Publié le 14 Juillet 2008

Signes (René Aubry - Olivier Debré)

32ième représentation

13 juillet 2008 (Opéra Bastille)

Production créée pour le ballet de

l’Opéra de Paris le 27 mai 1997.

Chorégraphie               Carolyn Carlson

Décors et costumes      Olivier Debré

Musique originale         René Aubry

Marie-Agnès Gillot   Kader Belarbi

Ballet en 7 tableaux : Signe du sourire, Loire du matin, Mont de Guilin, Les Moines de la Baltique, L’esprit du Bleu, Les couleurs de Maduraï, Victoire des signes.

                                                                                                  Kader Belarbi et Marie Agnès Gillot

Avec ses décors et costumes d’une variété et d’une beauté exceptionnelles, l’onirisme de Signes est un incroyable stimulant de notre propre imaginaire.

L’humanité qui est figurée rivalise d’expressions mécaniques comme pour rythmer le temps qui passe, se prend de convulsions puis se laisse aller à une fluidité de mouvements jusqu’au tableau le plus romantique de « l’esprit du bleu. »

Marie Agnès Gillot (L'Esprit du Bleu)

Marie Agnès Gillot (L'Esprit du Bleu)

S’y retrouve également un mélange de peintures paysagistes vivement colorées et de civilisations naïvement esthétisées,  si nécessaires pourtant à une époque où les rêves œcuméniques menacent de s’effondrer.

L’écriture mélodique de René Aubry s’apparente à celle des musiques répétitives de Philip Glass et draine autant d'humour que de mystère.

Marie Agnès Gillot, Kader Belarbi et l’ensemble du corps de ballet y sont magnifiques.

Il n’y a que les artistes pour vivre ces départs incroyables sous confettis et applaudissements en compagnie de leurs proches. Cet après-midi, Kader Belarbi tirait sa révérence.

Marie Agnès Gillot

Marie Agnès Gillot

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Publié le 7 Juillet 2008

Du Don Carlos de Paris (1866) au Don Carlo de Modène (1886)

Don Carlos est l'une des oeuvres qui a connu le plus de remaniements dans l'histoire de l'opéra.

Giuseppe Verdi y travailla de 1865 à 1867 pour l'Opéra de Paris, mais dès 1872, il procéda aux premières retouches, puis, en 1882, remania considérablement son chef d'oeuvre avec la collaboration de Charles Nuitter.

Il existe ainsi pas moins de quatre versions bien identifiées de Don Carlos, et le présent article a pour objectif de rendre compte le plus clairement possible de l’ampleur des changements qui l'ont traversé. Ces versions sont :

- La version française en cinq actes des répétitions générales parisiennes de 1866

- La version française en cinq actes de la première représentation parisienne en mars 1867

- La version italienne en quatre actes de Milan de 1884

- La version italienne en cinq actes de Modène de 1886

Une version italienne fût également créée le 4 juin 1867 à Covent Garden par Achille de Lauzières, qui supprima l'Acte I et le ballet et effectua de multiples remaniements anticipant ainsi les décisions que Giuseppe Verdi prendra en 1882.

Une autre version italienne de la version parisienne, sans coupures cette fois, reçut sa première à Bologne le 27 octobre 1867.

Le graphique qui suit représente de manière schématique le découpage en actes des 4 principales versions de Don Carlos (1866, 1867, 1884 et 1886):

Le fond orange désigne les passages écrits en 1866 et maintenus jusqu'en 1886.

Le fond rose clair désigne les passages écrits en 1866 qui disparurent après 1867.

Le fond vert désigne les passages totalement nouveaux dans la version de 1884.

Le fond hachuré désigne les passages qui furent réécrits en 1884.

Du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène
Du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène
Du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène
Du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène

La version la plus complète sur le plan dramaturgique est celle de 1866.

Cinq passages seront supprimés avant la première représentation :

- La rencontre d’Elisabeth et des bûcherons dans la forêt de Fontainebleau (Acte I)

- L'air 'J'étais en Flandres' de Rodrigue (Acte II) lors de ses retrouvailles avec Don Carlo

- Le duo Elisabeth et Eboli 'J’ai tout compris' (Acte IV) où Eboli avoue à Elisabeth sa liaison avec le roi.

- Le duo Philippe II et Don Carlo 'Qui me rendra ce mort'  (Acte IV)

- Un échange entre Elisabeth et Eboli (fin Acte IV)

Durée approximative : 3H45

 

La véritable version parisienne est celle de la première en 1867.

Selon les conventions de l'époque, la création devait inclure un ballet.

Verdi compensa alors les airs supprimés depuis les répétitions par l’ajout de deux passages :

- Une brève introduction des chœurs des bûcherons (Acte I)

- Le Ballet de la Reine (Acte III)

L’émeute finale de l’acte IV fut par ailleurs abrégée, et totalement supprimée dès la seconde représentation.

Durée approximative : 3H40. C’était encore trop long, et quelques coupures supplémentaires eurent lieu dès la seconde représentation pour permettre aux parisiens de rentrer sûrement chez eux le soir.

 

La version italienne réécrite par Verdi est celle de Milan en 1884

A plus de 70 ans, Verdi dédia à Milan une version italienne en 4 actes.

