Publié le 1 Novembre 2008

Après cinq années à la direction de l’Opéra National de Paris, Gerard Mortier va laisser un bilan qui ne manquera pas d’alimenter des conversations sans fin sur les qualités artistiques de ses productions.

Il est alors intéressant de donner quelques éléments objectifs de comparaison avec son prédécesseur, Hugues Gall, non pas en comparant les noms des chanteurs, des chefs d’orchestres ou des metteurs en scènes - nous n’en sortirions pas - mais simplement en considérant les ouvrages programmés.

Hugues Gall a été le directeur de l’Opéra de Paris pendant 9 saisons de 1995 à 2004 alors que Gerard Mortier n’a eu que 5 ans pour déployer à marche forcée ses projets entre 2004 et 2009.
Chaque saison ,ce sont environ 20 ouvrages lyriques qui ont été proposés au public.



1. La diversité des ouvrages

En 9 ans, Hugues Gall a proposé 174 spectacles composés de 78 oeuvres différentes et représentatives de 36 compositeurs.

En 5 ans, Gerard Mortier a proposé 98 spectacles composés de 76 œuvres différentes et représentatives de 42 compositeurs.

Le directeur flamand aura donc, sur une période plus courte, monté autant d’ouvrages différents et fait connaître plus de compositeurs.

Gounod, Britten, Bizet, Gershwin, Lehar, Fenelon, Zemlinsky, Ravel, Manoury, Lachenman, Liebermann, Dusapin, Pintscher, Weill ont certes disparu avec Mortier.

Cependant Messiaen, Monteverdi, Gluck, Chostakovitch, Saariaho, Hindemith, Bartok, Charpentier, Halevy, Sciarrino, Haas, Dallapiccola, Stravinsky, Dukas, Boesmans, Beethoven, Jommelli, Szymanowski, Schoenberg et Smetana entrent ou reviennent au répertoire.

Un tel challenge aura eu tout de même un coût : l’augmentation du prix moyen des places de 20% en 5 ans.
Une première catégorie qui coûtait 114 euros en 2004, vaut en 2009 138 euros .
Il faut néanmoins relativiser car en 1999, la première catégorie est à 98 euros, soit 15% d'augmentation sur les 5 dernières années d'Hugues Gall.

Le mécénat joue un rôle très important, car en ayant augmenté son apport de 2.5 millions d’euros en 2003 à 7 millions d’euros en 2008, cela a permis d'éviter une augmentation de 10% supplémentaires du prix des billets.

2. L’Opéra du XVIIième et XVIIIième siècle

Gerard Mortier se dit le champion de l’Opéra contemporain.
Ce n’est pas pour autant qu’il aura délaissé le XVIIIième, voir le XVIIième siècle.
En effet, les deux premiers siècles de l’histoire de l’Opéra représentent 20% de la programmation aussi bien avec Mortier qu'avec Gall.

Mais alors que Gall ne connaît que Mozart, Rameau et Haendel, Mortier programme autant de Mozart et propose également Gluck, Monteverdi, Jommelli avec un peu de Haendel et de Rameau (mais juste un soupçon).

Orphée et Eurydice (Pina Bausch)

Paris dispose déjà du Théâtre des Champs Elysées et de l’Opéra Comique pour programmer de l’Opéra Baroque et classique ce qui ne rend pas impératif une augmentation de ce répertoire à l’Opéra de Paris.

Il est cependant mieux représenté qu’au Metropolitan Opera (15%).

3. L’Opéra du XIXième siècle

Mortier va donc commencer à faire des coupes dans l’Opéra du XIXième siècle.
Il ne représente plus que 45% de la programmation alors qu’avec Gall il culminait à 55%.

Bellini et Massenet se maintiennent avec un ouvrage chacun seulement, Bizet et Gounod disparaissent et Puccini (intermédiaire entre deux siècles) voit sa programmation réduire de moitié.
Seuls Donizetti (Lucia di Lammermoor, L’Elixir d’Amour) et Berlioz (La Damnation de Faust, Les Troyens, Roméo et Juliette) s’en sortent mieux.

En revanche, Verdi continue à représenter 15% du répertoire de l‘Opéra de Paris.

La très rare Luisa Miller et le Bal Masqué mis en scène par Gilbert Deflo font à nouveau leur apparition.

Simon Boccanegra, La Traviata, et peut être Macbeth, seront de nouvelles productions controversées.

Nabucco, Attila, Les Vêpres siciliennes et Falstaff ne sont pas repris et Aïda ne semble pas en mesure de faire son retour à Paris.

Par comparaison, le Metropolitan Opera représente excessivement ce répertoire (65%).
                                                                                      La Traviata (mise en scène Christoph Marthaler)

4. L’Opéra du XXième et XXIième siècle

L’opéra contemporain augmente donc logiquement sa représentativité avec 35% du répertoire (25% sous Gall).

C’est la consécration de Janacek (De la maison des morts, La Petite Renarde Rusée, Katia Kabanova, L’Affaire Makropoulos, Le Journal d’un disparu).
Prokofiev (L’Amour des 3 oranges, Guerre et Paix), Hindemith (Cardillac) se substituent à Ravel et Britten.

Cardillac (mise en scène André Engel)

Cardillac (mise en scène André Engel)

Toutes les productions de Richard Strauss par Hugues Gall sont reprises (Salomé, Capriccio, Ariane à Naxos, La Femme sans ombre, Le Chevalier à La Rose) auxquelles s’ajoute la nouvelle production d’Elektra.

Sont créées également Adriana Mater, Melancholia, Da Gelo a Gelo, Yvonne de Bourgogne.

Par comparaison, ce répertoire est représenté à hauteur de 20% au Metropolitan Opera.

5. L’Opéra Français

Si l’Opéra français représentait 25% de la programmation avec Gall, il n’est plus que de 15% ces 5 dernières années.

Saint François d’Assise, Iphigénie en Tauride, Louise, La Juive, Ariane et Barbe Bleue, Yvonne princesse de Bourgogne (création) et Werther ont tout de même droit à de nouvelles productions.

