Publié le 14 Septembre 2008

Master Class Maria Callas (Terrence McNally)

Représentation du 13 septembre 2008 au Théâtre de Paris

Maria Callas Marie Laforêt

Avec Leïla Benhamza, Maud Darizcuren, Juan Carlos Echeverry, Frédéric Rubay (pianiste)

Mise en scène Didier Long

Il serait dommage de se rendre au Théâtre de Paris sans passer par l’Opéra Garnier rien que pour la cohérence de la démarche.

Bien sûr les fous de Callas auront relu les multiples biographies, peut être revu le tragique « Maria Callas Assoluta » de Philippe Kohly tout en se demandant ce que la pièce « Master Class » pourra leur apprendre de plus.

Marie Laforêt (Maria Callas)

Marie Laforêt (Maria Callas)

Car il y a de quoi être perplexe à retrouver la Diva dans ce qui ressemble à une comédie de boulevard. Tout le monde en a pour son grade, le public, le pianiste, les techniciens et surtout les élèves. Callas n’épargne décidément personne de ses répliques piquantes et drôles.

Présentée comme un professeur qui se met exagérément en scène, cela nous remémore l’abattage de Teresa Berganza lors des master classes de l’Opéra Bastille en 2003, elle aussi partisane d'un franc-parler très direct pour tenter de transmettre ce qu'elle sait.

Seulement cela ne colle pas avec ce que nous savons de l’artiste lorsque qu’elle participa à ces Master Classes fin 1971, telle une tentative cachée de préparer un éventuel retour et de prendre le dessus sur les souffrances de sa séparation avec Onassis et sur son déclin vocal.

Les propos deviennent parfois incroyablement immodestes lorsque Callas affirme qu'elle n'a pas de rivale car pour être sa rivale il faudrait être capable de chanter aussi bien qu'elle.

Ce passage de la pièce délicieusement amusant est en fait inspiré d'une interview bien réelle donnée à Milan en septembre 1957 où elle explique même qu'il faudrait qu'une chanteuse se sacrifie autant qu'elle pour être sa rivale.

Seulement, l'inconvénient de restituer ses propos avec l'intention de faire rire le public est de contredire le ton absolument sérieux et la précision de ses justifications dans l'interview, ce qui donne un sentiment d'exagération.

C'est donc au moment de l’interprétation des airs par les jeunes chanteurs que la pièce atteint une réelle profondeur.

Le masque tombe, et la leçon de chant devient alors une leçon d’art qui expose les blessures de Callas comme la matière précieuse qui lui permet de donner sa propre interprétation aux mots. Blessures qui commencèrent dès l’enfance.

Le souvenir des échanges entre Onassis et Callas est d'ailleurs rapporté de manière particulièrement crue.

Les chanteurs sont de qualité, Leïla Benhamza dans « La Somnanbule », Juan Carlos Echeverry dans « Tosca » et Maud Darizcuren dans une interprétation très réussie de « Lady Macbeth ».

Standing ovation méritée pour une Marie Laforêt parfois étrangement proche des intonations de Brigitte Bardot, et pour un spectacle qui place le spectateur face aux réalités intimes de l’Opéra.

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Publié le 7 Septembre 2008

Eugène Onéguine (Piotr Ilyitch Tchaikovski)

Représentations du 04 et du 06 septembre 2008
O
péra Garnier

Madame Larina        Makvala Kasrashvili
Tatiana                     Ekaterina Shcherbachenko
Olga                         Margarita Mamsirova
La Nourrice              Emma Sarkisyan
Lenski                      Andrey Dunaev
Eugène Onéguine      Mariusz Kwiecen
Le Prince Grémine    Anatolij Kotscherga
Zaretski                    Valery Gilmanov

Mise en scène          Dmitri Tcherniakov

Direction musicale    Alexander Vedernikov

Solistes, Orchestre et Choeurs du Théâtre Bolchoï

Avec cette histoire de sentiments piétinés et méprisés qui conduisent Tatiana à trouver dans sa douleur la force de bâtir sa personnalité sociale, la sensibilité et l'intelligence d'un réalisateur comme Dmitri Tcherniakov étaient le gage d'une représentation qui mette l'âme à vif.

C'est bien ce qui s'est produit.           M.Mamsirova (Olga) et E.Shcherbachenko (Tatiana)

Partant d'un décor unique construit autour d'une large table circulaire, de costumes élégamment dessinés en camaïeu beige pour la campagne ou bien gris pour la haute société, c'est tout l'univers d'un monde conventionnel qui est animé et détaillé afin d'en exposer l'agitation et l'insensibilité.

Ainsi lui est opposé l'attitude apparemment réservée de la jeune fille derrière laquelle se dissimule une violente affection.

Tout est rituel ici, même les pleurs de la mère de Tatiana pensant à son mari défunt et qui revient à la joie automatiquement pour reprendre son rôle de femme maîtresse des lieux.

 

 

Makvala Kasrashvili (Madame Larina)

 

La caractérisation du milieu social est donc un des points forts. On pourra citer cette idée ingénieuse de réunir le chœur autour de la même table au premier tableau comme une grande réunion de famille, ou bien la scène festive chez madame Larine qui aboutit à un summum du délire collectif.

Pour accentuer l'état d'esprit des convives, s'ajoute la célébration de l'anniversaire de Tatiana par des gens qui n'ont comme seule envie que d'en profiter, pour s'offrir un peu de divertissement sans connaître et encore moins comprendre la personne vers laquelle convergent les cadeaux.

Cette scène atteint son paroxysme lorsque Lenski se met à imiter Monsieur Triquet (tout en trafiquant sa voix) pour amuser grassement la galerie, petite entorse au livret mais à fin dramatique, et marquer encore plus le malaise de Tatiana face à cette ambiance insensée.
Car quelque part, le poète va au suicide en se comportant ainsi.
Et l’on appréciera le baiser consolateur de Tatiana pour Lenski adressé à celui qui, comme elle, est authentique dans ses sentiments et doit le rester.    Chez madame Larine

La description de la haute bourgeoisie au 3ième acte est d’ailleurs très intéressante car finalement elle montre un milieu qui n’a de différent avec le milieu rural que son faste.

Ekaterina Shcherbachenko (scène de la lettre)

Ekaterina Shcherbachenko (scène de la lettre)

Le même rituel, le même attachement au respect du patriarche (Grémine joue le même rôle que Madame Larine car ils ont un pouvoir sur leur entourage) et cette table qui maintient toujours une distance infranchissable entre chacun.  

 

Cependant, l’autre force de cette interprétation est tout entièrement contenue dans le rôle de Tatiana magnifiquement porté par Ekaterina Shcherbachenko

 

Pas de simagrées inutiles ici, au calme que la convenance sociale attend d’elle se substitue, lorsque qu’elle se trouve seule, de soudaines décharges d’émotions suivies de vaines tentatives de reprises.

Ekaterina Shcherbachenko

Ekaterina Shcherbachenko

Elle écarte même violemment la table et monte dessus pour enfin approcher en songe celui qu’elle aime.

Tous les gestes sont justes pour atteindre la vérité d’une adolescente qui cherche les mots et la manière de communiquer sa passion à Onéguine.

 

Qui a vécu cela sincèrement dans sa vie ne peut qu’être impliqué et attentif à la moindre expression car cela réveille ce qu’il y a de plus vital en soi.

