Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Dimanche 06 novembre 2011 sur France 3 à 00H20 Appassionata - Une journée autour de "La Source"
Dimanche 06 novembre 2011 sur France 3 à 00H50 Coppelia (Ballet de Patrice Bart) Musique de Léo Delibes Par l'Orchestre Colonne, dir. Koen Kessels. Avec Dorothée Gilbert, Mathias Heymann, José Martinez et le Corps de Ballets de l'Opéra de Paris, à l'Opéra national de Paris, en mars 2011.
Dimanche 06 novembre 2011 sur Arte à 11H05 Reconstructing Prokoviev
Dimanche 06 novembre 2011 sur Arte à 19H15 Le printemps des Spira Mirabilis
Lundi 07 novembre 2011 sur Arte à 22H00 Danse. Jiri Kylian, mémoires d´oubliettes. Documentaire
Mardi 08 novembre 2011 sur France 2 à 01H20 Vivaldi : "Larghetto"
Jeudi 10 novembre 2009 sur TF1 à 02H45 La Dame de Pique (Tchaïkovski) Enregistré à l'Opéra Bastille en 2005. Avec Vladimir Galouzine, Ludovic Tézier, Christianne Stotijn, Irina Bogachova. Direction Gennady Rozhdestvensky.
Dimanche 13 novembre 2011 sur Arte à 09H45 Jazzdor Strasbourg-Berlin 2011
Dimanche 13 novembre 2011 sur Arte à 10H45 Jazz Open Stuttgart: Pink Martini
Dimanche 13 novembre 2011 sur Arte à 14H00 Ruslan et Ludmila (Michael Ivanovich Glinka). Production du Bolchoï, octobre 2011 (Partie 1) Mise en scène : Dmitri Tcherniakov Avec Albina Shagimuratova, Mikhail Petrenko, Alexei Tanovitsky, Alexandrina Pendatchanska, Charles Workman, Elena Obraztsova, Vladimir Ognovenko Solistes et Corps de ballet du Ballet du Théâtre Bolchoï Orchestre et Chœur du Théâtre Bolchoï
Dimanche 13 novembre 2011 sur Arte à 19H15 Xavier de Maistre Récital de harpe. Haydn... (2009)
Lundi 14 novembre 2011 sur Arte à 22H50 Ruslan et Ludmila (Michael Ivanovich Glinka). Production du Bolchoï, octobre 2011 (Partie 2) Mise en scène : Dmitri Tcherniakov Avec Albina Shagimuratova, Mikhail Petrenko, Alexei Tanovitsky, Alexandrina Pendatchanska, Charles Workman, Elena Obraztsova, Vladimir Ognovenko Solistes et Corps de ballet du Ballet du Théâtre Bolchoï Orchestre et Chœur du Théâtre Bolchoï
Mardi 15 novembre 2011 sur France 2 à 00H15 Symphonie fantastique (Berlioz) Par le Bolivar Youth Orchestra et le Philharmonique de Radio France. Direction Dudamel.
Samedi 19 novembre 2011 sur France 3 à 0H15 Saint Saëns par Smaïn et le Philharmonique de Radio France. Direction Chung.
Dimanche 20 novembre 2011 sur Arte à 09H45 Das Reichorchester. Orchestre et politique: le Philarmoniker de Berlin à l´heure du nazisme... documentaire de E S Lansch
Dimanche 20 novembre 2011 sur Arte à 19H15 Premier concours international d’art lyrique Régine Crespin (2011)
Lundi 21 novembre 2011 sur Arte à 20H10 Carmen (Bizet) Enregistré à la Scala de Milan
Direction musicale : Daniel Barenboïm
Avec Anita Rachvelishvili, Jonas Kaufmann
Samedi 26 novembre 2011 sur France 3 à 0H15 Domingo, avec Mula, Terfel, Gimenez, Groves, Martinez, Pape, Pons, Zajick ... Choeurs et Orchestre du Teatro Real de Madrid
Dimanche 27 novembre 2011 sur Arte à 09H45 Concert. Claudio Abbado dirige le Simón Bolívar Youth Orchestra au Festival de Lucerne
Dimanche 27 novembre 2011 sur Arte à 10H40 Concert. Rudolf Buchbinder joue le Concerto pour piano N°1 de Beethoven (2011)
Dimanche 27 novembre 2011 sur Arte à 19H15 Concert. Anne-Sophie Mutter joue Mendelssohn (Bicentenaire Mendelssohn 2008)
Lundi 28 novembre 2011 sur Arte à 22H00 Le chef d’orchestre Thomas Hengelbrock La musique, une fête pour la vie.
Mardi 29 novembre 2011 sur France 2 à 00H15 Atys (Lully) Avec Richter, d'Oustrac, Azzaretti, Auvity, Agnew. Les Arts Florissants, dir W.Christie, mise en scène Villégier.
Tannhäuser (Richard Wagner) Répétition générale du 03 octobre et représentations du 09, 12, 17, 23, 29 octobre 2011 Opéra Bastille
Tannhäuser Christopher Ventris Elisabeth Nina Stemme Venus Sophie Koch Wolfram Stéphane Degout Hermann Christof Fischesser Walther Stanislas de Barbeyrac Biterolf Tomasz Konieczny
Direction Musicale Sir Mark Elder Mise en scène Robert Carsen (2007)
Stéphane Degout (Wolfram)
Alors que l’Opéra de Paris vient de nous offrir un de ses fours les plus mémorables à travers la nouvelle production de Faust, la reprise de la mise en scène de Tannhäuser imaginée par Robert Carsen nous permet de retrouver un travail qui réussit à la fois à se libérer d'une interprétation textuelle et de presque tous les symboles religieux, tout en respectant le cœur du conflit entre sensualité et spiritualité, à conserver une ligne esthétique charnelle mais dénuée de toute trivialité, et à trouver une issue sublimée en tournant le final en hommage aux œuvres érotiques des grands artistes peintres.
Cette approche, réalisée avec intelligence, lisibilité et cohérence, peut néanmoins décevoir l'auditeur qui ne retrouve plus le thème de l'amour impossible inhérent à nombres d’œuvres lyriques.
On admire toujours autant l’atmosphère rougeoyante de la grande scène du Vénusberg, dans l’espace resserré de l’atelier de Tannhäuser, et les lents passages de Vénus entre ombres et lumières, harmonieusement liés à la musique.
Sophie Koch (Vénus) et Christopher Ventris (Tannhäuser)
Sophie Koch se fait entièrement déesse, tragique et sensuelle, une voix impériale aux accents sauvages mais aussi émouvante, à laquelle elle allie élégance du mouvement et vérité subtile de l’expression théâtrale.
Moins fluide dans ses déplacements, Nina Stemme est naturellement saisissante par l’ampleur de sa voix, la qualité d’une tessiture portée par un souffle long et puissant, et une noirceur qui révèle toute sa profondeur lorsque Elisabeth invoque la mort au troisième acte. La soprano suédoise possède en réalité les énormes moyens d’une Isolde ou d’une Elektra, ce qui paraît un peu surdimensionné à l’égard d’un rôle qui rayonne de jeunesse et d’idéalisme.
Lesquelques faiblesses de la répétition se sont évanouies, ce qui permet de voir à quel point Christopher Ventris incarne un Tannhäuser avec une rage de vivre que l’on ressent dans la clarté mordante de sa voix, avec cet indéfinissable sentiment de tristesse d’âme. Il s'agit ici d'un engagement scénique total et impressionnant.