D’ailleurs, le nombre de compositeurs est plus diversifié avec Mortier que Gall (12 en 5 ans contre 14 en 9 ans).
Seulement mis à part Iphigénie et Louise, aucune production n’est reprise alors que Gall utilisait Bizet, Gounod, Massenet et Offenbach pour leur rentabilité.

L’Opéra français ne joue donc plus avec Mortier son rôle de moteur économique pour l’Opéra National de Paris.

Il se rapproche même du Metropolitan Opera où l’Opéra Français représente moins de 10% de la programmation.

6. L’Opéra Italien

L’Opéra italien se maintient avec 40% de la programmation, Gall en faisait un tout petit peu plus avec 45% des ouvrages.

En fait Puccini ne constitue plus un fond de roulement, mais L’Elixir d’Amour de Donizetti monté sur 3 ans avec 4 distributions différentes, restera assez étrangement une des productions marquantes du passage de Gerard Mortier à Paris.

Il faut souligner aussi que nous avons eu la meilleure distribution jamais vue et entendue dans Madame Butterfly (Liping Zhang, Marco Berti) mis en scène par Bob Wilson.

Ce répertoire est représenté au Metropolitan Opera à hauteur de 60% de la programmation.

7. L’Opéra Allemand

Avec 20% de la programmation, l’Opéra Allemand est figuré avec une constante régularité à l’Opéra de Paris depuis 15 ans.

Les productions de Strauss d’Hugues Gall sont nettement amorties par Gerard Mortier ce qui permet à ce dernier de s’offrir trois productions très coûteuses :

- Cardillac, transposé par André Engel dans les décors du Paris des années 30.

- Tristan et Isolde (représenté 3 fois en 5 ans) avec les très belles images de Bill Viola dont toutefois l’Opéra de Paris perdra les droits de diffusion fin 2008.

- Parsifal mis en scène par K.Warlikowski de manière réfléchie sur certains ressorts des rapports humains mais qui sans doute aurait voulu détailler encore plus sa mise en correspondance avec les faits réels. Sa reprise n’est pas du tout assurée.                                         Tristan et Isolde (Bill Viola - Peter Sellars)

On observe le même niveau de représentativité de ce répertoire au Metropolitan Opera (20%).

8. L’Opéra Slave

La langue Slave est donc mise à l’honneur avec 20% de la programmation (7% précédemment) même si Janacek est le véritable vecteur de ce répertoire.

La Petite Renarde Rusée (mise en scène André Engel)

La Petite Renarde Rusée (mise en scène André Engel)

Le nombre de compositeurs s’élargit (Chostakovitch, Szymanowski, Smetana, Bartok).
Les nouvelles productions de l’Affaire Makropoulos et du Château de Barbe Bleue se sont très nettement distinguées, Lady Macbeth de Mzensk (coproduction avec Amsterdam) et Le Roi Roger étant d’ailleurs très attendus.

Au Metropolitan Opera, le répertoire slave reste plutôt à un niveau de 8% de la programmation.

Olga Pasichnyk (Roxane) dans Le Roi Roger mis en scène par Krzysztof Warlikowski.

Olga Pasichnyk (Roxane) dans Le Roi Roger mis en scène par Krzysztof Warlikowski.

9. Les reprises et nouvelles productions

Alors qu’Hugues Gall programmait 7 nouvelles productions par an, Gerard Mortier a présenté entre 9 et 10 nouvelles productions par an.

Ce qui explique qu’en 5 ans nous ayons vu  autant d’ouvrages que pendant les 9 années précédentes.

Mais si le répertoire contemporain correspond à 30% des créations avec Gall, il est de 45% maintenant.

Malgré l’effort de Gerard Mortier pour privilégier les œuvres du XXième siècle, il paraît difficile d’en constituer un répertoire récurrent capable d’attirer le public autant que le répertoire du XIXième siècle. Cela aura au moins contribué à développer la sensibilité à ces nouveaux langages musicaux.

Le succès de la nouvelle production de Wozzeck par Christoph Marthaler (avec 17000 spectateurs) est remarquable, car obtenir un taux de remplissage de 90% est du jamais vu pour cette oeuvre (la production d'Hugues Gall n'atteignait pas 80%).

Le traitement des nouvelles productions d’opéras du XVIIIième et XIXième siècles est cependant bien plus polémique.
Gall n’a connu qu’un véritable échec artistique interdisant toute reprise : Idomeneo.
Les productions de Tristan,  Attila, Guillaume Tell et Les Vêpres siciliennes ne seront jamais reprises mais il y avait tout de même un intérêt à les monter.

Décors de Cosi fan Tutte (Patrice Chéreau)

Décors de Cosi fan Tutte (Patrice Chéreau)

Avec Mortier 15 nouvelles productions du XVIIIième-XIXième sont  susceptibles d’être régulièrement reprises :
Fidelio, La Juive, Werther, La Clémence de Titus, L’Elixir d’Amour, La Fiancée vendue, Un Bal Masqué, Roméo et Juliette, Luisa Miller, Macbeth, Orphée et Eurydice, Cosi fan Tutte, Les Troyens, Idomeneo, Tannhauser.
Il en aurait fallu plutôt 20 pour être à la hauteur des 35 créations de Gall reprises plusieurs fois dans ce répertoire.

Car Tristan et Isolde ne sera pas repris pour des questions de droits ainsi que vraisemblablement Don Giovanni (Haneke) (annonciateur d'un drame survenu récemment en Inde où des employés s'en sont pris mortellement à leur patron) et Parsifal (Warlikowski).

Iphigénie en Tauride, Les Noces de Figaro, La Traviata, d’une incontestable valeur théâtrale s’éloignent trop des goûts esthétiques d'une partie du public du Palais Garnier pour y revenir et sont, tout comme Don Giovanni, trop dépendants des qualités d‘acteurs des chanteurs et parfois même indissociables (C.Schäfer en Violetta-Piaf, P.Mattei-L.Pisaroni en cadres sup et doubles l'un de l'autre dans Don Giovanni).

