Publié le 1 Janvier 2010

De Byzance à Istanbul, un port pour deux continents
Exposition au Galeries Nationales du Grand Palais
Du 10 octobre 2009 au 25 janvier 2010

Au cœur de la saison turque en France, le Grand Palais trace une passionnante traversée du temps à travers une exposition dédiée à Istanbul.
Le sujet est brûlant d’actualité particulièrement en France, un des pays les plus sensibles à la question de l'intégration de la Turquie à l'Union Européenne.

Après une brève ouverture sur la préhistoire du détroit du Bosphore (-6000 av J.C), la première section est une mise en valeur de l’époque romaine, dès le rattachement de Byzance à la province de Bithynie (-146 av J.C).


Les objets présentés montrent de fascinantes formes arrondies, telle une bouteille à panse globulaire en verre nacré translucide, ou bien un bol à pied en terre cuite et au fond incurvé (Ier siècle).
Comme preuve de l’héritage artistique grec, un échantillon des statues de Silahtaraga en marbre et calcaire montre des personnages, des femmes drapées ou bien un corps d’homme idéalisé et en léger déhanché (200 ap J.C).

En 395, sur volonté de l’Empereur Constantin, le christianisme devient religion officielle de l’Empire et la capitale est transférée de Rome à Byzance, renommée Constantinople.
L’Empire est partagé en deux, l’Est pour Arcadius, l’Ouest pour Honorius.

Dès le Vième siècle, l’Empire de l’Ouest s’effondre, alors que l’Empire Byzantin va durer plus de 1000 ans.Les monnaies d’Or de Honorius, Theodose II Et Justinien constituent le point de départ d’un chemin parsemé au fil de l’exposition des monnaies d’Or de toutes les époques jusqu’à Abdülhamid II (1909).

Un magnifique plat en argent et or, le Missorium avec Héraclès combattant le lion de Némée, illustre la persistance de l’art classique grec au sixième siècle, mais les colonnes en marbre et pierres précieuses de l’Eglise Saint Polyeucte, fondée par la patricienne Anicia Juliana, annoncent l’influence d’un art décoratif  plus oriental.

Les forces extérieures vont cependant mettre en péril la survie de Constantinople. Il va lui falloir repousser les sièges avars et sassanides en 626, puis deux sièges arabes (674-678 puis 717-718), jusqu’au VIIIième siècle. A l’abris des remparts bien entretenus, la population chute à 40.000 habitants.

Il ne reste quasiment rien de la période iconoclaste qui suivit, mais l’influence extérieure supposée est improbable. Il s’agit plus d’un mouvement qui voyait dans les images humaines une forme empêchant l’âme de croire au Christ.

Une des plus belles illustrations de la renaissance artistique sous la dynastie macédonienne (857-1057) est donc le Triptyque Harbaville : Deesis et saints, tout en ivoire, qui mêle représentation du Christ et raffinement antique (dans le détail des drapés par exemple).

Prise lors de la quatrième croisade en 1204, Constantinople se libère de la domination latine 60 ans plus tard, mais les Turcs d’Asie et les Serbes des Balkans progressent.
La nouvelle monnaie d’Or d’Andronicus II et Andronicus III, l’hyperpère, devient plus fine et concave.

L’ère byzantine s’achève avec la magnifique cloche en bronze de la Tour de Galata « la Tour du Christ ».

Ainsi, la capitale tombe en décrépitude, énormément endettée vis à vis de Gênes et Venise.

La conquête ottomane est proche : un espion vénitien dessine, en 1453, une Vue Cavalière de la forteresse de Rumeli Hisar. Le Sultan Mehmed II a fait construire l’édifice pour empêcher tout renfort venant de la Mer Noire.
Au pied de l’escalier menant à la seconde partie de l’exposition, une copie d’un canon de la fin du XVième siècle pointe une représentation de la ville, de quoi faire revivre l’ouverture déchaînée de l’Otello de Verdi.
On apprend à cette occasion que l’artillerie lourde des Ottomans a été mise au point par l’ingénieur hongrois Urbain.

Dès la prise de la capitale, Mehmed II (qui est le sujet de l’opéra de Rossini Maometto II) convertit l’église Sainte Sophie en Mosquée.

En haut de l’escalier, le visiteur passe sous les Dômes de l’actuelle Istanbul, et peut découvrir une carte de la Méditerranée du XIVième siècle, reprise des travaux du géographe grec Claude Ptolémée (90-168) par les scientifiques ottomans, et enrichie des connaissances de l’époque (notamment des citadelles existantes).

Le peintre Jean-Baptiste van Mour (1671-1737), né à Valenciennes, s’attacha à dépeindre la vie de Constantinople, art de l’orientalisme aux teintes ocres qui va influencer de nombreux peintres.
On peut contempler le charme de ces coloris dans la scène du « Grand Vizir traversant l’hippodrome ».

Madame Verdurin sera alors ravie de découvrir un fabuleux bijou provenant du trésor du Palais de Topkapi, une émeraude rectangulaire d'un vert profond assortie à un rubis clair ornant une aigrette de perles, de plumes et de diamants.

Avec la religion musulmane, Constantinople devient totalement multiculturelle, et pour bien se représenter à quel point la foi du prophète Mahomet est une continuité de la foi chrétienne, le grand livre L’essence de l’Histoire (Zübdetü’ t- Tevârîh) est ouvert sur une page montrant l’ascension du Christ, élevé par des anges en présence des Apôtres (1583).

A partir du XVIIIième siècle, la création de jardins sur les bords du Bosphore marque le développement des loisirs.
La scène de Kagithane, que peint à la gouache Enderunlu Fazil dans son Livre des femmes, évoque les jardins de la princesse Eboli.

Tant d’opéras dans la tête rendent la moindre image susceptible de déclencher toutes sortes de réminiscences musicales.

L’Empire Ottoman trouve cependant dans l‘Europe une source d‘inspiration pour se moderniser.
En 1838, l’Edit des Tanzimats officialise cette politique.
Mais sous le règne du Sultan Abdülhamid II (1876-1908), les nationalismes s’exacerbent et la violence gagne tout l’Empire. L’état des finances ne permet pas de tenir les engagements libéraux. Le Sultan réplique par des massacres contre les Arméniens.

La révolution jeune-turque (1908), censée apporter une véritable libération politique, ne va pas permettre de sauver l’Empire des conflits dans les Balkans, en Tripolitaine, et pendant la Première Guerre Mondiale.

Lorsque la résistance nationaliste parvient à prendre le contrôle de l’Anatolie et d’Istanbul, Mustafa Kemal Pacha transfère la capitale à Ankara.

