Publié le 29 Octobre 2026

Macbeth (Giuseppe Verdi - 14 mars 1847, Florence)
Version révisée en français le 21 avril 1865, Paris - Théâtre Lyrique (Place du Châtelet)
Représentation du 20 octobre 2026
Metropolitan Opera - New York

Macbeth Quinn Kelsey
Banco Ryan Speedo Green
Lady Macbeth Lise Davidsen
Dame de Chambre de Lady Macbeth Marcy Stonikas
Macduff Freddie De Tommaso
Malcom Jonathan Burton
Un médecin Marley Garvin
Un Serviteur Jeongcheol Cha
Un sicaire Christopher Job

Direction musicale Yannick Nézet-Séguin
Mise en scène Louisa Proske (2026)

Nouvelle production

 

Les passionnés lyriques connaissent bien la version de ‘Macbeth’ éditée chez RCA Victor à l’occasion de son entrée au répertoire du MET, le 05 février 1959, et enregistrée avec Leonie Rysanek et Leonard Warren dans les rôles principaux, sous la direction d’Erich Leinsdorf et dans la mise en scène de Carl Ebert, qui reste aujourd’hui une référence discographique incontournable.

Deux autres productions suivront en 1982 (Peter Hall, sous la direction musicale de James Levine), puis en 2007 (Adrian Noble, également sous la direction musicale de James Levine), mais l'une fut jugée trop kitsch et maladroite et l'autre trop inspirée par les formes du Regietheater européen pour être toutes deux pleinement appréciées.

Lise Davidsen (Lady Macbeth) et Quinn Kelsey (Macbeth) - Photo Marty Sohl

Lise Davidsen (Lady Macbeth) et Quinn Kelsey (Macbeth) - Photo Marty Sohl

D’un certain point de vue, la nouvelle production que présente Louisa Proske, metteuse en scène allemande installée à New York et qui commence à gagner les plus grandes scènes du monde, corrige ces deux défauts à travers une approche d’une très grande lisibilité qui s’appuie sur une scénographie évoquant la rudesse du moyen-âge selon plusieurs tableaux élaborés sur une tournette afin de fluidifier les changements de lieux, de la lande écossaise aux quartiers délabrés par les guerres intestines en passant par la sobre chambre de Lady Macbeth. Les stigmates de bombardements sont omniprésents jusqu'à l'avant scène, une bouche ouverte sur un monde détruit.

Macbeth (Davidsen Kelsey Speedo Green De Tommaso Nézet-Séguin Proske) MET

Les costumes des nobles sont précieusement soignés, l’utilisation du brouillard de guerre rampant sur les amas de pierres crée une atmosphère impressive, mais ce sont véritablement les sorcières qui bénéficient d'une direction particulièrement dynamique, décrites comme des êtres maléfiques pouvant se fondre dans le paysage. Dès l'ouverture, elles sont associées à des artistes danseurs qui simulent les combats sur la lande du Comté de Moray, avec un art du mouvement parfaitement aligné sur la musique orageuse de Guiseppe Verdi, et ils réapparaissent même lors de la scène du banquet, toujours sous l'impulsivité de la musique, avec toutefois un style de danse géorgien qui parait plus décalé à ce moment là.

Scène d'ouverture des sorcières - Photo Marty Sohl

Scène d'ouverture des sorcières - Photo Marty Sohl

Les premiers mouvements du ballet composé pour Paris, habituellement coupé, sont même rétablis pour permettre aux sorcières de jouer une scène prémonitoire des conspirations menées par le couple Macbeth, un peu à l'image de la pantomime d'un autre ouvrage shakespearien, 'Hamlet'.

En revanche, le ballet aérien des Sylphes, destiné à accompagner le réveil de Macbeth, n'est pas conservé, mais on peut supposer que c'est pour maintenir la noirceur dramatique du propos.

De par son unité, la production de Louisa Proske offre ainsi une représentation bien construite, en accord avec l'imaginaire que l'on peut avoir de ce XIe siècle écossais marqué par les guerres de factions, ce qui la rapproche du style qu'affectionne le metteur en scène britannique David McVicar tel qu'on a pu l'observer au MET dans 'Il Trovatore', par exemple, qui fait les mêmes allusions aux couleurs crépusculaires des tableaux de guerres civiles de Francisco de Goya.

Les clair-obscurs de la scène finale et la solitude dans laquelle se trouve Macbeth à l'annonce de la mort de la Lady imprègnent le regard d'une impression de désolation absolue.

La Josie Robertson Plaza du Lincoln Center et la fontaine Revson vues depuis la loggia du MET

La Josie Robertson Plaza du Lincoln Center et la fontaine Revson vues depuis la loggia du MET

Cependant, le spectacle étonne par le minimalisme de son jeu théâtral, et particulièrement celui de Lady Macbeth qui ne fait nullement ressortir la noirceur psychologique de ce personnage monstrueux.

Lise Davidsen a bien évidemment la solidité et l'endurance défiantes vis-à-vis de ce rôle qui permettent d'apprécier la progressivité de sa puissance grâce à un beau fusain de voix dont le métal chauffé à blanc se charge d'une incandescence prodigieuse. Ce galbe vocal d'une grande pureté lui assure de fait une stature d'une noblesse souveraine, mais dans le discours courant, très important dans cette œuvre où le couple infernal conspire continuellement, son propos manque d'incisivité et de morbidité.

Se pose alors la question de la raison pour laquelle Louisa Proske n'a pas cherché à lui insuffler une manière d'être qui extériorise beaucoup plus les névroses de la Lady, afin de la sortir d'une attitude trop hiératique.

Scène de révolte finale - Photo Marty Sohl

Scène de révolte finale - Photo Marty Sohl

Excellent tragédien rôdé aux caractères verdiens depuis plus de quinze ans, Quinn Kelsey rend un portrait violemment torturé de l'usurpateur, avec des accents plaintifs qui font ressortir une sensible souffrance intérieure.

Les gradations de noirceurs et de mordant font l'expressivité de son chant et contribuent aussi à une impression d'adéquation entre la structure scénographique et le relief vocal complexe qui émerge de son interprétation. Et si la version retenue de 'Macbeth' est bien celle révisée pour le Théâtre lyrique de Paris en 1865, mais dans la langue italienne, l'air final de la version initiale de 1847, 'Mal per me che m'affidai', est réintégré au moment de sa mort ce qui amplifie le poids de sa responsabilité.

Yannick Nézet-Séguin et Lise Davidsen

Yannick Nézet-Séguin et Lise Davidsen

Auprès de ces deux grands artistes lyriques, Freddie De Tommaso fait une première apparition au moment de la mort de Duncan avec un sens de l'urgence plutôt modéré, mais se révèle d'une magnifique chaleur mêlée d'héroïsme dans l'air de désespoir de Macduff, 'O filii mei', qui suit le massacre de sa famille perpétré par Macbeth. Le chœur du MET se montre par ailleurs d'une ferveur empreinte de poésie quand 'Patria oppressa' s'élève depuis les décombres.

Quant à Ryan Speedo Green, il rend à Banco une humanité bienveillante avec des aspérités vocales qui traduisent ses heurts intérieurs, mais l’on sait aussi qu’il est possible de traduire un caractère encore plus lugubre.

Tous les seconds rôles sont par ailleurs bien distribués avec des colorations distinctes qui participent aux effets de contrastes du drame, Marcy Stonikas se distinguant particulièrement pour la profondeur qu’elle insuffle à la Dame de Chambre de Lady Macbeth.

Freddie De Tommaso (Macduff)

Freddie De Tommaso (Macduff)

Et si la direction scénique semble globalement assez neutre, il n’en va pas de même de la direction musicale hyperthéâtralisée de Yannick Nézet-Séguin qui entraîne les musiciens du MET à la limite de l'emballement selon un souffle d’une ampleur étourdissante, les différentes trames orchestrales se superposant avec un sens de l’ornementation et une vitalité vraiment excitants. A une telle écoute, on imaginerait sans mal un Riccardo Muti réclamant un peu de tempérance, mais un tel sens du discours, une telle pénétrance dans la pulsion du drame sont le plus bel exemple d’une interprétation cinématographique galvanisante, le tout déroulé devant une salle comble et enthousiaste qui a rendu aux artistes un accueil à la hauteur de leur juste engagement.

Quinn Kelsey, Tilman Michael (chef de chœur), Yannick Nézet-Séguin et Lise Davidsen

Quinn Kelsey, Tilman Michael (chef de chœur), Yannick Nézet-Séguin et Lise Davidsen

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Publié le 24 Octobre 2026

Lincoln in the Bardo (Missy Mazzoli – 19 octobre 2026, MET)
Livret de Royce Vavrek d’après la nouvelle éponyme de George Saunders (2017)
Représentation du 19 octobre 2026
The Metropolitan Opera (New York)

Reverend Christine Goerke
Mrs. Francis Hodge Janai Brugger
Willie Lincoln Everett Sobers
Miss Elise Traynor Anthony Roth Costanzo
Bevins Jonah Hoskins
Thomas Havens Joshua Blue
Lincoln Peter Mattei
Vollman Ryan McKinny
Mrs. Baron Stephanie Blythe
Mr. Baron Craig Colclough

Liztie Viviana Goodwin
LT. Stone Daniel Clark Smith
Ginger Chap from Maine Christopher Job

Direction musicale Yannick Nézet-Séguin
Mise en scène Lileana Blain-Cruz (2026)

Création mondiale, commandée par The Metropolitan Opera et The Santa Fe Opera, en coproduction avec The Indiana University Jacobs School of Music
‘Lincoln in the Bardo’ a été réalisé avec le soutien de The Cincinnati Opera / University of Cincinnati College-Conservatory of Music’s Opera Fusion: New Works program and Chautauqua Institution.

Avec ‘Lincoln in the Bardo’, Missy Mazzoli fait son entrée dans la grande salle du Metropolitan Opera 14 ans après ses débuts au Kitchen de New York, une salle de spectacle située dans le quartier de Chelsea où fut créé ‘Song for the Uproar’ (‘Le Chant du tumulte’) en février 2012.

Les parisiens l’ont découverte à l’Opéra Comique en mai 2023 lors de la reprise de ‘Breaking the Waves’, une œuvre lyrique créée à Philadelphie en septembre 2016 sur la base du film de Lars von Trier, qui fut appréciée par un large public aux sensibilités bien diverses.

Peter Mattei (Lincoln) et Everett Sobers (Willie) - Photo Karen Almond

Peter Mattei (Lincoln) et Everett Sobers (Willie) - Photo Karen Almond

Pour son nouvel opéra commandé en 2018, la compositrice américaine s’est à nouveau associée à son librettiste fétiche, Royce Vavrek, avec lequel pas moins de six œuvres lyriques ont émergé depuis 2012, et à Lileana Blain-Cruz qui mit en scène pour elle ‘The Listeners’ à Oslo en septembre 2022.

Récompensé en 2017 pour sa nouvelle ‘Lincoln in the Bardo’ qui mêle le chagrin d’Abraham Lincoln, confronté à la perte d’un de ses fils, aux voix des morts, George Saunders a approuvé la réduction qu’en a faite Royce Vavrek, d'où se dégagent quelques fantômes principaux alors que plus d’une centaine sont présents dans le livre.

Le MET peu avant la première de 'Lincoln in the Bardo'

Le MET peu avant la première de 'Lincoln in the Bardo'

Pour cette nouvelle production, Lileana Blain-Cruz a constitué un décor unique inspiré du cimetière d’Oak Hill de Washington, qui représente une forêt profonde, allégorie des tourments de l’âme humaine. Toutefois, elle l’éclaire par des nuances arc-en-ciel qui, pour le spectateur, peuvent être interprétées aussi bien pour leur symbole divin, le lien entre l’homme et Dieu, très important aux États-Unis, que pour son signe d’espérance, ou bien pour l’essence même du Bardo dans la tradition bouddhique, c’est à dire un lieu de transition entre la vie et la mort.

Les couleurs sont cependant parfois trop appuyées, et, associées au grotesque de situation que reprend le livret – au début, le sort du vieux Vollman enclin à des érections démesurées vise à faire s’esclaffer le public - et aux costumes volontairement ternis pour signifier la mort, le risque qu’une impression de kitsch ne se dégage reste bien présent.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que Royce Vavrek a pensé son texte en intégrant le rapport au spectateur, ce que traduisent les didascalies mêmes, en appelant notamment le personnage du Révérend à s’adresser directement à l’audience.

Le chœur du MET au salut final

Le chœur du MET au salut final

La réception de ‘Lincoln in the Bardo’ dépend donc beaucoup de la capacité de l’auditeur à accepter l’esprit de la pièce originelle et à se laisser aller à cette vision surréaliste du passage de la vie à la mort, et de la menace qui y est suggérée. 

En effet, il est tout à fait possible de ne pas adhérer à cette vision et de considérer que c’est au contraire le fait d’accepter que la mort est bien une fin nette et définitive qui fait le prix de la vie, ce qui oblige chacun à bien mieux profiter de tous les instants qui lui sont offerts.

Anthony Roth Costanzo (Miss Elise Traynor) - Photo Karen Almond

Anthony Roth Costanzo (Miss Elise Traynor) - Photo Karen Almond

A travers une direction d’acteur naturelle et vivante, les protagonistes fantomatiques sont ainsi amenés par la présence du jeune Willie, qui n’a pas encore compris qu’il est mort, à exposer leurs tourments et leurs souffrances - la jeune demoiselle Elise Traynor incarnée par le timbre mélancolique d'Anthony Roth Costanzo, vocalement hautement sollicité, en étant la plus exubérante manifestation, car son écriture vocale fine et répétitive est une mise en garde vis-à-vis de celles et ceux qui n'acceptent pas la mort. 

Toutefois, la réalisation scénique fait largement entrevoir les figurants chargés d’animer les divers organes de ces êtres fantastiques, ce qui a tendance à tirer le spectacle vers le jeune public et vers les adultes au grand cœur d’enfant.

