Publié le 5 Octobre 2013

Letzte Tage, Ein Vorabend (Christoph Marthaler)
Derniers jours. Une veillée
Représentation du 30 septembre 2013
Théâtre de la Ville

Mise en scène Christoph Marthaler
Direction musicale Uli Fussenegger
Scénographie Duri Bischoff
Costumes Sarah Schittek
Dramaturgie Stefanie Carp

Acteurs Tora Augestad, Carina Braunschmidt, Bendix Dethleffsen, Silvia Fenz, Ueli Jäggi, Katja Kolm, Josef Ostendorf, Clemens Sienknecht, Bettina Stucky, Michael von der Heide, Thomas Wodianka

Musiciens Uli Fussenegger (contrebasse), Michele Marelli (clarinette, cor de basset), Julia Purgina (alto), Hsin-Huei Huang (piano, harmonium), Sophie Schafleitner (violon), Martin Veszelovicz (accordéon)

Production Wiener Festwochen
Coproduction Staatsoper Under der Linden (Berlin)
Coopération avec le Kunsten Festival des Arts (Bruxelles) et le Festival International de Théâtre « Dialog-Wroclaw »
Avec le soutien de Ernst von Siemens Musikstiftung



La représentation de « Derniers jours. Une veillée » du lundi 30 septembre 2013 s’est jouée au moment même où des partis d’extrême droite européens ont réalisé des avancées électorales importantes.

La veille, en Autriche, l’ancien parti de Jörg Haider, le FPÖ, a dépassé les 20% lors des élections législatives, et, le soir même du spectacle, la présidente du parti libéral norvégien FrP, Siv Jensen, a été appelée à rejoindre le gouvernement minoritaire conservateur d’Erna Solberg.

Letzte Tage - Ein Vorabend (C.Marthaler) Théâtre de la Ville

Trois jours plus tard, en France cette fois, un sondage publié dans le Figaro situe Marine LePen, présidente du Front National, comme la troisième personne politique que les Français souhaiteraient voir jouer un rôle important dans les prochains mois.
Elle s’empressera, le soir même, de renier le qualificatif «d’extrême droite» pour son parti, dans l’idée d’en faire une marque « bien sous tous rapports ».

Dans ce cas, cependant, elle bénéficie d’un électorat populaire qui fuit le parti de droite UMP dirigé par Jean François Copé, un homme politique provocateur et profondément faux proche des milieux d’affaires. Il s'est récemment illustré par ses propos destinés à exacerber les sentiments homophobes refoulés d'une partie de la population française lors du vote sur le "Mariage pour tous", alors qu'il y est lui-même favorable à titre personnel.

Enfin, le comportement tolérant du premier ministre hongrois Viktor Orban vis-à-vis des propos anti-Roms de ses proches est sous le contrôle du parlement européen.

La France n’est pas exempt de déclarations, et le mardi 01 octobre 2013, le lendemain même de cette représentation, Nadine Morano a mis en ligne une pétition anti-Roms, en parlant d'"invasion illégale" alors que leur droit à la libre circulation est reconnu. Dans ce cas, cependant, il s’agit d’une personnalité politique représentative d’une mentalité particulièrement médiocre et déplorable.

Letzte Tage - Ein Vorabend (C.Marthaler) Théâtre de la Ville

Dans ce contexte de montée de l’extrême droite qui exprime un rejet du multiculturalisme, la pièce de Christoph Marthaler se présente comme une invitation à la commémoration des discours et des actes qui, avant la première Guerre Mondiale, ont préparé la catastrophe de la Shoah.

C’est dans la salle plénière de l’ancienne chambre des députés, salle historique du Parlement de l’Autriche-Hongrie, que ce projet a été monté pour la première fois au mois de mai de cette année, un lieu où les propos racistes ou antisémites ont sans doute eu une portée supérieure à l’effet produit au Théâtre de la Ville.

En effet, pour recréer ce parlement, le théâtre a été aménagé de manière à ce que le public soit installé sur scène, face aux sièges et gradins - volontairement dégradés - de la salle sur lequel le spectacle est joué.

Un petit orchestre est ainsi situé à mi-hauteur pour faire entendre des pièces de Wagner « Siegfried Idyll » mais surtout des morceaux composés par des artistes qui durent fuir les persécutions nazis, Ernest Bloch, ou qui périrent gazés dans les camps - Viktor Ullmann.
Un piano est également placé tout en hauteur.

Hormis l’inconfort de l’installation pour les spectateurs, relativement serrés, un des défauts du dispositif est de placer l’écran de sur-titrage beaucoup trop haut, alors qu’il aurait pu être incrusté en osmose avec l’hémicycle afin de faciliter la lecture et le suivi du jeu.

Letzte Tage - Ein Vorabend (C.Marthaler) Théâtre de la Ville

Sur la scène inversée, un personnel au comportement burlesque s’anime, et Marthaler lui fait prononcer des petites phrases en apparence anodines qu'il peut adapter selon la situation politique du jour. On entend ainsi des allusions aux Roms.

Un des moments forts de toute la première partie est la reprise d’un discours raciste de Karl Lueger.
Ce personnage qui fut le maire de Vienne avant la Première Guerre inspira fortement Hitler par ses propos antisémites et, aujourd’hui, l’Autriche est toujours aussi embarrassée avec ce symbole, même si l’avenue qui portait son nom à Vienne a été renommée Universitätdsring en juillet 2012.

L’image de cet orateur et d'une députée viennoise, qu’une actrice symbolise dans un contexte actuel derrière un pupitre en surplomb des gradins, a pour elle la force qui conditionne tout mouvement et parti d’extrême droite : l’existence d’un leader charismatique. Marthaler en déconstruit alors l'image de celle-ci en la faisant interpréter un air tyrolien qui la ridiculise.

Au fur et à mesure que la pièce avance, l’interprétation musicale prend une place de plus en plus importante. Les pièces choisies dégagent une tension et une âpreté amplifiée par l’austérité de la salle et le silence dans lequel elles se font entendre, au risque d’endormir le spectateur, la baisse de lumière aidant.

Letzte Tage - Ein Vorabend (C.Marthaler) Théâtre de la Ville

Il y a des moments magnifiques quand les acteurs se font chanteurs, l’acoustique sèche du théâtre permettant de les entendre avec une précision d’orfèvre.

Autre passage humoristique, l’arrivée de touristes chinois qui entrent inopinément pour photographier le parlement d’une Europe qui n’est plus qu’un musée une fois les idéologies passées.

Mais la réflexion ne peut avoir véritablement lieu qu’après la représentation. On en sort sonné - sans avoir grand-chose à en dire car un tel sujet ne supporte pas la banalité - mais surtout obsédé par la longue marche du chœur que l’on a entendu s’éloigner et chanter tout autour du théâtre et revenir pour s’arrêter net dans une lumière de plus en plus crépusculaire.

