Publié le 3 Mai 2012

Web : Free Opera streaming
Thanks to my Eyes (Opéra de la Monnaie de Bruxelles) jusqu’au 04 mai 2012

Ariane à Naxos (Festspielhaus Baden Baden) jusqu’au 10 mai 2012

Orlando (Opéra de la Monnaie de Bruxelles) jusqu'au 06 juin 2012
Pelléas et Mélisande (Opéra Bastille) jusqu'au 16 juin 2012

Nixon in China (Théâtre du Châtelet) jusqu'au 18 juillet 2012

Don Pasquale (Théâtre des Champs Elysées) jusqu’au 17 août 2012
Parsifal (Théâtre des Champs Elysées) jusqu'au 9 septembre 2012
Le Couronnement de Poppée (Opéra de Lille) jusqu'au 26 septembre 2012

TV : Lyrique et Musique

Mercredi 02 mai 2012 sur Arte à 22H30
Un virtuose sans égal,  le violoniste Jascha Heifetz

Dimanche 06 mai 2012 sur France 3 à 00H25
Cosi fan tutte (Mozart)
Avec Lhote, Behle, Piante, Bengtsson, Dalberg, Galitzkaya.
Opéra de Lyon, dir. Montanari, msc Noble.

Dimanche 06 mai 2012 sur Arte à 19H00
Tugan Sokhiev dirige Prokoviev
Roméo et Juliette, suite pour Orchestre

Dimanche 13 mai 2012 sur France 3 à 00H20
Master Classes de Ruggero Raimondi

Dimanche 13 mai 2012 sur Arte à 15H30
Modest Moussorgski, Tableaux d’une exposition

Dimanche 13 mai 2012 sur Arte à 19H00
Symphonie « du nouveau monde ». Andris Nelsons

Mardi 15 mai 2012 sur France 2 à 00H30
Jules César (Haendel)
Avec Natalie Dessay, Lawrence Zazzo, Christophe Dumaux
Mise en scène : Laurent Pelly. Direction : Emmanuelle Haïm

Dimanche 20 mai 2012 sur France 3 à 00H20
Adrienne Lecouvreur (Cilea)
Avec Angela Gheorghiu, Jona Kaufmann.
Mise en scène McVicar. Direction Elder.
Enregistré à Covent Garden

Dimanche 20 mai 2012 sur Arte à 15H30
Antonio Vivaldi: Le phénomène 4 saisons

Dimanche 20 mai 2012 sur Arte à 19H00
Garrick Ohlsson interprète le Concerto pour piano n°1 de Chopin

Lundi 21 mai 2012 sur Arte à 22H10
Stravinsky: Le Rossignol et autres fables
Mise en scène Robert Lepage

Dimanche 27 mai 2012 sur Arte à 19H00
Cécilia Bartoli à Barcelone: Hommage à Maria Malibran

Dimanche 27 mai 2012 sur Arte à 20H40
Jules César (Haendel)
Avec Cecilia Bartoli, Andreas Scholl, Anne Sofie von Otter, Philippe Jaroussky, Christophe Dumaux
Mise en scène : Caurier et Leiser. Direction : Giovanni Antonini
En direct du Festival de la Pentecôte de Salzbourg

Mardi 29 mai 2012 sur France 2 à 00H30
Machinations d'Aperghis.
Levesque, Michel-Dansac, Sacoun, Strosser...

 

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 25 Avril 2012

Le Rossignol et autres fables (Igor Stravinsky)
Représentation du 22 avril 2012
Opéra de Lyon
 

Petites pièces
Ragtime Orchestre de l’Opéra de Lyon
Trois pièces pour clarinette Jean-Michel Bertelli
Pribaoutki Svetlana Shilova
Deux poèmes de Constantin Balmont Elena Semenova
Berceuse du chat Svetlana Shilova
Quatre chants paysans russes Chœur de femmes de l’Opéra de Lyon

Renard
Ténors Marat Gali et Lothar Odinius
Barytons Nabil Sulinan et Ruslan Rozyev

Rossignol
Le Rossignol Anna Gorbachyova
La Cuisinière Elena Semenova
La Mort Svetlana Shilova
Le Pêcheur Lothar Odinius
Le Chambellan Nabil Sulinan
Le Bonze Michael Uloth
Trois envoyés japonais Philippe Maury, Didier Roussel, Paolo Stupenengo

  Marionnettistes-acrobates Andréanne Joubert, Noam Markus, Vincent Poliquin-Simms, Wellesley Robertson III, Martin Vaillancourt                             Anna Gorbachyova (Le Rossignol)
 
Mise en scène Robert Lepage
Direction musicale Aléjo Perez

 

Lorsque l’on entre dans l’Opéra de Lyon, on est tout d’abord frappé par l’omniprésence d’un noir oppressant, émanation de l’humeur austère de l’architecte ou bien conception excessivement solennelle de l’approche théâtrale qui s‘y déroule.

Heureusement, la vision du bassin en suspend au dessus de l’emplacement de la fosse d’orchestre, flanqué de deux balconnets avec au centre un piédestal pour le chef, présente une première image intime et bucolique inédite.
 

Une quinzaine de musiciens s’installent par la suite sur la scène et interprètent Ragtime, composition inspirée du Jazz qui apparaissait aux Etats-Unis au début du XXème siècle.
L’évocation est en total décalage avec le charme slave des fables qui vont suivre, mais en même temps, l’esprit à la fois populaire et délicat de cette ouverture respire tout autant de couleurs et de joie de vivre presque enfantine. Ce sera une constante de toute la première partie - une incroyable merveille visuelle en ombres chinoises.

Et Robert Lepage, bien entendu assisté par des concepteurs habilles et raffinés, recrée la forme des personnages et animaux héros des petites pièces, grâce à de talentueux animateurs situés sur un des balconnets de la scène.

                     Svetlana Shilova et Elena Semenova

Leurs mains s’entrelacent, s’animent, et une lampe transforment leurs gestes en perdrix, lièvres, serpents, fleurs, ces histoires prennent vie en noir sur un grand bandeau blanc déployé au dessus de l’orchestre.
On est complètement hypnotisé par ce spectacle irréel, et bercé par la tendre poésie d’Elena Semenova et Svetlana Shilova, puis du chœur de femmes, joyeuses paysannes russes toutes souriantes.

Entre chacune de ces pièces, la clarinette malicieuse de Jean-Michel Bertelli joue seule un court interlude, une belle mise en valeur de la vitalité légère de cet instrument.

