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Publié le 4 Octobre 2026

Antigone, d"après Sophocle (Teatro Argentina di Roma, le 22 juillet 2025)
Représentations du 01 et 03 octobre 2026
Théâtre de la Ville - Salle Sarah Bernhardt

Mise en scène et chorégraphie Alan Lucien Øyen
Avec Bernard Cauchard*, Enoch Grubb, Douglas Letheren, Héléna Pikon, Pascal Marty, Antonin Monié, Nazareth Panadero, Julie Shanahan, Meng-Ke Wu

* Rôle créé par Fernando Suels Mendoza en 2025

Coproduction Fondazione Teatro Di Roma – The Norwegian Opera And Ballet – Centro Servizi Culturali Santa Chiara.
Avec le soutien de Arts Council Norway – City Of Bergen. Résidence de création Pina Bausch Zentrum

On se souvient de ce soir du 20 septembre 2022 au Palais Garnier dédié à la première de 'Cri de Cœur' d'Alan Lucien Øyen qui stupéfia, voir exaspéra, le public traditionnel d'amateurs de ballets de par son audacieux mélange de théâtre et de chorégraphie inhabituel en un tel lieu. Certains en voulurent haut et fort à Aurélie Dupont partie de l'Opéra de Paris deux mois plus tôt..

Meng-Ke Wu

Meng-Ke Wu

Nul accueil sceptique cette fois au Théâtre de la Ville pour la première française d''Antigone' dévoilée devant un tout autre public friand de nouveautés et bien plus ouvert que celui de 'la grande boutique'.

Le spectacle s'ouvre sur le cri d'Antigone - interprétée par Meng-Ke Wu, artiste indépendante qui collabore avec la plupart des grands chorégraphes contemporains - immédiatement suivi de la lente descente de la fille de Créon le long des escaliers du théâtre pour rejoindre la scène et s'y lover, cernée par sept dalles en bois en forme de L représentant les sept portes de Thèbes devant lesquelles s'affrontèrent ses deux frères, Etéocle et Polynice, ce dernier ayant attaqué sa ville natale face au refus de son frère de céder le trône de la ville, comme décidé après l'exil d' Œdipe, leur père, que semble symboliser par son jeu d'aveugle Bernard Cauchard.

Enoch Grubb, Antonin Monié et Meng-Ke Wu

Enoch Grubb, Antonin Monié et Meng-Ke Wu

Si le thème principal de la tragédie de Sophocle est l’inflexibilité de Créon à condamner Antigone pour avoir enseveli le corps de Polynice par amour et en opposition avec la loi dictatoriale d'un tyran, la pièce d' Alan Lucien Øyen le dilue assez rapidement en l'élargissant aux scandales sociaux d'aujourd'hui - telle la plainte en slogan politique 'I can't Breathe' jetée lors du combat en jeu torsadé d'Enoch Grubb, danseur californien associé à la création de 'Underdog' de Øyen (2024), et d'Antonin Monié, ancien danseur de l'Opéra de Paris qui participa à la création de 'Cri du Cœur' -, en citant en premier lieu les noms des femmes victimes dans la mythologie grecque de la violence des hommes et des Dieux.

Enoch Grubb

Enoch Grubb

Dans cette partie, c'est plutôt la souffrance solitaire qu'Antigone ressent à la perte de son frère qui est mise en scène à travers une chorégraphie torturée mais intériorisée, un démunissement et des effondrements qui ne peuvent que finir en pleurs devant les murs de Thèbes, et qui subissent l'indifférence émotionnelle d'un interlocuteur masculin (Douglas Letheren), sous le regard compatissant des femmes qui l'entourent, Héléna Pikon, la danseuse madrilène Nazareth Panadero et Julie Shanahan, toutes trois des figures emblématiques du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch.

