Publié le 22 Mars 2025

Der Spieler (Sergueï Prokofiev –
La Monnaie de Bruxelles, le 29 avril 1929)
Représentation du 15 mars 2025
Staatstheater Stuttgart

General Goran Jurić
Polina Aušrine Stundyte
Alexej Daniel Brenna
Babulenka Véronique Gens
Marquis Elmar Gilbertsson
Mr. Astley Shigeo Ishino
Mlle. Blanche Stine Marie Fischer
Fürst Nilski Robin Neck
Baron Wurmerhelm Peter Lobert
Potapytsch Jacobo Ochoa

Direction musicale Alexander Vitlin
Mise en scène Axel Ranisch (2025)
Staatsorchester Stuttgart, Staatsopernchor Stuttgart

Lors du festival d’été 2024, le Festival de Salzbourg avait présenté une version du ‘Joueur’ de Prokofiev qui n’avait franchement pas convaincu, le couple mise en scène / interprétation orchestrale manquant considérablement de souffle.

La nouvelle production proposée par l’opéra Stuttgart en ce début d’année 2025 est cette fois bien plus convaincante même si le premier acte reste difficile à rendre captivant.

Aušrine Stundyte (Polina) et Véronique Gens (Babulenka)

Aušrine Stundyte (Polina) et Véronique Gens (Babulenka)

Axel Ranisch déplace en effet le cadre de la petite ville allemande imaginaire de Roulettenbourg dans une zone désertique qui évoque naturellement le site de Las Vegas entouré de massifs montagneux. Les vestiges d’une roulette géante émergent du sol sablonneux et se soulèvent pour faciliter les entrées et sorties des différents caractères.

L’image de ruine est accentuée par la manière dont le Général et le Marquis sont affublés de façon décadente en shorts courts et collants-résilles – chapeau! à la basse Goran Jurić, d'une imperturbable noirceur monocorde, et à Elmar Gilbertsson, ténor tranchant, pour jouer le jeu avec une telle aisance -, mais le personnage de Polina, incarné par une Aušrine Stundyte toujours aussi physiquement magnétique avec sa noirceur de timbre aux accents fêlés, préserve sa fraîcheur et son humanité.

Daniel Brenna (Alexej) et Shigeo Ishino (Mr. Astley)

Daniel Brenna (Alexej) et Shigeo Ishino (Mr. Astley)

Rare intervenant bien mis en valeur par son soyeux costume jaune, le discret Astley est ennobli par la très belle ligne vocale de Shigeo Ishino, baryton japonais qui est l’une des valeurs très sûres de la troupe de l’opéra depuis 18 ans.

Une touche d’absurde est rajoutée par un ensemble de serviteurs à têtes de snack-cocktail qui interagissent avec les protagonistes, et l’on ne sait dire exactement à ce moment là si ce monde en ruine précède, sous forme de flash-back, la grande scène finale flamboyante qui sera la cause de la perte de cet univers décomposé, où bien si elle est le point de départ d’une nouvelle folie du jeu.

Aušrine Stundyte (Polina)

Aušrine Stundyte (Polina)

Quoi qu’il en soit, l’arrivée de Véronique Gens en Babulenka marque un véritable tournant, non seulement à cause du personnage charismatique imaginé par Dostoïeski, mais parce que la soprano française fait forte impression par les fulgurances de son empreinte vocale et par sa manière d’incarner cette femme délurée et fortement sexualisée avec une gestuelle brillamment stylisée.

Quand on ne connaît Véronique Gens qu’à travers des tragédies lyriques, c’est véritablement un choc que de la voir prendre un tel plaisir dans cette production assez radicale. Son arrivée coïncide avec le lever d'un astre planétaire dans le ciel nocturne.

Véronique Gens (Babulenka)

Véronique Gens (Babulenka)

Le personnage d’Alexej, interprété par Daniel Brenna qui le dépeint de toute sa largeur vocale ombrée et animée d’une puissante onde vibrante, n’est, lui, pas ridiculisé, car il porte un amour sincère pour Polina. Mais il restera vêtu de noir tout au long du drame satirique. Le ténor américain donne en effet une présence forte au jeune précepteur, mais c’est surtout dans la seconde partie qu’il va se livrer à la frénésie du jeu dans une débauche d’énergie totalement étourdissante.

Mais avant cela, Axel Ranisch conclura la première partie en sourire par une amusante insertion, en fond de décor, de la fusée d’’Objectif Lune’ du ‘Tintin’ d'Hergé pour montrer la fuite vers un ailleurs sous des au revoir de badauds amusants - une allusion malicieuse à ces milliardaires rêvant de conquérir l'espace, mais que le simple être humain aimerait voir partir pour de bon sur une autre planète -.

Daniel Brenna (Alexej) et Aušrine Stundyte (Polina)

Daniel Brenna (Alexej) et Aušrine Stundyte (Polina)

Une fois quitté cet univers aux lumières martiennes, nous nous retrouvons dans une salle de jeu resplendissante avec un arrière fond sombre bardé d’arcades. Tout le monde est superbement habillé pour faire bonne figure et espérer récupérer beaucoup d’argent. Le monde déchu de la première partie est à nouveau pris dans l’ivresse du jeu pour retourner finalement à sa ruine. L’immense roulette au sol sur laquelle joue et danse Alexej symbolise l’engrenage infernal d’un monde obnubilé par l’argent. A l'instar de la virtuosité du jeu du chœur et des solistes, les jeux de lumières et de couleurs, en dégradés de teintes roses et violettes, sont saisissants et d’une grande complexité afin de restituer un éclat visuel à la hauteur de l’emballement musical si bien imaginé par Prokofiev.

Véronique Gens (Babulenka)

Véronique Gens (Babulenka)

Sur cet inexorable dérèglement des esprits, le metteur en scène illustre sensationnellement la folie qui gagne Alexej en le faisant exposer, au sol et une fois l’argent gagné, une scène sensuelle comme s’il faisait l’amour seul avec la profusion de billets virevoltants dans tous les sens, pensant ainsi s’attacher Polina qui, bien entendu, ne pourra que prendre ses distances avec quelqu'un qui confond le vent de l'argent avec la chaleur du corps humain.

Daniel Brenna (Alexej) et Aušrine Stundyte (Polina)

Daniel Brenna (Alexej) et Aušrine Stundyte (Polina)

Ce spectacle est donc étonnant par l’inversion d’images qu’il engendre en jouant sur le sex-appeal de Daniel Brenna tout en faisant d’Aušrine Stundyte un personnage très sage, et tout en montrant une Véronique Gens au glamour hypnotisant.

Aušrine Stundyte et Daniel Brenna

Aušrine Stundyte et Daniel Brenna

A cela s’ajoute l’interprétation haut en couleur d’Alexander Vitlin qui vitalise l’orchestre de l’opéra de Stuttgart avec une volubilité phénoménale qui dessine des volutes orchestrales rutilantes au rythme acéré, tout en faisant un usage endiablé des percussions sans saturer le son ou écraser sa dynamique.

Il en résulte une version particulièrement incisive qui déclenchera au final l’enthousiasme du public dans une salle comble, prompte à saluer l’ensemble de la distribution pour son énergie et son engagement sans faille.

Stine Marie Fischer, Véronique Gens, Daniel Brenna, Alexander Vitlin et Aušrine Stundyte

Stine Marie Fischer, Véronique Gens, Daniel Brenna, Alexander Vitlin et Aušrine Stundyte

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Publié le 19 Mars 2025

Saison 2025/2026 du Bayerische Staatsoper de Munich (BSO)

Depuis le dimanche 16 mars 2025 10h, la saison 2025/2026 du Bayerische Staatsoper est rendue publique en direct via la chaîne Staatsoper.tv.

Il s'agit de la 5e saison de Serge Dorny à la direction de ce théâtre de référence, saison qui marque une étape intermédiaire puisque le directeur a été prolongé pour 5 saisons de plus jusqu’en 2031.

Cependant, du fait que le Théâtre national sera fermé pour travaux de début août à fin octobre 2025, cette saison lyrique sera un peu plus courte avec seulement 152 représentations pour 36 ouvrages, contre un peu plus de 170 représentations et 40 ouvrages habituellement. Et seules 6 nouvelles productions seront créées dans les grandes salles, et une septième sera donnée par l’Opéra Studio.

Par ailleurs, les opéras des XXe/XXIe siècles (hors Puccini) ne représenteront que 15% des soirées, en net retrait par rapport à l’édition en cours, mais une création mondiale sera à l’affiche, ‘Of one Blood’ de Brett Dean.

Of One Blood - Brett Dean

Of One Blood - Brett Dean

Et comme chaque saison, Serge Dorny propose une nouvelle production d’un grand ouvrage dramatique italien du XIXe siècle, ‘Rigoletto’ de Giuseppe Verdi. 

Mais le fait le plus flagrant est que toutes les reprises concernent des spectacles vus au cours des 3 dernières années (toutes ont été jouées après ‘Der Freischütz’ donné en janvier 2023), et 40% des soirées sont dédiées à des spectacles déjà programmés cette saison.

Toutefois, si seulement 6 ouvrages du XX et XXIe siècles seront présentés sur 23 soirées au total, 2 nouvelles productions leurs seront associées.

'Der Freischütz' - ms Dmitri Tcherniakov

'Der Freischütz' - ms Dmitri Tcherniakov

Après ‘Hamlet’ qui fut créé en 2017 au Festival de Glyndebourne sous la direction de Vladimir Jurowski, ‘Of one Blood’ de Brett Dean est le second opéra du compositeur australien.

A nouveau, le directeur musical du Bayerische Staatsoper dirigera cette nouvelle création mondiale – dont le Garsington Opera et le State Opera South Australia sont également commanditaires -, dans une mise en scène de Claus Guth en coproduction avec le Santa Fe Opera.
Johanni van Oostrum et Vera-Lotte Boecker incarneront respectivement Elizabeth Tudor et Marie Stuart.

Hans Werner Henze - ‘Die englische Katze’

Hans Werner Henze - ‘Die englische Katze’

Par ailleurs, en début de saison, le Théâtre Cuvilliés accueillera une nouvelle production des artistes de l’Opéra Studio, ‘Die englische Katze’ de Hans Werner Henze, ouvrage originellement basé sur un texte en anglais, mais qui fut créé en allemand en juin 1983 au Schwetzingen Festival, puis à l’Opéra de Paris (Salle Favart) en février 1984 dans une traduction française.

Faute de grande salle ouverte avant novembre, ‘Ariane à Naxos’ sera donné en version de concert pour deux soirs en octobre 2025 au Herkulessaal (1270 places assises) au sein du Münchener Residenz, sous la direction de Daniele Rustioni.

'Salome' - ms Krzysztof Warlikowski

'Salome' - ms Krzysztof Warlikowski

Également, deux autres opéras de Richard Strauss seront repris, ‘Salome’ dans la production de Krzysztof Warlikowski, avec Asmik Grigorian sous la direction de Thomas Guggels, et ‘Elektra’ dans la production d’Herbert Wernicke et sous la direction de Vladimir Jurowski.
Enfin, ‘Rusalka’ d’Anton Dvorak sera repris dans la production de Martin Kušej, avec Petr Popelka à la direction et Asmik Grigorian dans le rôle titre.

Barbara Wysocka - 'Rigoletto'

Barbara Wysocka - 'Rigoletto'

Comme chaque saison, le répertoire des compositeurs italiens du XIXe siècle est une composante solide et fondamentale qui va occuper 40% des représentations grâce à 14 ouvrages répartis sur 60 soirées, dont 5 de Giuseppe Verdi (‘La Traviata’, ‘Nabucco’, ‘Macbeth’, ‘Il Trovatore’ et la nouvelle production de ‘Rigoletto’ mise en scène par la réalisatrice polonaise Barbara Wysocka), et 4 de Giacomo Puccini (‘La Bohème’, ‘Tosca’, ‘Madame Butterfly’, ‘Turandot’) déjà repris cette saison

Ces grands classiques italiens seront complétés par la reprise de la ‘La Cenerentola’ de Gioachino Rossini, du diptyque ‘Cavalleria Rusticana / Il Pagliacci’ de Pietro Mascagni et Ruggero Leoncavallo, de ‘Norma’ de Vincenzo Bellini et de ‘L’Elixir d’Amour’ de Gaetano Donizetti.

