Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Demofoonte (Jommelli)
Représentation du 13 juin 2009 (Palais Garnier)
Direction musicale Riccardo Muti Orchestra Giovanile Luigi Cherubini
Mise en scène Cesare Lievi
Demofoonte Dmitry Korchak
Dircea Maria Grazia Schiavo
Timante José Maria Lo Monaco
Matusio Antonio Giovanni
Creusa Eleonora Buratto
Cherinto Valentina Coladonato
Adrasto Valer Barna-Sabadus
Maria Grazia Schiavo, Riccardo Muti, José Maria Lo Monaco
Il est un peu ridicule de comparer la musique de Jommelli à celle de Mozart (près d‘un demi siècle d‘écart), car c’est avec le point de vue de l’archéologue qu’il faut aller écouter cet ouvrage, et y déceler ce qu’il peut contenir comme constructions harmoniques stimulantes encore aujourd’hui, et surtout pour le siècle de création (1743).
Il est un peu ridicule de comparer la musique de Jommelli à celle de Mozart (près d‘un demi siècle d‘écart), car c’est avec le point de vue de l’archéologue qu’il faut aller écouter cet ouvrage, et y déceler ce qu’il peut contenir comme constructions harmoniques stimulantes encore aujourd’hui, et surtout pour le siècle de création (1743).
D'autant plus que ce Demofoonte est prétexte à un déferlement de sentiments exprimés par des airs étendus, et soutenus par une distribution féminine forte.
Quatre femmes, toutes émotionnellement investies, qui rendent vivants autant que possible Timante - José Maria Lo Monaco lui donne les couleurs et la douleur de celui qui pourrait être le futur Idamante de Mozart-, Dircea - Maria Grazia Schiavo vit sa spontanéité en mélangeant les caractères d’une Suzanne et d’une Fiordiligi -, Creusa - Eleonora Buratto ennoblit expression corporelle et vocale avec une luminosité qui en ferait une Despine luxueuse, Cherinto - Valentina Coladonato sensibilise son chant au point de lui donner un naturel poignant avec ce petit plus d’un bel éclat dans l’aigu.
Les hommes touchent beaucoup moins, Dmitri Korchak impressionne tout de même au second acte à travers un air violent et puissant auquel il ne cède rien.
Eleonora Buratto (Creusa)
Il peut paraître comme cela un peu placide Riccardo Muti - nous lui excusons cette manière solennelle de se faire désirer au début de chaque acte - mais il est le support indispensable à ce spectacle, non seulement par la manière de donner un mélange de rigueur et de gestes caressants aux musiciens, mais aussi par l’accroche que l’on peut lire dans le regard des chanteurs. Il est clairement le maître du plateau.
La mise en scène se distingue par un décor de colonnes orientées dans toutes les dimensions, aussi extravagant que le livret - une histoire où le fils de Demofoonte et la fille de Matusio vont se révéler être des enfants échangés à chaque parent, ce qui permet de lever une malédiction qui obligeait le Roi à sacrifier des jeunes filles chaque année.
José Maria Lo Monaco (Timante)
Le niveau théâtral est d’époque, ce qui n’aide pas à prendre tout cela au sérieux, mais même Gerard Mortier n’aurait pu faire accepter au chef italien de diriger un opéra dans une mise en scène à la Emilio Sagi.
Cyrano de Bergerac (Franco Alfano 1875-1954)
Représentation du 31 mai 2009
Théâtre du Châtelet
Cyrano Placido Domingo
Roxane Nathalie Manfrino
Christian Saimur Pirgu
De Guiche Marc Labonnette
Ragueneau Laurent Alvaro
Carbon Franco Pomponi
La Duègne Doris Lamprecht
Direction musicale Patrick Fourmillier
Orchestre symphonique de Navarre
Mise en scène Petrika Ionesco
Placido Domingo (Cyrano de Bergerac)
Nul doute que le talent à animer un plateau envahi par des dizaines de figurants est ce que nous admirons le plus dans la nouvelle mise en scène de Petrika Ionesco, du véritable film de cape et d’épée.