Ekaterina Shcherbachenko

Ekaterina Shcherbachenko

Et c’est un fort ressenti qui surgit lorsque les lumières rayonnent d’une puissance équivalente à ce que cette jeune amoureuse vit intérieurement, le lustre surplombant la scène brillant alors avec une intensité telle qu’elle perce l’œil comme la douleur perce son cœur.

La transformation au dernier acte est tout aussi spectaculaire que fragile, les furtives compulsions de Tatiana ne laissant aucun doute sur l’existence réelle de ses sentiments envers Onéguine malgré l’effort tragique avec lequel elle les étouffe.

 

Dmitri Tcherniakov ne semble avoir qu’une petite difficulté : convaincre de sa transposition de la scène de duel (très belle lumière hivernale) qui devient une bagarre un peu confuse entre Onéguine et Lenski.

 

Cependant là aussi, la mort du poète s’approche du crédible par sa soudaineté.

Ekaterina Shcherbachenko

Ekaterina Shcherbachenko

Alors il est vrai que face à ce travail théâtral remarquable, l’oreille est plus distraite.

Alexander Vedernikov dirige l’orchestre du Bolchoï avec punch mais aussi un sens de l’intime dans la mise en valeur des solistes.

 

Il concourt impeccablement au concept d’ensemble d’un milieu clos que renforce la petite bonbonnière de l’opéra Garnier.

Ekaterina Shcherbachenko

Ekaterina Shcherbachenko

Ekaterina Shcherbachenko, voix très pure, fascine par la perfection de son visage de cire et contribue à ajouter une impressionnante sophistication qui la distancie encore plus d’Onéguine au dernier tableau.

 

C’est un plaisir également immense que de voir et entendre Makvala Kasrashvili s’en donner à cœur joie dans son rôle de matriarche, et Emma Sarkisyan est très touchante en nourrice.

 

La distribution masculine est particulièrement soignée pour la première représentation que ce soit l’élégance vocale de Mariusz Kwiecen, la clarté et la sensibilité d’Andrey Dunaev ou bien l’autorité incontestable d’Anatolij Kotscherga.

 

Le scandale levé par madame Galina Vishnevskaya et rapporté par le New York Times n’est finalement que cinéma inutile.

 

Vivement la sortie du DVD à Noël et la retransmission sur Arte, afin de fixer la représentation du 10 septembre 2008!

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Publié le 29 Août 2008

Dimanche 31 août 2008 sur Arte à 20h40

Ludwig ou le Crépuscule des Dieux (1ère partie)

Film de Luchino Visconti avec Helmut Berger et Romy Schneider

 

Dimanche 31 août 2008 sur Arte à 22h30

Documentaire. Bayreuth, La Colline Sacrée

Histoire, témoignages, entretiens... Wolfgang Wagner, Christian Thieleman, ...

 

Lundi 01 septembre 2008 sur Arte à 21h00

Ludwig ou le Crépuscule des Dieux (2ième partie)

Film de Luchino Visconti avec Helmut Berger et Romy Schneider

 

Lundi 01 septembre sur Arte à 22H55

Puccini: Turandot. Chen Kaige, mise en scène. Zubin Mehta, direction musicale

Enregistré à Valence (Espagne) en mai 2008
Maria Guleghina, Javier Agulló, Alexánder Tsimbaliuk, Marco Berti, Alexia Voulgaridou.

 

Mardi 02 septembre sur France 2 à 00H55

Verdi : Rigoletto (Vienne 1983, direction Chailly)

Ingvar Wixell, Luciano Pavarotti, Ferruccio Furlanetto, Edita Gruberova

 

Dimanche 07 septembre 2008 sur Arte à 19h00

Concert. Mozart: concerto pour 2 pianos et orchestre. Aimard, Stefanovich

Réalisation : Andy Sommer. Coproduction : ARTE, Bernhard Fleischer Moving Images (2008, 43mn)

Lundi 08 septembre 2008 sur TF1 à 02h10

Dvorak : Rusalka

Enregistré à l'Opéra Bastille en 2002

Avec Renée Fleming, Sergei Larin, Larissa Diadkova, Franz Hawlata

Dimanche 14 septembre 2008 sur France 3 à 01h45
Malher : Symphonie n°2

Orchestre de Paris, direction Eschenbach avec S. Saturova, M. Fujimura, Ph. Aïche


Dimanche 14 septembre 2008 sur Arte à 19h00 (durée 90mn)

Concert. Rachmaninov: Concerto pour piano n°2. Grimaud, Abbado (Lucerne, 2008)

La Tempête, fantaisie symphonique en fa mineur op. 18 de Piotr Ilitch Tchaïkovski,

le Deuxième Concerto pour piano et orchestre en ut mineur op. 18 de Sergei Rachmaninov et L’Oiseau de feu, suite pour orchestre d’Igor Stravinski.

Lundi 15 septembre 2008 à 01H35 sur TF1 (durée 185 mn)
Guillaume Tell de Rossini

Opéra Bastille, mise en scène Francesca Zambello
Hasmik Papian, Thomas Hampson, Marcello Giordani        Direction B.Campanella


Lundi 15 septembre 2008 sur Arte à 22h30 (durée 55mn)

Ballet. Body Remix. Jean-Sébastien Bach: Les variations Goldberg

Compagnie Marie Chouinard

 

Mardi 16 septembre 2008 sur France 2 à 01h30

Sylvia (Delibes)

Corps de ballet et orchestre de l'Opéra National de Paris (2005)

 

Samedi 20 septembre 2008 sur France 3 à 00H20

Le sacre du printemps (Stravinsky)

Direction Danièle Gatti

 

Dimanche 21 septembre 2008 sur France 3 à 01h05

Festival d'Ambronay : Messe de Salieri et Requiem de Mozart

Direction Daniel Cuiller

 

Dimanche 21 septembre 2008 sur Arte à 19h00

Concert. Gustavo Dudamel joue Ravel et Ginestra (Lucerne 2007)

 

Mardi 23 septembre sur France 2 à 00H55

Strauss : Arabella (Châtelet 2002)

Karita Matilla, Barbara Bonney, Thomas Hampson

 

Mardi 30 septembre 2008 sur Arte à 20H00

 

Verdi : Traviata (en direct de la gare de Zürich)

Le plus naturellement du monde, les artistes lyriques évolueront parmi les passants grâce à un complexe dispositif : près d'une quinzaine de caméras.

Avec Eva Mei, Vittorio Grigolo, Angelo Veccia

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 26 Août 2008

West-Eastern Divan Orchestra

Concert du 25 août 2008 à la salle Pleyel

Variations op. 31, de Schoenberg

Ier acte de la Walkyrie

Siegmund Simon O'Neill   Sieglinde Waltraud Meier    Hunding René Pape

Direction Daniel Barenboim

Nul doute que les variations de Schoenberg n’étaient pas le clou de la soirée, pourtant force est de constater que cette musique est réellement inspiratrice tant elle donne le sentiment de décrire une action complexe faite d’intenses séquences, un peu à la manière des films d’Hitchcock, et d’ambiances plus frivoles, flûte et clarinette souplement libérées.

Waltraud Meier (Sieglinde)

Waltraud Meier (Sieglinde)

Très intéressante ouverture de la Walkyrie, tendue et plutôt sèche, qui s’ouvre sur un univers où les multiples ondes orchestrales s’entrelacent admirablement sous la direction efficace de Daniel Barenboim mais tout en laissant les cuivres à des éclats un peu plus pâles.

