Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Trio Van Baerle (Mozart – Brahms – Chausson)
Concert du 11 juin 2022
Théâtre de la Ville – Les Abbesses
Wolfgang Amadé Mozart Trio pour piano, violon et violoncelle, en sol majeur, K.496 (juillet 1786)
Johannes Brahms Trio pour piano, violon et violoncelle n°3, en ut mineur, op.101 (été 1886)
Ernest Chausson Trio pour piano, violon et violoncelle, en sol mineur, op.3 (été 1881)
Trio Van Baerle
Violon Maria Milstein
Violoncelle Gideon den Herder
Piano Hannes Minnaar
Le premier passage à Paris du Trio Van Baerle, un ensemble de trois jeunes musiciens néerlandais qui se produisent en public depuis plus de 10 ans, est l’occasion de découvrir des chefs-d’œuvre chambristes méconnus et peu joués, et aussi d’appréhender une formation afin d’en découvrir les qualités intrinsèques.
Maria Milstein (violon), Hannes Minnaar (piano) et Gideon den Herder (violoncelle)
Composé un siècle avant les trios pour piano, violon et violoncelle de Brahms et Chausson, le trio en sol majeur K.496 Mozart apparaît comme une préparation à la profondeur dramatique qui sera développée plus tard dans ces deux œuvres romantiques.
Ici, le violon est mis en avant par rapport au violoncelle, dont parfois se perçoivent à peine les ondes sombres, et la vigueur dramatique qu’impulsent les traits volontaires de Maria Milstein dans son jeu d’échanges avec les formes d’expressions très affirmées du pianiste, crée toutefois une coloration assez austère là où l’on attendrait une transparence plus légère et joyeuse.
Maria Milstein
Puis, dès les premières notes du trio en ut mineur op.101 de Brahms, les trois musiciens s’engouffrent dans un déluge d’expressionnisme noir d’une très grande intensité comme si toutes les forces devaient être lancées dans la bataille pour raconter une fuite en avant nocturne un peu désespérée. Les sonorités du violon s’assouplissent sans perdre en caractère, le piano draine un discours narratif puissant, et quand l’agitation se calme au second mouvement, les liens complices se détachent, le violoncelle faisant jeu égal avec le violon alors que le piano se fait conciliateur.
Hannes Minnaar (piano), Gideon den Herder (violoncelle) et Maria Milstein (violon)
Ce sens de la progression dramatique sans relâche atteint son paroxysme dans le trio op.3 de Chausson, là où les vibrations émotionnelles s’épanchent à fleur de peau avec un sens de l’effusion qui évoque beaucoup les grands mouvements passionnels qui seront développés dans les opéras véristes une décennie plus tard. Le déchaînement du geste de Maria Milstein déploie le panache du violon avec un mordant superbe auquel le violoncelle relie son art de la liaison avec une vitalité lumineuse, tous deux sous l’emprise d’un piano leste au cristal noir d’une impénétrable vigueur.
Et pour contrer le pouvoir excitateur d’une telle musique, les trois musiciens proposent en bis la quatrième des 6 études en forme canonique pour piano composées par Robert Schumann en 1845, ‘Innig’, dans une adaptation de Robert Teodor Kirchner. L’écriture est résolument romantique mais coulée de pure douceur.
Les Troyens ( Hector Berlioz – 1863)
Représentation du 26 mai 2022
Bayerische Staatsoper
Cassandre Marie-Nicole Lemieux
Hécube Emily Sierra
Ascagne Eve-Maud Hubeaux
Didon Ekaterina Semenchuk
Anna Lindsay Ammann
Soldat aus dem trojanischen Volk Daniel Noyola
Chorèbe Stéphane Degout
Priam Martin Snell
Hélénus Armando Elizondo
Enée Gregory Kunde
Panthée Sam Carl
Der Schatten von Hector Roman Chabaranok
Ein griechischer Heerführer Daniel Noyola
Narbal Bálint Szabó
Iopas Martin Mitterrutzner
Mercure Andrew Hamilton
Hylas Jonas Hacker
Erster trojanischer Soldat Theodore Platt
Zweiter trojanischer Soldat Andrew Gilstrap Marie-Nicole Lemieux (Cassandre)
Direction musicale Daniele Rustioni
Mise en scène Christophe Honoré (2022) Bayerisches Staatsorchester
La nouvelle production des ‘Troyens’ de l’opéra de Munich est une déception dramaturgique au point qu’elle risquerait de relayer au second plan une réussite musicale portée par de très grands artistes.
L’approche de Christophe Honoré n’est en effet pas immédiatement compréhensible en première partie, malgré un décor assez évocateur qui donne l’impression de situer le drame sur les hauteurs d’une terrasse de Troie avec la vue sur la mer au loin qui domine les fortifications. Les pierres plaquées au sol sont à plusieurs endroits endommagées, stigmates les plus visibles du siège que mènent les Grecs depuis 10 ans.
Astyanax
Cassandre, vêtue de noir, débute seule, assez classiquement, mais survient très tôt un jeune enfant, Astyanax, le fil d’Hector et Andromaque, dont la présence continue se prolongera jusqu’à l’arrivée fantomatique de son père venu prévenir Enée de la défaite prochaine.
Les scènes de rituels nous projettent cependant dans un monde assez proche de nous, les années 70 possiblement, avec ces téléviseurs qui traînent au fond du décor, ces Troyens en costumes de soirée relativement figés, l’icône d’une Vierge Marie, des pots de fleurs en offrande, bref l’image d’un monde conventionnel qui tombe en décrépitude et en esclavage, et qui pourrait-être la métaphore d’une société croyante et patriarcale sur le déclin. Se pose alors la question, à la fin de cette première partie, du monde vers lequel est possible une nouvelle vie.
Reste que cette description d’une société qui s’effondre manque de vie et de tension et que l’on croit peu aux interactions et aux sentiments entre les protagonistes principaux.
Le seul personnage dont le parcours est richement détaillé est celui de l’enfant, rôle muet, et l’on serait tenté d’y voir surtout une manière de s’interroger sur l’avenir de ce gamin entouré d’adultes qui ont perdu tout repère.
Marie-Nicole Lemieux (Cassandre) et Stéphane Degout (Chorèbe)
En seconde partie, l’ambiance est plus lumineuse. Carthage est un lieu de détente et de plaisirs où des hommes se prélassent nus dans un environnement bétonné et configuré par différents niveaux d’élévations qui dominent une bouche dans laquelle s’engouffre un escalier vers les sous-sols.
La mer apparaît cette fois à travers une ouverture creusée dans le mur.
Les Tyriens ne semblent pas être au premier abord des travailleurs, et les entrées purement musicales sont coupées. Deux plans de vies se dessinent ainsi sans jamais se rencontrer, celui des chanteurs et celui des oisifs.
Gregory Kunde (Enée) et le Fantôme d'Hector (Roman Chabaranok)
C’est véritablement au quatrième acte que le metteur en scène entraîne les spectateurs dans sa lecture très personnelle de la nuit d’orage en forêt parcourue de chasseurs, de chiens en laisse, de nymphes, satyres et autres faunes, et d’où les Carthaginois repousseront les armées numides.
Durant tout ce tableau et la marche des esclaves nubiennes, deux écrans projettent une filmographie crûment érotique qui met en scène des amours libres, des partouzes gay et des séances de scarification qui évoquent surtout à l’extrême l’élan de libération que connurent les années 70 et 80 avant que tout ne vire au drame, ce que Christophe Honoré figure au dernier acte en laissant gésir au sol ce monde anéanti alors que les fantômes de Troie réapparaissent.
Le duo d’amour entre Didon et Enée ménage un écrin presque totalement déchargé de cet entourage encombrant, et seul un couple d’hommes profite de cet instant au loin, dans l’ombre, pour vivre sa nuit.
Un nouveau monde conventionnel reprend finalement le dessus à l’arrivée du chœur, et Didon n’a plus qu’à se suicider misérablement après le départ de son amant.
Carthage
Ce spectacle agit ainsi comme si la force de l’imaginaire du metteur en scène avait réussi à exploiter les images naïves du livret pour leur donner une vigueur sensuelle et violente, afin de les confronter sans raison à l’auditeur qui ne comprend pas en quoi cela pourrait le toucher aujourd’hui.
On ne peut ainsi s’empêcher d’y voir un cadeau d’enfant gâté fait par le directeur, Serge Dorny, à l’un de ses metteurs en scène fétiches, au détriment d’un ouvrage qui résonne pourtant fortement avec notre temps puisqu’il parle de destruction de peuple, de chute de civilisation, de quête d’une nouvelle terre et de répétition de l’histoire.
Martin Mitterrutzner (Iopas)
Mais les artistes font vivre cette épopée avec profondeur et courage et c’est bien là l’essentiel, à commencer par Daniele Rustioni qui compose énergiquement avec la chaleur du Bayerisches Staatsorchester, l’éclat crépusculaire de ses cuivres en fusion et la fluidité de ses cordes et bois dont il maîtrise la finesse ornementale poétique, ce qui procure une étrange sensation de confort de velours comme si les sonorités étaient nimbées d’un voile ouaté. On ne retrouve pas tout à fait les nervations vrillées inhérentes à l’esthétique sonore de Berlioz, mais le son de l’orchestre allemand gagne finalement en transparence.
