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Publié le 4 Décembre 2025

Montag aus Licht (Karlheinz Stockhausen –
La Scala de Milan, le 7 mai 1988)
Représentation du 29 novembre 2025
Philharmonie de Paris – Grande Salle Pierre Boulez

Ève Michiko Takahashi, Marie Picaut, Clara Barbier Serrano 
Des marins Josue Miranda, Safir Behloul, Ryan Veillet
Lucifer Florent Baffi 
Le pianiste à tête de perruche Alphonse Cemin
Cœur de Basset, Eva Iris Zerdoud
Busi Joséphine Besançon
Busa Alice Caubit
Muschi Pia Davila
Ave Claire Luquiens

Direction musicale Maxime Pascal
Mise en scène, scénographie, costumes Silvia Costa (2025)
Projection sonore Florent Derex
Lumière Lila Meynard
Ensemble Le Balcon
Maîtrise de Radio France, Maîtrise de Paris, Solistes du Trinity Boys Choir, Chœur de l'Orchestre de Paris, Jeune Chœur des Hauts-de-France

Coproduction Le Balcon, Festival d’Automne de Paris, Fondation Fiminco, Opéra de Lille

Avec ‘Montag aus Licht’, Maxime Pascal et l’ensemble Le Balcon abordent leur avant dernier opéra du cycle ‘Licht’ qu’ils débutèrent à l’Opéra Comique le 15 novembre 2018 avec un ‘Donnerstag aus Licht’ d’une verve totalement inattendue.

Ève

Ève

Depuis, les autres journées ont été données à la Philharmonie ou à la Cité de la musique, y compris la reprise de ‘Donnerstag aus Licht’, et ne manquera donc plus que ‘Mittwoch aus Licht’, prévu en 2026’, pour parfaire ce cycle complet haut en couleurs d’une polyphonie étrange et savamment fantaisiste.

Et à l’instar de ‘Freitag aus Licht’, volet qui était dédié à tous les enfants, Silvia Costa est à nouveau conviée à mettre en scène ce spectacle total qui fait appel à pas moins de quatre chœurs d’enfants et de jeunes artistes, la Maîtrise de Radio France, la Maîtrise de Paris, les Solistes du Trinity Boys Choir et le Jeune Chœur des Hauts-de-France. Il va sans dire qu’elle est ici parfaitement dans son élément, le thème de la maternité étant central, d’autant plus que le monde de l’enfance l’inspire naturellement.

Solistes du Trinity Boys Choir

Solistes du Trinity Boys Choir

Le décor unique comprend côté jardin un phare stylisé torsadé par un escalier menant à ses feux circulaires, au bord d’une plage nue. L’écran situé en fond de scène et les éclairages multidirectionnels serviront à créer des ambiances changeantes et immersives.

Non sans évoquer l’ouverture de ‘Prélude à l’après-midi d’un faune’ de Claude Debussy, un motif mélodique de cor de basset accompagne dès les premières notes une scène ritualisée de l’accouchement d’Eve dans une ambiance bleu-vert nocturne murmurée de langueurs par un chœur, alors que des cycles de la Lune parcourent l’horizon crépusculaire, que des êtres étranges apparaissent entourés des sons soufflés irriguant tout l’espace sonore.

Montag aus Licht (Acte II) - (c) Hervé Escario

Montag aus Licht (Acte II) - (c) Hervé Escario

Un ballet de poussettes tournoyantes noires aux raies blanches, et blanches aux raies noires, constitue le summum frénétique de ce premier acte fortement chargé en clameurs d’enfants, mais le spectacle est aussi dans la salle, que ce soient les consoles informatiques aux lueurs multicolores, les synthétiseurs doucereusement éclairés installés sur l’un des flancs, ou bien les divers bruitages et les chants dynamiquement piqués qui contribuent à créer un univers phonique semblant interagir selon une logique qui lui est propre. Quelques images de guerre apparaitront, mais elles seront bien plus développées dans le volet suivant, 'Dienstag aus Licht'.

Montag aus Licht (Maxime Pascal Le Balcon Silvia Costa) Philharmonie

En seconde partie, le phare se révèle être la métaphore même du corps de la femme. 