Héléna Pikon, Nazareth Panadero, Julie Shanahan et Meng-Ke Wu

Héléna Pikon, Nazareth Panadero, Julie Shanahan et Meng-Ke Wu

Les choix musicaux d'Alan Lucien Øyen appuient l'immersion chorégraphique et esthétique en faisant intervenir des créations contemporaines telles 'I Wanted To Leave' de SYML, qui clôt le spectacle sur une tonalité mélancolique, ou bien 'Faraway Song' que composa Ryuichi Sakamoto pour le film 'Little Buddha' et qui est reprise par deux fois avec ses accords traditionnels indiens qui se superposent à des scènes dont la violence est masquée. Il s'agit toujours de musiques fluides et mystérieuses qui s'harmonisent idéalement à une gestuelle qui maintient le centre de gravité bas, en état de déséquilibre, qui oblige à avancer en étirant les jambes, avec de magnifiques effets de torsions des corps, comme cela peut s'admirer chez Enoch Grubb en particulier.

Pascal Marty, Antonin Monié, Bernard Cauchard, Héléna Pikon, Douglas Letheren, Enoch Grubb et Julie Shanahan

Pascal Marty, Antonin Monié, Bernard Cauchard, Héléna Pikon, Douglas Letheren, Enoch Grubb et Julie Shanahan

Dans la seconde partie, on s'éloigne beaucoup de la tragédie d'Antigone pour évoquer les affaires de féminicides et d'incestes actuelles, mais avant cela, une séquence burlesque faisant intervenir chaque danseur afin de mimer le chant d'un oiseau vient complètement percuter la charge dramatique, offrant une respiration aux spectateurs avant d'aborder des thèmes encore plus sensibles. Il s'agit ici de détourner la scène où Tiresias raconte à Créon comment il a vu des oiseaux dévorer des cadavres, suggérant ainsi que les Dieux ont désormais abandonné les hommes.

Julie Shanahan

Julie Shanahan

Des faisceaux latéraux illuminent le mur formé des sept dalles de bois selon des angles qui varient, parfois à l'initiative des danseurs eux-mêmes, les hommes sont souvent torses-nus, en véritables prédateurs, et le langage chorégraphique montre dans une ambiance crépusculaire comment les incarnations féminines subissent - Meng-Ke Wu face aux abus sexuels -, se rebellent - Nazareth Panadero qui manie aussi bien l’absurde que le langage de l'arme à feu - ou appellent à l'aide - Julie Shanahan dans une gestuelle verticale tournée vers le ciel -, et une fascinante scène de gestuelle mécanique préparant une arme, au son de cliquetis métalliques, est jouée avec talent par Pascal Marty et Enoch Grubb, car la violence naît aussi chez celles, mais aussi ceux, qui ont subi des violences au cours de leur jeunesse, après avoir eu recours à une stratégie d’évitement du traumatisme.

Pascal Marty et Enoch Grubb

Pascal Marty et Enoch Grubb

Cette partie prend ainsi une dimension thérapeutique et se résout en focalisant sur le dos de Bernard Cauchard les mots Justice, Shame, Honor et Incest, sous le regard des femmes victimes, avant que Julie Shanahan se fonde de façon cérémonielle dans le public afin de lui faire lire individuellement 'N'oublie pas que tu es aimé', invitant ainsi à la bienveillance vis à vis de soi afin d'éviter de tomber dans la haine de soi.

Enoch Grubb et Nazareth Panadero

Enoch Grubb et Nazareth Panadero

Immense succès au final devant un public de tout âge, parfois très jeune, finissant debout à applaudir chaleureusement ces danseurs-acteurs et aussi chanteurs (Enoch Grubb) totalement unis.

 Douglas Letheren, Antonin Monié, Nazareth Panadero, Bernard Cauchard, Meng-Ke Wu, Pascal Marty, Julie Shanahan, Héléna Pikon et Enoch Grubb

Douglas Letheren, Antonin Monié, Nazareth Panadero, Bernard Cauchard, Meng-Ke Wu, Pascal Marty, Julie Shanahan, Héléna Pikon et Enoch Grubb

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Publié le 11 Juillet 2021

Jeunes danseurs – Ballet de l’Opéra national de Paris
Représentation du 10 juillet 2021 - 14h30
Palais Garnier

La fête des fleurs à Genzano (1858)
Musique Holger-Simon Paulli - Chorégraphie August Bournonville

L’Oiseau bleu extrait de La Belle au bois dormant (1890)
Musique Piotr Ilyitch Tchaïkovski - Chorégraphie Rudolf Noureev

And...Carolyn (2007 - Entrée au répertoire)
Musique Thomas Newman - Chorégraphie Alan Lucien Øyen