L’exposition s’achève sur la projection sur grand écran de photographies issues de la collection d’Omer Koç

Un siècle de la vie d’Istanbul jusqu’à aujourd’hui, les moments historiques, la belle époque avec ses cafés, la jeunesse, les moments de détentes et la religion, la modernité et la tradition s’y côtoient en illustrant l’impressionnante complexité de l’identité turque.

Les réactions des visiteurs à haute voix devant les objets d’arts valent le détour, car elles rendent compte également de la diversité des jugements. Les frémissements de peur devant le moindre voile fleuri se superposent à l’ironie la plus mordante vis à vis de l’actuel gouvernement français.

En préface du catalogue de l'exposition, on peut lire deux textes écrits par chaque président, Abdullah Gul et Nicolas Sarkozy.
Le président français écrit avec une passion visible : « Istanbul me fascine par cette diversité culturelle. Elle me fascine par son identité et son rayonnement. Elle me fascine par sa beauté, ses symboles, ses richesses artistiques mais aussi par ses contrastes ».

Une rétrospective savamment orchestrée qui brouille tous nos repères, mais vraiment tous...

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Rédigé par David

Publié dans #Art

Publié le 28 Décembre 2009

Vendredi 01 janvier 2010 sur France 2 à 11H15
Concert du Nouvel An à Vienne

Philharmonique de Vienne dirigé par Georges Prêtre

Vendredi 01 janvier 2010 sur France 3 à 13H50
Les Ballets Russes

Ballet de Noël à l’Opéra National de Paris (Weber, Debussy, De Falla…)

Vendredi 01 janvier 2010 sur Arte à 19H00
Concert du Nouvel An à Venise

Orchestre du Théâtre de la Fenice

Samedi 02 janvier 2010 sur France 3 à 03H25
Les Ballets Russes

Ballet de Noël à l’Opéra National de Paris (Weber, Debussy, De Falla…)

Samedi 02 janvier 2010 sur Arte à 19H00
Concert festif à Amsterdam

Royal Concertgebouw Orchestre dirigé par Bernard Haitink, avec Christiane Stotijn (mezzo-soprano)

Samedi 02 janvier 2010 sur France 3 à 20H35
Carmen (Bizet)

Enregistré à l’Opéra Comique en juin 2009 avec Anna Caterina Antonacci, Andrew Richards, Anne Catherine Gillet.
Mise en scène Adrian Noble, direction John Eliot Gardiner.

Dimanche 03 janvier 2010 sur Arte à 19H00
Anna Netrebko et Rolando Villazon

Enregistré au Théâtre des Champs Elysées en 2007.

Lundi 04 janvier 2010 sur Arte à 22H30
Berlin, la Fièvre de la danse.


Lundi 11 janvier 2010 sur Arte à 22H30
Edita Gruberova

L’Art du Bel Canto (Portrait)
 
Samedi 16 janvier 2010 sur France 3 à 00H10
Concert Ashkenazy

Rakastava de Jean Sibélius et Symphonie n°2 de Robert Schumann, direction V.Ashkenazy

 
Dimanche 17 janvier 2010 sur France 3 à 01H15
Le Gala des Etoiles

Avec Sergeï Tarasov (Piano), Misia (chanteuse de fado), l'ensemble Contraste.

 
Dimanche 17 janvier 2010 sur Arte à 19H15
Arcadi Volodos au Musikverein de Vienne

 
Samedi 23 janvier 2010 sur France 3 à 00H10
Concert Mozart

Concerto n°5 pour violon, Direction Karajan, et
Quatuor avec piano K 493 en mi bémol Majeur, Piano Alberto Miodini

Lundi 25 janvier 2010 sur Arte à 22H10
La 5e Symphonie de Mahler

D'un pas mesuré. Documentaire.


Mardi 26 janvier 2010 sur France 2 à 00H45
Symphonie n°3 Kaddish (Leonard Bernstein)

Concert enregistré à lUnesco en 2009. Orchestre symphonique de Paris.
Direction John Axelrod.

 
Mardi 26 janvier 2010 sur Arte à 20H30
Werther (Massenet)

En léger différé de l’Opéra National de Paris.
Avec Jonas Kaufmann, Sophie Koch, Ludovic Tézier, Alain Vernhes, Anne Catherine Gillet.
Mise en scène Benoît Jacquot, direction Michel Plasson.

Dimanche 31 janvier 2010 sur Arte à 19H00
La folle journée 2010 : Chopin à Nantes

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Rédigé par David

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Publié le 24 Décembre 2009

L'article qui suit énumère les principaux évènements de notre système solaire visibles en 2010 depuis Paris. Les périodes de visibilités favorables des planètes sont calculées sur une variation du diamètre apparent de 5% et avec un soleil au moins à 5° en dessous de l'horizon.
Les horaires sont donnés en heure locale.

Diamètres et phases apparents des planètes en 2010, tels qu'ils peuvent être vus dans un télescope grossissant environ 225X.

Diamètres et phases apparents des planètes en 2010, tels qu'ils peuvent être vus dans un télescope grossissant environ 225X.

Saturne du 25 janvier au 20 mai avec diamètre jusqu’à 19,4 à 45° plein Sud vers 01h00

Mars du 10 janvier au 15 février avec diamètre jusqu’à 14
’ à 60° plein Sud vers 02h00

Mercure du 10 au 15 avril avec diamètre jusqu’à  9,3
’ à 11° plein Ouest vers 22H00 avec rapprochement lunaire le 15 (2°11‘)

Comète C/2009 R1 McNaught du 18 au 28 juin visible à l’œil nu (magnitude 5) mais à 11° au dessus de l’horizon Nord-Est vers 04h00.

Occultation de Delta Ophiuchus par l'astéröide 472 Roma le 9 juillet visible à l’œil nu en pleine ville (magnitude 2.7) à 31° au dessus de l’horizon Sud-Ouest vers 00h58 (sur une ligne Metz-Limoges-St Sébastian)

Rapprochement Mars/Saturne/Vénus le 08 août à 23h00

Jupiter du 15 août au 31 octobre avec diamètre jusqu’à 50
’ à 40° plein Sud vers 02h00

Uranus du 10 au 30 septembre avec rapprochement de Jupiter le 20 (0°48’)

Mercure du 20 au 25 septembre avec diamètre jusqu’à 8,2
’ à 10° plein Est vers 07H00

Rapprochement Lune/Vénus très difficile le 05 novembre à 08h15 (0°37’) car à 2° au dessus de l’horizon mais très intéressant (2 fins croissants à observer).