Décors assez imposants, l’immense ouverture du ténébreux couvent des Dames de la Croix est comme la vie vaincue par la mort, c’est la scène du balcon, plus sobre et soigneuse éclairée, qui séduit le plus.
Placido Domingo (Cyrano)
Avec une force émotionnelle exceptionnelle, Placido Domingo nous tire au bord des larmes, cette manière de déclarer son amour par procuration à Roxane - il est l’ombre, elle est la lumière - alors que la musique d’Alfano tire sur le mélo, est une épreuve irrésistible pour le spectateur.
Et ce n’est rien quand plus loin il avoue la lassitude du poids de son amour inexprimé.
Mais il est aussi vaillant, la puissance de ses éclats de voix sonne comme un avertissement et une défiance, cette énergie improbable fascine.
Placido Domingo (Cyrano) et Nathalie Manfrino (Roxane)
Et Nathalie Manfrino est tout simplement un ange un peu espiègle, doué d’une musicalité qui résiste aux hauteurs de la tessiture sans perdre aucune couleur, et d’effets fuyants absolument magnifiques.
En support de tout cela, le très sympathique Patrick Fourmillier s’évertue à faire vivre la partition avec souffle et élégance, une musique que l’on pourrait rapprocher de celle de Cilea - Adrienne Lecouvreur évidemment - sans leitmotiv marquant.
Le couple principal nous fait un peu oublier les autres partenaires, mais la situation est trop unique.
Ce défi au temps (et Placido Domingo projetterait de revenir au Châtelet en 2011 pour ses 70 ans dans Luisa Fernanda) touche une part profonde en nous même, et cela nous ne l’oublierons pas.
La demi-heure de rappels au rideau final non plus.
Lundi 01 juin 2009 sur Arte à 19H00
Le Freischütz (Carl Maria von Weber)
En direct de Baden Baden
Mise en scène Robert Wilson. Direction Thomas Hengelbrock
Lundi 01 juin 2009 sur Arte à 22H05
La Pathétique de Tchaïkovski (2006)
Dimanche 07 juin 2009 sur Arte à 19H00
Valery Gergiev dirige Glinka, Berlioz, Liszt, Strauss
Au début du mois de décembre 2007, le théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg inaugurait une nouvelle salle de concert de 1.000 places, aménagée dans les anciens ateliers de décors, partiellement détruits lors d'un incendie en 2003.
Lundi 08 juin 2009 sur TF1 à 02H10
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
Erik Satie, Offenbach, Dukas, Chopin.
Lundi 08 juin 2009 sur Arte à 22H00
Musica. Lucinda Childs, chorégraphe Samedi 13 juin 2009 sur France 3 à 00H15
Concert aux Invalides, Fête de la Musique 2008
Avec Magali Léger et Béatrice Uria Monzon
Dimanche 14 juin 2009 sur France 3 à 01H05
Le Château de Barbe-Bleue (Bela Bartok)
Opéra National de Paris, avec Willard White et Béatrice Uria-Monzon.Direction Gustav Kuhn.
Dimanche 14 juin 2009 sur France 3 à 02H10
Le Journal d'un disparu (Leos Janacek)
Opéra National de Paris, avec Michael König et Hannah Esther Minutillo. Direction Gustav Kuhn.
Lundi 15 juin 2009 sur TF1 à 02H10
Joseph Merrick dit "Elephant Man"(Laurent Petitgirard)
Avec Jana Sykorova et Nicolas Rivenq. Direction Laurent Petitgirard.
Samedi 20 juin 2009 sur le site internet d'ARTE et de l'Opéra de Paris à 20H00
Le Roi Roger (Szymanowski)
En direct de l'Opéra Bastille avecMariusz Kwiecien,Olga Pasichnyk, Eric Cutler, Stefan Margita. Direction musicale Kazushi Ono, Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Samedi 20 juin 2009 sur France 3 à 20H30
Spécial Fête de la musique. Soirée Jacques Offenbach, en direct des Invalides à Paris
Présentée par Alain Duault, soirée spéciale pour la Fête de la Musique en direct de la cour du Dôme de l’Hôtel national des Invalides (côté place Vauban).