Rythmiquement mesuré en première partie, le souffle prend ensuite son envol à Carthage et c’est peut-être aussi pour cette raison que le quatrième acte en devient aussi suffocant.
Gregory Kunde (Enée) et Ekaterina Semenchuk (Didon)
Déjà bien mise en valeur dans son enregistrement des ‘Troyens’ dirigé par John Nelson en 2017, la rondeur sombre du galbe vocal de Marie-Nicole Lemieux, qui pousse des incursions dans des graves très noirs, donne une solide assise solennelle à la personnalité de Cassandre plus maternelle et intériorisée que tragique, avec néanmoins une perte de linéarité vers quelques aigus, et le velouté idéal du chant de Stéphane Degout, également son partenaire au disque dans le rôle de Chorèbe, permet de former un alliage d’une très grande beauté ombreuse nourrissante pour les esprits contemplatifs.
Son intervention est certes courte, mais Eve-Maud Hubeaux a une présence immédiate qui permet d’apprécier la fraîcheur optimiste et bien timbrée de sa voix, Martin Mitterrutzner fait entendre plus loin un Iopas propice à la rêverie, alors que Lindsay Ammann décrit une Anna complexe griffée par la vie.
En revanche, les basses Roman Chabaranok et Bálint Szabó incarnent respectivement le fantôme d’Hector et le ministre de Didon sans faire résonner totalement la noirceur funeste qui les animent et qui pourrait accentuer la gravité de leurs prémonitions ou imprécations.
Gregory Kunde (Enée) et l'ombre d'Astyanax
Il est difficile de ne pas penser à ce que peut éprouver Ekaterina Semenchuk à chanter dans l’immense espace de détente masculin dont elle est la souveraine, mais de même qu'à l’opéra Bastille trois ans auparavant, elle dépeint une reine d’un très grand tempérament, charismatique, n’hésitant pas à alléger de manière très acérée sa diction, et son charme naît autant de la souplesse de son rayonnement franc que des ses intonations désenchantées.
Ekaterina Semenchuk (Didon)
Mais le plus grand héros de la soirée est incontestablement Gregory Kunde - 68ans ! - inoubliable Enée au Théâtre du Châtelet en octobre 2003 que l’on retrouve ce soir avec une voix virile à la clarté poétique qui fait ressortir une jeunesse de cœur irrésistible. Le timbre vibre sensiblement, mais la musicalité n’en est que plus touchante d’authenticité.
Il incarne ici un homme qui finalement observe avec hargne un monde qui s’effondre, puis rencontre un autre monde auquel il fait mine d’apprécier les charmes de sa oisiveté pour finalement mieux le quitter, bref un homme entier qui traverse son époque sans s’accrocher à rien tout en restant intègre.
Et le moment où il chante ses regrets de devoir abandonner Carthage en se tenant simplement au dessus de l’orchestre est un splendide moment de communion avec le public, et rares sont les grands chanteurs capables d’établir une connexion aussi naturelle avec leur audience. Très grand moment d'émotion!
Tout au long de la soirée, les chœurs se révèlent d'une sobre et très agréable harmonie, mais les Troyennes pourraient afficher encore plus de volontarisme flamboyant avant que ne surgissent les Grecs.
Samedi 04 juin 2022 sur France 4 à 22h55
Marin Alsop, Khatia Buniatishvili et l'Orchestre de Paris
Beethoven, Chostakovich
Dimanche 05 juin 2022 sur France 3 à 00h25
Cendrillon (Massenet) - Opéra national de Lorraine - dm Zetouni - ms Hermann
Dimanche 05 juin 2022 sur Arte à 18h20
"Les quatre saisons (incertaines) de Vivaldi" à l'amphithéâtre de Délos
Avec Diana Tishchenko (violon), Sokratis Sinopoulos (lyre) - European Union Youth Orchestra
Lundi 06 juin 2022 sur Arte à 00h00
La Passion du Christ par des villageois (Documentaire)
Lundi 06 juin 2022 sur Arte à 01h20
Rodelinda (Haendel) - Festival international Haendel de Göttingen
Samedi 11 juin 2022 sur France 4 à 21h10
Festival Pablo Casals "Coriolan", ouverture de Ludwig Van Beethoven
"Le Chant des Oiseaux" de Pablo Casals
"Symphonie n°41" dite "Jupiter" de Wolfgang Amadeus Mozart
"Concerto pour violoncelle n°2" de Saint-Saens interprété par la violoncelliste catalane Sol Gabetta.
Samedi 11 juin 2022 sur France 4 à 22h25
Concert Radio France : Cristian Macelaru et Simon Trpceski - Orchestre National de France
"Festin de l'araignée (fragments symphoniques)" de Albert Roussel
"Concerto pour piano et orchestre n°4" de Sergei Rachmaninov
"Romeo et Juliette" (suite conçue par Cristian Macelaru) de Serge Prokofiev.
Dimanche 12 juin 2022 sur France 3 à 00h20
Don Giovanni (Mozart) - Opéra national de Paris - dm Jordan - ms van Hove
Dimanche 12 juin 2022 sur Arte à 18h40
Nikolaj Szeps-Znaider joue Brahms - ONF - dm Cristian Macelaru
Lundi 13 juin 2022 sur Arte à 00h35
Le mythe d'Ot(h)ello (Documentaire)
Lundi 13 juin 2022 sur Arte à 01h30
Il trittico (Puccini) - La Monnaie - dm Bronchti - ms Kratzer
Haroutounian, Kálmán, Zilio, Bryce-Davis, Torre, Smith
Vendredi 17 juin 2022 sur France 5 à 21h00
Fauteuil d'orchestre (avec Michael Spyres, Mathieu Pordoy, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, le quatuor Belcea et Jean-Philippe Thiellay, directeur du Centre national de la musique)
Dimanche 19 juin 2022 sur France 3 à 00h20
La Traviata (Verdi) - Opéra national de Paris - ms Stone - dm Mariotti
Dimanche 19 juin 2022 sur Arte à 18h40
Kissin joue Gershwin, Berg et Chopin - Festival de Salzbourg 2021
Dimanche 19 juin 2022 sur Arte à 23h55
Chanter : à la recherche du feu sacré (Documentaire)
Ermonela Jaho, Barbara Hannigan et Asmik Grigorian
Lundi 20 juin 2022 sur Arte à 01h30
Barbara Hannigan à Ludwigsburg - Schönberg, Ives, Stravinski, Haydn et Gershwin
Lundi 20 juin 2022 sur Arte à 20h55
Lili Marleen (Fassbinder) - Film (1981)
Lundi 20 juin 2022 sur France 3 à 21h10 (en direct)
Musique en fête - Chorégie d'Orange Pretty Yende, Philippe Jaroussky, Renaud Capuçon, Edgar Moreau, René Barbera, Marcelo Puente, Patrizia Ciofi, Pierre Génisson, Félicien Brut, Alain Chamfort, Jeanne Gérard, Chloé Chaume, Marc Scoffoni, Héloïse Mas, Florian Laconi, Kevin Amiel, Jérôme Boutillier, Eugénie Joneau, Alexandra Marcellier, Faustine de Monès.