Scène du Renard

Scène du Renard

Pour Le Renard, chanté par deux ténors et deux barytons aux couleurs vocales tout autant pittoresques, cinq acrobates - on découvrira leur impressionnante musculature au salut final - vêtus de masques finement ciselés recréent un saisissant jeu d’illusions avec leur corps intégral projeté depuis l’arrière de l’écran blanc.
C’est un étonnement permanent, et l’esprit même ne peut s’empêcher de déconstruire l’image pour comprendre comment elle a été formée.

Nul doute que cette féérie mériterait d’être offerte à une salle remplie exclusivement d’enfants, car elle réunit toutes les conditions pour que germent l’amour du chant, de la musique et, plus largement, du spectacle vivant dans le cœur de la jeunesse.

Anna Gorbachyova (Le Rossignol)

Anna Gorbachyova (Le Rossignol)

Mais l’émerveillement n’est pas fini.
La seconde partie est dédiée au Rossignol, œuvre véritablement opératique composée d’après le conte Le Rossignol et l’Empereur de Chine d’Hans Christian Andersen.
L’orchestre, beaucoup plus important, est repoussé en arrière scène, un arbre repose sur un des balconnets et se penche sur l’eau du bassin qui sera le lieu principal de toute l’action.
Puis, les chanteurs et animateurs arrivent dans l’eau en poussant les embarcations guidées par des marionnettes expressives, finement détaillées, et toute l’histoire est ainsi racontée avec une poésie, une saturation de couleurs et un mélange magnifique de personnages réels et symboliques.

Le Pêcheur (Lothar Odinius)

Le Pêcheur (Lothar Odinius)

L’héroïne est évidemment Anna Gorbachyova, une interprète angélique au timbre boisé, mais également brillante colorature, joliment lumineuse et qui respire de désirs de vie.

La scénographie nocturne est superbe, avec des zones d’ombres et d’autres comme éclairées par la pleine Lune, les costumes du chœurs - la cour de l’Empereur - sont éblouissants, et tous ces chanteurs ont une belle homogénéité vocale et une projection adaptée à l‘intimité de la salle.

Peut être, un jour, le Théâtre des Champs Elysées, lieu lié intrinsèquement au génie de Stravinsky, aura-t-il l’occasion de l’accueillir.

Anna Gorbachyova (Le Rossignol)

Anna Gorbachyova (Le Rossignol)

Du fait de l’absence de réflecteurs acoustiques, le détail des sonorités de l’orchestre, dirigé avec beaucoup de souplesse par Aléjo Perez, a paru un peu tassé dans la masse sonore, mais il faut vraiment chercher à se détacher de l’unité d’ensemble pour y faire attention.

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Publié le 22 Avril 2012

Nixon in China (John Adams)

Représentation du 14 avril 2012
Théâtre du Châtelet

Richard Nixon Franco Pomponi
Pat Nixon June Anderson
Henry Kissinger Peter Sidhom
Mao Zedong Alfred Kim
Madame Mao (Jiang Qing) Sumi Jo
Chou En-Lai Kyung Chun Kim

Livret Alice Goodman
Mise en scène Chen Shi-Zheng


Direction musicale Alexander Briger
Orchestre de Chambre de Paris
Chœur du Châtelet

                                                                                                              Alfred Kim (Mao Zedong)

Depuis sa création à Houston en 1987, Nixon in China n’avait été représenté en France qu’une seule fois, sur la scène de la Maison de la Culture de Bobigny (1991) précisément.
Une fois de plus, Jean Luc Choplin offre au public du Théâtre du Châtelet un magnifique cadeau susceptible de plaire autant aux amateurs de pur lyrique qu’aux esprits plus largement ouverts à de l’excellente musique.

Et cette musique pulsatile, qui installe progressivement un climat introspectif, a comme pour effet d’harmoniser le rythme interne du corps avec un champ d’ondes submergeant, si bien que l’on se sent comme irrépressiblement en phase avec les êtres proches.

Franco Pomponi (Richard Nixon) et Kyung Chun Kim (Chou En-Lai)

Franco Pomponi (Richard Nixon) et Kyung Chun Kim (Chou En-Lai)

Au cours du second acte, on peut ainsi entendre un passage d’une beauté envoutante quand Pat Nixon promène ses pensées rêveuses à travers la ville de Pékin, une ballade simplement illustrée par quelques objets d’art et un groupe d’enfants - jouant innocemment avec des drapeaux chinois et américains - qui circulent en suspend dans les airs.
June Anderson, en épouse et mère de famille modèle, sublime d’émotions contemplatives son grand aria « This is prophetic!», laisse filer de superbes lignes vocales, un peu durcies certes, qui s’éclaircissent et s’évanouissent avec un art de la diction subtile, et dresse ainsi un portrait fort sensible et lumineux de la première dame.

Autre personnage impressionnant, Mao Zedong est présenté dans le premier acte comme un homme pragmatique et lucide sur les intérêts américains.

June Anderson (Pat Nixon)

June Anderson (Pat Nixon)

 Avec simplement quelques canapés en cuir blanc, Chen Shi-Zheng organise la rencontre diplomatique cruciale, et Alfred Kim brosse un portrait du président chinois fort et au regard perçant. On est ici dans le registre de l’Heldentenor à l’aigu puissant, et l’artiste coréen en fait une démonstration saisissante quand il fustige les américains de vouloir  « crucifier les Chinois sur la croix des taux d’intérêts ».
Richard Nixon, plus superficiellement, est vu comme un « beau parleur », rôle pour lequel Franco Pomponi a autant l’endurance que l’allure bien réglée.

Il arrive que la musique ondulante s’estompe pour que la recouvrent de grands élans théâtraux rythmés par la batterie et les cuivres, ou bien de larges mouvements symphoniques néoclassiques comme dans la seconde partie du deuxième acte.
Scéniquement, il s’agit de la partie la plus réussie, animée par une chorégraphie habilement dynamique, des chutes glissées magnifiquement fluides malgré l’apparente violence que subissent les trois danseuses. 

Le Chœur du Châtelet, acteur majeur, est depuis l’ouverture d’une parfaite unité musicale et très bien équilibré avec l’orchestre.
 

Les amateurs lyriques ont remarqué que les noms de deux célèbres sopranos - elles ont toutes deux interprété le rôle de Lucia di Lammermoor à Bastille dans les années 1990 - figurent sur la distribution.
Si June Anderson se montre sous un jour rayonnant et intense, Sumi Jo se glisse avec une très grande facilité dans la froideur du rôle de Jiang Qing.
Ses aigus sont de véritables armes perçantes, son timbre âcre accentue encore plus le caractère monolithique de l’épouse de Mao, et même si le dernier acte qui humanise tous ces caractères devrait faire émerger chez elle une sensibilité cachée, on ne la perçoit en fait que faiblement, même au lever de rideau final. 
                                                                                          Sumi Jo (Jiang Qing)

De ce point de vue, Kyung Chun Kim dessine beaucoup mieux l’évolution du caractère droit et respectueux de Chou En-Lai, et il achève l’opéra sur une figure humaine assombrie par le doute et d’une tenue vocale impeccable.