Clay Hilley - 'Parsifal'

Clay Hilley - 'Parsifal'

Quant à Mozart, toujours bien représenté à Munich, il peut compter sur 4 de ses ouvrages les plus courus, ‘Les Noces de Figaro’, ‘Don Giovanni’, ‘L’enlèvement au Sérail’ et ‘La Flûte enchantée’ pour contribuer à la vitalité du théâtre.

Mais Wagner tombe à un minimum critique avec seulement 8 soirées que devront se partager la reprise de ‘Parsifal’, avec Clay Hilley, Nina Stemme et Sebastian Weigle à la direction, et la nouvelle production de ‘La Walkyrie’ mise en scène par Tobias Kratzer et dirigée par Vladimir Jurowski au cours du festival d’été 2026.

Toutefois, pas moins de 4 compositeurs germanophones du XIXe siècle vont se partager 16 soirées, Johan Strauss avec ‘Die Fledermaus’, Engelbert Humperdinck avec ‘Hänsel und Gretel’, Ludwig von Beethoven avec ‘Fidelio’, et Carl Maria von Weber avec la reprise de ‘Die Freischutz’ mis en scène par Dmitri Tcherniakov.

Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov - 'La Nuit de Noël'' ('Notch pered Rojdestvom')

Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov - 'La Nuit de Noël'' ('Notch pered Rojdestvom')

Et si le répertoire russe n’est représenté que par un seul ouvrage, ce sera une nouvelle production de ‘La nuit de Noël’ de Nikolaï Rimsky-Korsakov, un opéra rarement monté qui vient de connaître une excellente version à l’opéra de Frankfurt. La mise en scène sera confiée à Barrie Kosky en coproduction avec le Komischen Oper Berlin, et Vladimir Jurowski en assurera la réalisation musicale avec une distribution qui réunira Violeta Urmana, Sergei Leiferkus, Dmitry Ulyanov, Elena Tsallagova et Ekaterina Semenchuk.

Deux opéras tchèques compléteront ce portrait de famille slave, ‘Rusalka’ et ‘La fiancée vendue’ (direction Tomáš Hanus) ce qui fera au total 13 soirées dédiées à l’Europe centrale et orientale.

Nathalie Stutzmann - 'Faust'

Nathalie Stutzmann - 'Faust'

A l’instar de cette saison, la langue française sera également bien défendue avec la nouvelle production de ‘Faust’ confiée à la mise en scène de Lotte de Beer et la direction musicale de Nathalie Stutzman, et par les reprises de ‘La Fille du régiment’ de Donizetti sous la direction d’Antonino Fogliani, et de ‘Carmen’ sous la direction de Karel Mark Chichon.

Enfin, les baroqueux auront le plaisir de découvrir la nouvelle production d’’Alcina’ mise en scène par Johanna Wehner et dirigée par Stefano Montanari, ouvrage de Haendel qui n’avait plus été joué depuis juillet 2007 dans la précédente version de Christof Loy.

Jeanine De Bique - 'Alcina'

Jeanine De Bique - 'Alcina'

Cette programmation fait toutefois se détacher le rôle de Vladimir Jurowski, le directeur musical, qui dirigera 5 ouvrages ( les nouvelles productions de ‘La nuit de Noël’, ‘Of one blood’ et ‘La Walkyrie’, et les reprises de ‘Hansel und Gretel’ et ‘Elektra’), et met à nouveau en évidence la confiance accordée à Antonino Fogliani qui se réservera quatre opéras de compositeurs italiens, ‘Cavalleria Rusticana & Il Pagliacci’, ‘La fille du régiment’ et 'La Cenerentola'.

Par ailleurs, cette saison marquera les débuts de Nathalie Stutzmann au Bayerische Staatsoper afin d’assurer la direction de la nouvelle production de ‘Faust’ - le chef-d'œuvre de Charles Gounod n'avait plus été joué à l'opéra de Munich depuis 2005 - , 20 ans après y avoir incarné en tant que contralto le rôle d’Amastre dans l’opéra de Haendel ‘Xerxes’, ainsi que le retour après 8 ans d’absence d’Eun Sun Kim à la direction de ‘Madame Butterfly’.

Autre chef qui fera ses débuts dès l’été 2025 en dirigeant pour un soir ‘Katia Kabanova’ mis en scène par Krzysztof WarlikowskiPetr Popelka assurera la reprise de ‘Rusalka’ au festival d’été 2026.

Petr Popelka  - 'Rusalka'

Petr Popelka - 'Rusalka'

Et pour ceux qui scrutent les distributions de grands chanteurs, on pourra entendre cette saison Krassima Stoyaniova (Ariane à Naxos), Elina Garanca (Cavalleria Rusticana), Vittorio Grigolo (Cavalleria Rusticana), Wolfgang Koch (Il Pagliacci, Salome), Lisette Oropesa (La Traviata), Pretty Yende (La Fille du régiment), Xabier Anduaga (La Fille du régiment), Sonya Yoncheva (La Bohème, Norma), Benjamin Bernheim (La Bohème), Bogdan Volkov (La Flûte enchantée), Jessica Pratt (La Flûte enchantée), Rolando Villazon (Die Fledermaus), Rachel Willis-Sørensen (Die Fledermaus, Il Trovatore), Diana Damrau (Die Fledermaus, Les Noces de Figaro), Martin Winkler (Die Fledermaus), Pavol Brelisk (Die Fledermaus, La Fiancée vendue), Georg Zeppenfeld (Nabucco), Eleonora Buratto (Madame Butterfly, Carmen), Gerhard Siegel (Salome), Asmik Grigorian (Salome, Macbeth, Rusalka), Milan Siljanov (Fidelio), Ryan Speedo Green (Fidelio, Carmen), Johanni von Oostrum (Fidelio, Of one Blood), Camilla Nylund (Fidelio), René Pape (Fidelio), Nina Stemme (Elektra, Parsifal), Vida Miknevičiūtė (Elektra), Charles Workman (Elektra), Peter Mattei (Parsifal), Christof Fischesser (Parsifal, Rusalka, Don Giovanni, La Flûte enchantée), Clay Hilley (Parsifal), Ailyn Pérez (Faust, Tosca), Ludovic Tézier (Rigoletto, Tosca), Amartuvshin Enkhbat (Macbeth), Gerald Finley (Macbeth, Les Noces de Figaro), Saioa Hernández (Macbeth), Ambrogio Maestri (L’Elixir d’Amour), Arthur Rucinski (Il Trovatore), Judit Kutasi (Il Trovatore), Piot Beczala (Il Trovatore, Faust), Elena Stikhina (Norma), Aigul Akhmetshina (Norma, Carmen), Sondra Radvanovsky (Turandot), Dmitry Ulyanov (Turandot, La Nuit de Noël), Jonas Kaufmann (Turandot), Ermonela Jaho (Turandot), Golda Schultz (Turandot, Der Freischütz), Charles Castronovo (Carmen), René Barbera (La Cenerentola), Pavel Cernoch (Rusalka), Malyn Biström (Rusalka), Kyle Ketelsen (Der Freischütz, Faust), Stanislas de Barbeyrac (Der Freischütz), Violeta Urmana (La Nuit de Noël), Sergei Leiferkus (La Nuit de Noël), Elena Tsallagova (La Nuit de Noël), Ekaterina Semenchuk (La Nuit de Noël), Jonathan Tetelman (Faust), Florian Sempey (Faust), Nadine Sierra (Rigoletto), Ain Anger (La Walkyrie), Nicholas Brownlee (La Walkyrie), Ekaterina Gubanova (La Walkyrie), Jeanine De Bique (Alcina)

Ludovic Tézier - 'Tosca' et 'Rigoletto'

Ludovic Tézier - 'Tosca' et 'Rigoletto'

Un focus sur les grands chanteurs français invités cette saison permet enfin de mettre en valeur Ludovic Tézier (13 ans de maison en continu depuis ‘Don Carlo’ en juillet 2013), Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey et Benjamin Bernheim.

Enfin, seuls trois spectacles, ‘Hänsel et Gretel’, ‘L’Enlèvement au Sérail’ et ‘La Cenerentola’ auront une tarification qui ne dépassera pas 100 euros en première catégorie (il y en avait 6 au cours de la saison 2023/2024), mais la représentation de 'La Walkyrie' du 04 juillet 2026 sera projetée en direct sur la Max-Joseph Platz, avec saluts des artistes sur le parvis de l'opéra à la fin du spectacle.

Le détail de la saison 2025/2026 du Bayerische Staatsoper peut être consulté sous le lien suivant : Season 2025/2026 : Der Mensch ist, wozu er sich macht.

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Publié le 16 Mars 2025

Phèdre (Jean-Baptiste Lemoyne
26 octobre 1786, Fontainebleau et
21 novembre 1786, Opéra de Paris)
Représentation du 14 mars 2025
Badisches Staatstheater Karlsruhe

Phèdre Ann-Beth Solvang
Hippolyte Krzysztof Lachman
Thésée Armin Kolarczyk
Oenone Anastasiya Taratorkina
Un Grand de l’État Oğulcan Yılmaz
Acamas Phillip Hohner

Direction musicale Attilio Cremonesi
Mise en scène Christoph von Bernuth (2025)
Badischer Staatsopernchor & Badische Staatskapelle

Compositeur français qui ambitionnait d’assurer à travers ses premières tragédies l’héritage de Gluck, Sacchini et Piccinni - ce que ne lui reconnut pas Gluck lui-même -, Jean-Baptiste Lemoyne a cependant obtenu son plus grand succès avec une comédie lyrique, ‘Les Prétendus’, qui sera jouée plus de 220 fois entre 1789 et 1827 à l’Opéra de Paris.

Ann-Beth Solvang (Phèdre)

Ann-Beth Solvang (Phèdre)

Sa première tragédie lyrique, ‘Electre’, ne connut qu’une dizaine de représentations en 1782, mais les deux suivantes, ‘Phèdre’ et ‘Nephté’, eurent bien plus de succès et furent reprises.

‘Phèdre’ connut ainsi une soixantaine de représentations de 1786 à 1796, mais ne réapparut que pour deux soirs à la Salle Montansier, rue de Richelieu, en 1813. 

Le librettiste qui s’est inspiré de la célèbre pièce de Racine, François Benoît Hoffmann, sera ultérieurement l’auteur du livret de ‘Médée’ (1797) pour Luigi Cherubini.

Il est ainsi tout à fait étonnant et réjouissant que ce soit la scène de l’opéra de Karlsruhe qui ressuscite scéniquement, en langue originale et avec un plein effectif de 30 musiciens, un ouvrage français oublié depuis plus de 200 ans.

Ann-Beth Solvang (Phèdre)

Ann-Beth Solvang (Phèdre)

Certes, la nouvelle production élaborée par Christoph von Bernuth privilégie la lisibilité et l’économie de moyens. Après une première scène suggérant une forêt par quelques piquets ondulants plantés sur la scène dans une ambiance nocturne, le plateau tournant fait alterner deux décors, l’un représentant le grand escalier austère du palais de Trézène, qui sera aussi celui du temple de Neptune, l’autre l’intérieur mental resserré, obsessionnel et recouvert du nom d’’Hippolyte’ où s’enferme Phèdre.

L’espace transitoire entre ces deux plateaux est aussi utilisé pour des scènes de foules, notamment à l’arrivée de Thésée.