Par rapport à la version française de 1867, les passages suivants furent supprimés :

- L’Acte I de Fontainebleau

- L’introduction et les chœurs de l’Acte III devenu Acte II

- Le ballet de la Reine (Acte III devenu Acte II)

 

Les passages suivants furent également réécrits avec une meilleure expressivité musicale :

- Le duo Rodrigue et Don Carlo (Acte II devenu Acte I)

- Le duo Philippe II et Rodrigue (Acte II devenu Acte I)

- La scène et quatuor dans le bureau du roi (Acte IV devenu Acte III)

- Le duo Elisabeth/Eboli (Acte IV devenu Acte III) supprimé en 1867 et partiellement rétabli.

- La scène d’émeute (Fin Acte IV devenu Acte III) supprimée après la première de 1867

- Le duo Don Carlo et Elisabeth (Acte V devenu Acte IV)

- L’intervention de Philippe II et de l’Inquisiteur (Acte V devenu Acte IV)

 

Les passages suivants, totalement nouveaux, furent enfin créés pour cette version :

- La romance de Don Carlo (Acte I, ancien Acte II) qui rappelle les évènements survenus au cours de l’acte de Fontainebleau dorénavant supprimé.

- Le prélude de l’Acte II (ancien Acte III)

Durée approximative : 3H00

 

La version italienne 5 actes est celle de Modène en 1886

Verdi n’y a pas participé.

Cette version restaura, à la version de Milan 1884, l’acte I de Fontainebleau tel qu’il fut écrit en 1867 et traduit en italien. La Romance de Don Carlo (Acte II) fut alors supprimée.

Durée approximative : 3H20

Discographie/Filmographie

La version studio de référence du Don Carlo de Modène (1886)  est celle dirigée par Solti (1966 chez Decca) avec Carlo Bergonzi, Renata Tebaldi, Nicolai Ghiaurov, Dietrich Fischer-Dieskau, Grace Bumbry, Martti Talvela.

 

 

Insurpassé depuis plus de 40 ans!

 

 

La version live de référence du Don Carlos Parisien est celle dirigée par John Matheson (1976 chez Ponto) avec Joseph Roleau, Andrée Turp, Robert Savoie, Richard Van Allen, Edith Tremblay, Michèle Vilma.

Des chanteurs inconnus mais très engagés.

Les actes I, II, IV et V sont ceux de 1866 mais l’acte III (avec le ballet) est celui de 1867.

C’est donc la version parisienne la plus complète qui soit!

 

En 1993, James Levine enregistre en studio (Sony) une version de Modène inédite.

Avec la traduction du Ier acte de 1866 (et non plus 1867) nous avons ici la version italienne intégrale.

Michael Sylvester, Dolora Zajick et Samuel Ramey y sont par ailleurs excellents, mais Ferruccio Furlanetto est encore un peu trop jeune pour Philippe II.

15 ans plus tard à Paris, le constat est clair : c'est l'un des plus grands interprètes actuels de Philippe II.

 

En 1996, le Châtelet monte la version parisienne avec un casting prestigieux (Karita Mattila, Roberto Alagna, Thomas Hampson, Jose van Dam, Waltraud Meier).

A y regarder de plus près, cette version est un peu trafiquée. C'est bien la version de 1867, mais sans le ballet, avec une coupure dans le chœur de l’acte III et la suppression quasi intégrale du final à Saint Just.

En revanche l'air de Rodrigue 'J'étais en Flandres', le duo Elisabeth/Eboli (aveu d'adultère avec le roi) et le final de l'acte IV (déploration de Rodrigue et échange Elisabeth/Eboli) de 1866 sont rétablis.

Le DVD est un achat obligatoire rien que pour la beauté de l’ensemble.

 

Le 25 octobre 1970, le Staatsoper de Vienne lâche sur scène Franco Corelli, Gundula Janowitz, Shirley Verrett, Eberhard Waechter et le duo Inquisiteur/Philippe II du siècle : Martti Talvela/Nicolai Ghiaurov.

Sous la direction de Horst Stein, la version IV actes de 1884 trouve une interprétation intense dans un son live très correct (stéréo) qu'au moins 5 labels proposent à l'écoute (Rodolphe, Myto, Opera d'Oro, Gala, Orfeo d'Or).

 

Pour aller plus loin, revenir à la rubrique Histoire de l'Opéra

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Publié le 7 Juillet 2008

Don Carlo (Giuseppe Verdi)
Représentation du 06 juillet 2008 à l’Opéra Bastille

Don Carlo (direction Teodor Currentzis) à Bastille

Don Carlo Stefano Secco
Elisabeth Tamar Iveri
Rodrigue Dimitri Hvorostovsky
La princesse Eboli Yvonne Naef
Le roi d’Espagne Philippe II Ferruccio Furlanetto
Le Grand Inquisiteur Mikhael Petrenko
Un frère, Charles Quint Paul Gay
Tebaldo Elisa Cenni

Direction musicale Teodor Currentzis
Mise en scène Graham Vick

Le profond désespoir qui traverse « Don Carlo », les sentiments qui se fracassent aux rôles sociaux malgré la volonté de chaque protagoniste à conduire son destin, pourraient figurer l’âme de toute une vie.