Vénus du 15 novembre au 31 décembre avec diamètre jusqu’à 54’
à 17° plein Sud-Est vers 07h30

Eclipse Totale de Lune le 21 décembre au coucher de Lune à 8h40. Il faudra être à la pointe de la Bretagne pour avoir de meilleures conditions (Lune à près de 4° au dessus de l’horizon au début de la totalité).

Rapprochement de Mars, Vénus et Saturne le 08 août 2010.

Rapprochement de Mars, Vénus et Saturne le 08 août 2010.

Détail des principaux évènements (Date - Heure - Hauteur et direction - Objet)

Janvier 2010
10/01    04H00     60° Sud                  Mars         13,4’
  
25/01    05h00    41° Sud                    Saturne    18,5
’   
30/01    02h00     63° Sud                   Mars        14,0’   

Février/Mars 2010
15/02    00h30     65° Sud                   Mars        13,4
’   
15/03    01h30    43° Sud                    Saturne    19,4’


Avril 2010
01/04    00h30    43° Sud                    Saturne    19,4

10/04    21h10    11° Ouest                Mercure   08,1
’        Phase (34%)
20/04    21h25    06° Ouest                Mercure   10,6’        Phase (7%)

Mai/Juin 2010
16/05    22h00     18° Nord-Ouest    Lune/Vénus         Rapprochement (4°22’)
20/05    22h00    44° Sud                   Saturne    18,4
’   
07/06    05h00     19° Sud-Est           Jupiter/Uranus         Rapprochement (0°27’)
18/06    04h00    16° Nord-Est          C/2009 R1 McNaught     Magnitude 5,7
23/06    04h00    11° Nord-Est          C/2009 R1 McNaught     Magnitude 5,2
28/06    04h00    05° Nord-Est          C/2009 R1 McNaught     Magnitude 4,7

Juillet/Août 2010

08/07    23h58    31° Sud-Ouest      Occultation de Delta Ophiucus par l'astéroïde 472 Roma

11/07                Soleil                        Eclipse Totale à l'Ile de Pâques (invisible à Paris)
01/08    22h05     11° Ouest             Mars/Saturne         Rapprochement (1°57’)
08/08    21h55     09° Ouest             Mars/Saturne/Vénus     Rapprochement (4°45 x 2°45’)
15/08    03h30     41° Sud                Jupiter      47,5
’   
23/08    21h25     06° Ouest            Mars/Vénus        Rapprochement (2°25‘)

Septembre 2010
15/09    07h00    09° Est                  Mercure    08,2
’   
20/09    02h00     39° Sud                Uranus      03,7

25/09    07h15    10° Est                  Mercure    06,1’        Phase (71%)
30/09    07h20    07° Est                  Mercure    05,5
’        Phase (86%)


Octobre/Novembre 2010
30/10    23h00     37° Sud               Jupiter    47,2

10/11    07h20    08° Sud-Est         Vénus    57,6’        Phase (5%)
20/11    07h35    18° Sud-Est         Vénus    50,4’        Phase (14%)
30/11    07h45    23° Sud-Est         Vénus    43,0
’        Phase (23%)

Décembre 2010
21/12    07h32    09° Nord-Ouest   Lune                      Début Eclipse Partielle
21/12    08h40    0°  Nord-Ouest    Lune                      Début Eclipse Totale

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Rédigé par David

Publié dans #Astres

Publié le 21 Décembre 2009

Les Nouvelles du Jour (Paul Hindemith)
Opéra amusant (lustige Oper) créé au Kroll Oper de Berlin en 1929
Version originale en langue allemande
Représentation du 20 décembre 2009 au Grand Théâtre de Dijon.

 

Laura Tatjana Gazlik
Eduard Josef Wagner
Der schöne Herr Hermann Mark Milhofer
Frau M. Theresa Kronthaler
Herr M. Matthias Aeberhard

Mise en scène Olivier Desbordes

Direction Thomas Rösner

Choeur de l'Opéra de Dijon
Orchestre Dijon Bourgogne

 

                                   Tatjana Gazlik (Laura)

 

Glaciaire et fraîchement enneigée, la ville natale de Jean-Philippe Rameau offre, pour ce premier week-end d'hiver, un opéra de Paul Hindemith jamais joué en France, Les Nouvelles du Jour.

Il y a quatre ans, Gerard Mortier avait créé Cardillac à Bastille dans la luxueuse mise en scène de André Engel, et Nicolas Joel devrait monter dans un an Mathis der Maler (Matthias Le Peintre) à l'Opéra de Paris.

Le compositeur allemand de l'entre deux guerres est donc à l'honneur dans l'hexagone, et c'est d'ailleurs à Dijon qu'il vint pour un court séjour, quelques mois avant sa mort.

Neues vom Tage est une satire sociale qui prend le prétexte d'un couple souhaitant divorcer, afin de railler les travers d'une société qui ne veut laisser chacun libre de sa vie, et qui reste attachée aux étiquettes qu'elle a besoin de fixer à l'autre.

Nous pouvons y voir une irrésistible parodie du duo amoureux entre Laura et son amant Hermann, allusion au duo de La Bohème par exemple, genre de comédie qui se joue tous les jours.

Olivier Desbordes choisit des coloris gris dans toute la première partie, ce qui fait briller d'éclat l'épisode du cabaret dans lequel le couple met en scène son propre divorce meurtrier, pour s'enrichir du voyeurisme des autres.

                                              La statue de Jean Philippe Rameau, place du Grand Théâtre.

Les lumières écarlates et les reflets du public dans les glaces, hypnotisants, se retirent à la toute fin sur le théâtre encombré d’ accessoires, ce qui rappellera pour certains le final de Capriccio à Garnier (dirigé par Robert Carsen).

Plus alerte que dans Cardillac, la musique de Neues vom Tage est un flux entraînant qui coule à la vitesse de l'intrigue. Flûtes et clarinettes se font courants d'air, et le banjo pure fantaisie. Elle porte quelque chose de vivifiant, et seuls quelques passages vocaux excessivement forte fatiguent inutilement.

Tatjana Gazlik (Laura) et Mark Milhofer (Der schöne Herr Hermann)

Tatjana Gazlik (Laura) et Mark Milhofer (Der schöne Herr Hermann)

Devant être de bons comédiens de boulevard, les chanteurs font briller l'ouvrage, Mark Milhofer en tête - ténor léger au timbre un peu durci - dans une interprétation débridée de l'amant Hermann. Tatjana Gazdik (Laura) et Josef Wagner (Eduard) sont des partenaires du même niveau, elle excellente actrice, lui vocalement très imposant à la façon d'un Ludovic Tézier.