Surprenant dans son apparence d’humble intellectuel, Stéphane Degout est un Wolfram d’une humaineévidence, il déroule « O du mein holder Abendstern » superbement, chanté sans affectation naïvement rêveuse, mais le plus sincèrement possible, le timbre légèrement duveteux.
Tous les autres interprètes, Christof Fischesser, Stanislas de Barbeyrac, Tomasz Konieczny sont parfaitement distribués, si bien que l’on ne peut que constater que l’ensemble de la distribution rivalise, et même surpasse, celle de 2007.
A défaut d'effets de style remarquables, la direction de Sir Mark Elder privilégie la délicatesse des moments intimes, s'imprègne même d'une énergie théâtrale enthousiasmante lors de la répétition, mais ne couvre pas les voix pour autant.
Nina Stemme (Elisabeth)
Et puis soudain, lors de la représentation du 17, l'orchestre retrouve une vigueur et un magnifique sens des ondes wagnériennes, auxquels la salle entière répondra par un salut à coeur sans retenue.
Dimanche 02 octobre 2011 sur Arte à 19H15 Les musiques d'Henri IV
Lundi 03 octobre 2011 sur Arte à 20H40 Les Nibelungen (1/2 & 2/2) Réalisateur: Fritz Lang, Musique: Gottfried Huppertz
Mardi 04 octobre 2011 sur France 2 à 00H40 Armide (Lully) Mise en scène Robert Carsen, direction William Christie, avec Laurent Naouri, Paul Agnew, Stéphanie d'Oustrac.
Mardi 04 octobre 2011 sur Arte à 01H15 Les Nibelungen Comment fut conçue et réalisée la première superproduction de l'histoire du cinéma allemand.
Dimanche 09 octobre 2011 sur Arte à 19H15 Vivica Genaux
Lundi 10 octobre 2011 sur France 3 à 20H30 Faust (Charles Gounod) En léger différé de l'Opéra National de Paris Avec Roberto Alagna, Inva Mula, Paul Gay Mise en scène Jean-Louis Martinoty, direction Alain Altinoglu
Lundi 10 octobre 2011 sur Arte à 22H40 Elisabeth Schwarzkopf, Soprano de légende
Mardi 11 octobre 2011 sur France 2 à 00H30 Orchestre de Paris
La «Fantaisie pour piano, choeur et orchestre» de Beethoven, le «concerto pour piano et orchestre n° 1» de Beethoven et la «Symphonie n° 4» de Tchaïkovski
Dimanche 16 octobre 2011 sur France 3 à 00H40
Les Ballets Russes à l'Opéra National de Paris Ballet de Noël (2009) à l’Opéra National de Paris (Weber, Debussy, De Falla…)
Dimanche 16 octobre 2011 sur Arte à 19H15 Valeriy Sokolov enregistre Bartók Filmé par Bruno Monsaingeon, le jeune violoniste ukrainien enregistre le Concerto pour violon et orchestre n° 2 de Béla Bartók.
Lundi 17 octobre 2011 sur Arte à 23H25
Les percussions de Strasbourg
Mardi 18 octobre 2011 sur France 2 à 00H25
Les Concerts des Nations de Jordi Savall "Naïs", "Les Indes Galantes", "Zoroastre" et "Les Boréades" de Rameau. Enregistré à l'Opéra de Versailles (2011)
Samedi 22 octobre 2011 sur Arte à 21H35
Bicentenaire de Franz Liszt Concert de Gala, direction Christian Thielemann
Dimanche 23 octobre 2011 sur France 3 à 00H20
Tosca (Puccini) Avec Placido Domingo, Catherine Malfitano Direction Zubin Mehta, mise en scène de Giuseppe Patroni Enregistré à Rome en 1992
Dimanche 23 octobre 2011 sur Arte à 18H15
Daniel Barenboïm et Pierre Boulez jouent Liszt
Lundi 24 octobre 2011 sur Arte à 11H15 Franz Liszt : Les dernières années
Vendredi 28 octobre 2011 sur Arte à 20H40 Soirée de gala. Réouverture du Bolchoï, en direct de Moscou.
Vendredi 28 octobre 2011 sur Arte à 22H05 Documentaire. Réouverture du Bolchoï (2011)
Dimanche 30 octobre 2011 sur Arte à 09H50
Alice Sommer Herz, un destin d'exception
Dimanche 30 octobre 2011 sur Arte à 10H45
Thomas Quasthoff chante Webern, Mahler et R. Strauss
Dimanche 30 octobre 2011 sur Arte à 19H15
Pierre-Laurent Aimard joue Liszt Festival de piano de la Ruhr 2011
Lundi 31 octobre 2011 sur Arte à 20H40
Maria Callas assoluta
Roméo et Juliette (Shakespeare) Représentations du 21 et 24 septembre 2011 Odéon-Théâtre de l’Europe
Roméo Matthieu Dessertine Juliette Camille Cobbi Mercutio Frédéric Giroutru Benvolio Benjamin Lavernhe Capulet/Paris Olivier Balazuc Frère Laurent Philippe Girard La Nourrice Mireille Herbstmeyer Tybalt Quentin Faure Le Prince/Clown… Bathélémy Meridjen Le Musicien/Abraham Jérôme Quéron
Mise en scène Olivier Py
Frédéric Giroutru (Mercutio)
Avec une grande économie d’accessoires, un miroir de loge de théâtre serti d’ampoules et de masques de mort, quelques plans noirs, verticaux et usés, qui serviront de support aux dessins et tournures tracés à la craie, une grande toile rouge transparente qui sépare la vie de la mort, un mobilier qui figure la chambre élevée où vit Juliette, le regard d’Olivier Py sur l’émouvante tragédie de Shakespeare prend un immense plaisir à animer un ensemble de personnages frénétiques, exaltés ou même fous.
Naturellement, on va voir cette pièce en ayant la tête chargée des élans épiques et des cavatines éthérées de l’opéra de Charles Gounod, des pulsations soupirantes de la musique d’Hector Berlioz, et des voix consolatrices écrites par Vincenzo Bellini.
Matthieu Dessertine (Roméo)
On en oublie, et la relecture du texte lors de l’entracte permet de s’en assurer, que le discours sensible et les allusions licencieuses sont intimement liés, comme dans la vie. La traduction en français introduit donc des éléments de langage moderne, et Olivier Py explicite clairement les jeux de mots et des situations obscènes qui aboutissent à une scène remplie de mimiques homosexuelles, lorsque Roméo retrouve Benvolio et Mercutio après sa rencontre avec Juliette. C’est tellement excessif, et pourtant le texte de Shakespeare peut se lire ainsi, que l’on en rit autant que l’on en admire le courage des acteurs, Frédéric Giroutru en particulier. Il y a chez ce comédien un naturel impulsif très fortement en prise avec le spectateur.
La façon dont est représenté Roméo est également captivante. Sa démarche évoque la femme dans un corps d'homme telle que Frère Laurent en fait l'observation, mais sans que l'élément féminin ne prenne pour autant le dessus. Cela enrichit son humanité, en souligne les faiblesses, et lui apporte une légèreté fantaisiste lorsqu'il devient amoureux. Même si sa voix n'est pas aussi suave, elle jaillit comme extirpée d'un abdomen qui revendique en force son désir de vivre, et Matthieu Dessertine se révèle un interprète furieusement vivant, physiquement idéal dans la logique de perfection classique si chère à Olivier Py.