Eve, le ventre ballonné, a rejoint le sommet du foyer lumineux, et deux processions de jeunes filles aux robes en forme d’ailes de lucioles luminescentes descendent les allées du parterre dans le noir submergées par les chants amplifiés.
Sept garçons en costumes chair vont naître à la base du phare, êtres qui seront habillés en tenues de couleurs harmonieuses par leur entourage, ce qui renverra chaque spectateur à la fraîcheur de sa propre enfance et accroîtra l’emprise émotionnelle de cette grande scène où toutes sortes d’interventions inattendues se succèderont, un pianiste - Alphonse Cemin – en tête de perruche jaune, des cris de bébé, un Lucifer grotesque, une percussionniste, Akino Kamiya, ponctuant d’un coup d’instrument les différentes scènes. 

Iris Zerdoud (Coeur) - (c) Hervé Escario

Iris Zerdoud (Coeur) - (c) Hervé Escario

Dans le même temps, les qualités de plasticienne de Silvia Costa s’expriment magnifiquement à travers les ambiances lumineuses et toutes sortes de croisements de faisceaux évoquant la mer, mer agitée qui sera également imagée par le balancement d’un grand aquarium où deux liquides, l’un bleu, l’autre incolore, s’agiteront en vagues sans jamais se mélanger.

Montag aus Licht (Acte III) - (c) Hervé Escario

Montag aus Licht (Acte III) - (c) Hervé Escario

L’impressionnante montée de chants entrelaçant des vocalises dans une sorte de transe gagnant en intensité, au point de rappeler le chant des oiseaux du second acte de ‘Saint-François d’Assise’ d’Olivier Messiaen, prendra également une tournure tout à fait étourdissante en ayant pour effet de mettre tous les sens en éveil de façon quasi euphorisante. Les jeunes émois amoureux se dessinent alors.

Josue Miranda, Safir Behloul, Ryan Veillet, Alphonse Cemin et Claire Luquiens

Josue Miranda, Safir Behloul, Ryan Veillet, Alphonse Cemin et Claire Luquiens

La virtuosité atteint cependant son apogée au dernier acte à travers un jeu joyeux de séduction dansant entre une joueuse de flûte (Claire Luquiens), une joueuse de cor de basset (Iris Zerdoud), affublée d’un chapeau en forme de cœur, et le groupe d’enfants et le chœur d’hommes, un jeu sur le rythme mais aussi sur les sonorités chantées, jusqu’à la grande scène finale vidéographique où les enfants s’élèvent en grand envol d’oiseaux alors qu’Eve se momifie en montagne prodigue de vie aux contours devenant de plus stylisés et colorés, laissant entrevoir, sous forme d’ombre, un enfant semblant crier dans ses bras, alors que les lumières s’assombrissent dans un ciel d’éclipse surmonté d'une rose des vents au son de l'enchantement des voix d’enfants s’éloignant vers un infini silencieux.

Akino Kamiya et Maxime Pascal

Akino Kamiya et Maxime Pascal

De Maxime Pascal nous n’avons pu voir que quelques mouvements de bras à travers un téléviseur tourné vers les chœurs afin de les coordonner, mais ce chef d’orchestre talentueux, intelligent et doué d’un sens humain fort sensible, signe à nouveau un immense travail d’architecte, donné à Paris pour une seule soirée, qui laisse admiratif.

Des chanceux pourront retrouver cet artiste d’une humble simplicité au Festival de Salzbourg 2026 pour diriger ‘Saint-François d’Assise’ dans la mise en scène de Roméo Castellucci, plasticien auprès duquel Silvia Costa s’est elle-même formée dès ses premières années d’engagement artistique. Il y a beaucoup de sens dans tout cela.

Silvia Costa

Silvia Costa

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Publié le 28 Octobre 2024

Donnerstag aus Licht - Acte III (Karlheinz Stockhausen - 03 avril 1981, La Scala de Milan)
Concert du 26 octobre 2024
Philharmonie de Paris
Grande salle Pierre Boulez

Michaël Safir Behloul (ténor), Henri Deléger (trompette), Emmanuelle Grach (danse)
Eve Elise Chauvin (soprano), Iris Zerdoud (cor de basset), Suzanne Meyer (danse)
Lucifer Damien Pass (basse), Mathieu Adam (trombone), Frank Gizycki (danse)
Une vieille dame Bernadette Le Saché
Michael adolescent Ilion Thierrée