Artisans fondamentaux de cette belle réussite musicale, Alexander Briger et l’Orchestre de Chambre de Paris immergent la salle entière dans l’ampleur sonore évanescente, la multitude des motifs et les variations soudaines de couleurs, une expérience sensorielle unique due également à l’excellente acoustique du théâtre.

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Publié le 13 Avril 2012

Cavalleria Rusticana (Pietro Mascagni) & Pagliacci (Ruggero Leoncavallo)

Répétition générale du 10 avril 2012
Opéra Bastille

Cavalleria Rusticana

Santuzza Violeta Urmana

Turiddu Marcello Giordani
Lucia Stefania Toczyska
Alfio Franck Ferrari
Lola Nicole Piccolomini

Pagliacci

 Nedda Brigitta Kele
Canio Vladimir Galouzine
Tonio Sergey Murzaev
Beppe Florian Laconi
Silvio Tassis Christoyannis                                           Violeta Urmana (Santuzza)

Direction musicale Daniel Oren
Mise en scène Giancarlo Del Monaco (Madrid 2007)


Au début des années 1880, la rivalité commerciale entre les deux grands éditeurs de Milan, Ricordi (Verdi, Puccini) et Lucca (Wagner), est perturbée par un nouveau compétiteur : Edoardo Sonzogno.
Sous son impulsion, un concours national pour la composition d’un opéra en un acte est lancé à travers l‘Italie, mais il n‘en ressort pas d’oeuvre qui puisse être considérée comme une suite à Verdi .

En 1888, Mascagni remporte cependant le second concours - toujours organisé par Sonzogni - avec Cavalleria Rusticana. L'opéra sera créé à Rome deux ans plus tard. Parmi les concurrents, on remarque Umberto Giordano qui, en 1896, composera  Andrea Chénier.

Ce succès est suivi de Pagliacci, composé par Leoncavallo en 1892 pour Milan.
L’éditeur réunit alors ces deux opéras « Cav et Pag » dès l’année suivante, et ils seront joués le plus souvent ensemble dans les grands théâtres nationaux et internationaux.

Sergey Murzaev (Tonio)

Sergey Murzaev (Tonio)

A Paris, l’Opéra Comique a accueilli ce diptyque vériste régulièrement, mais c’est la première fois que ces deux histoires de crimes passionnels sont représentées à l’Opéra National, seul Pagliacci ayant eu les honneurs de la scène trente ans depuis.
La production provient de Madrid, et elle a même fait l’objet d’un enregistrement en DVD avec Violeta Urmana et Vladimir Galouzine.

Idée de mise en scène originale, Giancarlo Del Monaco débute avec l'ouverture de Pagliacci, et fait entrer Tonio par une des portes latérales du parterre en laissant la lumière dans la salle. Sergey Murzaev y est royal, et, comme dans Andrea Chénier, il a la funèbre tâche d'annoncer le drame qui va se dérouler sur scène, accompagné par la résonnance splendide du motif mortuaire joué par le cor en solo.
Ce prologue exprime, à travers quelques phrases, l’essence même du vérisme : un « squarcio di vita », une « tranche de vie ».

Violeta Urmana (Santuzza)

Violeta Urmana (Santuzza)

On croit alors à une inversion d‘ordre des ouvrages, mais le rideau se lève ensuite sur un immense décor glacial constitué de grands blocs de marbres, et sur les premières mesures de Cavalleria Rusticana.

Toutefois, la fascination pour ce paysage pur et aride s’estompe vite, car mis à part les entrées et sorties des chœurs vêtus de noir et les interventions mal jouées des interprètes, il n’y a rien de bien intéressant à suivre visuellement.

Violeta Urmana a ce caractère mystérieusement sombre pour être une Santuzza idiomatique, mais peut être pourrait-elle moins se complaire en lamentations.
Son interprétation est caractérisée par une tessiture aiguë homogène plus percutante que dans La Force du Destin, un sens dramatique certain que l’on aimerait, par moment, plus révolté.

Elle n’est franchement pas aidée par un Marcello Giordani bien pataud, sonore sans nul doute mais aux lignes de chant fluctuantes et plus plaintives qu’autoritaires, et surtout mauvais acteur comme à son habitude.

Franck Ferrari apporte un peu plus de crédibilité, des couleurs graves complexes et des aigus très vite affaiblis, et Stefania Toczyska et Nicole Piccolomini se présentent comme de dignes interprètes au regard hautain de Lucia et Lola.

Vladimir Galouzine (Canio)

Vladimir Galouzine (Canio)

Autant capable des plus grands raffinements que de débauches d’énergie tonitruantes, Daniel Oren ne tempère pas beaucoup les percussions, mais il fait entendre d’impressionnants mouvements ténébreux, les contrebasses et violoncelles étant disposés à gauche de la fosse et le plus loin possible des cuivres, avec un lyrisme généreux dont il reste à peaufiner le brillant subtil.

Le chœur, disposé le plus souvent en avant scène, est bien trop puissant, si bien que la violence l’emporte sur les grands sentiments mystiques.

La seconde partie, Pagliacci, va alors se dérouler avec une toute autre unité, et une toute autre théâtralité.

Brigitta Kele (Nedda)

Brigitta Kele (Nedda)

La scénographie évoque à la fois la mélancolie et les aspirations de Nedda, prisonnière d’une vie de troupe de saltimbanques.
Un triste Pierrot peint sur un fond vert morose décore le théâtre ambulant, et, en arrière plan, de grandes toiles projettent une image de l’actrice Anita Ekberg se baignant dans la Fontaine de Trevi, scène mythique de La Dolce Vita de Fellini.

Puis, Brigitta Kele apparaît, et tout son être ruisselle des rêves de désirs lascifs, une fluidité corporelle et sensuelle qu’elle exprime vocalement avec un aplomb et de superbes couleurs franches et sombres.
On remarque l'excellente actrice, et, petit à petit, on se rend compte que l'ensemble de la distribution, y compris le chœur, est engagé corps et âme dans ce drame sans aucun temps mort.

Vladimir Galouzine (Canio)

Vladimir Galouzine (Canio)

Vladimir Galouzine est ahurissant, autant dans son rôle que dans sa relation avec tous ses partenaires. Il est un chanteur génial, supérieur à bien des ténors surmédiatisés et superficiels dans leur approche scénique, et voué à une incarnation d'un profond réalisme.
Son Canio passe de l'euphorie à la violence dépressive, puis foule le sol pour jeter, face au public, son humanité désespérée avec une intensité et une ampleur ravageuse.
 