Camille Cobbi (Juliette)
Plus réaliste, le portrait de Juliette évoque celui d'une jeune femme lucide qui recherche l'exaltation du corps à corps, une personnalité entière pour laquelle Camille Cobbi prète une interprétation très spontanée, et un peu extérieure.
Il manque cependant quelque chose dans ce couple de jeunes amants, il manque cette force impalpable qui les unit, la subtilité dans la rencontre qui devrait donner un sens profond à leur rapprochement, et faire que l'on croit à leur amour. En tout cas, quelque chose dans le jeu scénique du metteur en scène peine à traduire cette émotion.
Il semble plutôt vouloir traiter leur rapport à la religion face aux obstacles qui les séparent, comme cette croix noire qui reflète le tempérament mélancolique et suicidaire de Roméo. D'où sa défiante exaltation dans les derniers instants avant la mort, qui rappelle l‘attente impatiente de Kirsten Dunst face à la planète Melancholia, dans le dernier film de Lars von Triers.
Parmi tous ces acteurs et actrices qui forment une troupe engagée et en osmose, au point d’interpréter eux-mêmes les passages choraux, on peut remarquer Olivier Balazuc, Capulet dont la violence détraquée s’emballe crescendo contre sa propre fille sur les accords pianistiques de l’Appel de Hagen (Le Crépuscule des Dieux-Wagner), mais aussi la bienveillante parole de Philippe Girard, et l’énergie déjantée de Mireille Herbstmeyer, au service d’un emploi comique cette fois ci.
Au piano, Jérôme Quéron charge l’atmosphère d’airs nostalgiques (Valse du Chevalier à la Rose), autant qu’il évoque les états d’âme les plus sombres (Introduction du second acte du Crépuscule des Dieux), toujours dans l’esprit d’appuyer et d’amplifier le sens des mots.
Médée (Cherubini) Représentation du 11 septembre 2011 Théâtre de la Monnaie de Bruxelles
Médée Nadja Michael Jason Kurt Streit Néris Christianne Stotijn Créon Vincent Le Texier Dircé Hendrickje Van Kerckhove Première servante Gaëlle Arquez Deuxième servante Anne-Fleur Inizan
Direction Musicale Christophe Rousset Les Talens Lyriques Mise en scène et dialogues parlés de Krzysztof Warlikowski
Nadja Michael (Médée)
En ouvrant la nouvelle saison de La Monnaie sur la vision personnelle de Médée par Krzysztof Warlikowski, Peter de Caluwe réaffirme son engagement pour les formes artistiques dont dépend le renouveau contemporain de l’art lyrique. Cette mission est importante, car elle secoue les tendances conventionnelles et consensuelles qui caractérisent si souvent l’esprit de représentation des opéras.
A travers un tel personnage mythologique, le régisseur polonais aborde ainsi le thème de la dépendance affective vécue dans la phase de décomposition d’un couple moderne, et il décrit, sans la moindre édulcoration, la déformation intérieure de l’héroïne, autant que les restes d’attraction et de gêne de son ex-époux.
Hendrickje Van Kerckhove (Dircé) et Vincent Le Texier (Créon)
Nous sommes dans l’univers musical et cinématographique des années 1960, et des images de vie familiale tournées en super 8 sont projetées avant le spectacle et pendant l’entracte, alors que toute la salle résonne des tubes des Shocking blues ou des Suprêmes. On réentend même The Man I Love, air infiniment mélancolique qu’a utilisé pour Persona.MarilynKrystian Lupa, le metteur en scène dont Warlikowski a été l’assistant. Il faut voir comment les personnes du public qui connurent cette époque se retrouvent enchantées par cette ambiance qui les ramène vers leur jeunesse.
L’ouverture sur le décor unique nous plonge dans un monde que l’on connaît bien, les parois souples et semi-réfléchissantes où la salle se mire, les néons, les jeux de lumières qui peuvent être autant feutrés que glacés, et l’inévitable salle d’eau avec son miroir. Les femmes se livrent à des défilés de mode, tout en couleur, certaines imitant Marilyn Monroe, les hommes sont tout habillés de blanc et noir à l’identique, chacun est ainsi à sa place dans un rôle social bien défini.
Nadja Michael détonne donc lorsqu’elle apparaît en cuir noir, une multitude de tatouages sur les bras. Elle compose un personnage théâtral extrêmement fort, sophistiqué mais qui se met à nu par la suite, dans un délire violent et titubant. Ses fascinants yeux en amande sont le reflet du regard slave et perçant de Warlikowski, on peut imaginer à quel point ces deux êtres ont du bien s’entendre.
Vocalement, il s’agit d’un déchainement hors du commun fait de fulgurances, d’intonations masculines, et d’aigus saillants qui forment soudain, devant nos yeux, comme de puissantes dagues torsadées qui s’érigent aussi vite qu’elles se replient.
On y retrouve toute la douleur interne d’un amour propre atteint, libérant ainsi une énergie qui va devenir destructrice, d’abord contre elle-même, puis contre ses enfants.
Nadja Michael (Médée)
Les récitatifs ont été réécrits par Krzysztof Warlikowski dans un langage moderne et cru. On y retrouve les réminiscences de Médée se souvenant du corps de Jason, comme de son emprise psychique qui s’est immiscée, tel un poison, dans le corps de Dircé.
Dans la scène finale, Médée réapparait, le ventre bondé comme si elle était enceinte, mais elle ne laisse tomber qu’un reste minéral, une manière de matérialiser enfin sa libération de son mal profond.
Stylistiquement, si l’on est avant tout sensible à la finesse des harmonies, il faut reconnaître que la délicatesse du chant français se trouve en retrait, au profit d‘une peinture vocale intense et dense, que ce soit le Créon caverneux de Vincent Le Texier, étonnant dans son appropriation du rôle et sa folie disjonctée à la mort de Dircé, ou bien le flot noir et tremblant de Christianne Stotijn.
Tous ces artistes sont poussés à exprimer une vérité non pas purement vocale, mais aussi corporelle. Hendrickje Van Kerckhove brosse ainsi un portrait plaintif et fortement angoissé de la jeune fiancée, avec une émission haute et étroitement canalisée. Endossant un rôle peu glorieux, la solide stature de Kurt Streit est aussi servie par des inflexions humaines et profondes qui laissent poindre des sentiments de culpabilité, des signes de mal être, car dans cette situation, les êtres restent liés par les angoisses chevillées au corps.
Kurt Streit (Jason) et Nadja Michael (Médée)
L’ampleur et l’engagement total des chœurs sont à l’unisson des Talens Lyriques, que Christophe Rousset tire quand même vers une violence sauvage dés l’ouverture, mais qu’il cadre par la suite dans un rythme bien cadencé, froid, d’où émergent de larges nappes sombres aux reflets violacés.
Un spectacle mis en scène par Krzysztof Warlikowski s’entend et se revoit plusieurs fois, et des choses passent même sans que l’on s’en aperçoive. C’est pourquoi, la reprise de Médée au Théâtre des Champs Elysées, la saison prochaine, sera un immanquable, tout comme sa nouvelle mise en scène de Lulu à la Monnaie.