Peter Mattei (Lincoln) et Everett Sobers (Willie) - Photo Karen Almond

Peter Mattei (Lincoln) et Everett Sobers (Willie) - Photo Karen Almond

En l’absence de réelle noirceur, le cœur émotionnel se recentre sur les interventions d’Abraham Lincoln, dévasté par la perte de son fils. Une sorte de pièce parallélépipédique sertie de néons vient s'incruster dans la scénographie, manière d’isoler le Président devant la tombe de son fils.

Willie observe cela avec distance, mais l’un des points forts de ce spectacle est d’accorder une présence permanente au jeune acteur et chanteur, Everett Sobers, légèrement sonorisé, qui dispense un doux chant angélique qui vise à embaumer les sentiments noirs de son père et à offrir une voix désincarnée qui tranche avec celles des fantômes chargés par leur propre histoire.

Christine Goerke (Reverend) - Photo Karen Almond

Christine Goerke (Reverend) - Photo Karen Almond

Un autre point fort est la primauté accordée au rôle du Révérend, vivifié par une Christine Goerke tellement appréciée au MET que dès son apparition, pourtant méconnaissable avec une apparence de clocharde, elle est accueillie par des applaudissements tonitruants.

Une fois l’entracte passé, la pièce lui réserve d’ailleurs un long monologue au début du second acte qui est chanté comme une véritable confidence envers le public, et la netteté de sa diction enrichie par une palette de coloris bien marqués, lui permettent d'afficher une très forte personnalité, bien qu'elle soit un esprit qui a conscience d'être mort.

Viviana Goodwin (Liztie) et Janai Brugger (Mrs. Francis Hodge)

Viviana Goodwin (Liztie) et Janai Brugger (Mrs. Francis Hodge)

Il y a aussi une évocation des victimes du racisme pendant la guerre de Sécession, trame de fond au cours de laquelle Willie a perdu la vie suite à une fièvre typhoïde, qui offre à Janai Brugger l'occasion d'exprimer le caractère incisif de Mrs. Francis Hodge tout en préservant un velours vocal très agréable à l'écoute.

Toutefois, c'est bien Peter Mattei qui profite des plus beaux passages lyriques, mélange de mouvements sombres et de clartés mélodiques qui s'allient harmonieusement à la noirceur séductrice du baryton suédois, ce qui crée une atmosphère propice à l’envoûtement spirituel.

Par ailleurs, du fait que l'écriture orchestrale et vocale se révèle interpénétrée et fort imaginative tout en laissant place à des explosions fantaisistes, tous les solistes en sortent magnifiés, tels le ténor Jonah Hoskins qui creuse en son chant une profondeur semblable à celle de Peter Mattei, ainsi que le basse-baryton Ryan McKinny qui insuffle au personnage de Vollman un caractère théâtral à la fois viril et direct mais aussi doué d'un subtil sens bienveillant.

Yannick Nézet-Séguin, George Saunders, Missy Mazzoli et Royce Vavrek

Yannick Nézet-Séguin, George Saunders, Missy Mazzoli et Royce Vavrek

Enfin, Missy Mazzoli a écrit pour les voix du chœur, anges et fantômes qui peuplent cet espace transitionnel, une polyphonie chatoyante et surnaturelle qui contribue également à l'irréalité de la pièce, ce qui en fait un ouvrage musical travaillé dans tous ses détails mais qui draine également un courant qui nous entraîne quelque part.

Et si l'on fait abstraction du visuel et du comique de situation, on peut intuitivement ressentir des similitudes avec la structure musicale de 'Œdipe' de Enescu, en particulier en rapprochant les dissonances de Miss Elise Traynor de celles de La Sphinge, mais aussi de par la présence prégnante du chœur, et surtout pour la capacité de l'orchestre à saisir cet état d'étrangeté qui mêle vitalité et mystère à travers des textures et chromatismes complexes.

 Everett Sobers et Peter Mattei

Everett Sobers et Peter Mattei

Pour Yannick Nézet-Séguin, conduire un tel ouvrage est un évident délice de gourmand qui se mesure à son empathie à emporter les musiciens dans les méandres et délicatesses de l'œuvre, et qui irradie la fosse d'orchestre avec une intention sentimentaliste qu'autorise aussi la partition lorsqu'elle associe la présence de l'enfant aux mélodies des vents.

Le grand accueil que réserve à cette première mondiale le public du MET, avec une présence notable de jeunes, salue aussi bien la composition musicale que l'interprétation, mais également le travail scénique de Lileana Blain-Cruz qui s'inscrit dans un esprit festif 'Broadway', avec notamment des feux d'artifices multicolores pour traduire le passage soudain vers l'autre monde. Très applaudie sera la montée finale de Willie, doublé par un acteur, vers le ciel.

Yannick Nézet-Séguin entouré de Joshua Blue, Jonah Hoskins, Ryan McKinny, Everett Sobers et Peter Mattei

Yannick Nézet-Séguin entouré de Joshua Blue, Jonah Hoskins, Ryan McKinny, Everett Sobers et Peter Mattei

Dans le cas d'une reprise européenne, il serait aussi pertinent de confier la réalisation scénique à un autre regard, plus sobre et minimaliste, qui cherche à fondre les impressions visuelles aux couleurs et multiples trames de la musique de Missy Mazzoli, de façon à accroître la profondeur des impressions, comme aurait pu le faire un certain Robert Wilson.

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Publié le 10 Octobre 2026

Der Ring des Nibelungen - Götterdämmerung (Richard Wagner – Bayreuth, le 17 août 1876)
Répétition générale du 02 octobre 2026 et représentations du 08 et 11 octobre 2026
Opéra Bastille

Siegfried Andreas Schager
Gunther Johannes Martin Kränzle
Hagen Mika Kares
Alberich Brian Mulligan
Gutrune, Dritte Norn Sinead Campbell Wallace
Waltraute Eve-Maud Hubeaux
Brünnhilde Tamara Wilson
Erste Norn, Aude Extrémo
Zweite Norm Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Flosshilde Katharina Magiera
Woglinde Margarita Polonskaya
Wellgunde Isabel Signoret

Direction Musicale Pablo Heras-Casado
Mise en scène Calixto Bieito (2026)

Nouvelle production
Diffusion en direct sur Paris Opera Play, la plateforme de l'Opéra de Paris, le dimanche 22 novembre 2026 à 14h

Synopsis

La prédiction
Siegfried et Brunnhilde se séparent après s’être échangés l’anneau et le cheval Grane.
Pendant ce temps, le destin s’assombrit pour Wotan. Il a ordonné à ses guerriers d’amonceler autour du Walhalla le bois du Frêne Universel, maintenant mort, avec lequel fut taillée sa lance. Les trois Nornes prédisent l’incendie de la résidence divine.

Le filtre d’oubli
En suivant le Rhin, Siegfried arrive au palais des Gibichungen. Il est accueilli par Gunther et son demi-frère Hagen qui garde le vœux secret de recouvrir l’anneau pour son père, Alberich. Il a auparavant déjà proposé une alliance qui assurera la gloire du royaume : le mariage de Gunther avec Brünnhilde et de Gutrune, sa sœur, avec Siegfried. Il remet alors un filtre à Gutrune qui a le pouvoir de faire oublier l’amour de toute femme. Siegfried le boit, s’éprend de son hôte, et fait serment d’amitié avec Gunther en lui promettant de conquérir pour lui la vierge du roc.

La trahison
Pendant ce temps, Brünnhilde voit arriver une de ses sœurs, Waltraute, qui lui suggère de se débarrasser de l’anneau. Elle refuse. Siegfried survient sous les traits de Gunther (grâce au heaume magique), lui arrache l’anneau, et la garde pendant la nuit.
Cette même nuit, Alberich vient exhorter son fils à rester loyal à sa mission.
Au matin, le couple retourne au palais.  Brünnhilde comprend la trahison, mais Siegfried jure d’être innocent et, dans un accès de désespoir, la vierge voue la lance de Hagen à la destruction du héros. Gunther se laisse convaincre de la nécessité de tuer Siegfried. Brünnhilde révèle alors que le dos est la partie vulnérable de son corps.

La mort de Siegfried
Le lendemain, une partie de chasse a été arrangée. Siegfried rencontre les ondines qui le préviennent de sa mort prochaine, mais il refuse de leur remettre l’anneau. Plus tard, il est rejoint par ses hôtes. Hagen lui fait boire un breuvage qui ranime sa mémoire, et son récit du réveil de la vierge exacerbe le sentiment de trahison de Gunther. Hagen plante la lance dans le dos de Siegfried.

Le sacrifice de Brunnhilde
Au retour de la procession funèbre au palais, Gunther et Hagen se disputent l’anneau et ce dernier tue son frère. Au moment de s’emparer de l’anneau, Brünnhilde apparaît : les Filles du Rhin l’ont instruite de toute la vérité. Elle commande aux vassaux de dresser un bûcher sur lequel elle s’immolera et annonce la fin du Walhalla. Puis, elle plonge dans le bûcher avec Grane. Les flammes envahissent le palais, le consument, le Rhin déborde, éteignant le feu. Hagen se jette à l’eau pour récupérer l’anneau et se noie. Les survivants regardent avec crainte et émerveillement le Walhalla qui brûle avec les dieux.

Mika Kares (Hagen), Andreas Schager (Siegfried) et Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Mika Kares (Hagen), Andreas Schager (Siegfried) et Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Avec ce dernier volet, Calixto Bieito prouve à quel point il est toujours un metteur en scène qui compte dans le paysage lyrique en présentant une dernière journée du 'Ring' d'une percutante justesse de jeu et aussi d'une forte signifiance.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn) et Sinead Campbell Wallace (Dritte Norn)

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn) et Sinead Campbell Wallace (Dritte Norn)

Devant une immense machine à tisser froidement métallique, image monumentale qui allie habilement la puissance technologique et l'une des conditions de la vie humaine moderne, rendue encore plus impressive sous les faisceaux lumineux semblant provenir d'un astre se levant au lointain, les trois nornes enroulent péniblement les câbles numériques de la connaissance, les cordes du destin, avant qu'ils ne se rompent, ce qui annonce un inéluctable obscurcissement du monde.

Puis, par un jeu de lumières et de rotation de cette unique pièce de décor, l’ombre d’une maison délabrée apparait.

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Les retrouvailles de Siegfried et Brünnhilde débutent sur un ton badin en jouant à la fois de l'anneau, taillé telle une couronne, et de Grane, le cheval de bois de l'innocence, ce qui engendre une complicité presque hilarante entre Tamara Wilson et Andreas Schager, avant que ce dernier ne donne à Siegfried un visage moins léger, quittant ses vieux vêtements souillés du sang de Fafner pour un costume plus présentable, prêt à prendre le chemin vers les hautes sphères des Gibichungen.

Sinead Campbell Wallace (Gutrune), Mika Kares (Hagen) et Johannes Martin Kränzle (Gunther)

Sinead Campbell Wallace (Gutrune), Mika Kares (Hagen) et Johannes Martin Kränzle (Gunther)

Tableau d'une grande force dans sa manière sobre et efficace de représenter la vanité du pouvoir humain, une large table entourée de chaises en cuir s'étire devant un immense écran renvoyant une image de cieux nuageux, possiblement les symptômes d’un monde en guerre, comme si nous étions dans le bureau d'un grand directeur survolant le monde du haut de sa tour de verre.

Tout suggère ici le vide absolu autour de ce lieu dominateur.

Le Crépuscule des Dieux (Wilson Schager Kares Heras-Casado Bieito) Opéra de Paris

Avec son autorité de velours noir, Mika Kares fait vivre un Hagen fabuleux, appuyé d'une présence magnétique éloquente fort bien incarnée, alors que Johannes Martin Kränzle, baryton de caractère très incisif, tout juste un peu plus prudent dans les aigus, se complet dans un jeu frénétique qui fait de Günther, le demi-frère de Hagen, un être fort instable mentalement.

Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Entourée de ces deux hommes ambitieux, Sinead Campbell Wallace offre à Gutrune une attitude initialement froide avant de révéler sa pleine sensibilité et, surtout, une ampleur vocale dramatique d’un beau métal qui lui donne une stature d’une rare noblesse dans ce rôle.

Tamara Wilson (Brünnhilde) et Eve-Maud Hubeaux (Waltraute)

Tamara Wilson (Brünnhilde) et Eve-Maud Hubeaux (Waltraute)

Toujours dans l’idée de saisir le spectateur par l’artificialité de ce monde numérique, Calixto Bieito révèle par un jeu d’illusion théâtrale la transparence de ce grand dispositif qui se métamorphose en une sorte d’immense grille électronique parcellée de veilleuses rouges au moment de retrouver Brünnhilde. 

En lambeaux, Waltraute surgit vêtue d'une tenue post-apocalyptique, comme si elle avait survécu au cataclysme provoqué par Wotan à la fin de ‘La Walkyrie’, bien que gravement brûlée.

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Le jeu épileptique effrayant qu'obtient Calixto Bieito de la part d'Eve-Maud Hubeaux augmente la dimension tragique de son intervention, une véritable urgence théâtrale que la mezzo-soprano française appuie de son grand sens déclamatoire avec sa voix moins chargée de noirceur que d'autres interprètes, mais spectaculairement nerveuse.

Ce qui est très intéressant dans la progression dramatique, est de voir comment Tamara Wilson prend d'abord de haut sa partenaire afin d'extirper de Brünnhilde un sentiment de mépris vis-à-vis de sa sœur, ce qui la rend antipathique, pour ensuite se retrouver face à un Andreas Schager, vocalement assombri afin de se faire passer pour Günther sous l'emprise du filtre d'oubli, qui, à son tour, se prend à humilier sa partenaire en lui reprenant l'anneau.

Cette scène est traitée comme si Brünnhilde était une jeune femme qui se retrouvait face à son d'amour d'enfance devenu un homme feignant la maturité avec une insensibilité visant à lui détruire le cœur.