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Publié le 3 Octobre 2013

Mardi 01 octobre 2013 sur France 2 à 00h30
Symphonies n°5 & 6 (Tchaïkovski)
Théâtre Mariinsky, direction Gergiev

Samedi 05 octobre 2013 sur France3 à 00h15
Le Trouvère (Verdi)
Hendricks, Didyk, Brunet-Grupposo, Poplavskaya, Furlanetto
La Monnaie, dir Minkowski, ms Tcherniakov

Dimanche 06 octobre 2013 sur Arte à 19h00
Piaf : Le Concert Ideal

Dimanche 06 octobre 2013 sur Arte à 22h50
Piaf : sans amour on n'est rien du tout

Mardi 8 octobre 2013 sur France 2 à 00h30
Intolleranza 1960 (Nono)
Avec Vinke, Horak, Mellor, Paliaga, Leibundgut, Abbati
La Fenice, dir Zagrosek

Samedi 12 octobre 2013 sur France3 à 00h15
Les Troyens (Berlioz)
Antonacci, Capitanucci, Hymel, Westbroek, Sheratt, Hipp
Royal Opera House, dir Pappano, ms McVicar

Dimanche 13 octobre 2013 sur Arte à 19h00
Il Giardino Armonico

Dimanche 13 octobre 2013 sur Arte à 23h15
Musique sacrée à la Chapelle Royale

Lundi 14 octobre 2013 sur Arte à 23h15
Woyzeck (Büchner)

Mardi 15 octobre 2013 sur France 2 à 00h30
Cazzatti, Frescobaldi, Monteverdi, Rossi, Uccellini
Jaroussky
La Fenice, dir Tubery

Mercredi 16 octobre 2013 sur Arte à 23h20
L'Affaire Pasolini
Documentaire

Samedi 19 octobre 2013 sur France3 à 00h15
La Khovantchina (Moussorgsky)
Aleksashkin, Galouzine, Akimov
Théâtre Mariinsky, dir Gergiev

Dimanche 20 octobre 2013 sur Arte à 16h45
Verdi Mania Documentaire de Sergej Grguric
Verdi, les grands airs (Peretyatko, Hampson, Villazon) 19h00
Passion Verdi Documentaire de Michel Follin 20h45
Requiem de Verdi (Milan) 22h15
Nabucco (dir Muti Rome 2011) 23h50

Samedi 26 octobre 2013 sur France3 à 00h15
Suor Angelica (Puccini)
Boeross, Petrinsky, Destraël, Delplanque, Wilkinson, Rusko, Obrecht
Opéra de Lyon, dir d'Espinoza

Mardi 29 octobre 2013 sur France 2 à 00h30
Un Requiem Allemand (Brahms)
Arsys Bourgogne, Solistes Européens, dir Cao

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 1 Octobre 2013

Tristan und Isolde (Richard Wagner)
Représentation du 29 septembre 2013
Vlaamse Opera Antwerpen

Isolde Lioba Braun
Tristan Franco Farina
Le Roi Marke Ante Jerkunica
Brangäne Martina Dike
Kurwenal Martin Gantner
Melot Christophe Lemmings
Un jeune marin / un berger Stephan Adriaens
Un pilote Simon Schmidt

Mise en scène Stef Lernous
Direction musicale Dmitri Jurowski
Orchestre et Choeurs du Vlaamse Opera

 

                                                                                                           Lioba Braun (Isolde)

Parfois, il arrive qu’une affiche ne présentant que des célébrités, comme celle de l’Opéra de Munich qui comprenait, en mars dernier, les noms de Meier, Lang, Dean Smith, Nagano, ne soit pas suivie d’une interprétation artistiquement captivante, et sombre dans une routine approximative.

Mais il arrive également qu’une distribution construite sur un ensemble de très bons chanteurs, qui ne soient pas pour autant starisés, réussisse à extraire d’un spectacle une âme qui vous prenne et vous touche en vous rendant heureux d’être là à les entendre.
Et c’est-ce qu’il vient de se produire au Vlaamse Opera d’Anvers avec la nouvelle production de Tristan et Isolde présentée en ouverture de saison.

Stephan Adriaens (Un jeune marin)

Stephan Adriaens (Un jeune marin)

Le metteur en scène Stef Lernous, mieux connu pour être le directeur artistique de l’Abattoir fermé, un théâtre tourné vers les mondes situés en marge de la société, a en effet construit un thriller qui s’appuie sur des éléments d’actions et de lieux qui ne sont généralement pas évoqués, et qu’il transpose dans un univers glauque contemporain.

Le premier acte se déroule à la sortie d’un cinéma, lors de la dernière représentation du soir, devant lequel le corps d’un homme assassiné, le Morold, git sur le sol. Les badauds sont présents, les représentants de l’ordre également, mais Isolde et Brangäne, désemparées, ne dénoncent cependant pas celui qui en est l’auteur, Tristan.

La confrontation entre les deux protagonistes qui s’aiment sans le reconnaître se déroule à l’avant-scène avec une lisibilité naturelle.

Martina Dike (Brangäne) et Lioba Braun (Isolde)

Martina Dike (Brangäne) et Lioba Braun (Isolde)

Dans la seconde partie, les deux amants se retrouvent dans une sorte de vestiaire délabré, un lieu volontairement sale et sordide, dont le visuel rebute et s‘oppose à la plénitude de la musique.
Sur un écran, apparaissent furtivement les regards espions de Marke et Melot, alors que Brangäne met en garde les amants de la traque dont ils sont l’objet.
L’arrivée de Marke en sorte de chef d’organisation criminelle, escorté par des écuyères raides dans leurs bottes et porteuses d’un sceau chevaleresque sur la poitrine, tourne au règlement de compte.

Il s’agit, ici, d’une vision moderne de la transgression des règles dont est coupable Tristan, habillé de vieux vêtements usés.
Le plus extraordinaire, dans cette scène, est que la déliquescence contenue dans la musique de Wagner en renforce le sentiment de décrépitude. Le meurtre de Tristan par Melot, un voyou zélé, a ainsi quelque chose de très réaliste.

Lioba Braun (Isolde) et Franco Farina (Tristan)

Lioba Braun (Isolde) et Franco Farina (Tristan)

Il faut alors un certain temps pour comprendre pourquoi nous nous retrouvons, au dernier acte, dans un restaurant de luxe situé sur les escarpements d’une montagne qui fait penser à la Montagne Magique de Thomas Mann. Cette description fantastique du château de Kurwenal et de ses clients sans âme qui filment l’agonie de Tristan semble être une manière décalée de représenter le monde réel tel que, blessé à mort, il le perçoit.
C’est en tout cas étrange, comme ce gouffre rougeoyant vers lequel se dirige le couple à la fin du Liebestod.

Mais cette conception aurait-elle pu être aussi captivante et sublimer nombre de passages simplement humains, si la direction et l’interprétation musicales n’avaient été aussi fortes et prenantes?
L’Opéra d’Anvers est d’une taille modeste, et ses loges en bois lui donnent un charme british chaleureux et intime, si bien que l’ampleur d’une œuvre comme Tristan & Isolde apparaît bien importante pour un tel lieu.

Lioba Braun (Isolde) et Franco Farina (Tristan)

Lioba Braun (Isolde) et Franco Farina (Tristan)

Seulement, la direction musicale de Dmitri Jurowski est une merveille à la fois de dynamisme, de brillance et d’épaisseur. Les écoulements fluides des cordes et les contrastes des bois lui donnent du corps et du mouvement et, par conséquent, une réalité palpable, changeante avec tous les motifs frémissants et une vie inaltérable.

Ce Tristan profond et terrestre, et qui laisse de côté les évanescences immatérielles, fond l’action scénique en quelque chose qui unit le drame et les chanteurs dans un tout artistiquement magnifique et émouvant.

Parmi ces chanteurs, Franco Farina est une énigme. Ce ténor avait fait les beaux jours des années Gall à l’Opéra de Paris dans les années 90, interprétant des rôles majeurs ou secondaires du répertoire italien, Macduff (Macbeth), Foresto (Attila), Caravadossi (Tosca) ou Calaf (Turandot) sans éclat particulier, mais, avec un grain dans la voix que, personnellement, je n’avais pas oublié.
Et depuis, plus rien. Puis, pour la première fois depuis une décennie, son nom réapparait soudainement en tête d’un des rôles les plus écrasants de l’histoire lyrique, ce qui ne peut qu’engendrer interrogations.