Médée sera diffusée en accès libre pendant trois semaines sur le site de La Monnaie à partir du 23 septembre 2011.
Direction Musicale Adam Fischer Mise en scène Willy Decker (1997)
Hibla Gerzmava (Vitellia)
Disparue des planches de l’Opéra Garnier depuis dix ans, la vision de La Clemenza di Tito par Willy Decker amorce un retour bienvenu, qui est dû aussi bien à la logique préférentielle de Nicolas Joel pour ce metteur en scène, qu’au transfert de la production de Karl et Ursel Herrmann vers le Teatro Real de Madrid.
Le mélange de gravité et de légèreté travaillé avec éclat par le couple allemand est maintenant immortalisé en DVD, un des plus beaux laissés après le passage de Gerard Mortier à Paris, mais l’épure tragique de la version inscrite au répertoire parisien mériterait également une captation télévisuelle. On y retrouve, avec surprise, la même idée du ruban pour exprimer l’aveuglement amoureux de Sextus.
Répétition générale de la Clémence de Titus
Très shakespearienne, la scène au cours de laquelle Vitellia pousse son prétendant au meurtre est d’une intensité dramatique similaire à celle de l’instant crucial qui place Macbeth face au poignard funeste.
Le concept central de la mise en scène réside par ailleurs dans le pathétisme de la condition de l’Empereur, traité à travers l’évolution du buste qui se désenclave progressivement de sa gangue. Finalement, après avoir été obligé de laisser Bérénice et d’accepter un pouvoir qu’il ne voulait pas, Titus devient une idole aux yeux de la société pour sa grandeur d’âme, car cette qualité est paradoxalement ressentie comme inhumaine. Il finit totalement seul, tous, sans exception, ayant oublié sa condition humaine.
Klaus Florian Vogt (Titus) et Stéphanie d'Oustrac (Sextus)
Dans le premier acte, Klaus Florian Vogt semble manquer d’intention, bien qu’il lui suffise de laisser sa voix s’épanouir pour être présent. La clarté éplorée de son timbre en fait un être atypique sur les scènes lyriques, et elle le place encore plus sur un piédestal dans ce rôle qui le rend inaccessible tout en soulignant sa solitude.
Mais le chant mozartien peut être un subtil soupir des vicissitudes du cœur, et il n’est ici qu’esquissé, même si toutes les notes sont joliment graduées. Le chanteur finit par sortir de sa carapace, et atténuer sa déclamation rapide et saccadée, quand il décide secrètement du sort de Sextus. La sensibilité cachée se révèle, et les piani filés se libèrent.
Hibla Gerzmava (Vitellia)
Comme pour tous les artistes de cette reprise, La Clémence de Titus offre à Hibla Gerzmava une prise de rôle. Elle apparaît dans une somptueuse robe d’un sombre rouge désir, à l’image de son timbre slave, profondément séducteur, et se comporte comme si elle avait conscience de l’emprise vocale qu’elle a sur Sextus. Elle prend par la suite une envergure dominatrice quand flambent ses envolées vers des aigus vibrants qui dévoilent une personnalité déterminée, et surtout un étourdissant maniement des changements de tessitures au souffle inépuisable.
Il y eut Mercédès en 2001, puis plus rien. Stéphanie d’Oustrac fait enfin son entrée à l’Opéra de Paris en abordant un personnage majeur, qui pourrait même être un de ses plus beaux rôles. Très engagée dans un mélange de passion hallucinée et d’effroi extériorisé, ce qui lui donne des allures de jeune homme immature, elle chante magnifiquement en s’appuyant sur une tessiture légèrement feutrée, homogène, et parfois même plus claire que Gerzmava, avec de très beaux passages légers à l’extrême.
Stéphanie d'Oustrac (Sextus)
Et les seconds rôles sont aussi les serviteurs de Mozart, Allyson McHardy, tempérament dévoué, plein de douceur, au timbre vibrionnant, Balint Szabo, homme mûr et véritable basse noble, et Amel Brahim-Djelloul, entière et discrètement lumineuse.
Ces chanteurs ne seraient cependant pas hissés au meilleur d’eux mêmes, s’ils n’étaient soutenus par un chef tout à leur attention. Sans partition, Adam Fischer tient une direction très vivante, au relief survolté et sans aucun effet de pompe, avec un grand sens du théâtre dans les moments clés, comme l’attentat de la fin du premier acte. Il suit les artistes du bout des lèvres, avec un regard détendu et affable, Stéphanie d’Oustrac l’en remerciera chaleureusement au rideau final.
Dans ce flux orchestral aux couleurs un peu mates, se dégage aussi une magnifique clarinette, isolée totalement à gauche, qui aura fait entendre de bien merveilleuses variations agiles et mélodieuses.
Et afin que le plaisir musical soit parfait, on aurait très bien pu doubler l'effectif du choeur, lui restituant ainsi une plus franche intensité.
Salomé (Richard Strauss) Répétition générale du 05 septembre 2011 et
Représentations du 17 et 23 septembre 2011
Opéra Bastille
Salomé Angela Denoke Herodes Stig Andersen Herodias Doris Soffel Jochanaan Juha Uusitalo Narraboth Stanislas de Barbeyrac Page der Herodias Isabelle Druet
Direction Musicale Pinchas Steinberg Mise en scène André Engel (1994) Décors Nicky Rieti
Doris Soffel (Hérodias)
Cela fait quinze ans que le monumental décor oriental conçu par Nicky Rieti pour Salomé n’avait pas été remonté sur la scène de l’Opéra Bastille, puisque la mise en scène de Lev Dodin était régulièrement à l’affiche depuis 2003. On peut imaginer plusieurs raisons qui ont poussé Nicolas Joel à l’exhumer aujourd’hui, le goût pour les architectures évocatrices et fantaisistes, la capacité de cet ensemble refermé à soutenir les voix, le court intervalle de temps (moins de deux ans) qui sépare cette reprise de la précédente, peut être l’envie de rattraper la relative neutralité musicale de cette dernière, ou tout simplement l’idée de donner l’illusion au spectateur qu’il en a pour son argent.
Quoi qu’il en soit, la surprise vient de la mise en scène sage d’André Engel, théâtralement mesurée, en décalage avec la musique monstrueusement fantastique de Strauss. Néanmoins, elle comprend des détails visuels qui interrogent le spectateur, comme les codes vestimentaires juifs, ou bien les inscriptions hébraïques marquées sur le front de Jochanaan « Shaddai - Le gardien de la porte d’Israël», un des noms de Dieu, sauf erreur d‘interprétation. On reste cependant plus proche d’une évocation exotique à la Flaubert, plutôt que de la fidélité historique. Et s'il on souhaite retrouver une certaine proximité avec le texte d'Oscar Wilde, mieux vaut être à gauche de la salle, et pas trop haut, pour profiter des effets visuels de la Lune.
Angela Denoke (Salomé)
Le premier à pâtir de la scénographie est Stanislas de Barbeyrac, élève de l’Atelier Lyrique auquel fut remis le prix de l’AROP l’année dernière, dont la voix magnifiquement projetée évoque sincèrement les sentiments éplorés du jeune Syrien. Mais il est constamment maintenu dans une pénombre qui ne permet de le reconnaître que très difficilement.