Direction musicale Maxime Pascal
Mise en scène Benjamin Lazar

Ensemble Le Balcon
Étudiants du Conservatoire de Paris
Étudiants du Pôle Sup'93
Le Jeune Chœur de Paris - Département supérieur pour jeunes chanteurs, CRR de Paris
Orchestre Impromptu

Quatre ans, jour pour jour, après avoir dirigé 'Dienstag aus Licht' dans la grande salle de la Philharmonie, probablement le plus spectaculaire des sept volets du cycle 'Licht', Maxime Pascal revient avec son ensemble Le Balcon, renforcé par les cordes de l'Orchestre Impromptu, pour interpréter le 3e acte de 'Donnerstag aus Licht' dans une scénographie spatio-temporelle qui inspire pleinement à un mysticisme subtil en s'appuyant sur la puissance et les possibilités qu'offre la grande salle de la Philharmonie. 

Ce spectacle avait été donné à l’Opéra Comique en novembre 2018, puis repris à la Philharmonie en novembre 2021 mais sans le 3e acte, les contraintes de la pandémie ne le permettant pas.

Donnerstag aus Licht - Acte III

Donnerstag aus Licht - Acte III

Ce dernier acte repris ce soir se décompose en deux parties, la première, 'Festival', dont le climax est le combat entre Michaël et Lucifer, et la seconde, 'Vision', qui est une réflexion sur ce qu'est l'être humain et comment Lucifer cherche à l'empêcher dans sa quête d'absolu.

Les musiciens sont disposés en arrière scène sur une large estrade sur laquelle repose un grand gong.

Des faisceaux lumineux pointent au dessus de lui pour y projeter quelques mots, et cet ensemble va de plus en plus évoquer la vision du centre d'un système solaire où l'humanité se retrouverait pour y régler ses comptes. Cette impression s’accroît avec la distance à la scène que permet la salle.

Damien Pass (Lucifer)

Damien Pass (Lucifer)

Au début, des chœurs descendent des escaliers vers la scène en frontal, avant de se disperser, et l'on entendra pas la suite ces voix invisibles venir de toutes parts y compris des moindres interstices du fond de parterre. Les cordes instillent une atmosphère évanescente, un fond omniprésent, et les cuivres agissent comme des stimuli qui commentent l’action de façon vive et haut-en-couleur avec un sens du burlesque qui se manifeste lors du combat entre Michaël et Lucifer, rendu ici de façon assez ludique.

Lucifer perd et s'en va à travers les hauteurs de la Philharmonie en scandant de façon répétitive à Michaël ‘Du bist ein Narr!' (‘Tu es un imbécile!’). A priori, on peut y voir une simple réaction à une déception humaine, mais ceci se déroule à travers un espace si vaste que l’on ne peut s’empêcher de voir, mais de manière très personnelle, comme une métaphore de la manifestation du chaos dans la formation de la vie de notre système solaire. 

En effet, on a au centre de la scène un couple qui s’aime et qui se retrouve devant un gong en forme de Soleil, des musiciens qui pourraient symboliser une force environnante hors du temps et impalpable, et un Lucifer venu de l’extérieur de ce système et qui perturbe la vie qu'il abrite mais sans réussir à la détruire, et qui finalement repart dans le cosmos - en y associant la texture étrange de la musique, un rapprochement naturel s'opère entre le personnage de Lucifer, incapable de participer à la société, et le 'Wozzeck' d'Alban Berg -.

En seconde partie, Michaël le présentera comme un ange noble qui s’est révolté à la création de l’homme, une force qui vise à empêcher chaque individu d'avancer dans sa propre construction humaine.

Ilion Thierrée (Michael adolescent) et Bernadette Le Saché (Une vieille dame)

Ilion Thierrée (Michael adolescent) et Bernadette Le Saché (Une vieille dame)

L’ésotérisme de la musique et les symboles qui apparaissent dans ce spectacle augmentent ainsi l’espace de jeu, tel ce chiffre ‘9’ qui surgit indirectement à travers 3 groupes de 3 faisceaux lumineux verticaux qui résonnent avec les trois formes que chacun des trois êtres, Michaël, Eve et Lucifer, prend sous les traits d’un chanteur, d’un danseur et un d’instrumentiste, comme en écho aux ‘9’ planètes qui gravitent autour de notre étoile (dans les année 80, Pluton était encore considérée comme une planète).