Lundi 20 juin 2022 sur Arte à 22h50
Piaf "Sans amour on n'est rien du tout"
Mardi 21 juin 2022 sur France 4 à 21h10 (Léger différé)
Platée (Rameau) - Opéra national de Paris - dm Minkowski - ms Pelly Vidal, Di Pierro, Mauillon, Fuchs, Bounazou, Brownlee, Teitgen, Van Mechelen, Lesca
Mardi 21 juin 2022 sur France 4 à 23h45
Festival Pablo Casals
Samedi 25 juin 2022 sur France 4 à 21h10
Gautier Capuçon : "Un été en France : à vous de jouer"
Samedi 25 juin 2022 sur France 4 à 22h05
Unique - un artiste, un lieu, un concert - Nemanja Radulovic à Carnac
Samedi 25 juin 2022 sur France 4 à 23h30 Les Huguenots (Meyerbeer) - Opéra national de Paris - dm Mariotti - ms Kriegenburg Oropesa, Kang, Lavoie, Jaho, Teste, Gay, Sempey, Deshayes
Dimanche 26 juin 2022 sur France 3 à 00h25 (Rediffusion) Platée (Rameau) - Opéra national de Paris - dm Minkowski - ms Pelly Vidal, Di Pierro, Mauillon, Fuchs, Bounazou, Brownlee, Teitgen, Van Mechelen, Lesca
Dimanche 26 juin 2022 sur Arte à 18h55
Bruges en musiques (Guillaume Dufay, Johannes Ockeghem, Josquin des Prés, Joseph Haydn et Arvo Pärt)
Lundi 27 juin 2022 sur Arte à 00h10
Fidelio (Beethoven) - Opéra Comique - dm - Pichon - ms Testé Spyres, Stagg, Eriksmoen, Dohmen, Bretz, Immler
Lundi 27 juin 2022 sur Arte à 02h15
Symphonie n°5 (Beethoven) - dm Philippe Jordan - Wiener Philharmoniker
Mezzo et Mezzo HD
Mercredi 01 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
La Bohème de Puccini au Metropolitan Opera
Vendredi 03 juin 2022 sur Mezzo HD à 21h00
'Le Barbier de Séville' de Rossini à La Fenice de Venise
Samedi 04 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
La Clémence de Titus de Mozart au Festival de Glyndebourne
Dimanche 05 juin 2022 sur Mezzo HD à 21h00
Ariane à Naxos de Richard Strauss au Festival d'Aix-en-Provence
Mercredi 08 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
La Flûte enchantée de Mozart au Festival de Glyndebourne
Vendredi 10 juin 2022 sur Mezzo HD à 22h45
A Midsummer Night’s Dream de Britten à l'Opéra de Lille
Samedi 11 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
Il Giasone de Cavalli au Grand Théâtre de Genève
Dimanche 12 juin 2022 sur Mezzo HD à 21h00
Idoménée de Campra à l'Opéra de Lille
Mercredi 15 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
La Force du destin de Verdi à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
Vendredi 17 juin 2022 sur Mezzo HD à 21h00
'Le Barbier de Séville' de Rossini à La Fenice de Venise
Samedi 18 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
'Werther' de Massenet à l'Opernhaus Zürich
Dimanche 19 juin 2022 sur Mezzo HD à 21h00
'Falstaff' de Verdi au Festival d'Aix-en-Provence
Mardi 21 juin 2022 sur Mezzo HD à 19h30 (Direct)
Platée de Rameau à l'Opéra de Paris
Mercredi 22 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
Farnace de Vivaldi à la Fenice de Venise
Vendredi 24 juin 2022 sur Mezzo HD à 21h00
La Gioconda de Ponchielli au Gran Teatre del Liceu
Samedi 25 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
I Puritani de Bellini à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
Dimanche 26 juin 2022 sur Mezzo HD à 21h00
Ariane à Naxos de Richard Strauss au Festival d'Aix-en-Provence
Mercredi 29 juin 2022 sur Mezzo à 20h30
Tugan Sokhiev et l'Orchestre National du Capitole de Toulouse : La Damnation de Faust de Berlioz
Vendredi 01 juillet 2022 sur Mezzo HD à 21h00 'Falstaff' de Verdi au Festival d'Aix-en-Provence
Sur la Plateforme l'Operachezsoi de l'Opéra de Paris en accès libre (après inscription).
Bluthaus (Georg Friedrich Haas - 2011 / 2014)
Il Ballo delle ingrate / Lamento della Ninfa - Madrigali Guerrieri ed Amorosi (Claudio Monteverdi - 1608 / 1638)
Représentation du 25 mai 2022
Cuvilliés Theater
Nadja Albrecht, Tochter Vera-Lotte Boecker
Natascha Albrecht, Ihre Mutter Nicola Beller Carbone
Axel Freund, Makler Hagen Matzeit
Werner Albrecht, Vater Bo Skovhus
Meinhard, Jeremias und Lukas Maleta Solist(en) des Tölzer Knabenchors
Frau Reinisch von der Bank Michaela Steiger
Irene, in Ausbildung Irina Kurbanova
Frau Schwarzer, Nachbarin Michaela Steiger
Herr Schwarzer, Nachbar Silvester von Hößlin
Frau Beikirch / Frau Dr. Rahmani Evelyne Gugolz
Herr Fuchs / Herr Dr. Rahmani Bijan Zamani
Frau Hallosch / Frau Stachl Cathrin Störmer
Herr Hubacher Steffen Höld
Herr Maleta Thomas Reisinger
Herr Stachl Christian Erdt Bo Skovhus Herr Dr. Strickner Thomas Huber
Monteverdi Madrigale Vera-Lotte Boecker, Lukas Siebert, Hagen Matzeit, Solist(en) des Tölzer Knabenchors, Bo Skovhus
Directeur musical Titus Engel
Mise en scène Claus Guth (2022) Bayerisches Staatsorchester et Monteverdi-Continuo-Ensemble
Production Bayerische Staatsoper et Residenztheaters en coproduction avec l’Opéra national de Lyon
Point culminant de la première année du Festival Ja. Mai du Bayerische Staatsoper, une nouvelle manifestation initiée par Serge Dorny et destinée à rapprocher musiques anciennes et musiques contemporaines, 'Bluthaus' de Georg Friedrich Haas fut créé le 29 avril 2011 au Rokoko Theater de Schwetzingen et remanié en 2014 à Hambourg.
Vera-Lotte Boecker (Nadja Albrecht)
L’œuvre aborde un sujet très dur à travers un fait divers familial sordide où un père ayant abusé pendant des années de sa fille finit égorgé par sa femme avant qu'elle même ne se suicide.
La jeune femme est cependant dans l'incapacité de retrouver une vie normale et de se détacher de telles souffrances, si bien qu'elle décide de vendre la maison dont les murs conservent la mémoire de son malheur.
La nouvelle production de cette pièce conçue dans le magnifique Théâtre rococo Cuvilliés, où furent créés au XVIIIe siècle 'Catone in Utica' de Giovanni Battista Ferrandini et 'Idomeneo, re di Creta' de Wolfgang Amadé Mozart, trouve à nouveau un superbe écrin d'autant plus que la teinte rouge grenat de son intérieur résonne assez bien avec l'ambiance du drame.
Sont ajoutées en prologue et en épilogue deux compositions musicales de Monteverdi, 'Il Ballo delle ingrate' et 'Lamento della Ninfa' tirés des 'Madrigali Guerrieri ed Amorosi', qui plongent d'emblée l'auditeur dans les plaintes intérieures de Nadja, et l'y ramènent au final, une fois son histoire révélée.
Le Cuvilliés Theater
La mise en scène de Claus Guth est un impressionnant concentré de lisibilité théâtrale, de froide contemporanéité, de saisissante imprégnation musicale avec la vidéographie et d'effervescence scénique, sans que le moindre temps mort ne puisse s'y immiscer.
Et comme la musique de Georg Friedrich Haas est suffisamment riche en complexité de matériaux et variété de rythmes, les univers du librettiste, Händl Klaus, du compositeur et du metteur en scène se percutent pour créer des moments de surréalisme cinématographique d'une très forte intensité.
Ainsi, au centre d’une pièce totalement grise, le double de Najda broie du noir tel un être défait et renfermé qui reste replié sur lui-même et sa catastrophe personnelle, alors que survient une autre Najda en apparence dynamique et sûre d'elle même au moment de procéder à la visite de sa maison.
Le tableau est tragique, puisqu'il superpose l'image d'une volonté qui veut s'imposer à la société et celle d'une régression intérieure qui se protège des regards d'autrui.
Bluthaus - photo Monika Rittershaus
Mais malgré la présence de l'agent immobilier - Hagen Matzeit fait ressortir avec son timbre de contre-ténor une innocence ambiguë et railleuse -, puis des visiteurs qui apparaîtront successivement, les fantômes du père - Bo Skovhus d'emblée terrible - et de la mère - Nicola Beller Carbone digne et ressignée - surgissent lentement des murs, et la maison devient la métaphore de l'âme de Nadja.
Le long des changements de tonalités sombres de la musique, comme un lent continuo d'eau noire qui s'écoule en variant subtilement de flux, l'intérieur de la maison et ses vues vers l'extérieur défilent en circulaire, et le piège obsessionnel se referme.
Bluthaus - photo Monika Rittershaus
Les différents couples où familles de visiteurs, tous incarnés par des acteurs et actrices du Residenztheaters, sont identifiés avec des costumes de couleurs bien marquées, la famille du sud africain Franz Maleta en violet avec ses trois enfants qui en sont une réplique fidèle – ils apportent vocalement une touche de fraîcheur comme les trois génies de ‘La Flûte enchantée’ de Mozart -, Madame Stachl et son fils Johannes en jaune, fils pour lequel elle manifeste une attirance un peu trop tactile, jusqu’au couple Schwarzers en rouge pour signifier l’esprit de méchanceté qui les anime.
Claus Guth prend soin à maintenir une très grande clarté sur les travers sociaux que représentent ces portraits d’aujourd’hui, si bien que sans comprendre le texte d’une même phrase haché et disséminé dans la bouche des différents protagonistes, le spectateur comprend la satire sociale qui se cristallise autour de Nadja.
Le plafond de la maison s'abaisse finalement afin d'accroitre le sentiment d'oppression.
En réponse à ce découpage où les intervenants ne prononcent pas plus de cinq mots d’affilée, la musique de Haas se dissémine en multiples papillotements de percussions et vents, véritable moteur d’une cacophonie théâtrale remarquable de vie et de musicalité.
Serge Dorny, Bo Skovhus, Vera-Lotte Boecker, Cathrin Störmer, Evelyne Gugolz et Titus Engel
Dans la dernière partie, le retour à la tonalité et à une liquidité dense et majestueusement étirée intervient pourtant en contrepoint de la scène la plus dramatiquement forte, celle où Bo Skovhus et Vera-Lotte Boecker font revivre un épisode du viol du père sur sa fille. L’animalité torturée et les sentiments contradictoires qu’exprime le chanteur danois sont hors du commun, et quand il revient avec un couteau en sang et que la soprano allemande pousse à l’extrême des manifestations de souffrance insoutenables, c’est tout une douleur interne qui est rendue déchirante.