Erika Miklosa (La Reine de la Nuit) dans la Flûte Enchantée de la Fura del Baus

Erika Miklosa (La Reine de la Nuit) dans la Flûte Enchantée de la Fura del Baus

Quand à la Flûte enchantée de la Fura dels Baus (coproduction avec la Ruhr Triennale et le Teatro Real de Madrid), son caractère iconoclaste ne devrait pas lui permettre de résister à la reprise de la production de Benno Besson.

En fait tout dépend de la capacité du futur directeur à reprendre des productions fortes, ne correspondant pas à ses goûts et portant la marque "Mortier", sachant que pourtant elles feront salle comble.

Simon Boccanegra (mise en scène Johan Simons)

Simon Boccanegra (mise en scène Johan Simons)

Il en va de même pour le Simon Boccanegra de Johan Simons, bien plus intéressant que la précédente production mais focalisé sur le politique au détriment de la poésie.

Enfin le magnifique Eugène Onéguine du Bolchoï n’était que de passage.

10. Vers un retour au traditionnel ?

La dernière saison du directeur Flamand s'est achevée sur deux consécrations des prix du Syndicat de la Critique : "Yvonne princesse de Bourgogne" a obtenu le prix de la "Meilleure création musicale", et "Lady Macbeth de Mzensk", le "Grand prix musique".

Quelques jours plus tard, le 01 juillet 2009, le conseil d'administration a félicité le directeur pour le record absolu de spectateurs lors de la saison 2008/2009 (800.000 spectateurs), le record de recettes de billetterie (48,3 Millions d'euros), de doublement du Mécénat (7,4 Millions d'euros), et un quadruplement du fond de roulement (44 Millions d'euros).

Car avec Gerard Mortier, l’Opéra de Paris aura connu un dynamisme stimulant qui l’aura momentanément sorti de la politique plus économiquement efficace, consensuelle et moins novatrice d’Hugues Gall (quoi que sur la deuxième partie de son mandat, l’ancien directeur s’était montré plus créatif ).

Le rééquilibrage entre répertoires des XIXième et XXième siècles est le fait le plus marquant (à New York, le rapport est de 1 à 3 en faveur du XIXième siècle).

L’institution est dorénavant dotée d’un budget artistique sans précédent.
Seulement le mécénat y contribue à hauteur de 15% et la vocation populaire de l'Opéra de Paris en est plus dépendante.

Parsifal (Krzysztof Warlikowski)

Parsifal (Krzysztof Warlikowski)

Sans doute le public amateur des ouvrages français du XIXième siècle aura été le plus déçu, bien que Gerard Mortier aura porté à l’affiche un nombre record de compositeurs du baroque au contemporain, il est vrai un peu au détriment du renouvellement du socle de productions traditionnelles conformes au goût d'une clientèle plus classique.

Nicolas Joël semble nommé pour cette tâche et il reste à savoir dans quelle mesure son image conservatrice va réellement s’exprimer.

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Publié le 1 Novembre 2008

Dimanche 02 novembre sur France 3 à 00H15
Louise (Charpentier)

Mireille Delunsch, Paul Groves, José Van Dam, Jane Henschel direction Sylvain CambrelingOpéra Bastille avril 2007

Dimanche 02 novembre sur Arte à 19H00
Concert. Gabriel Fauré: Requiem. Emmanuel Krivine, direction


Lundi 03 novembre sur TF1 à 02H30
Le Trouvère (Verdi)

Festival de Bregenz 2006. Avec Zeljko Lucic, Iano Tamar, Marianne Cornetti, Carl Tanner, Giovanni Batista Parodi, Orchestre Symphonique de Vienne, Thomas Rösner (direction), Robert Carsen (mise en scène), Paul Steinberg (décor)

Mardi 04 novembre sur France 2 à 01H20
Spartacus (Ballet du Bolchoï)

Chorégraphie de Youri Grigorovitch Palais Garnier 2008

Mardi 04 novembre sur le site internet de
l’Opera National de Paris à 19H30
La Petite Renarde Rusée (Janacek)

Diffusion en direct sur internet

Jeudi 06 novembre sur Arte 21H00
Marius et Fanny (Vladimir Cosma)

Roberto Alagna, Angela Gheorghiu
Opéra, créé à l'Opéra de Marseille, le 4 septembre 2007 (2008, 2h30mn)

Vendredi 07 novembre sur France 2 à 22H35
Musiques au coeur, 5 étoiles : Natalie Dessay Paris-New York

Magazine présenté par Eve Ruggiéri. Réalisation: Esti

Samedi 08 novembre sur France 3 à 01H15
Faustus, the last night (Pascal Dusapin)

Enregistré à l'Opéra National de Lyon

Lundi 10 novembre sur Arte à 22H40  (Durée 2H50)
Le Couronnement de Poppée (Monteverdi)
Avec Mireille Delunsch, Anne Sophie Von Otter, Sylvie Brunet   Direction Marc Minkowski
 
Samedi 15 novembre sur France 3 à 23H25

L’heure de l’Opéra : Don Giovanni (Mozart)
Avec Renée Fleming, Carole Bouquet, Ruggero Raimondi (52mn)

Mardi 18 novembre sur France 2 à 01H25
Werther (Massenet)

Enregistré au Capitole de Toulouse avec Susan Graham et Thomas Hampson


Samedi 22 novembre sur France 3 à 00H30
Le Mandarin Merveilleux (Bartok)

Aix en Provence 2008, Philharmonique de Berlin direction Simon Rattle


Dimanche 23 novembre sur France 3 à 01H10
Cardillac (Hindemith)

Opéra National de Paris 2005 avec Angela Denoke, Alan Held direction K.Nagano

Lundi 24 novembre sur TF1 à 02H40
Le songe d'une nuit d'été (Britten)

Grand Théâtre du Liceu à Barcelone 2005 avec David Daniels, Ofélia Sala direction H. Bicket
 
Lundi 24 novembre sur Arte à 22H30

Yundi Li (piano) joue Prokofiev et Ravel

Concert. Réalisation: Barbara Willis Sweete (2008, 52 mn)

 

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 25 Octobre 2008

Rigoletto (Giuseppe Verdi)
Représentation du 24 octobre 2008 à l'Opéra Bastille


Rigoletto Ambroggio Maestri
Gilda Ekaterina Syurina
Le Duc de Mantoue Stefano Secco
Sparafucile Kristinn Sigmundsson
Maddalena Varduhi Abrahamyan
Giovanna Cornelia Oncioiu
Monterone Carlo Cigni

Direction musicale Daniel Oren
Mise en scène Jérôme Savary

Sans faille, cette (ultime?) reprise de la production de Jérôme Savary aura réservé de très beaux moments, presque inespérés.