Flammes de Paris (1932 - Entrée au répertoire)
Musique Boris Assafiev - Chorégraphie Vasili Vainonen

Non rien de rien (1998)
Musique Edith Piaf - Chorégraphie Ivan Favier

Les Indomptés (1992 - Entrée au répertoire)
Musique Wim Merten - Chorégraphie Claude Brumachon

Pas de trois du cygne noir du Lac des cygnes (1877)       Hortense Pajtler et Marius Rubio
Musique Piotr Ilyitch Tchaïkovski - Chorégraphie Rudolf Noureev

After the Rain (2005 - Entrée au répertoire)
Musique Arvo Pärt - Chorégraphie Christopher Wheeldon

Pas de deux de la tombe de Roméo et Juliette (1935 - Entrée au répertoire)
Musique Serguei Prokofiev - Chorégraphie Angelin Preljocaj

Pas de deux du 3ème acte de La Belle au bois dormant (1890)
Musique Piotr Ilyitch Tchaïkovski - Chorégraphie Rudolf Noureev

Danseurs du Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris

Solistes femmes : Hortense Pajtler (2019), Eugénie Drion (2014), Apolline Anquetil (2019), Inès Mcintosh (2019), Bianca Scudamore (2017), Roxane Stojanov (2013), Nine Seropian (2019), Hohyun Kang (2018)
Solistes hommes : Keita Bellali (2020), Enzo Saugar (2020), Loup Marcault-Derouard (2018), Antoine Kirscher (2013), Marius Rubio (2019), Chun-Wing Lam (2015), Giorgio Fourès (2016), Jérémy-Loup Quer (2011), Antonio Conforti (2012), Florent Melac (2010), Alexandre Gasse (2007), Guillaume Diop (2018)

Le programme Jeunes danseurs proposé en fin de saison par le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris est une rare occasion de découvrir en une seule soirée un panel le plus large possible de l’art chorégraphique représenté sur cette scène. En 9 pièces, 9 musiques et 9 chorégraphies différentes, le spectateur est confronté à des esthétiques classiques ou contemporaines et peut donc se laisser vibrer à celles qui l’inspirent le plus.

Bianca Scudamore (Odette) - Le Lac des Cygnes (Tchaikovski - Petipa - Noureev)

Bianca Scudamore (Odette) - Le Lac des Cygnes (Tchaikovski - Petipa - Noureev)

C’est aussi l’occasion de découvrir, dans les premiers rôles des danseurs, les Quadrilles, Coryphées ou Sujets dont la moitié de ceux présents ce soir ont intégré le Corps de Ballet depuis moins de 5 ans.

Ainsi, l’ouverture sur La fête des fleurs à Genzano nous mène dans une Italie légère à l’arrivée de l’été, et Keita Bellali – sourire radiant et bras en corolles – et Hortense Pajtler, deux jeunes recrues, font revivre un pas de deux de ce chorégraphe danois, August Bournonville, qui cherchait à donner autant d’importance aux danseurs masculins qu’aux ballerines. On ne retrouvera d’ailleurs pas cette humeur riante et naïve dans les autres pièces présentées au cours de ce riche programme.

Hohyun Kang (Aurore) et Guillaume Diop (Le Prince) - La Belle au Bois dormant (Tchaikovski - Petipa - Noureev)

Hohyun Kang (Aurore) et Guillaume Diop (Le Prince) - La Belle au Bois dormant (Tchaikovski - Petipa - Noureev)

Deux extraits de La belle au Bois Dormant dans la chorégraphie de Marius Petipa et Rudolf Noureev sont interprétés, L’Oiseau Bleu, en début de programme, qui permet de découvrir une autre jeune recrue, Enzo Saugar, associée à Eugénie Drion et ses très mélodieux ports de bras, puis le Pas de deux du 3ème acte, en fin de programme, qui offrira à Hohyun Kang et Guillaume Diop une magnifique chance de renvoyer au public une superbe image de l’assurance épurée noblement tenue de la culture chorégraphique de la maison.

Il y a plusieurs entrées au répertoire au cours de ce spectacle, et le Pas de deux de Flammes de Paris, ballet hommage à la Révolution Française, en est une et est très bien défendue par l’élan romantique élégant et la belle correspondance entre Antoine Kirscher et Inès Mcintosh, danseuse fort confiante dans son rapport à la salle.