Andreas Schager (Siegfried), Mika Kares (Hagen) et Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Andreas Schager (Siegfried), Mika Kares (Hagen) et Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Le second acte recèle moins de surprises en terme de jeu, même si Calixto Bieito maintient les artistes sur un haut niveau d'incarnation, mais débute par une fascinante projection d'images de salles de concert, de théâtres et de cathédrales au style expressionniste et se déformant au fil de la musique évanescente et dépressive de l'ouverture, magnifiques chefs-d’œuvre architecturaux témoins de la puissance d'un monde sur le point de disparaître totalement.

Tamara Wilson (Brünnhilde), Mika Kares (Hagen) et Johannes Martin Kränzle (Gunther)

Tamara Wilson (Brünnhilde), Mika Kares (Hagen) et Johannes Martin Kränzle (Gunther)

Ce qui s'admire le plus est la capacité du metteur en scène à utiliser les ombres du décor pivot générées par les différents axes de projections de lumières pour l'élargir et atteindre même les parois de l'avant-scène et de la salle, afin d'intégrer celle-ci dans la scénographie. 

Excellent de par sa verve maîtrisée, le chœur n'est pas inutilement animé, mais la façon de faire avancer très lentement les vassaux vers la fosse d'orchestre au moment des noces de Gunther et Brünnhilde, telle une force sortie de l'ombre, leur donne une présence feutrée bien ancrée. 

Le Crépuscule des Dieux (Wilson Schager Kares Heras-Casado Bieito) Opéra de Paris

La dernière partie est dominée par la valeur esthétique de sa vidéographie. La mémoire de Siegfried altérée par le filtre se trouve explosée en une multitude de vignettes multicolores aspirées dans les limbes d'un trou noir, la métaphore du nihilisme qui entoure le mystère de l'anneau.

Ces visions se déroulent en surplomb d'une scène de repas préalablement préparée par les trois filles du Rhin, telles des maîtresses de maison bourgeoises, Siegfried n'étant que la victime attendue de cette cérémonie, véritable traquenard digne d'un roman d'Agatha Christie, où tous espèrent récupérer l'anneau, y compris Alberich - Brian Mulligan est toujours aussi génial à traduire la folie mentale du nain - ainsi que les nornes convoquées pour l'occasion.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn), Andreas Schager (Siegfried) et Brian Mulligan (Alberich)

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn), Andreas Schager (Siegfried) et Brian Mulligan (Alberich)

De ce grand tableau, on ne peut s’empêcher de voir un coup de canif passé aux grands repas de famille faussement amicaux, où les enjeux de pouvoir se cachent sous des jeux de piques entre convives.

Isabel Signoret (Wellgunde), Andreas Schager (Siegfried), Mika Kares (Hagen), Johannes Martin Kränzle (Gunther), Katharina Magiera (Flosshilde), Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn) et Brian Mulligan (Alberich)

Isabel Signoret (Wellgunde), Andreas Schager (Siegfried), Mika Kares (Hagen), Johannes Martin Kränzle (Gunther), Katharina Magiera (Flosshilde), Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn) et Brian Mulligan (Alberich)

Après s'être livré avec un enjouement délirant à ce parcours vers les cimes tout au long de la soirée, Andreas Schager, dont on ne cesse d'être ébloui par son assurance vocale et ses éclats très francs qui sont l’exemple même de l'engagement artistique en ce qu'il a de plus extrême, au risque de trop éprouver sa voix, ce qui s'entend subrepticement, joue avec chacun des invités avant que son Siegfried sans peur ne finisse assassiner sur la table tout en longueur, et ne laisse la place à la grande scène finale que Tamara Wilson chantera en abandonnant l'anneau, laissé seul au sol afin d'interroger l'auditeur sur son rapport à la possession - un habile détournement de l'injonction de Hagen 'Vous n'aurez pas l'anneau!' -, avec une fraîcheur et une luminosité vocale à la hauteur du personnage enfantin que lui fait dessiner Calixto Bieito depuis le début, et allégé de toute solennité lorsqu'elle s'éloigne en tournoyant comme emportée dans les remous ténébreux du Rhin.

Sinead Campbell Wallace (Gutrune) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Sinead Campbell Wallace (Gutrune) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

En effet, elle démontre à quel point elle est capable de faire de son corps bien en chair un moteur théâtral que bien des chanteurs n'ont pas, comme si elle tirait son inspiration de ses interactions vives avec les différents protagonistes, les colorations de son timbre de voix changeant sans discontinuité harmonique, avec une capacité à brillamment profiler le son de façon vaillante, mais aussi en induisant des intonations plus attendries qui dépeignent au final un personnage haut en couleur et d'une résistance à toute épreuve.

Émane ainsi de son interprétation de Brünnhilde une pureté que l'on n'entend pas souvent, y compris sur la grande scène de Bayreuth.

Aude Extrémo et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

Aude Extrémo et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

Et à cette distribution émérite, l'impressionnante noirceur d'ébène d'Aude Extrémo et le dramatisme de Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, toutes deux nornes associées à Sinead Campbell Wallace, ainsi que l'unité vocale des trois filles du Rhin tenues par Katharina Magiera, Margarita Polonskaya et Isabel Signoret, apportent un contrepoint parfaitement inséré à la coloration d'ensemble du drame.

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Tamara Wilson et Mika Kares

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Tamara Wilson et Mika Kares

Aux commandes de l'Orchestre de l'Opéra national de Paris, Pablo Heras-Casado se démarque de la direction qu'il avait tenu pour les premiers volets en choisissant des tempi plus lents, au dramatisme peu appuyé, créant surtout une tissure ondoyante aux timbres ambrés d'une subtile finesse et parcellée d'éclats des vents, puissante mais sans jamais rechercher l'effet par trop flamboyant.

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Mika Kares, Tamara Wilson, Andreas Schager, Johannes Martin Kränzle et Eve-Maud Hubeaux

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Mika Kares, Tamara Wilson, Andreas Schager, Johannes Martin Kränzle et Eve-Maud Hubeaux

S'entendent également au fil de la représentation une progressivité dans l'intensité orchestrale et une précision d’orfèvre acérée à dessiner les lignes mélodiques une fois la plénitude de geste atteinte. Très attentif aux chanteurs, il les soutient pour en faire les véritables moteurs du drame, renforçant de fait leur mise en valeur opérée par Calixto Bieito depuis le début de ce 'Ring' empreint de névroses technologiques et de course à l'abîme.

Il en résulte un accueil chaleureux de la part du public pour le chef d'orchestre espagnol, et une impatience à retrouver son compatriote de la direction scénique lors des saluts du Festival 'Ring' prévu au mois de novembre prochain.

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Mika Kares, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado et Andreas Schager

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Mika Kares, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado et Andreas Schager

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Publié le 4 Octobre 2026

Antigone, d"après Sophocle (Teatro Argentina di Roma, le 22 juillet 2025)
Représentations du 01 et 03 octobre 2026
Théâtre de la Ville - Salle Sarah Bernhardt

Mise en scène et chorégraphie Alan Lucien Øyen
Avec Bernard Cauchard*, Enoch Grubb, Douglas Letheren, Héléna Pikon, Pascal Marty, Antonin Monié, Nazareth Panadero, Julie Shanahan, Meng-Ke Wu

* Rôle créé par Fernando Suels Mendoza en 2025

Coproduction Fondazione Teatro Di Roma – The Norwegian Opera And Ballet – Centro Servizi Culturali Santa Chiara.
Avec le soutien de Arts Council Norway – City Of Bergen. Résidence de création Pina Bausch Zentrum

On se souvient de ce soir du 20 septembre 2022 au Palais Garnier dédié à la première de 'Cri de Cœur' d'Alan Lucien Øyen qui stupéfia, voir exaspéra, le public traditionnel d'amateurs de ballets de par son audacieux mélange de théâtre et de chorégraphie inhabituel en un tel lieu. Certains en voulurent haut et fort à Aurélie Dupont partie de l'Opéra de Paris deux mois plus tôt..

Meng-Ke Wu

Meng-Ke Wu

Nul accueil sceptique cette fois au Théâtre de la Ville pour la première française d''Antigone' dévoilée devant un tout autre public friand de nouveautés et bien plus ouvert que celui de 'la grande boutique'.

Le spectacle s'ouvre sur le cri d'Antigone - interprétée par Meng-Ke Wu, artiste indépendante qui collabore avec la plupart des grands chorégraphes contemporains - immédiatement suivi de la lente descente de la fille de Créon le long des escaliers du théâtre pour rejoindre la scène et s'y lover, cernée par sept dalles en bois en forme de L représentant les sept portes de Thèbes devant lesquelles s'affrontèrent ses deux frères, Etéocle et Polynice, ce dernier ayant attaqué sa ville natale face au refus de son frère de céder le trône de la ville, comme décidé après l'exil d' Œdipe, leur père, que semble symboliser par son jeu d'aveugle Bernard Cauchard.

Enoch Grubb, Antonin Monié et Meng-Ke Wu

Enoch Grubb, Antonin Monié et Meng-Ke Wu

Si le thème principal de la tragédie de Sophocle est l’inflexibilité de Créon à condamner Antigone pour avoir enseveli le corps de Polynice par amour et en opposition avec la loi dictatoriale d'un tyran, la pièce d' Alan Lucien Øyen le dilue assez rapidement en l'élargissant aux scandales sociaux d'aujourd'hui - telle la plainte en slogan politique 'I can't Breathe' jetée lors du combat en jeu torsadé d'Enoch Grubb, danseur californien associé à la création de 'Underdog' de Øyen (2024), et d'Antonin Monié, ancien danseur de l'Opéra de Paris qui participa à la création de 'Cri du Cœur' -, en citant en premier lieu les noms des femmes victimes dans la mythologie grecque de la violence des hommes et des Dieux.

Enoch Grubb

Enoch Grubb

Dans cette partie, c'est plutôt la souffrance solitaire qu'Antigone ressent à la perte de son frère qui est mise en scène à travers une chorégraphie torturée mais intériorisée, un démunissement et des effondrements qui ne peuvent que finir en pleurs devant les murs de Thèbes, et qui subissent l'indifférence émotionnelle d'un interlocuteur masculin (Douglas Letheren), sous le regard compatissant des femmes qui l'entourent, Héléna Pikon, la danseuse madrilène Nazareth Panadero et Julie Shanahan, toutes trois des figures emblématiques du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch.

Héléna Pikon, Nazareth Panadero, Julie Shanahan et Meng-Ke Wu

Héléna Pikon, Nazareth Panadero, Julie Shanahan et Meng-Ke Wu

Les choix musicaux d'Alan Lucien Øyen appuient l'immersion chorégraphique et esthétique en faisant intervenir des créations contemporaines telles 'I Wanted To Leave' de SYML, qui clôt le spectacle sur une tonalité mélancolique, ou bien 'Faraway Song' que composa Ryuichi Sakamoto pour le film 'Little Buddha' et qui est reprise par deux fois avec ses accords traditionnels indiens qui se superposent à des scènes dont la violence est masquée. Il s'agit toujours de musiques fluides et mystérieuses qui s'harmonisent idéalement à une gestuelle qui maintient le centre de gravité bas, en état de déséquilibre, qui oblige à avancer en étirant les jambes, avec de magnifiques effets de torsions des corps, comme cela peut s'admirer chez Enoch Grubb en particulier.

Pascal Marty, Antonin Monié, Bernard Cauchard, Héléna Pikon, Douglas Letheren, Enoch Grubb et Julie Shanahan

Pascal Marty, Antonin Monié, Bernard Cauchard, Héléna Pikon, Douglas Letheren, Enoch Grubb et Julie Shanahan

Dans la seconde partie, on s'éloigne beaucoup de la tragédie d'Antigone pour évoquer les affaires de féminicides et d'incestes actuelles, mais avant cela, une séquence burlesque faisant intervenir chaque danseur afin de mimer le chant d'un oiseau vient complètement percuter la charge dramatique, offrant une respiration aux spectateurs avant d'aborder des thèmes encore plus sensibles. Il s'agit ici de détourner la scène où Tiresias raconte à Créon comment il a vu des oiseaux dévorer des cadavres, suggérant ainsi que les Dieux ont désormais abandonné les hommes.

Julie Shanahan

Julie Shanahan

Des faisceaux latéraux illuminent le mur formé des sept dalles de bois selon des angles qui varient, parfois à l'initiative des danseurs eux-mêmes, les hommes sont souvent torses-nus, en véritables prédateurs, et le langage chorégraphique montre dans une ambiance crépusculaire comment les incarnations féminines subissent - Meng-Ke Wu face aux abus sexuels -, se rebellent - Nazareth Panadero qui manie aussi bien l’absurde que le langage de l'arme à feu - ou appellent à l'aide - Julie Shanahan dans une gestuelle verticale tournée vers le ciel -, et une fascinante scène de gestuelle mécanique préparant une arme, au son de cliquetis métalliques, est jouée avec talent par Pascal Marty et Enoch Grubb, car la violence naît aussi chez celles, mais aussi ceux, qui ont subi des violences au cours de leur jeunesse, après avoir eu recours à une stratégie d’évitement du traumatisme.

Pascal Marty et Enoch Grubb

Pascal Marty et Enoch Grubb

Cette partie prend ainsi une dimension thérapeutique et se résout en focalisant sur le dos de Bernard Cauchard les mots Justice, Shame, Honor et Incest, sous le regard des femmes victimes, avant que Julie Shanahan se fonde de façon cérémonielle dans le public afin de lui faire lire individuellement 'N'oublie pas que tu es aimé', invitant ainsi à la bienveillance vis à vis de soi afin d'éviter de tomber dans la haine de soi.

Enoch Grubb et Nazareth Panadero

Enoch Grubb et Nazareth Panadero

Immense succès au final devant un public de tout âge, parfois très jeune, finissant debout à applaudir chaleureusement ces danseurs-acteurs et aussi chanteurs (Enoch Grubb) totalement unis.