Cette noirceur trouve une illustration parfaite dans l’atmosphère tamisée et les subtils éclairages voulus par Graham Vick.
Et c’est aussi un peu de nostalgie pour ceux qui découvrirent cette mise en scène il y a tout juste dix ans à l’Opéra Bastille.

Les points forts ne manquent pas. Stefano Secco se révèle d’entrée un Don Carlo juvénile, impulsif, volontaire et immature, avec une projection vocale absolument éclatante.

Elisa Cenni (Tebaldo) et Yvonne Naef (Eboli)

Elisa Cenni (Tebaldo) et Yvonne Naef (Eboli)

Cette énergie folle se heurte au vieux lion théâtralement parfait : Ferruccio Furlanetto.

Chaque échange est une confrontation tendue et cette voix puissamment caverneuse fait pâlir légèrement l’Inquisiteur défendu très honorablement par Mikhael Petrenko, bien qu’un peu jeune pour maintenir constamment pareille intensité.

Dans le registre basse, Paul Gay est un moine très bon d'autant plus que situé en fond de scène il lui faut passer un orchestre gonflé à bloc.

 

Tamar Iveri, très touchante dans son duo avec Don Carlo est aussi d’une grande dignité et d’une grande intelligence pour libérer toute sa tension dans un « Tu che le vanità conoscesti del mondo» à la douleur prenante. Ailleurs la recherche de nuances la rend parfois confidentielle.

 

Reprendre le rôle d’Eboli après Dolora Zajick et Olga Borodina n’a également rien d’évident. Alors bien sûr Yvonne Naef n’a peut être pas l’agilité de la première et la sensualité de la seconde, mais l’agressivité et le tempérament (un peu trop outré) sont là.  Tout le chant du haut médium au grave est d’une grande profondeur de souffle, ce qui lui permet même de maintenir très longtemps les piani de la chanson du voile.

 

Tamar Iveri (Elisabeth)

 

 

Seules ses limites dans l’aigu l’obligent à les écourter et les adoucir pour privilégier la musicalité et limiter ses défauts de justesse.

Le duo avec Elisa Cenni (Tebaldo) est par ailleurs d’une grande gaîté.

 

C’est en fait la star du Metropolitan Opera qui aura un peu déçu.

Sans doute Dimitri Hvorostovsky compte t’il trop sur son charme pour limiter au minimum son investissement scénique. La voix porte souvent vers l’arrière, ne s’impose que de manière inégale, et finalement, le chanteur donne l’impression de tout miser sur la scène de la prison, qu’il chante avec une fluidité remarquable.

Stefano Secco (Don Carlo)

Stefano Secco (Don Carlo)

Avec le très jeune Teodor Currentzis (35 ans), Verdi ressuscite avec impertinence et fougue.

D’une gestique vive et ornementale, le chef se laisse porter par le lyrisme de la partition au point de soulever un flot dont émergent de ci de là quelques désynchronisations. Mais ce sont les risques nécessaires pour tenir la fosse dans une vitalité admirable, accélérant avec pertinence et rythmant puissamment les passages spectaculaires.

 

Et puis il y a ces sonorités éclatantes comme dans l’ouverture du dernier acte, où les motifs des cuivres sont considérablement amplifiés pour accroître la tension, ronflant là où les enregistrements ne signalent que des mouvements discrets.

C’est donc avant tout l’expression de la personnalité exubérante de Currentzis qui plaira ou pas.

Cette reprise de la version Milanaise de Don Carlo (1884) inclut une petite surprise musicale : la réintroduction du duo Philippe II / Don Carlo déplorant la mort de Rodrigue.

Ce passage supprimé dés la création de « Don Carlos » à Paris en 1867 est ici restitué en italien bien évidemment, à la fois en clin d’œil à la version parisienne et pour faire revivre l’hommage fort à l’ami des deux hommes.

 

 

Ferruccio Furlanetto (Philippe II)

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Publié le 5 Juillet 2008

Mercredi 02 juillet 2008 sur France 2 à 20H50

Le Sanglot des anges [4/4]

Avec Ruggero Raimondi

 

Dimanche 06 juillet 2008 sur Arte à 19H00

Gustav Mahler: Symphonie n°8. Les 40 ans de l´Orchestre de Paris

Sous la direction musicale de Christoph Eschenbach. Avec l’Orchestre Nationale de Paris
Marina Mescheriakova (soprano) ; Erin Wall (soprano) ; Marisol Montalvo (soprano) ; Nora Gubisch (alto) ; Annette Jahns (alto) ; Nikolai Schukoff (ténor) ; Franco Pomponi (baryton) ; Stephen Milling (basse).