Une garde et Christophe Lemmings (Melot)

Une garde et Christophe Lemmings (Melot)

Alors, sans arriver à expliquer quoi que ce soit, l’interprétation de Tristan qu’il vient de faire à Anvers a de quoi marquer. Son timbre n’a rien de séducteur, certes, mais la solidité du chant, sombre et homogène, est sans faille, et le legato est suffisamment travaillé pour en adoucir l’expressivité.
Et même dans les moments les plus désespérés, il ne cherche pas à forcer l’affectation, ce qui, d’ailleurs, ne détériorerait pas ses expressions quand la souffrance se fait extrême.
Cette impression de chant naturel, sans signe d’essoufflements tout au long du drame, à part, peut être, dans le final du Ier acte, est quand même quelque chose d’assez rare pour ne pas le reconnaître.

Martin Gantner (Kurwenald)

Martin Gantner (Kurwenald)

Et on pourrait dire la même chose de tous ses partenaires, Lioba Braun en premier. Son Isolde a un timbre assez similaire à celui de Waltraud Meier, plus soyeux et harmonieux et aussi un peu plus fragile. Mais son jeu scénique, plus économe, ne lui donne pas le même charisme. Hormis cette réserve, son personnage est passionné, d’un très haut niveau dramatique, d’une surprenante naïveté après l’absorption du filtre d’amour, avec un petit côté « bourgeoise » sans doute du à la mise en scène.

Elle est en permanence soutenue par sa partenaire, Martina Dike, qui compose une Brangäne de grande classe, presque trop incendiaire dans ce théâtre trop petit pour elle. Elle a une manière d’être extrêmement touchante car elle est dans un état d’esprit constamment compassionnel, d’une dignité sans faille, et sa clarté la rapproche fortement d’Isolde.

Lioba Braun (Isolde) et Franco Farina (Tristan)

Lioba Braun (Isolde) et Franco Farina (Tristan)

Et l’on retrouve cette même solidité chez Ante Jerkunica, le Roi Marke, et Martin Gantner, Kurwenal. Le premier ne cède jamais au pathétique pour tenir son personnage sur une ligne autoritaire qui a du charme, et le second, vêtu aussi sobrement que Tristan, impose un personnage fraternel, fortement présent, d’une stature qui lui est égale.

Et dans les rôles plus secondaires, Christophe Lemmings joue un Melot terriblement crapuleux, à l’opposé de Stephan Adriaens, tendre et léger marin.

Nul doute que l’esthétique de ce spectacle puisse déplaire, mais la dramaturgie et l’interprétation musicale sont, elles, une surprenante réussite.

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Publié le 28 Septembre 2013

Après l’émoi suscité par la destitution de Mortier de la direction artistique du Teatro Real, le 11 septembre dernier, deux semaines de négociations s’en sont suivies afin de trouver une issue qui pénalise le moins possible les projets en cours.
Quand le New-York City Opera avait rompu son contrat avec Mortier à cause de la forte réduction du budget artistique induit par la crise financière en 2008, le directeur avait été dédommagé de 400.000$. Le conseil d’administration du Teatro Real avait donc intérêt à ne pas toucher aux projets de Mortier et, jeudi dernier, une conférence de presse a confirmé que Mortier devenait le Conseiller Artistique du Real, sans remettre en question ses projets pendant deux ans.

Le journal El Pais relate précisément les idées et projets qui ont été abordés lors de cette conférence. Cette conférence révèle à quel point Mortier a été affecté par la destruction de son projet par Nicolas Joel, après son départ de l'Opéra de Paris, et il a obtenu des engagements pour que cela ne se reproduise pas .
L’article est traduit en français ci-dessous.

https://cultura.elpais.com/cultura/2013/09/26/actualidad/1380196918_505429.html

Jeudi 25 septembre matin, Joan Matabosch a été officiellement présenté comme le nouveau Directeur artistique du Teatro Real pour succéder à Gerard Mortier qui devient, lui, le Conseiller artistique du Théâtre.
Ce nouveau poste a été créé afin de permettre à Mortier de prendre le temps de soigner son cancer en Allemagne et de réduire autant que possible la tension avivée par l’annonce de sa destitution.

Matabosch prendra officiellement ses nouvelles fonctions le 1er Janvier 2014. En attendant, il restera le directeur artistique du Liceu à Barcelone et profitera de ce temps pour s’adapter à ses nouvelles fonctions au Teatro Real. "Cela démontre la bonne relation entre le Liceu de Barcelone et nous, et la capacité de travail de Joan Matabosch", a déclaré le président du conseil d'administration du Théâtre Royal, Gregorio Marañón , au cours de la conférence de presse .

A propos de Mortier, Marañon revient sur la bonne entente entre le directeur flamand et son successeur ce qui « lui permettra de poursuivre son travail dans la continuité tout en apportant son extraordinaire connaissance de l'opéra et de la culture musicale ». Le président n‘a cependant donné aucune information sur les conditions financières de la négociation, mais il a affirmé que le Teatro Real est convaincu "du bien fondé de cette nomination" et souligné le sentiment positif qu’a généré l’annonce de son arrivée.
 

Pour sa part, Matabosch a exposé les grandes lignes de son projet au cours d’un important discours riche en références culturelles. Au début, il s’est étendu longuement sur le travail de son prédécesseur en assurant qu’il ne rompra pas la ligne suivie jusqu’à présent. « Ce théâtre bénéficie de l’extraordinaire héritage artistique de Gerard Mortier. Nous devons trouver les moyens de le préserver, conserver tout ce que ce théâtre a amélioré depuis ces dernières années comme la qualité des spectacles, y compris les plus controversés, le socle artistique commun, la projection internationale du théâtre, et d’autres aspects importants de sa gestion. C’est pourquoi je préfère parler de continuité, au moins jusqu’à un certain point. Ainsi, je voudrais dédié à Gerard Mortier ces paroles et, en même temps, lui souhaiter tout le bien possible dans sa lutte contre sa maladie ».

 

 Matabosch a alors illustré par un exemple cette «continuité» . «Nous n’allons pas faire au Teatro Real ce que l’Opéra de Paris a fait après le départ de Gerard Mortier, c’est-à-dire imposer une programmation la plus opposée possible à son travail, donnant l’impression d’une tentative pour éliminer toute trace de son passage à la direction de cette institution. Nous ne voulons rien de tout cela à Madrid » a-t-il dit en référence à Nicolas Joel, le remplaçant de Mortier à l’Opéra de Paris.

 

Matabosch ne touchera pas à la saison en cours. Il se contentera, a-t-il expliqué, de gérer et aider Mortier à développer sa programmation normalement. A partir de la saison suivante, il y aura quelques changements qui, selon lui, ont été prévus par Mortier pour des raisons qui ne tiennent pas à la ligne artistique, sinon aux disponibilités ou aux contretemps administratifs, ou bien à la situation sur le marché lui-même.

D’importantes modifications arriveront alors dès la saison 2015-2016. Matabosch pourra commencer à traduire sa vision qui se divisera en trois volets.
Le répertoire sera étendu. « Il sera plus contrasté et des opéras belcantistes que l’on n’a pas encore entendu seront pour la première fois montés. Historiquement, il y a toujours eu une grande méfiance des rénovateurs de l’art lyrique, comme Mortier, vis-à-vis d’un certain répertoire du XIXème siècle et il y a une bonne raison à cela : dans le passé, ce répertoire était lié à un style de représentation décadent et au culte des « étoiles » incapables de s’intégrer à un groupe, à la routine, et aux répétitions qu’elles expédiaient et parfois évitaient entièrement. C’était ainsi avant mais, maintenant, les choses ont complètement changé.