Dans la fosse, la rigueur et l'enthousiasme règnent, difficile tâche qu'a Thomas Rösner pour maintenir le rythme entre l'orchestre et les chanteurs.

Malgré un livret un peu démodé, l'ouvrage se rapproche de l'esprit d' Yvonne Princesse de Bourgogne créée à Garnier en début d'année, où il s’agit également de se moquer d’un groupe social.

Il est donc un peu dommage que l'initiative d'Olivier Desbordes n'ait pas été plus soutenue, car le Théâtre Dijon n'était pas plein pour l'ultime représentation.
Le spectacle qui devait être repris à l’Opéra de Massy en avril 2010, en langue française cette fois, vient d'être malheureusement annulé.

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Publié le 5 Décembre 2009

Présentation du contexte de création d’Andrea Chénier par Nicolas Joel
Conférence du 01 décembre 2009.

L’article ci dessous reconstitue une partie de la conférence donnée par Nicolas Joel à l’amphithéâtre Bastille.

Nicolas Joel a par trois fois mis en scène Andrea Chénier, d'abord à l'Opéra National du Rhin, puis à Lyon aux arènes de Fourvière en 1989, et enfin au Metropolitan Opera de New York en 1996 pour les débuts de Luciano Pavarotti dans le rôle titre.

Il s'intéresse à Umberto Giordano, compositeur peu connu, pour le débat qu'il suscite : la vérité est-elle gênante à l'Opéra ?

Pour comprendre cette question, resituons Giordano dans son contexte historique.

L’Italie unifiée, devenu pays bourgeois et terre de finance et d’industrie oubliant les valeurs révolutionnaires de Garibaldi,  s’apprête à rentrer dans la modernité pour le meilleur et pour le pire.

Elle sera du côté des Alliés lors de la Première Guerre Mondiale, mais après un long débat.

Milan a ainsi atteint le statut de la capitale économique et culturelle de l’Italie, mais ce pays a surtout le projet de Cavour d’entrer dans l’Europe. Rome devient la capitale politique.

Le concept de "vérisme" naquit de la jeune école italienne qui cherchait à résoudre la question de la suite à donner à Verdi.
Il faut garder à l'esprit que le compositeur était encore vivant, puisqu'il disparut en 1901. Le poids était donc lourd.

Cette école réussit cependant à assurer la survie de l'opéra italien en Italie. Mais c'était un mouvement national qui intéressait peu l'étranger, et lorsque l‘on parlait d‘étranger, Paris en était le représentant.
Tous les compositeurs - Mascagni, Giordano, Cilea, Leoncavallo - étaient d'ailleurs d'origine méridionale et avaient fait leurs études au conservatoire de Naples San Pietro a Majella. Ils montèrent ensuite à Milan.

Leurs valeurs communes provenaient des dernières œuvres de Giuseppe Verdi, des traits de véhémences vocales d’Otello seront repris dans le vérisme, et d’un personnage clé qui va servir de trait d’union entre ce monde établi et celui de l’opéra.  Il s’agit d’Arrigo Boito, librettiste d’Otello et de Falstaff mais aussi de La Gioconda (sous un pseudonyme).
Il sera le professeur de Puccini et Mascagni.

Tous, Boito y compris,  fréquentent la Scapigliatura, mouvement littéraire et artistique anticonformiste nouveau né à Milan dans la seconde moitié du XIXième siècle, à l’image des surréalistes en France.

Ces artistes ne se coiffent pas, et vivent une sorte de bohème très allègre.
Ils sont en réaction contre l’establishment qui se crée, et vont irriguer le terreau culturel du Nord de l’Italie.
Les éditeurs, Ricordi et Sonzogno, jouent leur rôle en étant leurs promoteurs.
Avec Cavalleria Rusticana, Mascagni remporte d’ailleurs brillamment le premier concours de composition d’opéras en un acte.

De surcroit, deux librettistes viennent constituer le pilier littéraire de ces compositeurs : Illica et Giacosa. Illica dispose d' une culture historique considérable, alors que Giacosa est bien plus poète.

Présentation du contexte de création d'Andrea Chénier par Nicolas Joel

C’est pour Umberto Giordano, protégé par Sonzogno, que Illica va écrire le livret d’Andrea Chénier en 1896.

Alors comment décrire en quelques mots ce qui fait la forme du vérisme?
Il y a tout d’abord l’idée que des sentiments d’opéras existent même dans le milieu terrien. Cavalleria Rusticana, c’est à dire littéralement « Chevalerie Rustique » le signifie très symboliquement.

Ensuite, la véhémence en est un trait fondamental. Elle est une force qui pousse de l’intérieur et se rapproche du cri, ce qui va à l’encontre de la recherche d’académisme.

Enfin, il faut mesurer clairement l’importance de l’influence wagnérienne sur les compositeurs italiens. Avant Otello, l’orchestre sert d’accompagnement chez Verdi.
Avec les véristes, il parle et ne laisse plus toute la place au chant.

D’autres précisions sur cette période peuvent être obtenues dans L’Opéra en Italie de 1770 à 1990. 

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Publié le 3 Décembre 2009

Andrea Chénier (Umberto Giordano)
Répétition générale du  30 novembre 2009
Opéra Bastille

Andrea Chénier Marcelo Alvarez
Maddalena di Coigny Micaela Carosi
Carlo Gérard Sergei Murzaev
La Mulatta Bersi Varduhi Abrahamyan
La Contessa di Coigny Stefania Toczyska
Madelon Maria José Montiel
Roucher André Heyboer
Incredibile Carlo Bosi

Direction musicale Daniel Oren
Mise en scène Giancarlo Del Monaco

"André Chénier" est l'une des rares œuvres de l'art lyrique qui soit consacrée aux évènements de la révolution française, et à la période de la terreur en particulier.

La littérature offre plus précisément matière à réflexion avec "La Mort de Danton" de Georg Büchner (l'auteur de Woyzeck) et "La persécution et l'assassinat de Jean Paul Marat" de Peter Weiss.

Acte I : Château de la Comtesse de Coigny

Acte I : Château de la Comtesse de Coigny

L'idéal révolutionnaire cède le pas à la réalité d'une population affamée, se libérant dans une sorte d'orgie vitale et criminelle où l'âme humaine s'exalte hors de toute moralité.
La vie s'y montre dans son essence même, sans la couverture des oripeaux bourgeois.