 Douglas Letheren, Antonin Monié, Nazareth Panadero, Bernard Cauchard, Meng-Ke Wu, Pascal Marty, Julie Shanahan, Héléna Pikon et Enoch Grubb

Douglas Letheren, Antonin Monié, Nazareth Panadero, Bernard Cauchard, Meng-Ke Wu, Pascal Marty, Julie Shanahan, Héléna Pikon et Enoch Grubb

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Publié le 30 Septembre 2026

Programme Octobre 2026 Lyrique et Musique (Télévision & Streaming)

Chaînes publiques

Jeudi 01 octobre 2026 sur Arte à 11h25
Un opéra pour un empire

Vendredi 02 octobre 2026 sur France 4 à 21h00
Gustavia, l'histoire du prince de Suède inconnu (Ballet de Pär Isberg) - Guillaume Diop

Vendredi 02 octobre 2026 sur France 4 à 22h55
Vivaldi en 4 saisons (Documentaire)

Samedi 03 octobre 2026 sur France 4 à 00h30
L'enlèvement au sérail (Mozart) - Opéra Royal de Versailles 2024

Samedi 03 octobre 2026 sur France 3 à 01h00
Les clefs de l'orchestre - Le songe d'une nuit d'été

Dimanche 04 octobre 2026 sur Arte à 01h05
"Le Messie" de Haendel - Festival de Pâques d'Aix-en-Provence

Dimanche 04 octobre 2026 sur Arte à 03h05
Nigel Kennedy et les "Quatre saisons" - Les grands moments de la musique

Dimanche 04 octobre 2026 sur France 5 à 14h10
L'Oiseau de Feu au Louvre

Dimanche 04 octobre 2026 sur Arte à 15h45
La "folie" de Louis II : Neuschwanstein, le château enchanté

Dimanche 04 octobre 2026 sur Arte à 18h10
Gala de l'Opéra de Vienne 2026 - Parc du Burggarten

Mercredi 07 octobre 2026 sur Arte à 00h20
Le carnaval des animaux

Vendredi 09 octobre 2026 sur France 4 à 21h00
Un soir d'été sous la tour Eiffel avec la maîtrise de Radio France

Vendredi 09 octobre 2026 sur France 4 à 21h50
Hommage à Frank Gehry

Vendredi 09 octobre 2026 sur France 4 à 23h40
Entre duel et duo - Jean-François Zygel & André Manoukian, concert au Théâtre des Taillades

Dimanche 11 octobre 2026 sur Arte à 00h20
Abel Selaocoe - Festival de musique du Rheingau 2025

Dimanche 11 octobre 2026 sur Arte à 16h15
Le château de Schönbrunn - Les fastes de la cour de Vienne

Dimanche 11 octobre 2026 sur Arte à 18h40
Riccardo Chailly et Lukas Sternath interprètent Rachmaninov - Lucerne Festival 2026

Dimanche 11 octobre 2026 sur France 4 à 19h55
Le carnaval des animaux

Jeudi 15 octobre 2026 sur France 4 à 01h10
L'enlèvement au sérail (Mozart) - Opéra Royal de Versailles 2024

Vendredi 16 octobre 2026 sur France 4 à 21h00
Le Concert des nuits d'été de Schönbrunn

Vendredi 16 octobre 2026 sur France 4 à 22h30
Le grand concert des pyramides avec Fatma Saïd

Vendredi 16 octobre 2026 sur France 4 à 23h55
Concert au Palais princier de Monaco

Samedi 17 octobre 2026 sur France 3 à 01h35
L'orchestre de la Garde républicaine à l'Opéra-Comique

Samedi 17 octobre 2026 sur Arte à 23h55
Pēteris Vasks - Concert d'anniversaire en Lettonie

Dimanche 18 octobre 2026 sur France 4 à 01h00
Concert au Palais princier de Monaco

Dimanche 18 octobre 2026 sur Arte à 01h20
Le compositeur et son ciel - Pēteris Vasks

Dimanche 18 octobre 2026 sur France 5 à 14h10
Gustavia, l'histoire du prince de Suède inconnu (Ballet de Pär Isberg) - Guillaume Diop

Dimanche 18 octobre 2026 sur Arte à 18h40
"Onéguine", ballet de John Cranko, 1967 - Les grands moments de la musique

Vendredi 23 octobre 2026 sur Arte à 09h55
Un opéra pour un empire

Vendredi 23 octobre 2026 sur France 4 à 21h00
Roberto Alagna chante à Versailles

Vendredi 23 octobre 2026 sur France 4 à 22h30
Roberto Alagna aux Folies Bergère, le concert anniversaire

Samedi 24 octobre 2026 sur France 4 à 00h00
La grande affabulation (Geoffroy Jourdain & Benjamin Lazar) - Opéra Comique

Samedi 24 octobre 2026 sur France 3 à 01h35
Dialogues des Carmélites (Poulenc) - Opéra de Rouen

Samedi 24 octobre 2026 sur France 4 à 01h45
La Belle aux Bois Dormant (Ballet de Tchaïkovski) - chr Noureev - Opéra de Paris

Samedi 24 octobre 2026 sur Arte à 23h20
Les mères de Kherson (Kolomiiets) - Genèse d’un opéra

Samedi 24 octobre 2026 sur Arte à 23h50
Les mères de Kherson (Kolomiiets)

Dimanche 25 octobre 2026 sur Arte à 02h10
Sophie Dervaux dirige Haydn, Lessel et Mozart - Orchestre philharmonique de Silésie

Dimanche 25 octobre 2026 sur Arte à 18h40
Les musiques de film de John Williams - Les grands moments de la musique

Lundi 26 octobre 2026 sur Arte à 00h45
La musique hongroise : essentielle et existentielle

Lundi 26 octobre 2026 sur Arte à 02h15
"La bohème" par Franco Zeffirelli - Les grands moments de la musique

Mardi 27 octobre 2026 sur Arte à 02h25
Emmanuelle Haïm dirige Haendel - Avec les Berliner Philharmoniker

Mardi 27 octobre 2026 sur Arte à 11h25
Un opéra pour un empire

A compléter ultérieurement

Programme Octobre 2026 Lyrique et Musique (Télévision & Streaming)

Mezzo et Mezzo HD

Vendredi 02 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Giordano : Fedora - Deutsche Oper, Berlin

Vendredi 02 octobre 2026 sur Mezzo à 22h25
Verdi: La Traviata - Opéra Royal de Wallonie-Liège

Dimanche 04 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Wagner: Tristan und Isolde - Staatsoper Dresde

Lundi 05 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Richter, l'Enigme

Mercredi 07 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Moussorgski : Boris Godounov - DNO Amsterdam

Vendredi 09 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Tchaïkovski : La Dame de Pique - Bayerische Staatsoper

Vendredi 09 octobre 2026 sur Mezzo à 23h05
Verdi : Otello - Teatro Real, Madrid

Samedi 10 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Beethoven: Fidelio - Dutch National Opera

Dimanche 11 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Weinberg : La Passagère - Opéra national du Capitole, Toulouse

Lundi 12 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
so what?! – Friedrich Gulda

Mardi 13 octobre 2026 sur Mezzo à 23h05
Verdi : Ernani - Palau de les Arts Reina Sofía, Valence

Mercredi 14 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Il Giardino Armonico, Giovanni Antonini : Cavalieri

Vendredi 16 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Bizet : Les Pêcheurs de perles - Opéra national du Capitole de Toulouse

Vendredi 16 octobre 2026 sur Mezzo à 23h30
Verdi : Le Trouvère - Zubin Mehta, Maggio Musicale Fiorentino

Samedi 17 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Dvořák : Rusalka - Dutch National Opera

Dimanche 18 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Tchaïkovski : La Dame de Pique - Bayerische Staatsoper

Lundi 19 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Les Juifs de Wagner

Mardi 20 octobre 2026 sur Mezzo à 23h50
Bellini: I Capuleti e i Montecchi - Opéra Royal de Wallonie Liège

Mercredi 21 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Handel: Tamerlano - Opéra Royal de Versailles

Vendredi 23 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Wagner: Tristan und Isolde - Staatsoper Dresde

Vendredi 23 octobre 2026 sur Mezzo à 22h45
Moussorgski : Boris Godounov - DNO Amsterdam

Samedi 24 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Verdi: Simon Boccanegra - Dutch National Opera

Dimanche 25 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Bizet : Les Pêcheurs de perles - Opéra national du Capitole de Toulouse

Lundi 26 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Rivalités musicales - Callas contre Tebaldi

Mercredi 28 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
Haendel : Jephtha - Joyce DiDonato, Michael Spyres, Il Pomo d'Oro

Vendredi 30 octobre 2026 sur Mezzo HD à 21h00
Weinberg : La Passagère - Opéra national du Capitole, Toulouse

Vendredi 30 octobre 2026 sur Mezzo à 22h55
Beethoven: Fidelio - Dutch National Opera

Samedi 31 octobre 2026 sur Mezzo à 20h30
'Roméo et Juliette' de Gounod à l'Opernhaus de Zurich

Samedi 31 octobre 2026 sur Mezzo à 22h50
Franck : Hulda - Gergely Madaras, Orchestre Philharmonique Royal de Liège

 

Programme Octobre 2026 Lyrique et Musique (Télévision & Streaming)

Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)

Sur Operavision, Culturebox, Arte Concert etc...

                            Accès illimité dans le temps

Placido Domingo, l'homme aux mille vies

La Traviata (Chorégies d'Orange 2016) avec Domingo, Jaho, Meli

Le Requiem de Verdi (Chorégies d'Orange)

Le Barbier de Séville (Chorégies d'Orange 2018) avec Peretyatko, Sempey, Hotea

Roberto Alagna - Ma vie est un opéra

Le Royaume des Deux-Siciles (Roberto Alagna)

Patrick Dupond, un danseur chez les étoiles

Michaël Denard, le « prince » de l'Opéra de Paris

Le Lac des Cygnes, l'Ambitieux projet de Tchaïkovski

Maria Callas - Il était une voix

Body and Soul (Opéra national de Paris)

Dans les coulisses de Casse-Noisette

Dans les coulisses de Roméo et Juliette

Dans les coulisses de La Fille mal gardée

Dans les coulisses de Don Quichotte

Dans les coulisses de Mayerling

Martha Graham, danser avec l'âme

Accès Live à l'Opéra Bastille pour « Le Lac des Cygnes »

Accès live à l'Opéra Garnier dans les coulisses de « La Cenerentola »

                           Octobre 2026

Fidelio (Opéra national de Vienne) jusqu'au 03 octobre 2026

Richard Wagner : Lohengrin (Festival de Pâques de Baden-Baden 2026) jusqu'au 03 octobre 2026

Fête Chorale à Nuremberg : Les voix du Monde jusqu'au 06 octobre 2026

Barbara Hannigan dirige Ligeti et Stravinsky jusqu'au 10 octobre 2026

A Myth (O. Festival for Opera. Music. Theatre.) jusqu'au 10 octobre 2026

Dorian Gray (Opéra de Poznań) jusqu'au 11 octobre 2026

Rodelinda (Garsington Opera) jusqu'au 17 octobre 2026

La Fiancée vendue (Teatro Real) jusqu'au 23 octobre 2026

                         Novembre 2026

Mikael Karlsson : Melancholia (Opéra Royal de Suède, Stockholm) jusqu'au 01 novembre 2026

Le Corsaire (Ballet national estonien) jusqu'au 01 novembre 2026

Fauteuils d'Orchestre jusqu'au 06 novembre 2026

Georges Bizet : Carmen (Festival de Salzbourg 2026) jusqu'au 06 novembre 2026

Le Roi d'Ys (Opéra national du Rhin) jusqu'au 08 novembre 2026

Simon Boccanegra (Opéra national des Pays-Bas) jusqu'au 10 novembre 2026

Richard Wagner : L'or du Rhin - Festival de Pâques de Salzbourg jusqu'au 12 novembre 2026

Kiev, un opéra en guerre (3/4) - Exilés jusqu'au 14 novembre 2026

Wagner, Saint-Saëns et Debussy (version intégrale) jusqu'au 17 novembre 2026

Medusa (La Monnaie / De Munt) jusqu'au 15 novembre 2026

Festival de piano de la Ruhr 2024 jusqu'au 22 novembre 2026

Così fan tutte (Opéra d'État hongrois) jusqu'au 23 novembre 2026

Wagner : les pouvoirs du Ring - 150 ans de la création de "L'anneau du Nibelung" jusqu'au 24 novembre 2026

Les trois ballets de Stravinsky (Théâtre des Champs-Elysées) jusqu'au 25 novembre 2026

Pascal Rophé dirige Berio, Mahler et Gísladóttir avec Stéphane Degout jusqu'au 28 novembre 2026

I Lituani (Opéra national de Lituanie) jusqu'au 29 novembre 2026

                         Décembre 2026

Le grand concert des pyramides avec Fatma Saïd jusqu'au 11 décembre 2026

Le fantôme de l'Opéra (film de Rupert Julian) jusqu'au 11 décembre 2026

Roméo et Juliette (Teatro dell’Opera di Roma) jusqu'au 12 décembre 2026

Tannhäuser (Théâtre national croate de Zagreb) jusqu'au 19 décembre 2026

Le cinéma de John Williams (Indiana Jones, E.T., Star Wars..) jusqu'au 19 décembre 2026

Fauteuils d'orchestre (Natalie Dessay et Laurent Naouri) jusqu'au 22 décembre 2026

Béjart, 3 regards jusqu'au 22 décembre 2026

La Belle au Bois dormant (Opéra national de Paris) jusqu'au 25 décembre 2026

Norma (Irish National Opera) jusqu'au 26 décembre 2026

Concert du nouvel an de l'Orchestre national de France (Radio France) jusqu'au 30 décembre 2026

Casse-Noisette (Nouveau théâtre national de Tokyo) jusqu'au 31 décembre 2026

Le "Requiem" de Mozart (Festival d'Aix-en-Provence 2019) jusqu'au 31 décembre 2026

   