                                                                                          Stefano Secco

L’ombre omniprésente saisit le décor du dernier acte pour en faire un enchevêtrement de lucarnes, de portes et d’escaliers où le regard se perd dans les ténébreuses obscurités.
Mais dans l’ensemble la mise en scène se limite à une animation d’un très sage classicisme.

Depuis son apparition en Rodolpho dans « La Bohème », Stefano Secco est le ténor auquel Gerard Mortier aura confié quasiment tous les rôles verdiens : Adorno, Alfredo, Don Carlo, Le Duc de Mantoue et Macduff l’année prochaine.

Cet artiste est simplement quelqu’un qui fait un travail remarquable, sans battage médiatique et sans jamais se départir d’une authentique sincérité distillée dans toutes ses interprétations.
Le résultat est que rarement le Duc de Mantoue n’aura paru aussi sensible.

Stefano Secco, absolument crédible lorsque qu’il se fait passer pour un étudiant devant Gilda, fait déborder de lyrisme tous les passages sentimentaux que ce soit en duo avec elle, seul dans son palais ou bien sous le charme de Maddalena.
Si bien que l’effet des airs « Questa o quella » et « La donna è mobile », écrits pour un jeune coq très fier de soi, se trouve atténué comme pour signifier l’artifice de l’image du souverain.
Mais là aussi le ton reste très affirmé.

C’est très troublant car la sympathie pour le personnage en est accrue.

Ekaterina Syurina (Gilda)

Ekaterina Syurina (Gilda)

Lumineuse et hyper idéalisée, Gilda est avec Ekaterina Syurina une sorte d’ange qui emmène toute seule la salle entière sur un petit nuage.

On aurait toutefois aimé un peu plus de tiraillements dans la seconde partie, tant s’opposent ses sentiments envers le Duc d’une part et envers son père d’autre part.

Sans trop en faire, Ambroggio Maestri interprète un Rigoletto sans aucune vulgarité, ne s’agite jamais, alors que plus de noirceur aurait donné un meilleur relief à son personnage.

Les seconds rôles sont bien tenus, Kristinn Sigmundsson Sparafucile brute épaisse, Varduhi Abrahamyan Maddalena charmeuse, Cornelia Oncioiu Giovanna très douce, et Carlo Cigni Monterone sans doute vengeur mais très affecté également.

Après une première scène en recherche, Daniel Oren choisit un style subtile, intime et intense dans les moments clés du drame.

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Publié le 19 Octobre 2008

Giovanna d‘Arco (Giuseppe Verdi)
Représentation du 18 octobre 2008 au Théâtre des Arts de Rouen


Giovanna     Guylaine Girard
Carlo VII     Jean-François Borras
Giacomo      Victor Torres
   
Mise en scène
Stephan Grögler

Direction musicale Oswald Sallaberger
Cécilium Bérangère Quentin de Gromard

Rarement jouée pour cause de livret aussi éloigné de la vérité historique que de la pièce de Schiller (voir l’article sur la genèse de « Giovanna d‘Arco »), la musique du septième opéra de Verdi est pourtant un mélange de marches entraînantes et de mélodies aux ambiances pastorales qui auraient du faire de cette œuvre une référence populaire.

En espérant seulement que la mise en scène du Théâtre des Arts n’en fera pas une exaltation nationaliste ce dont notre époque n’a sûrement pas besoin.

Alors premier constat, l’ambiance de l’Opéra de Rouen respire de décontraction.
Très coloré dans ses choix vestimentaires, représentatif de tous les âges de la vie, il y a dans ce public un esprit serein et vif  que l’on ne ressent pas dans tous les théâtres.

La scène privilégie la largeur dans un cadre au format cinémascope 2.70:1 à la « Ben Hur ».

Et dès que la musique démarre, on comprend dans quel style l’ouvrage va être dirigé. Avec beaucoup de rondeur et de volonté de créer un corps homogène entre l’orchestre, les chœurs et les solistes, Oswald Sallaberger se donne les moyens de révéler en toute transparence tous les motifs instrumentaux.

La manière dont les instruments se détachent en solo est très appréciable et il y a même une innovation : l’insertion dans une loge de côté d’un Cécilium, instrument typique de Normandie ressemblant de loin à un violoncelle et dont l’archer active en fait un soufflet qui permet de tirer de la caisse des harmonies proches de celui de l’accordéon.
Les sonorités jouent sur une certaine nostalgie d’une époque où la vie investissait la campagne française.

En revanche le tempo est un petit peu trop placide pour être entièrement à la hauteur des élans épiques de la partition.

Victor Torres (Jacques), Guylaine Girard (Jeanne d'Arc) et Jean François Borras (Charles VII)

Victor Torres (Jacques), Guylaine Girard (Jeanne d'Arc) et Jean François Borras (Charles VII)

En Jeanne d’Arc, Guylaine Girard défend du mieux qu’elle peut un rôle dont elle n’a pas toute l’envergure dramatique et la souplesse vocale, cependant, elle a le souci de la musicalité en évitant toute tessiture tendue.

Du coup elle est la plus crédible au IIIème acte qui la repositionne en jeune fille attachée à son père.

Les expressions de Victor Torres sont d’ailleurs assez touchantes car son timbre dégage une douceur humaine qui l’éloigne de la représentation dure que l’on peut avoir au premier abord du personnage paternel.

Quand à Jean-François Borras, il campe un Charles VII sensible et sentimental, chant parfois fébrile mais agréable et sans tension également.