Quant à la direction d’acteurs, elle oscille entre convention pour le mouvement du chœur, bien chantant et bien unifié, ainsi que pour les personnages de la cour, et une théâtralité plus expressive dans les grands moments de coups de sang.

Armin Kolarczyk (Thésée)

Armin Kolarczyk (Thésée)

C’est le cas notamment de l’extraordinaire invocation à Neptune que clame Thésée au troisième acte, dont l’écriture vocale rageuse est déployée de façon impressionnante par le baryton italien Armin Kolarczyk, membre de la troupe du Badisches Staatstheater depuis 2007. Ce fantastique chanteur, doué d’un noble métal vocal d’une puissance pénétrante, est capable de s’approprier la salle entière de son charisme autoritaire au point de démontrer comment la théâtralité d’une scène peut puiser toute sa force uniquement à travers le talent d’un artiste auquel est confiée une prosodie nerveuse.

Mais les trois autres interprètes principaux ont eux aussi de très grandes qualités expressives. 
Ann-Beth Solvang, soprano norvégienne qui avait fait une première apparition parisienne au Théâtre du Châtelet en 2012 dans ‘Le Bal’ d’Oscar Strasnoy, possède une voix noire aux graves amples, un solide médium corsé, et des aigus ardents qui lui permettent de dépeindre Phèdre en un torrent passionnel que seule son éducation royale semble pouvoir contenir pour un temps. 

Ann-Beth Solvang (Phèdre)

Ann-Beth Solvang (Phèdre)

Cette somptuosité sonore avec laquelle elle enrobe un pathétisme éploré lui permet cependant de laisser émerger l’intelligibilité du verbe, et l’actrice se révèle surtout lors de sa confrontation avec Hippolyte. La scène finale, jouée sur un fond marin déchaîné par le seul moment où la vidéo se projette sur le grand escalier, lui permet de donner ce grand effet dramatique attendu en conclusion tragique.

Sa confidente, Œnone, est elle aussi interprétée par une chanteuse éblouissante, la soprano germano-russe Anastasiya Taratorkina. Elle affiche une fraîcheur rayonnante et de jolies nuances de timbre qui personnalisent avec beaucoup de charme ses interventions, et sa diction est si impeccable qu’elle donne vraiment l’impression d’avoir de très fortes connexions avec la langue française. Par ailleurs, tout en elle évoque la candeur, si bien que sa nature manipulatrice au troisième acte face à Thésée en devient inattendue.

Anastasiya Taratorkina (Oenone)

Anastasiya Taratorkina (Oenone)

Il est celui qui ouvre la première scène avec son premier air ‘Ô Diane, chaste déesse’, le jeune ténor polonais Krzysztof Lachman donne de sa voix homogène, à la fois légère et virile, un phrasé soigné qui rend une image très élégante d’Hippolyte. Étrangement, le metteur en scène le confine dans un jeu très retenu et innocent où rarement on sent le sang monter, sauf dans le duo avec Phèdre où sa gestuelle prend un sens théâtral plus fort.

Ces quatre stupéfiants artistes sont bien entourés et peuvent compter sur la verve d’Attilio Cremonesi qui tire de l’orchestre une vivacité qui ne dépareille jamais les couleurs lustrées des instruments, et qui fait corps avec l'éloquence des solistes. En effet, si elle n’ajoute pas de dimension dramaturgique ou d’expression de sentiments prononcées, l’écriture musicale de Jean-Baptiste Lemoyne colle à l'énergie du texte de façon vivifiante, sans pompe ni trivialité, ce qui entraîne les chanteurs et permet d’aboutir à de grands moments de vérité humaine.

Krzysztof Lachman (Hippolyte) et Ann-Beth Solvang (Phèdre)

Krzysztof Lachman (Hippolyte) et Ann-Beth Solvang (Phèdre)

On sort ainsi de ce spectacle autant impressionné par la profondeur d’engagement de l’ensemble de la distribution que par le temps et l’énergie qu’ils ont consacré à la préparation de cette résurrection, tout en sachant que les chanteurs principaux auront probablement peu d’occasions de revenir à cette œuvre oubliée du répertoire français.

Et le fait que le Badisches Staatstheater bénéficie d’une aide de 508 Millions d’euros, dont la moitié financée par l’État, pour engager sur douze ans des travaux de rénovations dédiés à de nouvelles salles de répétitions et plusieurs scènes de 150 à 400 places, offre une image d’espérance en l’avenir qui fait énormément plaisir à voir.

Anastasiya Taratorkina, Ann-Beth Solvang, Attilio Cremonesi, Krzysztof Lachman et Armin Kolarczyk

Anastasiya Taratorkina, Ann-Beth Solvang, Attilio Cremonesi, Krzysztof Lachman et Armin Kolarczyk

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Publié le 15 Mars 2025

Philippe Martin, L’opéra comme aventure  - Fragments d’un portrait de Stéphane Lissner 
Coédition France Musique - Éditions Gallimard – Sortie le 24 novembre 2024
ISBN : 978-2-07-308180-3
Nombre de pages 167

Au mois de juillet 2023, France Musique diffusa une passionnante interview de Stéphane Lissner structurée en quatre parties d’une heure trente chacune et respectivement intitulées ‘La vocation du théâtre’, ‘Le Festival d’Aix-en-Provence : le théâtre à l’opéra’, ’La Scala et la voix’ et ‘Diriger l’Opéra de Paris’. Elles furent enregistrées au Teatro San Carlo di Napoli de mars à juin 2023, hormis les dix dernières minutes qui furent captées à Paris au moment où Giorgia Meloni cherchait à se séparer prématurément du directeur.

Philippe Martin, L’opéra comme aventure - Fragments d’un portrait de Stéphane Lissner - Présentation et impressions

Philippe Martin, alors jeune producteur de cinéma, découvrit au début des années 90 le travail de Stéphane Lissner au Théâtre du Châtelet. Il sera en charge de 2016 à 2021 de la direction artistique de la 3e scène, plateforme numérique de l’Opéra de Paris, et produira ensuite la série des quatre interviews du directeur menées pour France Musique.

Ce livre hommage se veut comme un complément de ces échanges dont il ne reprend que partiellement les éléments tout en ajoutant de nombreux éléments contextuels.

Ainsi, Philippe Martin commence par un hommage à Charles Dullin, metteur en scène qui s’installa en 1941 au Théâtre de la Cité, devenu depuis le Théâtre de la ville de Paris. Pensant toucher un public populaire, il finira criblé de dettes et disparaîtra en 1949 totalement ruiné.

A la même époque, Claude Regy s’était passionné pour son travail et fut marqué par la mise en scène de ‘L’Amante anglaise’ de Marguerite Duras, où le simple dialogue entre deux personnes avait su créer des images chez les spectateurs. C’est cette pièce, dirigée cette fois par Claude Régy, que découvrit à Chaillot Stéphane Lissner en 1968, alors âgé de 15 ans, qui lui donna l’envie de faire de la mise en scène. Il formera ensuite sa culture théâtrale en s’ouvrant aux influences de Robert Wilson, Klaus Michael Grüber, Jean Louis Barrault, Ariane Mnouchkine qui marqueront une rupture avec l’ancienne génération après 1968. Le théâtre devint militant.

En France, Michel Guy, créateur du Festival d’automne en 1972, fédèrera ces énergies.

Rencontre entre Ariane Mnouchkine et Stéphane Lissner (INA - 1975)

Rencontre entre Ariane Mnouchkine et Stéphane Lissner (INA - 1975)

Stéphane Lissner, mis à la porte de chez ses parents après avoir arrêté ses études, crée en plein Paris le Théâtre Mécanique. Il y invite Alain Françon, Robert Gironès, Bernard Sobel, Albert-André Lheureux, André Engel, mais il perd beaucoup d’argent et se retrouve endetté à l’âge de 22 ans de 400.000 francs! II mettra dix ans à les rembourser.

Cependant, le théâtre est devenu sa vie, et peu après il devient codirecteur du Théâtre de Nice et se met en contact avec Giorgio Strehler, puis Pina Bausch, Lucinda Childs qui viendront se produire dans la métropole méditerranéenne.

Philippe Martin brosse à ce moment là le portrait de Rolf Lieberman, un directeur d’opéra qui cherchait à réconcilier l’opéra et le théâtre, et qui a su surmonter à la fois le conservatisme du public, les limites de financement, et la difficulté à programmer des titres peu connus.

Ce portrait annonce le destin qui attend Lissner quand il sera contacté en 1983 par Jean-Albert Cartier, directeur du Théâtre du Châtelet, pour l’assister à la production des ‘Indes Galantes’. Connaissant mal l’opéra qu’il considère comme un art bourgeois et dépassé, Lissner va aimer ce genre qui mélange musique et théâtre grâce à Pierre Boulez qu’il considère comme un grand artiste contemporain.

Waltraud Meier à propos de 'Wozzeck' au Théâtre du Châtelet (INA - 1992)

Waltraud Meier à propos de 'Wozzeck' au Théâtre du Châtelet (INA - 1992)

Lissner s’intéresse peu au répertoire du XIXe siècle, hormis Wagner et le Verdi schillérien de la maturité, et se concentre sur les compositeurs du XXe siècle, Webern, Berg, Schoenberg, Kagel, Reich, Strauss, Janacek, Bartok, c’est à dire sur son époque.

Il découvre alors qu’il peut tisser un lien entre le baroque et le contemporain de par l’esprit de récréation qui anime des chefs tels William Christie ou Nikolaus Harnoncourt.

Dans le même esprit, son excellente relation avec William Forsythe permettra de sortir la danse du carcan classique.

L’aventure du Théâtre du Châtelet est l’occasion pour Philippe Martin de rappeler sa grande histoire d’amour avec l’opérette, attachée au sens de la démesure de Maurice Lehmann qui le dirigera jusqu’en 1965, et pour lequel une nouvelle page est à écrire. Stéphane Lissner va y faire ce qu’il veut, tout Mahler, mais aussi ‘Les Maîtres chanteurs de Nuremberg’ dirigé par Claude Regy, à la façon d’un Dmitri Tcherniakov d’aujourd’hui. Pour Lissner, le théâtre doit sublimer l’opéra, et s’enchaînent alors les grands succès, ‘Don Carlos’ par Luc Bondy, le ‘Ring’ par Pierre Strosser, malgré toutes les contraintes des temps de répétitions.

György Ligeti et Pierre Boulez - Théâtre du Châtelet (Bridgeman images - 1993)

György Ligeti et Pierre Boulez - Théâtre du Châtelet (Bridgeman images - 1993)

Mais la politique s’en mêle, l’opposition entre Landowski et Boulez est prégnante, le soutien du maire de la ville, Jacques Chirac, est formidable, jusqu’à la nomination de Jean Tiberi en 1995 dont la vision très différente entraînera le départ de Lissner en 1998.

Philippe Martin revient à sa propre expérience personnelle et se souvient d’avoir découvert en 1992 le livre de Michel Leiris ‘Operratiques’ qui lui suggère de prendre des notes sur les spectacles qu’il voit afin de s’en souvenir. En partageant ses notes de 1993 à 1998, il offre un témoignage sur les œuvres programmées par Stéphane Lissner au Châtelet: ‘Wozzeck’, ‘Le Ring’, Elektra’, ‘Le Grand Macabre’, ‘The Rake’s Progress’, décrivant aussi bien ce qu’il se passe sur scène que dans la salle.

Et de conclure que la mégalomanie et le goût du directeur auront fait émerger des nouvelles générations de chefs d’orchestre et de metteurs en scène. Par ce constat, Philippe Martin souligne la faille qui sépare Lissner d’une certaine frange de passionnés d’opéras qui se focalisent principalement sur la voix et le grand répertoire du XIXe siècle, plutôt que sur la force de la théâtralité et le sens des œuvres. Les amateurs de belcanto italien, dévoués à l’hédonisme vocal,  seront ses plus farouches opposants, surtout qu’à Paris ils ont la dent dure.