 

L’ impressionnant Hunding de René Pape emplit la salle entière en toute facilité, et le valeureux Siegmund de Simon O’Neill, voix bien dirigée, très claire et souple, donne un côté saillant plus proche du guerrier héroïque que de l’amoureux romantique.

 

Et en toute évidence, Waltraud Meier est toujours aussi épatante, crédible même en version concert, passant de la résignation au ravissement extatique d’une manière belle à pleurer car rien ne trahit la moindre faiblesse après tant d’années d’engagement scénique. Ces moments là comptent, et nous le savons.

 

Après ce premier concert parisien de la saison, parisien mais pas avec la superficialité de certains concerts qu’il est parfois vital de fuir, Daniel Barenboim profite de la fin de la tournée estivale du West-Eastern Divan Orchestra pour rappeler que c’est aujourd’hui l'un des rares cadres qui permette à ces musiciens du Moyen Orient de se rencontrer, politiquement inacceptable dans cette région.

Le West-Eastern Divan Orchestra, Simon O'Neill, Daniel Barenboim, Waltraud Meier

Le West-Eastern Divan Orchestra, Simon O'Neill, Daniel Barenboim, Waltraud Meier

Mais qui peut croire aujourd’hui que la politique est l’art d’améliorer le cadre de vie des peuples de manière équitable, et qui peut croire réellement que les citoyens des sociétés occidentales ont sincèrement cette motivation?

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Publié le 24 Août 2008

Le 29 mars 2006, l’éclipse de soleil qui surplombait la Libye s’était achevée sur la pointe nord de la Mongolie au moment du coucher des deux astres.

Et bien un peu à la manière d’un passage de relais, la Mongolie est devenu la nouvelle destination pour observer l’éclipse de soleil du 01 août 2008.

L’éclipse n’est bien sûr qu’un prétexte, une motivation supplémentaire pour se rendre dans une région peu connue et compléter notre mémoire d'une nouvelle vision humaine.

Photomontage de l'éclipse de soleil du 01 août 2008. 10 minutes séparent chaque phase du chapelet. La protubérance en bas à droite est visible partiellement faute d'une photo du 3ième contact.

Photomontage de l'éclipse de soleil du 01 août 2008. 10 minutes séparent chaque phase du chapelet. La protubérance en bas à droite est visible partiellement faute d'une photo du 3ième contact.

La première vision a de quoi surprendre car une fois passé le spectacle des tristes blocs soviétiques que les nouvelles constructions de verre viennent petit à petit remplacer, une évidence s’impose : la population d’Ulan Bator est maintenant embarquée dans le flot de la société de consommation, le concert de klaxons ne s’arrête jamais, et même les enseignes françaises se distinguent parmi les affiches invitant à la célébration de Ghengis Khan, un guerrier ! Mais peut être ce culte traduit-il surtout l’attente d’une direction ?

Vient alors la seconde vision depuis un avion de ligne intérieure, celle des steppes vertes où s’éparpillent les yourtes, puis les dunes de sables avant d’atterrir à Khovd point d’entrée vers les steppes montagneuses de l’Altaï Mongol.

Camp de yourtes au bord du Lac Noir (Khar Nuur), site de l'éclipse.

Camp de yourtes au bord du Lac Noir (Khar Nuur), site de l'éclipse.

En remontant vers la province de Bayan-Olgiy, à l’extrême nord ouest, c’est vers un tout autre peuple que nous nous dirigeons.

Car pas moins de 100.000 Kazakhs à la culture nomade et de religion musulmane vivent ici.

Les visages des jeunes n’expriment que curiosité et sympathie, les enfants conduisent crânement leurs chevaux dés l’âge de 5 ans et tout respire le naturel, sans artifice.

Coucher de soleil sur les sommets de Chine, paysage que l'ombre de la Lune parcourera le lendemain.

Coucher de soleil sur les sommets de Chine, paysage que l'ombre de la Lune parcourera le lendemain.

Arrivés sur le camp de yourtes de Khar Nuur (le Lac Noir) à 100kms sud-ouest d’Olgiy, nous dénichons au coucher du soleil un site d’observation de l’éclipse depuis un petit col situé à 2600m.

L’horizon est dégagé sur 40 Kms à l’ouest vers les montagnes chinoises.

Lors de ce moment magnifique, deux très jeunes cavaliers s’approchent, s’arrêtent pour nous observer en silence, puis reprennent indifféremment leur balade.

Jeunes cavaliers participant à une course de chevaux.

Jeunes cavaliers participant à une course de chevaux.

Le lendemain c’est jour de fête. Aux courses de chevaux succèdent les compétitions de tir à l’arc, pas sûr que l’éclipse ne suscite plus d’intérêt chez la population.

En fin de journée, le soleil surplombe l’horizon à une trentaine de degrés dégagé de toute nébulosité.

Le grand spectacle commence par la perte des premiers degrés de température, la variation de luminosité qui accroît étrangement les contrastes puis l’arrivée dramatique de l’ombre de la lune.

Le diamant. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/500s, ouverture 5.6 (Panasonic Lumix DMC-FZ8)

Le diamant. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/500s, ouverture 5.6 (Panasonic Lumix DMC-FZ8)

Couronne solaire. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/20s, ouverture 3.3 (Panasonic Lumix DMC-FZ8)

Couronne solaire. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/20s, ouverture 3.3 (Panasonic Lumix DMC-FZ8)

Au nord ouest, les sommets de plus de 3500m disparaissent, les nuages blancs s'assombrissent, le diamant scintille et l’élégante couronne solaire accompagnée de Mercure et Vénus surgit dans un ciel anthracite tandis que l’horizon s’illumine de couleurs dans toutes les directions.

De 28°C il ne reste plus que 20°C et même 17°C après la phase de totalité avant que la température ne commence à remonter une demie heure plus tard pour se stabiliser à 23°C et retomber avec le coucher du soleil.

Paysage et totalité. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/6s, ouverture 3.2 (Panasonic Lumix DMC-FZ8).  Mercure surplombe la couronne solaire. La forme elliptique de l'ombre à l'horizon est nettement visible, le soleil n'étant qu'à une hauteur de 25°.

Paysage et totalité. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/6s, ouverture 3.2 (Panasonic Lumix DMC-FZ8). Mercure surplombe la couronne solaire. La forme elliptique de l'ombre à l'horizon est nettement visible, le soleil n'étant qu'à une hauteur de 25°.

Afin de profiter de ces 2 minutes et des poussières, le temps dédié aux photographies est volontairement réduit. Ce moment a nécessité une préparation rigoureuse de la mise au point, une estimation précise des temps de poses et des ouvertures nécessaires pour ne pas avoir à réfléchir dans le feu de l’action.

Indubitablement, une éclipse au dessus d’un paysage grandiose quand le soleil et l’horizon sont dans le même champ de vision (25° ce soir là) est d’une force impressive supérieure à des conditions où le phénomène se produit vers midi, proche du zénith.

Spectaculaire coucher de soleil sur le lac Hoton.

Spectaculaire coucher de soleil sur le lac Hoton.

Le plaisir de cet instant est accru par le fait que les statistiques météorologiques pour le lieu ont été contredites (55% de chance d’avoir un ciel couvert) et maintenant la suite du voyage va nous amener encore plus loin dans cette zone extrême de la Mongolie en longeant la frontière chinoise le long du lac Hoton jusqu’au glacier Potanin d’abord en Oaz (4x4 russes) puis à pied accompagnés de chevaux et chameaux.