La mise en scène de Stephan Grögler ressemble à du Francesca Zambello (Guerre et Paix, le Trouvère) c’est à dire une sorte de reconstitution historique avec des moyens bien sûr plus limités et bien moins de savoir faire dans les déplacements des foules.

En fait le seul élément frustant de la soirée sera la taille du chœur, sous dimensionnée pour une œuvre à laquelle aura été sacrifié le sensationnel au profit d’une naïveté qui rend la représentation attachante.

Guylaine Girard qui avait remplacé Mireille Delunsch dans Louise cette saison à Bastille, reviendra avec Gerard Mortier au New York City Opera dans les rôles de l’Ange (Saint François d’Assise) et de Mélisande (Pelléas et Mélisande).

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Publié le 19 Octobre 2008

La culture musicale tchèque, Smetana et Janacek
Conférence à l’Ambassade de Tchéquie le 15 octobre 2008
Par Gerard Mortier, directeur de l’Opéra National de Paris


Dans sa volonté de faire partager sa compréhension des peuples européens et son amour pour Prague, Gerard Mortier proposait à l’Ambassade de Tchéquie une petite conférence spontanée.

Actuellement l’Opéra National de Paris a une énorme tache en ce qui concerne la construction européenne.
Et comme la France est pour 6 mois à la présidence de l’Union Européenne, il est temps que le public fasse connaissance avec les opéras d’Europe centrale.

Deux opéras sont dédiés à la Tchéquie cette saison et plus tard deux opéras seront dédiés à la Pologne, « Le Roi Roger » de Karol Szymanowski et une création, « Yvonne de Bourgogne», basée sur une pièce de Witold Gombrowicz.

L’ouverture musicale de Prague

Une des grandes difficultés de l’Europe est que l’on construit trop peu sur la culture alors qu’elle pourrait être un soutien pour les hommes politiques et les hommes d’affaires d’aujourd’hui.
Car lorsque l’on écoute la musique d’un autre peuple, on découvre également l’âme de ce peuple et aussi que cette séparation n’est pas si forte que l’on croit.

Et nous découvrons ainsi qu’un compositeur tchèque nationaliste comme Smetana a été très influencé par la France.

Avant mai 1968, Gerard Mortier avait invité l’opéra de Prague au Festival de Flandres à Gand avec 2 pièces, « La petite renarde rusée » et « Katia Kabanova » ce qui fût le point de départ de son amour pour Janacek.

Non seulement Prague est une ville très belle, mais c’était finalement une des villes préférées de Mozart, plus que Vienne d‘ailleurs.
Mozart trouvait dans cette ville un public bourgeois mais ici il s’agissait d’une haute bourgeoisie aristocrate qui dans son comportement appréciait la musique, et ce fût à Prague que les Noces de Figaro eurent un grand succès.

Avec la perte de richesse des aristocrates de Prague due aux guerres religieuses du milieu du XVII ième siècle, beaucoup de musiciens s’étaient rendus en Allemagne (à Mannheim plus particulièrement) et aussi à Londres.

Ainsi la qualité orchestrale de Mozart avait pu bénéficier de l’influence des musiciens tchèques et son orchestre s’était étoffé notamment par le renforcement des cordes. 
Les violonistes virtuoses tchèques avaient donc exporté cette culture.

La culture allemande a toujours été très importante à Prague (le fameux général Albrecht de Wallenstein symbolise cette complexité culturelle) mais il y avait aussi une opposition aux arts bourgeois de Vienne et c’est assez naturellement que l’arrivée de Leos Janacek exprima une plus grande attirance pour la Russie.
Beaucoup de Tchèques, comme Janacek, voulaient parler le russe mais pas l’allemand.
D’ailleurs à l’instar des Flamands, les Tchèques ont vu beaucoup d’empereurs étrangers passer, mixité culturelle vécue comme source de créativité.

C’est donc dans cette atmosphère qu’au milieu du XIXième se développa l’Opéra National, vécu ici comme quelque chose de très positif car rassembleur des gens autour d’un chant populaire que tout le monde connaissait.
Maintenant avec tous les événements du XXième et XXIième siècle que nous avons vécu à cause du nationalisme il est plus difficile de montrer en quoi ce nationalisme était différent.

La création de cet Opéra National se poursuivit aussi en Russie, en Pologne et en Hongrie.

Smetana et « La Fiancée Vendue »

Mais regardons à présent le personnage de Smetana.
Une fois de plus on voit que les peuples tout petits sont souvent des gens qui voient au delà de leurs frontières.

Smetana est allé étudier et donner des cours à Göteborg en Suède.
C’est un personnage énormément européen.
Grand ami d’Hector Berlioz, on constate par exemple que le chœur du début du IIième acte de « La fiancée vendue » est absolument une réminiscence du chœur des étudiants de « La damnation de Faust » .


 

Directeur de théâtre et adorateur d’ Offenbach (pensons au cancan du dernier acte de « La fiancée »), il y avait en conséquence 18 opéras du compositeur français au répertoire de l’Opéra de Prague.

Il a voulu créer un opéra dont l’histoire soit simple, d’abord en 1864, puis avec une version définitive en 1870.
Comme il pensait venir directement à Paris, il créa le personnage de Marenka pour une soprano comme la Marguerite du « Faust » de Gounod que d‘ailleurs la créatrice du rôle devait chanter.
Mais cette première ne put avoir lieu.

L’Œuvre fût donc jouée à Saint Petersbourg, à Vienne (il y eut 6 ou 7 nouvelles productions) et même au Metropolitan Opera de New York en 1908.
La pièce dut attendre 1928 pour être jouée à Paris.

Il y a un mélange entre un romantisme très beau et le style d’Offenbach.
Le plus bel exemple est l’air de Marenka au IIIième acte suivi du duo avec son amant que l’on retrouve dans les « Contes d’Hoffmann ».

Janacek et « La Petite Renarde Rusée »

Après Smetana, il y eut Dvorak, homme aussi ouvert sur le monde (La symphonie du nouveau monde), Martinu, bien d’autres compositeurs, puis Janacek.

Janacek est l’exemple que l’Opéra du XXième a autant à raconter que celui du XIXième siècle.