Sergey Murzaev et Tassis Christoyannis possèdent le même type d'épaisseur et de couleur vocale, ce qui, quelque part, renforce l'impression brutale de l'entourage masculin de Nedda.
Il y a une exception : Beppe. Perché sur son échelle, Florian Laconi incarne un Arlequin magnifiquement rayonnant, une belle clarté qui vient alléger, pour un instant, l'atmosphère sordide de la représentation.

Le chef d'œuvre est total, car Daniel Oren entraîne l'orchestre dans une éclatante action théâtrale, et c'est cette cohésion d'ensemble qui fait de ce second volet un grand moment d'opéra.

 

Florian Laconi (Beppe)

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Publié le 9 Avril 2012

Measure for Measure (William Shakespeare)
Représentation du 06 avril 2012
Odéon Théâtre de l’Europe

Claudio Bernardo Arias Porras
Angelo Lars Eidinger
Le prévôt / Frère Thomas Franz Hartwig
Isabelle Jenny König
Escalus Erhard Marggraf
Lucio Stefan Stern
Vincentio Gert Voss

Chant Carolina Riano Gomez
Trompette Nils Ostendorf
Guitare Kim Efert

Mise en scène Thomas Ostermeier
Scénographie Jan Pappelbaum
Traduction allemande Marius von Mayenburg
Coproduction Schaubühne am Lehniner Platz - Berlin                                                                                       Bernardo Arias Porras (Claudio)

Measure for Measure est une comédie à problèmes en ce sens qu’elle place le lecteur, ou le spectateur, face à une difficulté de jugement.
Dans sa blancheur immaculée, Isabelle apparaît à nous comme la perfection de l’âme humaine vouée à son idéal de sentiment religieux, et pour lequel elle a choisi de préserver l’intégrité de son corps.
Mais lorsque Angelo, placé au pouvoir sur Vienne par son oncle, le Duc Vincentio, la force à faire un choix entre coucher avec lui ou bien voir son frère, Claudio, être condamné à mort, elle préfère rester fidèle à son idéologie.
Cet homme de pouvoir, pourtant, se déclarait intransigeant sur les liaisons sexuelles hors mariage, avant que son désir pour la jeune femme ne l’amène à bafouer ses propres principes.
Insoutenables sont ses propos lorsqu’il fait comprendre à Isabelle que, si elle le dénonce, ses mensonges à lui pèseront beaucoup plus que ses vérités à elle.

On y voit l’homme qui compte sur son image pour couvrir ses petites méthodes de dictateur.
 

Mais en même temps, Ostermeier n’en brosse pas un portrait manichéen, car il montre les tiraillements de cet homme pris par ses contradictions.

Lars Eidinger est très impressionnant dans ce rôle.

Il a l’allure d’un fauve qui tourne de manière obsédante autour de sa victime, son regard perçant a la violence d’un oiseau de proie - il lui faudra même lancer une tirade tête en bas et pieds accrochés à un lustre -, et pourtant, lorsqu’il retourne son besoin de purification contre lui-même à coups de jets d'eau (on pense naturellement au Karcher), il révèle aussi par transparence son corps en feu, et donc son humanité.
On en est fasciné.

 

Jenny König (Isabelle)

A l’inverse, la rigueur idéologique d’Isabella, tout aussi furieusement jouée par Jenny König, l’entraîne vers un comportement hystérique où on la voit presque haïr son propre frère.
Ce frère trouve en Bernardo Arias Porras une étonnante évocation de l’image du Christ, fin de corps et cheveux longs en vagues, alors qu’il est en même temps coupable d’avoir séduit Julietta. Sensualité et spiritualité se personnifient ainsi en un seul être.
La confusion des images ne s’arrête pas là, Ostermeier le travestit en femme désarticulée, au visage caché derrière un masque inquiétant, interprétant astucieusement le rôle de Marianne.

Cette prégnance du corps, Ostermeier en montre la force de vie autant que son odeur de mort. Un porc pendu par les pattes arrières, se substituant à un condamné à mort, est découpé au fur et à mesure par les figurants. Il rappelle ces images de corps humains destinés à l’abattoir dans la récente mise en scène de  Macbeth (Verdi) par Martin Kušej à Munich.

Vie et mort se cotoyent ainsi dans un même espace restreint, et le décor cubique sur fond doré figure cet enfermement inévitable. Quand ils ne sont plus au centre de l’action, les personnages sont écartés en arrière scène, à gauche ou à droite, comme s’il s’agissait de les faire méditer sur leur propre condition.

Il y a un autre personnage bien troublant : Vincentio. Gert Voss en fait un Duc vieillissant extraordinairement charismatique, une force humaine presque terrifiante.
Mais loin d’être un simple observateur de cette situation qu’il a lui-même créée, il apparaît comme un manipulateur qui, en ayant modifié subitement l’ordre social, a poussé des hommes et des femmes à la confrontation.


 

Lars Eidinger (Angelo)

Ostermeier représente aussi une très belle image de l’ensemble des comédiens chantant en chœur des mélodies médiévales aux sons de la guitare et de la trompette, mais dirigés par Gert Voos qui s’en amuse.
Leur voix sont très harmonieusement mêlées, et le charme musical du théâtre élisabéthain vient ainsi réunir l'âme commune à tous ces personnages socialement opposés.

Au delà de la marque d'un théâtre très réaliste dans ses moindre gestes, et fortement expressif sans que la limite du surjeu ne semble franchie, il apparaît surtout que Measure for Measure entre en résonnance avec les valeurs puritaines et autoritaires de notre époque.  

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Publié le 7 Avril 2012

Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart)
Représentation du 03 avril 2012

Opéra Bastille


Don Giovanni Peter Mattei
Il Commendatore Paata Burchuladze
Donna Anna Patricia Petibon
Don Ottavio Bernard Richter
Donna Elvira Véronique Gens
Leporello David Bizic
Masetto Nahuel Di Pierro
Zerlina Gaëlle Arquez



Mise en scène Michael Haneke (2006)
Direction musicale Philippe Jordan

                                                                      Peter Mattei (Don Giovanni) et David Bizic (Leporello)

Créée sur la scène de l'Opéra Garnier le 27 janvier 2006, précisément 250 ans après la naissance de Mozart,  la mise en scène de Don Giovanni par Michael Haneke avait fait l'événement autant pour sa vision moderne, qui reste fidèle aux clivages sociaux contenus dans l'œuvre, que pour le redoutable et inhabituel travail scénique exigé de la part des chanteurs.