Matabosch veut également élargir le spectre des directeurs scéniques afin d’obtenir une «esthétique plus contrastée». « Mais la dramaturgie restera un objectif final sans concession : car elle exprime le sens de l’œuvre. Tout ce qui mettra en valeur et rendra accessible ce sens sera bien accueilli. Et le sens d’une œuvre n’est pas l’application littérale des annotations d’une partition, sinon ce qu’une lecture en exprime. C’est pourquoi nous avons besoin qu’un artiste interprète l’œuvre» en laissant entendre qu’il ne monte pas des œuvres dans l’intention d’éviter la polémique à tout prix.

Le troisième volet du projet de Matabosch consiste à renforcer le potentiel vocal et musical. Autrement dit, il y aura de bons chanteurs et un directeur musical titulaire. Mais ce dernier ne sera nommé qu’une fois les œuvres programmées par Mortier pour les deux prochaines saisons achevées, car leur concept repose sur un système de directeurs musicaux invités qui atterrissent à Madrid pour chaque production. Le débat sur le choix du nouveau directeur musical titulaire ouvrira, vraisemblablement, au milieu de la saison en cours.

Quant à l'avenir du Liceu de Barcelone, Matabosch assure qu’il ne participera pas à la nomination de son remplaçant, bien que l’on puisse lui demander son avis. La recherche de ce candidat aura lieu au cours des prochains mois et, en principe, il rentrera en fonction dès septembre 2014.

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Publié le 27 Septembre 2013

Alceste (Christoph Willibald Gluck)
Répétition générale du 09 septembre &
Représentations du 22 et 28 septembre 2013

Admète Yann Beuron
Alceste Sophie Koch
Le Grand Prêtre Jean François Lapointe
Hercule Franck Ferrari
Coryphées Stanilas de Barbeyrac
                 Marie-Adeline Henry
                 Florian Sempey
                 Bertrand Dazin
L’Oracle François Lis

Mise en scène Olivier Py
Direction musicale Marc Minkowski
Chœur et Orchestre des Musiciens du Louvre

                                                                                                        Dionysos

La détermination d’Alceste à rejoindre les enfers pour éviter de vivre avec l’absence de son homme aimé est une force romantique que l’on retrouve dans le personnage de Juliette, l’héroïne de Shakespeare.
Alors, en faisant tant ressembler la femme d’Admète à sa Juliette telle qu’il l’avait représentée à l’Odéon, avec son long manteau noir et sa chevelure si féminine, Olivier Py ne fait que révéler cette similitude entre le compositeur allemand et le dramaturge anglais.

Sophie Koch (Alceste)

Sophie Koch (Alceste)

Pour le spectateur d’opéra curieux de bon théâtre, c’est-à-dire de cet art qui s’intéresse à la vie de l’esprit avec tous ses méandres sombres et inextricables, et accoutumé à l’univers du metteur en scène, la poésie visuelle qui émane de ces décors éphémères dessinés si finement à la craie sur de larges pans noirs devant lesquels les personnages vivent la joie et la douleur du drame dans leur vérité simple et touchante, est une très belle manière de rendre le classicisme de l’œuvre plus proche de lui.

Sophie Koch (Alceste)

Sophie Koch (Alceste)

On se laisse aller à admirer les détails de la façade de l’Opéra Garnier, le temple d‘Apollon, maître de la Poésie et de la Musique, la reconstitution des rues de ce qui semble être Venise, les forêts torturées, la nuit étoilée derrière laquelle le chœur murmure un magnifique chant élégiaque, les symboles évidents du Cœur et de la Mort, et Olivier Py réussit naturellement à saisir l’essence du texte et la transcrire dans une vision qui lui ressemble, jusqu’aux garçons toujours physiquement parfaits, qu’il s’agisse des enfants d’Alceste, ou bien de cet Apollon dansant et solaire que l’on retrouvait dans sa pièce Die Sonne.
Ainsi, s’opposent à travers la sensualité de ce même danseur, les forces tentatrices dionysiaques, lors du banquet que célèbre le peuple à la joie de savoir Admète sauvé, et les forces inspiratrices du lyrisme, Apollon, qui l‘emportent à la fin.

Yann Beuron (Admète)

Yann Beuron (Admète)

Dans le troisième acte, il fait également un très bel usage de l’éclairage néon pour induire une atmosphère crépusculaire dans la salle même, alors qu’Alceste se présente aux portes des enfers, devant l’orchestre, situé sur la scène, laissant ainsi la fosse se transformer en Styx symbolique, embrumé tout en chantant, par l’intermédiaire du chœur, la voix lugubre des morts.

Il saisit ainsi la beauté essentielle de la musique, la délicatesse des sentiments humains, tout en laissant, de ci de là, surgir les thèmes qui lui tiennent à cœur, le désespoir politique que suscite le sort funeste d’Admète, la noirceur romantique d’Alceste, la vitalité insolente d’un éphèbe couvert des lauriers de la poésie et du chant, et, enfin, les symboles chrétiens qui sauvent de tout.

Le Banquet (deuxième acte)

Le Banquet (deuxième acte)

Tout en osmose avec son orchestre, Les Musiciens du Louvre, Marc Minkowski insuffle à la musique de Gluck une tension vivifiante dont il exalte la modernité des couleurs, une grâce éthérée que l’on ne lui connaissait pas, sans accentuer pour autant le pathétisme de la partition.
Et il est au cœur du drame, de la vie intérieure de chaque chanteur, ce qui l’oblige à une attention de toute part, jusqu’aux chœurs, importants acteurs de la pièce, superbes de nuances, de tonalité profonde si changeante, qui peuvent autant exprimer la force de l’espoir que les tristes murmures des adieux.
Tout cela est véritablement très beau à voir et à entendre, austère diront certains, ou terriblement vrai comme le ressentiront bien d'autres.

Sophie Koch (Alceste)

Sophie Koch (Alceste)

Tragédienne classique, Sophie Koch est donc une Alceste faite pour se fondre dans ce théâtre moderne. Elle ne domine pas Yann Beuron, mais se situe dans un échange à part égale, sa voix plutôt claire, révélant des graves magnifiquement dramatiques dans « Divinités du Styx »,  tout en lui permettant de conserver une netteté de diction qu’elle gomme parfois quand les noirceurs lyriques l’emportent.

C’est cependant dans toute la détermination du premier acte qu’elle est la plus impressionnante.

Florian Sempey, Stanilas de Barbeyrac, Bertrand Dazin, Marie-Adeline Henry (les Coryphées)

Florian Sempey, Stanilas de Barbeyrac, Bertrand Dazin, Marie-Adeline Henry (les Coryphées)

Yann Beuron, ténor poétique tel qu’on aurait si bien envie de le décrire, est d’une humaine évidence, un charme vocal sombre qui, lui, reflète le fatalisme de la musique avec un sens de l’intériorité pathétique que peu de chanteurs français peuvent atteindre.

Et de cette distribution entièrement francophone qui intègre les jeunes fleurons de l’Atelier Lyrique, Stanilas de Barbeyrac, Marie-Adeline Henry, Florian Sempey, tous excellents, Jean François Lapointe y trouve, en Grand Prêtre, un rôle dont il soigne la prestance et le langage.

Apollon

Apollon

 Franck Ferrari, lui, se démarque toujours aussi bien dans les opéras de Gluck, doué d’une vérité expressive naturelle à la fois forte et inquiétante qui, même dans des rôles courts, lui donne une présence qui marque bien au-delà de la représentation.