Dimanche 21 juin 2009 sur France 3 à 00H05
Natalie Dessay : Lucia di Lammermoor à Paris (2006)
Dimanche 21 juin 2009 sur Arte à 19H00
Opéra. Giuseppe Verdi: Falstaff. Vladimir Jurowski, direction. 75è Festival de Glyndebourne, juin 2009
Enregistré au Festival de Glyndebourne
Direction musicale: Vladimir Jurowski
Mardi 23 juin 2009 sur France 3 à 04H45
Natalie Dessay : Lucia di Lammermoor à Paris (2006)
Vendredi 26 juin 2009 sur France 3 à 22H55
L'Heure de Ruggero Raimondi
Dimanche 28 juin 2009 sur Arte à 19H00
Maestro. Nadja Michael, les métamorphoses d’une soprano
Lundi 29 juin 2009 sur Arte à 22H00
Musica. Anja Silja, soprano. Portrait documentaire. Anja Silja, le chant d´une vie
Proust ou les intermittences du cœur
Roland Petit
Représentation du 29 mai 2009 au Palais Garnier
Direction musicale Koen Kessels
Chorégraphie Roland Petit (1974)
Albertine Eleonora Abbagnato
Proust Jeune Benjamin Pech
Morel Josua Hoffalt
Monsieur de Charlus Simon Valastro
Saint-Loup Christophe Duquenne
Musiques de Camille Saint-Saëns, Renaldo Hahn, César Franck, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Ludwig van Beethoven, Richard Wagner
Daniel Stokes (Le violon) et Mathilde Froustey (Le piano)
Ce que propose Roland Petit avec "Les intermittences du coeur" est une oeuvre illustrative de scènes tirées du roman "A la recherche du temps perdu".
Selon la sensibilité de chacun, la succession de tableaux glisse sur l'âme, ou bien la happe.
Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)
Mélange de classicisme et de gestes subtilement humains, la première partie recèle plusieurs duo amoureux charmants, Le violon et le Piano, Albertine et Andrée, bien qu'un chorégraphe comme John Neumeier maîtrise mieux la fraîcheur et le naturel du sentiment si l'on se réfère par exemple aux enlacements de Aschenbach et de son amour de jeunesse dans "La Mort à Venise".
Sur ce monde joliment conventionnel, s'ouvre une grande fracture vers l'enfer proustien, selon la vision sociale de l'époque, où se mêlent hédonisme, recherche d'un idéal de beauté masculine, amour impossible.
Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)
La lutte entre Saint Loup et Morel s'appuie sur la gravité et la tension de l‘élégie du violoncelle (Gabriel Fauré). Il en émerge des figures symboliques, des oppositions et des résistances, des corps courbés comme des arcs avec force impressive. Les convolutions du coeur.
Au dernier tableau, l'ouverture de Rienzi annonce l'enterrement d'une période fausse et datée, élans épiques de la musique et hachures brutales des coups d'archers d'une part, grâce de la Duchesse de Germantes entourée de fantômes d'autre part, donnent une image assez belle de cette page qui se tourne.
Seulement était ce une raison pour ne pas rechercher plus de pureté dans l'interprétation musicale, gorgée de sonorités mais rarement délicates?
Pilobolus Dance Theater
Représentation du 21 mai 2009
Théâtre Royal de Parme
Tsu Ku Tsu musique Leonard Eto Pseudopodia musique Moses Pendleton, Jonathan Wolken Gnomen musique Paul Sullivan Day Two musique Brian Eno, David Byrne and the Talking Head
Danseurs principaux : Josie M.Coyoc, Mark Fucik, Christopher Grant, Renée Jaworski, Roberto Olvera, Derek Stratton.
Avant de présenter succinctement le Pilobolus Dance Theater, quelques mots sur l’Opéra de Parme viennent immédiatement.
Une grande loge centrale ennoblie de rideaux de velours, une vingtaine de rangées au sol et cinq strates de loges intimes rendent possible l’accueil de plus d’un millier de spectateurs, ce qui situe la salle à un niveau comparable à la Fenice de Venise
Et comme dans tout théâtre italien, la vie grouille dans un incessant brouhaha, bien sages sommes nous en France.