Stéphane Lissner au Festival d'Aix-en-Provence (Antenne 2 - 1998)

Stéphane Lissner au Festival d'Aix-en-Provence (Antenne 2 - 1998)

Au même moment qu’il est appelé au Festival d’Aix-en-Provence pour rétablir sa situation financière, Stéphane Lissner est sollicité par le Teatro Real de Madrid. Il pense pouvoir mener les deux institutions en même temps, mais il ne reste qu’un an et demi en Espagne après que le nouveau Secrétaire d’État à la culture lui ait demandé de déprogrammer ‘Peter Grimes’, perçu comme un opéra homosexuel.

Également nommé à la direction du Théâtre des Bouffes du Nord auprès de Peter Brook, il peut continuer à programmer du théâtre. ‘Le Dibbouk’ par Krzystof Warlikowski laissera en 2004 un grand souvenir artistique.
A Aix, lieu que choisit après la guerre Lily Pastré pour y donner des représentations d’opéras, Stéphane Lissner cherche à faire construire un nouveau théâtre pour y jouer ‘La Tétralogie’. La nouvelle maire élue en 2001, Maryse Joissans, le reçoit et annonce, peu après, la création d’un théâtre où l’on jouera Wagner. En 2006, le Grand Théâtre de Provence ouvre.

Stéphane Lissner y invite ses grands metteurs en scène fétiches, Claude Régy, Luc Bondy, Klaus Michael Gruber, Patrice Chéreau, Peter Brook, mais aussi de nouveaux chefs d’orchestre tel Daniel Harding. La coopération entre Pierre Boulez et la chorégraphe Pina Bausch autour du ‘Château de Barbe-Bleue’ tournera cependant à l’échec.

Puis, alors qu’il codirige également le Théâtre de la Madeleine à Paris, il reçoit au printemps 2005 un appel du vice-président de La Scala qui lui conseille de candidater à la direction du célèbre temple milanais.

Avant de passer à cette nouvelle étape, Philippe Martin publie ses mémoires des représentations d’Aix-en-Provence, ‘Don Giovanni’, ‘L’Orfeo’, ‘Le Château de Barbe-bleue’, ‘Le Couronnement de Poppée’, ‘Cosi fan tutte’, ‘L’Or du Rhin’, et mesure l’écart de sensations entre le cinéma et le genre opératique.

L'Or du Rhin - Aix en Provence (© Elisabeth Carecchio - 2006)

L'Or du Rhin - Aix en Provence (© Elisabeth Carecchio - 2006)

La nomination en avril 2005 de Stéphane Lissner à la direction de la Scala ne se fera pas sans accroches. Peter Brook soupçonne que c’est pour cette raison que son codirecteur l’a quitté en 2004 à la direction des Bouffes du Nord, Vienne ne croit pas qu’il aura le temps de s’occuper de la programmation musicale du Wiener Festwochen qu’a rejoint Lissner en appui de Luc Bondy, et la maire d’Aix lui en veut énormément, le ‘Ring’ ne devant s’achever qu’en 2009.

Loin de se plier aux attentes du public le plus conservateur, Stéphane Lissner s’empare de la Scala, lieu façonné au début du XIXe siècle par les intuitions de Domenico Barjaba, comme une magnifique machine théâtrale. Dmitri Tcherniakov, Claus Guth, Patrice Chéreau, Deborah Warner, Guy Cassiers, Robert Carsen sont invités à la mise en scène, mais c’est ici que la relation avec Daniel Barenboim s’approfondit au quotidien lorsqu’il devient le directeur musical de la maison en 2007.

La confrontation spectaculaire entre Roberto Alagna et les loggionistes au cours d’une représentation d’'Aida' montrera aussi la difficulté que représente cette scène même pour les plus grands chanteurs.

Snegourotchka (La Fille de neige) - Saison 2016 / 2017, Opéra Bastille

Snegourotchka (La Fille de neige) - Saison 2016 / 2017, Opéra Bastille

Stéphane Lissner est cependant nommé à la direction de l’Opéra de Paris en 2012, et son mandat devient effectif en 2015 pour redonner de l’élan à une institution retombée dans la routine après le départ de Gerard Mortier.
Il prolonge la collaboration avec Philippe Jordan, engage Benjamin Millepied à la direction de la danse, et est solidement appuyé par son directeur adjoint Jean Philippe Thiellay jusqu’à son départ au Centre national de la Musique.

Les spectacles sont très ambitieux, ‘Moses und Aaron’, ‘Lear’, ‘Lady Macbeth de Mzensk’, ‘Iolanta/Casse-noisette’, ‘Snegourochka’ avec les plus grands metteurs en scène, Romeo Castellucci, Krzysztof Warlikowski, Dmitri Tcherniakov, Calixto Bieito, et le succès public des ‘Indes Galantes’ mis en scène par Clément Cogitore et Bintou Dembélé est l’occasion pour Philippe Martin de rappeler le rôle de la 3e scène comme moyen de rencontre entre l’opéra et le cinéma.

L'interview ne revient pas sur la consternante polémique de la rénovation des cloisons des loges du Palais Garnier qui, à elle seule, disait tout du conservatisme forcené parisien.

Mais la maison est en ébullition et les relations avec les syndicats vont devenir très difficiles. Elles dégénèrent à l’occasion de la réforme des retraites.

L’établissement n’étant plus subventionné qu’à hauteur de 40% (contre 60% à l’époque d’Hugues Gall), la crise du covid portera un coup encore plus dur.

Stéphane Lissner prévient le Ministère de la culture en 2020 qu’il quittera l’Opéra de Paris avant la fin de l’année, ce qui précipite l’arrivée d’Alexander Neef

Stéphane Lissner au San Carlo di Napoli (Francesco Squeglia - 2020)

Stéphane Lissner au San Carlo di Napoli (Francesco Squeglia - 2020)

Dès le 29 juillet 2020, Stéphane Lissner donne son premier opéra en plein air à Naples, et Philippe Martin en décrit l’ambiance si particulière.

L’énergie de la ville séduit le nouveau directeur du San Carlo, mais la politique va s’en mêler après l’élection de Giorgia Meloni en septembre 2022.

Au moment où l’interview s’achève, Stéphane Lissner ne sait pas qu’il va gagner son procès pour rester à la direction du théâtre jusqu’à la fin de son mandat en mars 2025.

Une réflexion est engagée avec son interviewer sur les formes nouvelles de l’opéra, l’obstacle premier étant, d’après Stéphane Lissner, le nombre réduit de bons livrets susceptibles d’intéresser le public. C’est pourquoi il estime que ce sont surtout les œuvres du XXe siècle qui racontent des histoires passionnantes. Obtenir des prix de places très attractifs pour les jeunes est aussi beaucoup plus difficile que dans une Philharmonie par exemple.

Mais dans l’ensemble, le public d’opéra change difficilement en France, ce qui n’est pas le cas en Allemagne qui a opté pour la radicalité théâtrale et un modèle économique et des conventions sociales plus souples.

Philippe Martin et Stéphane Lissner au CNL (2024)

Philippe Martin et Stéphane Lissner au CNL (2024)

Ainsi, à travers ‘L’opéra comme aventure’, Philippe Martin réussit à recontextualiser le parcours exceptionnel de Stéphane Lissner pendant plus de 55 ans, et montre comment il a su catalyser à travers son travail un demi-siècle d’aventure théâtrale européenne qui, à la lumière de ce document, permet de comprendre le sens profond et les convictions fortes qui ont sous-tendu sa programmation à la direction de l’Opéra de Paris.

Le plus étonnant est que son parcours démontre qu'il s'est déroulé en parallèle et sans rencontre avec la ligne de Gerard Mortier (Lissner fit connaitre Krzysztof Warlikowski au théâtre à Paris en 2004, alors que Mortier ne le fit débuter à l'Opéra qu'en 2006), ce qui prouve qu'il n'était pas le seul à avoir cette réflexion sur la place du théâtre à l'opéra, et que toute une nouvelle génération de directeurs s'apprête dorénavant à prendre le relai. Le retour en arrière n'est dorénavant plus possible.

A écouter également les podcats de France Musique : Stéphane Lissner, fragments d'un portrait.

https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/stephane-lissner-fragments-d-un-portrait

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Publié le 9 Mars 2025

Golem (Amos Gitaï)
Représentation du 08 mars 2025
Théâtre national de La Colline

Acteurs Bahira Ablassi, Irène Jacob, Micha Lescot, Laurent Naouri, Menashe Noy, Minas Qarawany, Anne-Laure Ségla
Chanteuses Dima Bawab, Zoé Fouray, Marie Picaut

Voix et harpe Sophie Leleu

Musiciens Alexey Kochetkov (violon et synthétiseurs), Kioomars Musayyebi (santour) et Florian Pichlbauer (piano)

Texte Amos Gitaï et Marie-José Sanselme
Mise en scène Amos Gitaï (2025)

Scénographie Amos Gitaï, assisté de Sara Arenberg Gitaï     Minas Qarawany et Laurent Naouri
Lumières Jean Kalman, assisté de Juliette de Charnacé

A travers le mythe du Golem né, selon la légende, par la magie de Rabbi Loew, grand Rabin de Prague au XVIe siècle, Amos Gitaï présente au Théâtre de la Colline une composition théâtrale qui croise plusieurs formes artistiques, le cinéma, le chant, la musique, avec une approche plastique qui vise à plonger le spectateur au plus profond du cœur humain de la culture Yiddish.

Golem (Amos Gitaï) - Photo Simon Gosselin

Golem (Amos Gitaï) - Photo Simon Gosselin

Langue poétique apparue il y a un millénaire dans l’espace du Saint-Empire germanique, elle s’est étendue à travers l'Europe pour atteindre aussi bien les actuels Pays-Bas et l’Est de la France, que les actuels Etats-Baltes, la Roumanie et l’intégralité du territoire ukrainien.

Cette forte influence de la langue germanique est très frappante au cours du spectacle lorsque l’on entend, par exemple, le baryton Laurent Naouri s’exprimer et chanter dans sa langue d’origine.

Mais il s’agit surtout pour le réalisateur israélien de confronter une communauté, perpétuellement persécutée, à sa plus grande tragédie qui, à partir de la Seconde Guerre mondiale, l’a menée sur la voie de l’extinction au point de passer de 11 millions de locuteurs à moins de 2 millions aujourd’hui.

Tsili (2015) - Amos Gitaï

Tsili (2015) - Amos Gitaï

Le contact avec l’âme Yiddish se fait dès l’ouverture de la pièce à l’écoute de Sophie Leleu chantant de sa voix chaude une émouvante lamentation judéo-espagnole, ‘¿Porke Llorax Blanca Niña?', tout en jouant de la harpe avec infiniment de délicatesse.

Puis, une fois le noir totalement installé, débute une projection d’images d’archives de jeunes juifs n’ayant pas encore conscience du drame qui se prépare, et d’un extrait de ‘Tsili’ (2015), film d’Amos Gitaï inspiré du roman éponyme d’Aharon Appelfeld (1983), qui montre une jeune femme déambulant dans un hangar délabré au milieu de morts et de survivants de pogroms.

Des restes de vêtements chutent des cintres, d'une évidente signification.

Golem - Photo Simon Gosselin

Golem - Photo Simon Gosselin

A travers un mélange d’actions théâtrales et d’interprétations musicales – le dispositif comprend un piano flanqué côté cour d’un synthétiseur et d’un violon, et côté jardin d’un orientalisant santour -, le Golem apparaît comme un moyen imaginaire de défense face à l’oppression et les préjugés – une scène de tribunal parodique censée se dérouler à Prague au temps de Rodolphe II, avec Micha Lescot en juge chrétien débridé, s’inspire de la pièce ‘Golem’ (1969) d’Isaac Bashevis Singer pour lancer une accusation mensongère et monstrueuse contre un banquier juif -.