Étrangement, sa reconnaissance fût plus tardive en France qu’en Allemagne ou qu'en Angleterre.

« La Petite Renarde rusée » est une croyance en la vie, une croyance que tout se renouvelle.
C’est la projection de cette jeunesse, de cet éternel féminin pour lequel il était tombé amoureux.
Il avait pour Kamila Stösslová (38 ans de moins!) un amour totalement idéalisé, celui d’un homme vieillissant mais plein d’énergie.

Après les femmes souffrantes (Jenufa, Katia Kabanova), il aborda le thème de la femme séduisante (L’Affaire Makropoulos) et de la fascination pour les grandes icônes.

Puis à la fin de sa vie il y eut deux pièces extraordinaires.
Dans « De la maison des morts » il exprime une grande compassion pour tous ces hommes emprisonnés pour des meurtres et violences commis par passion alors que « La petite renarde rusée » est l’œuvre la plus lyrique, la plus positive et la plus poétique qu’il n’ait jamais écrit.

Janacek avait un caractère horrible mais en même temps il trouvait ce qui était beau en lui.
Son visage n’est d’ailleurs pas celui d’un homme amer, mais il exprime un réel rayonnement.

A travers la Renarde, il étudia comment la vieillesse est chez l’homme très difficile à vivre.
La vieillesse humaine va très lentement et est confrontée au monde des animaux comme cette petite grenouille qui s’exclame « ce n’était pas moi, c’était mon grand père! ».


 

A la fin, l’instituteur retrouve le forestier et tous deux réfléchissent sur leur jeunesse, ce qu’ils ont raté et aussi sur leurs instants de bonheur.

De cette grande nostalgie, le forestier retrouve son énergie de vie en contemplant la nature.
La mort fait partie de la vie.

Janacek adorait l’homme mais ne voulait pas le romantiser comme le Romantisme l’a fait.
En opposition au mensonge romantique, la vie est beaucoup plus intéressante quand la beauté de l’homme  se cherche dans les petites choses de chaque jour.

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Publié le 16 Octobre 2008

Incendies (texte de Wajdi Mouawad)

Représentation du 14 octobre 2008 au Théâtre National de la Colline

Avec Hermile Lebel, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Julie Moreau, Serge Tranvouez, Véronique Nordey, Claire Ingrid Cottanceau, Raoul Fernandez

Mise en scène : Stanilas Nordey

 

Wajdi Mouawad n'a pas encore vu la mise en scène d'"Incendies" par Stanilas Nordey et devra attendre les deux dernières représentations pour la découvrir.

Mais l'on se demande comment avec de tels acteurs ne va t-il pas rester bouche bée à la fin du spectacle.

Une mère restée très secrète envers ses deux enfants, leur laisse en testament des indices pour remonter à l'origine de leur naissance. Le chemin remonte vers un pays en guerre, plongé dans l'horreur.

Ici le temps est pris pour laisser le spectateur saisir ce que représentent les actes barbares, l'immerger dans un univers de violence alors que rien n'est montré; tout est simplement raconté.

La prise de conscience de Julie Moreau (la fille) quand elle réalise ce que sa mère a vécu est jouée avec une progressivité dans l'émotion à laquelle l'on n'échappe pas.

De même, Véronique Nordey (Narwal à 60 ans, la mère) est d'une vérité telle dans la voix et la douleur du visage que cette expression de l'amour maternel prend au corps à la limite du blocage affectif.

Alors il y a bien sûr Raoul Fernandez en notaire dédramatisant, d'une diction vive et sensuelle comme ses gestes, dont l'humour et l'humeur légère viennent apporter l'oxygène qui permet à chacun de soutenir plus de 3 heures une vérité qui se dévoile petit à petit dans toute sa souffrance.

A un moment tout de même, Stanilas Nordey semble jouer un peu trop avec l'émotion du public, le faisant rire pour subitement le confronter à une brutalité trop soudaine pour être fortuite.

Il nous laisse également avec un certain malaise quand il met en scène le sniper (Laurent Sauvage) en cherchant à provoquer le rire à partir d'un cynisme dérangeant.

A l'issu de la représentation, Gerard Mortier rejoint alors sur scène le metteur en scène pour achever la soirée sur une conversation autour du théâtre et de l'opéra, étant bien entendu impossible de parler à chaud de la pièce.
Le directeur de l'Opéra de Paris avait créé en 2006 Adriana Mater sur le même thème mais ne l'évoque pas ce soir.

Wajdi Mouawad est né au Liban puis s'est déplacé en France et ensuite au Québec.

Incendies est paru aux éditions Actes Sud/Léméac Editeur en 2003.

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Publié le 14 Octobre 2008

La Petite Renarde Rusée (Leoš Janácek)

Représentation du 13 octobre 2008 à l'Opéra Bastille

Le Garde-chasse Jukka Rasilainen
Sa Femme Michèle Lagrange
L’Instituteur David Kuebler
Le Prêtre Roland Bracht
Harašta Paul Gay
La Renarde Elena Tsallagova
Le Renard Hannah Esther Minutillo

Mise en scène André Engel

Direction musicale Dennis Russell Davies

                                                                                                       Jukka Rasilainen (Le Garde-chasse)

Ce n'est pas une surprise, cette fausse Nouvelle Production de la Petite Renarde Rusée est la transposition de la mise en scène d'André Engel montée au Théâtre des Champs Elysées en 2002.

Au delà de tous ces animaux, grenouilles, mouches, renards, blaireaux, chenilles, poules …. qui envahissent la scène et stimulent l'intérêt des plus jeunes spectateurs, la réalisation porte une subtile mélancolie, les lumières ménagent toujours un voile d'ombre.

Jusqu'à ce troisième acte d'hiver sous la neige (originalement les 3 actes se passent en automne) où l'homme se retrouve renvoyé à la fin de sa vie alors que la nature, âme immortelle, poursuit son existence quoi qu'il arrive.

lena Tsallagova (la Petite Renarde)

lena Tsallagova (la Petite Renarde)

D'ailleurs, Bystrouška semble ressuscitée puisque c'est exactement la même qui revient vers le garde chasse après avoir été tuée par le chasseur. 

