple Macbeth, pour débuter avec un extrait du ballet parisien, avancé pour l'occasion afin de faire plaisir à la logique d'Ambre Kahan, ce qui ne s'avère pas d'une pertinence théâtrale convaincante.

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