 

Lundi 07 juillet 2008 sur TF1 à 02H35

Paquita (Musique de Minkus)

Par le ballet du Kirov

 

Lundi 07 juillet 2008 sur Arte à 23H45

Villa-Lobos, portrait

Auteur et réalisation : Eric Darmon (2007-52mn). Coproduction : ARTE France, Artline Films, French connection

 

Mardi 08 juillet 2008 sur France 3 à 00H20

L'heure de l'Opéra (Alain Duault)

Carmen (durée 55mn)

 

Mardi 08 juillet 2008 sur France 2 à 00H45

Don Quichotte (Minkus)

Par le ballet national de Cuba

Samedi 12 juillet 2008 sur TF1 à 02H15

Noé (Bizet et Halevy)

Mise en scène de Pierre Jourdan

 

Dimanche 13 juillet 2008 sur Arte à 19H00

Accordéon et bandonéon. Concert de Marc Perrone et Cesar Stroscio (2005)

Réalisation : Pierre Philippe (France, 2005, 43mn)

 

Lundi 14 juillet 2008 sur TF1 à 02H35

Airs sacrés de MozartBasilique de Saint Denis

 

Mardi 15 juillet 2008 sur France 3 à 00H15

L'heure de l'Opéra (Alain Duault)

Manon de Massenet (durée 55mn) avec Natalie Dessay et Rolando Villazon

 

Mardi 15 juillet 2008 sur France 2 à 01H30

9ième symphonie de Beethoven (Kurt Masur)

 

Dimanche 20 juillet 2008 sur France 2 à 01H05

L'Auberge du Cheval Blanc

Opérette de Robert Stolz et Ralp Benatzky

 

Dimanche 20 juillet 2008 sur Arte à 19H00

Festival de Verbier 2007

Thomas Quasthoff et Hélène Grimaud

 

Lundi 21 juillet 2008 sur TF1 à 02H30 (durée 1H50)

Erik Satie - Offenbach - Dukas - Chopin

 

Mardi 22 juillet 2008 sur France 3 à 00H20 (durée 55 mn)

L'heure de l'Opéra (Alain Duault)

Tosca (Alagna, Ferrari, Valayre, Raimondi, Kabaivanska)

 

Mardi 22 juillet 2008 sur France 2 à 01H10 (durée 2H30)

 

Carmen (direction Myung-Whun Chung)

 

Mercredi 23 juillet 2008 sur Arte à 21H00

Soixante ans d'art Lyrique à Aix en Provence

 

Mercredi 23 juillet 2008 sur Arte à 21H55

Haendel: Belshazzar, en direct depuis Aix en Provence

Opéra en direct du Grand Théâtre de Provence, Festival d'Aix en Provence 2008

Dimanche 27 juillet 2008 sur Arte à 19H00

Festival de Verbier 2007

Evgueny Kissin joue Beethoven

 

Lundi 28 juillet 2008 sur TF1 à 02H25 (durée 1H10)

Chausson-Massenet-Ravel

 

Mardi 29 juillet 2008 sur France 3 à 00H15 (durée 55 mn)

L'heure de l'Opéra (Alain Duault)

 

La Traviata (Villazon, Dessay, Cotrubas, Anderson)

 

 

Mardi 29 juillet 2008 sur France 2 à 01H00 (durée 1H45)

Carmen, Le Jeune Homme et la Mort, l'Arlésienne

Opéra National de Paris

 

 

 

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 18 Juin 2008

Louise (Gustave Charpentier)

Répétition générale du 17 juin 2008 à l’Opéra Bastille

 

Louise Mireille Delunsch
Julien Gregory Kunde
La Mère Jane Henschel
Le Père Alain Vernhes
Un noctambule, le marchand d’habits Luca Lombardo

Direction musicale Patrick Davin
Mise en scène André Engel
Chef des chœurs Alessandro Di Stefano

 

La manière dont les œuvres se répondent cette saison à l’Opéra National de Paris évoque un tissu musical complexe à travers lequel les thèmes se croisent.
Cardillac se situait à la croisée des motifs de l’Opéra Allemand, de l’Opéra du XXème siècle et de la ville de Paris, et donc André Engel retrouve avec « Louise » la capitale française, ses toits décidément toujours aussi fréquentés, l’Opéra contemporain français bien entendu et à nouveau la condition d’une femme qui vit chez son père.

 

                                           Mireille Delunsch (Louise)

Il paraît que l’on y entend un fleuve wagnérien chatoyant de délicatesses dignes de Massenet, et pourtant l’atmosphère du bonheur parental au second tableau vaut assurément la sereine euphorie du duo de Roméo et Juliette imaginé par Berlioz.

Patrick Davin n’a alors de cesse de dépeindre les lignes mélodiques en accordant un soin immense à l’harmonie avec les chœurs sans que la scène de fête n’en devienne assourdissante.
Ce transport en est d’autant plus appréciable que le livret peine à passionner.

En Gregory Kunde, Louise trouve un Julien mature, un homme peut être plus solide que poète, mais qu’elle sait pouvoir suivre les yeux fermés, alors qu’Alain Vernhes, d’apparence père tranquille, offre un grand moment de théâtre lorsque sa colère éclate.

Mireille Delunsch (Louise)

Mireille Delunsch (Louise)

Sans trop de surprise, Mireille Delunsch joue magnifiquement ce rôle de jeune fille un peu gauche et rêveuse,  Jane Henschel est toujours aussi impeccable dans les rôles de femmes fortes et dirigistes, et, avec ses petits airs de fils idéal, Luca Lombardo offre une générosité d'âme évidente.

« Louise » fait écho à « La Bohème ». Alors qu'il y a deux ans l’atelier d’artistes de l’opéra de Puccini comportait une affiche de «Cardillac », Gerard Mortier nous rappelle cette fois de ne pas oublier d’aller voir l’Affaire Makropoulos l’année prochaine.
Au passage de la station de métro "Montmartre", un irrésistible sens du message subliminal en somme!