Et se conjuguent ainsi à cet ensemble si homogène, les éclats de voix baroques du contre ténor Bertrand Dazin, et les noirceurs détachées de François Lis.

Alceste (Koch-Beuron-Lapointe-Minkowski-Py) Palais Garnier

A l'entracte, le rideau se baisse sur une reproduction inspirée de La montée des âmes vers l'Empyrée de Jérôme Bosch, chef d'oeuvre de l'Art flamand conservé au Palais des Doges, dont la lumière fait écho aux derniers mots gravés sur le décor : La Mort n'existe pas

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Publié le 15 Septembre 2013

L'Affaire Makropoulos (Leos Janacek)
Répétition générale du 14 septembre 2013 et représentation du 16 septembre 2013
Opéra Bastille

Direction musicale Susanna Mälkki
Mise en scène Krzysztof Warlikowski

Emilia Marty Ricarda Merbeth
Albert Gregor Attila Kiss-B
Jaroslav Prus Vincent Le Texier
Vítek Andreas Conrad
Krista Andrea Hill
Janek Ladislav Elgr
Maître Kolenaty Jochen Schmeckenbecher
Hauk-Sendorf Ryland Davies

Production créée en avril/mai 2007 à l’Opéra Bastille
Coproduction avec le Teatro Real de Madrid           Marilyn Monroe (ouverture de Věc Makropulos)


Des quatre productions réalisées par Krzysztof Warlikowski sous la direction de Gerard Mortier, l’Affaire Makropoulos est celle qui a obtenu l’unanime reconnaissance de la part du public et de la critique.
Toute sa mise en scène joue sur l’ambivalence des désirs humains et de leurs rapports à l’instinct animal, lorsqu’ils prennent pour objet une artiste mythique. Et l’on retrouve dans tout le livret de cet opéra des allusions à ces émotions fondamentales.

Ricarda Merbeth (Emilia Marty) et Attila Kiss-B (Albert Gregor)

Ricarda Merbeth (Emilia Marty) et Attila Kiss-B (Albert Gregor)

On reconnait ainsi dans le travail de Warlikowski cette formidable capacité à construire un spectacle à partir d’une lecture extrêmement détaillée du texte, et d’une analyse profondément humaine de la nature des personnages.

Ainsi, dès l’ouverture de l’Affaire Makropoulos, la musique de Janacek s’empare d’un univers cinématographique où se mêlent des extraits de films du divorce de Marilyn Monroe avec Joe DiMaggio, de sa rencontre avec ses fans, et de King Kong, symbole animal du désir du mystère

féminin.

Par la suite, les trois actes nous font passer de la Marilyn de « The seven Year Itch » (Billy Wilder 1955) à  Rita Hayworth, quand elle jouait  dans « Gilda » (Charles Vidor 1946), pour conclure sur le dernier film inachevé de Marilyn, « Something’s got to give » (George Cukor 1962), et la scène de la piscine.

Les transitions sont assurées par des extraits de « Sunset Boulevard » (Billy Wilder 1950) qui projettent les fascinantes expressions de Gloria Swanson, dans le rôle d’une actrice résolument attachée à vivre éternellement ses heures de gloire.


                                                                                      Andrea Hill (Krista)

 

Ce contexte psychologique, fortement sensuel, est ainsi magnifiquement projeté vers le spectateur, ce qui le rend en prise avec l’oeuvre même s’il ne comprend pas tout de cette intrigue complexe.
Pour la résumer, nous sommes au XXième siècle alors qu’un procès oppose Ferdinand Mc Gregor et Jaroslav Prus, descendants de deux familles qui se disputent l’héritage du Baron Prus, homme qui vécut au début du XIXème siècle.

Vincent Le Texier (Jaroslav Prus)

Vincent Le Texier (Jaroslav Prus)

La célèbre et mystérieuse chanteuse Emilia Marty semble s’intéresser de près à cette affaire, et tout le monde, hommes et femmes, est attiré par elle, même Ferdinand et Krista.

L’histoire va révéler que si cette femme est aussi froide, et pourtant attirante, c’est parce qu’elle a bu un élixir de vie qui l’a rendu immortelle. Elle en a perdu aussi son goût de la vie.

Son intérêt pour ce procès, lui, vient de la liaison qu’elle eut dans le passé avec le baron Prus, quand elle se nommait Elina Makropoulos. Elle recherche les preuves écrites de cette relation pour réparer l‘injustice envers Mc Gregor, mais également pour retrouver le remède qui pourrait la rendre à nouveau mortelle.

Ricarda Merbeth (Emilia Marty)

Ricarda Merbeth (Emilia Marty)

Depuis la dernière reprise, en 2009, la distribution est presque intégralement renouvelée.
Il n’est évidemment pas facile pour Ricarda Merbeth de succéder à Angela Denoke. Elle n’en a pas le glamour, et elle n’a jamais été une grande actrice.

Mais une fois passées les limites de l’incarnation de Marilyn Monroe, la soprano allemande trouve un moyen d’expression qui dessine d’une voix belle et troublante aux accents acides un portrait d’Emilia Marty hautain et un peu déjanté, ce qui souligne encore plus, par l’attraction que lui vouent les protagonistes, cette faculté que peut avoir l’être humain à s’éprendre d’un personnage qui méprise pourtant cet élan instinctif.

Ricarda Merbeth (Emilia Marty)

Ricarda Merbeth (Emilia Marty)

Surprenante, elle l'est aussi par la formidable adaptation au rôle qu'elle a acquise depuis la dernière répétition, lapidaire dans le geste et clairement plus spontanée.

Toute la scène finale est un immense chant à la vie, et elle l'offre sans la moindre retenue. Sa voix, resplendissante, résonne toujours dans la tête plusieurs heures après la fin de la représentation.

Scène, orchestre et "Boulevard du Crépuscule" (ouverture du IIIeme acte de l'Affaire Makropoulos)

Scène, orchestre et "Boulevard du Crépuscule" (ouverture du IIIeme acte de l'Affaire Makropoulos)

Attila Kiss-B, en Ferdinand McGregor, paraît dans un premier temps assez banal. Mais, à partir du duo intime avec Emilia, le moment clé où le drame s’humanise, il gagne en force et en intensité pour devenir un personnage dont la présence puisse s’opposer à celle de Vincent Le Texier.
Car ce dernier a l’habitude de travailler avec Krzysztof Warlikowski, et cela se voit. Il joue un extraordinaire Jaroslav Prus, implacable avec ses partenaires, c’est véritablement une très grande incarnation théâtrale. Sa voix est en plus génialement expressive.

Vincent Le Texier (Jaroslav Prus) et Ricarda Merbeth (Emilia Marty)

Vincent Le Texier (Jaroslav Prus) et Ricarda Merbeth (Emilia Marty)

Tous les seconds rôles, sans exception, sont très bien tenus et, comme toujours avec Warlikowski, totalement crédibles scéniquement. Ils sont liés par la force du théâtre.

Ainsi, Andrea Hill est merveilleuse de pétillance, et d'une douceur tout charmante, en Krista. Elle est accompagnée dans son grand air d'entrée par un magnifique ensemble d'entrelacements de cordes qui vise les sentiments les plus nostalgiques du coeur.

Ricarda Merbeth (Emilia Marty)

Ricarda Merbeth (Emilia Marty)

Car la direction musicale est une très grande interprétation de ce chef-d'oeuvre. Susanna Mälkki travaille les couleurs et l’homogénéité d’ensemble en laissant de l’épaisseur et de l’âpreté aux cordes sans négliger pour autant le lyrisme de la musique. Les flûtes jaillissent et surprennent à la manière des jets d’eau des geysers, les cuivres, d’une rondeur chaude, sont fondus dans la masse avec éclat, et, malgré la complexité orchestrale, il règne une harmonie vivante très surprenante à écouter. On dirait que l'énergie de la moindre phrase se communique aux motifs qui lui succèdent comme dans une sorte d'allant sans cesse renouvelé. Il y a de la tension, même dans les moments les plus intimes.