Cette faible ambiance lumineuse est une constante de toute la représentation, à quelques exceptions près. On n’en sort totalement qu’à la fin, lorsque l’extérieur du palais de Machaerous s’illumine intensément, un lever de soleil qui se révèle être l’approche du Dieu tant invoqué par Iochanaan, sous des rayons de lumière qui se diffusent à travers les multiples interstices décoratifs. Pris d’une peur soudaine devant l’inéluctable jugement qui s’annonce, Hérodes réagit en faisant tuer Salomé.
Pour en revenir aux premières scènes, Isabelle Druet fait impression, et ses expressions dramatiques arrivent à rendre le Page aussi fortement désespéré que Narraboth, bien que son visage, lui aussi, soit peu visible.
Juha Uusitalo (Jochanaan)
Ensuite, nous assistons à l’affrontement de quatre mastodontes vocaux, nullement dépassés par l’opulence orchestrale. En vieux tétrarque paré d‘une imposante toge rouge, Stig Andersen a dans sa voix solide comme une douceur touchante, sans inflexions cassantes, ce qui en fait un homme épris d’un désir essentiellement amoureux, et non plus d’un désir libidineux, pour sa belle fille. Il est ici victime d’une jeunesse éblouissante.
Bien que le couple ne soit souverain que de deux territoires de la Palestine, la Galilée et la Pérée, son ambition sous-jacente se cristallise sur la stature royale d’Hérodias, tenue par une Doris Soffel spectaculaire à l’aigu sauvage et dominant. On croirait retrouver sur scène l’empreinte nostalgique d’une Lady Macbeth autoritaire telle que Callas nous l’a léguée.
A chaque interprétation de Salomé ces dernières années, les échos de l’implication extrême d’Angela Denoke ont été relayés par tous les médias professionnels ou amateurs. Le faible impact théâtral de la mise en scène ne lui permet manifestement pas d’exprimer toute la complexité psychologique de l‘héroïne, mais elle s’implique sur chaque geste, chaque état d’âme, pour leur donner une vérité humaine.
Angela Denoke (Salomé)
Son attention à tout ce qui se passe, son effondrement quand Jochanaan s’éloigne, sa gestuelle vive et souple, et l’expressivité de ses regards sont les révélateurs visuels de ses entrechocs intérieurs. Et surtout il y a cette voix, plus sensuelle qu’acerbe, qui peut être d’une lumière angélique, pour brusquement se muer en exclamation névrosée.
A la rigueur, on peut dire que le Jochanaan de Juha Uusitalo est des quatre personnages principaux le plus brutal. Son envergure naturelle et son timbre un rien primitif sont à même de réveiller les craintes frémissantes qui rongent Hérodes, ce qui est d’autant plus important ici que la vision d’André Engel repose en partie sur son rôle annonciateur.
Mais le clivage le plus fort se manifeste entre le jeux scénique et l’exubérance musicale, avec des variations selon les représentations. Ainsi, à l’opposé de son approche chambriste au Théâtre du Capitole en 2009, Pinchas Steinberg ouvre cette saison, lors de la répétition générale, en déchainant l’orchestre à une allure soutenue. Sa direction extériorisée inonde la salle d’un flot lyrique majestueux, sans lâcher sur la violence théâtrale, quitte à laisser l’agressivité des cuivres hors de contrôle. C’est une interprétation moins mystérieuse que celle d’Harmut Haenchen, mais qui recèle le même pouvoir d’exaltation.
Quelques jours plus tard, lors de la représentation du 17, le style devient beaucoup plus sensuel, lent, ralentissant et atténuant d'avantage le peu d'intention scènique.
Dimanche 04 septembre 2011 sur France 3 à 00H25 La Walkyrie (Wagner) Enregistré le 05 juillet 2007 au festival d'Aix en Provence. Direction Simon Rattle
Dimanche 04 septembre 2011 sur Arte à 09H45 Ballet. Petits tracas. Katarzyna Gdaniec, 2006
Dimanche 04 septembre 2011 sur Arte à 10H10 Concert Mozart et Haydn à Aix, 2009. Louis Langrée dirige la Camerata Salzburg
Dimanche 04 septembre 2011 sur Arte à 11H05 Concert Viardot, Bellini, Britten... aix, 2009
Dimanche 04 septembre 2011 sur France 3 à 14H30 Pavarotti pour toujours
Dimanche 04 septembre 2011 sur Arte à 18H10 Festival de Lucerne 2011 : Simon Rattle dirige Bruckner "Adieu à la vie" et Britten "Nocturne"
Lundi 05 septembre 2011 sur Arte à 10H10 Johannes Brahms - Un requiem allemand. Direction Mariss Jansons
Lundi 05 septembre 2011 sur Arte à 22H25 Cecilia Bartoli : Maria Malibran, l’histoire d’une passion
Mardi 06 septembre 2011 sur France 2 à 00H30
Zahia Ziouani, une chef d'orchestre entre Paris et Alger La benjamine des chefs françaises veut élargir les frontières de la musique classique.
Dimanche 11 septembre 2011 sur Arte à 17H50 En direct de l’Avery Fisher Hall, New York. Concert commémoratif du 11 Septembre Symphonie « Résurrection » de Gustav Mahler Avec Dorothea Röschmann, Michelle De Young, le Choeur New York Choral Artists et l’Orchestre philharmonique de New York. Direction musicale : Alan Gilbert.
Lundi 12 septembre 2011 sur Arte à 23H45 La musique des synagogues : Détruite, disparue, redécouverte
Mardi 13 septembre 2011 sur France 2 à 00H30 Siddharta (Ballet d'Anjelin Preljocaj)
Ballet de l'Opéra National de Paris (2010) sur une musique de Bruno Mantovani
Samedi 17 septembre 2011 sur France 3 à 00H15
La Traviata (Verdi) Enregistré dans les lieux et aux heures de l'action.
Avec Eteri Gvazava, José Cura, Rolando Panerai, direction Zubin Mehta
Dimanche 18 septembre 2011 sur Arte à 09H55 Chefs d’orchestre de demain, concours international de Besançon 2009 : Huitièmes et quarts de finale
Dimanche 18 septembre 2011 sur Arte à 19H15 Concert d’ouverture du Centre de la musique d’Helsinki Avec Soile Isokoski, l’Orchestre philharmonique d’Helsinki, l’Orchestre symphonique de la radio finlandaise, le Choeur de l’Académie Sibelius. Direction musicale : Jukka-Pekka Saraste, John Storgårds
Mardi 20 septembre 2011 sur France 2 à 00H30
Francesca da Rimini (Zandonai) Enregistré à l'Opéra National de Paris en 2011.
Avec Roberto Alagna, Svetla Vassilieva, Mise en scène Giancarlo Del Monaco, direction Daniel Oren
Samedi 24 septembre 2011 sur France 3 à 00H15
Symphonie n°3 (Beethoven) Philharmoniker de Berlin, direction Herbert Von Karajan (1971)
Dimanche 25 septembre 2011 sur Arte à 10H00 Chefs d’orchestre de demain, concours international de Besançon, 2009 : Demi-finale et finale
Dimanche 25 septembre 2011 sur Arte à 19H15 Concours international des jeunes chefs d’orchestre de Besançon. Palmarès 2011
Lundi 26 septembre 2011 sur Arte à 22H20 Joshua Bell, le violoniste nomade
Mardi 27 septembre 2011 sur France 2 à 00H30 Ballet. Centenaire des Ballets Russes. Shéhérazade, Daphnis et Chloé. Les Ballets de Monte Carlo, Monte Carlo 2011
Le site Operabase vient de rendre publique une série de statistiques sur l’opéra dans le monde. On y trouve notamment le nombre de représentations par ville pour une saison, ce qui permet d’évaluer l’importance culturelle selon les pays. L’analyse de ces chiffres conduit à identifier treize pays qui représentent près de 82% des spectacles d’opéras au monde.