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Publié le 13 Juin 2008

Genèse de l’œuvre

 

A la seconde moitié du mois de mai 1854, la composition des « Vêpres siciliennes » n’a pas avancée.

Verdi loue alors pour l’été une maison de campagne à Enghien près de Paris.

 

Mais un évènement va considérablement le retarder : La Cruvelli, qu’il a choisi pour chanter le rôle d’Hélène, disparaît sans aviser personne, alors qu’elle doit participer à une représentation des « Huguenots ».

Pendant plus d’un mois il est impossible de la trouver. Le scandale est énorme.

Elle revient le 20 novembre, s’excuse, et réussit même à remporter le public à sa faveur.

 

Roqueplan doit cependant démissionner, et les répétitions n’avancent pas mieux avec son successeur, Crosnier.

Verdi se plaint que Scribe ne fait aucune des rectifications nécessaires au livret. Mais ce qu’il ignore est que ce livret est un tripatouillage du « Duc d’Albe », écrit pour Donizetti, et qui ne sera représenté en Italie qu’en 1882.

 

Le 26 janvier 1855, Victor-Emmanuel II et Cavour engagent le Piémont dans la guerre de Crimée au côté des Anglais et des Français pour soutenir la Turquie contre la Russie.

Cette opération est destinée à racheter le renom de l’armée savoyarde après ses défaites face à l’Autriche.

 

Dans ce contexte, le livret des « Vêpres siciliennes » a tout pour ne plaire à personne (Verdi compris), aussi bien aux Français à cause du massacre final, qu’aux Italiens en raison de la trahison des patriotes siciliens.

 

La première représentation a lieu le 13 juin 1855 à la salle Le Peltier lors de l’Exposition universelle de Paris.

On accourt de Lombardie et du Piémont pour donner à l’évènement l’importance d’une démonstration politique.

L’œuvre est bien accueillie et se maintient pour une cinquantaine de soirées.

 

Verdi se charge alors de la traduction italienne qui est représentée à Turin et à Parme en décembre 1855 sous le titre de « Giovanna di Braganza » en changeant les circonstances historiques pour se référer à un évènement de l’histoire du Portugal.

 

Ce n’est qu’en 1861, quand les Italiens auront retrouvé leur indépendance politique que « I Vespri siciliani » seront redonnées avec le livret original.

 

Les Vêpres siciliennes

 

Entre 1047 et 1090, les Normands conquièrent le sud de l’Italie et la Sicile.

Si l’empereur Hohenstaufen Frederic Barberousse échoue à prendre contrôle de l’Italie lors de la célèbre Battaglia di Legnano en 1176, son fils Henri VI réussit à se faire couronner roi de Sicile en 1194, après la mort du roi Normand Tancrède de Lecce.

 

Frederic II, fils d’Henri, tente de consolider les positions du Saint Empire Germanique en Italie mais, face à l’hostilité de la Papauté et des villes Lombardes (trame historique d’ Oberto), son règne se finit sur un échec.

Sa dynastie s’éteint en 1266, date à laquelle son fils, Manfred Ier de Sicile, est tué par Charles d’Anjou avec le soutien du Pape Urbain IV.

 

Le gouvernement odieux de Charles sur la Sicile entraîne la révolte des Siciliens le lundi de Pâques 1282, au moment où l’on sonne les vêpres. Des milliers de Français de Sicile sont massacrés.

 

Le chancelier de la couronne d’Aragon, Jean de Procida, a en effet noué des contacts avec les Gibelins de Siciles (opposants au Pape) pour le compte du Roi d’Aragon.

Pierre III le Grand est marié à la fille de Manfred. Il envoie donc une flotte aragono-catalane à Palerme pour en chasser les Français.

 

De plus, l’empereur d’Orient, Michel VIII Paléologue, inquiet des visées de Charles sur l’Empire Byzantin, est contacté par des siciliens.

Il ne participe cependant pas directement aux opérations.

 

Le bilan politique de cette longue tension politique et du carnage final est le rattachement du Royaume de Sicile à l’Aragon.

 

L’argument du livret de Verdi relate, de façon imaginaire, la manière dont Procida aurait attisé les tensions entre Français et Siciliens à Palerme (en réalité, il n'était plus présent en Sicile à cette période).

 

Un Sicilien, Henri s’éprend de la duchesse Hélène. Mais le patriotisme du jeune homme est contrarié lorsqu’il apprend qu’il est le fils de Montfort, gouverneur de l’Ile.

Il intervient lui-même pour sauver son père d’une tentative d’assassinat commanditée par Procida à l’occasion du bal du gouverneur français.

Henri reconnaît publiquement sa filiation, ce qui permet de libérer les conspirateurs et Hélène.

Cependant, Procida les informe qu’un navire rempli d’armes attend dans le port.

Au signal des cloches célébrant l’union entre Henri et Hélène, les siciliens se soulèvent et le massacre commence.