Un moindre précipité, et des dizaines d’écrans s’illuminent, le contact avec l’extérieur est spontanément rétabli.
Mais rien ne permet d’expliquer l’écrasante majorité féminine, à 20 contre 1, inenvisageable à Paris, même pour de la danse…
Théâtre Royal de Parme
Ceci dit, les Parmesans découvrent le Pilobolus Dance Theater, compagnie américaine créée en 1971.
Structurée autour de six danseurs principaux, deux femmes et quatre hommes, la complexité de la sculpture musculaire de chacun des artistes s’offre à nous, chorégraphie construite sur des mouvements lents, la recherche d’équilibre, l’harmonie d’ensemble.
C’est une vision à la fois athlétique et érotique, toujours captivante.
Le plus beau passage, Gnomen, dans le climat saisissant de la musique stellaire de Paul Sullivan, est une émouvante démonstration de délicatesse et de confiance en l’autre, l’un des danseurs laissant les trois autres le porter pour prendre des postures stables dans les positions les plus instables.
Rien n’est tabou dans la manière de s’emparer du corps de l’autre, d'entrelacer bras et jambes, et Day Two est une célébration des formes les plus inimaginables. Une humanité vraie et essentielle.
Onéguine (John Cranko)
Représentation du 11 mai 2009
Opéra Garnier
Direction musicale James Tuggle
Chorégraphie John Cranko (1965)
Décors et costumes Jürgen Rose
Eugène Onéguine Manuel Legris
Tatiana Clairemarie Osta
Lenski Mathias Heymann
Olga Mathilde Froustey
Le Prince Christophe Duquenne
Entrée au répertoire du ballet de l’Opéra National de Paris.
Manuel Legris et Clairemarie Osta
Musique Piotr Ilytch Tchaïkovski (Les Saisons op. 37, Ouverture de Roméo et Juliette, Les Caprices d’Oxane, Romance pour piano op. 51, Ouverture de Francesca da Rimini)
Chaque interprétation d'une oeuvre, sous une forme nouvelle, comporte ses propres angles de vue.
Après la mise en scène de Dmitri Tcherniakov en septembre, détaillant avec une profondeur rare à l'opéra le personnage de Tatiana, la ballet de John Cranko ouvre le champ à Lenski et Onéguine.
Mathias Heymann (Lenski) et Mathilde Froustey (Olga)
Deux personnalités s'affrontent : la jeunesse éclatante et morale, face à l'âge mûr malhonnête et manipulateur. Mathias Heymann et Manuel Legris décrivent ces deux caractères avec une justesse flagrante.
C'est un plaisir de suivre l'aisance du tout nouveau danseur étoile, une attitude qui montre un esprit qui a les pieds sur terre, un regard éclatant et positif qui ne flanche que devant les provocations d'Onéguine.
Mathilde Froustey (Olga) et Mathias Heymann (Lenski)
On le voit porter Mathilde Froustey le long des ondes symphoniques en toute légèreté, puis s'humaniser lorsqu'il exprime son exaspération et son trouble avec des gestes forts, "mais à quoi tu joues?", "vous allez où comme cela?" semble t-il dire à sa fiancée et à son ami.
Sa scène de désespoir le laisse seul dans l'ombre, la joie s'éteint, les mouvements lents se posent avec notre regard sur le danseur.
Mathias Heymann (Lenski)
Aucun état d'âme en revanche pour Manuel Legris.
A quelques jours de ses adieux (encore une représentation le 15 mai), le voir lui même éliminer le tout jeune venu relève du cynisme le plus abouti.
Tout y est, la froideur, la distanciation dans les duos avec Clairemarie Osta, quelques raideurs, une noirceur terrible et sans doute un peu facile après le duel, quand il surgit à la manière d'un comte célèbre des Carpathes.
A l’instant de l’écriture de la lettre, et sous l’effet des illusions, Tatiana s’imagine en rêve dans les bras d’Onéguine, issu des reflets d’un miroir très précisément mis en scène.
Manuel Legris y est plus flamboyant, tendre, et Clairemarie Osta virevolte autour de lui par des accélérations vives et spontanées assez épatantes.