                          Janvier 2027

La Vie Parisienne (Théâtre du Châtelet) jusqu'au 03 janvier 2027

La bohème (Opéra national de Lettonie) jusqu'au 03 janvier 2027

Samson (Festival d'Aix-en-Provence 2024) jusqu'au 11 janvier 2027

Madame Butterfly (Festival d'Aix-en-Provence 2024) jusqu'au 11 janvier 2027

Villa Belcanto (Mascarade Opera) jusqu'au 17 janvier 2027

Richard Wagner : La Walkyrie (Staatsoper Unter den Linden, Berlin) jusqu'au 19 janvier 2027

Richard Wagner : Siegfried (Staatsoper Unter den Linden, Berlin) jusqu'au 19 janvier 2027

Falstaff (Gran Teatre del Liceu) jusqu'au 24 janvier 2027

Francis Lai : Love Story, Un homme et une femme (Auditorium de Radio France) jusqu'au 30 janvier 2027

Madama Butterfly (Royal Ballet and Opera) jusqu'au 31 janvier 2027

                        Février 2027

Oper on fire (Opernstudio NRW) jusqu'au 07 février 2027

Kiev, un opéra en guerre (4/4) - Transmettre jusqu'au 08 février 2027

Haendel : airs allemands (Festival de musique sacrée de Madrid 2024) jusqu'au 11 février 2027

Wagner : Le Ring sans paroles - Daniel Harding & l'Orchestre de la Suisse romande jusqu'au 13 février 2027

Il viaggio a Reims (Rossini Opera Festival) jusqu'au 16 février 2027

Robert Schumann : Le Paradis et la Péri (La Seine musicale) jusqu'au 17 février 2027

Daegu Opera House Orfeo ed Euridice  jusqu'au 21 février 2027

Mozart : Idoménée (Théâtre de Genève) jusqu'au 28 février 2027

Opernfestspiele Heidenheim Macbeth - jusqu'au 28 février 2027

                        Mars 2027

Teatro Regio Torino - Les Puritains jusqu'au 04 mars 2027

Les Sentinelles (Opéra de Bordeaux) jusqu'au 09 mars 2027

Klaipėda State Music Theatre - Tout est si beau à Panama jusqu'au 11 mars 2027

Teatro La Fenice - Il trionfo dell'onore jusqu'au 18 mars 2027

                        Avril 2027

Les saisons de la danse (Max Richter) jusqu'au 08 avril 2027

Albéric Magnard : Guercœur (Opéra national du Rhin, Strasbourg) jusqu'au 21 avril 2027

                         Mai 2027

Dialogues des Carmélites (Opéra de Rouen) jusqu'au 05 mai 2027 

                         Juin 2027

Humo (Ballet flamenco de Rafaela Carrasco) jusqu'au 02 juin 2027

Antonia Bembo : Ercole Amante (Opéra de Paris) jusqu'au 09 juin 2027

Life on Mars(eilles)- épisode 1 jusqu'au 16 juin 2027

Life on Mars(eilles)- épisode 2 jusqu'au 16 juin 2027

Life on Mars(eilles)- épisode 3 jusqu'au 16 juin 2027

Life on Mars(eilles)- épisode 4 jusqu'au 16 juin 2027

                         Juillet 2027

"Louise" de Charpentier au Festival d'Aix-en-Provence jusqu'au 09 juillet 2027 

Jules Massenet : Werther (Opéra Comique, Paris) jusqu'au 22 juillet 2027 

Pascal Dusapin : Antigone (Philharmonie de Paris) jusqu'au 28 juillet 2027

Rituel - Millepied & Boulez, Stravinsky, Bartók jusqu'au 29 juillet 2027 

                       Août 2027

Gala d'opéra Classic open air 2026 jusqu'au 21 août 2027 

                       Octobre 2027

Le couronnement de Poppée par l’Ensemble I Gemelli jusqu'au 03 octobre 2027

                       Janvier 2028

John Williams : E.T. l'extra-terrestre (Auditorium de Radio France) jusqu'au 18 janvier 2028

                         Mars 2028

Adieu l'Opéra (Opéra national de Paris) jusqu'au 16 mars 2028

                         Avril 2028

Wartime Elegy - Ballet national d'Ukraine  jusqu'au 01 avril 2028

Baldassare Galuppi : L'uomo femina (Opéra de Rouen) jusqu'au 25 avril 2028

                         Juin 2028

Dream Requiem - Rufus Wainwright (Radio France) jusqu'au 13 juin 2028

                         Juillet 2028

Festival d'Aix-en-Provence - Interview de Clément Cogitore - Mozart - La flûte enchantée jusqu'au 20 juillet 2028

                         Août 2028

Tchaïkovski : La Pucelle d'Orléans (Opéra national des Pays-Bas, Amsterdam) jusqu'au 01 août 2028

                         Septembre 2028

La grande affabulation à l'Opéra Comique jusqu'au 24 septembre 2028

                         Novembre 2028

Saburo Teshigawara, Sayaka Shoji & Rihoko Sato au château de Champlâtreux (Sur Mesure) jusqu'au 17 novembre 2028

Mikko Franck dirige Dutilleux, Mahler et Strauss (chant Marie-Nicole Lemieux) jusqu'au 21 novembre 2028

                         Décembre 2028

Carolyn Carlson : Midnight Souls - Palais des Papes, Avignon jusqu'au 15 décembre 2028

                         Mars 2029

Chelsea Zurflüh & Jonathan Tetelman (Château de Neuschwanstein 2025) jusqu'au 18 mars 2029

Elīna Garanča chante Carmen (Château de Neuschwanstein 2025) jusqu'au 18 mars 2029

Klaus Florian Vogt chante Mozart, Wagner et Strauss (Château de Neuschwanstein 2025) jusqu'au 18 mars 2029

Stjepan Hauser joue Bach et Morricone (Château de Neuschwanstein 2025) jusqu'au 18 mars 2029

Golda Schultz, Rolando Villazón et Ludovic Tézier (Château de Neuschwanstein 2025) jusqu'au 18 mars 2029

 

                         Mai 2029

Les barockeuses (1/3) - Le baroque féminin, un désir légitime jusqu'au 18 mai 2029

Les barockeuses (2/3) - Dans l’ombre de Dieu jusqu'au 18 mai 2029

Les barockeuses (3/3) - Sur les routes de l’Europe jusqu'au 18 mai 2029

Les barockeuses - Pionnières du baroque jusqu'au 18 mai 2029

                     Juillet 2029

Richard Strauss : La femme sans ombre (Festival d’Aix-en-Provence 2026) jusqu'au 09 juillet 2029

Mozart : La flûte enchantée (Festival d'Aix-en-Provence 2026) jusqu'au 19 juillet 2029

Finale du concours Voix des Outre-mer 2026 jusqu'au 20 juillet 2029

                   Août 2029

Festival de la Chaise Dieu 2026 - De Monteverdi à Piazzola jusqu'au 30 août 2029

                      Septembre 2029

Arthur Honegger : Le Roi David Avec Amira Casar et Lambert Wilson jusqu'au 25 septembre 2029

                      Juillet 2030

John Neumeier : Casse-noisette (Ballet de Hambourg) jusqu'au 28 juin 2030

                      Mars 2031

Noureev (Ballet de Kirill Serebrennikov et Yuri Possokhov) jusqu'au 30 mars 2031

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 29 Septembre 2026

Macbeth (Giuseppe Verdi - 14 mars 1847, Florence)
Version révisée en français le 21 avril 1865, Paris - Théâtre Lyrique (Place du Châtelet)
Représentation du 27 septembre 2026
Opéra Orchestre Normandie Rouen

Macbeth Aleksei Isaev
Banco Peixin Chen
Lady Macbeth Ekaterina Sannikova
Dame de Chambre de Lady Macbeth Irina Sherazadishvili
Macduff Matteo Roma
Malcom Néstor Galván
Un médecin, Un serviteur, Une apparition Lysandre Châlon
Duncan Jean Aloïs Belbachir
Un sicaire Matthieu Heim

Direction musicale Pierre Dumoussaud
Mise en scène Ambre Kahan (2026)

Coproduction Opera National de Bordeaux

                         Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth)

La première nouvelle production de la saison lyrique 2026/2027 du Théâtre des Arts est dédiée à la version révisée du 'Macbeth' de Giuseppe Verdi, en langue italienne, confiée à la baguette de son nouveau directeur musical, Pierre Dumoussaud, qui fait forte impression à la tête de l'Orchestre de l'Opéra de Rouen, tout en étant associé à un parti pris scénique qui privilégie les atmosphères.

Il faut dire qu'en ce mois de septembre la concurrence est rude, car pas moins de quatre autres nouvelles productions du véritable coup de génie de Verdi sont données dans le monde au même moment, à Liège (mise en scène Stefano Poda), à Hamburg (mise en scène Tobias Kratzer), à New-York (mise en scène Louisa Proske) et à Vienne (mise en scène Barrie Kosky).

Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) - (C) Caroline Doutre

Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) - (C) Caroline Doutre

Metteuse en scène de théâtre d'abord formée à la musique, Ambre Kahan projette un décor impressif qui nous ramène à l'époque d'une Écosse rude et moyenâgeuse, ce qui est l'occasion d'un petit rappel historique.

En 1034, Duncan Ier succéda à Malcolm II. Cette désignation fut vivement ressentie par Macbeth, grand serviteur de Moray, qui s’estimait appartenir à une lignée directe de Malcolm, renforcée par la descendance royale de sa femme, Gruoch.

Ainsi, en 1040, Macbeth monta une ligue contre Duncan et l’élimina, et Crinan, père de Duncan, tenta une révolte mais fut tué à la bataille de Dunkeld en 1045.

Cependant, les fils de Duncan s’étant réfugiés en Northumbria, l’un d’eux, Malcolm, leva une armée et prit le Lothian et le Strathclyde avant de battre et tuer Macbeth à la bataille de Lumphanan (1057).

Lulach, fils de Gruoch, devint roi, et il fallut un autre affrontement pour que Malcolm III accède enfin au trône d’Écosse.

Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) - (C) Caroline Doutre

Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) - (C) Caroline Doutre

De cette époque macabre, Ambre Kahan et son équipe scénographique reconstituent de façon imaginaire des appartements gravés dans le roc et dominés par un mur de crânes séparant deux pièces, dont l'une sera la chambre où se déroulera l'assassinat de Duncan. Sur leurs flancs, de grands miroirs élargissent le champ visuel de ce décor, et, derrière la structure mortuaire, se révèle une troisième chambre en hauteur où apparaîtra une vidéographie vivante du tableau de Rubens 'La Chute des anges rebelles' en écho à la déchéance du couple Macbeth et aux corps sans vie de leurs victimes.

Des failles sombres et étroites émaillent cet ensemble afin de permettre des entrées et sorties fantomatiques, et les jeux de lumières réussissent à faire de ce décor une véritable représentation sensible de la noirceur du cœur humain.

Le sens théâtral reste, lui, beaucoup plus restreint - l'une des failles récurrentes de l'école théâtrale française -, surtout dans la façon de faire interagir les protagonistes, l'accent étant mis sur la perception du couple Macbeth, les rôles secondaires et le chœur n'étant que sommairement dessinés et sans grande vitalité, même si cela peut donner lieu visuellement à des tableaux aux saisissantes teintes vermeeriennes, comme dans la scène de la forêt de Birnam.

Il n'est pas simple, effectivement, d'arriver à insuffler aux artistes un courant vital qui suive une logique chevillée au corps que seul le metteur en scène peut imprimer à travers sa propre lecture du drame.

Le chœur de l'Opéra de Rouen

Le chœur de l'Opéra de Rouen

C'est donc plutôt le goût calligraphique de la mise en scène qui s'apprécie pour le meilleur, la vidéo de corbeaux qui s'accumulent au moment du meurtre de Banco, les signes pictes illuminés dans la pierre, qui rappellent les signes mystérieux des stèles remises par Dieu à Moise, au moment de la scène des apparitions et de prédiction de l'avenir, sans faire oublier le moins bon comme dans la scène chorégraphique qui la précède et qui aurait pu exploiter un potentiel érotique - la dualité entre Eros et Thanatos - qui est malheureusement ridiculisé par une gestuelle erratique et une déshumanisation des corps, ou bien, en première partie, une bien lourde scène du banquet qui propose au menu un cheval découpé en morceaux, sans s'attarder sur la décapitation finale de Macbeth, façon 'Jochanaan', qui fera beaucoup sourire la salle.

Irina Sherazadishvili (La Dame de chambre), Matteo Roma (Macduff), Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) et Aleksei Isaev (Macbeth)

Irina Sherazadishvili (La Dame de chambre), Matteo Roma (Macduff), Ekaterina Sannikova (Lady Macbeth) et Aleksei Isaev (Macbeth)

Cependant, la dimension lyrique, la plus essentielle, se révèle fort adéquate à l'univers verdien, appuyée par des débuts scéniques réussis dans tous les rôles.

Rodée à des incarnations très exigeantes pour sa jeunesse, Leonore d''Il Trovatore', Abigaille de 'Nabucco', Maddalena d''Andrea Chénier', mais aussi Tatiana d''Eugène Onéguine', la soprano d'origine ukrainienne Ekaterina Sannikova possède non seulement de somptueux aigus royaux irradiants dans tous les moments saillants, mais aussi un fin cisellement aux teintes mordorées dans le médium qui ennoblit considérablement son interprétation de Lady Macbeth parée d'un vert glamour qui suggère aussi sa nature venimeuse. Ses graves étant moins marqués, elle donne même l'impression, lors de la scène de somnambulisme, de faire régresser psychologiquement sa Lady pour la faire redevenir une jeune fille.

Matteo Roma (Macduff) - (C) Caroline Doutre

Matteo Roma (Macduff) - (C) Caroline Doutre

Avec son timbre d'une noirceur voilée et angoissée, le baryton russe Aleksei Isaev fait d'emblée ressentir la veulerie de Macbeth à travers des fluctuations vacillantes, bien qu'il reste en première partie sur la réserve avec une gestuelle peu démonstrative. Il s'impose véritablement à partir de son retour vers le groupe de sorcières, sa terreur prenant possession de lui même au point qu'il arrive à la manipuler efficacement pour la transmettre à l'audience. Grand succès pour lui au rideau final avec le soutien enthousiaste de sa partenaire.