En 2018, pour ceux qui s’en souviennent, Bo Skovhus et Barbara Hannigan faisaient vivre à l’Opéra de Paris la dernière création de Michael Jarrell, ‘Bérénice’, dans une mise en scène de Claus Guth.
On retrouve ici cette même énergie théâtrale outrancière, et si le foisonnement expressif de Vera-Lotte Boecker fait énormément penser à celui de Barbara Hannigan, elle dispose aussi d’un timbre plus charnu ce qui l’inscrit dans la même lignée d’artistes de théâtre musical que la soprano canadienne, et devrait donc lui permettre d’accéder à une reconnaissance internationale qui dépasse les frontières des pays germaniques.
Quant à Titus Engel, il fait entendre la même splendeur sonore avec ses musiciens que ce soit dans Monteverdi ou Haas, et se met au service d’une théâtralité avec laquelle il fait corps tout en donnant énormément de vie et de respiration à l’orchestre, et surtout façonne un modelé des formes et des couleurs qui font ressortir toutes les beautés d’une musique traversée d’ombres subconscientes.
Bo Skovhus, ‘Bayerischer Kammersänger’
Et à l’issue de cette représentation, Serge Dorny apparait sur scène pour rendre hommage à Bo Skovhus, qui a fêté ses 60 ans trois jours auparavant, afin de lui remettre le titre de ‘Bayerischer Kammersänger’ au nom du Ministre Bavarois des Arts.
Le directeur de l’Opéra de Munich a salué son parcours mais aussi la particularité de Bo Skovhus dans le milieu de l’opéra qui est d’être un chanteur de ‘caractère’ qui met le chant au service du portrait et de la caractérisation et non l’inverse.
Ce spectacle haut en couleur sera repris au Théâtre national populaire de Lyon en mars 2023, pour un prix modique, ce qui est une occasion complète d'appréhender la musique baroque, la musique contemporaine, un chant virtuose et la théâtralité d'un sujet social fort, tout cela dans une même soirée.
Académie de l'Opéra d'État de Bavière
Concert du 23 mai 2022
Bayerische Staatsoper
Krzysztof Penderecki (1933 - 2020) Concerto pour violoncelle et orchestre Nr. 2 (11 janvier 1983 - Philharmonie de Berlin) Igor Stravinsky (1882 - 1971) Petrouchka (13 juin 1911 - Théâtre du Châtelet)
Direction musicale Vladimir Jurowski
Violoncelle Jakob Spahn Bayerisches Staatsorchester
Pour le sixième et dernier concert de la saison de l'Académie du Bayerisches Staatsorchester, Vladimir Jurowski présente en première partie de soirée une œuvre de Krzysztof Penderecki, afin de préparer les esprits à l'ouverture du Festival d'opéras 2022 de Munich attendue le 27 juin prochain. En effet, ce jour là, le premier opéra du compositeur polonais, 'Die Teufel von Lundun', composé originellement pour la scène de Hambourg en 1969, sera révélé au public munichois dans une nouvelle production de Simon Stone.
Jakob Spahn
La pièce choisie ce soir, 'Le concerto pour violoncelle et orchestre n°2', permet ainsi de se familiariser avec une écriture abstraite mais d'un grand polymorphisme de couleurs.
Après une longue introduction à l'œuvre de Penderecki qui montre combien Vladimir Jurowski est un orateur charismatique, c'est d'abord à un néoclassicisme surprenant qu'il nous convie pour entendre trois pièces basées sur la musique du film 'The Saragossa Manuscript'. S'apprécient ici aussi bien la dextérité filée de l'orchestre que le style pastiche de Penderecki - ce dernier se permet même une réminiscence du célèbre thème de la 9e symphonie de Beethoven-, et après ce moment d'identification du musicien à l'univers du cinéma, le concerto est interprété avec une clarté qui frappe d'emblée.
Car loin de privilégier un tranchant angoissant et des textures écorchées dignes des ambiances de thrillers les plus épouvantables, Vladimir Jurowski met en valeur le lustre et la chaleur naturelle de l'orchestre pour magnifier les dégradés lancinants et progressivement dissonants des violons, réaliser avec les ensembles de percussions et les bois des transitions d'une fascinante tonicité de geste et d'une souplesse allante, et fait ressortir la densité sombre et précieuse des cordes graves en nous entraînant fortement vers l'univers d'un autre compositeur, Dimitri Chostakovitch.
Jakob Spahn et Vladimir Jurowski
Et le violoncelle de Jakob Spahn, soliste du Bayerische Staatsorchester depuis une décennie, se fond dans l'ensemble orchestral en teintant ses incises d'une patine soyeuse non dénuée d'agressivité qui décrit un caractère à l'affût sans verser vers les déchirures de l'âme les plus violentes pour autant. Il en ressort une interprétation d'une très grande agilité et d'une respiration vivement pulsée où même les emportements des vents arrivent, à un moment donné, à évoquer un envol d'oiseaux sauvages d'un splendide vrombrissement naturaliste.
C'est à se demander s'il n'y a pas à travers ce rendu sonore d'une impeccable plastique un intense désir de séduire l'auditoire afin qu'il appréhende prochainement au mieux un opéra dont le titre ténébreux pourrait d'avance l'impressionner.
Sur le même modèle de présentation, la seconde partie du programme est dédiée à Igor Stravinsky. Les Variations 'Aldous Huxley in memoriam', pièce de 5 minutes composée pour rendre hommage à l'écrivain britannique Aldous Huxley mort en novembre 1963, permettent de découvrir l'inventivité du compositeur dans l'emploi de techniques sérielles pour décrire des structures sonores étranges et futuristes.
Vladimir Jurowski
Puis, le temps que l'orchestre retrouve son effectif maximal, c'est avec un sens du rythme chaloupé parfaitement bien réglé que Vladimir Jurowski entraîne les musiciens dans une course haletante, garant de l'excellente définition du son afin de faire de cette interprétation de 'Petrouchka' une démonstration de cohésion malgré les accélérations revigorantes et les cadences multiples des différentes sections d'instruments. Ce sentiment d'assurance dans la conduite d'une agitation joyeuse et foisonnante a véritablement une force qui induit aussi un fort sentiment de sérénité.
L’Odyssée. Scénario pour Hollywood (Homère -VIIIe, Hanna Krall 2006)
Représentations du 17 et 18 mars 2022
La Comédie de Clermont Ferrand – Scène nationale
Et représentation du 12 mai 2022
La Colline – Théâtre national
Shayek Mariusz Bonaszewski
Ulysse Stanisław Brudny
Martin Heidegger Roman Gancarczyk (mars) / Andrzej Chyra (mai)
Elizabeth Taylor Magdalena Cielecka
Izolda, Le Dibbouk Ewa Dałkowska
L’Officier SS, Télégonos, l’Homme dans le train, le client du magasin des pantalons Bartosz Gelner
Roma, Hannah Arendt Małgorzata Hajewska-Krzysztofik
Pénélope Jadwiga Jankowska-Cieślak
Claude Lanzmann Wojciech Kalarus
Robert Evans Marek Kalita
Moine Bouddhiste, Coiffeur Hiroaki Murakami
Izolda Jeune Maja Ostaszewska
La traductrice, Frau Ruth, Calypso Jaśmina Polak Barbara Walters Jaśmina Polak (mars) / Magdalena Poplawska (mai) Roman Polanski Piotr Polak (mars) / Pawel Tomaszewski (mai) Krzysztof Warlikowski Marek Hłasko, Télémaque Jacek Poniedziałek Et en vidéo :
La sœur Maja Komorowska
La mère Krystyna Zachwatowicz-Wajda
Mise en scène Krzysztof Warlikowski (2021) Dramaturgie Piotr Gruszczynski
Décors, Costumes Małgorzata Szczęśniak
Lumières Felice Ross
Vidéo Kamil Polak
Collaboration artistique Claude Bardouil
Production Nowy Teatr
Coproduction Athens and Epidaurs Festival – Athènes, La Comédie de Clermont-Ferrand – SN, La Colline – Paris, Printemps des Comédiens – Montpellier, Schauspiel Stuttgart
Avec le soutien du programme Europe créative de l’Union européenne
Mise à jour le 17 mai 2022
Née à Varsovie le 20 mai 1935, Hanna Krall est connue pour ses écrits dédiés à la mémoire des Juifs de Pologne et à ce qu’ils ont enduré. Elle fut journaliste dans les années 70 et reporter pour ‘Gazeta Wyborcza’ après la chute du mur de Berlin.
Magdalena Cielecka (Elizabeth Taylor incarnant Izolda Regensberg)
A l’été 2009, Krzysztof Warlikowski impressionna fortement le public du Festival d’Avignon avec '(A)pollonia' qui, à travers un assemblage de textes, évoquait notamment l’histoire d’une mère, Apolonia Machczynska, qui cacha vingt cinq enfants au cours de la Seconde Guerre mondiale pour les épargner de la barbarie nazie. Il s’inspirait d’un documentaire rapporté par Hanna Krall dans ‘There is No River There Anymore’ – 1998.