 Souslik  et Gerboise mongole.

Souslik et Gerboise mongole.

Les sousliks (écureuils terrestres) et gerboises mongoles avertissent leurs compagnons sur notre passage, les oiseaux migrateurs viennent parfois noircir le ciel du soir sur nos têtes, la nécessaire adaptation à cette nature sauvage s’opère.

Bien sûr il va falloir batailler avec les moustiques mais ce petit inconvénient s’oublie face à l’émotion d’un bain au milieu du lac Hoton (au moins 17°C malgré les 2000m d’altitude) où dans les ruisseaux vivifiants.

Edelweiss et Gentianes, flore de Mongolie adaptée à des altitudes de plus de 3000m.

Edelweiss et Gentianes, flore de Mongolie adaptée à des altitudes de plus de 3000m.

Les Edelweiss abondent, la végétation s’enrichit à 3000m et jusqu'à l’arrivée au pied de cette extraordinaire langue glacière qui dévale au milieu des sommets de plus de 4000m.

Le glacier Potanin

Le glacier Potanin

En grimpant sur le flanc sud d’une falaise nous découvrons l’étendue de l’Altaï russe jusqu’au Belukha (4506m), heureusement sans personne pour nous demander notre visa.

Il nous faudra ensuite 3 jours pour quitter cette région qui peut connaître les conditions les plus difficiles pour retrouver Khovd puis rejoindre Ulan Bator.

Le massif du Beluka vu depuis la frontière russe

Le massif du Beluka vu depuis la frontière russe

L’inconfort des pistes mongoles (ce qui n’est pas une surprise dans les endroits peu peuplés) suggère que la Mongolie est un pays qui se découvre à cheval.

Peu de chance qu’une éclipse soit la motivation principale pour revenir car la prochaine à s’y produire surviendra en août 2063 après deux éclipses annulaires en 2041 et 2057.

Trajectoires des éclipses totales (bleu) et annulaires (rouge) sur la Mongolie au XXI ième siècle

Trajectoires des éclipses totales (bleu) et annulaires (rouge) sur la Mongolie au XXI ième siècle

Quant à la réplique de cette éclipse, il suffira de se rendre dans le nord de l’Espagne le 12 août 2026 pour l’observer en soirée.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 22 Août 2008

L’Astronomie au Chili (Novembre 2007)

Pays très peu documenté et pourtant le plus proche de la culture européenne de toute l’Amérique latine, le Chili mérite de retrouver le rayonnement que l’épisode Pinochet lui a fait perdre.

Le film de Carmen Castillo « Rue Santa Fe » n’occulte aucune zone d’ombre de cette période mais en s’achevant sur une espérance nouvelle il donne à ce pays fabuleux une ouverture pour révolutionner la discrétion de sa mentalité.

Pourquoi les conditions d’observation au Chili sont-elles uniques ?

C’est donc l’occasion de s’y rendre pour révéler une de ses facettes peu connue; terre d’accueil des astronomes du monde entier, le Chili dispose de conditions exceptionnelles pour l’observation du ciel toutes réunies dans la partie nord du pays.

Jugez plutôt :

1. très faible couverture nuageuse (95% de nuits dégagées). Le désert d’Atacama est le plus aride au monde et certaines régions n’ont jamais connu la pluie.

2. réduction de l’épaisseur atmosphérique (25% à 2500m d’altitude et près de 50% à 5000m) ce qui permet de réduire le taux d’humidité, l’eau étant un filtre pour le rayonnement infrarouge et visible.

3. faible turbulence atmosphérique grâce à la proximité de la mer. L’océan joue un rôle de régulateur thermique ce qui limite fortement la force du vent. Sans cela, tout aussi performant que soit un instrument, son pouvoir de résolution serait limité par les mouvements de l’air.

4. faible pollution lumineuse bien que les lumières de La Serena commencent à se voir depuis l’observatoire de La Silla.

Quelles questions les Astronomes cherchent-ils à éluder ?

 

Il n’est évidemment pas possible en un seul article de rendre compte de tous les aspects d’un voyage au Chili qui a duré trois semaines et où les volets humains, botaniques, géologiques et animaliers y ont eu une place très importante.

Le point de vue proposé est de montrer certains des instruments rencontrés qui permettent aux astronomes de chercher les réponses à des questions qui dépassent notre imagination :

1. Comment les planètes se sont-elles formées ?

2. Comment la vie s’est-elle développée sur Terre et est-elle répandue dans tout l’Univers ?

3. Comment les Galaxies se sont-elles formées ?

4. Que sont la matière et l’énergie sombres ?

Grand et Petit Nuages de Magellan (tels que visibles à l'oeil nu)

 

Direction donc pour la région d’Antofagasta où deux 4x4 attendent les amis du Club Eclipse prêts pour rejoindre deux instruments professionnels : le Very Large Telescope européen et le Radiotélescope ALMA en cours de construction.

L’Astronomie au Chili (Novembre 2007)

Le VLT (Very Large Telescope)

Depuis le plateau face au VLT (2635m) à 110kms au sud d’Antofagasta, la nuit à la belle étoile est douce (plus de 10°C) et dans ce désert sec aucune bestiole ne vient ramper jusqu’à votre sac de couchage. Ce serait donc l’endroit idéal pour s’endormir si dame Pleine Lune n’avait pas choisi ce moment pour rayonner feux à puissance maximale.

 Lumières de la pleine Lune sur le Paranal

Lumières de la pleine Lune sur le Paranal

Arrivés le lendemain  au sommet du Paranal, nous allons avoir deux jours pour découvrir ce complexe astronomique et profiter de ce qui est la véritable perle d’un observatoire : le restaurant… des grillades sont même proposées sur une terrasse en plein soleil !

L’ESO (European Organisation for Astronomical Research in the Southern Hemisphere) a été créée en 1962 et dispose d’une contribution annuelle de 120 millions d’euros tout en employant 570 personnes dans ses trois sites chiliens.

UT1 (Soleil), UT2 (Lune), UT3 (Croix du Sud) et UT4 (Vénus), les 4 miroirs géants du VLT.

UT1 (Soleil), UT2 (Lune), UT3 (Croix du Sud) et UT4 (Vénus), les 4 miroirs géants du VLT.

Et c’est le 1er avril 1999, que le premier des 4 télescopes du VLT entre en service.

Chacune des coupoles abrite un miroir de 8m20 de diamètre permettant d’obtenir des images d’objets célestes de magnitude 30.

Le spectacle de ces gigantesques plateformes qui s’ouvrent le soir dans les lueurs du crépuscule est d’autant plus saisissant que tout se passe dans un silence absolu sans le moindre grincement mécanique.

Optique adaptative : la structure fabriquée par Nexter    Basculement du miroir de UT2

Optique adaptative : la structure fabriquée par Nexter Basculement du miroir de UT2

Ce joyau technologique est d’ailleurs équipé d’un système d’Optique Adaptative qui permet de corriger les turbulences atmosphériques.

En effet chaque miroir repose sur une structure de vérins fabriquée par Giat Industries

(devenu Nexter en 2007 et constructeur notamment du char Leclerc et du véhicule d’infanterie VBCI) de façon à pouvoir modifier sa forme et générer ainsi des images d’une qualité de détails inatteignable même par le télescope spatial Hubble.