Ils sont retenus sur un critère quantitatif et historique, mais non qualitatif, etsont classés en fonction de l’importance de l’opéra dans leur culture, du plus populaire au plus élitiste.
* Cet article a été mis à jour en 2016 pour y intégrer la Hongrie suite à la réouverture du Théâtre Erkel, puis en 2020 pour prendre en compte les statistiques des années 2015 à 2019.
L’opéra, art européen
Chaque année, plus de 26000 représentations d’opéras ont lieu dans le monde. Cet art musical, vocal et théâtral marque l’apogée culturelle de l’Europe, ce qui induit naturellement une prépondérance de ces représentations sur le vieux continent à hauteur de 87%. Par ailleurs, les États-Unis, le Canada et l’Australie lèvent le rideau sur 10% des représentations, et il ne reste donc plus que 3% de spectacles d’opéras dans le reste du monde, c’est-à-dire l‘Asie, l‘Amérique du Sud, le Moyen Orient, l‘Afrique.
L’opéra, art inhérent à la culture germanique
L’Allemagne
Cela paraît difficile à croire, mais avec 83 millions d’habitants, l’Allemagne concentre à elle seule 31% des représentations d’opéras dans le monde, soit une sur trois.
Berlin en offrent 600, Hambourg, Dresde, Munich en présentent 350 chacune tous les ans, et 60 autres villes proposent plus de 50 représentations.
Staatsoper Unter den Linden (Berlin)
Il s’agit d’un héritage culturel unique, issu aussi bien de l’histoire politique de ce pays, qui fut morcelé en 350 principautés jusqu’au XIXème siècle, que de sa recherche d’une identité propre résolue par l’essor du Théâtre national allemand, le Singspiel, et par son importante tradition symphonique. A l’origine, ce sont les réunions de maîtres-chanteurs, dont le plus connu est Hans Sachs, qui diffusèrent l’art du poème lyrique dès le XIVème siècle .
Par la suite, en 1678 à Hambourg, le premier opéra populaire ouvrit ses portes, acte de progrès qui rendait accessible au plus grand nombre l’art lyrique. Puis, au milieu du XVIIIème siècle, l’opéra de cour se développa avec le soutien de Frédéric le Grand, monarque éclairé et passionné de musique.
On dénombre aujourd’hui plus de 130 orchestres professionnels, les plus reconnus étant le Staatskapelle de Dresde, le Philharmonique de Berlin et l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise.
L’Autriche
L’histoire musicale de l’Autriche, sol natal de Mozart, Haydn, Berg et Zemlinsky est profondément liée à celle de ses voisins allemands, et l’opéra de cour y est né avant l’Allemagne, à Vienne, dès le milieu du XVIIème siècle.
L’enjeu de la suprématie culturelle, en concurrence avec les Allemands et les Tchèques, a conduit ce territoire peuplé de près de 9 millions d’habitants à devenir riche d’une capitale, Vienne, capable de proposer 600 représentations par an, et de 6 autres villes (Innsbruck, Salzburg, Linz, Graz, Baden bei Wien et Klagenfurt) qui dépassent largement les 50 représentations.
Staatsoper de Vienne
La Suisse
Influencée par ses voisins Allemands et Autrichiens, la Suisse reprit l’héritage des Maitres-chanteurs, et des cercles d’amateurs de musique s’organisèrent dès le XVIIIème siècle. Nombre de musiciens allemands s’y sont installés, comme Richard Wagner qui fut contraint à l’exil après l’échec de la révolution de Mars. Il débuta à Zurich la composition de l’Anneau du Nibelung, et l’interrompit pour créer Tristan et Isolde. Aujourd’hui, la ville la plus peuplée de Suisse propose plus de 200 représentations par an, et 5 autres villes, Bâle, Genève, St Gallen, Bern, Lucerne en offrent plus de 50. On dénombre une trentaine d’orchestres, dont l'Orchestre de la Suisse romande, l'Orchestre de la Tonhalle, l'Orchestre de Chambre de Zurich, l'Orchestre de Chambre de Bâle et l'Orchestre Symphonique de Bâle.
Avec plus de 17 millions d’habitants, la Suisse et l’Autriche réunies montent 9% des spectacles d’opéras, soit la plus forte concentration de représentations au monde.
La popularité de l’opéra en Tchéquie, Hongrie , Slovaquie, Suède
Deux pays slaves, un pays magyar et un état scandinave sont les pays non-germaniques où l’art lyrique conserve une très grande popularité.
La Tchéquie
Importance cité culturelle, Prague est passée au XVIème siècle de l’influence allemande à l’influence autrichienne. La musique a pris une place prépondérante dans la culture thèque durant cette période, mais c’est véritablement au XIXème siècle qu’elle devient une valeur capable d’unir la nation. Alors qu’Allemands et Tchèques se partageaient le Théâtre des Etats, où Mozart créa Don Giovanni, deux nouveaux théâtres furent construits à quelques années d‘intervalle, Le Théâtre National (1881) et le Nouveau Théâtre Allemand (1888). Des compositeurs comme Martinu, Smetana, Dvorak et surtout Janacek ont forgé une tradition musicale tchèque en moins d’un demi siècle.
Théâtre des Etats (Prague)
Aujourd’hui, Prague offre plus de 300 représentations d’opéras par an, et Brno et Ostrava près de 100 représentations.
La Hongrie
Autre pays se cherchant une identité musicale, la Hongrie vit naître son propre opéra national lorsque le compositeur Ferenc Erkel créa en 1840 son premier opéra, « Batori Maria », tiré d’une pièce populaire d’Andras Dugonics. Son épopée magyare, « Bank ban (1861) », est ainsi toujours au répertoire
C'est en 1884 que l'Opéra d’Etat Hongrois de Budapest ouvrit ses portes au public dans un magnifique bâtiment néo-renaissance. Puis, en 1911, une grande salle dédiée au peuple « Nepopera » fut construite en 9 mois, et fut intégrée à l’Opéra d'Etat en 1951 sous le nom « Théâtre Erkel ».
Théâtre d'Etat Hongrois (Budapest)
Cette salle de 2400 places, fermée en 2007, est ré-ouverte depuis 2013, ce qui permet à Budapest de proposer plus de 300 représentations par an dans ses deux Opéras, auxquelles s’ajoutent plus de 50 représentations d’Opérettes au Budapesti Operettszínház.
Deux autres villes, Miskolc et Szeged, proposent près de 50 représentations chacune.
La Slovaquie
Au croisement des influences allemande, autrichienne, hongroise et tchèque, la Slovaquie est un point de convergence multiculturel. Beethoven, Schubert, Mozart, Haydn, Bartok se sont rendus à Bratislava (anciennement Presbourg). Depuis 2007, un nouvel Opéra a ouvert dans la capitale. On peut écouter 110 représentations à Bratislava (425.000 habitants), 50 à Banska Bystrica et Kosice.