Vincent Le Texier, Susanna Mälkki et Ricarda Merbeth

Vincent Le Texier, Susanna Mälkki et Ricarda Merbeth

Alors, au delà du plaisir que l'on éprouve à retrouver Krzysztof Warlikowski à l'Opéra National de Paris, de nombreux signes laissent penser que cette saison débute sur une voie immuablement mêlée d'excellence, d'intelligence et de profondeur. Et il faut espérer que ce spectacle trouve un public curieux, désireux de sortir du conformisme toujours plus puissant, pour découvrir une oeuvre et une musique qui ne le laisse pas indifférent.

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Publié le 14 Septembre 2013

Depuis l'annonce de la destitution de Gerard Mortier de la direction artistique du Teatro Real de Madrid et de son remplacement immédiat par Joan Matabosch, le directeur du Liceu de Barcelone, un froid est tombé sur le théâtre. En attendant de connaître comment la situation juridique va être résolue, le directeur flamand a en effet fait savoir qu'il compte mener entièrement cette saison si importante pour lui, Ana Arambarri, membre des "Amis du Teatro Real", s'est exprimée dans le journal El Pais. Ce qu'elle décrit du comportement des membres du conseil d'administration n'est cependant pas spécifique à la capitale espagnole.

Sa lettre est traduite ci dessous en français.

https://elpais.com/elpais/2013/09/13/opinion/1379091800_792080.html

 

Mais ici, qui démissionne?

La disparition de Gerard Mortier du Teatro Real pénalise un projet ambitieux, intelligent et novateur pour l’Opéra sur la scène Madrilène. Il a été un directeur artistique innovateur, polémique, autant apprécié que décrié, et qui n’a laissé personne indifférent.

Mortier, durant les années où il a eu la charge de directeur artistique du Teatro Real, a été associé avec grande habileté aux personnes de pouvoir qui lui ont permis de réaliser ses objectifs. Ce sont ces mêmes personnes qui, pourtant, l’ont trahi.
 

Mortier, qui a appris par la presse qu’il a été destitué, croit que certains membres du conseil d’administration devraient démissionner. Mais qui, ici, démissionne ? Actuellement, personne ne se sent concerné par le projet de Mortier. Et nous n’entendons même pas la voix de ceux qui se disent fervents partisans de la culture par le simple fait qu'ils sont membres du conseil d'administration du Théâtre Royal. Leur attitude démontre ce que tout le monde savait : à quelques exceptions près, ces personnes ne sont là que pour des raisons sociales qui dépassent la simple défense de la cause culturelle.

Je ne crois pas dans le slogan triomphaliste répété ces dernières années : "Nous avons placé le Teatro Real sur la scène mondiale." Sûrement pas. En revanche, Mortier a rendu possible une nouvelle proposition, un répertoire peu connu, des productions théâtrales innovantes et, surtout, il a réalisé un travail exceptionnel pour améliorer l'orchestre et le chœur.

 

                              Terrasse du Teatro Real lors du concert de Rufus Wainwright (22 juillet 2013)

Alors, cette mise à l’écart est bien triste. Dans une société ouverte et démocratique, les solutions passent par la confrontation des projets et la négociation des résultats. Malheureusement, il n’en a pas été ainsi. Ni les arguments intelligents, ni les propositions de Mortier pour élire un nouveau directeur artistique n’ont été pris en compte. Le mauvais coup fait à Mortier est le symbole du triomphe de la médiocrité qui gangrène notre pays.

Interview de Gerard Mortier à l'ENO au moment de sa prise de fonction au Teatro Real (2009)

Mais ... que peut-on attendre de ces protecteurs, amis et mécènes du théâtre, qui se réfugient dans le silence au lieu de montrer leur engagement envers le projet pour lequel ils ont été nommés.

Que pouvons-nous attendre de ces personnes, si certaines d'entre elles sont capables de rédiger des notes de travail ou d'envoyer des messages sur leur mobile au cours de l' Agnus Dei du Requiem de Verdi ?

Ana Arambarri.

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Publié le 8 Septembre 2013

Lucia di Lammermoor (Gaetano Donizetti)
Répétition générale du 05 septembre &
Représentation du 07 septembre 2013

Opéra Bastille

 
Lucia Sonya Yoncheva / Patrizia Ciofi
Edgardo Michael Fabiano / Vittorio Grigolo
Enrico George Petean / Ludovic Tézier
Arturo Alfredo Nigro
Raimondo Orlin Anastassov
Alise Cornelia Oncioiu
Normanno Eric Huchet

Direction musicale Maurizio Benini
Mise en scène Andrei Serban (1995)

                                                                                                        Michael Fabiano (Edgardo)

 

Depuis sa création en janvier 1995, alors que Roberto Alagna faisait sa première apparition à l’Opéra National de Paris, la mise en scène de Lucia di Lammermoor dirigée par Andreï Serban se redécouvre à chaque reprise, comme si l’expérience de vie orientait, avec le temps, les points de vue que l’on a sur les choses.

Sonya Yoncheva (Lucia di Lammermoor)

Sonya Yoncheva (Lucia di Lammermoor)

En apparence, l’esthétique de cette salle d’armes brutale, dominée par les militaires et les notables, ne peut que dérouter le spectateur, car il s’attend généralement à voir un univers raffiné et romantique comme celui du château Culzean, une ancienne propriété construite face aux vents des côtes de l'Ecosse,   qui avait inspiré Mary Zimmermann pour sa mise en scène au New-York Metropolitan Opera.

Mais, au milieu de ce fatras vulgaire, on peut y voir une Lucia perdue en recherche de tout ce qui lui remémore son univers d’enfance, les ballons qu‘elle adorait pousser vers le ciel, le lit superposé en haut duquel elle pouvait trouver refuge, la paille dans laquelle elle se cachait, et cette balançoire qu’elle est la seule à avoir vu parmi les cordes pour y chanter la cabalette rêveuse « Egli è luce a’ giorni miei ».
 

Elle est un être en réaction face à un monde qui ne lui convient pas, d’autant plus qu’il est violent.

Dans cette vision, Patrizia Ciofi est une tragédienne qui s‘y accorde à merveille, et son chant surnaturel se diffuse uniformément dans toute l’ampleur de la salle avec une finesse qui compense la blancheur du timbre. Son personnage est une petite fille toute fragile et vivante qui accentue le décalage avec son entourage viril et oppressant, et elle joue cela avec un sens de la vitalité adolescente très sensible qui ne vire jamais à la démonstration purement technique. L’interprétation est donc entière.

Les coloratures se délient avec une légèreté charmeuse, quelques piqués se font plus confidentiels et, surtout, elle use de son art de la modulation saisissant quand elle amplifie progressivement le volume de son chant pour envahir les sens de l’auditeur. 

                                                                                             Patrizia Ciofi (Lucia di Lammermoor)

 

Ainsi, au cours de cette première représentation, Patrizia Ciofi a non seulement reçu une très longue ovation, mais celle-ci s’est ensuite poursuivie devant le rideau noir, juste avant la dernière scène, pour reprendre de plus belle au salut final. Elle était dans une joie folle.

Son partenaire, Vittorio Grigolo, campe un Edgar sonore et éclatant, mais à la manière d’un bel Hidalgo qui joue beaucoup trop son personnage. Il n’est alors plus possible d’être touché par ses effets trop affectés. 