Récemment, le théâtre de la Colline mettait en scène "Notre Terreur", création de Sylvain Creuzevault qui s'interrogeait sur Robespierre et la République des Décemvirs.
Qui étaient ces hommes qui choisirent la Terreur comme arme garante de la Vertu, afin de promouvoir un homme nouveau débarrassé de toute médiocrité? Que valaient-ils finalement ?

Marcelo Alvarez (Andrea Chénier)

Marcelo Alvarez (Andrea Chénier)

Une fois cette situation bien imaginée, l’approche de l’opéra de Giordano devient passionnante car Luigi Illica, le librettiste, utilise ses connaissances historiques pour reconstituer un climat révolutionnaire crédible, pas du tout avantageux pour la population française de l’époque. Le peuple se réjouit des décapitations, fornique, répand un désordre inouï parmi lequel les personnages principaux semblent surnager du mieux qu’ils peuvent.

Pour mettre en scène « André Chénier », Nicolas Joel a fait appel à Giancarlo Del Monaco, le fils d‘un des plus grands interprètes du rôle : Mario Del Monaco.

Le spectacle n’est pas une nouveauté, puisqu’il s’agit de la reprise d’un travail qui a parcouru l’Europe de Bologne jusqu’à Helsinki.

Micaela Carosi (Maddalena) et Sergei Murzaev (Gérard). 4 ans plus tard, en 1900, Puccini créera Tosca.

Micaela Carosi (Maddalena) et Sergei Murzaev (Gérard). 4 ans plus tard, en 1900, Puccini créera Tosca.

Les moyens dispendieux de l’Opéra Bastille sont utilisés pour reprendre et enrichir les décors, comme au premier tableau où l’aristocratie de Province est grimée en un monde de morts vivants, sorte de bal des vampires aux costumes outrés. Visuellement, cela sonne plus étrange qu’intéressant.

Changement d’atmosphère par la suite, quatre ans et des poussières plus tard, après l’assassinat de Marat. Les drapeaux français sont encore à bandes horizontales, avant qu’elles ne deviennent verticales selon le dessin de Jacques-Louis David depuis le 15 février 1794.
Chénier est un lecteur assidu de « L’Ami du peuple », journal créé par Jean-Lambert Tallien, défenseur de Marat puis opposant à Robespierre.

Tout le drame se déroule dans la pénombre, sans doute l’élément le plus saisissant que la musique souligne dans cet engrenage de complots.

Cependant, cette richesse de détails qui stimule notre intérêt pour une période clé de l’Histoire de France (un modèle romantique pour l’Italie de Giordano en recherche d’unité) ne masque pas le rendu théâtral peu travaillé par le metteur en scène.

Le malheureux Sergei Murzaev ne peut aucunement réussir son entrée menaçante, coincé dans un costume saugrenu, et cela malgré une présence vocale qui va se déployer avec force au fur et à mesure du déroulé du drame.

Micaela Carosi (Maddalena di Coigny)

Micaela Carosi (Maddalena di Coigny)

Mais quelque part, on sent immédiatement que son personnage va se situer dans un registre plutôt sensible et intériorisé, ce que « Nemico della patria » à l’acte III confirme, tant nous sommes loin de la caricature d’un Scarpia. C’est toujours le passage le plus fort du baryton.

C’est donc une première à l’Opéra de Paris pour Micaela Carosi, et l’interprétation qu’elle fait de Maddalena di Coigny devrait logiquement créer le désir de la réentendre à nouveau.

Voix large et dramatique, riche en couleurs sombres et en aigus amples, la soprano dépasse les instabilités initiales pour brosser un portrait sans doute très conventionnel de la jeune aristocrate, mais qu’elle a le bon goût de tirer de la légèreté vers la tragédie, et non pas vers le mélo larmoyant.
« La mamma morta » est ainsi une pure leçon de dignité finement assurée.

Surtout qu’elle est à la hauteur d’un Marcelo Alvarez vaillant et lumineux, extrêmement nerveux, et auquel ne manqueraient que quelques nuances noires, caractéristiques des personnages romantiques.

Maria José Montiel (Madelon)

Maria José Montiel (Madelon)

Sans trop de surprise, le chanteur est là avant tout pour se mettre en valeur, ses gestes - main sur le cœur, point menaçant, regard questionnant - restent très stéréotypés et ne le rendent pas attachant, ce qui donne une faible impression d' interaction avec les partenaires.

Parmi eux, André Heyboer et Carlo Bosi n’imposent pas véritablement une forte personnalité à Roucher et Incredibile, mais Maria José Montiel s’empare sans complexe de l’air de Madelon fait pour pleurer.

C’est un peu le problème avec l’œuvre de Giordano, l’auditeur est amené d’airs en duo magnifiques du début à la fin, en passant par des phases transitoires où l’action confuse le perd un peu.

 Acte III, tableau 3 : le tribunal révolutionnaire.

Acte III, tableau 3 : le tribunal révolutionnaire.

Ces artistes sont ainsi soutenus par un Daniel Oren très attentif à la finesse du tissu musical qu’il leur offre, quitte à retenir un peu trop prudemment les tensions dans l’acte I.
Soi-disant opéra vériste, « André Chénier » montre ici des facettes teintées de préciosité.

Aujourd'hui, en France, dans le climat douteux « d’identité nationale », la débauche de drapeaux français et de Marseillaise stylisée peut agacer, mais le portrait tyrannique de la Révolution qui sacrifie un poète vient en contrepoint noircir cet héritage.

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Publié le 28 Novembre 2009

Mardi 01 décembre 2009 sur France 2 à 00H15
5ième symphonie de Mahler

Direction Christoph Eschenbach, avec Thomas Hampson

Dimanche 06 décembre 2009 sur France 3 à 00H50
La Dame aux Camélias

Ballet de John Neumeier, enregistré au Palais Garnier en juillet 2008.
Musique de Frédéric Chopin, par le ballet de l’Opéra National de Paris, direction Michael Schmidtsdorff.