Alexey Kochetkov

Alexey Kochetkov

Le Golem naît en lançant un cri de souffrance; l’acteur israélien Minas Qarawany incarne la créature d’argile à travers une attitude courbée qui évoque autant le poids de sa condition que son rapport humble à la vie. Les autres acteurs se recouvriront également de glaise à l’approche du climax de la représentation qui décrira les tortures insoutenables que subiront des victimes livrées aux barbares.

Minas Qarawany et Marie Picaut

Minas Qarawany et Marie Picaut

Les textes, d’une dureté inouïe, sont mis en scène à travers une scénographie d’une esthétique stupéfiante montrant les corps se déformant devant sept stèles magnifiées par des lumières vivantes et colorées et des jeux d’ombres irréels fortement contrastés. La musique et les chants traditionnels omniprésents ajoutent une dimension poétique qui aide l’auditeur à supporter l’insupportable, et à surmonter la crainte que les témoignages n’aillent encore plus loin dans l’horreur.

La figure du Golem ainsi dessinée devient un moyen de résistance à la destruction, une force qui permette au corps d’endurer le pire, tout en étant également un agrégat des tortures infligées à l’être humain. De par sa résilience, le Golem prend ici une dimension christique.

La capacité de tous ces artistes à travailler eux-mêmes sur les torsions de leurs corps et à les exposer sur scène, tout en montrant des qualités musicales magnifiques que ce soit tant la luminosité du quatuor féminin que l’impressionnante résonance de Laurent Naouri, ajoute un sentiment d’admiration devant la beauté fragile qu’ils induisent ainsi.

Sophie Leleu, Laurent Naouri et Dima Bawab

Sophie Leleu, Laurent Naouri et Dima Bawab

Puis, en dernière partie, nous quittons la dimension théâtrale pour laisser les acteurs et chanteurs se présenter et raconter, avec détachement et humour, leurs liens avec la judaïté, mais aussi la diversité de leurs origines qui rend ainsi la catégorisation des personnalités impossible. Le discours s’élargit ainsi aux questions de sociétés d’aujourd’hui en cherchant à montrer que l’intolérance ne peut se combattre que par une prise de conscience de la complexité humaine. Cependant, sur ce dernier point, l’évolution de nos sociétés laisse planer quelques craintes.

Laurent Naouri, Micha Lescot, Anne-Laure Ségla, Minas Qarawany, Bahira Ablassi, Irène Jacob, Menashe Noy et Dima Bawab

Laurent Naouri, Micha Lescot, Anne-Laure Ségla, Minas Qarawany, Bahira Ablassi, Irène Jacob, Menashe Noy et Dima Bawab

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Publié le 2 Mars 2025

Pelléas et Mélisande (Claude Debussy –
Opéra Comique, le 30 avril 1902)
Répétition générale du 22 février et représentation du 28 février 2025
Opéra Bastille

Pelléas Huw Montague Rendall
Mélisande Sabine Devieilhe
Golaud Gordon Bintner
Arkel Jean Teitgen
Geneviève Sophie Koch
Yniold Soliste de la Maîtrise de Radio France
Un médecin Amin Ahangaran
Vidéo : Axel Olliet (Pelléas), Delphine Gilquin (Mélisande), Azilis Arhan (Mélisande), Xavier Lenczewski (Golaud), Geneviève (Daria Pisareva)

Direction musicale Antonello Manacorda
Mise en scène Wajdi Mouawad (2025)
Nouvelle production en coproduction avec l’Abu Dhabi Festival

Retransmission en direct le 20 mars 2025 à 19h30 sur POP – Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris, diffusion sur Medici.tv à partir du 20 avril 2025, et diffusion sur France Musique le 26 avril 2025 à 20h dans l’émission de Judith Chaîne ‘Samedi à l’Opéra’.

Après vingt ans de représentations, d’abord sur la scène du Palais Garnier où elle fut créée le 07 février 1997, puis sur la scène Bastille où elle fut reprise à partir de septembre 2004, la production emblématique de ‘Pelléas et Mélisande’ par Robert Wilson se retire du répertoire de l’Opéra national de Paris pour laisser place à une nouvelle vision élaborée par Wajdi Mouawad, homme de théâtre et actuel directeur du Théâtre national de la Colline.

Sabine Devieilhe (Mélisande) et Huw Montague Rendall (Pelléas)

Sabine Devieilhe (Mélisande) et Huw Montague Rendall (Pelléas)

Et ce qu’il propose, lui qui fut l'auteur en septembre 2021 d’une mise en scène d’’Œdipe’ de George Enescu qui remporta le Grand Prix du syndicat de la critique, est une fascinante mise en valeur du texte de Maurice Maeterlinck qui traduit une compréhension extrêmement fine de la symbolique de l’ouvrage au point de réussir à la transmettre au spectateur avec une surprenante sensibilité.

Pour y arriver, Wajdi Mouawad dresse un décor unique représentant en avant-scène un bassin baigné par la brume qui sera autant la fontaine de la forêt au premier acte, que la fontaine des aveugles au second, ou bien le souterrain au troisième, derrière lequel s’élève un talus et un écran sur lequel est projeté en ouverture la forêt d’Allemonde défilant lentement par effet de travelling.

Gordon Bintner (Golaud) et Sabine Devieilhe (Mélisande)

Gordon Bintner (Golaud) et Sabine Devieilhe (Mélisande)

Une étrange créature à tête de sanglier traverse lentement la scène avant que la musique ne débute, la bête traquée par Golaud, représentée comme un mystérieux esprit de la nature.

Mélisande est ce petit être pleurant au sol et perdu dans cette atmosphère nocturne si bien dépeinte par la musique, Golaud est figuré en jeune chasseur sûr de lui et conquérant, tel que décrit dans le texte, alors que Pelléas, son demi-frère, apparaît comme un jeune homme à peine sorti de l’adolescence, un être encore en construction.

Tout au long du spectacle, la vidéo évolue de simples représentations paysagères à des images où l’eau omniprésente devient l’élément de l’abstraction dans lequel les mots du texte de Maurice Maeterlinck sont utilisés par Wajdi Mouawad pour créer des images poétiques.

Huw Montague Rendall (Pelléas)

Huw Montague Rendall (Pelléas)

Ainsi, la couronne d’or est une lumière vaguement troublée par l’eau d’un étang, plus loin les vagues de la mer visibles depuis le palais balayent une plage, la tour du château et les arbres de la forêt sont montrés sous forme de reflets afin d’ajouter à l’irréalité du moment, l’ombre de Mélisande et Pelléas se détache en surimpression au quatrième acte, et l’hiver du dernier acte est évoqué par la nature recouverte de neige.

Et très régulièrement, le texte du livret s’incruste de toute part sur la vidéo pour mieux en imprégner l’auditeur.

Mais le metteur en scène ne se contente pas d’illustrer, il raconte aussi l’enjeu symbolique à travers des séquences surnaturelles qui montrent d’abord la chute de Mélisande, d’un blanc fantomatique, qui est le point de départ de l’œuvre, puis son aspiration à remonter vers le ciel et la lumière – le moment où elle mime le jet de sa bague en hauteur est très joliment décrit par l’orchestre ce qui renforce cet enjeu vertical qui parcoure les cinq actes -.

Sabine Devieilhe (Mélisande)

Sabine Devieilhe (Mélisande)

On retrouve d’ailleurs une similitude avec les vidéos de Bill Viola créées pour ‘Tristan und Isolde’ sur cette scène dès 2005 pour évoquer le rapport du couple amoureux à l‘infini de l’océan, mais ici l’image ne prend pas le dessus sur l’action théâtrale, car le dispositif est fait de façon à permettre aux chanteurs de traverser l’écran fait de multiples lamelles fixées au sol et en hauteur, et de s’évanouir dans l’ombre alors que de petites vignettes pré-filmées prennent la relève sous forme de traces imaginaires. 

Et quelle splendide scène lorsque Pelléas semble nager et se perdre dans la fantastique chevelure irréelle de Mélisande habilement déployée par l’image autour de Sabine Devieilhe!

Cette façon de faire permet ainsi de percevoir beaucoup plus flagramment ce désir de lumière, et cela change la perception de la scène d’observation du couple par Golaud et Yniold, car il ne s’agit plus d’un simple drame bourgeois et de jalousie amoureuse. La lueur de la fenêtre qu’atteint le jeune garçon est subtilement projetée à l’emplacement de l’écran où il se trouve, une lumière fluette qui reflète la quête existentielle de Mélisande et Pelléas, et donc la raison de ce qui les unit mentalement, c’est à dire sortir de leur condition pour retrouver le Soleil.

Gordon Bintner (Golaud) et un Soliste de la Maîtrise de Radio France (Yniold)

Gordon Bintner (Golaud) et un Soliste de la Maîtrise de Radio France (Yniold)

A l’inverse, l’attirance de Golaud pour le sang et la mort le différencie totalement de ces deux êtres destinés à un ailleurs salvateur. Wajdi Mouawad montre le corps du cheval de Golaud, qui avait été mystérieusement effrayé au milieu de la forêt, descendre vers le sol pour y être éviscéré par des paysans.

Des carcasses de moutons les rejoindront plus tard, l’ensemble dressant un tableau de nature morte qui sera utilisé dans la scène du souterrain pour justifier l’odeur mortelle qui y règne et le malaise qui saisit Pelléas. C’est à cet endroit qu’il perdra la vie.

Et au dernier acte, Wajdi Mouawad met en scène la mort de Mélisande avec sobriété en dissociant la réalité que vit Golaud, effondré sur le lit de mort de sa femme, alors qu’en arrière plan, l’ascension de Mélisande, rejointe par l’âme de Pelléas, parachève, sous la lumière, leur union à la nature.

Huw Montague Rendall (Pelléas) et Sabine Devieilhe (Mélisande)

Huw Montague Rendall (Pelléas) et Sabine Devieilhe (Mélisande)

A cette mise en valeur des mouvements verticaux alternant entre ciel et bas-fond tout au long du texte, un jeu sensible anime les principaux chanteurs en respectant le rythme lent de la musique, mais sans atténuer les moments où la violence surgit, les poses des regards de chacun et leur intensité transmettant toujours des sentiments profonds au spectateur.

Pour faire vivre ce poème dramatique, tous les chanteurs réunis sont des artistes qui ont récemment défendu le répertoire français sur la scène de l’Opéra de Paris, ce qui se ressent sur l’intelligibilité du texte, mais un seul d’entre eux fait une prise de rôle majeure à cette occasion, Gordon Bintner.

Le baryton-basse canadien, qui sera la saison prochaine invité à deux reprises à la Canadian Opera Company de Toronto pour défendre le répertoire français dans ‘Werther’ (Albert) et ‘Roméo et Juliette’ (Mercutio), interprète un Golaud jeune et nerveux, l’arc et les flèches dans le regard. Son élocution acérée, plus vigoureuse que dépressive et ténébreuse, lui donne de l’allure, et il trouve le plus de douceur feutrée dans sa tessiture basse.

Sabine Devieilhe (Mélisande), Gordon Bintner (Golaud) et Huw Montague Rendall (Pelléas)

Sabine Devieilhe (Mélisande), Gordon Bintner (Golaud) et Huw Montague Rendall (Pelléas)

En Mélisande, Sabine Devieilhe fait très forte impression, elle qui fréquente ce rôle depuis 10 ans, car tout le charme coloré de son timbre de voix facilement identifiable s’entend parfaitement dans l’immensité de Bastille, et une telle luminosité fait beaucoup penser à l’Ange du ‘Saint-François d’Assise’ d'Olivier Messiaen. Elle incarne un être gracile mais très expressif qui rend palpable son éphémérité.

Elle forme un magnifique couple avec Huw Montague Rendall, fils de deux artistes qui chantaient à l’Opéra de Paris au début des années 1990, Diana Montague à Garnier (‘Les Noces de Figaro’, ‘Benvenuto Cellini’) et David Rendall à Bastille (‘La Flûte enchantée’, ‘Les Contes d’Hoffmann’).