Ewa Dałkowska (Izolda)
Dans ‘L’Odyssée. Scénario pour Hollywood’, le metteur en scène polonais place à nouveau un récit d’ Hanna Krall au cœur de son histoire en faisant revivre le destin d’Izolda Regensberg qu'a relaté l’écrivaine dans ‘Le Roi de cœur’ – 2006.
Izolda s’est en effet battue pour aller sauver directement son mari, Shayek, enfermé dans un camp de concentration, avec la même détermination que celle d’une Léonore qui se rendrait en prison pour retrouver son Fidelio. Ce livre fut écrit plus d’une décennie après d’autres tentatives insatisfaisantes de rendre compte de cette aventure extrêmement dangereuse.
Maja Ostaszewska (Izolda Jeune)
A travers une image très forte de Claude Bardouil poussant nu, et lentement, une immense cage à travers la scène – cage qui comprend en son centre des bancs de déshabillage pour chambres à gaz -, s’allient d’emblée la beauté classique d’une puissance sisyphéenne au poids d’un destin intemporel qui pèse sur toute une communauté.
Małgorzata Hajewska-Krzysztofik (Roma), Stanisław Brudny (Ulysse), Bartosz Gelner (Télégonos) et Jacek Poniedziałek (Télémaque)
Izolda est incarnée avec humour et détachement par Ewa Dałkowska, malgré ce qu’a vécu son personnage dans sa jeunesse, et, en arrière scène, la mémoire d’un épisode d’humiliation par un officier nazi décrit dans le livre est ravivé sous forme d’une vidéo aux teintes vertes fantomatiques sous les traits plus jeunes de Maja Ostaszewska qui joue cette scène hystérique en temps réel.
Piotr Polak (Roman Polanski) et Magdalena Cielecka (Elizabeth Taylor)
Puis, débute l’entrecroisement avec un personnage imaginaire, l’Ulysse de l’’Odyssée’ d’Homère, qui prend les traits d’un vagabond débonnaire dont Stanisław Brudny traduit avec poésie lunaire la simplicité un peu mystérieuse. On ne sait pas ce qu’il a vécu, de quelle guerre il parle, mais la scène de reconnaissance avec sa femme, Pénélope (Jadwiga Jankowska-Cieślak), est profondément touchante car elle initie un thème qui va traverser toute la pièce : la permanence des sentiments au long du temps.
Bartosz Gelner (L'officier SS) et Magdalena Cielecka (Elizabeth Taylor incarnant Izolda Regensberg)
Et la petite scène de reconstitution d’une famille qui écoute ce que le voyageur a à dire autour de la table rappelle d’autres images des productions de Krzysztof Warlikowski (‘Parsifal’ - 2008, ‘La femme sans ombre’ – 2013). Mais cette famille ne sait quoi en penser.
Maja Ostaszewska (Izolda Jeune)
Nous basculons précipitamment dans le temps, probablement dans les années 60, et nous nous retrouvons dans un studio hollywoodien où le producteur Robert Evans – formidable Marek Kalita en rouleur de mécaniques – a réuni Liz Taylor, Roman Polanski et Izolda Regensberg pour imaginer comment produire un film qui retracerait le parcours de cette héroïne selon les standards hollywoodiens.
Roman Gancarczyk (Martin Heidegger) et Małgorzata Hajewska-Krzysztofik (Hannah Arendt)
Cette extraordinaire séquence illuminée par le jeu de Magdalena Cielecka rompue aux rôles d’américaines maniérées crée un moment d’allègement avant que ne soit proposé aux participants de visionner un extrait du film en cours de production. Magdalena Cielecka, métamorphosée en Izolda après une séance de tabassage, se retrouve face à un officier nazi, bien troublant Bartosz Gelner de par la jeunesse et la froideur de son rôle. Il s’agit d’un autre passage du livre qui est ici restitué, et la transformation dramatique de l’actrice polonaise qui encaisse le fait qu'elle va mourrir à cause de ses origines juives est une leçon d’interprétation cinématographique saisissante.
Claude Bardouil
Et, comme c'était déja le cas dans la scène d’introduction, Krzysztof Warlikowski fait entendre les réminiscences du prélude de ‘Tristan und Isolde’ de Richard Wagner, mais joué cette fois au piano sous les doigts de l’officier SS.
A nouveau, en filigrane, l’amour éternel et mortifère hante la mémoire de l'auditeur qui assiste à cette scène irréelle.
Puis, changement de temporalité dans la zone d’occupation soviétique, lorsque Izolda, jeune et à nouveau habitée par Maja Ostaszewska, retrouve enfin son mari.
Mariusz Bonaszewski (Shayek)
Mariusz Bonaszewski imprime une force sensible à Shayek comme s’il s’agissait de quelqu’un qui résiste à une envie de dislocation intérieure. Mais les sentiments ne sont plus ceux d’avant, et le couple se séparera plus tard.
En guise de transition vers le tableau final de cette première partie, Ulysse et Pénélope se retrouvent sur une plage, très joliment et très simplement stylisée par les éclairages, toujours à évoquer des aventures imaginaires. Puis, survient une rencontre majeure de la pièce, celle des retrouvailles d’Hanna Arendt et Martin Heidegger, réunis après la guerre et après un quart de siècle de séparation, sur fond de paysage pastoral bucolique et au son de la 6e symphonie de Beethoven. Le bruit de fond des vagues que l'on entend à certains moments s'échouer, a le tranchant d'une lame qui coupe.
Bartosz Gelner (Le client du magasin des pantalons)
Il s’agit ici à nouveau d’évoquer une relation qui dure, mais surtout de se confronter à une problématique. Comment cette relation entre une philosophe allemande juive et un philosophe allemand ayant adhéré au parti nazi a pu exister?
A travers une simple scène de pique-nique, Małgorzata Hajewska-Krzysztofik dépeint une femme intellectuelle très forte pour qui seuls ses amis comptent et qui se détache de toutes les étiquettes et catégorisations sociales.
A l’inverse, Roman Gancarczyk laisse entrevoir un homme qui s’effondre petit à petit sur ses convictions dans une sorte de panique dure et désespérée.
Le moine Bouddhiste d’ Hiroaki Murakami s’immisce dans leur relation comme une sorte de contrepoint beaucoup plus simple – trop simple ? - pour apporter sourire et recul à cette confrontation monumentale que le temps finit par figer sous une tempête de neige poétique.
Krystyna Zachwatowicz-Wajda (La mère d'Ulysse) et Mariusz Bonaszewski (Shayek)
La seconde partie débute avec l’image d’un minotaure géant avançant aux portes d’Hadès alors que Claude Bardouil se dirige nu vers lui, le pas appliqué et fragile, au cours d’une séquence esthétique et mythologique spectaculaire qui symbolise le passage vers le mal absolu, et prépare à l’analyse post-Shoah.
Une autre séquence du livre d’Hanna Krall est mise en scène, celle du jeune homme qui essaye dix-sept jeans dans un magasin. Mais la disposition de ces pantalons dans la cage suggère qu’ils auraient pu appartenir à ceux qui ont disparu dans les camps.
Magdalena Cielecka (Elizabeth Taylor)
Ulysse réapparaît au moment où Shayek et Izolda se séparent, et le souvenir de sa mère vient lui rappeler comment il l’a déçue, et comment en partant vers des horizons sans but il a perdu tous les sentiments de ses proches.
Une séquence avec Calypso laisse penser qu’il a enjolivé la nature de ses aventures, ce qui le rend plus misérable. Sur ces sentiments de culpabilité, l’image de la mère (Krystyna Zachwatowicz-Wajda) se dissipe, un livre de Simone Weil à la main, le renouveau d’une pensée philosophique qui s’amorce.
Ewa Dałkowska (Izolda) et Hiroaki Murakami (Le coiffeur)
Un extrait de ‘Doktor Faustus’ – 1967 fait revivre l’amour de Richard Burton et de Liz Taylor jouant Pâris et Hélène de Troie, puis Magdalena Cielecka réapparaît sur un lit d’hôpital à un moment où l’actrice américaine était sur la fin de sa vie. A nouveau, une superbe incarnation, la voix étant nettement modulée, et ces adieux émouvants arrivent après une projection des derniers instants filmés de l’enterrement de l’ancien amant de Liz Taylor.
Autre moment fort, celui de cette femme (Maja Komorowska) qui a retrouvé Shayek pour lui transmettre la mémoire de sa sœur, la mémoire d’une souffrance, et qui, simplement en en parlant par une conversation téléphonique, semble lui transmettre quelque chose de son âme en ressentant une forme de soulagement salutaire. L’échange est très dense, et nimbé d’une force métaphysique sourde.
Mariusz Bonaszewski (Shayek), Ewa Dałkowska (un Dibbouk) et Maja Ostaszewska (Izolda Jeune)
Puis, à l'arrivée de Claude Lanzmann (Wojciech Kalarus), le réalisateur de ‘Shoah’ – 1985, s’imprime fortement l’idée que l’Holocauste est un train qui ne s’arrête jamais. S’en suit un extrait du film qui présente l’interview difficile d’Abraham Bomba, un coiffeur qui a survécu au camp de Treblinka et qui œuvrait dans les bâtiments de déshabillage. Les couleurs du film, jaune pour la blouse et bleue pour la serviette, résonnent par une étrange coïncidence avec la réalité du moment.