 

La suite Simon Boccanegra

L'ouvrage précédent La Traviata 

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Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 8 Juin 2008

Lundi 02 juin 2008 sur TF1 à 02H00

Les Contes d’Hoffmann

Enregistré à Bastille en 2002

Avec N.Shicoff, B.Terfel, D.Rancatore, R.A Swenson, B.Uria-Monzon, N.Gubisch

 

Dimanche 08 juin 2008 sur France 3 à 01H20

Festival d’Aix en Provence 2007

Œuvres de Bartok et Dvorak. Direction Daniel Harding

 

Lundi 09 juin 2008 sur Arte à 22H30 (durée 52 mn)

Musica: Boris Eifman, chorégraphe

Documentaire. Réalisé par Andreas Morell  

 

Mardi 10 juin 2008 sur France 2 à 01H20

Mozart : Bastien et Bastienne suivi de « Mozart à la Lettre »

Par les Petits Chanteurs de Saint-Marc, la maîtrise de la basilique de Fourvière et le Quatuor de Rouen

 

Mercredi 11 juin 2008 sur France 2 à 20H50

Le Sanglot des anges [1/4]

Avec Ruggero Raimondi

 

Dimanche 15 juin 2008 sur France 3 à 23H00 (durée 52 mn)

Baroque Académie, William Christie

Documentaire. Réalisé par Priscilla Pizzato et Martin Blanchard

 

Lundi 16 juin 2008 sur TF1 à 02H30

Stabat Mater de Vivaldi

 

Mardi 17 juin 2008 sur France 2 à 00H40

Réouverture de l'Opéra de Vienne

 

Mercredi 18 juin 2008 sur France 2 à 20H50

Le Sanglot des anges [2/4]

Avec Ruggero Raimondi

 

Jeudi 19 juin 2008 sur Arte à 22H30 (durée 1H30)

Jessy Norman
Documentaire d'André Heller et Othmar Schmiderer (2005)
 

Vendredi 20 juin 2008 sur France 2 à 22H35

Musique au coeur cinq étoiles (Eve Ruggieri)
Avec Mireille Delunsch, Béatrice Uria Monzon, Vivica Geneaux, Nathalie Manfrino
 

Samedi 21 juin 2008 sur Arte à 21H00

Giuseppe Verdi: Rigoletto
En léger différé du Semperoper de Dresde.

Mise en scène de Nikolaus Lehnhoff, direction musicale de Fabio Luisi à la tête de l'excellente Staatskapelle de Dresde.

Avec Juan Diego Florez, Diana Damrau

 

Dimanche 22 juin 2008 sur France 3 à 15H00

Les plus grands Airs d'Opéra

Avec Béatrice Uria-Monzon et Magali Léger

 

Mercredi 25 juin 2008 sur France 2 à 20H50

Le Sanglot des anges [3/4]

Avec Ruggero Raimondi

 

Vendredi 27 juin 2008 sur France 3 à 22H00

Opéra en direct: Zaïde de Mozart. Louis Langrée/Peter Sellars

Avec Ekaterina Lekhina, Sean Panikkar, Alfred Walker, Russell Thomas, Morris Robinson.

 

Dimanche 29 juin 2008 sur Arte à 19H00

Valéry Gergiev dirige Verdi, Stravinksy...
Concert. Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, 2006

 

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Rédigé par David

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Publié le 6 Juin 2008

Iphigénie en Tauride (Gluck)
Représentation du 02 juin 2008

Opéra Garnier
 
 Iphigénie          Mireille Delunsch
 Pylade              Yann Beuron
Oreste              Stéphane Degout
Thoas              Franck Ferrari
Diane               Salomé Haller
Iphigénie          Renate Jett (rôle non chanté)

Direction          Ivor Bolton

Mise en scène Krzysztof Warlikowski

 

« Ce ne sont pas mes productions qui sont scandaleuses mais le public qui fait du scandale! », et c’est avec ce délicieux bon sens que Gerard Mortier défendait il y a encore quelques jours ses choix sur France Musique face à un Lionel Esparza absolument ravi.

                                                                                                   Renate Jett (Iphigénie)

Car Iphigénie en Tauride dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski avait suscité une agitation rare à l’Opéra Garnier en juin 2006, houle de huées massive lors de la première, interrup tions de la représentation, invectives, et nous pouvons imaginer la nature des courriers  qui arrivèrent sur le bureau de la direction de l’Opéra National de Paris à la veille de l’été.

Il n’est donc pas inutile de rappeler le contexte de création de ce spectacle. Isabelle Huppert originalement prévue pour mettre en scène Iphigénie se décommanda cinq mois avant la première, ne laissant alors que deux mois à  Krzysztof Warlikowski pour y réfléchir.

Et comme en juillet 2005, le metteur en scène polonais venait de triompher à Avignon avec la pièce Krum,  il possédait déjà une matière lui permettant d’immerger le spectateur dans son univers et de s’intéresser à nouveau à un personnage qui a raté sa vie.

Mireille Delunsch (Iphigénie)

Mireille Delunsch (Iphigénie)

Krzysztof Warlikowski suppose, et il a raison, que le spectateur est intelligent et peut comprendre des dispositifs scéniques rapprochant passé et présent dans un même espace.

C’est ce qu’il fait en présentant Iphigénie comme une vieille dame s’accrochant jusqu’au dernier souffle à sa dignité (habillée en grande classe parmi les personnes âgées d’une maison de retraite) et se remémorant sa vie dramatiquement sacrifiée par sa famille.

Réapparaît alors une seconde Iphigénie, jeune cette fois, jouée en alternance par la soprano ou bien la fantastique actrice Renate Jett que nous avons revu dans Parsifal.