Inès Mcintosh (Jeanne) et Antoine Kirscher (Philippe) - Flammes de Paris (Vasili Vainonen)

Inès Mcintosh (Jeanne) et Antoine Kirscher (Philippe) - Flammes de Paris (Vasili Vainonen)

Au répertoire contemporain apparaît pour la première fois sur cette scène And...Carolyn d’Alan Lucien Øyen qui permet de découvrir le couple formé par Apolline Anquetil et Loup Marcault-Derouard qui joue avec des effets d’attraction vers le sol, et le jeune danseur est fabuleusement mis en valeur par la chorégraphie et les lumières qui magnifient sa gestuelle tournoyante.

Autre nouveauté, After the Rain de Christopher Wheeldon interprété sur la pièce Spiegel im Spiegel (pour violon et piano) d’Arvo Pärt, est propice à un véritable travail sur l’intériorité et décrit une union poétique et silencieuse entre deux êtres au son des gouttes d’eau pianistiques. Roxane Stojanov et Florent Melac noient dans la pénombre leur propre individualité pour en rendre la grâce charnelle et mélancolique.

Loup Marcault-Derouard et Apolline Anquetil - And...Carolyn (Alan Lucien Øyen)

Loup Marcault-Derouard et Apolline Anquetil - And...Carolyn (Alan Lucien Øyen)

Après le duo très ludique et charmeur entre Hortense Pajtler et Marius Rubio sur la chanson d’Edith Piaf « Non, rien de rien », vient une autre entrée au répertoire avec Les Indomptés de Claude Brumachon sur la musique de Wim Mertens qui fait vivre une lutte provocante entre deux hommes incarnés par Chun-Wing Lam et Giorgio Fourès, vétus en jeans et torses-nus, à travers un jeu d’équilibre instable et une course qui s’achève sur une forme de victoire par épuisement.

Le spectateur n’a pas fini d’être étourdi car il est par la suite projeté dans l’univers psychanalytique du Lac des Cygnes de Rudolf Noureev et son célèbre pas de deux devenu un pas de trois afin de renforcer le rôle de Rothbart. Ce retour au classicisme académique juste après Les Indomptés peut apparaître comme un grand écart, mais quand on réfléchit au thème de ces deux pièces, on peut tout à fait y voir une forme de continuité d’esprit.

Chun-Wing Lam et Giorgio Fourès - Les Indomptés (Claude Brumachon)

Chun-Wing Lam et Giorgio Fourès - Les Indomptés (Claude Brumachon)

On ne peut que frémir aux attentes qui pèsent sur les épaules de Bianca Scudamore au moment d’aborder les 32 fouettés d’Odette dont elle se sort très bien, et avec le sourire, qui représentent une figure mythique de l’univers chorégraphique car la magie émane de cet instant par une maîtrise absolue des lois de la physique et de la préservation du mouvement. On retrouve déjà le tempérament piqué de Rothbart, l’esprit déstabilisateur du prince Siegfried, dans les attaques pointées d’Antonio Conforti, ainsi qu’une certaine appétence pour ce personnage hautain, et Jérémie-Loup Quer délivre une fine attention à sa partenaire comme à ses propres moments d’extase.

Nine Seropian (Juliette) et Alexandre Gasse (Roméo) - Roméo et Juliette (Prokofiev - Preljocaj)

Nine Seropian (Juliette) et Alexandre Gasse (Roméo) - Roméo et Juliette (Prokofiev - Preljocaj)

Le pas de deux de Roméo et Juliette (Prokofiev), donné dans la chorégraphie d’Angelin Preljocaj et non de Rudolf Noureev (qui est jouée au même moment à l’Opéra Bastille), est une véritable découverte avec une indicible violence respectivement de Juliette et Roméo envers les corps de l’un et l’autre lors de la scène d’empoisonnement finale. Ce réalisme joué sans réserve par Nine Seropian et Alexandre Gasse peut fortement impressionner les jeunes spectateurs et donne envie de connaître la version intégrale.

En un peu plus de deux heures, c'est tout l'avenir du Corps de ballet de l'Opéra qui nous est ainsi suggéré.

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