D'apparence débonnaire, Peixin Chen soigne l'homogénéité d'une tessiture de basse qui s'avère presque trop épurée devant la rugosité de l'atmosphère générale du drame, alors qu'au contraire, Matteo Roma rend à Macduff une expressivité d'une grande authenticité dans 'O figli, o figli miei!' chanté avec une justesse de ton qui s'abstient de tout effet trop exhubérant, sans que l'on n'oublie de saluer la forte présence de Néstor Galván en Malcom, le futur roi, souvent distribué à des profils plus effacés.

Enfin, Irina Sherazadishvili et Lysandre Châlon, en serviteurs, forment un jeune couple d'une prestance inspirante, une image de dignité dont la constance vient contre-balancer les attitudes délirantes du couple royal.

Irina Sherazadishvili (La Dame de chambre) et Lysandre Châlon (Un serviteur)

Irina Sherazadishvili (La Dame de chambre) et Lysandre Châlon (Un serviteur)

Chœur très bien chantant qui peut compter sur la vigilance de Pierre Dumoussaud, Orchestre de l'Opéra de Rouen galvanisé par la direction coloriste de son nouveau directeur musical qui lui insuffle volume, violence des drapés et tension théâtrale dans un luxe sonore qui détaille dans toute leur plénitude les motifs des solos instrumentaux, 'Macbeth' trouve sous sa direction une lecture qui emporte sans relâche l'auditeur dans l'action avec une densité prenante et aussi une transparence qui font honneur à l'ensemble des musiciens.

Seul petit reproche, avoir accepté de supprimer les premières mesures de l'ouverture du 3e acte qui donnent une image si parlante de la folie criminelle dans laquelle s'embarque le couple Macbeth, pour débuter avec un extrait du ballet parisien, avancé pour l'occasion afin de faire plaisir à la logique d'Ambre Kahan, ce qui ne s'avère pas d'une pertinence théâtrale convaincante.

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Publié le 19 Septembre 2026

Hamlet (Ambroise Thomas – 09 mars 1868, Salle Le Peletier)

Répétition générale du 15 septembre et
représentations du 18 et 30 septembre 2026
Opéra Bastille

Hamlet John Osborn
Claudius Jean Teitgen
Laërte Julien Henric
Le Spectre Laurent Naouri
Horatio Vartan Gabrielian
Marcellus Manase Latu
Gertrude Clémentine Margaine
Ophélie Adela Zaharia
Polonius André Heyboer
Premier Fossoyeur Morgan-Andrew King
Second Fossoyeur Bergsvein Toverud
Les comédiens itinérants Danielle Gabou, Sean Patrick Mombruno, Djeff Tilus

Danseurs Tiziana Fimiani, Nicolas Mariot

Direction musicale Michael Schønwandt
Mise en scène Krzysztof Warlikowski (2023)
Décors et costumes Małgorzata Szczęśniak
Lumières Felice Ross
Vidéo Denis Guéguin
Chorégraphie Claude Bardouil

De retour sur la scène de l'Opéra national de Paris depuis le 11 mars 2023, dans sa version baryton et après 85 ans d'absence, le chef-d’œuvre d'Ambroise Thomas est repris à l'Opéra Bastille dans sa version d'origine écrite pour ténor (1863) qui n'a connu une renaissance mondiale que le 15 juillet 2022 à l'occasion du Festival Radio-France Montpellier, sous la direction de Michael Schønwandt.

John Osborn (Hamlet)

John Osborn (Hamlet)

C'est donc une magnifique opportunité pour le chef danois que de diriger à nouveau ce 'Hamlet' pour ténor en version scénique, en outre dans la production de Krzysztof Warlikowski, qui est un metteur en scène auquel l'institution lyrique nationale a déjà confié deux autres lectures de chefs-d’œuvre lyriques historiquement créés en ses murs, 'Iphigénie en Tauride' de Christoph Willibald Gluck, en juin 2006, et 'Don Carlos' de Giuseppe Verdi, en octobre 2017.

Laurent Naouri (Le Spectre)

Laurent Naouri (Le Spectre)

Ce spectacle n'a rien perdu de son pouvoir de fascination, non seulement parce qu'il se déroule au centre d'un décor puissant, les grilles d'acier monumentales d'un centre d'internement où Hamlet ressasse son passé, mais aussi parce qu'il est traversé par une poétique inspirée du téléfilm d'Ingmar Bergman 'Larmar och gör sig till' ('En présence d'un clown') qui représente le spectre du père d'Hamlet sous les traits d'un clown blanc, ce qui a pour effet de renvoyer à des images d'enfance angoissantes, auxquelles est associée une impressionnante vidéographie réalisée par Denis Guéguin qui met en regard les jeux de clair-obscur de la Lune, entourée d'un amas d'étoiles, avec les ombres du visage de ce clown, une manière de suggérer une âme malade et l'imminence de la mort. C'est aussi une saisissante façon de traduire la défiance d'Hamlet vis à vis du Soleil, du jour et de la lumière, telle qu'il exprime dès la première scène.

Adela Zaharia (Ophélie)

Adela Zaharia (Ophélie)

Plus discrètes, des images noir et blanc du film de Robert Bresson, 'Les Dames du Bois de Boulogne', une histoire d'amour, d'infidélité et de vengeance, s'immiscent dans la scénographie avec le personnage tout en noir et vengeur incarné par Maria Casarès qui suggère, en filigrane, le mal qui ronge Hamlet. 

D'ailleurs, ce que voit le spectateur sur scène est la représentation du monde tel qu'Hamlet le vit en son for intérieur, à l'image de la séquence festive en ouverture où tous les courtisans sont en deuil alors que se rejoue de façon imaginaire la scène de couronnement de Claudius et de la Reine désormais vieillissante.

John Osborn (Hamlet) et Clémentine Margaine (Gertrude)

John Osborn (Hamlet) et Clémentine Margaine (Gertrude)

Étrange peut paraître le fait de contempler le Roi, Ophélie et son frère jouer aux cartes ensemble dans la scène introductive, mais la réaction perturbée, voir horrifiée, d'Hamlet à les voir tous les trois - il s'agit toujours d'une fantasmagorie mentale - questionne le spectateur sur ce qui a pu se passer pour qu'il éprouve un tel choc, ce qui va effectivement être raconté dans les séquences qui suivront.

Hamlet (Osborn Zaharia Schønwandt Warlikowski) Opéra Paris

Le décalage temporel induit par la mise en scène, qui projette 20 ans après les faits les premier et dernier actes, structure ainsi la narration, à la base linéaire, comme dans 'Les Contes d'Hoffmann' d'Offenbach, si bien que le centre de la représentation se joue dans cet asile où les pensionnaires répètent un grand spectacle, à l'instar d'Hamlet qui prépare une reconstitution du 'Meurtre de Gonzague', avec une vitalité scénique souvent fort drôle, alors que le contexte triste d'enfermement et de dégénérescence mentale est aussi montré dans l'espace qui longe la paroi latérale du décor.

John Osborn (Hamlet)

John Osborn (Hamlet)

Danielle Gabou, Sean Patrick Mombruno et Djeff Tilus, trois fidèles comédiens noirs qu'apprécie Krzysztof Warlikowski, et que l'on avait pu voir dans la production de 'Der Rosenkavalier' au Théâtre des Champs-Élysées, utilisent la plastique de leurs corps, silhouette à la Niki de Saint Phalle pour l'une, longiligne comme le dépeindrait El Greco pour le second, et leur forte expressivité du visage pour induire au premier abord un loufoque irrésistible, avant de quitter cette apparence légère pour arborer une attitude calculatrice et meurtrière bien plus inquiétante quand s'achève la pantomime fictive destinée à confondre le nouveau Roi.

Danielle Gabou

Danielle Gabou

Mais il y a aussi le talent envoutant de Felice Ross à organiser et fusionner les lumières qu'elle nuance poétiquement et harmonise continuellement, pour assombrir où pour colorer subtilement les échanges et confrontations entre protagonistes, au point de donner une impression d'irréalisme et de vie à travers le décor, comme on peut le ressentir au 3e acte où Hamlet rejette Ophélie injustement quand il découvre la relation entre son père et le Roi, mais aussi quand il reproche à sa mère d'être complice du meurtre, tout en lui restant attaché lorsqu'il lui suggère de dormir en paix.

John Osborn (Hamlet)

John Osborn (Hamlet)

Et cette mise en scène atteint son summum de poésie et de flamboyance au IVe acte qui rétablit les deux premiers mouvements du ballet composé pour la création parisienne d''Hamlet' en 1868, où choristes de l'Opéra de Paris, comédiens et danseurs interprètent le spectacle qui était en préparation avec une verve réjouissante mais aussi une tonalité macabre par l'emploi de masques blancs.

Tiziana Fimiani ouvre le premier mouvement sur pointes par des battements d'ailes de cygne blessé, une délicate variation immédiatement ovationnée.

Il y a dans toute cette scène l'idée que même dans sa folie et à l'approche de la mort, l'homme peut s'inventer son propre espace de liberté. Véritablement un immense travail de coordination maîtrisé et aéré mené par Krzyzstof Warlikowski et Claude Bardouil pour créer des poses sculpturales et esthétiques impressives.

Chœur de l'Opéra national de Paris, Nicolas Mariot (danseur) et Tiziana Fimiani (danseuse)

Chœur de l'Opéra national de Paris, Nicolas Mariot (danseur) et Tiziana Fimiani (danseuse)

Un élégant danseur, Nicolas Mariot, vêtu de noir et coiffé de la même chevelure blonde qu'Ophélie l'accompagne avec une grâce inoubliable, alors que Sean Patrick Mombruno s'approche d'elle sous les traits d'ombres et de lumières projetés par les grilles du décor, le tout subjugué par le chant mélodieux de la jeune femme perdant la raison sous le regard de son père, du Roi et de la Reine consternés, mais en vrais coupables qu'ils sont.

Adela Zaharia (Ophélie), Sean Patrick Mombruno (comédien) et Nicolas Mariot (danseur)

Adela Zaharia (Ophélie), Sean Patrick Mombruno (comédien) et Nicolas Mariot (danseur)

Enfin, le retour à la situation de départ révèle un Hamlet ayant pris les traits de son père mais avec un prestigieux costume de Pierrot noir, car dans son ressassement, et sous l'impulsion du spectre de son père, il a trouvé la volonté d'être et d'assumer son désir de vengeance en tuant son beau père, même de façon symbolique, après que le frère d'Ophélie lui ait appris la fin tragique de celle qu'il aimait, que l'on voit disperser des cendres au premier plan, un bonheur perdu et l'âme consumée d'Hamlet.

John Osborn (Hamlet) et Julien Henric (Laërte)

John Osborn (Hamlet) et Julien Henric (Laërte)

Si, en ce soir de première, ce spectacle est aussi magnifiquement abouti, c'est non seulement du à l'implication de toute l'équipe de production venue pendant quatre semaines répéter avec la nouvelle distribution, mais aussi parce que celle-ci s'engage théâtralement avec un vrai désir de servir la cohérence du drame.

Seul artiste lyrique depuis Etienne Dereims (1890) à chanter la version originale pour ténor d''Hamlet'  en version scénique, d'abord à Turin en 2025, dans une production de Jacopo Spirei, puis dorénavant à l'Opéra Bastille dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, John Osborn est un exceptionnel soliste américain qui se fait fort de défendre le grand opéra français du XIXe siècle sur les grandes scènes du monde, sans véritable concurrence aujourd'hui. 

John Osborn (Hamlet)

John Osborn (Hamlet)

A l'Opéra national de Paris, nous l'avons seulement entendu en 2018 dans un premier rôle du répertoire français à l'occasion du retour sur scène de 'Benvenuto Cellini' d'Hector Berlioz, et il offre à nouveau au public un chant superbement naturel et une maîtrise de l'élocution qui le rendent facilement compréhensible, tout en faisant résonner Hamlet avec le personnage d'Hoffmann, tant la mélancolie attendrissante, mais aussi héroïque, de son timbre le rapproche de l'amoureux malchanceux auquel Jacques Offenbach a voué son seul véritable opéra.

Il s'imprègne d'ailleurs parfaitement du jeu dépressif et détaché appuyé par la mise en scène, et exhale un souffle long, puissant et vibrant avec des accents enfantins qui changent la perception plus noire et névrosée qu'un baryton tel Ludovic Tézier avait dépeint en 2023 de façon plus inquiétante, et qui lui donnent aussi une certaine jeunesse et une clarté plus romantique.

André Heyboer, Laurent Naouri, Jean Teitgen et Clémentine Margaine

André Heyboer, Laurent Naouri, Jean Teitgen et Clémentine Margaine

Il retrouve dans le rôle de sa mère celle qui l'incarnait déjà à Turin l'année dernière, Clémentine Margaine, qui prend possession de ce personnage avec un ancrage phénoménal, un art de la signature vocale d'une noirceur fort autoritaire, une rage théâtrale brute très bien rendue lorsqu'elle surgit dans son appartement après l'affront de la pièce présentée par Hamlet, et, par ailleurs, elle ne craint pas de se montrer plus démonstrative que de raison, son goût pour le vérisme et sa violence prenant aisément le dessus.

Adela Zaharia (Ophélie)

Adela Zaharia (Ophélie)

D'une plénitude vocale incendiaire, Adela Zaharia compense le peu de contraste dans sa formulation de la langue française par une aisance technique et une polychromie éclatante qui laissent cependant peu de place au sentiment de fragilité. Son Ophélie exubérante fait sensation tant elle prend possession de la salle avec un galbe vocal séduisant.

Son frère, Laërte, est chanté par Julien Henric avec de belles impulsions dans les lignes vocales, et son père, Polonius, est incarné par le baryton français André Heyboer qui fait son retour à l'Opéra de Paris après 10 ans d'absence, caractérisé par une noirceur anthracite adéquate dans ce rôle de conspirateur.