Le point de départ est le mariage d'Iphigénie avec Achille qui finalement n'aura pas lieu, la jeune fille se retrouvant sous l'emprise de Thoas une fois arrivée en Tauride.

Cette vision psychanalytique reconstitue l’enchaînement des pulsions criminelles qui conditionnent la famille des Atrides (meurtres d’Agamemnon par Clytemnestre,  de Clytemnestre par Oreste et enfin d’Oreste par Iphigénie qui sera ici arrêté à temps).

Pour renforcer la violence de cette histoire et son caractère obsessionnel, Krzysztof Warlikowski manie des éclairages aussi bien rouge éclatant que vert crépusculaire.

Mais ce sont avant tout les miroirs semi réfléchissants qui permettent de disloquer le champ théâtral.
Selon l’angle d’attaque des lumières, la salle et l’avant scène se reflètent totalement, ou bien l’arrière scène se superpose aux reflets des glaces, comme nos propres images mentales peuvent interférer.

Yann Beuron (Pylade) et Franck Ferrari (Thoas)

Yann Beuron (Pylade) et Franck Ferrari (Thoas)

Il faut reconnaître que la dimension confuse du dispositif peut égarer un peu le spectateur.

 

Il en ressort des scènes particulièrement malsaines, comme le meurtre de Clytemnestre par Oreste exécuté par un acteur totalement nu et frappant sa mère à chaque fois que le chœur reprend « il a tué sa mère ».

Ce sont également des images de solitude poignante et de vide affectif (Iphigénie tenant son coussin au moment de choisir l’homme qu’elle épargnera), et enfin l’apaisement final après le meurtre de Thoas qui libère la prêtresse d’un poids écrasant.

 

Il y a deux ans, Maria Riccarda Wesseling avait été une Iphigénie adéquate à cette vision et prenait plaisir à chanter dans des postures inhabituelles. Mireille Delunsch se plie également à la volonté de K.Warlikowski mais de manière plus mesurée et plus inégale vocalement dans sa projection sonore. Le timbre accentue un sentiment d’angoisse étriquée.

 

Yann Beuron paraît un peu las mais toujours aussi doux et c’est surtout Stéphane Degout qui porte le duo d’hommes dont la force émotionnelle des dialogues reste scéniquement traitée avec beaucoup de pudeur.

Frank Ferrari est un Thoas absolument parfait par sa noirceur et les réactions de rejet qu’il dégage, et si Ivor Bolton tire des couleurs parfois scintillantes de l’orchestre il se laisse aussi emporter par le drame sans trop penser aux chanteurs.

Lire également le compte-rendu de la reprise du 11 et 14 septembre 2021 Iphigénie en Tauride (Erraught – Ott - Hengelbrock - Warlikowski) Garnier.

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Publié le 31 Mai 2008

I Capuleti e i Montecchi (Bellini)

Représentations du 24 et du 31 mai 2008
Opéra Bastille

Direction musicale Evelino Pidò

Mise en scène Robert Carsen

Giulietta Anna Netrebko (24 mai)

             Patricia Ciofi     (31 mai)

Romeo Joyce DiDonato

Tebaldo Matthew Polenzani

Lorenzo Mikhail Petrenko

Capellio Giovanni Battista Parodi

Il est fort peu probable que Bellini aurait imaginé que près de deux siècles plus tard sa version de « Romeo et Juliette » puisse recueillir un tel succès. Il ne reste pas grand-chose du drame de Shakespeare et donc tout repose sur le savoir faire mélodique du compositeur et surtout les qualités vocales des interprètes.

Car « Les Capulets et les Montaigus » est un opéra créé pour de belles voix.
La force des sentiments liant les amants s’y exprime d’une manière telle que les déclamations initiales de Tebaldo, pourtant vaillantes un instant, pâlissent et s’effacent définitivement lors de leur premier duo.

Anna Netrebko (Giulietta)

Anna Netrebko (Giulietta)

Anna Netrebko était donc très attendue pour sa première apparition à l’Opéra de Paris, et indéniablement nous avons eu droit à un festival vocal.

La souplesse et la pureté des lignes portent parfois préjudice à l’élocution mais il y a chez la soprano russe un plaisir évident à jouer d’une puissance qui surprend tout spectateur et lui rappelle ainsi qu’il n’entend pas un chant d’une soudaine ampleur tous les jours. Surtout que la dame n’est pas avare de petits ornements de ci de là effectués avec une aisance stupéfiante.

Sans doute cela réveille t-il aussi une certaine nostalgie d’une époque où des chanteuses et chanteurs spectaculaires galvanisaient un public au bord de l’hystérie.

Seulement, nonchalance et jeu scénique très prévisible contribuent aussi à diluer une impression d’indifférence et un état d’esprit tourné plus vers le démonstratif que vers l’identification à un personnage.

A cet égard, Joyce Di Donato, qui s’était déjà révélée une interprète idéale de la fougue adolescente

d’Idamante (Idomeneo), réédite une incarnation enflammée du rôle de Roméo avec une audace parfois très risquée. Elle est capable d’exprimer une variété de sentiments en une seule phrase traduisant ainsi le chaos intérieur des émotions au travers duquel l’élan chevaleresque et passionné du jeune homme reste imparable.