Pour aider à la mesure de la turbulence, un laser est installé dans une des coupoles afin de créer une étoile artificielle dans l’atmosphère (à 90kms d’altitude). L’écart entre l’étoile observée et sa position théorique permet de calculer les compensations optiques nécessaires.

Utilisation d'un Laser par UT4 pour créer une étoile artificielle.

Utilisation d'un Laser par UT4 pour créer une étoile artificielle.

Mais ce n’est pas tout : 4 petites coupoles de 1.8m de diamètres coulissent sur des rails à quelques dizaines de mètres des grands miroirs.

Elles constituent en fait comme un second œil. En visant le même objet, un grand miroir et un miroir auxiliaire peuvent être associés en fusionnant leurs signaux. Ainsi la lumière d’un bord étoile (de nature ondulatoire bien entendu) ne va pas arriver avec le même temps de trajet sur chaque miroir.

En variant la position du télescope auxiliaire il est possible d’obtenir des ondes en phases ou déphasées.


Ce principe d’interférométrie rend ainsi possible la mesure du diamètre des étoiles

Au coucher du soleil, un des télescopes auxiliaires dirige son miroir vers l'est.

Au coucher du soleil, un des télescopes auxiliaires dirige son miroir vers l'est.

Observant principalement dans l’infrarouge et le visible, c’est avec le VLT que des astronomes ont pu obtenir également la première image d’un faible point représentant une exo planète c'est-à-dire une planète située hors de notre système solaire.

ALMA (Atacama Large Millimiter Array)

Même si les 4 grands télescopes du VLT peuvent fonctionner ensembles quelques nuits par an (par combinaison de 2 ou 3), ils ne suffisent pas pour traquer les signaux émis à la création de l’Univers.

C’est pourquoi l’ESO construit à présent un réseau de radiotélescopes sur les hauteurs du plateau de Chajnantor.

Nous revenons donc à Antofagasta pour prendre la piste vers San Pedro à quelques 300kms à l’Est.

Le Salar d'Atacama

Le Salar d'Atacama

Traversée du Tropique du Capricorne, de la Pampa désertique, du Salar d’Atacama d’où 1/3 du Lithium mondial est extrait, escapade vers la Laguna Leija (4300m) pour s’acclimater à l’altitude et finalement direction le poste de garde de l’ALMA pour réaliser la plus haute expédition en 4x4 que chacun n’ait fait jusqu’à présent.

Laguna Leija (4300m). En second plan, Aguacalientes (5890m) et Acamarachi (6050m)

Laguna Leija (4300m). En second plan, Aguacalientes (5890m) et Acamarachi (6050m)

Car pour étudier les objets les plus froids de l’Univers (-263°C), les astronomes n’ont pas d’autre choix que de trouver un site où la vapeur d’eau ne pourra qu’absorber faiblement ces signaux.

A 5100m d’altitude, l’air est deux fois plus rare qu’en plaine ce qui n’est pas sans risque et il est recommander de monter à ce niveau avec des bouteilles d’oxygène de secours.

Arrivée sur le plateau de Chajnantor (5100m), site du futur Atacama Large Millimiter Array

Arrivée sur le plateau de Chajnantor (5100m), site du futur Atacama Large Millimiter Array

Le projet ALMA est un partenariat international entre Européen, Nord Américains, Japonais en coopération avec la République du Chili.

Chaque partenaire construit des antennes radio télescopiques qui commenceront à être installées sur le plateau dès 2008 pour une mise en service en 2012.

 Antennes japonaises                                       Antenne américaine

Antennes japonaises Antenne américaine

Le réseau de 54 antennes (12m de diamètre chacune), auquel s’ajouteront 12 antennes japonaises de 8m, formera un seul instrument travaillant dans les longueurs d’ondes de 0.3 à 10 millimètres.

Les antennes pourront ainsi se déplacer sur une distance de 15kms pour effectuer des opérations de zoom radio et offrir une fenêtre sur les origines célestes, la naissance d’étoiles dans les premiers nuages de gaz et enfin la formation des toutes premières galaxies.

En attendant, un prototype d’antenne est déjà en service.

APEX (Atacama Pathfinder EXperiment) est déjà utilisé par les scientifiques pour étudier la composition de certaines nébuleuses dans des longueurs d’ondes variant de 0.2 à 1.5mm.

Récemment de la Fluorine a été découverte dans Orion ce qui n’avait jamais été perçu avant.

Le radiotélescope APEX

Le radiotélescope APEX

La montée sur ce site reste un moment fascinant, le rythme respiratoire y est bien entendu accru, les contrastes de luminosité s’accentuent, et seul un journaliste du quotidien belge Le Soir en sera quitte pour une redescente express.

Nous retrouvons des ingénieurs japonais à la base d’assemblage qui vont nous détailler les caractéristiques des antennes radio avant de quitter ce lieu hors du commun.

Lever de soleil sur le Chascon (5548m) vu depuis San Pedro

Lever de soleil sur le Chascon (5548m) vu depuis San Pedro

S’en suit une escapade de 4 jours sur l’Altiplano Bolivien où nous sommes saturés de couleurs incroyables, de montagnes entrelacées de strates en dégradés de couleurs rouge, ocre et terre de Sienne, des lagunes d’un vert de magnésium fascinant ou submergés de micro-organismes pourpres.

La Lune et Vénus (à droite) visibles à midi à l'oeil nu (frontière Bolivie-Chili)

La Lune et Vénus (à droite) visibles à midi à l'oeil nu (frontière Bolivie-Chili)

Puis nous rejoignons le Chili et l’aéroport de Calama pour revenir à Santiago.

LA SILLA

Depuis Santiago, l’autoroute mène rapidement à La Serena (400kms au nord de la capitale) puis une piste se dégage vers le Nord-Est pour grimper à l’observatoire de La Silla.

Alors que le VLT du Paranal est le grand vaisseau moderne de l’ESO, le site d’observation original de l’organisation européenne se trouve sur les montagnes de La Silla (2400m).

 

En 1977 un télescope de 3.6m entre en opération, œuvre d’un gigantisme mécanique ahurissant lorsque l’on se retrouve au pied de sa monture en fer à cheval.

A cette époque, les montures des télescopes sont équatoriales, c'est-à-dire agencées autour d’un axe construit parallèlement à l’axe Nord-Sud de la Terre.

Ceci facilite le suivi d’objets célestes par compensation de la rotation du globe, mais au prix d’une architecture extraordinairement massive et précise.

Monture "Fer à Cheval" du 3.6m de La Silla

Monture "Fer à Cheval" du 3.6m de La Silla

Le Fer à cheval permet de répartir le poids du télescope à la fois sur son axe principal et sur le point de contact entre le fer et le sol, point nécessairement huilé pour limiter les frottements.

Suivant différentes améliorations, cet instrument est toujours en service et est équipé de matériels de mesures pour chasser les planètes extrasolaires.

C’est alors qu’en 1989, un télescope d’un genre nouveau entre en service.

Le NTT (New Technology Telescope) est monté sur une monture Altazimutale (rotation horizontale et verticale pour trouver un objet) plus simple car maintenant tous ses mouvements sont contrôlés par ordinateur.

Les coupoles de La Silla vues depuis le 3.6m : à droite au premier plan le NTT

Les coupoles de La Silla vues depuis le 3.6m : à droite au premier plan le NTT

Mais surtout, il est le pionnier d’une nouvelle technologie : l’optique active.