Dimanche 06 décembre 2009 sur Arte à 19H00
Nikolaus Harnoncourt à Salzbourg

Festival de Salzburg 2009 - Concert d'ouverture

Lundi 07 décembre 2009 sur Arte à 20H45
Carmen (Bizet) En direct de la Scala de Milan

Direction Daniel Barenboim, mis en scène Emma Dante.
Avec Jonas Kaufmann, Erwin Schrott et Anita Rachvelishvili.
Mardi 08 décembre 2009 sur France 2 à 01H35
Le Petit Faust (Hervé)

Mise en scène
par Karin Catala. Direction Gaël Darchen

Samedi 12 décembre 2009 sur France 3 à 00H05
6ième Symphonie (Tchaïkovski)

Orchestre National de Lille. Direction Jean-Claude Casadesus


Dimanche 13 décembre 2009 sur France 3 à 00H15
Casse-Noisette (Tchaïkovski)

Enregistré à l'Opéra National de Paris en 2007. Chorégraphie de Rudolf Noureev


Dimanche 13 décembre 2009 sur Arte à 19H00
Sir Neville Marriner dirige Mozart

Enregistré au Festival Mozart 2009, dans la résidence de Würzburg, l'Orchestre symphonique de la radio de Bavière est placé sous la direction de sir Neville Marriner.
Au programme : l'Ouverture en si bémol majeur KV 311a et le Concerto pour flûte et harpe en ut majeur KV 299 de Mozart.


Mardi 15 décembre 2009 sur France 2 à 00H15
Werther (Massenet)

Enregistré à l'Opéra Bastille en mars 2009
Avec Susan Graham, Rolando Villazon, Ludovic Tézier
Direction Kent Nagano, mise en scène Jürgen Rose


Samedi 19 décembre 2009 sur France 3 à 00H10
Les ballets russes

Petrouchka, Le Spectre de la rose, L'Après-midi d'un faune, Le Sacre du printemps.


Dimanche 20 décembre 2009 sur France 3 à 01H10
La Vie parisienne (Offenbach)

Avec Marc Callahan, Jean Sébastien Bou.
Direction Sébastien Rouland. Mise en scène Laurent Pelly


Dimanche 20 décembre 2009 sur Arte à 19H00
Cecilia Bartoli

L'art des castrats, oeuvres de Porpora, Haendel, Graun et Giacomelli,
Orchestre Il Giardino Armonico, dirigé par Giovanni Antonini.

Lundi 21 décembre 2009 sur Arte à 22H15
La passion Boléro, Maurice Ravel


Lundi 21 décembre 2009 sur Arte à 23H15
Bodytalk

L'érotisme du ballet classique, l'érotisme du hip-hop, l'érotisme de la danse dénudée, l'érotisme de la danse latino.


Mercredi 23 décembre 2009 sur France 3 à 23H00
L'heure de l'Opéra (Alain Duault)

Cecilia Bartoli


Jeudi 24 décembre 2009 sur France 2 à 00H10
King Arthur (Purcell)

Orchestre du Concert Spirituel de Montpellier. Direction Hervé Niquet, avec Ana Maria Labin.


Jeudi 24 décembre 2009 sur TF1 à 02H10
La Dame de Pique (Tchaïkovski)

Enregistré à l'Opéra Bastille en 2005. Avec Vladimir Galouzine, Ludovic Tézier, Christianne Stotijn, Irina Bogachova. Direction Gennady Rozhdestvensky.


Vendredi 25 décembre 2009 sur Arte à 19H00
Blanche Neige

Ballet, Chorégraphie d'Angelin Preljocaj


Samedi 26 décembre 2009 sur France 3 à 01H45
Le Concert de Noël

Strasbourq 2009. Concerto Köln, avec Sandrine Piau, Johannes Weisser, Pavol Breslok, Sonia Wieder-Atherton.


Samedi 26 décembre 2009 sur Arte à 19H00
Max Raabe & palast Orchester

Concert enregistré à l'Admiralpalast de Berlin


Dimanche 27 décembre 2009 sur France 2 à 03H05
Don Giovanni (Mozart)

Mise en scène de Gérard Corbiau, avec Taras Kulish, Lazarov, Anna Marie Kremer.

 
Dimanche 27 décembre 2009 sur Arte à 19H00
Pierre et le Loup (Prokofiev)

Pour l'adaptation à l'écran, la réalisatrice Suzie Templeton a imaginé un monde d'images fantastiques et animées inspirées de la Russie rurale du début du XXe siècle. Dans son film au graphisme tendre et sophistiqué, les marionnettes prennent vie selon le procédé du stop motion (articulation image par image), afin que leurs mouvements soient en parfait accord avec chaque note.
 
Lundi 28 décembre 2009 sur Arte à 23H00
Lully l'incommode

Une évocation de Jean-Baptiste Lully à travers sa musique et les réflexions de musicologues.

Mardi 29 décembre 2009 sur France 3 à 00H45
La Veuve Joyeuse (Franz Lehar)


Jeudi 31 décembre 2009 sur Arte à 19H00
Réveillon en direct du Théâtre Mariinsky de Saint Petersbourg

Marius Petipa et le Ballet Impérial.

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 24 Novembre 2009

Récital du 23 novembre 2009 (Salle Pleyel)

Piano Joseph Breinl

Franz Schubert
Wehmut - Die Forelle - Gretchen am Spinnrade
Nachtstück - Der Erlkönig

Richard Wagner Wesendonck Lieder
Der Engel - Stehe still! - Im Treibhaus
Schmerling - Träume

Richard Strauss
Wie sollten wir geheim sie halten
Morgen! - Die Nacht - Befreit

Vier Letzte Lieder
Frühling - September
Beim Schlefengehen - Im Abendrot

Bis : Richard Strauss  Cäcilie - Zueignung
       Hugo Wolf          Abschied (Mörike-Lieder)

 

                               Waltraud Meier

Au début de l'été dernier, Waltraud Meier interprétait un récital avec l’esprit qui laissait un chant s’échapper comme s’il s’agissait du dernier souffle. Elle était en noir.

Le rouge devient alors manière à concordance avec la passion qu’elle choisit de rayonner ce soir.

Les lieder de Franz Schubert ne sont pas ornés de couleurs azurées, ils sont au contraire incarnés par la force d’un élan vital, tant de présence que l'on contemple.

Isolde est si étroitement liée à la musicienne allemande, que les Wesendonck Lieder plus sombres et parsemés de plaintes effilées nous mènent là où son âme semble pleinement se fondre.

Les lumières et la poésie des Vier Letzte Lieder ne se diffusent cependant pas suffisamment, pour magnifier cette si belle façon d'exprimer par le corps et par l'articulation des mots, les sentiments intérieurs.

Waltraud Meier

Waltraud Meier

Cela n'ote rien à cette démonstration que la vérité est un élément fondamental de ce qui est beau dans la vie, et que c'est ainsi que les difficultés que nous rencontrons le jour, peuvent en une soirée y trouver l'oubli.

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Publié le 13 Novembre 2009

Rossini-Bellini-Donizetti conquièrent l’Italie puis Paris

1778    Inauguration de la Scala de Milan en présence de l'archiduc Ferdinand d'Autriche. Ce nouveau théâtre est une commande de Marie-Thérèse d'Autriche destinée à remplacer l'ancien théâtre ducal détruit dans un incendie.