Les duos avec Giulietta sont à chaque fois des moments où le temps perd tout son sens à la manière des sensations d’enivrement. C’est très particulier et d’ailleurs dans cet opéra l’action importe peu.

A partir de l’endormissement de la fille de Capuleti, Joyce Di Donato devient affectée par une douleur incroyablement déchirante, le final où les deux femmes meurent étant un drame aussi bien pour l’œuvre elle-même que pour le spectateur qui se trouve privé de deux des plus belles voix qu’il ait entendu depuis longtemps.

  

Joyce Di Donato (Romeo)

Le triomphe fait aux deux chanteuses est sans appel.

Mais soyons juste, Matthew Polenzani est sans doute un des meilleurs ténors capables d’interpréter Tebaldo.

C’est très étrange, l’émission est très affirmée et s’appuie sur un souffle d’une grande profondeur, mais en même temps les vibrations du timbre lui donnent comme une sorte de fragilité qui le débarrasse de toute arrogance.

C’est à l’occasion de Lucia di Lammermoor il y a deux ans que le chanteur s’était petit à petit affirmé dans le rôle d’Edgar. La belle assurance affichée aujourd’hui confirme la voie choisie.

 

Mikhail Petrenko et Giovanni Battista Parodi sont tout à fait biens dans leurs rôles, et ce n’est pas moi qui critiquerait le style trépidant de la direction d’ Evelino Pidò, bien que tenir le rythme n’a pas toujours semblé évident pour les choristes.

Joyce DiDonato (Roméo) et Anna Netrebko (Juliette)

Joyce DiDonato (Roméo) et Anna Netrebko (Juliette)

La mise en scène d’un Robert Carsen de jeunesse se concentre sur l’essentiel : le rouge des Capulets (parti des Guelfes lié au Pape), bras droit d’une religion oppressive et sanglante, s’oppose au noir, tout autant tragique, des Montaigus (parti des Gibelins lié à l’Empereur).

Se distingue une belle idée qui consiste à laisser Giulietta endormie après avoir bu le breuvage somnifère, tandis que les soldats morts se lèvent pour se réconcilier au cours d’un bref passage dans le monde des esprits.

Mais maintenant il reste à entendre la Giulietta de Patricia Ciofi , tragédienne née.

De retour donc à l’Opéra Bastille, une semaine plus tard, pour retrouver la chanteuse italienne remplaçante d’Anna Netrebko pour au moins trois soirs.

L’amateur de vérité humaine ne peut que sortir convaincu de cette représentation, tant Patricia Ciofi possède le talent de rendre son personnage émouvant. D’aucun soulignera sans doute que sa Giulietta ressemble à Lucia ou Traviata, mais la manière dont l’auditeur est pris par l’interprétation diffère fortement du vécu le jour de la première.

 

Patricia Ciofi (Giulietta)

Si la soprano Russe jouait sur le pouvoir psychique de sa puissance virtuose et de sa beauté glamour, avec madame Ciofi le sentimentalisme de chacun est bien plus sollicité par la délicatesse de la voix, des gestes et de son regard tragiquement illuminé.

Toute la légèreté de l’aigu envahit la salle et révèle une pureté d’âme qui touche au cœur.

Le jeu avec Joyce di Donato (à nouveau passionnément exaltée) en est également plus caressant et sensuel.

Joyce DiDonato (Roméo) et Patricia Ciofi (Juliette)

Joyce DiDonato (Roméo) et Patricia Ciofi (Juliette)

Ce soir, Matthew Polenzani affiche encore plus de subtilité et laisse un peu de côté son caractère incisif. 

L'intensité vécue par les spectateurs n'est que très justement retournée vers les artistes au rideau final en remerciement pour cette soirée mémorable.

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Publié le 20 Mai 2008

Violetta Urmana (Salle Pleyel)
Récital du 20 mai 2008

Richard Wagner  Wesendonck-Lieder
Sergueï Rachmaninov Kak mne bol’no, Vocalise, Dissonans, Zdes’ khorosho, Vesennije vodv
Richard Strauss  Frühlinsgedränge, Wasserrose, Wir beide wollen springen, Belfreit, Zueignung, Mit deinen blauen Augen, Schlechtes Wetter
Giacomo Puccini  Vissi d’Arte
Amilcare Ponchielli Suicidio
Giuseppe Verdi Pace, Pace

En voilà une découverte ! La soprano lituanienne possède des moyens qui lui permettraient de réussir un long vol dans les grands rôles italiens sans trop se poser de questions.

Et bien elle est venue ce soir montrer l’étendue de son répertoire et de ses affinités avant d’incarner Lady Macbeth à Bastille.

Violetta Urmana

Violetta Urmana

Car son timbre un brin acide suggère comme une sorte de lucidité, une émotion maîtrisée adéquate aux mélodies du XXième siècle, les aigus sidérants d’aplomb ne l’entravant même pas lorsqu’il faut aller chercher les graves les plus sombres du « Suicidio ».

Violon de Poulenc, Cäcilie de Strauss, Coplas de Curro Dulce d'Obradors et une chanson folklorique lituanienne en bis généreux, rares aujourd’hui sont les chanteuses capables d’offrir de telles étendues musicales (et l’on repense à Julia Varady).

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