Krzysztof Warlikowski, Bartosz Gelner et Magdalena Cielecka
Mais la scène finale, située en plein hiver polonais, qui reconstitue un moment de la vie de couple d’Izolda et Shayek quand ils étaient jeunes, est agrémentée par la venue à leur table d’un Dibbouk malicieux, ce qui permet d’achever ce voyage sur une forme d’exorcisme riant et libérateur.
Les couleurs de l’Ukraine se joignent alors au salut des artistes.
Pour la première jouée au Théâtre de La Colline le 12 mai 2022, quelques changements de distribution sont opérés mais sans que cela n'altère la force de l'interprétation, à nouveau exceptionnelle. Andrzej Chyra incarne un Martin Heidegger fin et affable qui rend encore plus stupéfiant son monologue ombrageux où l'ombre d'Hitler semble encore plus prégnante.
Et dans la scène de discussion avec Liz Taylor sur la forme du film censé relater la vie d'Izolda, Pawel Tomaszewski apporte encore plus de désinvolture au jeune portrait de Roman Polanski.
Revoir ce spectacle c'est à nouveau admirer sans limite le talent d'artistes éblouissants, en saisir les touches subtiles qui rendent chacun de leurs personnages uniques et si vrais, et se confronter, à travers les couples qui sont ainsi ravivés, au mystère des liens qui durent ou qui rapprochent des personnes qui évoluent pourtant au fil du temps, et ce malgré les épreuves indicibles de l'Histoire qui sont ici si bien suggérées.
Maja Komorowska (La Soeur) et Mariusz Bonaszewski (Shayek)
Il y a donc toujours un effet miroir avec le spectateur qui, en reconnaissant certains thèmes, peut presque malgré lui entrecroiser sa vie personnelle pendant le déroulement de la pièce, tout en gardant pour lui seul le mystère de ses propres réflexions. La puissance évocatrice du prélude de 'Tristan und Isolde' et de tout ce qu'il peut engendrer chez l'auditeur en images et souvenirs dans un tel contexte en est un exemple.
Krzysztof Warlikowski, Pawel Tomaszewski et Claude Bardouil
Et les nombreuses références aux démons et dibbouks mythologiques dans 'L'odyssée. Scénario pour Hollywood' font regretter de ne pas avoir vu 'Dibbouk', pièce que Krzysztof Warlikowski monta au Théâtre des Bouffes du Nord en avril 2004, quelques jours seulement avant l'entrée officielle de la Pologne dans l'Union européenne, car elle est nécessairement un élément de compréhension et de connaissance supplémentaire pour reconstituer l'univers du metteur en scène.
Lorsqu'il s'empare de classiques, Krzysztof Warlikowski ne se contente pas de "mettre en scène". Il est l'invité de l'Heure Bleue pour nous présenter, nous raconter son "Odyssée. Une histoire p...
Elektra (Richard Strauss - 1909)
Répétition générale du 07 mai et représentations des 10, 19, 29 mai 2022
Opéra Bastille
Elektra Christine Goerke
Klytämnestra Angela Denoke
Chrysothemis Elza van den Heever (le 07) / Camilla Nylund (le 10)
Orest Tomas Tomasson
Aegisth Gerhard Siegel
Der Pfleger des Orest Philippe Rouillon
Ein junger Diener Lucian Krasznec
Ein alter Diener Chirstian Tréguier
Die Aufseherin Madeleine Shaw
Erste Magd Katharina Magiera
Zweite Magd Florence Losseau
Die Schleppträgerin Marianne Croux
Dritte Magd Marie-Luise Dressen
Vierte Magd Sonja Šarić
Fünfte Magd Laura Wilde
Direction musicale Semyon Bychkov Elza van den Heever (Chrysothémis) Mise en scène Robert Carsen Production originale de la fondation Teatro del Maggio Musicale Fiorentino (2008)
La reprise de la production d’'Elektra'par Robert Carsen créée à l’Opéra de Florence en 2008 et montée sur la scène Bastille en 2013 permet de retrouver une scénographie qui renvoie directement aux origines d’un temps archaïque sombre et violent.
Christine Goerke (Elektra)
L’atmosphère funèbre est très bien rendue par des éclairages rasants qui cachent dans l’ombre une partie des visages de la cour de Mycènes, mais le travail sur la direction d’acteur reste individuellement assez simple si on le compare à celui de Patrice Chéreau(Festival d'Aix-en-Provence 2013) ou de Krzysztof Warlikowski(Festival de Salzbourg 2020).
Les principales originalités résident en fait dans le traitement du caractère de Clytemnestre gisant comme un ange sur un lit d’une blancheur immaculée pour soutenir sa revendication de femme libre et désirante, et aussi dans la présence des servantes qui agissent comme de multiples reflets de la volonté destructrice d’Elektra à travers une chorégraphie morbide et expressive, et pourtant belle par son unité et ses motifs poétiques.
Angela Denoke (Klytämnestra) et Christine Goerke (Elektra)
Et dans la fosse d’orchestre, œuvre un chef qui fut invité par Gerard Mortier à deux reprises à l’opéra Bastille en 2007 (Un bal masqué) et 2008 (Tristan und Isolde), puis au Teatro Real de Madrid en 2011 (Elektra), Semyon Bychkov.
Sa lecture est à la fois dramatique et somptueuse, révélatrice des plus sensibles sentiments entre frère et sœurs, mais aussi implacable à faire ressortir les intentions les plus menaçantes comme à l’arrivée d’Oreste. Semyon Bychkov fait vivre une structure très souple, sans angulosités excessivement tranchantes, dont la beauté provient de la complexité d’agrégats entre les éclats de cuivres, la puissance et le métal des cordes et des vents qui créent un univers surnaturel sidérant qui visse sans relâche l’attention de l’auditeur. La montée en massivité préserve l’impact des voix, et le cœur chaud de la trame orchestrale peut subitement se condenser en une vigueur orageuse où les cuivres fusent froidement tout en maintenant l’équilibre des timbres avec les bois, ce qui évite un rendu trop agressif. Cet art de la narration grandiose semble ainsi porté en sous-texte par une certaine bienveillance à bien des endroits délicate.
Christine Goerke (Elektra) et Tomas Tomasson (Orest)
Pour ceux qui ont été marqués par le mandat de Gerard Mortier, voir subitement apparaître Angela Denoke après plus d’une décennie d’absence sur cette scène est un moment teinté de bonheur nostalgique. Robert Carsen lui donne l’élégance d’une Marlene Dietrich - ce qui peut paraître en total décalage avec la monstruosité du personnage -, et cet effet est amplifié par la noirceur et la raucité de ses intonations retentissantes et par sa description profondément pathétique des tourments de la souveraine de la cité.
Angela Denoke (Klytämnestra)
Un déséquilibre se crée toutefois avec Christine Goerke qui ne pose aucune limite à sa description d’une personnalité viscéralement prolixe en couleurs chaotiques qui collent fidèlement à l’état mental d’Elektra, et qui possède assez de puissance de souffle pour jeter des aigus hurlants mais suffisamment vibrés.
Elle n’a d’ailleurs pas à développer un jeu trop complexe ce qui l’avantage dans cette production et lui permet d’asseoir une présence centrale d’autant plus que Chrysothemis n’est pas non plus un être que le metteur en scène fait se démarquer puisqu’elle se confond aisément avec les suivantes.
Elza van den Heever (Chrysothemis)
C’est ce soir une chance, car Elza van den Heever, souffrante pour cette première après avoir incarné à la dernière répétition une superbe femme au phrasé magnifiquement allié au raffinement des mélismes straussiens et douée de couleurs assombries à rendre ses phénoménaux aigus teintés de désespoir, a du être remplacée le matin même par Camilla Nylund qui appréhende heureusement ce rôle depuis une décennie sur les scènes du monde entier.
Un peu moins puissante, elle n’en n’est pas moins expressive par la netteté et la luminosité de son chant, ses fulgurances, tout comme l’attendrissement que provoque sa gestuelle profondément humaine.
Camilla Nylund (Chrysothemis) et Christine Goerke (Elektra)
A la forte interaction qui lie ces trois femmes se joint ainsi l’Orest de Tomas Tomasson absolument fantomatique et impressionnant par sa stature et l’homogénéité monolithique de son timbre brun qui s’unit aux couleurs des bois et des cordes en un seul souffle. Il fait en réalité plus prophète que frère sensible, et incarne la mort qui vient réclamer son dû de manière imparable.
Elza van den Heever, Semyon Bychkov, Christine Goerke et Angela Denoke (Répétition du 07 mai 2022)
Quant à l’Aegisth de Gerhard Siegel, il draine une imposante consistance malgré les petites ponctuations de maladresse destinées à ridiculiser son arrivée, et l’énergie animale qu’il dégage rend encore plus saisissante la scène de son assassinat prémédité par l’ensemble des servantes armées de haches.
Christine Goerke et Angela Denoke
L’ovation tonitruante du public à l’issue de cette première représentation récompense l’engagement de toute une équipe de solistes et de musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Paris qui portent à un très haut niveau de cohésion l’interprétation d’un tel ouvrage sur l’inéluctable de la haine et de la vengeance.