Et la froideur sombre et bleutée du décor, reproduisant quelque couloir d'une tour de la Défense, et les situations particulièrement douloureuses auxquelles sont confrontés les protagonistes occultent considérablement la part légère et souriante de l'ouvrage, afin de maintenir un climat angoissé et oppressant jusqu'à la scène finale dépourvue de tout effet surnaturel.

Don Giovanni (Mattei-Petibon-Gens-Richter-Jordan) Bastille

La force de cette production, si l'on accepte que la stature de juge suprême du Commandeur perde de son importance, est d'installer la désinvolture criminelle de Don Giovanni - et le désarroi de ses victimes à ne pouvoir le dénoncer formellement – dans le monde du travail où se cristallisent aujourd'hui les enjeux de pouvoir avec une violence normalisée.

On peut ainsi trouver, parmi le public, des spectateurs qui se sont vus se remémorer de très mauvais souvenirs, chose qui ne serait pas arrivée face à une lecture plus littérale de l'œuvre.

Avec Michael Haneke, la classe dominante masculine - Don Giovanni mais aussi Leporello qui n'est plus un valet sinon l'égal et le double de son maître – porte les attributs conformistes en costumes gris et cravates des cadres supérieurs, la classe intermédiaire – Donna Elvira, et Don Ottavio – arbore des pardessus ternes, tandis que les petites gens sont reléguées aux tâches d'entretien – Zerline et Masetto, mais aussi les chœurs et acteurs identifiés à une jeune population des banlieues.

Ce petit peuple, dans ses habitudes les plus ridicules, est affublé de masques comiques et impersonnels de chez Mickey Mouse.

Peter Mattei (Don Giovanni) et David Bizic (Leporello)

Peter Mattei (Don Giovanni) et David Bizic (Leporello)

Enfin, soigneusement vêtue d'un tailleur blanc et distingué, Donna Anna est rattachée à une classe supérieure pure.

La religion n'existe plus et ne joue plus aucun rôle dans ce monde, et le service de sécurité, seul symbole sur lequel l'ordre social tient encore, ne fait que passer furtivement d'un regard méfiant, car tous sont suspects, même les victimes.

En revoyant ce spectacle fortement prenant, la question que l'on peut se poser, tout de même, est d'imaginer son devenir quand Peter Mattei ne sera plus le titulaire du rôle principal.

Ayant assuré toutes les soirées, autant à la création qu'à la reprise à Bastille en 2007, ce grand suédois au physique de crooner beau gosse incarne avec une aisance admirable le charisme nonchalant de Don Giovanni.

Et la moindre parole chantée est immédiatement une ample vague charmeuse, un peu noircie par le temps, pouvant même devenir matière finement filée, comme dans l'air de la sérénade "Deh vieni alla finestra", interprété avec une voix très large dans le premier couplet, puis très atténuée dans le second, alors que le chanteur se replie au sol, seul. Il est un diable à la parole d'un ange.

Bernard Richter (Don Ottavio) et Patricia Petibon (Donna Anna)

Bernard Richter (Don Ottavio) et Patricia Petibon (Donna Anna)

Dans ces conditions, il devient difficile pour David Bizic de s'imposer aussi brillamment que Luca Pisaroni en Leporello – le chanteur italien était un double magnifique de Peter Mattei à la création -, sauf à paraître plus veule et une sorte d'homme de l'ombre de Don Giovanni.

Son art du récitatif cantabile est certes séduisant, mais, superposé à l'orchestre dans une salle aussi grande, son chant reste trop monotone pour dresser le portrait haut en couleur que mérite un tel personnage.

C'est un peu dommage, car les autres chanteurs dessinent tous des traits de caractères intéressants et, parfois, inhabituels.
Ainsi, le timbre de Véronique Gens peut paraître, au début, un peu austère, mais ses talents de tragédienne et la naturelle harmonie de son être font d'Elvire une intellectuelle amoureuse, une femme plus intelligente que ne laissent imaginer les interprétations mélodramatiques ou hystériques.

On entend par la suite deux couples très bien assortis.

Véronique Gens (Donna Elvira) et Peter Mattei (Don Giovanni)

Véronique Gens (Donna Elvira) et Peter Mattei (Don Giovanni)

Don Ottavio est souvent associé à un tempérament tendre et moelleux. Bernard Richter en fait un personnage vif et violemment indigné, vocalement d'une richesse de couleurs formidable qui déborde des lignes habituellement légères mais réservées du rôle.
Toute aussi impliquée théâtralement, Patricia Petibon - femme enfant dans le même esprit que Christine Schäfer lors des précédentes représentations - vit Donna Anna en femme soumise à des tourments physiquement insoutenables, avec un impressionnant rayonnement vocal qui révèle des grâces de l’âme divines dans un « Non mi dir » chanté l’émotion à fleur de peau.

Quant à Nahuel Di Pierro et Gaëlle Arquez, ils composent, lui, un Masetto d’une douce humanité, et elle, une Zerline presque trop classe, avec une très belle manière de fondre sveltesse du corps et souplesse des lignes de chant aux couleurs d’étain.

On entend la voix naturelle du Commandeur de Paata Burchuladze uniquement pendant la première scène, car il est ensuite sonorisé quand Michael Haneke ne laisse plus comme autre choix à Elvire de tuer son mari, et aux autres de se débarrasser du corps de leur patron en le jetant par la fenêtre (humour noir si l‘on conçoit ce geste comme une réponse à « Deh vieni alla finestra, o mio tesoro » …).

Gaëlle Arquez (Zerlina) et Peter Mattei (Don Giovanni)

Gaëlle Arquez (Zerlina) et Peter Mattei (Don Giovanni)

Philippe Jordan n’était véritablement pas convaincant dans  Les Noces de Figaro et Cosi fan Tutte. Il en est tout autrement pour Don Giovanni, dirigé sans doute avec un tempo encore un peu trop modéré, et où il fait entendre des couleurs et des nuances magnifiques à en sublimer la grâce des artistes (Bernard Richter dans « dalla sua pace »  est absolument splendide sous la lumière somptueuse de l'orchestre).
L’observation de ses gestes caressants, tout en écoutant leur effet sur la musique, procure un plaisir subtile et enjolivant lorsqu‘il modèle les ondes et enveloppe l‘orchestre d’une attention directive fascinante.

Petit détail remarquable, les accords de "in quali eccessi" sont joués avec une tonalité inférieure quand Elvire voit l'ouverture du gouffre mortel.

Michael Haneke n'avait pu monter l'opéra de Mozart qui a sa préférence, Cosi fan Tutte, car la production de Patrice Chéreau était déja installée à Garnier. Il en aura enfin l'occasion la saison prochaine à Madrid, pour la création, puis à Bruxelles, pour une immédiate reprise.

