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Publié le 29 Octobre 2026

Macbeth (Giuseppe Verdi - 14 mars 1847, Florence)
Version révisée en français le 21 avril 1865, Paris - Théâtre Lyrique (Place du Châtelet)
Représentation du 20 octobre 2026
Metropolitan Opera - New York

Macbeth Quinn Kelsey
Banco Ryan Speedo Green
Lady Macbeth Lise Davidsen
Dame de Chambre de Lady Macbeth Marcy Stonikas
Macduff Freddie De Tommaso
Malcom Jonathan Burton
Un médecin Marley Garvin
Un Serviteur Jeongcheol Cha
Un sicaire Christopher Job

Direction musicale Yannick Nézet-Séguin
Mise en scène Louisa Proske (2026)

Nouvelle production

 

Les passionnés lyriques connaissent bien la version de ‘Macbeth’ éditée chez RCA Victor à l’occasion de son entrée au répertoire du MET, le 05 février 1959, et enregistrée avec Leonie Rysanek et Leonard Warren dans les rôles principaux, sous la direction d’Erich Leinsdorf et dans la mise en scène de Carl Ebert, qui reste aujourd’hui une référence discographique incontournable.

Deux autres productions suivront en 1982 (Peter Hall, sous la direction musicale de James Levine), puis en 2007 (Adrian Noble, également sous la direction musicale de James Levine), mais l'une fut jugée trop kitsch et maladroite et l'autre trop inspirée par les formes du Regietheater européen pour être toutes deux pleinement appréciées.

Lise Davidsen (Lady Macbeth) et Quinn Kelsey (Macbeth) - Photo Marty Sohl

Lise Davidsen (Lady Macbeth) et Quinn Kelsey (Macbeth) - Photo Marty Sohl

D’un certain point de vue, la nouvelle production que présente Louisa Proske, metteuse en scène allemande installée à New York et qui commence à gagner les plus grandes scènes du monde, corrige ces deux défauts à travers une approche d’une très grande lisibilité qui s’appuie sur une scénographie évoquant la rudesse du moyen-âge selon plusieurs tableaux élaborés sur une tournette afin de fluidifier les changements de lieux, de la lande écossaise aux quartiers délabrés par les guerres intestines en passant par la sobre chambre de Lady Macbeth. Les stigmates de bombardements sont omniprésents jusqu'à l'avant scène, une bouche ouverte sur un monde détruit.

Macbeth (Davidsen Kelsey Speedo Green De Tommaso Nézet-Séguin Proske) MET

Les costumes des nobles sont précieusement soignés, l’utilisation du brouillard de guerre rampant sur les amas de pierres crée une atmosphère impressive, mais ce sont véritablement les sorcières qui bénéficient d'une direction particulièrement dynamique, décrites comme des êtres maléfiques pouvant se fondre dans le paysage. Dès l'ouverture, elles sont associées à des artistes danseurs qui simulent les combats sur la lande du Comté de Moray, avec un art du mouvement parfaitement aligné sur la musique orageuse de Guiseppe Verdi, et ils réapparaissent même lors de la scène du banquet, toujours sous l'impulsivité de la musique, avec toutefois un style de danse géorgien qui parait plus décalé à ce moment là.

Scène d'ouverture des sorcières - Photo Marty Sohl

Scène d'ouverture des sorcières - Photo Marty Sohl

Les premiers mouvements du ballet composé pour Paris, habituellement coupé, sont même rétablis pour permettre aux sorcières de jouer une scène prémonitoire des conspirations menées par le couple Macbeth, un peu à l'image de la pantomime d'un autre ouvrage shakespearien, 'Hamlet'.

En revanche, le ballet aérien des Sylphes, destiné à accompagner le réveil de Macbeth, n'est pas conservé, mais on peut supposer que c'est pour maintenir la noirceur dramatique du propos.

De par son unité, la production de Louisa Proske offre ainsi une représentation bien construite, en accord avec l'imaginaire que l'on peut avoir de ce XIe siècle écossais marqué par les guerres de factions, ce qui la rapproche du style qu'affectionne le metteur en scène britannique David McVicar tel qu'on a pu l'observer au MET dans 'Il Trovatore', par exemple, qui fait les mêmes allusions aux couleurs crépusculaires des tableaux de guerres civiles de Francisco de Goya.