Camilla Nylund, Christine Goerke, Semyon Bychkov, Angela Denoke et Gerhard Siegel (Représentation du 10 mai 2022)
Et le 19 mai, Elza van den Heever était de retour sur scène, délivrant avec Christine Goerke un splendide déluge de décibels auquel Angela Denoke a apporté sa souveraine maitrise du récit haut en couleur sous la direction à nouveau magnifiquement déployée, avec de très beaux effets de fusion des timbres, de Semyon Bychkov.
Tomas Tomasson, Elza van den Heever, Christine Goerke, Semyon Bychkov, Angela Denoke et Gerhard Siegel (Représentation du 19 mai 2022)
Mats Ek (Carmen – Another Place - Boléro)
Répétition générale du 04 mai 2022
Palais Garnier
Carmen (Georges Bizet - Rodion Chtchedrine) Ballet créé le 15 mai 1992 par le ballet Cullberg à la Maison de la Danse de Stockholm Carmen Letizia Galloni
Don José Simon Le Borgne
M Ida Viikinkoski
Escamillo Florent Melac
Gipsy Takeru Coste
Capitaine Daniel Stokes
Another Place (Franz Liszt - Sonate pour piano en si mineur) Ballet créé le 22 juin 2019 pour le Ballet de l’Opéra de Paris Pièce dédiée à Agnes de Mille Soliste Femme Alice Renavand
Soliste Homme Mathieu Ganio
Boléro (Maurice Ravel) Pièce dédiée à Sven Artistes du corps de Ballet de l’Opéra de Paris
Avec la participation exceptionnelle d’Yvan Auzely Ida Viikinkoski et Simon Le Borgne
Chorégraphie Mats Ek
Piano Staffan Scheja
Direction musicale Jonathan Darlington
La reprise des trois ballets de Mats Ek entrés au répertoire de l’Opéra de Paris le 22 juin 2019 est l’occasion de retrouver trois œuvres musicales classiques révisées par le regard audacieux, et parfois cruel, du chorégraphe, et de retrouver également le chef d’orchestre Jonathan Darlington qui les dirigeait à leur création. Il célèbre ainsi ses 31 ans de relation avec la maison puisque c’est comme assistant de Myung Yun Chung qu’il y fit ses débuts pour la première saison de l’Opéra Bastille où il dirigea, en janvier 1991, 'Les Noces de Figaro' dans la production de Giorgio Strehler.
Florent Melac (Escamillo), Letizia Galloni (Carmen) et le corps de Ballet
Mais d'abord, petit retour en arrière : le 20 avril 1967, entra au répertoire du Théâtre du Bolshoi une version de 'Carmen' chorégraphiée par Alberto Alonso sur une musique de Rodio Chtchedrine, et arrangée pour cordes et 47 percussions d’après le célèbre opéra de Georges Bizet. 'Carmen Suite', dénommée ainsi, offrit un superbe rôle à Maya Plitsetskaya, la femme du compositeur russe, qu’elle dansera 350 fois jusqu’à l'âge de 65 ans.
Cette version traditionnelle bourrée de clichés hispanisants est toujours à l’affiche de l’institution moscovite, mais, révisée par Mats Ek, elle porte un regard impitoyable et bien moins souriant malgré ses grandes scènes de vie où les danseurs crient, s’exclament et vivent comme dans la rue.
Carmen Suite
Les ensembles colorés ont parfois des allures de danse indienne populaire, mais les solistes sont considérés avec un sens de l’expressivité tout à fait unique. Simon Le Borgne est un Don José où tout dans les postures, le poids sur les épaules et le regard noir font ressentir comment un homme est en train de devenir fou et de s’effondrer intérieurement, après que Carmen lui ait déchiré le cœur en retirant de son torse un dérisoire foulard rouge. Il représente le contraire du danseur doucereusement romantique, et il apparaît tel un garçon auquel le spectateur d’aujourd’hui pourrait facilement s’identifier car il dessine des portraits pulsés et très fortement expressionnistes comme s’il faisait vivre sur scène des personnages peints par Egon Schiele.
La manière dont on le voit s’enfermer dans ses obsessions alors que la musique devient circulaire et répétitive à la manière de Philip Glass laissera une empreinte totalement indélébile.
Letizia Galloni (Carmen) et Simon Le Borgne (Don José)
Et dans ce ballet, Carmen, livrée aux élans fluides, aux postures sexuellement provocantes et à la grâce de Letizia Galloni, est parfaitement montrée pour que notre regard voit que tout ce qu’elle incarne est faux et que Don José se leurre, même quand elle semble tendrement compatissante. Il ne s'agit plus du tout d'une œuvre sur la liberté mais sur les erreurs de regard.
Ida Viikinkoski, formidablement ductile et courbée de douleur pour essayer de faire revenir Don José à la raison, est éblouissante de présence féline ondoyante, et Jonathan Darlington fait vivre la musique avec un très beau relief, ample et chaleureux, tout en restant dans un choix de rythmes précis et mesurés qui créent un liant à la fois dense et fin.
Mathieu Ganio
Après un tel ouvrage qui occupe la moitié de la soirée, succède une pièce spécialement conçue pour Aurélie Dupont avec laquelle elle fit sa dernière apparition sur scène en juin 2019, 'Another place'.
Sur la ‘Sonate pour piano en si mineur’ de Franz Liszt dont Staffan Scheja adoucit la brutalité et approfondit une lumineuse noirceur, Alice Renavand et Mathieu Ganio, elle, sévère et impressionnante par sa manière de diriger et laisser aller son corps avec un semblant de total détachement, lui, étonnant d’assurance à incarner l’homme ordinaire, se cherchent autour d’une petite table en faisant vivre le pathétique d’un couple qui ne se trouve pas, même dans les reflets des glaces du foyer de la danse qui s’ouvre spectaculairement sur tout le lointain de la scène Garnier.
Regard d'enfant sur Alice Renavand dans 'Another place'
L’atmosphère de cette œuvre, belle de désespoir, est ponctuée d’intrépides et dérisoires petits gestes corporels, comme s'il y avait dans ce couple un refus de céder au bonheur romantique, une rigidité intellectuelle qui se garde des illusions.
Et dans la continuité d’un simple fondu enchaîné qui se déroule sur cette même scène totalement ouverte sur ses coulisses sans fard et artifices, un homme en complet beige au regard caché par son chapeau se met à faire des va-et-vient avec un sceau afin de remplir patiemment une baignoire alors que des danseurs et danseuses mollets à vif et vêtus de noir entament une chorégraphie ludique, comme des jeunes de rue qui se retrouvent pour préparer quelque chose d’inattendu, alors que des ombres sinueuses se projettent progressivement au sol.
Alice Renavand et Mathieu Ganio
Les mouvements répétitifs de la musique auxquels répondent ceux de l’homme et des jeunes font énormément penser à l’art vidéographique de Bill Viola qui pousse l’observateur à suivre méticuleusement une scène de vie, dans la nature ou en ville, semblant dérouler son cours à l’infini avant que, subitement, les évènements ne se précipitent et bousculent tout.
Cette montée de la cristallisation d’un évènement est ici imagée par la musique qui va crescendo avec des sonorités qui deviennent de plus en plus massives et semblent solidifier la structure de l’orchestration dès lors que la relation entre les jeunes et l’homme vire à la confrontation et la dérision, et s'achève par un splendide et comique pied-de-nez quand ce dernier accélère sa gestuelle brutalement et se jette tout habillé dans le bain qu’il se préparait depuis un quart d’heure.
Boléro de Ravel
Une façon de finir la soirée sur une note de légèreté et d’absurde qui invite à sourire de la vie de manière désabusée.
Boulevard des Italiens
Récital du 05 mai 2022
Amphithéâtre Bastille
Gaspare Luigi Pacifico Spontini (1774-1851)
La Vestale 'Qu'ai-je vu! ... Julia va mourir!' Luigi Cherubini (1760-1842)
Ali Baba 'C’est de toi, ma Délie, que dépendait mon sort' Gaetano Donizetti (1797-1848)
La Favorite 'Ange si pur que dans un songe' Charles Gounod (1818-1893)
Faust 'Salut, demeure chaste et pure' Giuseppe Verdi (1813-1901)
Don Carlos 'Fontainebleau ! forêt immense et solitaire' Les Vêpres siciliennes 'Ô toi que j'ai chérie' Jules Massenet (1842-1912)
Manon 'En Fermant les yeux' Giacomo Puccini (1858-1924)
Madame Butterfly 'Adieu, séjour fleuri' Tosca 'Ô de beautés égales dissemblance féconde !' Pietro Mascagni (1863-1945) Amica 'Amica! Vous restez à l'écart?' Amica 'Pourquoi garder ce silence obstiné?'
Ténor Benjamin Bernheim
Piano Félix Ramos
Présentation Judith Chaine, France Musique et Alexandre Dratwicki, Palazzetto Bru Zane
En ouverture de la 15e édition de ‘Tous à l’Opéra’, l’Opéra de Paris proposait gratuitement d’assister à un récital de Benjamin Bernheim, l’occasion de découvrir à l’amphithéâtre Bastille des extraits de son second album ‘Boulevard des Italiens’ dédié à des airs français de compositeurs italiens du XIXe siècle.