Cette évocation montre ainsi comment cette mise en scène, magnifiquement insérée dans la salle Boulez, et les éléments hypnotiques contenus dans la musique de Stockhausen ont la capacité à ouvrir les limites du temps tout en nous maintenant connectés à l’essence de la vie qui s'anime devant nos yeux.

L’utilisation des lumières, notamment sur le plafond de la Philharmonie qui se pare de mille reflets orangés, renforce le sentiment d’unité individuelle et collective de ce spectacle grandiose qui, quelque part, peut aussi donner l'impression de vivre une grande cérémonie panthéiste.

Maxime Pascal, Benjamin Lazar, Damien Pass et Richard Wilberforce (Chef de chœur)

Maxime Pascal, Benjamin Lazar, Damien Pass et Richard Wilberforce (Chef de chœur)

Tous ces artistes sont évidemment épatants, que ce soit Elise Gauvin qui surpasse en puissance l’orchestre et les chœurs, Damien Pass, ancien élève de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, en Lucifer, excellent comédien d’une très grande présence, y compris dans l’utilisation inventive de ses inflexions de voix, Safir Behloul, qui rend une pureté humaniste à Michaël, ou bien Maxime Pascal qui porte à bout de bras vifs et majestueux les grands mouvements orchestraux pour galvaniser tous les musiciens.

Par ailleurs, les instrumentistes solistes Henri Deléger (trompette), Iris Zerdoud (cor de basset) et Mathieu Adam (trombone) soignent couleurs et précision sonore qui se magnifient naturellement dans l'acoustique immersive de la grande salle.

Enfin, les fascinants effets polyphoniques des chœurs participent de façon déterminante à la formidable sensation d'irréalité qui innerve cette œuvre atypique.

 Donnerstag aus Licht Acte 3 (Maxime Pascal Le Balcon Lazar) Philharmonie

Ensemble, ils réussissent ainsi à dépasser la complexité d’agencement de cette production pour induire chez le spectateur non seulement le merveilleux sentiment de mystère qu'il vient éprouver, mais aussi un grand sentiment d'admiration pour avoir su rendre l'intemporalité de cet acte foisonnant.

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Publié le 25 Octobre 2020

Dienstag aus Licht
Karlheinz Stockhausen – 1977 / 1991
Représentation du 24 octobre 2020
Philharmonie de Paris

Eva Elise Chauvin et Léa Trommenschlager
Michael Hubert Mayer
Lucifer Damien Pass
L’arbitre Thibaut Thezan
Premier combattant des troupes de Michaël Henri Deléger (trompette)
Premier combattant des troupes de Lucifer Mathieu Adam (trombone)
Synthi-fou Sarah Kim

Ensemble Le Balcon
Le Jeune Choeur de Paris et les élèves du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP)

 

Direction musicale Maxime Pascal et Richard Wilberforce            Maxime Pascal
Conception du spectacle Maxime Pascal et Damien Bigourdan
Création visuelle Nieto

Cela commence par une fanfare de cuivres pétaradants et une confrontation entre deux chœurs qui surplombent la salle depuis les deux balcons d’arrière-scène qui se font face et qui, dirigés par Maxime Pascal et Richard Wilberforce restés en bas de scène, les bras animés vers les hauteurs, se répondent en opposant Michael, image du bien incarné par un personnage brossé de blanc, et Lucifer, incarnation du mal vêtu de noir. Ces deux forces sont parfaitement identifiables et vont se comporter comme un dipôle qui engendrera une dynamique contradictoire tout au long du spectacle.

Dienstag aus Licht - Karlheinz Stockhausen (Maxime Pascal - Le Balcon) Philharmonie de Paris

Après cette ouverture grandiose, le pari lancé par Lucifer d’arriver à arrêter le cours du temps prend la forme d’une compétition humaine et loufoque où aucune trivialité ne va être oubliée.

L’orchestre Le Balcon prend place en arrière plan, en ligne et légèrement surélevé, et quatre sportifs, deux hommes et deux femmes, entament quatre courses circulaires à des vitesses différentes, filant comme les ans à travers le temps.