Les clair-obscurs de la scène finale et la solitude dans laquelle se trouve Macbeth à l'annonce de la mort de la Lady imprègnent le regard d'une impression de désolation absolue.

La Josie Robertson Plaza du Lincoln Center et la fontaine Revson vues depuis la loggia du MET

La Josie Robertson Plaza du Lincoln Center et la fontaine Revson vues depuis la loggia du MET

Cependant, le spectacle étonne par le minimalisme de son jeu théâtral, et particulièrement celui de Lady Macbeth qui ne fait nullement ressortir la noirceur psychologique de ce personnage monstrueux.

Lise Davidsen a bien évidemment la solidité et l'endurance défiantes vis-à-vis de ce rôle qui permettent d'apprécier la progressivité de sa puissance grâce à un beau fusain de voix dont le métal chauffé à blanc se charge d'une incandescence prodigieuse. Ce galbe vocal d'une grande pureté lui assure de fait une stature d'une noblesse souveraine, mais dans le discours courant, très important dans cette œuvre où le couple infernal conspire continuellement, son propos manque d'incisivité et de morbidité.

Se pose alors la question de la raison pour laquelle Louisa Proske n'a pas cherché à lui insuffler une manière d'être qui extériorise beaucoup plus les névroses de la Lady, afin de la sortir d'une attitude trop hiératique.

Scène de révolte finale - Photo Marty Sohl

Scène de révolte finale - Photo Marty Sohl

Excellent tragédien rôdé aux caractères verdiens depuis plus de quinze ans, Quinn Kelsey rend un portrait violemment torturé de l'usurpateur, avec des accents plaintifs qui font ressortir une sensible souffrance intérieure.

Les gradations de noirceurs et de mordant font l'expressivité de son chant et contribuent aussi à une impression d'adéquation entre la structure scénographique et le relief vocal complexe qui émerge de son interprétation. Et si la version retenue de 'Macbeth' est bien celle révisée pour le Théâtre lyrique de Paris en 1865, mais dans la langue italienne, l'air final de la version initiale de 1847, 'Mal per me che m'affidai', est réintégré au moment de sa mort ce qui amplifie le poids de sa responsabilité.

Yannick Nézet-Séguin et Lise Davidsen

Yannick Nézet-Séguin et Lise Davidsen

Auprès de ces deux grands artistes lyriques, Freddie De Tommaso fait une première apparition au moment de la mort de Duncan avec un sens de l'urgence plutôt modéré, mais se révèle d'une magnifique chaleur mêlée d'héroïsme dans l'air de désespoir de Macduff, 'O filii mei', qui suit le massacre de sa famille perpétré par Macbeth. Le chœur du MET se montre par ailleurs d'une ferveur empreinte de poésie quand 'Patria oppressa' s'élève depuis les décombres.

Quant à Ryan Speedo Green, il rend à Banco une humanité bienveillante avec des aspérités vocales qui traduisent ses heurts intérieurs, mais l’on sait aussi qu’il est possible de traduire un caractère encore plus lugubre.

Tous les seconds rôles sont par ailleurs bien distribués avec des colorations distinctes qui participent aux effets de contrastes du drame, Marcy Stonikas se distinguant particulièrement pour la profondeur qu’elle insuffle à la Dame de Chambre de Lady Macbeth.

Freddie De Tommaso (Macduff)

Freddie De Tommaso (Macduff)

Et si la direction scénique semble globalement assez neutre, il n’en va pas de même de la direction musicale hyperthéâtralisée de Yannick Nézet-Séguin qui entraîne les musiciens du MET à la limite de l'emballement selon un souffle d’une ampleur étourdissante, les différentes trames orchestrales se superposant avec un sens de l’ornementation et une vitalité vraiment excitants. A une telle écoute, on imaginerait sans mal un Riccardo Muti réclamant un peu de tempérance, mais un tel sens du discours, une telle pénétrance dans la pulsion du drame sont le plus bel exemple d’une interprétation cinématographique galvanisante, le tout déroulé devant une salle comble et enthousiaste qui a rendu aux artistes un accueil à la hauteur de leur juste engagement.

Quinn Kelsey, Tilman Michael (chef de chœur), Yannick Nézet-Séguin et Lise Davidsen

Quinn Kelsey, Tilman Michael (chef de chœur), Yannick Nézet-Séguin et Lise Davidsen

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