Sonya Yoncheva (Lucia di Lammermoor)

Sonya Yoncheva (Lucia di Lammermoor)

Ce n’est pas la seule raison à ce manque d’empathie personnelle. Deux jours avant, lors de la répétition, le public a découvert le ténor américain Michael Fabiano. Ce fut la stupéfaction aussi bien pour l’ensemble de la salle qui a pu apprécier un chanteur impulsif, superbement engagé dans un rôle puissant et sous lequel on ressent la noirceur des blessures qui libèrent l’animalité du chant, que pour le chanteur lui-même qui ne s’attendait peut-être pas à une telle énergie chaleureuse de la part de ce public qui en a été unanimement ébloui.

Ludovic Tézier (Enrico)

Ludovic Tézier (Enrico)

Dans cette deuxième distribution, Sonya Yoncheva est une Lucia rayonnante de couleurs vocales, très en chair, jouant de son corps pour souligner sa tendresse féminine et, quelque part, elle forme avec Michael Fabiano un duo qui approche de beaucoup le couple que forment Carmen et Don José dans l’opéra de Bizet. Ils sont tous les deux pris dans une relation très sensuelle sur un même pied d‘égalité, alors que Grigolo s’impose plus comme une sorte de grand frère de cœur qui domine sa petite sœur fragile et nerveuse.

Sonya Yoncheva est fascinante de vérité, son personnage n’est plus lunaire comme celui de Patrizia Ciofi, et elle se joue avec une facilité incroyable de toutes les difficultés en timbrant magnifiquement les notes aigues au point de faire vibrer très sensiblement les tympans.

Patrizia Ciofi (Lucia di Lammermoor) et Vittorio Grigolo (Edgardo)

Patrizia Ciofi (Lucia di Lammermoor) et Vittorio Grigolo (Edgardo)

Et les deux Enrico sont également très différents. George Petean ne joue pas très bien sur scène, mais il a une présence et un côté méchant assumé qui passe bien.  Ludovic Tézier, lui, est beaucoup plus ambigu. Sa froideur de jeu laisse très souvent transparaître une bonté naturelle que la démarche trahit, ce qui le rend, malgré lui, trop sympathique.
Le chant est cependant stylé, et les duo avec Lucia et Edgar sont très bien réussis.

Parmi les rôles secondaires, Orlin Anastassov interprète un Raimondi aux accents slaves qui font intervenir étrangement les réminiscences de rôles écrits par Tchaïkovski, et Cornelia Oncioiu soutient avec sagesse la jeune Lucia.

Sonya Yoncheva (Lucia di Lammermoor) et Michael Fabiano (Edgardo)

Sonya Yoncheva (Lucia di Lammermoor) et Michael Fabiano (Edgardo)

Pleine de fougue verdienne et excessive lors de la répétition générale, la direction musicale de Maurizio Benini est beaucoup plus contenue lors de la première représentation.

 L’ouverture, tremblante et dramatique, est à l’image d’une vision théâtrale un peu instable qui libère pourtant des lignes sentimentales fortes et laisse la place à la beauté des instruments solo de l’orchestre. C’est un bien luxueux plaisir que de réentendre l’orchestre dans cette salle.

Malheureusement, le Glass Harmonica n’est pas repris dans la scène de folie, et c’est donc la flûte qui répond poétiquement à Lucia. En revanche, la scène et le duo du troisième acte, coupés lors des reprises précédentes, est rétabli avec un ajout de mise en scène, autour de la grande cage centrale, et un travail sur les éclairages qui semble avoir été repris dans les autres scènes également.

Patrizia Ciofi (Lucia di Lammermoor)

Patrizia Ciofi (Lucia di Lammermoor)

Avec un tel début spectaculaire, l’Opéra de Paris redonne un peu de fraîcheur et l’espoir que cette nouvelle saison fasse oublier les nombreux vides de la saison précédente, à peine comblés par le déploiement merveilleux de Philippe Jordan dans la reprise du Ring.  Et pour celles et ceux qui resteront fascinés par Sonya Yoncheva et Michael Fabiano, il sera possible de les retrouver tous les deux à l'Opéra d'Amsterdam en mai 2014 pour une nouvelle production de Faust mise en scène par la Fura Dels Baus.

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Publié le 4 Septembre 2013

Dimanche 01 septembre 2013 sur Arte à 18h20
Symphonie n°3 de Beethoven
Festival de Lucerne, dir Abbado

Mardi 03 septembre 2013 sur France 2 à 00h30
Siddharta (Mantovani)
Ballet de l'Opéra National de Paris, dir Mälkki, chr Preljocaj

Samedi 07 septembre 2013 sur France 3 à 00h15
La Source (Delibes)
Ballet de l'Opéra National de Paris, dir Kessels, chr Bart

Dimanche 08 septembre 2013 sur Arte à 12h30
Wagner versus Verdi (6/6)

Dimanche 08 septembre 2013 sur Arte à 18h20
Concerto n°1 de Tchaïkovski
Berezovsky (piano)
Philharmonique de l'Oural, dir Liss

Lundi 09 septembre 2013 sur Arte à 00h25
La Finta Giardiniera (Mozart)
Festival d'Aix en Provence 2012
ms Boussard, dir Spering

Mardi 10 septembre 2013 sur France 2 à 00h30
Rêve d'hiver (Documentaire de Normand)
Symphonies n°1 et 2 de Tchaïkovski
Théâtre Mariinsky, dir Gergiev

Samedi 14 septembre 2013 sur France 3 à 00h15
Romeo et Juliette (Gounod)
Machaïdze, Secco, Kemoklidze, Mellis, Borras
Arènes de Vérone, dir Mastrangelo, ms Micheli

Dimanche 15 septembre 2013 sur Arte à 19h00
Concerto n°4 de Beethoven
Zacharias (piano et direction)

Lundi 16 septembre 2013 sur Arte à 00h35
Concerto n°1 de Beethoven
Zacharias (piano et direction)

Mardi 17 septembre 2013 sur France 2 à 00h30
Symphonies n°5 et 6 de Tchaïkovski
Théâtre Mariinsky, dir Gergiev

Dimanche 22 septembre 2013 sur Arte à 00h05
Concerto n°2 et 3 de Beethoven
Zacharias (piano et direction)

Lundi 23 septembre 2013 sur Arte à 19h00
Concerto n°5 de Beethoven
Zacharias (piano et direction)

Samedi 28 septembre 2013 sur France 3 à 00h15
Soirée Wagner. Un Génie en exil (Sommer)
Le Crépuscule des Dieux (Wagner)
Heppner, Grochowski, Petrenko, Duesing, Dalayman, Vetter, Von Otter, Radner, Paasikivi
Philharmonique de Berlin, dir Rattle, ms Braunschweig

Dimanche 29 septembre 2013 sur Arte à 19h00
Sibelius, Bach
Kavakos (piano), Orchestre de Paris, dir Järvi


Lundi 30 septembre 2013 sur Arte à 22h30
The Perfect American (Glass)
ms McDermott, dir Russell Davis

Teatro Real de Madrid


Web : Opéras en accès libre

Lien direct sur les titres et sur les vidéos)  

 

La Fanciulla del West (Opéra Royal de Wallonie) jusqu'au 12 septembre 2013

Venezia (Max Emmanuel Cencic) jusqu'au 12 septembre 2013

Roméo et Juliette(Prokofiev) au Théâtre Mariinski jusqu'au 14 septembre 2013
Elektra (Festival d'Aix en Provence) jusqu'au 17 septembre 2013