Manuel Legris (Onéguine)
Mais son personnage de jeune fille naïve se maintient, tout au long de l’intrigue, dans une description sans grand relief, jusqu’à la scène finale, où après un corps à corps très expressif avec son ancien amour, elle lui lance un geste qui dit bien ce qu’il signifie : « dégage! ».
Plus tard, un des élèves de John Cranko, John Neumeier, poussera encore plus loin un sens de la chorégraphie à la fois classique et passionné, et un sens du tragique qui néanmoins en reste ici au stade de l’épure.
A la tête d’une formation qui ne laisse aucun recoin disponible dans la fosse, James Tuggle harmonise la masse orchestrale dans les passages les plus sensuels de la musique de Tchaïkovski.
L'Affaire Makropoulos (Janacek)
Répétition générale du 02 mai 2009
Opéra Bastille
Direction musicale Tomas Hanus
Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Emilia Marty Angela Denoke
Albert Gregor Charles Workman
Jaroslav Prus Vincent Le Texier
Vítek David Kuebler
Krista Karine Deshayes
Janek Ales Briscein
Maître Kolenaty Wayne Tigges
Hauk-Sendorf Ryland Davies
Production créée en avril/mai 2007
Coproduction avec le Teatro Real
de Madrid
Angela Denoke (Emilia Marty)
Reprenons de manière simple la trame de cette affaire :
Au début du XVIIième siècle, une jeune femme, Elina Makropoulos, absorbe un breuvage qui rallonge pour des siècles sa vie.
Tous les 60/70 ans, elle doit changer d'identité, mais s’arrange pour conserver ses initiales.
Angela Denoke (Emilia Marty) et Charles Workman (Albert Mc Gregor)
En 1820, sous le nom de Elian Mac Gregor, Elina a un fils, Ferdinand (non reconnu officiellement), né de sa relation avec le baron Prus.
A la mort du baron, l'héritage est transmis à son cousin, jusqu'à ce qu'un dénommé Mc Gregor vienne réclamer sa part.
S'en suit un procès Mc Gregor/Prus qui va durer un siècle.
Au XXième siècle, Elina Makropoulos devient Emilia Marty, une célèbre chanteuse.
Impliquée dans l'affaire, Emilia Marty cherche à récupérer des documents auprès de l'avocat Koleanaty, puis de Jaroslav Prus, qui pourraient être la preuve de la filiation de Ferdinand Mc Gregor.
Angela Denoke (Emilia Marty)
Ils contiendraient également le secret de l’Elixir de vie.
Pour compliquer la chose, Albert Mc Gregor (le descendant) courtise Emilia, elle même prise en admiration par la jeune Krista dont le fiancé Janek, qui n'est autre que le fils de Prus, va finalement craquer pour cette artiste éternelle.
Même Jaroslav Prus est attiré par la chanteuse.
A l’exception de Paul Gay remplacé par David Kuebler en Vítek, la distribution qui avait si bien défendu l’ouvrage en 2007 est intégralement reconduite.
Angela Denoke s‘immerge tout autant dans la peau de la chanteuse (devenue actrice dans la mise en scène), avec ce quelque chose de glacial et d’acéré dans le regard, et avec une désinhibition totale devant le rôle provocant qu’elle doit tenir.
Vocalement, elle est éblouissante.
Il y avait bien des réserves pour son Fidelio à Garnier en novembre 2008, mais ici il faut imaginer un timbre galbé qui l’humanise tout en exprimant une sorte de gravité désespérée, des couleurs dorées, une ampleur impressionnante.
Karine Deshayes (Krista)
Chaque année, Karine Deshayes surprend d’avantage. Elle gagne encore en présence, en impact et sensualité vocale, une joie de vivre pleine de sincérité.
Il serait quand même temps de lui proposer de vrais premiers rôles. Et bien justement, sa Rosine dans la reprise du Barbier de Séville à l’automne prochain, va rendre nécessaire de se déplacer à Bastille.
Plus besoin de présenter le ténor Charles Workman. On est, ou l’on est pas, sensible à une voix qui suggère une âme emplie de mélancolie très identifiable.