Le baryton britannique est un Pelléas renversant par l’idéalisme qui en émane, la finesse enjôleuse d’un timbre bien affermi, et l’envoûtant relief du visage qui fait vivre un romantisme à fleur de peau. En outre, il se plie à merveille au caractère très poétique, presque Pierrot lunaire, qu’il est amené à faire évoluer.

Sophie Koch (Geneviève) et Jean Teitgen (Arkel)

Sophie Koch (Geneviève) et Jean Teitgen (Arkel)

Toujours aussi doué d’un métal résonnant d’une solennité splendide, Jean Teitgen offre à Arkel une grandeur excellemment bien tenue, alors que Sophie Koch fait ressentir les tressaillements émotionnels de Geneviève avec des respirations très marquées qui ajoutent de la tension à chacune de ses phrases.

Enfin, Amin Ahangaran, membre de la troupe lyrique, est un médecin chantant avec une parfaite noirceur, et le jeune soliste de la Maîtrise de Radio France est lui aussi très juste et sensible dans son incarnation d’Yniold.

Jean Teitgen (Arkel), Sabine Devieilhe (Mélisande), Amin Ahangaran (Un médecin) et Gordon Bintner (Golaud)

Jean Teitgen (Arkel), Sabine Devieilhe (Mélisande), Amin Ahangaran (Un médecin) et Gordon Bintner (Golaud)

A la direction musicale, Antonello Manacorda s’inscrit pleinement dans cette approche singulière de la poésie de Maurice Maeterlinck. On sent de sa part un plaisir jubilatoire à faire discourir les enchevêtrements de dessins orchestraux avec acuité et une finesse de trait qui respecte la souplesse mélodique.

Il sollicite beaucoup la tension des cordes aiguës, réalise un travail véritablement plastique sur la clarté des cuivres et la légèreté de leur galbe, mais n’assombrit pas trop l’atmosphère générale, si bien qu’il arrive à entretenir un rapport très intime à la scène par l’attention de l’oreille qu’il suscite. On pourrait presque ressentir le caractère charnel de chaque instrument.

Soliste de la Maîtrise de Radio France, Jean Teitgen, Antonello Manacorda, Huw Montague Rendall et Sabine Devieilhe - Répétition générale

Soliste de la Maîtrise de Radio France, Jean Teitgen, Antonello Manacorda, Huw Montague Rendall et Sabine Devieilhe - Répétition générale

Sa signature n’est toutefois pas dénuée de sécheresse dans les instants théâtraux soudains qu’il conclut assez froidement, mais l’osmose avec les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris est prégnante pour arriver à développer une peinture paysagiste aussi précise et détaillée.

Huw Montague Rendall (Pelléas)

Huw Montague Rendall (Pelléas)

C’est donc cet alliage réussi entre poésie, matière musicale, incarnation et onirisme scénique qui fait vraiment la valeur de ce spectacle, une très grande réussite sensible et la confirmation des grandes qualités de Wajdi Mouawad à mettre en scène des œuvres lyriques basées sur des textes littéraires.

Une ample reconnaissance du public pour l'ensemble des artistes s'exprime au rideau final, et cela fait plaisir à vivre!

Huw Montague Rendall, Wajdi Mouawad et trois de ses collaborateurs, Antonello Manacorda, Sabine Devieilhe et Gordon Bintner

Huw Montague Rendall, Wajdi Mouawad et trois de ses collaborateurs, Antonello Manacorda, Sabine Devieilhe et Gordon Bintner

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Publié le 1 Mars 2025

TV-Web Mars 2025 Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Dimanche 02 mars 2025 sur France 3 à 00h20
Nadine Sierra & Pretty Yende à la Philharmonie de Paris

Dimanche 02 mars 2025 sur Arte à 18h10
Ravel en mille éclats - Orchestre de Paris - dm Klaus Mäkelä

Lundi 03 mars 2025 sur Arte à 00h45
Violoncellistes virtuoses et voyageuses intréprides - Sol Gabetta sur les traces de Lise Cristiani

Lundi 03 mars 2025 sur Arte à 01h40
L'heure espagnole & Pulcinella (Stravinsky) - Opéra Comique - dm Langrée - ms Gallienne 

Mercredi 05 mars 2025 sur France 3 à 21h05
Les 32es Victoires de la musique classique depuis l'Opéra de Rouen Normandie

Dimanche 09 mars 2025 sur Arte à 00h15
Amor, Furor - Marina Viotti

Dimanche 09 mars 2025 sur France 5 à 14h35
Les clefs de l'orchestre de Jean-Francois Zygel - Daphnis et Chloé (Ravel)

Dimanche 09 mars 2025 sur Arte à 18h10
Ukrainian Freedom Orchestra à Varsovie - "Symphonie n° 9" de Beethoven - dm Keri-Lynn Wilson

Lundi 10 mars 2025 sur Arte à 00h00
Samson (Rameau) - Aix-en-Provence 2024 - dm Pichon - ms Guth

Mardi 11 mars 2025 sur France 4 à 21h00
Requiem de Mozart - Palau de la Musica Catalana

Mardi 11 mars 2025 sur France 4 à 23h15
L'Orchestre de chambre de Paris, Alexandre et Jean-Jacques Kantorow

Dimanche 16 mars 2025 sur France 3 à 00h15
George Balanchine - Ballet impérial : «Who Cares ?»

Dimanche 16 mars 2025 sur Arte à 18h40
Michelangeli et Celibidache interprètent Ravel

Lundi 17 mars 2025 sur Arte à 00h10
L'alchimie du piano - Francesco Piemontesi

Lundi 17 mars 2025 sur Arte à 01h05
Bruce Liu - Festival de piano de la Ruhr 2024

Vendredi 21 mars 2025 sur Arte à 01h30
Young Euro Classic 2021 - dm Herbert Böck, Andris Poga, Elias Grandy

Dimanche 23 mars 2025 sur France 3 à 00h20
Requiem de Mozart - Palau de la Musica Catalana

Dimanche 23 mars 2025 sur France 5 à 14h35
Hommage à Patrick Dupond - Opéra de Paris

Dimanche 23 mars 2025 sur Arte à 18h25
Klaus Mäkelä dirige Ravel - Avec Yuja Wang & l'Orchestre de Paris

Lundi 24 mars 2025 sur Arte à 00h05
Pierre Boulez - Le chemin vers l'inconnu

Lundi 24 mars 2025 sur Arte à 01h00
Pierre Boulez dirige Gustav Mahler - Symphonie "Résurrection"

Lundi 24 mars 2025 sur Arte à 02h30
Bach, musiques sacrées - Nativité, passion, résurrection

Mardi 25 mars 2025 sur France 4 à 21h00
Pierre Boulez présente L'Oiseau de Feu ( Stravinsky)

Mardi 25 mars 2025 sur France 4 à 22h00
Concours Long-Thibaud 2023 : Le concours international de violon

Mardi 25 mars 2025 sur France 4 à 22h55
La Garde Républicaine à Assas

Dimanche 30 mars 2025 sur France 5 à 14h35
Les clefs de l'orchestre de Jean-François Zygel - «Scheherazade» de Nikolai Rimski Korsakov

Dimanche 30 mars 2025 sur Arte à 18h40
Alice Sara Ott et Francesco Tristano, pianos duo

Lundi 31 mars 2025 sur Arte à 00h35
Play it Again! La répétition musicale

Lundi 31 mars 2025 sur Arte à 01h30
Pierre Boulez : Sur incises

 

TV-Web Mars 2025 Lyrique et Musique

Mezzo et Mezzo HD

Samedi 01 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Jonas Kaufmann chante 'Werther' de Massenet à l'Opéra de Paris

Samedi 01 mars 2025 sur Mezzo HD à 21h00
Haendel: Giulio Cesare - Jaroussky, Arquez, Devieilhe

Dimanche 02 mars 2025 sur Mezzo à 17h45
Tchaïkovski : La Dame de Pique - Bayerische Staatsoper

Lundi 03 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Monteverdi de Mantoue à Venise - John Eliot Gardiner

Mercredi 05 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Mozart : Idomeneo - Opéra Royal de Wallonie-Liège

Vendredi 07 mars 2025 sur Mezzo HD à 22h30
Stravinsky : Le Rossignol - Poulenc: Les Mamelles de Tirésias - Théâtre des Champs-Elysées

Vendredi 07 mars 2025 sur Mezzo à 22h55
Strauss : Salome - Opéra national de Paris

Samedi 08 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
'Le nozze di Figaro' de Mozart au Festival de Salzbourg

Dimanche 09 mars 2025 sur Mezzo HD à 21h00
Tchaïkovski: Eugène Onéguine - Teatro Real, Madrid

Lundi 10 mars 2025 sur Mezzo à 22h05
Claudio Abbado 10 ans après

Mardi 11 mars 2025 sur Mezzo à 23h55
Rameau : Hippolyte et Aricie - Simon Rattle

Mercredi 12 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
'Ernani' de Verdi au Palau de les Arts de Valence

Vendredi 14 mars 2025 sur Mezzo HD à 21h00
'Les Contes d'Hoffmann' au Staatsoper d'Hambourg avec Benjamin Bernheim et Olga Peretyatko

Vendredi 14 mars 2025 sur Mezzo à 23h15
Tchaïkovski : La Dame de Pique - Bayerische Staatsoper

Samedi 15 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Verdi : Le Trouvère - Maggio Musicale Fiorentino

Dimanche 16 mars 2025 sur Mezzo HD à 21h00
Stravinsky : Le Rossignol - Poulenc: Les Mamelles de Tirésias - Théâtre des Champs-Elysées

Lundi 17 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Musicmakers : Bertrand Chamayou sur Ravel

Mardi 18 mars 2025 sur Mezzo à 23h30
'The Perfect American' de Philip Glass au Teatro Real de Madrid

Mercredi 19 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Verdi: I Lombardi alla prima crociata - Opéra Royal de Wallonie-Liège

Vendredi 21 mars 2025 sur Mezzo HD à 21h00
Haendel: Giulio Cesare - Jaroussky, Arquez, Devieilhe

Vendredi 21 mars 2025 sur Mezzo à 23h00
Jonas Kaufmann chante 'Werther' de Massenet à l'Opéra de Paris

Samedi 22 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Puccini : Turandot - Vérone

Dimanche 23 mars 2025 sur Mezzo HD à 21h00
'Les Contes d'Hoffmann' au Staatsoper d'Hambourg avec Benjamin Bernheim et Olga Peretyatko

Lundi 24 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
La vie que j'aime - Le pianiste Menahem Pressler

Mardi 25 mars 2025 sur Mezzo à 23h30
Mozart : Idomeneo - Opéra Royal de Wallonie-Liège

Mercredi 26 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Bellini: I Capuleti e i Montecchi - Opéra Royal de Wallonie Liège

Jeudi 26 mars 2025 sur Mezzo et Mezzo HD à 20h00 (en direct)
Ravel : L'Heure espagnole & L'Enfant et les sortilèges - Opéra de Monte-Carlo

Vendredi 28 mars 2025 sur Mezzo HD à 21h00
Tchaïkovski: Eugène Onéguine - Teatro Real, Madrid

Vendredi 28 mars 2025 sur Mezzo à 23h30
'Le nozze di Figaro' de Mozart au Festival de Salzbourg

Samedi 29 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Wagner : Das Rheingold - Opernhaus Zurich

Dimanche 30 mars 2025 sur Mezzo HD à 21h00
'La Femme sans ombre' de Strauss à Baden-Baden

Lundi 31 mars 2025 sur Mezzo à 20h30
Itzhak Perlman, violoniste virtuose

TV-Web Mars 2025 Lyrique et Musique

Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)

Sur Operavision, Culturebox, Arte Concert etc...