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Publié le 1 Avril 2012

Web : Free Opera streaming
La Force du Destin (Opéra Bastille) jusqu’au ? 2012
Rusalka (Opéra de la Monnaie de Bruxelles) jusqu’au 26 avril 2012
Thanks to my Eyes (Opéra de la Monnaie de Bruxelles) jusqu’au 04 mai 2012

Ariane à Naxos (Festspielhaus Baden Baden) jusqu’au 10 mai 2012
Pelléas et Mélisande (Opéra Bastille) jusqu'au 16 juin 2012

Nixon in China (Théâtre du Châtelet) jusqu'au 18 juillet 2012

Don Pasquale (Théâtre des Champs Elysées) jusqu’au 17 août 2012
Parsifal (Théâtre des Champs Elysées) jusqu'au 9 septembre 2012
Le Couronnement de Poppée (Opéra de Lille) jusqu'au 26 septembre 2012

TV : Lyrique et Musique
Dimanche 01 avril 2012 sur Arte à 16H00
Portrait. Joshua Bell, le violoniste nomade

Dimanche 01 avril 2012 sur Arte à 19H00
Impressions d´Italie. Concert Mendelssohn, Rossini...
Myung-Whun Chung et l´Orch philharmonique de Radio France.

 

Mardi 03 avril 2012 sur France 2 à 00H30
Les aventuriers de la messe perdue.
Film de Portes sur la Messe de Striggio
  

 

Jeudi 05 avril 2012 sur TF1 à 02H40
La Dame de Pique (Tchaïkovski)
Enregistré à l'Opéra Bastille
Avec V.Galouzine, H.Papian

Dimanche 08 avril 2012 sur Arte à 19H00    
Stabat Mater (Rossini)
Anna Netrebko et l´Orchestra dell’Accademia di Santa Cecilia
Sous la direction d'Antonio Pappano, à l'occasion du Festival de Salzbourg 2011

Mardi 10 avril 2012 sur France 2 à 00H30
Messe à 40 voix de Striggio
Le Concert Spirituel, direction Hervé Niquet

Dimanche 15 avril 2012 sur France 3 à 01H00
La Dame aux Camélias (Chorégraphie de John Neumeier)

Ballet de l'Opéra National de Paris (Juillet 2008)
Musique de Frédéric Chopin. 

 

Dimanche 15 avril 2012 sur Arte à 16H30
Portrait.Vadim Repin – un magicien de l’archet

Dimanche 15 avril 2012 sur Arte à 19H00
La Messe Glagolitique de Leos Janacek (Lucerne, 2012)
Avec Tatiana Monogarova, Marina Prudenskaja, Ludovit Ludha, Peter Mikuláš, Iveta Apkalna
Chœurs et Orchestre symphonique de la radio bavaroise
Direction musicale : Mariss Jansons

Dimanche 15 avril 2012 sur Arte à 23H50
Mahler. Le Cor merveilleux de l'enfant

Direction Pierre Boulez

 

Mardi 16 avril 2012 sur France 2 à 00H30
Lulu (Berg)
Avec Petibon, Juon, Holland, Groves, Grundheber, Wörle, Hartmann, Choeur et Orchestre du Liceu de Barcelone.
Direction Michael Boder, Mise en scène Olivier Py.

Mercredi 18 avril 2012 sur Arte à 22H30
Les Francs-Maçons et la musique

Vendredi 20 avril 2012 sur France 3 à 03H00
L'ombre d'un doute.

Lili Marleen, hymne nazi ou chant de la liberté?

 

Dimanche 22 avril 2012 sur France 3 à 00H15
Une journée avec ... Roberto Alagna
Suivi de Pasion, Paris Symphonic Orchestra, direction Cassar.

Dimanche 22 avril 2012 sur Arte à 16H20
Portrait. Kathleen Ferrier

Dimanche 22 avril 2012 sur Arte à 19H00
Bach : Hercule à la croisée des chemins (Ambronay, 2011)

Mardi 23 avril 2012 sur France 2 à 00H30
Orlando Furioso (Vivaldi)
Avec Marie-Nicole Lemieux, Jennifer Larmore, Philippe Jaroussky.
Ensemble Matheus, direction Jean-Christophe Spinosi, mise en scène Pierre Audi.
Enregistré au Théâtre des Champs Elysées.

Dimanche 29 avril 2012 sur Arte à 16H30
Documentaire. Palestrina, Prince de la musique

Dimanche 29 avril 2012 sur Arte à 19H00
Récital de piano: Nobuyuki Tsujii au Carnegie Hall (novembre 2011)

Mardi 30 avril 2012 sur France 2 à 00H30
Viva la Mamma! (Donizetti).
Avec Taormina, Pratt, bailey, direction Guidarni, mise en scène Albanese
Enregistré à La Scala de Milan.

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 29 Mars 2012

La Walkyrie (Richard Wagner)
Représentation du 25 mars 2012
Bayerische Staatsoper (München)

Siegmund Klaus Florian Vogt
Hunding Ain Anger
Wotan Thomas Johann Mayer
Sieglinde Anja Kampe
Brünnhilde Katarina Dalayman
Fricka Sophie Koch
Helmwige Erika Wueschner
Gerhilde Danielle Halbwachs
Ortlinde Golda Schultz
Waltraute Heike Grötzinger
Grimgerde Okka von der Damerau
Siegrune Roswitha C. Müller
Roßweiße Alexandra Petersamer
Schwertleite Anaïk Morel

Mise en scène Andreas Kriegenburg
Direction musicale Kent Nagano                                     Sophie Koch (Fricka)

Parmi les grands théâtres engagés dans le représentation du Ring en hommage au bicentenaire de la naissance de Richard Wagner (1813), le Bayerische Staatsoper présente le prologue et les trois journées de janvier à juin, pour conclure sur une série de deux cycles au cours du festival d’été 2012.

La mise en scène d’Andreas Kriegenburg est une épure lisible qui illustre les différents lieux et éléments de l’œuvre - le Chêne, le grand bureau aristocratique du Walhalla, les guerriers empalés sur le champs de bataille - sans surprise, mais avec une animation des caractères minutieusement fouillée.

Klaus Florian Vogt (Siegmund) et Anja Kampe (Sieglinde)

Klaus Florian Vogt (Siegmund) et Anja Kampe (Sieglinde)

Seules deux scènes soulèvent quelques étonnements, la présence d’infirmières dans la demeure de Hunding nettoyant les corps des blessés selon la même idée que Krämer à Bastille, et les pas violents de femmes en deuil et en transe avant que les Walkyries n’entament leur chevauchée.