Au moins pour les parents la tâche n'en sera que facilitée pour expliquer à leurs plus jeunes enfants que la petite renarde n'est pas morte.

C'est Elena Tsallagova qui interprète très gracieusement l'héroïne, voix toute légère aussi souple que la chanteuse est sur scène.

Hannah Esther Minutillo est un renard loquace, quoique le timbre n'est franchement pas agréable.

Jukka Rasilainen reste le plus sonore et en fait, à défaut d'une distribution à la sensualité vocale débordante, tout est à l'avantage de la musique.

Car le champ est libre pour Dennis Russell Davies.

Il rend honteux celles et ceux qui vous expliquent que la musique de Janácek n'est pas facile.

C'est au contraire d'un lyrisme frémissant, parcouru de tournoiements et de traits d'esprits, et le chef d'orchestre gorge l'Opéra Bastille de cette nature forte.

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Publié le 13 Octobre 2008

Oedipe (George Enescu)

Livret d'Edmond Fleg

Représentation du 12 octobre 2008 au Théâtre du Capitole de Toulouse

Oedipe Franck Ferrari                         Tirésias Arutjun Kotchinian
Créon Vincent le Texier                      Le Berger Emiliano Gonzalez Toro
Le Grand-prêtre Enzo Capuano            Phorbas Harry Peeters
Le veilleur Jérôme Varnier                   Thésée Andrew Schroeder

Laïos Léonard Pezzino                         Jocaste Sylvie Brunet

La Sphinge Marie-Nicole Lemieux     Antigone Amel Brahim-Djelloul

Mérope Maria José Montiel               Une Thébaine Qiu Lin Zhang

Conception scénique Nicolas Joel

Direction musicale Pinchas Steinberg

A un jour près, l'Opéra de Paris et le Théâtre du Capitole ressuscitent deux œuvres jouées une seule fois à Paris sans reprise ultérieure dans leur langue originale.

Ainsi, alors que La Fiancée Vendue fait son apparition à l'Opéra Garnier après sa création parisienne il y a 80 ans, Œdipe réapparaît en France à Toulouse, 72 ans après sa création justement à l'Opéra Garnier en 1936 (le reprise de 1963 à l‘Opéra de Paris ayant été chantée en roumain).

La musique est innovante et pourrait rappeler celle de Debussy et surtout celle de Bloch (d'ailleurs son livret de Macbeth fût écrit par Edmond Fleg également) avec des réminiscences wagnériennes.

La nature du chant déclamé et du texte, plus descriptif des interrogations de l'âme que d'actions scéniques, impose de mettre en valeur avant tout la richesse des motifs orchestraux.

Or la conception scénique choisie à Toulouse s'attache à reconstituer l'architecture de pierre d'une Grèce classique, ancienne et puissante (les colonnes doriques du temple d'Apollon qui surplombe l'Agora de Corinthe par exemple) traduisant surtout le goût de Nicolas Joel pour les architectures figées et colossales.

Les personnages sont de plus dirigés selon des conventions extrêmement prévisibles, de fausses afflictions, des simulations d'étonnements et de surprises, mauvais théâtre exaspérant et souvent ennuyeux détournant en partie l'attention du discours musical.

Indubitablement, il aurait fallu un Bob Wilson. Pas de geste inutile avec lui, on imagine un geste d'horreur simplement symbolisé par un détournement de tête et une main tendue vers l'avant pour maintenir une distance, et surtout un travail sur les ambiances lumineuses qui aurait complètement sublimé la musique.

Au lieu de cela, le final s'achève par la disparition lente d' Œdipe dans une trappe et sous un éclairage fixe et lumineux alors que la musique suggère un progressif retour à la paix. 

Franck Ferrari (Oedipe)

Franck Ferrari (Oedipe)

Ceci dit la scène de La Sphinge, dans la pénombre d'un amphithéâtre rougeoyant, est très mystérieuse et constitue la meilleure réussite visuelle de ce spectacle.

La distribution vocale est riche et se détachent tout de même quelques solistes :

Arutjun Kotchinian, très bon en Tirésias flanqué d'un timbre caverneux et vieilli aux prémonitions effrayantes, et Jérôme Varnier impressionnant dans la scène musicalement la plus marquante de l'ouvrage : la rencontre avec le veilleur sous les murs de Thèbes.

Jérôme Varnier reçoit étrangement un accueil neutre alors qu'il crée un effroi saisissant lors de sa rencontre avec Œdipe.

Hilare lors des applaudissements - il faut dire que La sphinge sortie du sol au milieu de draps immenses semble ici très inspirée de la "Reine de la Nuit" façon Benno Besson - Marie-Nicole Lemieux extirpe des intonations insolites pour restituer les sarcasmes du monstre.

Oedipe (Franck Ferrari) et La Sphinge (Marie-Nicole Lemieux)

Oedipe (Franck Ferrari) et La Sphinge (Marie-Nicole Lemieux)

Très à son avantage en Œdipe jeune et beau, Franck Ferrari défend un rôle fait pour lui en référence aux intonations brutes du héros, mais ne réussit pas véritablement sa transformation monstrueuse lorsqu'il perd ses yeux.

Si l'on s'intéresse à ce qui avait motivé Enescu dans la création d' Œdipe, il avait eu une fascination incroyable pour Mounet Sully dans la pièce d'"Œdipe Roi" et pour la manière dont les expressions du visage le défiguraient.

A la direction musicale, Pinchas Steinberg réalise un envoûtant travail de nuances et de théâtralité. Seulement comme pour La Femme sans Ombre, l'équilibre sonore est parfois trop à l'avantage des chanteurs.

Les chœurs sont d'ailleurs une des grandes forces de la représentation et réveillent toute la salle à la fin du IIième acte.

Malgré un sentiment mitigé, il aurait été injuste de ne pas parler de la renaissance de cette œuvre car il reste une marge importante pour lui donner une expression scénique aboutie.

Et sur cette lancée il faut souhaiter que Nicolas Joel étudie la possibilité de lui donner une chance à l'Opéra Bastille.