                            Accès illimité dans le temps

Placido Domingo, l'homme aux mille vies

La Traviata (Chorégies d'Orange 2016) avec Domingo, Jaho, Meli

Le Requiem de Verdi (Chorégies d'Orange)

Le Barbier de Séville (Chorégies d'Orange 2018) avec Peretyatko, Sempey, Hotea

Roberto Alagna - Ma vie est un opéra

Le Royaume des Deux-Siciles (Roberto Alagna)

Patrick Dupond, un danseur chez les étoiles

Michaël Denard, le « prince » de l'Opéra de Paris

Le Lac des Cygnes, l'Ambitieux projet de Tchaïkovski

Maria Callas - Il était une voix

Body and Soul (Opéra national de Paris)

Dans les coulisses de Casse-Noisette

Dans les coulisses de Roméo et Juliette

Dans les coulisses de La Fille mal gardée

Dans les coulisses de Don Quichotte

Dans les coulisses de Mayerling

Martha Graham, danser avec l'âme

Accès Live à l'Opéra Bastille pour « Le Lac des Cygnes »

Accès live à l'Opéra Garnier dans les coulisses de « La Cenerentola »

                           Mars 2025

La Vestale (Opéra national de Paris) jusqu'au 06 mars 2025

L'Ange de Feu (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 06 mars 2025

Jonas Kaufmann - Les plus belles musiques de film jusqu'au 07 mars 2025

Sandrine Piau et Les Talens Lyriques (Bayreuth Baroque Opera Festival 2024) jusqu'au 08 mars 2025

La Forza del destino (La Scala de Milan) jusqu'au 08 mars 2025

Ravel, la grande soirée de ballets (Les ballets de Monte-Carlo) jusqu'au 10 mars 2025

Nuria Rial & Fahmi Alqhai (Bayreuth Baroque Opera Festival 2024) jusqu'au 12 mars 2025

La Chauve-Souris (Opéra de Lille) jusqu'au 13 mars 2025

Fauteuils d'orchestre (Opéra Comique) jusqu'au 13 mars 2025

Moise et Aaron (Opéra national de Paris) jusqu'au 14 mars 2025

Fauteuils d'orchestre (Anne Sinclair) jusqu'au 19 mars 2025

Aladin de David Bintley (Nouveau Théâtre/Ballet national de Tokyo) jusqu'au 20 mars 2025

Car/Men (Théâtre municipal de Béthune) jusqu'au 22 mars 2025

"Peter I. Tschaikowski", ballet de Cayetano Soto jusqu'au 22 mars 2025

Maria Callas au cinéma jusqu'au 23 mars 2025

Noël en Bavière jusqu'au 23 mars 2025

Un Noël musical avec la famille Kanneh-Mason jusqu'au 23 mars 2025

Vivaldi et Mozart au musée du Louvre jusqu'au 24 mars 2025

Gala Puccini (La Fenice) jusqu'au 28 mars 2025

Anna Netrebko et Jonas Kaufmann chantent Puccini (Scala de Milan) jusqu'au 28 mars 2025

"La bohème" avec Anna Netrebko et Piotr Beczala (Festival de Salzbourg 2012) jusqu'au 28 mars 2025

Nixon in China (Opéra d'Etat Hongrois) jusqu'au 29 mars 2025

Un Lac des Cygnes (Semperoper Ballet) jusqu'au 30 mars 2025

Concert de la Saint-Sylvestre 2024 des Berliner Philharmoniker (Kirill Petrenko et Daniil Trifonov) jusqu'au 31 mars 2025

L'heure espagnole & Pulcinella (Opéra Comique) jusqu'au 31 mars 2025

                           Avril 2025

Madame Butterfly  (Opéra national de Paris) jusqu'au 01 avril 2025

Concert du Nouvel An à la Fenice de Venise jusqu'au 01 avril 2025

D'ARC (Opéra national de Varsovie) jusqu'au 01 avril 2025

Le Messie (Festival de Pâques d'Aix-en-Provence) jusqu'au 03 avril 2025

Max Emanuel Cencic & les Talens Lyriques) jusqu'au 04 avril 2025

Finale IVC 2024 2024 jusqu'au 05 avril 2025

Finale du concours Neue Stimmen 2024 jusqu'au 11 avril 2025

Vienne célèbre Beethoven - Philippe Jordan et l'Orchestre symphonique de Vienne jusqu'au 11 avril 2025

The Shell Trial (Opéra national des Pays-Bas) jusqu'au 14 avril 2025

Mikael Karlsson : Melancholia (Opéra Royal de Suède, Stockholm) jusqu'au 20 avril 2025

Oper! Awards 2025 (Théâtre Royal de la Monnaie) jusqu'au 21 avril 2025

Finale de chant du concours de Genève 2024 jusqu'au 22 avril 2025

Norma (Theater an der Wien) jusqu'au 24 avril 2025

Le Bohème (Opéra de Montpellier) jusqu'au 25 avril 2025

Benjamin Millepied à l'Opéra de Paris jusqu'au 30 avril 2025

                            Mai 2025

Le convenienze ed inconvenienze teatrali (Wexford Festival Opera) jusqu'au 02 mai 2025

La Flûte enchantée (Théâtre des Champs-Elysées) jusqu'au 07 mai 2025

La Traviata (Théâtre national de Mannheim) jusqu'au 09 mai 2025

Mayerling (Opéra national de Paris) jusqu'au 10 mai 2025

Ifigenia in Auline (Opéra national de Paris) jusqu'au 15 mai 2025

Platée (Garsington Opera) jusqu'au 15 mai 2025

Felix Mendelssohn - Le Sonde d'une nuit d'été à Sanssouci jusqu'au 16 mai 2025

The Rake's Progress (Opéra et Ballet national de Norvège) jusqu'au 22 mai 2025

Guercoeur (Opéra national du Rhin) jusqu'au 24 mai 2025

Guillaume Tell (Opéra de Lausanne) jusqu'au 27 mai 2025

Médée (Opéra national de Paris) jusqu'au 29 mai 2025

Le Monde de Hans Zimmer jusqu'au 30 mai 2025

La Forza del destino (Gran Teatre del Liceu) jusqu'au 30 mai 2025

La Chauve-Souris (Opéra de Lille) jusqu'au 31 mai 2025

Giselle (Dutch National Ballet) jusqu'au 31 mai 2025

                           Juin 2025

Les Voyages de monsieur Broucek (Théâtre national de Brno) jusqu'au 04 juin 2025

Etre noir à l'Opéra (Opéra de Paris) jusqu'au 07 juin 2025

Le Mariage (Opéra de Poznan) jusqu'au 08 juin 2025

264, That One Star (Daegu Opera House) jusqu'au 13 juin 2025

Adriana Lecouvreur (Opéra national de Lettonie, Riga) jusqu'au 15 juin 2025

L'Enlèvement au Sérail (Opéra Royal de Versailles) jusqu'au 17 juin 2025

Eugène Onéguine (Opéra national de Finlande) jusqu'au 20 juin 2025

Jour de fête chez Offenbach (Radio France) jusqu'au 22 juin 2025

Sonya Yoncheva, un Noël à Versailles jusqu'au 24 juin 2025

Rigoletto (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 26 juin 2025

Une journée (extra)ordinaire : 24h à l'opéra Garnier jusqu'au 29 juin 2025

                       Juillet 2025

Salomé (Opéra de Hambourg) jusqu'au 03 juillet 2025

Alain Altinoglu et Stéphane Degout (Festival de Colmar) jusqu'au 04 juillet 2025

Judith (Théâtre national Croate de Zagreb) jusqu'au 17 juillet 2025

Être noir à l'Opéra jusqu'au 22 juillet 2025

Afanador (Ballet Nacional de España) jusqu'au 23 juillet 2025

Finale du Concours Tenor Viñas (Gran Teatre del Liceu) jusqu'au 24 juillet 2025

Echo 72 (Opéra d'Etat de Hanovre) jusqu'au 25 juillet 2025

Les Noces de Figaro (Festival de Salzbourg 2023) jusqu'au 28 juillet 2025

Maria Callas chante Tosca (Royal Opera House - Covent Garden) jusqu'au 30 juillet 2025

Gala d'anniversaire, 150 ans du Palais Garnier jusqu'au 30 juillet 2025

Gala Lyrique (Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie) jusqu'au 31 juillet 2025

                       Août 2025

INO Studio Showcase (Irish national Opera)jusqu'au 01 août 2025

Salomé (Opera Ballet de Flandre) jusqu'au 07 août 2025

Marina Viotti - Amor, Furor jusqu'au 10 août 2025

Der Prozess (MusikTheater an der Wien au Kammeroper Wien) jusqu'au 14 août 2025

Wozzeck (Festival d'Aix-en-Provence 2023) jusqu'au 19 août 2025

Götterdämmerung (Théâtre Royal de la Monnaie) jusqu'au 23 août 2025

                         Septembre 2025

Le Ring sans paroles (Philharmonique de Strasbourg) jusqu'au 06 septembre 2025

Angelin Preljocaj : La visite (Picasso Danse) jusqu'au 19 septembre 2025

The Fairy Queen (Opéra Royal de Versailles) jusqu'au 23 septembre 2025

Zimmer90 (Reeperbahn Festival 2024) jusqu'au 26 septembre 2025

La Reine des neiges (Théâtre des Champs-Elysées) jusqu'au 29 septembre 2025

 

                         Novembre 2025

On Danse Chez Vous : Mehdi Kerkouche (Chaillot) jusqu'au 07 novembre 2025

Une soirée de ballet à l’Opéra national dʼUkraine jusqu'au 10 novembre 2025

Orphée et Eurydice (Festival Pulsations) jusqu'au 28 novembre 2025

                         Décembre 2025

Camille Saint-Saëns : Oratorio de Noël (Orchestre philharmonique de Strasbourg) jusqu'au 16 décembre 2025

La Fête de la chanson orientale jusqu'au 17 décembre 2025

                           Janvier 2026

Fidelio courte animation jusqu'au 09 janvier 2026

Klaus Mäkelä et Gustavo Dudamel dirigent Boulez, Beethoven et Poulenc (10 ans de la Philharmonie de Paris) jusqu'au 10 janvier 2026

Iphigénie en Aulide - Iphigénie en Tauride (Festival d'Aix-en-Provence 2024) jusqu'au 11 janvier 2026

Leevi Madetoja : Les Ostrobothniens (Opéra national de Finlande, Helsinki) jusqu'au 12 janvier 2026

Didon et Enée (Opéra Royal de Versailles) jusqu'au 28 janvier 2026

                           Février 2026

Alexander Rodin : Kateryna (Création mondiale à l'Opéra d'Odessa) jusqu'au 9 février 2026

Voix des Outre-Mer 2023 (Amphithéâtre Bastille) jusqu'au 22 février 2026

                           Mars 2026

Concert en soutien au peuple ukrainien (Maison de Radio France) jusqu'au 04 mars 2026

                           Mai 2026

Barry Lyndon Tribute jusqu'au 13 mai 2026

Michel Legrand, la musique enchantée (Dessay, Bertault) jusqu'au 13 mai 2026

 

                           Juillet 2026

Kiev, un opéra en guerre (1/4) - Danser pour résister jusqu'au 12 juillet 2026

 

                           Septembre 2026

Kiev, un opéra en guerre (2/4) - Exister ou disparaître jusqu'au 12 septembre 2026

JR, Damien Jalet & Thomas Bangalter : Chiroptera (Parvis du Palais Garnier) jusqu'au 30 septembre 2026

                           Octobre 2026

Barbara Hannigan dirige Ligeti et Stravinsky jusqu'au 10 octobre 2026

                         Novembre 2026

Kiev, un opéra en guerre (3/4) - Exilés jusqu'au 14 novembre 2026

Les trois ballets de Stravinsky (Théâtre des Champs-Elysées) jusqu'au 25 novembre 2026

                         Décembre 2026

Concert du nouvel an de l'Orchestre national de France (Radio France) jusqu'au 30 décembre 2026

   

                          Janvier 2027

Samson (Festival d'Aix-en-Provence 2024) jusqu'au 11 janvier 2027

Madame Butterfly (Festival d'Aix-en-Provence 2024) jusqu'au 13 janvier 2027

                        Février 2027

Kiev, un opéra en guerre (4/4) - Transmettre jusqu'au 08 février 2024

 

                         Avril 2028

Wartime Elegy - Ballet national d'Ukraine  jusqu'au 01 avril 2028

 

                         Juin 2028

Dream Requiem - Rufus Wainwright (Radio France) jusqu'au 13 juin 2028

 

 

                         Novembre 2028

Mikko Franck dirige Dutilleux, Mahler et Strauss (chant Marie-Nicole Lemieux) jusqu'au 21 novembre 2028

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 22 Février 2025

Dans le contexte difficile que vivent actuellement la plupart des maisons lyriques sous fortes contraintes financières, l’annonce de la saison 2025/2026 du MET est toujours très attendue car elle reste une référence incontournable.
Certes, l’équilibre économique de l’institution américaine reste fragile, mais la bonne nouvelle est que Peter Gelb n’a pas eu cette fois à puiser dans le fond de réserve du MET pour consolider une programmation structurellement semblable à celle de 2024/2025, alors qu’il avait du retirer 40 M$ de ce fond en 2024.