Laurent Naouri (Le Spectre)

Laurent Naouri (Le Spectre)

A l'inverse, Laurent Naouri est la noirceur extravertie par excellence, un relief franc fortement présent qui lui permet d’asseoir une personnalité percutante, tout en prenant soin de la clarté de sa diction, et en s'appropriant minutieusement la personnalité clownesque du spectre.  Les vidéographies qu'en tire Denis Guéguin, avec de vives transitions entre allures comiques, starisées ou bien diaboliques, sont absolument magnétiques et ont tendance à parfois divertir de l'action scénique.

Clémentine Margaine (Gertrude) et Jean Teitgen (Claudius)

Clémentine Margaine (Gertrude) et Jean Teitgen (Claudius)

Seul chanteur à reprendre son rôle de la création en 2023, Jean Teitgen a lui aussi un impact sonore massif, une noirceur autrement plus caverneuse que celle de Laurent Naouri, avec des nuances de couleurs assez complexes qui décrivent un personnage puissant mais perturbé intérieurement. Il se prête bien au jeu lui aussi, tout en restant sobre et avec une humanité qui adoucit le portrait du Roi criminel.

Vartan Gabrielian (Horatio) et Manase Latu (Marcellus)

Vartan Gabrielian (Horatio) et Manase Latu (Marcellus)

Respectivement Horatio et Marcellus, Vartan Gabrielian et Manase Latu défendent un beau délié vocal, ce dernier, ténor polynésien, ayant en plus un timbre soyeux qui le prédestine à des rôles belcantistes de tout premier ordre.

Enfin, Morgan-Andrew King et Bergsvein Toverud se montrent imparablement directs et froids au cours de leur réflexion sur la faiblesse des vanités face à la mort que les deux fossoyeurs racontent devant le corps de Sean Patrick Mombruno, l'assassin dans la pièce du 'Meurtre de Gonzague', sous les pleurs émouvants de Danielle Gabou et Djeff Tilus.

Danielle Gabou

Danielle Gabou

En grand architecte musical qu'il est, Michael Schønwandt insuffle une intensité iridescente à l'écriture orchestrale, et rend à la musique d'Ambroise Thomas une splendide fluidité narrative, ostentatoire quand il le faut, et d'une délicatesse diaphane qui fait honneur à l'inspiration du musicien français.

Laurent Naouri, Michael Schønwandt et Adela Zaharia

Laurent Naouri, Michael Schønwandt et Adela Zaharia

Par ailleurs, les grands ensembles de chœurs jouissent d'une excellente synchronisation surtout quand ils doivent jouer et danser afin de donner de la vie à cet environnement carcéral, avec un grand sens de la clameur populaire propice à galvaniser l'audience, et aussi une capacité à recréer une atmosphère intimiste avec une douceur unifiée.

Une reprise de 'Don Carlos' sous la direction de Michael Schønwandt, et dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, s'impose donc absolument à l'avenir. Espérons-le!

Krzysztof Warlikowski et Małgorzata Szczęśniak

Krzysztof Warlikowski et Małgorzata Szczęśniak

John Osborn, Krzysztof Warlikowski et Clémentine Margaine

John Osborn, Krzysztof Warlikowski et Clémentine Margaine

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Publié le 15 Septembre 2026

Le Crépuscule des Dieux (Richard Wagner - Bayreuther Festspielhaus, Bayreuth, le 17 août 1876)
Version de concert du 13 septembre 2026
Théâtre des Champs-Élysées

Siegfried Young Woo Kim           Woglinde Ania Vegry
Brünnhilde Asa Jäger                    Welgunde Ida Aldrian
Hagen Patrick Zielke                    Flosshilde Eva Vogel 
Gunther Johannes Kammler          Première Norne Jasmin Etminan
Gutrune Sophia Brommer             Deuxième Norne Marie-Luise Dreßen
Alberich Daniel Schmutzhard       Troisième Norne Valentina Farcas
Waltraute Annika Schlicht

Direction musicale Kent Nagano
Dresdner Festspielorchester
Concerto Köln Dresdner Festspielchor der Richard-Wagner-Akademie
Chor der KlangVerwaltung

Depuis juin 2023, Kent Nagano présente une nouvelle version du 'Ring' de Richard Wagner élaborée à partir des travaux musicologiques menés par Kai Hinrich Müller à l’École supérieure de musique et de danse de Cologne, en collaboration avec la Richard Wagner Academy créée à Dresde en septembre 2023.

Kent Nagano et le Dresdner Festspielorchester

Kent Nagano et le Dresdner Festspielorchester

Tubas, Hautbois, cuivres sont reconstitués pour retrouver les textures d'époque, les cordes en métal sont remplacées par du boyau naturel, et le diapason est abaissé de 444 Hz, celui habituellement utilisé par les orchestres allemands, à 435 Hz, ce qui induit notamment moins de tension dans les cordes.

Enfin, le travail sur la voix est revisité afin de privilégier le texte et le sens théâtral au pur beau chant.

Asa Jäger (Brünnhilde)

Asa Jäger (Brünnhilde)

Rien qu'avec ces quelques éléments, le wagnérien passionné qui s'est rendu au Festival de Bayreuth, cet été, pour entendre un redoutable 'Ring' dénué de tout drame, peut espérer entendre une interprétation bien différente que le Théâtre des Champs-Élysées a l'honneur d'accueillir à l'occasion de cette nouvelle version du 'Crépuscule des Dieux' jouée deux jours plus tôt au Festival de Lucerne.

Marie-Luise Dreßen (Deuxième Norne), Kent Nagano, Valentina Farcas (Troisième Norne) et Jasmin Etminan (Première Norne)

Marie-Luise Dreßen (Deuxième Norne), Kent Nagano, Valentina Farcas (Troisième Norne) et Jasmin Etminan (Première Norne)

Et quel bonheur à s'immerger au rythme allant insufflé par Kent Nagano qui entretient un sens du courant puissant et tumultueux, avec parfois une authenticité de sonorité inhabituelle, quand on se remémore le sens de la fusion et de la fluidité lisse qui caractérise généralement les orchestres allemands.

Le timbre et la couleur des violons, violoncelles et contrebasses du paraissent plus sombres qu'à l'accoutumée, mais parcellés d'éclats vibrants tant l'énergie qui les innerve induit une vitalité organique qui éveille et stimule l'auditeur.

Le Dresdner Festspielorchester se fait instrument du drame à part entière avec une théâtralité bien affirmée sans jamais donner l'impression de la moindre lourdeur.

Johannes Kammler (Gunther), Kent Nagano et Young Woo Kim (Siegfried)

Johannes Kammler (Gunther), Kent Nagano et Young Woo Kim (Siegfried)

Il est d'ailleurs assez étonnant de constater que les lignes des cuivres sont fortement intégrées à la texture orchestrale, et que parfois les cors semblent fortement diffus, comme on peut l'entendre au final du second acte, quand Hagen évoque la mort de Siegfried.

Et Kent Nagano module ce son avec un sens phénoménal de la plasticité du mouvement, et une attention aux nuances et à l'équilibre avec les chanteurs qui témoigne d'une volonté de soigner la forme tout en laissant s'épanouir la richesse du parfum des notes.

Götterdämmerung (Nagano Dresdner Festspielorchester) Champs-Elysées

Mais l'autre dimension inattendue de cette soirée grandiose est la qualité des solistes qui sont peu connus en France de par leur jeunesse et le fait que plusieurs d'entre eux sont intégrés à des troupes de théâtres allemands, Young Woo Kim à Cologne, Ida Aldrian à Hambourg ou bien Johannes Kammler à Stuttgart, et d'autres n'en sont qu'aux premières années de leur carrière, tels Asa Jäger ou bien Patrick Zielke.

Concerto Köln Dresdner Festspielchor der Richard-Wagner-Akademie, Chor der KlangVerwaltung, Dresdner Festspielorchester, Patrick Zielke (Hagen) et Kent Nagano

Concerto Köln Dresdner Festspielchor der Richard-Wagner-Akademie, Chor der KlangVerwaltung, Dresdner Festspielorchester, Patrick Zielke (Hagen) et Kent Nagano

En Siegfried, le ténor coréen Young Woo Kim semble au premier abord fort rigide et conventionnel, mais le masque tombe très vite lorsqu'il déploie une expressivité quasi diabolique, un chant d'une solidité à toute épreuve avec un timbre musclé, mais qui a de la souplesse, une diction claire, et une agréable patine ambrée, si bien qu'il n'a de cesse d'impressionner, surtout qu'il joue avec conviction en dépeignant un personnage de plus en plus antipathique mais sans qu'il s'agisse de comédie, le signe d'un artiste qui a un vrai sens théâtral dans la peau.

Sophia Brommer (Gutrune), Young Woo Kim (Siegfried), Patrick Zielke (Hagen), Kent Nagano et Asa Jäger (Brünnhilde)

Sophia Brommer (Gutrune), Young Woo Kim (Siegfried), Patrick Zielke (Hagen), Kent Nagano et Asa Jäger (Brünnhilde)

Elle incarnait la Walkyrie l'année dernière à la Philharmonie, la soprano suédoise Asa Jäger offre à Brünnhilde une voix d'un beau métal qui ne s'altère jamais même dans les moments impulsifs où elle fait preuve d'une autorité redoutable. Puissance et sensibilité féminine se fondent en un beau portrait d'une noblesse saisissante, avec un art du chant bien galbé au flux naturel qui annonce des horizons wagnériens d'une grande pureté pour les années qui viennent, sa grande scène d'immolation finale étant un modèle d'éloquence.

Annika Schlicht, Johannes Kammler, Asa Jäger et Kent Nagano

Annika Schlicht, Johannes Kammler, Asa Jäger et Kent Nagano

Et les yeux fermés, nous pourrions croire que le Baron Ochs du 'Rosenkavalier' de Strauss s'est glissé dans le monde wagnérien tant Patrick Zielke donne un coup de jeunesse à Hagen, dont il clarifie les expressions avec un raffinement de l'élocution qui trouble l'image du fils d'Alberich au point de paraître joviale, avant que sa nature odieuse ne ressorte vivement. 

Par ailleurs, Daniel Schmutzhard donne aussi une sobre élégance au père de Hagen, qualités encore plus développées par Johannes Kammler qui n'est pas loin de rapprocher la stature de Gunther de celle d'un Wotan, avec de la densité dans la noirceur et une belle homogénéité de tessiture.

Annika Schlicht (Waltraute)

Annika Schlicht (Waltraute)

Avec un souffle bien canalisé et une ouverture vocale plus resserrée, Sophia Brommer dessine un portrait piquant et humain de Gutrune, mais quel grand moment que la confrontation entre Brünnhilde et sa sœur Waltraute qu'Annika Schlicht pousse dans une posture dramatique fantastique, avec des graves percutants et une grande vélocité expressive, riche en nuances contrastées !

Enfin, l'arrivée mystérieuse en ouverture des trois Nornes, Jasmin Etminan, Marie-Luise Dreßen et Valentina Farcas, crée une tension captivante, alors que les trois Filles du Rhin, qui apparaissent furtivement au début de l'opéra vétues de vert, font entendre un entrelacement de timbres inhabituels, Ania Vegry ayant tendance à délier sa voix en des aigus rêveurs, alors que Eva Vogel en est exactement le contraire en se tenant sur une posture bien ancrée, Ida Aldrian jouant un rôle sensiblement d'équilibre.

Eva Vogel, Ida Aldrian, Ania Vegry, Kent Nagano et Daniel Schmutzhard

Eva Vogel, Ida Aldrian, Ania Vegry, Kent Nagano et Daniel Schmutzhard

La soirée réserve également plein de petites surprises avec des cornistes installés à divers postes des balcons de la salle, ou bien à l'écoute du chœur, exceptionnel de vitalité et de joie théâtrale au second acte, qui réapparaîtra par les portes latérales du parterre, un ensemble de variations qui enchante l'auditeur et qui ne le laisse jamais face à une interprétation monolithique.

Le plus stupéfiant est de constater rétrospectivement comment une œuvre aussi massive et longue a semblé si allante et aérée avec pourtant un robuste corps dramatique, un début de saison qui s'ouvre en beauté au Théâtre des Champs-Élysées.

Young Woo Kim, Kent Nagano et Asa Jäger

Young Woo Kim, Kent Nagano et Asa Jäger

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Publié le 13 Septembre 2026

Le Cercle des Poètes disparus
(Tom Schulman - 1985)
Représentation du 12 septembre 2026
Le Théâtre-Libre (Paris)

Todd Anderson Nicolas Bauwens
Neil Perry Basile Sommermeyer
Knox Overstreet Louis Djabali
Charlie Dalton (Nuanda) Ivan du Pontavice
Steven Meeks Clément Mariage
Richard Cameron Maxence Seva
M. Nolan, le directeur de l'école Welton Yvan Garouel
Le Professeur Keating Xavier Gallais
Le père de Neil Perry Olivier Bouana
Le chanteur du bal de promo Maxime Huriguen

Adaptation française Gérald Sibleyras
Mise en scène Olivier Solivérès (2024)
Décors Jean-Michel Adam
Lumière Denis Koransky

Inspiré de l'expérience que vécut Tom Schulman au sein de la Montgomery Bell Academy de Nashville, Tennessee, dont il fut diplômé en 1968, 'Le Cercle des poètes disparus' fut un film fétiche pour toute une génération dès sa sortie en 1989, les années 80 étant marquées par un mélange d'évolutions sociales, culturelles et politiques dont le ressort est aujourd'hui évoqué de façon nostalgique, particulièrement l'épanouissement individuel qui était si prégnant à ce moment là.

Maxence Seva (Richard), Clément Mariage (Steven), Nicolas Bauwens (Todd), Xavier Gallais (Le Professeur Keating), Ivan du Pontavice (Charlie), Louis Djabali (Knox) et Basile Sommermeyer (Neil)

Maxence Seva (Richard), Clément Mariage (Steven), Nicolas Bauwens (Todd), Xavier Gallais (Le Professeur Keating), Ivan du Pontavice (Charlie), Louis Djabali (Knox) et Basile Sommermeyer (Neil)

Sur le scénario de Tom Schulman, une première adaptation théâtrale eut lieu au Classic Stage Company de New York le 27 octobre 2016, tout près de Union Square, mise en scène par John Doyle, le directeur du théâtre, mais elle ne rencontra que peu de succès.