Ce grand tableau est d’abord marqué par la présence de Thibaut Thezan qui arbitre cette manifestation en usant d’une technique déclamatoire qui défie tout sentiment ridicule en chaloupant des phrases vers le public, et en variant les sons comme si quelqu’un modifiait en continu ses fréquences d’émission.

Sa gestuelle corporelle souple et fort expressive guide également le regard du spectateur.

Thibaut Thezan (L'arbitre)

Thibaut Thezan (L'arbitre)

La course est régulièrement interrompue par des intervenants, cuisinier, mime lion, femme nue, qui renforcent le sentiment d’absurdité amusant de cette première partie, alors que les interjections musicales des percussions, saxophones, flûtes et harmoniums colorent d’ironie fantaisiste le jeu théâtral et répétitif qui se déroule devant un auditoire vraisemblablement aussi diverti que stupéfait.

Il y a donc de quoi sortir un peu décontenancé de cette première partie, car cette réflexion ludique sur les mouvements circulaires du temps semble revenir au même point de départ.

La seconde partie va pourtant transporter le spectateur dans un monde qui n’a plus rien à voir et que rien ne laissait présager, sinon la conscience que dans la vie il y a a une opposition entre les petits combats quotidiens et l’aspiration à une grande épopée qui dépasse la finitude de l’être humain. Et c’est cette autre dimension tragique qui devient le cœur de l’acte II.

Les musiciens de l'ensemble Le balcon

Les musiciens de l'ensemble Le balcon

Une fois plongée dans le noir, l’audience se trouve prise dans un monde sonore qui superpose huit trames musicales électroniques (Octophonie) jouées en temps réel. Dans une ambiance sombre, des avions filent spectaculairement le long des lignes des balcons de la Philharmonie, d’autres sont en suspension sur les réflecteurs acoustiques, et d’un immense roc projeté en front de scène partent des faisceaux lumineux qui se prolongent dans la salle grâce aux projecteurs animés comme s’ils cherchaient à fixer les avions avant de leur tirer de dessus et les descendre en flammes. Une véritable ambiance de guerre nocturne.

Les engins s’écrasent au pied de la muraille, et une main gigantesque de fer surgit d’une faille ouverte qui évoque le grand passage biblique de la mer Rouge, et se saisit du corps lilliputien d’un des pilotes encore vivant pour l’emporter vers un au-delà indéfini.

Invasion - explosion avec Adieu

Invasion - explosion avec Adieu

La musique spatiale et stellaire de Karlheinz Stockhausen avance dans une ambiance parcellée de toutes sortes d’ondes magnétiques et obsédantes, et ce fantastique spectacle en quatre ou cinq dimensions, on ne sait plus, mène petit à petit chacun de nous dans une réflexion sensorielle et désincarnée des conflits du monde.

Dans un grand moment apocalyptique, Michael survient en archange bleu, entouré d’une humanité abandonnée dans l’obscurité, pour affronter Lucifer. Puis une madone ramène chacun à un sentiment bienveillant, et un joueur de trombone transforme ce moment de pause en pure poésie bleue.

Dienstag aus Licht - Karlheinz Stockhausen (Maxime Pascal - Le Balcon) Philharmonie de Paris

Puis, véhicules blindés, tanks, navires, canons d’artillerie stylisés défilent et tombent au sol comme des maquettes qu’il faudrait abandonner pour grandir. La réalisation esthétique atteint un sommet qui va être dépassé par un grand voyage final où la musique s’accélère dans un tournoiement de couleurs comme le vivait Dave à travers son aventure temporelle dans « 2001, L’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick, film mythique réalisé trois ans avant la composition de Dienstag aus Licht.

Synthi-fou (Sarah Kim)

Synthi-fou (Sarah Kim)

Sarah Kim, en Synthi-fou aux allures de chef indien, entre en transe aux commandes d’un synthétiseur psychédélique, les couleurs lumineuses bleu, vert, rose, orange tournoient sur les ondes musicales qui s’enroulent en spirale, et laissent l’auditeur abasourdi une fois le cosmos sonore replié en forme de Big-Crunch.

Dienstag aus Licht - Karlheinz Stockhausen (Maxime Pascal - Le Balcon) Philharmonie de Paris

Cette synthèse entre grandiose visuel et grandiose musical, qui prend à partie un lieu immense à l’acoustique formidable pour transcender une expression artistique, est un modèle de spectacle total merveilleusement abouti.

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