Il est le prototype des télescopes du VLT. Son optique est active car elle permet de corriger les défauts du mince miroir. Elle ne permet cependant pas de corriger la turbulence atmosphérique (optique adaptative), ce qui sera mis au point avec son successeur du Paranal.

Avec son diamètre de 3.58m et des images 3 fois plus piquées que le plus ancien 3.6m, le NTT reste un acteur majeur dans l’observation des galaxies lointaines.

L’Astronomie au Chili (Novembre 2007)

La majorité des 19 coupoles de La Silla n'est plus en service.

Se distingue alors le petit télescope genevois Euler.

Rouge et de 1.2m de diamètre, il est devenu un des grands outils dans la recherche d’exo planètes.

Le 1er mai 2007 c’est lui qui observa le transit complet d’une planète de la taille de Neptune, GJ436b, découverte quelques jours avant dans les Alpes valaisannes à l’observatoire suisse François-Xavier Bagnoud (OFXB) mais dans des conditions météorologiques difficiles.

Et c'est avec surprise que la constitution de cette planète s'est révélée être de la glace d'eau chaude !?

Le télescope suisse Euler

Le télescope suisse Euler

Il ne reste plus qu’à observer le ciel austral à la nuit tombée avec nos instruments bien modestes, nulle part ailleurs la Voie Lactée ne nous a paru plus brillante que lors des nuits chiliennes.

La voie Lactée vers le Sagittaire, la Lune se couchant suivie par Jupiter.             En bas à gauche, les lumières de la Serena sont perceptibles.

La voie Lactée vers le Sagittaire, la Lune se couchant suivie par Jupiter. En bas à gauche, les lumières de la Serena sont perceptibles.

Mais après avoir fait le tour des installations européennes, il est temps de s’intéresser à la concurrence américaine.

Rien de plus simple, car à 30kms au nord, l’observatoire de Las Campanas nous attend avec l’accueil le plus informel que nous ayons rencontré.

LAS CAMPANAS

C’est en 1902 que l’industriel Andrew Carnegie fonde le Carnegie Institution of Washington.

Son ambition est que cette organisation de recherche scientifique regroupe des hommes et des femmes exceptionnels et capables de travailler à la pointe de leur domaine.

 Les deux coupoles Magellan, Baade et Clay

Les deux coupoles Magellan, Baade et Clay

Plus tard, cette institution créé un consortium avec les Universités d’Harvard, du Michigan et d’Arizona pour construire l’outil astronomique le plus performant au monde.

Ainsi, c’est en septembre 2002 que les deux télescopes Magellan sont entièrement exploités par les astronomes depuis les hauts de Las Campanas.

Miroir d'un des télescopes Magellan

Miroir d'un des télescopes Magellan

Avec leurs diamètres de 6.5m et une technologie miroir innovante (l’épaisseur du film d’aluminium qui sert de réflecteur n’est que de 0.1 micron !), Baade et Clay atteignent des performances proches de celles du VLT pour des programmes de recherches similaires que ce soit l’étude de trous noirs de galaxies ou bien l’observation d’exo planètes.

Et de même qu’en 1977 La Silla inaugurait un 3.6m équatorial, Las Campanas mettait à disposition Irénée du Pont Télescope (hommage à l’homme d’affaire américain), d’un diamètre de 2.5m mais avec un champ de vision très large pour réaliser de l’astrophotographie directe.

Nous avions prévu initialement de finir notre voyage en passant par les observatoires américains de Cerro Tololo (avec un télescope de 4m) et Cerro Panchon (la construction du télescope de 8m s’achève en 2008) mais le manque de temps ne nous a pas laissé d’autre choix que de revenir à Santiago après un petit détour vers une ville pleine de chaleur d’âme : Valparaiso.

 Le télescope Irénée du Pont

Le télescope Irénée du Pont

Nul doute qu’un retour au Chili vers 2020 s’annonce encore plus spectaculaire car la course aux télescopes géants est tout juste lancée :

Las Campanas vient d’être choisi pour accueillir le futur télescope de diamètre équivalent 24m avec optique adaptative pour une mise en service vers 2016, alors que l’ESO désireuse de maintenir sa supériorité en astronomie sol vient de lancer l’étude préliminaire d’un télescope géant de 42m de diamètre (Le European Extremely Large Telescope E-ELT) pour une première utilisation en 2018!

Car malgré tout, 95% de notre univers est toujours inconnu et constitué de ces mystérieuses matière et énergie noires.

Valparaiso

Valparaiso

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Rédigé par David

Publié dans #Astres

Publié le 16 Juillet 2008

Eclipse de Soleil du 1er août 2008 en Mongolie

Deux régions très différentes à l’ouest de la Mongolie sont sur le point d’être prises d’assaut par des amateurs de nature et d’astronomie du monde entier.

La province du Bayan-Ölgiy à la frontière de la Russie, dont les glaciers dévalent depuis des sommets de plus de 4300m, et la région sud de Hovd située à quelques 500 km au sud et au climat beaucoup plus sec.

Eclipse de soleil du 1er août 2008 en Mongolie

Cette éclipse s’annonce bien plus spectaculaire que celle de mars 2006 en Libye.

Elle va en effet se produire en fin de journée vers 11H00 TU (13H00 heure à Paris) soit vers 19H00 ou 18H00 en heure locale (le décalage horaire n’étant pas très clair).

Le soleil ne sera donc plus qu’à 25° au dessus de l’horizon, et même 22° au sud de Hovd. Également, la largeur de la zone d’ombre sera de 256 Km (au lieu de 184 km en Libye), laissant prévoir une atmosphère très sombre.

En revanche, avec une durée d’à peine plus de 2 minutes, cela laissera peu de temps pour réaliser des photos de la couronne solaire et donc je ne saurais trop recommander de profiter d’abord de l’ambiance fantastique d’une nature réagissant à la baisse de température et de luminosité dans un cadre extrêmement sauvage.

La carte ci-dessus rappelle quelques éléments de cette éclipse (ligne de centralité en rouge et limites de l’ombre en vert) :

A Bayan-Ölgiy, l’éclipse débutera à 9H 56mn 45s TU et atteindra le point maximal de la phase de totalité à 10H58 TU. Le soleil sera noir pendant 2 minutes et 12 secondes.

La vitesse de l’ombre de la Lune au sol sera de 65km/mn (près de 4000 km/h c'est à dire Paris-Orléans en deux minutes).

Dans la zone sud de l'Altaï Mongol, le phénomène se produira 7 minutes plus tard mais déjà l'ombre de la Lune aura atteint une vitesse de 75 km/mn pour 2mn 05s de totalité.