La Suède
L’opéra s’est épanoui en Suède dans les années 1770, sous Gustave III. Il fonda une compagnie d’opéra suédoise, et Stockholm se dota d’un théâtre lyrique en 1782. Cette période faste fut malheureusement interrompue par l’assassinat du roi , source d’inspiration de Verdi dans Un Bal Masqué. En 1870 on voit apparaître une école nationale, influencée par l’école allemande. Depuis, la Suède a apporté un nombre incomparable d’interprètes (Birgit Nilsson, Jussi Björling, Astrid Varnay, Nicolai Gedda, Anne Sofie von Otter, Nina Stemme, Peter Mattei …) malgré l’effectif modeste de sa population. A Stockholm, près de 220 représentations d’opéras sont jouées, et on peut entendre plus de 50 représentations à Göteborg et Malmö.
Avec seulement 36 millions d’habitantsau total, la Tchéquie, la Hongrie, la Slovaquie et la Suède montent plus de 7% des spectacles d’opéras du monde. Dans ces quatre pays, les interprètes sont très majoritairement des artistes nationaux.
L’Opéra en Italie et en Pologne
L’importance historique de l’opéra en Italie et en Pologne assure une présence culturelle significative à l’art lyrique dans ces deux pays, répartie dans bon nombre de villes importantes.
L’Italie
C’est en Italie, à Florence et Venise, que l’opéra est né à la fin du XVIème siècle. Il s’est diffusé dans toute l’Europe par la suite. Vint l’occupation autrichienne, la création de la Scala de Milan en 1778, puis l’unification définitive du pays en 1870. C’est un compositeur d’opéra, Giuseppe Verdi, qui incarne les aspirations du peuple à une nation italienne. Bien que depuis une dizaine d’années on observe un affaiblissement culturel significatif en Italie, l’opéra constitue le lien, fragile mais bien vivant, d’un pays qui menace de se fracturer. Preuve en est que plus de 80% des ouvrages représentés sont ceux de compositeurs italiens, Verdi, Puccini et Rossini principalement.
La Fenice (Venise)
La Scala de Milan, une des salles les plus prestigieuses au monde, propose 120 représentations par an, et 12 autres villes italiennes offrent plus de 50 représentations, Venise, Rome, Florence, Naples, Palerme et Turin en particulier
La Pologne
C’est à Ladisla IV que la Pologne doit la découverte de l’opéra italien dans les années 1627-1628, bien avant la France ou l’Angleterre. Une salle sera ouverte au Palais Royal de Varsovie, mais la capitale polonaise n’aura droit à son Grand Théâtre qu’en 1833, alors que celui de la ville de Wroclaw existe depuis 1755 (renommé Théâtre Royal depuis 1795). Plusieurs opéras y seront d’ailleurs représentés très peu de temps après leur création mondiale comme Fidelio, Le Barbier de Séville ou Der Freischütz.
En 1910, les Allemands confient à l’architecte munichois Max Littmann la construction d’un opéra à Poznan. La majorité des ouvrages y sont donnés aujourd’hui en langue polonaise.
Opéra de Cracovie
Ainsi, Varsovie, Wroclaw offrent plus de 100 représentations par an, et Poznan, Cracovie, Bydgoszcz, Lodz, Bytom et Gdansk plus de 50.
Avec près de 100 millions d’habitants réunis, la Pologne et l’Italie montent au total plus de 10% des représentations d’opéras.
Le rayonnement culturel des capitales de France et d’Angleterre à travers l’Opéra
Comme en Italie et en Pologne, l’importance historique de l’opéra en France et en Angleterre assure une présence culturelle significative à l’art lyrique dans ces deux pays, mais à la différence qu’elle se concentre dans les deux capitales.
La France
D’abord affaire de cour où ballets et somptueux décors primaient sur la musique, l’opéra atteignit son apogée à Paris au XIXème siècle quand la bourgeoisie triomphante ne voulut plus que s’amuser. Puis l’importance lyrique de la capitale amorça un déclin jusqu’à ce que soit envisagée la fermeture de l’Opéra Garnier à la fin des années 1960.
Le renouveau vint avec l’ère Rolf Liebermann (1973-1980), et surtout avec l’élection historique de François Mitterrand qui fit construire l’Opéra Bastille.
En province, l’essor lyrique est également très récent, avec la création de nouvelles salles comme à Montpellier (1990) ou Lyon (1993).
Après une nette volonté d'ouverture au plus grand nombre sous Hugues Gall et Gérard Mortier, l’Opéra de Paris mise maintenant sur le rayonnement médiatique, et se recentre sur la demande d'un public aisé.
Opéra Bastille (Paris)
On dénombre 35 orchestres en France, à comparer aux 130 orchestres qui résident en Allemagne.
L’Opéra est un art qui concerne Paris en premier lieu si bien que la capitale offre près de 400 représentations par an, et seules les villes de Lyon, Marseille, Strasbourg et Toulouse proposent plus de 50 représentations en province.
L’Angleterre
Comme en France, l’Opéra concerne surtout la capitale. Dès 1732, le Théâtre Royal fut inauguré sur le site de Covent Garden, dévolu pendant plus d’un siècle à l’opéra italien. C’est au XXème siècle que l’Angleterre trouve en Benjamin Britten un compositeur moderne emblématique. Il sera aussi le fondateur de plusieurs institutions lyriques nationales. Il existe 6 orchestres londoniens : le London Symphony Orchestra, le BBC Orchestra, le Philharmonia Orchestra, le London Philharmonic Orchestra, le Royal Philharmonic Orchestra, et l‘Orchestra of the Age of Enlightenment. Par ailleurs, l’English National Opera monte les opéras du répertoire mondial en langue anglaise.
Londres propose plus de 500 représentations par an, et seuls Leeds et le festival de Glyndebourne représentent plus de 50 ouvrages.
Avec près 135 millions d’habitants au total, la France et l’Angleterre représentent 9% des spectacles d’opéras du monde.
L’Opéra, valeur élitiste aux Etats Unis et en Russie
La Russie
Avec 145 millions d’habitants, la Russie ne représente que 7,5% des spectacles d’opéras joués dans le monde. L’art lyrique y est également considéré comme une culture élitiste, le miroir d’une grandeur qui s’acheva il y a un siècle.
C’est Catherine II qui favorisa la diffusion de l’opéra italien en Russie. Par décret, le Grand Théâtre en pierres fut édifié en 1783 à Saint Pétersbourg pour devenir le Bolchoi Kamenny Theatre le siècle suivant. C’est en 1859 que le Théâtre Mariinski est créé juste en face. Il y accueille depuis toutes les représentations d’opéras.
A Moscou, la troupe du Bolchoï acquit le théâtre Petrovsky en 1780, à l’emplacement duquel sera construit le Théâtre du Bolchoï en 1825.
Mais on vit aussi apparaître en province, à la fin du XVIIIème siècle, des théâtres serviles appartenant à des aristocrates. Certain serfs deviendront même des interprètes ou des compositeurs pour ces théâtres. Puis les grandes villes se dotèrent de salles privées.