Mais avec des éclairages recherchés - belle ambiance nocturne de lueurs bleu-clair quand Brünnhilde vient avertir Siegmund de sa mort prochaine-, et des jeux d’ouvertures et de resserrements des grands plans verticaux, latéraux et horizontaux du théâtre, Andreas Kriegenburg crée des impressions de grands espaces et de vide, et des scènes intimes oppressées par un destin imparable.

Il suffit alors d’un jeu d’acteur significativement expressif, au plus proche des sentiments et des nombreuses situations conflictuelles, pour que le drame prenne une dimension humaine et émotionnelle captivante. La dispute de Fricka et Wotan brisant des verres de rage, la chorégraphie guerrière de Brünnhilde accueillant son père, Sieglinde prise de folie dans les bras d’un Siegmund désemparé, rappellent à quel point l’opéra est passionnant quand il est la vie.

Katarina Dalayman (Brünnhilde)

Katarina Dalayman (Brünnhilde)

Et avec une telle énergie emportée par un orchestre pris, en course libre, dans un flot d’entrelacements de timbres grisants, et une des meilleures, sinon la meilleure, distributions wagnériennes de notre époque, il y a une émotion particulière à entendre dans de telles conditions, au cœur de sa région d‘origine et au sentiment partagé avec le public, une interprétation à marquer d’une pierre blanche.

La veille, Ain Anger était le Comte Gremin dans la reprise d’ Eugène Onéguine, il devient maintenant le grand Hunding pour cette matinée, avec une excellente articulation mordante, et un tempérament plus affable, on va dire, que n’inspire le guerrier habituellement.

Après l’envolée de l’ouverture orageuse, où l’on voit Siegmund bataillant dans une sombre forêt germanique, sa rencontre avec Sieglinde est toujours le premier moment fort de la première journée du Ring.

Klaus Florian Vogt (Siegmund)

Klaus Florian Vogt (Siegmund)

Mais peu imaginaient entendre une incarnation de leur duo d’amour aussi bouleversante.
La douceur rayonnante de Klaus Florian Vogt est, dans un premier temps, trop angélique pour restituer la complexité psychologique et la hargne de lutteur du fils de Wotan.
Cependant, il a une telle manière de sublimer la tendresse amoureuse de la jeunesse - quel timbre haut placé et toujours aussi puissant!-, et une telle pureté de sentiments, qu’il atteint ce point culminant de beauté indescriptible qui force à se libérer d’émotions si profondément retenues.

Anja Kampe s‘empare du rôle de Sieglinde pour en faire un personnage entier, un feu de passion exacerbé et incontrôlé qui lui donne une densité et une vitalité sensationnelles. Cette présence s’appuie tout autant sur une voix riche d’harmoniques des graves les plus noirs aux aigus superbement projetés, et une nature d’écorchée que même l’attachement de Siegmund ne peut que difficilement calmer.
Et même Brünnhilde, au début IIIème acte, paraît un modèle de sagesse à côté d’elle.

Katarina Dalayman (Brünnhilde) et Thomas Johann Mayer (Wotan)

Katarina Dalayman (Brünnhilde) et Thomas Johann Mayer (Wotan)

Il faut dire que si Andreas Kriegenburg présente la Walkyrie, au cours de la fantastique ouverture du second acte emportée dans un souffle de timbales galopantes et galvanisantes, comme une jeune déesse admirative des qualités guerrières de son père Wotan, elle en devient très vite l’égale en maturité.

Katarina Dalayman, plus en forme que jamais, lance ses aigus puissants et claquants, quoique mieux maîtrisés que l’année dernière à Bastille, et affiche une solidité infaillible, un éclat de bronze splendide qui impose une stature de femme consciente d‘être la seule à ne pas s’enfermer mentalement.

De toutes ses interventions, son grand dialogue avec  Wotan au dernier acte est un modèle d’échanges d’une profondeur due autant à son talentueux aboutissement théâtral qu’à la vision du metteur en scène.

Et il faut dire que Thomas Johann Mayer, découvert il y a deux ans dans la Walkyrie sous la direction de Philippe Jordan, est déjà un des plus impressionnants Wotan de sa génération. Son impact vocal semble s’être accru, mais surtout, il dessine comme personne un père tourmenté et d’une humanité, malgré la carrure combattante de fauve qu’il arbore, avec une vérité expressive implacable.


                                                    

Katarina Dalayman (Brünnhilde) et Thomas Johann Mayer (Wotan) 

Sa confrontation avec Fricka est un autre grand moment de théâtre, poussé dans ses derniers retranchements par une femme qui est la droiture même, et dont elle s’amuse.
Sophie Koch est parfaite dans ce rôle, car elle a un peu de cette froideur moqueuse et distante qui installe la déesse dans une posture de juge moral dominante.

 Plus encore, la couleur de ses graves mats, quand elle n’oublie pas de les soutenir intensément, se projette frontalement avec une autorité hautaine et aristocratique telle, qu’elle ne joue donc plus avec les sentiments compassés susceptibles de se créer à son égard.

Katarina Dalayman (Brünnhilde)

Katarina Dalayman (Brünnhilde)

Et si l’on reste émerveillé par cette réunion magnifique de grands chanteurs, on en admire tout autant l’énergie inépuisable des huit Walkyries.

Après les adieux de Wotan à Brünnhilde, la scène d'immolation est rendue dans une très belle sobriété, de jeunes filles forment un cercle autour du rocher en portant un serpent sur leur dos qui s'enflamme, tandis que le feu se propage en se projetant par effet vidéographique sur le fond de scène. Il n'en faut pas plus pour illustrer la dignité surnaturelle de ce dernier instant.

Katarina Dalayman (Brünnhilde) et Thomas Johann Mayer (Wotan)

Katarina Dalayman (Brünnhilde) et Thomas Johann Mayer (Wotan)

Quand il est arrivé pour saluer sur scène, Kent Nagano a été accueilli par un tonnerre extraordinaire d’applaudissements et de trépignements électriques.
Comment ne pouvait-il pas en être autrement ?  L’orchestre filait dans un courant animé de reliefs sonores frénétiques, une agilité fuyante et tendue en urgence, des soulèvements de textures boisées frémissantes, un tumulte de timbales endiablées, et d’amples nappes de cuivres magnifiquement patinées.

Klaus Florian Vogt (Siegmund), Anja Kampe (Sieglinde) et Ain Anger (Hunding)

Klaus Florian Vogt (Siegmund), Anja Kampe (Sieglinde) et Ain Anger (Hunding)

On en sort abasourdi par une telle expérience intense et rare.
Une référence artistique inoubliable.