1792    Inauguration de la Fenice de Venise, trois ans après la destruction (également par le feu) du théâtre San Benedetto.

1796    Napoléon vainc les Autrichiens et les Sardes à Cherasco. L’année d’après, la République cisalpine est créée, avec Milan comme capitale.

1800    La victoire de Marengo permet à Napoléon de signer la paix de Luneville avec les Autrichiens.

1805    Napoléon se nomme Roi d’Italie.

1807    Âgé de 15 ans, Gioacchino Rossini entend à Bologne le grand castrat Giovanni Battista Veluti (le passé), et l’étoile montante de l’Opéra en Italie, Isabella Colbran (soprano colorature qui annonce l’avenir).

Au début du XIXième siècle, l’Opéra est très populaire en Italie, mais le public préfère des nouveautés aux reprises, et en langue italienne.

Dans la plupart des villes, les théâtres sont aux mains d’imprésarios, des aristocrates qui cherchent à faire fructifier leurs capitaux.

1810    Rossini crée au Teatro San Moisé de Venise « La cambiale di matrimonio », écrit en quelques jours.

1811    Première création en Italie du Don Giovanni de Mozart.

1812     Début à la Scala de Milan de Rossini avec « La Pietra del Paragone ».
Suivent « L’Italienne à Alger » à Venise (1813), « Elisabetta Regina d’Inghilterra à Naples (1815), « Le Barbier de Séville » à Rome (1816).

1815    Avec la Restauration, l’Italie est partagée entre l’Empire Austro-Hongrois, la Sardaigne, la Maison de Savoie, le Pape, les Bourbon.

1820    Sous l’influence des idées révolutionnaires françaises, les Carbonaristes se soulèvent à Naples. L’intervention autrichienne annule la nouvelle constitution calquée sur celle de 1791 en France.


1823   Rossini part pour Londres puis Paris où il va y faire fortune. Il y devient Inspecteur général du chant pour les théâtres royaux. Mis à part « Le voyage à Reims », tous ses opéras seront créés en français.

1827    Premier succès de Bellini à la Scala de Milan avec « Il Pirata ».

1830    Premier succès de Donizetti au Teatro Carcano de Milan avec « Anna Bolena » suivi l’année d’après par « La Somnambule » de Bellini. Fin 1831, ce dernier compose également "Norma" pour la Scala de Milan.

1831    Fondation du mouvement « Jeune Italie » par Giuseppe Mazzini, avec pour base l'unification des différents royaumes d’Italie.

1833    Bellini s’installe à Paris et y meurt en 1835.

1835    Triomphe de « Lucia di Lammermoor »  à Naples. La voix humaine est la passion de Donizetti, alors que l’orchestre ne joue qu’un rôle secondaire.

Entre 1825 et 1845, c’est à Paris que l’on peut entendre des représentations extraordinaires faites pour les grands chanteurs du Bel Canto italien (Malibran, La Pasta, Grisi).

Verdi et le Risorgimento

1839    Début à la Scala de Milan de Verdi avec « Oberto ».

1842    Succès considérable de « Nabucco » à la Scala. Les sympathies nationalistes de Verdi vont être de plus en plus transparentes dans ses opéras (Giovanna d’Arco, Attila, La Battaglia di Legnano). Il croit à l’Opéra comme drame.

1848    Soulèvement des Milanais. Les représailles des Autrichiens ne se font pas attendre, mais la France intervient en 1849 et prend Rome pour ne pas laisser l’Italie aux Habsbourg.

1852    Louis-Napoléon Bonaparte nomme Verdi Chevalier de la Légion d’Honneur.

1853    « La Traviata » à la Fenice de Venise montre la fascination du compositeur pour les personnages torturés et confrontés à un dilemme moral.

1858    Attentat manqué contre Napoléon III devant l’Opéra de la rue Le Pelletier à Paris, pour venger l’intervention de 1849. L’Alliance entre la France et le Piémont Sardaigne (dirigé par Cavour) pour aider à unifier l’Italie se forme.

1859    Avec « Le Bal Masqué » , Verdi se lance dans le Grand Opéra. Suivent La Forza del Destino, Don Carlos, Aïda. Les idéaux s’insèrent dans le tissu de l’opéra de façon plus dramatique.
La guerre contre l’Autriche est déclenchée. L’insurrection des États se poursuit, et Verdi est élu pour représenter Busseto à l’assemblée des provinces de l’état de Parme.

1861    Garibaldi débarque en Sicile et mate les forces des Bourbons. Victor Emmanuel II est proclamé Roi par le parlement italien.

1887    La première d’ « Otello »  à la Scala de Milan sera une des plus grandes soirées de l’Histoire de l’Opéra, avant que « Falstaff » (1893) ne constitue l’aboutissement final de l’intégration du drame à la musique.

L’Émergence du vérisme et l’aboutissement d’un art théâtral

La rivalité commerciale entre les deux grands éditeurs de Milan, Ricordi (Verdi, Puccini) et Lucca (Wagner) va être perturbée par un nouveau compétiteur : Sonzogno.
Sous l’impulsion du critique Galli, le journal Il Secolo - organe le plus connu de l’empire de l’éditeur - lance un concours national pour la composition d’un opéra en un acte.

1880    Ouverture du Théâtre de l'Opéra de Rome, le Teatro Costanzi.

1884
    Bien qu'écarté du concours organisé par Sonzogno, « Le Villi » de Puccini est créé au Teatro Dal Verme de Milan. Ricordi, qui assiste à cette représentation privée, commande un autre opéra : « Edgar ». Ce sera un échec en 1889.

1888    Sonzogno devient le directeur du Teatro Costanzi. Il organise un nouveau concours, que Mascagni remporte avec Cavalleria Rusticana. L’Opéra est créé à Rome en 1890. Il correspond le plus à la définition du vérisme.

1892    Sur les conseils de Puccini, le Napolitain Leoncavallo compose un opéra en un acte.
« I Pagliacci » est inspiré d’une histoire vraie de crime passionnel en Calabre. Il remporte un grand succès à Milan. Sonzogno réunit alors les deux opéras « Cav et Pag » dès l’année suivante.

1892    Passé chez Ricordi, Alfredo Catalani compose « La Wally » et réussit son entrée à la Scala de Milan. Toscanini en donne à sa fille ce prénom.