 

Durée de l'éclipse selon la localisation de l'observateur sur la zone d'ombre

Se pose souvent aux observateurs la question de la durée de l'éclipse s'ils ne se situent pas exactement sur la zone de centralité.
Une seule formule est à connaître :
d= D/2*√(1-(T1/T) ²)
avec D diamètre de l'ombre au sol (256 km dans ce cas)
        T durée de l'éclipse sur la ligne de centralité (2mn 12s dans la région d'Olgiy)
        d   distance du lieu d'observation à la ligne de centralité
        T1 durée de l'éclipse à la distance d de la ligne de centralité

Si t est la perte de durée de l'éclipse (c'est à dire T0-T1), cette formule peut s'approximer pour devenir
                                
                                           d=D
√(t/2T)  pour des valeurs de t < T/5


Ainsi pour
t= 1s        d= 15km
t= 5s        d= 35km
t= 10s      d= 50km
t= 25s      d= 80km

Autrement dit, à 15 km de la ligne de centralité, la durée de l'éclipse n'est réduite que de 1s!
Inutile de dire qu'envisager de se décaler de quelques kilomètres vers l'ouest de la ligne centrale pour compenser l'erreur due à l'altitude et à la forte l'inclinaison de l'ombre de la Lune par rapport à la verticale (le phénomène a lieu en soirée) est d'un raffinement négligeable.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 14 Juillet 2008

Signes (René Aubry - Olivier Debré)

32ième représentation

13 juillet 2008 (Opéra Bastille)

Production créée pour le ballet de

l’Opéra de Paris le 27 mai 1997.

Chorégraphie               Carolyn Carlson

Décors et costumes      Olivier Debré

Musique originale         René Aubry

Marie-Agnès Gillot   Kader Belarbi

Ballet en 7 tableaux : Signe du sourire, Loire du matin, Mont de Guilin, Les Moines de la Baltique, L’esprit du Bleu, Les couleurs de Maduraï, Victoire des signes.

                                                                                                  Kader Belarbi et Marie Agnès Gillot

Avec ses décors et costumes d’une variété et d’une beauté exceptionnelles, l’onirisme de Signes est un incroyable stimulant de notre propre imaginaire.

L’humanité qui est figurée rivalise d’expressions mécaniques comme pour rythmer le temps qui passe, se prend de convulsions puis se laisse aller à une fluidité de mouvements jusqu’au tableau le plus romantique de « l’esprit du bleu. »

Marie Agnès Gillot (L'Esprit du Bleu)

Marie Agnès Gillot (L'Esprit du Bleu)

S’y retrouve également un mélange de peintures paysagistes vivement colorées et de civilisations naïvement esthétisées,  si nécessaires pourtant à une époque où les rêves œcuméniques menacent de s’effondrer.

L’écriture mélodique de René Aubry s’apparente à celle des musiques répétitives de Philip Glass et draine autant d'humour que de mystère.

Marie Agnès Gillot, Kader Belarbi et l’ensemble du corps de ballet y sont magnifiques.

Il n’y a que les artistes pour vivre ces départs incroyables sous confettis et applaudissements en compagnie de leurs proches. Cet après-midi, Kader Belarbi tirait sa révérence.

Marie Agnès Gillot

Marie Agnès Gillot

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Publié le 7 Juillet 2008

Du Don Carlos de Paris (1866) au Don Carlo de Modène (1886)

Don Carlos est l'une des oeuvres qui a connu le plus de remaniements dans l'histoire de l'opéra.

Giuseppe Verdi y travailla de 1865 à 1867 pour l'Opéra de Paris, mais dès 1872, il procéda aux premières retouches, puis, en 1882, remania considérablement son chef d'oeuvre avec la collaboration de Charles Nuitter.

Il existe ainsi pas moins de quatre versions bien identifiées de Don Carlos, et le présent article a pour objectif de rendre compte le plus clairement possible de l’ampleur des changements qui l'ont traversé. Ces versions sont :

- La version française en cinq actes des répétitions générales parisiennes de 1866

- La version française en cinq actes de la première représentation parisienne en mars 1867

- La version italienne en quatre actes de Milan de 1884

- La version italienne en cinq actes de Modène de 1886

Une version italienne fût également créée le 4 juin 1867 à Covent Garden par Achille de Lauzières, qui supprima l'Acte I et le ballet et effectua de multiples remaniements anticipant ainsi les décisions que Giuseppe Verdi prendra en 1882.

Une autre version italienne de la version parisienne, sans coupures cette fois, reçut sa première à Bologne le 27 octobre 1867.

Le graphique qui suit représente de manière schématique le découpage en actes des 4 principales versions de Don Carlos (1866, 1867, 1884 et 1886):

Le fond orange désigne les passages écrits en 1866 et maintenus jusqu'en 1886.

Le fond rose clair désigne les passages écrits en 1866 qui disparurent après 1867.

Le fond vert désigne les passages totalement nouveaux dans la version de 1884.

Le fond hachuré désigne les passages qui furent réécrits en 1884.

Du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène
Du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène
Du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène
Du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène

La version la plus complète sur le plan dramaturgique est celle de 1866.

Cinq passages seront supprimés avant la première représentation :

- La rencontre d’Elisabeth et des bûcherons dans la forêt de Fontainebleau (Acte I)

- L'air 'J'étais en Flandres' de Rodrigue (Acte II) lors de ses retrouvailles avec Don Carlo

- Le duo Elisabeth et Eboli 'J’ai tout compris' (Acte IV) où Eboli avoue à Elisabeth sa liaison avec le roi.

- Le duo Philippe II et Don Carlo 'Qui me rendra ce mort'  (Acte IV)

- Un échange entre Elisabeth et Eboli (fin Acte IV)

Durée approximative : 3H45

 

La véritable version parisienne est celle de la première en 1867.

Selon les conventions de l'époque, la création devait inclure un ballet.

Verdi compensa alors les airs supprimés depuis les répétitions par l’ajout de deux passages :

- Une brève introduction des chœurs des bûcherons (Acte I)

- Le Ballet de la Reine (Acte III)

L’émeute finale de l’acte IV fut par ailleurs abrégée, et totalement supprimée dès la seconde représentation.

Durée approximative : 3H40. C’était encore trop long, et quelques coupures supplémentaires eurent lieu dès la seconde représentation pour permettre aux parisiens de rentrer sûrement chez eux le soir.

 

La version italienne réécrite par Verdi est celle de Milan en 1884

A plus de 70 ans, Verdi dédia à Milan une version italienne en 4 actes.

Par rapport à la version française de 1867, les passages suivants furent supprimés :

- L’Acte I de Fontainebleau

- L’introduction et les chœurs de l’Acte III devenu Acte II

- Le ballet de la Reine (Acte III devenu Acte II)

 

Les passages suivants furent également réécrits avec une meilleure expressivité musicale :

- Le duo Rodrigue et Don Carlo (Acte II devenu Acte I)

- Le duo Philippe II et Rodrigue (Acte II devenu Acte I)

- La scène et quatuor dans le bureau du roi (Acte IV devenu Acte III)

- Le duo Elisabeth/Eboli (Acte IV devenu Acte III) supprimé en 1867 et partiellement rétabli.

- La scène d’émeute (Fin Acte IV devenu Acte III) supprimée après la première de 1867

- Le duo Don Carlo et Elisabeth (Acte V devenu Acte IV)

- L’intervention de Philippe II et de l’Inquisiteur (Acte V devenu Acte IV)

 

Les passages suivants, totalement nouveaux, furent enfin créés pour cette version :

- La romance de Don Carlo (Acte I, ancien Acte II) qui rappelle les évènements survenus au cours de l’acte de Fontainebleau dorénavant supprimé.

- Le prélude de l’Acte II (ancien Acte III)

Durée approximative : 3H00

 

La version italienne 5 actes est celle de Modène en 1886

Verdi n’y a pas participé.

Cette version restaura, à la version de Milan 1884, l’acte I de Fontainebleau tel qu’il fut écrit en 1867 et traduit en italien. La Romance de Don Carlo (Acte II) fut alors supprimée.