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Publié le 27 Mars 2012

Eugène Onéguine (Piotr Ilitch Tchaïkovski)
Représentation du 24 mars 2012
Bayerische Staatsoper (Munich)

Larina Heike Grötzinger
Tatjana Ekaterina Scherbachenko
Olga Alisa Kolosova
Filipjewna Elena Zilio
Eugène Onéguine Simon Keenlyside
Lenski Pavol Breslik
Le Comte Gremin / Saretzki Ain Anger
Triquet Ulrich Reb

Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Directeur musical Pietari Inkinen

                                           Simon Keenlyside (Onéguine) et Ekaterina Scherbachenko (Tatiana)

Lorsque l’on entre dans la salle du Bayerische Staatsoper, le rideau de scène est déjà levé sur le décor d’Eugène Onéguine, et les coutumiers de l’univers de Krzysztof Warlikowski retrouvent un visuel bien connu, fauteuils et canapés, parois transparentes, et des objets désuets évocateurs de l’Amérique utopique de la fin des années 60.

L’insouciance d’une époque bercée par les musiques populaires a engendré les mouvements hippies, les pantalons pattes d’éléphants, et le rêve incroyable du voyage sur la Lune.

La Russie profonde d’Alexandre Pouchkine est belle et bien oubliée.

Simon Keenlyside (Onéguine) et Pavol Breslik (Lenski)

Simon Keenlyside (Onéguine) et Pavol Breslik (Lenski)

Une fois les premiers accords mélodiques envolés, le chœur du Nationaltheater y joint ses voix splendides tout en étant soutenu par la sensualité voluptueuse de l’orchestre.
Les hommes, nettement séparés entre ténors et baryton-basses, jouent dans une salle de billard - la connotation sexuelle ne semble pas fortuite -, alors que les femmes sont réunies tout autour de la scène principale.

Et, à la vue d’Ekaterina Scherbachenko, charmante de grâce attendrissante, et d'Alisa Kolosova, plus joyeusement délurée, entonnant leur duo sur des pas légers et entrainants, on est pris par un sentiment de  bonheur mélancolique au rythme balançant de la harpe, des flûtes voletantes et des accords de contrebasses.

 La tessiture de Tatiana est idéale pour la soprano russe, et la belle gestuelle de son corps, aussi souple et  fluide que son art musical du chant slave, est une merveilleuse incarnation de la fragile essence féminine. Son visage poupin en idéalise même l’innocence.

Ekaterina Scherbachenko (Tatiana)

Ekaterina Scherbachenko (Tatiana)

Toute autant ravissante, Alisa Kolosova est une Olga pulpeuse, mais elle n’est pas aussi avantageusement mise en valeur que dans la mise en scène de Willy Decker à Bastille.
Il en est de même d’Elena Zilio et d’Heike Grötzinger, toutes deux très affirmées dans les rôles respectifs de Filipjewna et de Larina.

Dans la scène de la lettre, Ekaterina Scherbachenko semble reproduire les poses et expressions mélancoliques qu’elle a développé avec une profondeur inégalée dans la vision marquante de Dmitri Tcherniakov à Garnier, et Warlikowski préfère en faire un tendre moment de rêve et de beauté musicale qui durera toute la nuit.
 

Le metteur en scène ne déroule véritablement sa logique qu’à partir de la réception organisée pour l’anniversaire de Tatiana, laissée seule dans son coin avec comme unique réconfort affectif une peluche en forme de pingouin.
Lors de cette soirée mondaine, Ulrich Reb chante à la joie de tous l’air de Monsieur Triquet, dans un élégant français accentué et compréhensible, et surtout, avec une ampleur inhabituelle.
Puis, Onéguine se présente, et débute un jeu de séduction et de provocation envers Lenski, un détournement interprétatif des motivations du jeune homme qui devient le cœur du drame.
 

 

                                                                                       Pavol Breslik (Lenski)

Warlikowski fait de leur relation un entrechoc porté par des forces homosexuelles refoulées, Lenski troublé repoussant son séducteur dans un premier temps, avant de rejeter Olga pour le rejoindre.

La scène de désespoir de Lenski et du duel se transforme en épreuve du lit, dans une atmosphère de tension croissante et de désir irrésistible entre les deux hommes.
Mais, dans un geste symbolique, le meurtre de Lenski libère Onéguine de ses propres démons, et on passe sur le ballet ironique de cowboys torses-nus qui s'en suit.

Ekaterina Scherbachenko (Tatiana)

Ekaterina Scherbachenko (Tatiana)

Pensant pouvoir conquérir Tatiana, Onéguine retrouve une jeune femme magnifique, mais liée à un Comte Gremin (impressionnante stature de Ain Anger) qui est bien plus qu’un vieux mari très riche, sinon un fidèle amant qu’elle ne peut plus quitter.  Sa promesse de bonheur lui échappe définitivement.

Cette vision a une logique théâtrale sidérante de cohérence, bien que l’imaginaire gay-paillette soit un peu trop exagéré et décalé - sans doute à cause de la prépondérance des musiques de ballet - et que les caractères féminins s'affadissent - la complexité des sentiments de Tatiana au dernier acte ne se ressent plus du tout -, et il faut la considérer comme une expression artistique très personnelle.

Ce n’est d'ailleurs pas la première fois que Warlikowski montre un héros qui tue une figure homosexuelle pour s’en libérer, True Love tuait dans le même esprit Nick Shadow dans sa version du Rake’s Progress au Schiller Theater de Berlin.

Simon Keenlyside (Onéguine) et Pavol Breslik (Lenski)

Simon Keenlyside (Onéguine) et Pavol Breslik (Lenski)

Malgré son appropriation surprenante du rôle, Simon Keenlyside a beaucoup trop le physique britannique de James Bond pour que l’on y croit totalement. Son Onéguine a le charme gris du temps passé, et une maturité dominante sur le personnage du Lenski impulsif de Pavol Breslik, clair et doué d’une musicalité slave touchante.

La partition musicale est interprétée intégralement sans couper le ballet du troisième acte, et Pietari Inkinen fait entendre la poésie et la densité du tissu orchestral en jouant à fond sur le mélodrame.

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Publié le 27 Mars 2012

Après le rapprochement de Vénus et Jupiter du 13 mars, la Lune se joint au couple de planètes distantes de 10° le soir du 25 mars 2012.

La moins brillante mais la plus importante, Jupiter (magnitude - 2), erre à 860 millions de kilomètres, alors que Vénus (magnitude -4) se déplace en fait à 108 millions de kilomètres de la Terre.

Un fin croissant de Lune, moins de 10% de la surface visible éclairée, file sur son orbite plus modestement à 405.000 km de distance de la Terre.

Rapprochement de Vénus (en haut), de Jupiter et la Lune (en Bas) dans le ciel munichois du 25 mars 2012

Rapprochement de Vénus (en haut), de Jupiter et la Lune (en Bas) dans le ciel munichois du 25 mars 2012

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Rédigé par David

Publié dans #Astres