1893    Ricordi refuse cependant que Turin monte « La Wally » afin que toute l’énergie soit concentrée sur la création de la « Manon Lescaut » de Puccini. Premier grand succès du compositeur.
La même année, Puccini et Leoncavallo travaillent sur l’adaptation d’un même livret : « Scène de la vie de Bohème » d’Henri Murger.

1896    « La Bohème » de Puccini est créée à Turin, sous la direction de Toscanini, et l‘année suivante « La Bohème » de Leoncavallo est créée à Venise.

1896    Giordano, concurrent de Mascagni lors du concours de 1888, fait un triomphe avec « André Chénier ».

1902    Cilea crée « Adrienne Lecouvreur » (actrice de la comédie française en 1730) au Teatro Lirico de Milan.

1904    Quatre ans après l’échec de Tosca à Rome (1900), transformé en succès populaire plus tard, Madame Butterfly subit le même sort lors de la première à la Scala de Milan. Puccini remanie l’opéra et obtient cette fois un triomphe à Brescia.

1915    L’Italie (bien que membre de la Triple-Alliance) entre en guerre au côté des alliés.

1918    Guerre oblige, Il Trittico (ensemble de 3 opéras en un acte) est créé à New York, puis Puccini laisse inachevé Turandot en 1924, final qui sera complété par Franco Alfano, puis par Luciano Berio en 2001.
Mais en fin de compte, personne ne peut marcher dans les pas de géant de Verdi, et les membres de la « giovane scuola » prennent grand soin de le reconnaître.

1919    L’Italie vit très mal le Traité de Versailles qui ne lui permet pas de récupérer les provinces de Dalmatie, du Trentin et d’Istrie, malgré son fort engagement dans la guerre.

1922    Mussolini devient premier ministre du royaume d’Italie.

1940    L’Italie est l’alliée de l’Allemagne dans la seconde guerre mondiale

1946    Après la défaite, la monarchie est remplacée par une république.
La prospérité retrouvée, l’Europe d’Après Guerre voit se multiplier pléthore de maisons d’Opéra soutenues par des subventions officielles et par le mécénat.
La majorité des compositions vont faire de l’Opéra une branche du théâtre, et non plus une pièce de concert.
L’Italie connaît une seconde renaissance musicale.

1946    Création des « Cours d’été de musique moderne de Darmstadt » que fréquentent notamment Luigi Nono et Luciano Berio.

1948    Luigi Dallapiccola crée Il Prigioniero, des souffrances humaines face aux atrocités de la guerre.

1961    Luigi Nono compose pour Venise Intolleranza, série de scènes montrant différents aspects de l’intolérance.

1982    Luciano Berio transpose au XXième siècle Il Trovatore, qui devient la Vera Storia, et en 1984 Il Re in Ascolto reçoit sa première à Salzbourg.

 

Pour aller plus loin, revenir à la rubrique Histoire de l'Opéra

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Publié le 11 Novembre 2009

Apollonia au Théâtre National de Chaillot
Représentation du 08 novembre 2009
Durée 4h30 (avec un entracte)

Mise en scène Krzysztof Warlikowski

Dramaturgie Piotr Gruszczynski
Décor et costumes Malgorzata Szczesniak

Héraclès Andrzej Chyra
Alceste/Apolonia Magdalena Cielecka
Elisabeth Costello Maja Ostaszewska
Ryfka Goldfinger Ewa Dalkowska
Agamemmon/Oreste/Amal Maciej Stuhr
Clytemnestre/La tante Malgorzata Hajewska-Krzysztofik
Iphigénie Magdalena Poplawska
Apollon Adam Nawojczyk
Le petit fils Tomask Tyndyk
Musique et voix Renate Jett

 

Une mère, Apolonia Machczynska, cache vingt cinq enfants pour les épargner de la barbarie nazie. Dénoncée, puis réfugiée chez son père, elle est exécutée après avoir pu sauver une enfant juive.

                                                  

                                                                                         Magdalena Cielecka (Alceste)

A partir de ce drame là, Krzysztof Warlikowski explore une diversité de voies qui nous amène vers des réflexions dont on ne comprend pas toujours l’émergence.
L’analyse n’est pas immédiate, le temps fait son travail après le spectacle, surtout que le metteur en scène se passionne pour les motivations sexuelles, la force et la violence érigées comme part de l’identité masculine au delà de son imbécillité, le patriotisme, l’hérédité et la relation aux parents, le refus de conscience de chacun, pour confronter à la nouvelle d’Hanna Krall, le mythe du sacrifice.

Il aboutit ainsi à une scène profondément marquante, Alceste y apparaît comme une femme souffrant de n’avoir un homme intelligent capable de lui apporter la chaleur dont elle a besoin, et présente cela avec beaucoup d’ironie - l’histoire étrange et merveilleuse d’une relation amoureuse entre un dauphin et un homme - lors d’un repas en présence de convives insipides. A plusieurs reprises elle se lève, puis revient, entretenant ainsi de bien mystérieux moments de silence.

La situation dégénère en séance d’incisions du corps au milieu d’une cage de verre, cette belle femme se meurt en se tordant de douleur sur les paroles du Mépris de Godard Et mes pieds, tu les aimes, mes pieds ? Et mes jambes ? Et mes fesses ? Et mes seins ?.

Pourquoi se sacrifier pour un type pareil?

Il y a également ces magnifiques visages de femmes, très bien mis en valeur par la vidéo, sur lesquels se lisent des vies dures et la résistance au temps.

Renate Jett

A cette langue polonaise si directe, se mélangent la musique de Chopin, des balades et du rock, et ceux qui ont assisté à Iphigénie en Tauride et Parsifal à l’Opéra National de Paris découvrent que Renate Jett, interprète des Rôles muets d’Iphigénie et de Dave Bowman dans ces productions, est une chanteuse attachante.

Après le long discours d’Elisabeth Costello, assimilant extermination des juifs et abattage d’animaux, fort par son interprétation plus que par son analyse, les conséquences révèlent que Ryfka Goldfinger a pu être sauvée par Apolonia, mais que son petit fils est devenu un soldat de l’armée israélienne.

Ewa Dalkowska (Ryfka Goldfinger) et Krzysztof Warlikowski

Ewa Dalkowska (Ryfka Goldfinger) et Krzysztof Warlikowski

Krzysztof Warlikowski est dans une démarche qui paraît sans fin, et chacune de ses œuvres tisse des liens avec les précédentes, Agamemnon et le Parsifal guerrier, Iphigénie et Apolonia, Clytemnestre et la mère de Krum. Un théâtre désinhibé, douloureux, feutré et tendre mais aussi très agressif en réaction aux esprits consensuels et bornés.

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