Coproduit avec le Festival International George Enescu de Bucarest, cette production d'Œdipe en fera l'ouverture le 30 août 2009 avec Franck Ferrari et une distribution différente pour les autres rôles.

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Publié le 11 Octobre 2008

La Fiancée Vendue (Bedrich Smetana)
Répétition générale du 09 octobre 2008 à l’Opéra Garnier
 

Krušina Oleg Bryjak
Ludmila Pippa Longworth
Marenka Christiane Oelze
Mícha Stefan Kocán
Háta Helene Schneiderman
Vašek Christoph Homberger
Jeník Ales Briscein
Kecal
Franz Hawlata

Esmeralda Amanda Squitieri

Mise en scène Gilbert Deflo
Direction musicale Jirí Belohlávek

Jusqu’à présent, l’œuvre n’avait été jouée qu’une seule fois à Paris. Et encore, en 1928 l’Opéra Comique n’avait pu monter « La Fiancée vendue » qu’en français.

C’est donc une première!

L’histoire semble banale et nous conte l’amour de Marenka et Jeník malheureusement entravé par Krušina, père de la jeune fille, qui l'a promise au fils du riche Mícha, Vašek.

Au premier abord les nombreuses danses qui rythment l’ouvrage sur une musique enjouée et fine nous plongent dans une atmosphère légère d’où émergent à partir du second acte des scènes savoureuses.

Le duo charmant entre Marenka et Vašek laisse place à la cadence gaie de l’échange clé entre Kecal (le marieur du village) et Jeník.

Tous les sentiments de Marenka sont peints et gagnent en profondeur quand elle cède au désespoir au cours du 3ième acte.

Christiane Oelze et Ales Briscein

Christiane Oelze et Ales Briscein

Dans ce rôle, Christiane Oelze est tout simplement idéale tant elle libère de sa voix toute légère une grande sensibilité et beaucoup de délicatesse. Ales Briscein se joint à elle avec autant de fraîcheur et une expressivité que les accents slaves caractérisent singulièrement.

Autre valeur de la distribution, Christoph Homberger joue de manière très drôle le bégayant Vašek et en plus se distingue très nettement de Briscein (et oui, nous avons deux ténors sur scène!) par un chant moins gracieux mais très affirmé.

Très en forme (ce sera sa seule apparition cette année à l‘Opéra de Paris), Franz Hawlata se balade dans son personnage pur comique quand la pétillante Amanda Squitieri achève de colorer cet ensemble bardé d’humour.

Pour « La Fiancée vendue » Gilbert Deflo est le metteur en scène qu’il fallait. Sensible au genre de La commedia dell’arte (L’amour des 3 oranges, Le Bal Masqué), tout ce monde est avec lui animé avec beaucoup de finesse et d’humanité.

Les couleurs vives bleues, oranges, vertes, jaunes dissipent toute la joie de la musique et Deflo nous offre des scènes de danses dont notamment celle du cirque, extraordinairement délurée et hypnotisante, avec ces jeunes danseurs et danseuses accoutrés de salopettes.

C’est toute cette vie qui manquait tant dans Luisa Miller la saison passée.

Franz Hawlata (Kecal), Pippa Longworth et Oleg Bryjak (les Krušina)

Franz Hawlata (Kecal), Pippa Longworth et Oleg Bryjak (les Krušina)

Avec cette nouvelle production, l’Opéra Garnier possède maintenant une œuvre qui est le reflet de L'Elixir d'Amour à Bastille avec poésie et une chaleur humaine entraînante.

Dans l‘enthousiasme de faire partager cette musique, Jirí Belohlávek emmène l’orchestre sur un rythme parfois pas toujours facile à suivre pour les chœurs.

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Publié le 2 Octobre 2008

June Anderson et l’Orchestre National de Bordeaux
Concert du 02 octobre 2008 (Salle Pleyel)

Rossini :     Semiramide - Recit "Bel raggio" - "Dolce pensiero"
                    Le voyage à Reims - "Ouverture"
Bellini :       Norma - Air " Casta Diva "
                    Norma -" Sinfonia"
                    La Sonnambula - Aria "Ah non credea" - Cabaletta "Ah,non giunge"
Verdi :        Otello - Aria "Mia madre" - "Ave Maria"
                    Les Vêpres Siciliennes - musiques de danse
Donizetti :   Anna Bolena - Aria " Al dolce guidami" - Cabaletta " Coppia iniqua"

Direction Paolo Olmi

Le Bel Canto romantique possède une inimaginable capacité à détacher l'esprit de la réalité à condition d'être porté par des voix aux qualités adéquates.

Cela explique cette tension dès le premier air à l'issu duquel l'auditeur sait déjà s'il sera touché par la grâce vocale de l'interprète ou pas.

June Anderson réussit une entrée royale avec "Sémiramide" et pousse encore plus loin ses capacités virtuoses dans un "Casta Diva" aérien et doué de vertigineuses coloratures.
Il y a même une certaine forme d'adéquation visuelle, la souplesse de ses gestes suivant les ondoyances des lignes musicales.

"Ah non credea" dans la Sonnanbula paraît très étrangement discret et peu affecté mais est le seul point creux de la soirée. Desdémone fragile et subtile, l'incarnation évite une dramatisation excessive, les exclamations étant habituellement lâchées avec plus de douleur.

June Anderson

June Anderson

Toute la soirée aura donné l'impression de faire revivre ces concerts où Callas ressuscitait le Bel Canto italien d'autant plus que le répertoire choisi recoupe très largement celui de la "Divina" y compris le bis "Oh mio babbino caro" .

Paolo Olmi et l'Orchestre National de Bordeaux Aquitaine s'illustrent ce soir dans les musiques de danse des "Vêpres siciliennes" pleines d'entrain et de vivacité, les sonorités d'ensemble conservant beaucoup de rondeur et de chaleur.

Avec ce récital d'où émanent maîtrise et humilité à la limite du miracle, June Anderson marque un jalon important : 30 ans de carrière après ses début au New York City Opera en Reine de la Nuit.

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