Durée approximative : 3H20

Discographie/Filmographie

La version studio de référence du Don Carlo de Modène (1886)  est celle dirigée par Solti (1966 chez Decca) avec Carlo Bergonzi, Renata Tebaldi, Nicolai Ghiaurov, Dietrich Fischer-Dieskau, Grace Bumbry, Martti Talvela.

 

 

Insurpassé depuis plus de 40 ans!

 

 

La version live de référence du Don Carlos Parisien est celle dirigée par John Matheson (1976 chez Ponto) avec Joseph Roleau, Andrée Turp, Robert Savoie, Richard Van Allen, Edith Tremblay, Michèle Vilma.

Des chanteurs inconnus mais très engagés.

Les actes I, II, IV et V sont ceux de 1866 mais l’acte III (avec le ballet) est celui de 1867.

C’est donc la version parisienne la plus complète qui soit!

 

En 1993, James Levine enregistre en studio (Sony) une version de Modène inédite.

Avec la traduction du Ier acte de 1866 (et non plus 1867) nous avons ici la version italienne intégrale.

Michael Sylvester, Dolora Zajick et Samuel Ramey y sont par ailleurs excellents, mais Ferruccio Furlanetto est encore un peu trop jeune pour Philippe II.

15 ans plus tard à Paris, le constat est clair : c'est l'un des plus grands interprètes actuels de Philippe II.

 

En 1996, le Châtelet monte la version parisienne avec un casting prestigieux (Karita Mattila, Roberto Alagna, Thomas Hampson, Jose van Dam, Waltraud Meier).

A y regarder de plus près, cette version est un peu trafiquée. C'est bien la version de 1867, mais sans le ballet, avec une coupure dans le chœur de l’acte III et la suppression quasi intégrale du final à Saint Just.

En revanche l'air de Rodrigue 'J'étais en Flandres', le duo Elisabeth/Eboli (aveu d'adultère avec le roi) et le final de l'acte IV (déploration de Rodrigue et échange Elisabeth/Eboli) de 1866 sont rétablis.

Le DVD est un achat obligatoire rien que pour la beauté de l’ensemble.

 

Le 25 octobre 1970, le Staatsoper de Vienne lâche sur scène Franco Corelli, Gundula Janowitz, Shirley Verrett, Eberhard Waechter et le duo Inquisiteur/Philippe II du siècle : Martti Talvela/Nicolai Ghiaurov.

Sous la direction de Horst Stein, la version IV actes de 1884 trouve une interprétation intense dans un son live très correct (stéréo) qu'au moins 5 labels proposent à l'écoute (Rodolphe, Myto, Opera d'Oro, Gala, Orfeo d'Or).

 

Pour aller plus loin, revenir à la rubrique Histoire de l'Opéra

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Publié le 7 Juillet 2008

Don Carlo (Giuseppe Verdi)
Représentation du 06 juillet 2008 à l’Opéra Bastille

Don Carlo (direction Teodor Currentzis) à Bastille

Don Carlo Stefano Secco
Elisabeth Tamar Iveri
Rodrigue Dimitri Hvorostovsky
La princesse Eboli Yvonne Naef
Le roi d’Espagne Philippe II Ferruccio Furlanetto
Le Grand Inquisiteur Mikhael Petrenko
Un frère, Charles Quint Paul Gay
Tebaldo Elisa Cenni

Direction musicale Teodor Currentzis
Mise en scène Graham Vick

Le profond désespoir qui traverse « Don Carlo », les sentiments qui se fracassent aux rôles sociaux malgré la volonté de chaque protagoniste à conduire son destin, pourraient figurer l’âme de toute une vie.

Cette noirceur trouve une illustration parfaite dans l’atmosphère tamisée et les subtils éclairages voulus par Graham Vick.
Et c’est aussi un peu de nostalgie pour ceux qui découvrirent cette mise en scène il y a tout juste dix ans à l’Opéra Bastille.

Les points forts ne manquent pas. Stefano Secco se révèle d’entrée un Don Carlo juvénile, impulsif, volontaire et immature, avec une projection vocale absolument éclatante.

Elisa Cenni (Tebaldo) et Yvonne Naef (Eboli)

Elisa Cenni (Tebaldo) et Yvonne Naef (Eboli)

Cette énergie folle se heurte au vieux lion théâtralement parfait : Ferruccio Furlanetto.

Chaque échange est une confrontation tendue et cette voix puissamment caverneuse fait pâlir légèrement l’Inquisiteur défendu très honorablement par Mikhael Petrenko, bien qu’un peu jeune pour maintenir constamment pareille intensité.

Dans le registre basse, Paul Gay est un moine très bon d'autant plus que situé en fond de scène il lui faut passer un orchestre gonflé à bloc.

 

Tamar Iveri, très touchante dans son duo avec Don Carlo est aussi d’une grande dignité et d’une grande intelligence pour libérer toute sa tension dans un « Tu che le vanità conoscesti del mondo» à la douleur prenante. Ailleurs la recherche de nuances la rend parfois confidentielle.

 

Reprendre le rôle d’Eboli après Dolora Zajick et Olga Borodina n’a également rien d’évident. Alors bien sûr Yvonne Naef n’a peut être pas l’agilité de la première et la sensualité de la seconde, mais l’agressivité et le tempérament (un peu trop outré) sont là.  Tout le chant du haut médium au grave est d’une grande profondeur de souffle, ce qui lui permet même de maintenir très longtemps les piani de la chanson du voile.

 

Tamar Iveri (Elisabeth)

 

 

Seules ses limites dans l’aigu l’obligent à les écourter et les adoucir pour privilégier la musicalité et limiter ses défauts de justesse.

Le duo avec Elisa Cenni (Tebaldo) est par ailleurs d’une grande gaîté.

 

C’est en fait la star du Metropolitan Opera qui aura un peu déçu.

Sans doute Dimitri Hvorostovsky compte t’il trop sur son charme pour limiter au minimum son investissement scénique. La voix porte souvent vers l’arrière, ne s’impose que de manière inégale, et finalement, le chanteur donne l’impression de tout miser sur la scène de la prison, qu’il chante avec une fluidité remarquable.

Stefano Secco (Don Carlo)

Stefano Secco (Don Carlo)

Avec le très jeune Teodor Currentzis (35 ans), Verdi ressuscite avec impertinence et fougue.

D’une gestique vive et ornementale, le chef se laisse porter par le lyrisme de la partition au point de soulever un flot dont émergent de ci de là quelques désynchronisations. Mais ce sont les risques nécessaires pour tenir la fosse dans une vitalité admirable, accélérant avec pertinence et rythmant puissamment les passages spectaculaires.

 

Et puis il y a ces sonorités éclatantes comme dans l’ouverture du dernier acte, où les motifs des cuivres sont considérablement amplifiés pour accroître la tension, ronflant là où les enregistrements ne signalent que des mouvements discrets.

C’est donc avant tout l’expression de la personnalité exubérante de Currentzis qui plaira ou pas.

Cette reprise de la version Milanaise de Don Carlo (1884) inclut une petite surprise musicale : la réintroduction du duo Philippe II / Don Carlo déplorant la mort de Rodrigue.

Ce passage supprimé dés la création de « Don Carlos » à Paris en 1867 est ici restitué en italien bien évidemment, à la fois en clin d’œil à la version parisienne et pour faire revivre l’hommage fort à l’ami des deux hommes.

 

 

Ferruccio Furlanetto (Philippe II)

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