La Russie n’échappa pas au besoin de se trouver une identité musicale. Glinka et Dargomyzsky en furent les initiateurs, mais c’est Moussorgsky qui y arriva avec Boris Godounov, suivi par les contes fantastiques de Rimsky Korsakov et le lyrisme de Tchaïkovsky.
A partir de la révolution de 1917, l’opéra fut récupéré à des fins de propagande.
Aujourd’hui, Moscou et St Petersburg sont de loin les deux capitales lyriques de la Russie en proposant respectivement plus de 600 et 500 représentations par an. Mais les théâtres de Ekaterinburg, Novossibirsk, Voronezh, Saratov ou Rostov-on-Don offrent plus de 50 représentations lyriques par an.
Les États-Unis
Avec 330 millions d’habitants, les États Unis ne représentent que 7,5% des spectacles d’opérasjoués dans le monde. L’art lyrique est y considéré comme une culture très élitiste en marge de la culture populaire.
Lorsque nombre d’artistes européens émigrèrent à New York pendant les deux guerres mondiales, la ville connut un essor culturel exceptionnel.
New York MET
Néanmoins, la crise financière de 2008 a eu des conséquences sur la programmation lyrique, et même le MET a du réduire le nombre de représentations et de nouvelles productions.
On peut toutefois entendre plus de 300 représentations sur l’ile de Manhattan, mais également plus de 50 représentations à Chicago, San Francisco, Houston, Los Angeles, Philadelphie et Washington.
Par ailleurs, trois des dix meilleurs orchestres du monde sont américains, le Chicago Symphony Orchestra , le Cleveland Orchestra et le Boston Orchestra.
Carmen (Georges Bizet) Représentation du 15 août 2011 Soirées Lyriques de Sanxay
Carmen Géraldine Chauvet Micaëla Asmik Grigorian Don José Thiago Arancam Escamillo Alexander Vinogradov Frasquita Sarah Vaysset Mercédès Aline Martin Zuniga Jean-Marie Delpas Moralès Florian Sempey Le Dancäire Philippe Duminy Le Remendado Paul Rosner
Direction Musicale Didier Lucchesi Mise en scène Jack Gervais Chorégraphie Carlos Ruiz
Thiago Arancam (Don José)
Depuis douze ans, le festival de Sanxay mène toujours vaillamment son existence champêtre dans le creux protecteur des vieux gradins du théâtre gallo-romain, qu’une herbe bucolique adoucit. Mais nulle couverture médiatique nationale ne semble pour l’instant s’intéresser régulièrement à la vie de ce lieu qui ne se prête, il est vrai, à aucune mondanité. On y accède par de petites routes, à travers la campagne légèrement vallonnée, ce qui rend l’évènement encore plus improbable. Le public provient très majoritairement de la région, et l’ambiance s’en ressent, relâchée et parsemée d’humour.
En harmonie avec cet esprit, on ne s’attend pas ici à des mises en scène novatrices, mais plutôt à découvrir des images charmantes au fil des différents tableaux.
Pour décrire l’univers de Carmen, Jack Gervais n’a disposé que deux éléments de décor significatifs, trois arcades en briques rouges et pierres blanches distinctifs de l’architecture arabe, et les burladeros de l’arène finale où s’achève le drame. Il était cependant superflu de faire apparaître les refuges à matador dès le prélude, car cela introduit une rupture dans la transition musicale avec la première scène, le temps de les retirer.
Par la suite, on découvre un sens de l’animation classique, des costumes agréablement colorés, des éclairages qui isolent les moments sombres, et un grand feux, en apparence dangereux, que Micaela devra traverser pour retrouver Don José.
Géraldine Chauvet (Carmen)
L’idée originale repose essentiellement sur les danseuses et danseurs de flamenco, leur attitude impeccablement acérée, meneurs d’une chorégraphie exaltante et intense, que le jeune Carlos Ruiz a réglée pour caractériser la personnalité de Carmen au début de chacun des trois derniers actes, âme surtout ‘dominante’ comme on le comprend bien.
C’est l’influence arabo-musulmane dans la culture andalouse et la musique de Bizet qui est ainsi soulignée.
Pourtant, Géraldine Chauvet n’enferme pas la cigarière sévillane dans un tempérament sanguin.
Son interprétation claire et soignée, presque trop bien tenue si l’on ne décelait quelques inflexions étranges dans les graves, est l’esquisse d’une femme consciente d’elle-même et de son pouvoir de séduction, mais quelque peu indifférente à Don José.
On pourrait le comprendre car Thiago Arancam est plutôt un acteur timide sur scène. Le ténor brésilien ne peut évidemment se départir de son accent naturel, mais il manie la langue française avec la meilleure des précautions possible.
Et, alors que la beauté du désespoir de ‘La fleur que tu m’avais jetée’ a soudainement donné de l’épaisseur à ses sentiments, c’est au tout dernier acte qu’il est apparu avec une noirceur dépressive théâtralement forte, le gouffre dans le regard, comme s’il exprimait une vérité qui le dépasse. Un effet dramatique qui a de quoi marquer.
Asmik Grigorian (Micaëla)
Sacrifiant également à la précision des mots, Alexander Vinogradov offre cependant un portrait d’Escamillo jovial et heureux, sans le moindre machisme, avec de très beaux effets de déroulés et d’enlacements des lignes musicales, alors qu’Asmik Grigorian s’éloigne de l’image traditionnelle de vierge Marie dévolue à Micaëla, pour en faire une femme qui prend son destin en main, avec risque et passion si cela est nécessaire.
Elle nous éloigne pour autant de l’écriture subtile de Bizet, et use d’effets véristes pour arriver à ses fins.
Alexandre Vinogradov (Escamillo)
Tous les seconds rôles animent naturellement leurs personnages, Sarah Vaysset, Aline Martin, Philippe Duminy, Paul Rosner, et Jean-Marie Delpas, impeccable de phrasé.
Alors que l’année dernière Marianne Crébassa avait interprété avec raffinement le rôle maternel de Clotilde dans Norma, c’est au tour de Florian Sempey, lui aussi tout juste entré à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, de s’exposer sur la scène de Sanxay.
Très à l’aise, le timbre de la voix chaleureusement homogène, le regard malicieux et prodigue en mimiques amusantes, il vit et interagit en permanence avec ses partenaires, même lorsqu'il ne chante pas. Les jeunes talents de Nicolas Joel ont comme le charme d’un printemps lyrique en eux.
Florian Sempey (Morales)
Chef attitré du festival, Didier Lucchesi n’a aucun mal à faire ressortir toute la poésie de l’écriture musicale et des sonorités de chaque instrument qui se mêlent au chant nocturne de la nature. Il obtient des violons une texture aérée et des motifs ondoyants raffinés, mais reste mesuré face aux impulsions théâtrales, au profit d’une sagesse toute orientale. Il a semblé faire ressortir certaines lignes plus marquantes que d’habitude, notamment quand la personnalité forte de Carmen plonge Don José dans un trouble inquiétant.
Les choristes font bonne figure, les particularismes des timbres se distinguent nettement, les décalages sont perceptibles, ce qui fait naître un charme populaire, plutôt qu’un grand souffle lyrique. Les nombreux enfants venus de toute la région, et qui affrontent les regards des spectateurs de face, au premier plan, font une très belle et touchante interprétation dont ils peuvent être heureux pour la vie.
Choeur des enfants à l'entrée des arènes (acte IV)