C’est également un acteur rodé aux metteurs en scène chers à Gerard Mortier (Deflo, Engel, Warlikowski).
Vincent Le Texier (futur Jochanaan la saison prochaine), se démarque surtout par sa fermeté.
Pour Krzysztof Warlikowski, l’Affaire Makropoulos est une superbe occasion de projeter le mythe des grandes actrices du cinéma américain des années 30 à 60 sur le personnage d’Elina Makropoulos
L'espace scénique est une alternance entre un studio cinéma décoré de bakélite, et l'intimité des salles d'eau où se déroulent les échanges les plus forts entre les protagonistes.
Charles Workman (Albert Mc Gregor)
La Marilyn Monroe de « The seven Year Itch » (Billy Wilder 1955) se transforme en Rita Hayworth dans « Gilda » (Charles Vidor 1946), pour redevenir la Marilyn de « Something’s got to give » (George Cukor 1962) qui inspire la dernière scène où Emilia disparaît au fond d’une piscine.
Chaque acte est précédé de projections video contribuant aussi bien à l'immersion dans ce monde cinématographique qu'à la cohérence de cette transposition.
L'ouverture sur les images de Marilyn Monroe véhicule une merveilleuse nostalgie, alors que la descente pathétique du grand escalier par Gloria Swanson dans « Sunset Boulevard » (Billy Wilder 1950), aboutit sur le dénouement du dernier acte.
Angela Denoke (Emilia Marty)
Ces femmes, auxquelles hommes et femmes vouent un amour éternel, sont également objet d’un désir sauvage et animal.
Cet aspect primitif se retrouve dans la musique (l'emploi des timbales) et également dans tout le livret, « On se prend à flairer comme un animal sauvage, vous éveillez quelque chose d’effrayant. » cède Mac Gregor à Emilia Marty.
Ainsi, parmi les chefs d’œuvres du cinéma américain, vient s’incruster « King Kong » (1933), restitué sous forme d’un colossal buste, les yeux rouges de désir, et d’une main possessive d’où s’extrait Emilia.
Krzysztof Warlikowski ose toutes les scènes suggérant cette animalité ambiante (Mac Gregor reniflant les sous-vêtements de l’actrice).
Il y a bien le vieux Hauk-Sendorf, dans les bras duquel l'actrice retrouve une sincère affection, mais cette femme fascinante n'ayant pas réussie à être aimée pour elle même, laisse tomber son désir d'éternité qui l'a rendue malheureuse.
La jeune Krista, prête à l'imiter, ne récupère pas le secret de l'élixir, ce qui lui évitera les mêmes désillusions.
Sur le plan visuel, on remarque un soucis que le metteur en scène a à chaque fois qu’il monte ses pièces de Théâtre (en langue polonaise) : l’incrustation du texte sur le décor, qui permet à l’auditeur de suivre le fil sans détourner l’attention de la scène.
C’est toujours très réfléchi, mais à Bastille le dispositif semble souffrir d’un contraste insuffisant par rapport à la luminosité de la scène.
L'ensemble baigne dans les couleurs un peu metalliques que tire Tomas Hanus d'un orchestre dirigé vers un accord théâtral parfait.
Alors si l'on ne peut s'empêcher de faire des rapprochements entre la Salomé de Strauss et Elina Makropoulos, ne serait ce que par les allusions à sa perversité, il en va tout autant des phrases musicales, si souvent belles sous la baguette du chef tchèque, et si riches dans leur complexité.
Ce spectacle prodigieux, le plus beau résultat (en attendant le Roi Roger) de la confiance manifeste de Gerard Mortier envers un artiste doué, est une coproduction avec le Teatro Real de Madrid.
Dimanche 03 mai 2009 sur France 3 à 00H20
Marius et Fanny (Vladimir Cosma)
Avec Roberto Alagna, Angela Gheorghiu. Enregistré à l’Opéra de Marseille (2007)
Dimanche 03 mai 2009 sur Arte à 19H00
Maestro. Martha Argerich et Gidon Kremer. Souvenirs d´un concert particulier (décembre 2006, Philharmonie de Berlin)
Lundi 04 mai 2009 sur TF1 à 02H15 Rusalka (Dvorak)
Enregistré à Bastille en 2002 avec Renée Fleming, Sergei Larin. Mise en scène Robert Carsen. Direction James Colon.