Stradella (Cesar Franck) à l'Amel Opera Festival jusqu'au 19 septembre 2013

Capriccio (Opéra de Vienne) jusqu'au 29 septembre 2013

Giorno di Regno (Verdi) au Teatro Regio de Parma jusqu'au 01 octobre 2013

La Traviata (Verdi) au Teatro Regio di Parma jusqu'au 01 octobre 2013

Macbeth (Verdi)  au Teatro Regio di Parma jusqu'au 01 octobre 2013

La Force du Destin (Verdi) au Teatro Regio di Parma jusqu'au 01 octobre 2013

Il Trovatore (Verdi) au Teatro Regio di Parma jusqu'au 01 octobre 2013

Il Lombardi (Verdi) au Teatro Regio di Parma jusqu'au 01 octobre 2013

I Due Foscari (Verdi) au Teatro Regio di Parma jusqu'au 01 octobre 2013

Giovanna d'Arco (Verdi) au Teatro Regio di Parma jusqu'au 01 octobre 2013

Ernani (Verdi) au Teatro Regio di Parma jusqu'au 01 octobre 2013

Gala d'ouverture du Théâtre Mariinski II jusqu'au 01 novembre 2013

La Force du Destin (Opéra Royal de Wallonie) jusqu'au 05 novembre 2013

Le Barbier de Séville (Opéra de Lille) jusqu'au 18 novembre 2013

Pelléas et Mélisande au Théâtre Royal de la Monnaie  jusqu'au 22 novembre 2013    

Le Centenaire du Sacre du Pintemps au TCE jusqu'au 28 novembre 2013

La dispute (Théâtre Royal de La Monnaie) jusqu'au 30 novembre 2013

Lucrèce Borgia (Théâtre Royal de La Monnaie) jusqu'au 06 décembre 2013

Cosi fan Tutte (Mozart) Teatro Real de Madrid jusqu'au 21 décembre 2013

Rigoletto (Festival d'Aix en Provence) jusqu'au 11 janvier 2014

Guillaume Tell (Getry) à l'Opéra de Wallonie jusqu'au 08 février 2014

Le Couronnement de Poppée (Opéra de Lille) jusqu'au 12 avril 2014

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 10 Août 2013

Madame Butterfly (Giacomo Puccini)
Représentation du 08 août 2013
Festival de Sanxay

Cio-Cio San Lianna Haroutounian
Suzuki Elena Cassian
F.B Pinkerton Thiago Arancam
Sharpless Kosma Ranuer
Goro Xin Wang
L’oncle Bonze Balint Szabo
Le prince Yamadori Florian Sempey
Kate Pinkerton Sarah Vaysset
Le commissaire impérial Fabien Leriche
Le fils de Cio-cio San Robin Mèneteau

Direction musicale Didier Lucchesi
Mise en scène Mario Pontiggia
Costumes Shizuko Omachi
Lumières Eduardo Bravo
                                                 Lianna Haroutounian (Cio-Cio San) et Thiago Arancam (Pinkerton)


Sur les ruines du théâtre romain d‘Herbord, les intempéries tumultueuses de ce début de mois d’août se sont retirées quelques heures seulement avant que le drame lyrique de Madame Butterfly ne débute au milieu du paysage bucolique embrasé par le Festival de Sanxay chaque été, après les dernières lueurs du soleil couchant.

Elena Cassian (Suzuki) et Robin Mèneteau (L'enfant)

Elena Cassian (Suzuki) et Robin Mèneteau (L'enfant)

Cette nouvelle production est sans doute une des plus abouties de cette manifestation lyrique car, non seulement la distribution vocale est d’une belle musicalité homogène et délicate, mais la mise en scène de Mario Pontiggia forme un tout poétique, sensible et subtilement harmonisé à la musique de Puccini, un raffinement auquel on n’est pas accoutumé dans un tel lieu.

Le décor élégant, composé de seulement trois panneaux japonais finement décorés, et d’un cerisier oriental au second acte, définit les limites entre un espace intime et le monde extérieur symbolique pour lequel les lumières tamisées d’Eduardo Bravo, progressivement changeantes, modifient les couleurs et l’intensité du climat visuel, tout en mettant bien en valeur les différents protagonistes.

Lianna Haroutounian (Cio-Cio San), Robin Mèneteau (L'enfant) et Kosma Ranuer (Sharpless)

Lianna Haroutounian (Cio-Cio San), Robin Mèneteau (L'enfant) et Kosma Ranuer (Sharpless)

Ces derniers sont de plus magnifiés par la qualité et la variété des costumes de Shizuko Omachi, d’une blancheur immaculée pour le jeune couple, rose clair, puis noir pour Suzuki, mais, surtout, le metteur en scène prend soin de la disposition expressive de chaque artiste pour en souligner l’existence et la tension qu’il crée avec son entourage.

Il émane également une forme de musicalité de la gestuelle-même, comme si tous faisaient partie d’un tout harmonieux, excepté Pinkerton (mais est-ce volontaire?).

Lianna Haroutounian (Cio-Cio San)

Lianna Haroutounian (Cio-Cio San)

Les chanteurs se fondent donc naturellement dans cet ensemble, à commencer par Lianna Haroutounian, interprète qui fut la brillante remplaçante d’Anja Hartejos dans Don Carlo à Covent Garden en mai dernier, et qui, dans le rôle de Cio-Cio San, se départit de tout effet dramatique et mélodramatique pour dessiner un portrait infiniment fragile et idéaliste, avec une projection puissante et lumineuse, et une apparente sérénité qui dure jusque dans la mort. Elena Cassian est pour elle une Suzuki confidente et attentive d’une même douceur, son duo avec Butterfly se dénouant dans une intimité un peu trop sage, sans exubérance.
 

Pinkerton notamment gauche, Thiago Arancam apparaît donc comme une figure décalée face à ces deux dames.

Il ne bénéficie pas de la même projection, néglige sa musicalité dans le médium, mais, contre toute attente, sa voix s’épanouit aisément dans les aigus, ce qui lui donne une dimension qu’il cède dès qu’il revient dans un registre moins lyrique.


A son retour, pourtant, il se montre inhabituellement expressif, et il réussit même un coup d’éclat scénique en fuyant ses responsabilités pour laisser sa femme, sous les traits de Sarah Vaysset, se charger de régler la situation filiale.

 

 

  Florian Sempey (Le prince Yamadori)

 

Et tous les rôles secondaires sont très bien distingués pour faire entendre leur charme vocal, le Goro ricanant de Xin Wang, très bon acteur, le noble et précieux Sharpless de Kosma Ranuer, et le magnifique jeune prince Yamadori de Florian Sempey, sombre et royal, avec une fierté qu’il aime afficher, le menton légèrement levé en avant.

Dans la fosse, tout n’est pas parfait. Le naturalisme expressif de Puccini pose des problèmes d’harmonie, le paysage sonore du début du troisième acte en souffre perceptiblement, et c’est dans les passages plus fluides et lents, majestueusement développés, que Didier Lucchesi obtient un lyrisme introspectif qui s’aligne sur l’atmosphère raffinée de toute l’œuvre.

Elena Cassian (Suzuki) et Lianna Haroutounian (Cio-Cio San)

Elena Cassian (Suzuki) et Lianna Haroutounian (Cio-Cio San)

Enfin, la nature et la modernité sont venues s’insérer poétiquement dans le spectacle pour conclure le duo d’amour du premier acte. En effet, en levant les yeux, il était possible de suivre, à travers le ciel étoilé, le passage d’un astre artificiel invariablement lumineux, la Station spatiale internationale ISS, qui croisait la Voie lactée pour aller se perdre derrière les arbres vers l’est, juste au moment où les dernières notes s’achevaient.

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