Benjamin Bernheim
Le programme comprenait ainsi neuf des dix-huit airs enregistrés sur ce nouvel album et deux autres airs de Gounod et Massenet afin de dessiner un parcours chronologique d’œuvres créées à l’Opéra de Paris d’abord à la salle Montansier, ‘La Vestale’, puis à la salle Le Peletier, ‘Ali Baba’, ‘La Favorite’, ‘Don Carlos’, ‘Les Vêpres Siciliennes’, ‘Faust’ (dans sa version Grand opéra), suivies enfin d’œuvres jouées à la Salle Favart de l’Opéra Comique, ‘Manon’, ‘Madame Butterfly', ‘Tosca’, et même une œuvre rare créée à l’Opéra de Monte-Carlo, ‘Amica’ de Pietro Mascagni.
Félix Ramos et Benjamin Bernheim
Un siècle d’opéra est ainsi raconté en partant des prémisses du romantisme pour finalement se fondre dans le vérisme belcantiste italien adapté à la langue française, et c’est une chance incroyable de profiter d’une telle présence, car Benjamin Bernheim manie magnifiquement l’art de la transition entre le timbre charnel et viril de son chant et la pureté séraphique de sa voix mixte, un émerveillement d’irréalité.
Par ailleurs, il exhale une puissance presque animale qui ne peut se ressentir que dans de telles conditions, alors que l’écoute au disque à tendance à lisser cette énergie tellement physique, ce qui témoigne de la valeur de la rencontre directe avec une telle proximité.
Alexandre Dratwicki et Judith Chaine
En présence de Judith Chaine et Alexandre Dratwicki, le directeur du Centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane avec lequel Benjamin Bernheim a déjà enregistré la première version de ‘Faust’ créée au Théâtre Lyrique en 1859, cette soirée a aussi une vertu pédagogique car le chanteur a ainsi l’occasion de parler de sa technique et de ce qui la différencie de celle des artistes féminines, notamment lorsqu’il parle des mouvements inverses ascendants et descendants afin de chercher des effets de couleurs différents.
Alexandre Dratwicki surprendra également l’audience en indiquant que la version de ‘Madame Butterfly’ qui est aujourd’hui chantée sur les scènes du monde entier est la traduction italienne de la version Française, elle même une réécriture de la version originale.
Benjamin Bernheim
Félix Ramos, pianiste et chef de chant de l’Académie de l’Opéra National de Paris, est en accompagnement complice avec l’artiste lyrique, délivrant des sonorités douces et bien timbrées, et confie que cette forme confidentielle lui donne des degrés de liberté interprétatifs qu’un orchestre ne pourrait se permettre.
Benjamin Bernheim reprendra le rôle de Faust à l’opéra Bastille en juin 2022, puis incarnera Roméo un an plus tard sur la même scène. Il est même possible de le retrouver sur France 4 dès le 08 mai 2022 à 21h10 pour la rediffusion de ‘Manon’ enregistré en mars 2020.
Direction musicale Markus Stenz
Mise en scène Pierre Audi (2018)
Production Teatro alla Scala, Milan et de Nationale Opera, Amsterdam
Diffusion sur France Musique le 01 juin 2022 à 20h Frode Olsen (Hamm)
La création de ‘Fin de partie’ à la Scala de Milan le 15 novembre 2018 est l’aboutissement de 60 ans de fascination de la part de György Kurtág pour la pièce de Samuel Beckett qu’il découvrit, peu après la création londonienne, au Studio des Champs-Élysées en avril 1957.
Cette petite salle de 232 places était alors dirigée depuis 1944 par Maurice Jacquemont, véritable défenseur des pièces de Federico Garcia Lorca, Eugène Ionesco, Marguerite Duras ou Samuel Beckett.
Leigh Melrose (Clov) et Frode Olsen (Hamm)
Après la disparition en 1989 du dramaturge irlandais, György Kurtág composa deux ans plus tard une pièce de 12 minutes pour contralto solo, cinq voix et orchestre, ‘Samuel Beckett : What is the word’, qui fut créée à Vienne par l’Ensemble Anton Webern et l’Arnold Schoenberg Choir sous la direction de Claudio Abbado.
Sa passion pour l’univers de Samuel Beckett se prolonge ensuite par la mise en musique de certains de ses poèmes qui aboutit en 1998 à ‘… pas à pas – Nulle part’ composée pour baryton solo, et c’est à l’âge incroyable de 92 ans que le compositeur hongrois porte finalement sur la scène scaligère son premier opéra qui sera repris l’année d’après à Amsterdam, avant d’être programmé par Stéphane Lissner pour la saison 2020/2021 de l’Opéra de Paris, puis reporté à cause des circonstances sanitaires.
Hilary Summers (Nell) et Leonardo Cortellazzi (Nagg)
‘Fin de partie’ reprend plus de la moitié du texte de la pièce éponyme, et la mise en scène de Pierre Audi lui donne une impressionnante intemporalité en représentant les quatre protagonistes vivant à l’extérieur d’une petite maisonnette simple dans un décor nocturne à la texture épaisse et grise.
Cette maisonnette est également surplombée par deux autres pans plus larges de cette même maison qui évoquent un enfermement cyclique et tragique, mais ces différents éléments ne s’alignent qu’à la toute fin, à l’approche de la mort, alors qu’auparavant leurs orientations respectives se désynchronisent pour créer un spectaculaire théâtre d’ombres dans la nuit.
La précision de jeu des quatre chanteurs – l’équipe artistique, chef compris, est identique à celle de la création, hormis l’orchestre – vit en totale fusion avec les moindres signes musicaux, et le chant déclamé varie rythme, couleur et finesse incessamment, si bien que l’auditeur est toujours surpris et tenu par ce qu’il se dit.
Frode Olsen (Hamm)
Car la pièce, loin de n’être qu’un exercice purement théâtral, projette sous une forme artistique brute mais travaillée l’image d’un monde marginal à priori repoussant qui ne connaît aucune lueur d’espoir ou de beauté, même pas le ciel, et qui attend la mort dans une souffrance psychique et physique qui met inévitablement mal à l’aise l’observateur. Cette vision de la vie, bien trop réelle, est souvent cachée du regard dans la société bourgeoise car elle fait peur de par le reflet dégradé de l’être humain qu’elle donne, de par les inévitables éruptions de violence qui peuvent en surgir, et parce qu’aucun masque lissé ne vient travestir l’authenticité des affects ressentis.
L’écriture orchestrale décuple ainsi l’impact de chaque mot et chaque plainte, fait même ressentir les nœuds intérieurs qui poussent le chanteur principal, le personnage de Ham sous les traits de Frode Olsen, à exprimer sa douleur et sa tristesse, et György Kurtág sélectionne les timbres et les dynamiques vibratoires des instruments pour chaque phrase, comme s’il avait patiemment réfléchi à la plus fidèle expression musicale qui corresponde le mieux à chaque mot.
Leigh Melrose (Clov)
Il n’y a pas de déroulement dramatique à proprement parler, les délires intérieurs et les incessants mouvements névrotiques les plus tortueux définissent ainsi des lignes et des ponctuations que la musique vient recouvrir et enrichir selon un processus de nourrissement mutuel viscéral dépourvu de toute emphase lyrique, si ce n’est que, parfois, les timbres des voix s’allègent après une déclamation incisive comme si quelque chose de beau devait de toute façon émerger.
Au cours des vingt dernières minutes, le discours de Clov devient plus interrogatif. Malgré la rudesse des rapports entre ces individus plongés dans un malheur insondable, n’y a t-il pas un amour qui les lie, un amour brusque, forcément, mais véritable et qui va à l’encontre des concepts que la société véhicule ?
Les quatre chanteurs, Frode Olsen, Leigh Melrose, Hilary Summers et Leonardo Cortellazzi sont impressionnants autant par le caractère qu’ils impriment à leurs expressions vocales, que par les déformations enlaidies de leurs visages et la profondeur avec laquelle ils habitent leurs personnages, et voir ainsi des âmes se débattre avec la solitude et la déchéance physique est assez extraordinaire sur une scène aussi glamour que celle du Palais Garnier.
‘Fin de partie’ nous renvoie en fait au pathétique de la vie et à son âpreté, et Markus Stenz apparaît comme l’orfèvre chargé de faire vivre l’orchestre avec une rigueur nullement desséchée, sinon une forte concentration sur les peines qui s’expriment afin de répondre avec les traits et les respirations les plus empathiques.
Hilary Summers, Leigh Melrose, Markus Stenz, Pierre Audi, Christof Hetzer, Frode Olsen et Leonardo Cortellazzi
C’est sur fond de magma de sonorités cuivrées et d’amplification d’une lumière d’argent glaciale que la mort vient au final entraîner Hamm afin qu’il rejoigne son père dans le repos tant attendu. Et malgré la sévérité du sujet, le public se montre fortement reconnaissant envers les artistes pour un tel engagement, public parmi lequel on peut même reconnaître Stéphane Lissner venu de Naples pour assister à cette première.
Comme à la Scala, Markus Stenz n'oubliera pas de rendre hommage à la partition deGyörgy Kurtág, éclatante dans ses mains.