Lundi 04 mai 2009 sur Arte à 22H30
Musica. Mario Lanza : un ténor à Hollywood Mardi 05 mai 2009 sur France 2 à 00H25 Un Bal Masqué (Verdi)
Avec Marcelo Alvarez, Angela Brown, Ludovic Tezier, Camilla Tilling. Mise en scène Gilbert Deflo. Direction Semyon Bychkov (Bastille Juillet 2007)
Dimanche 10 mai 2009 sur France 3 à 00H35
Zaïde (Mozart)
Avec Ekaterin Lekhina, Sean Panikhar, Alfred Walker. Direction Louis Langrée. Mise en scène Peter Sellars (2008)
Dimanche 10 mai 2009 sur Arte à 19H00
Maestro.Renaud Capuçon joue le Concerto pour violon de Korngold (2008)
Lundi 11 mai 2009 sur TF1 à 02H45
La Clémence de Titus (Mozart)
Avec Susan Graham, Catherine Naglestad, Hannah Esther Minutillo, Christoph Prégardien. Direction Sylvain Cambreling (Garnier 2006)
Mardi 12 mai 2009 sur France 2 à 00H25
Turangalila (Olivier Messian)
Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Myung-Whun Chung
Dimanche 17 mai 2009 sur Arte à 19H00
Programmation spécial Jospeh Haydn, bicentenaire (1732-1809). Harmoniemesse. Mariss Jansons, direction (2008, Waldsassen)
Lundi 18 mai 2009 sur Arte à 22H45
Programmation spécial Joseph Haydn, bicentenaire (1732-1809). Documentaire-portrait
Mardi 19 mai 2009 sur France 2 à 00H15
Le Voyage à Reims (Rossini)
Solistes du Théâtre Mariinski de Saint-Petersbourg. Direction Valery Gergiev.
Théâtre du Châtelet 2006
Dimanche 24 mai 2009 sur Arte à 19H00
Programmation spécial Joseph Haydn, bicentenaire (1732-1809). Concert enregistré dans la salle du Liederhalle de Stuttgart (octobre 2008): Haydn, le symphoniste. Symphonies n°1, 101... Sir Roger Norrington dirige le Radio-Sinfonieorchester Stuttgart du SWR
Lundi 25 mai 2009 sur Arte à 22H45
Programmation spécial Joseph Haydn, bicentenaire (1732-1809).
Orlando Paladino. René Jacobs, direction.
Opéra enregistré le 8 mai 2009 à l’Opéra de Berlin
Avec : Marlis Petersen, Pietro Spagnoli, Tom Randle, Magnus Staveland, Sunhae Im, Victor Torres, Alexandrina Pendatchanska
Dimanche 31 mai 2009 sur Arte à 19H00
En direct du Festival de Pentecôte de Baden-Baden.
Mozart et Schumann. Direction musicale : Thomas Hengelbrock
L’Orchestre Symphonique de Montréal
Concert du 28 Avril 2009 Salle Pleyel
Claude Debussy Nocturnes n°1 et n°2 Tan Dun Orchestral Theatre I:O Composé en 1990, révision en 2002
Créé en 2002 à Brisbane par l’Orchestre Symphonique National de Chine dirigé par Li Xincao Gustav Mahler Das Lied von der Erde
Direction Kent Nagano
En commençant par l’atmosphère impressionniste des Nocturnes n°1 et n°2 de Claude Debussy, l’Orchestre Symphonique de Montréal tient une occasion de démontrer la subtilité de ses qualités chromatiques.
Nous sommes face à un tissu de lumière que l’on va quitter assez rapidement pour gagner en profondeur au cours de la soirée.
Klaus Florian Vogt
Extrait de la tétralogie de Tan Dun, Orchestral Theatre I:O est même un formidable bond vers l’extrême Orient, les musiciens s’exclament, soupirent, les percussions animent et sculptent des formes fortes, d’un coup le tuba éjecte une langue rutilante qui disparaît pour laisser place à on ne sait quel motif que notre imagination y associe, tout cela sur un lit de cordes. Très étrange et captivant.