Après 11 ans de préparation pour en obtenir les droits et trouver les acteurs, Olivier Solivérès présenta une nouvelle version du 'Cercle des poètes disparus' au Théâtre Antoine, le 24 janvier 2024, qui obtint deux Molières, celui de la mise en scène et celui de la révélation masculine pour Ethan Oliel, dans le rôle de Neil Perry.

Préshow sur le dancefloor

Préshow sur le dancefloor

Un tel engouement lui vaut d'être repris depuis le 11 septembre 2026 au Théâtre-Libre, et c'est une inattendue bouffée de vitalité qui saisit l'audience dès le début, la pièce commençant par un bal de promo improvisé sur les airs rock et slow chantés par Maxime Huriguen, alors que les acteurs incitent les spectateurs, jeunes ou moins jeunes, à venir danser spontanément sur scène sous les scintillements d'une boule à facettes projetant en arrière scène un anneau d'argent. 

Puis, le rideau s'ouvre sur un large tableau noir dominant les pupitres à l'ancienne des élèves qui arborent les mêmes costumes que ceux du film, avec l'écusson rouge du Lion rampant imprimé sur leurs vestes.

Six jeunes acteurs incarnent les six rôles principaux d'élèves, le timide Todd Anderson (Nicolas Bauwens), l'acteur de théâtre en devenir Neil Perry (Basile Sommermeyer), l'amoureux romantique Knox Overstreet (Louis Djabali), l'impertinent - 'Mister Nolan, it's for you, it's god!' - Charlie Dalton (Ivan du Pontavice), le scientifique et concepteur radio Steven Meeks (Clément Mariage), et Richard Cameron (Maxence Seva), le délateur conformiste. Le rôle de Gerard Pitts est en revanche éclipsé.

Maxence Seva (Richard), Clément Mariage (Steven), Louis Djabali (Knox), Nicolas Bauwens (Todd ), Ivan du Pontavice (Charlie), Xavier Gallais (Le Professeur Keating) et Basile Sommermeyer (Neil)

Maxence Seva (Richard), Clément Mariage (Steven), Louis Djabali (Knox), Nicolas Bauwens (Todd ), Ivan du Pontavice (Charlie), Xavier Gallais (Le Professeur Keating) et Basile Sommermeyer (Neil)

La mise en scène se concentre sur la relation entre ces six collégiens, leur professeur de philosophie (Xavier Gallais), et les deux représentants de l'ordre conformiste, le directeur du collège (Yvan Garouel) et le père de Neil Perry (Olivier Bouana) à travers cinq lieux principaux, la classe, l'extérieur - avec un arrière plan surélevé -, une salle de l’université avec une esthétique vidéographie d'arbres et de chute de neige -, la grotte du 'Cercle des poètes disparus', illuminée seulement par des torches portatives, et surtout la scène de théâtre finale qui engendrera le drame.

On retrouve le même humour et la même envie de vivre qui traversent tout le film, mais avec une dimension supplémentaire qui ne peut être obtenue que sur scène.

Nicolas Bauwens (Todd) et Basile Sommermeyer (Neil)

Nicolas Bauwens (Todd) et Basile Sommermeyer (Neil)

Dans le film, le 'Songe d'une nuit d'été' - pièce dans laquelle Neil Perry joue le rôle de Puck - est une allégorie de l'envie de fuir les contraintes d'un monde rigide, la scène d'ouverture de la pièce de Shakespeare faisant intervenir Hermia et Lysandre, liés par un grand amour, qui se préparent à fuir d'Athènes pour échapper à la loi d’Égée et créer un monde nouveau dans un bois avec de nouveaux amis.

Neil Perry ne peut qu'être séduit par cette pièce qui parle du même désir qui l'anime.

Cependant, au théâtre, cette scène devient une scène de théâtre dans le théâtre, le metteur en scène faisant apparaître les coulisses du théâtre-libre avec des comédiens qui sont eux-mêmes de jeunes acteurs de théâtre, et non de cinéma, qui se projettent aussi dans la pièce, le véritable coup-de-maître de ce spectacle.

Basile Sommermeyer (Neil)

Basile Sommermeyer (Neil)

Ces six jeunes artistes forment un groupe d'une excellente unité avec une grande aisance et de l'impulsivité tout en transmettant cette envie viscérale de liberté, en ayant chacun leurs particularités propres : Nicolas Bauwens affiche une sensibilité très proche d'Ethan Hawke, l'acteur américain qui incarnait Todd Anderson dans le film, Basile Sommermeyer se révèle d'une agilité fulgurante, Clément Mariage privilégie une gestuelle authentiquement fraternelle et une franche déclamation, Louis Djabali tient une ligne très assurée, plus marquée que celle du personnage de Knox Overstreet dans le film, Ivan du Pontavice compose un personnage de charme et fort équilibré qui donnerait  envie de voir ce que donnerait une inversion de rôle entre lui et son confrère Louis Djabali.

Quant à Maxence Seva, il incarne le personnage peu sympathique de Richard Cameron sobrement mais de façon un peu trop émotive dans le règlement de compte final où il pourrait être encore plus net et froid dans la ligne qu'il défend. On peut remarquer que la pièce ne reproduit pas à la manière du film les allusions à l'iconographie chrétienne où Neil Perry revêt la posture de martyre christique, avec sa couronne d'épines, alors que Richard Cameron, tel Judas, est représenté par un acteur roux.

Xavier Gallais (Le Professeur Keating) et Basile Sommermeyer (Neil)

Xavier Gallais (Le Professeur Keating) et Basile Sommermeyer (Neil)

Passer après Robin Williams et son sourire en coin qui en dit long sur sa compréhension humaine n'a rien d'évident, pourtant, Xavier Gallais se sort aisément du rôle du Professeur Keating, avec ce mélange de bienveillance et de jeu professoral tout à fait réaliste mené avec une verve éloquente, alors que Yvan Garouel, en directeur horriblement figé, et Olivier Bouana, père insupportablement liberticide, tiennent leurs personnages comme deux murs inflexibles qui suffisent à détruire ce fragile espace de liberté.

Maxence Seva, Clément Mariage, Basile Sommermeyer, Xavier Gallais, Ivan du Pontavice, Nicolas Bauwens et Louis Djabali

Maxence Seva, Clément Mariage, Basile Sommermeyer, Xavier Gallais, Ivan du Pontavice, Nicolas Bauwens et Louis Djabali

Toutefois, dans la pièce, le drame final est beaucoup plus précipité que dans le film, si bien que c'est la dimension enjouée et la leçon d'autonomie individuelle qui l'emportent, sans le moindre temps mort, car tous ces acteurs savent donner d'eux-mêmes et susciter le plaisir à les admirer, ce qui se traduit pas une standing ovation instinctive de la part de toute la salle pour saluer leur talent à savoir autant capter l'empathie et la réflexion de chaque auditeur, et aussi afin de répondre à leur 'O Capitaine! Mon Capitaine' clamé debout sur leurs pupitres - sauf Cameron - à en donner le frisson!

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Publié le 10 Septembre 2026

Perle Noire, Méditations pour Joséphine
(Tyshawn Sorey - 2016)
Répétition générale du 07 septembre et

représentation du 09 septembre 2026
Palais Garnier

Bye Bye Blackbird (1926)
C'est ça le vrai bonheur (1953)
Madiana (1933)
Si j'étais blanche (1933)
Doudou (1936)
C'est lui (1934)
Terre sèche (1959)
My Father How Long? (chant documenté en 1867)

Piano et percussions Tyshawn Sorey
Guitare électrique Daniel Lippel
Flûte Alice Teyssier
Violon Jennifer Curtis
Basson Rebekah Heller
Saxophone Travis Laplante
Textes parlés Claudia Rankine
Concept et chant Julia Bullock

Direction Musicale Tyshawn Sorey
Mise en scène Peter Sellars
International Contemporary Ensemble

Production créée au Dutch National Opera, Amsterdam

Créé le 11 juin 2016 au Libbey Bowl, à Ojai, en Californie, sous le titre 'Josephine Baker: A Portrait', et repris une semaine plus tard à Berkeley, ce projet a été fortement remanié, en passant d'une durée d'une heure à une heure cinquante, sous le titre 'Perle Noire: Meditations for Josephine',  et a été notamment repris à Houston, au Metropolitan Museum of Art de New York puis Boston.

Julia Bullock

Julia Bullock

Initialement programmé en avril 2020 sous forme d'une nouvelle production qui devait être donnée au Théâtre du Châtelet, sa première européenne sera finalement reportée à l’Opéra d’Amsterdam, trois ans plus tard, puis reprise à Adelaïde, en Australie, avant d'arriver au Palais Garnier pour une longue série de représentations.

‘Perle Noire’ rend hommage à Joséphine Baker qui fut membre de la résistance française au cours de la Seconde Guerre mondiale, et qui apporta un fort soutien aux mouvements des droits des citoyens, elle qui fut victime de discriminations à New-York (on refusera de la servir au Stork Club en 1951).

Julia Bullock

Julia Bullock

La conception musicale de cette pièce est confiée à Tyshawn Sorey, musicien et compositeur né dans le New-Jersey en 1980, un artiste qui aime croiser les genres, du jazz au classique contemporain, et conserver une grande liberté lors de ses interprétations. Autant dire qu'il est bien difficile de catégoriser son œuvre.

Le dispositif installé à l'avant scène de la scène Garnier est ainsi composé uniquement d'une petite estrade performative surélevée au dessus de quelques marches qui laisse entrevoir, en arrière-plan, les murs du théâtre, flanquée, côté cour, de la flûtiste Alice Teyssier, de la bassoniste Rebekah Heller et du saxophoniste Travis Laplante, et côté jardin, de la violoniste Jennifer Curtis, du guitariste électrique Daniel  Lippe et de la batterie et du piano de Tyshawn Sorey.

Il ne faut pas s'attendre à entendre sous leur forme d'origine les airs que chantait Joséphine Baker, de 'Bye Bye Blackbird' à 'Terre Sèche', car ils sont musicalement transformés, dépouillés de leur forme légère, pour devenir la matière d'une réflexion profonde sur la condition d'une personne à la peau noire.

Julia Bullock entourée de Tyshawn Sorey (piano), Jennifer Curtis (violon), Alice Teyssier (Flûte), Rebekah Heller (Basson) et Travis Laplante (saxophone)

Julia Bullock entourée de Tyshawn Sorey (piano), Jennifer Curtis (violon), Alice Teyssier (Flûte), Rebekah Heller (Basson) et Travis Laplante (saxophone)

Les textes écrits par la dramaturge Claudia Rankine font le lien entre ces airs en prêtant une voix qui déplore le racisme en Amérique mais qui dépeint aussi la logique d'une femme qui veut être libre dans son rapport au corps et aux autres.
Clairement, le spectateur est pris à partie, et les mots ne cherchent pas forcément à le mettre à l'aise.

La musique de Tyshawn Sorey sait créer une ambiance feutrée, mais il ne s'y attarde pas trop longtemps lorsque les traits des vents prennent des aspects vrillés qui ajoutent de la tension, de la même manière que le musicien quitte nonchalamment les touches si douces de son piano pour s'emparer de sa batterie pour induire beaucoup plus de dissonances et de coups de théâtre.

Julia Bullock avec en arrière plan Jennifer Curtis (violon)

Julia Bullock avec en arrière plan Jennifer Curtis (violon)

Née comme Joséphine Baker à Saint-Louis, Missouri, Julia Bullock fait ses débuts à l’Opéra de Paris, elle qui est une artiste notamment connue pour avoir participé à plusieurs projets d'envergure avec Peter Sellars tels ‘The Indian Queen’ (Madrid, 2013), ‘Girls of the Golden West’ (San Francisco, 2017) ou bien ‘El Niño’ (New-York – Cathedral St John the Divine, 2022).

Elle est cette fois sonorisée, mais elle surprend par la noirceur des graves qu'elle arrive à développer, tout en s’engageant corporellement avec des mouvements parfois très ondulants, mais aussi avec beaucoup de pauses réflexives qui alimentent le questionnement très humain qu'elle a sur elle même, car cette intériorité résonne avec celle de l'auditeur qui va inévitablement être touché par certains propos écorchés.

Tyshawn Sorey et Julia Bullock entourés de Daniel Lippe, Jennifer Curtis, Alice Teyssier, Rebekah Heller et Travis Laplante

Tyshawn Sorey et Julia Bullock entourés de Daniel Lippe, Jennifer Curtis, Alice Teyssier, Rebekah Heller et Travis Laplante

Peter Sellars, présent à cette première, a le don de donner confiance à cette artiste courageuse, et si son travail de mise en scène joue sur l'expression des différents états d'âmes de l'artiste, il s'appuie aussi sur un subtil jeu d'éclairages aux variations nuancées, aussi bien près de la fosse d'orchestre que sur le fond de scène.

Tyshawn Sorey, Julia Bullock et Peter Sellars

Tyshawn Sorey, Julia Bullock et Peter Sellars

Sur une très belle scène finale où les musiciens se lèvent autour du corps de Julia Bullock pour jouer sous forme de murmure instrumental, avec une sensibilité extrême, le célèbre 'My Father How Long?', chant d'esclaves né au cours de la guerre de Sécession, les lumières s'éteignent pour laisser place à un accueil très chaleureux pour l’ensemble des artistes, prodigué par un public d'origine internationale où l'on peut aussi relever la présence de plus de personnes de couleurs qu'à l'accoutumée, ce qui place ce spectacle tout à fait dans la ligne plus visiblement inclusive que défend l'Opéra de Paris depuis ces dernières années, et qui n'est que la seconde pièce afro-américaine à être jouée sur la scène Garnier après 'The Temptation of Saint-Anthony' de Bernice Johnson Reagon qui y fit sa première officielle à l'automne 2005.

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