Mais c’est à un plus grand moment encore que nous invitent Kent Nagano, l’orchestre de Montréal et les deux formidables chanteurs que sont Klaus Florian Vogt et Christian Gerhaher.
On pouvait s’attendre à ce que le ténor allemand soit la voix de l’ange, le chant de la Terre de Gustav Mahler lui réserve des situations presque héroïques, qu’il domine sans peine dans une intacte clarté et un peu de superficialité.
Cependant, c’est au baryton Gerhaher qu’il échoit de porter la douceur de l’expression humaine.
D’une voix fabuleusement aérienne, il en fait une plainte d’amour d’une délicatesse qui affecte nos sentiments les plus forts.
Un Ballo in Maschera
(Giuseppe Verdi)
Représentation du 19 avril 2009
Opéra Bastille
Riccardo Ramon Vargas
Renato Ludovic Tézier
Amelia Deborah Voigt
Ulrica Elena Manistina
Oscar Anna Christy
Silvano Michail Schelomianski
Tom Scott Wilde
Direction musicale Renato Palumbo
Mise en scène Gilbert Deflo
Acte II : Deborah Voigt (Amelia)
La reprise du Bal Masqué qui débute à l'Opéra Bastille semble plutôt bien servir Verdi.
Ramon Vargas est bien plus intéressant ici que dans Luisa Miller, il connaît très bien le rôle de Riccardo, lui donne épaisseur, assurance et prestance, et en plus il chante cela avec beaucoup de style et de chaleur.
Il n'a même pas de problème de projection alors qu'il est annoncé souffrant.
Acte I premier Tableau : les conspirateurs parmi les membres du parlement.
Ludovic Tézier fait aussi des efforts pour s'approprier le personnage, et comme dans Werther, allège beaucoup sa voix ce qui rajeunit Renato.
Cela creuse un écart générationnel avec Deborah Voigt qui au contraire paraît vocalement plus âgée.
En fait cette grande voix spectaculaire est surtout taillée pour ne pas se laisser noyer par la direction vivante de Palumbo.
Ce dernier force sur le côté "marche militaire", et écrase trop souvent le son. C'est du Verdi, disons, très populaire.
Les solo instrumentaux sont bien mis en valeur.
Acte I deuxième Tableau : Elena Manistina (Ulrica)
Ce que fait Anna Christy est très lumineux avec des coloratures légères comme des plumes. Elena Manistina est franchement irréprochable, vénéneuse sans exagération, avec des injonctions agressives et un timbre parfois âpre.
Finalement, si Gilbert Deflo n'attend pas des chanteurs d'avoir des expressions scéniques crédibles (on peut entendre un chœur crier "horreur!" tout en restant de marbre), l'atmosphère macabre des différents tableaux (toujours sombre) est quand même juste, et l'idée du rituel vaudou bien pensée.
Le livret mentionne en effet, lors du bal du troisième acte, que les serviteurs sont noirs (l'esclavage est toujours de rigueur à cette époque), ce qui rend le rite créole pertinent chez Ulrica.
Acte III premier Tableau : Ludovic Tézier (Renato), Deborah Voigt (Amelia) et Anna Christy (Oscar)
Ce metteur en scène joue sur l'économie et la clarté, le décor présente avec élégance l'essentiel de chaque lieu sans superflu, les couleurs des costumes (rouge comme symbole vital de la sorcière, blanc pour l'innocence du page) caractérisent les protagonistes sans ambiguïté.
Cela donne une restitution cohérente de la version nord américaine du Bal Masqué (celle qui a toujours été jouée du vivant de Verdi).
Un impératif est alors de disposer de chanteurs possédant bien leur rôle pour animer le drame, car les consignes du directeur restent minimalistes et se limitent, en caricaturant à peine, à "regarde la salle!", "regarde ton partenaire!", "va t'asseoir!"...
Acte III troisième Tableau : le Bal Masqué
Le soin accordé au personnage d'Oscar, virevoltant à l'image de la légèreté du Comte, est heureusement absolument sympathique.