Saison 2025/2026 du New-York Metropolitan Opera (MET)

Il en résulte une programmation stabilisée à 18 titres et une fréquentation qui devrait atteindre 75% pour la saison 2024/2025, mais tout l’enjeu à venir sera de passer d’un esprit d’optimisation financière à une reprise de l’ouverture du répertoire pour dépasser les 20 titres par an et, peut-être, revenir un jour à 25 titres par an.

Il y eut cette saison quelques déceptions - ‘Grounded’ de Jeanine Tesori, avec Emily d’Angelo, ne s’est vendu qu’à 50% et ‘Ainadamar’ d’Osvaldo Golijov à 62% -, mais la nouvelle production d’'Aida’ a atteint 79 %, et la reprise de la ‘Flûte enchantée’, en version anglaise, a obtenu 82% de fréquentation, dans une salle de 3800 places.

Yannick Nézet-Séguin : ’The Amazing Adventures of Kavalier & Clay’, ‘El Último Sueño de Frida y Diego’, ‘Tristan und Isolde’, ‘Don Giovanni’

Yannick Nézet-Séguin : ’The Amazing Adventures of Kavalier & Clay’, ‘El Último Sueño de Frida y Diego’, ‘Tristan und Isolde’, ‘Don Giovanni’

18 spectacles, 6 nouvelles productions, 14 compositeurs dont 3 contemporains (3 œuvres du XXIe siècle)

Avec 196 représentations lyriques au cours de la saison 2025/2026 et 18 spectacles lyriques (dont 6 nouvelles productions), le MET se situe très légèrement au dessus de la saison 2024/2025 (194 représentations et 18 spectacles), 
Il s’agit clairement d’une programmation d’équilibre qui se resserre sur un socle ferme.

14 compositeurs sont représentés (contre 12 la saison dernière), dont 3 sont contemporains, soit 11 % des soirées dédiées à 3 nouvelles productions d’œuvres du XXIe siècle :’The Amazing Adventures of Kavalier & Clay’ du compositeur américain Mason Bates, dont la première mondiale eut lieu le 15 novembre 2024 à l’ Indiana University Jacobs School of Music Opera and Ballet, ‘Innocence’ (‘Festival d’Aix-en-Provence - 2021) de Kaija Saariaho (compositrice finlandaise disparue le 02 juin 2023 à Paris), et ‘El Último Sueño de Frida y Diego’ de la compositrice américaine Gabriela Lena Frank créée au San Diego Opera le 29 octobre 2022.

Gabriela Lena Frank : ‘El Último Sueño de Frida y Diego’

Gabriela Lena Frank : ‘El Último Sueño de Frida y Diego’

Deux ouvrages composés respectivement par Richard Strauss et George Gershwin représentent le renouvellement musical du XXe siècle.

Présent à deux reprises la saison précédente, Richard Strauss revient avec ‘Arabella’, ouvrage entré au répertoire du MET en 1955 qui n’avait plus été joué depuis avril 2014. Il s’agit d’une reprise de la production d’Otto Schenk (1984) interprétée par Rachel Willis-Sørensen dans le rôle titre et Pavol Breslik en Matteo, sous la direction de Nicholas Carter, le nouveau directeur musical de l’Opéra de Stuttgart à partir de la saison 2026/2027.

La reprise de ‘Porgy and Bess’ de George Gershwin signera la plus remarquable progression d’un titre au répertoire du MET car, après 54 représentations jouées entre 1985 et 1990 dans la production de Nathaniel Merrill, celle de James Robinson totalisera bientôt 43 représentations depuis le 23 septembre 2019.

Kwamé Ryan, chef canadien qui a récemment dirigé ‘The Time of our singing’ de Kris Defoort au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles, fera ses débuts au MET à cette occasion.

Kwamé Ryan : 'Porgy and Bess’

Kwamé Ryan : 'Porgy and Bess’

Le répertoire italien du XIXe siècle et début XXe siècle (Puccini, Bellini, Verdi, Giordano) pilier incontournable du MET

Répertoire fondamental, car le plus immédiatement accessible, les œuvres des compositeurs italiens du XIXe siècle règnent sans partage au MET, comme partout ailleurs, et couvriront cette saison 47% des soirées (45% la saison précédente).

Cependant, Puccini prendra le dessus sur Verdi en alignant trois reprises qui occuperont 26% des soirées, et qui font partie des 12 ouvrages les plus joués de la maison : ‘La Bohème’ par Franco Zeffirelli (1981), qui atteindra, début mai 2026, sa 599e représentation dans cette seule production, avec en alternance Keri-Lynn Wilson et Daniele Rustioni à la direction musicale, ‘Madame Butterfly’ dans la production d’Anthony Minghella (2006), sous la direction, selon les soirs, de Marco Armiliato et Carlo Rizzi, et enfin l’inévitable production de ‘Turandot’ mise en scène par Franco Zeffirelli (il ne s’agit que de la troisième production depuis 1926) qui atteindra sa 250e représentation depuis 1987 sous la direction partagée de Carlo Rizzi et Oksana Lyniv et une pléthore de grands chanteurs tels Angela Mead, Anna Pirozzi, Angel Blue, Michael Fabiano ou bien Roberto Alagna.

Roberto Alagna : 'Turandot'

Roberto Alagna : 'Turandot'

Deux nouvelles productions feront honneur à Vincenzo Bellini, celle d’‘I Puritani’ mise en scène par Charles Edwards qui remplacera celle de Sandro Segui (1976), avec Lisette Oropesa et Lawrence Brownlee, et celle, plus rare, de ‘La Sonnambula’ mise en scène par Rolando Villazon (une coproduction avec le Théâtre des Champs-Élysées vue à Paris en 2021) qui remplacera prématurément celle de Mary Zimmerman (2009), sous la direction de Riccardo Frizza avec Nadine Sierra et Xabier Anduaga dans les rôles principaux.

Enfin, Giuseppe Verdi ne sera représenté que par ‘La Traviata’ dans la production de Michael Mayer (2018), avec en alternance Antonello Manacorda, Marco Armiliato et Michele Spotti à la direction musicale, et pas moins de quatre Violetta (Lisette Oropesa, Amanda Woodbury, Rosa Feola et Ermonela Jaho), tandis que le pur vérisme italien sera incarné par Umberto Giordano et la reprise d’’Andrea Chénier’ dans la production de Nicolas Joel (1996) sous la direction de Daniele Rustioni, avec Sonya Yoncheva, Piotr Beczala et Igor Golovatenko.

Charles Edwards : 'I Puritani'

Charles Edwards : 'I Puritani'

Les répertoires français et russe se maintiennent faiblement

La langue française pourra être entendue à deux reprises cette saison avec ‘Carmen’, dans la production de Carrie Cracknell (2023), sous la direction du chef français Fabien Gabel, et ‘La Fille du régiment’ dans la production internationalement connue de Laurent Pelly, avec Erin Morley et Lawrence Brownlee dans les rôles de Marie et Tonio.

Quant au répertoire russe, il s’appuiera uniquement sur la reprise d’’Eugène Onéguine’ de Tchaïkovski, dans la mise en scène de Deborah Warner (2013), avec Asmik Grigorian, Igor Golovatenko et Stanislas de Barbeyrac, sous la direction de Timur Zangiev.

Fabien Gabel : 'Carmen'

Fabien Gabel : 'Carmen'

Mozart seul représentant de la période d’avant la révolution française

Avec seulement deux titres, ‘La Flûte enchantée’ en version abrégée et en anglais, et la reprise de ‘Don Giovanni’ dans la production d’Ivo van Hove ( une coproduction avec l’Opéra national de Paris vue à Garnier et Bastille respectivement en 2019 et 2022), Mozart sera donc le seul compositeur d’avant la Révolution française à être représenté sur la scène du MET, avec toutefois 15% des soirées pour lui seul.

Stanislas de Barbeyrac : 'Eugène Onéguine'

Stanislas de Barbeyrac : 'Eugène Onéguine'

Richard Wagner revient au répertoire

Absent de la saison 2024/2025, une première depuis la période 1918-1919, Richard Wagner reprend sa place au MET avec une nouvelle production de ‘Tristan und Isolde’ confiée à Yuval Sharon ('Lohengrin' - Bayreuth 2018), qui se substituera à celle de Mariusz Trelisnki (2016) qui ne sera donc pas reprise.

Yannick Nézet-Séguin en assurera la direction musicale avec Michael Spyres et Lise Davidsen dans les rôles titres.

Lise Davidsen : 'Tristan und Isolde'

Lise Davidsen : 'Tristan und Isolde'

Les répertoires 1900-1980 tchèque et anglais et le répertoire baroque toujours absents de la programmation

Pour la troisième saison consécutive, aucun ouvrage tchèque ou britannique de la période 1900-1980 ne sera représenté (que ce soit Leoš Janáček ou Benjamin Britten), et les œuvres baroques resteront elles aussi absentes.

Cependant, ‘Alcina’, ‘Ariodante’ et ‘Semele’ de Haendel, mis en scène respectivement par Richard Jones, Robert Carsen et Claus Guth, sont toujours programmées pour les prochaines saisons, ainsi qu’une nouvelle production de ‘Jenufa’ de Janáček.

Mason Bates : ’The Amazing Adventures of Kavalier & Clay’

Mason Bates : ’The Amazing Adventures of Kavalier & Clay’

4 ouvrages en 4 langues différentes dont 3 nouvelles productions dirigées par Yannick Nézet-Seguin

Directeur musical attitré du MET, Yannick Nézet-Séguin conduira quatre spectacles dont trois nouvelles productions, ’The Amazing Adventures of Kavalier & Clay’ du compositeur américain Mason Bates (nouvelle production de Bartlett Sher), avec Lauren Snouffer, Sun-Ly Pierce et Miles Mykkanen, ‘El Último Sueño de Frida y Diego’ de la compositrice américaine Gabriela Lena Frank (nouvelle production de Deborah Colker), avec Gabriella Reyes, Isabel Leonard, Nils Wanderer et Carlos Alvarez, ‘Tristan und Isolde’ (nouvelle production de Yuval Sharon), et la reprise de ‘Don Giovanni’ avec Ryan Speedo Green dans le rôle titre.

A ces trois nouvelles productions s’ajouteront celles d’‘Innocence’ de Kaija Saariaho mise en scène par Simon Stone sous la direction de Susanna Mälkki, et les deux nouvelles productions de ‘I Puritani’ et ‘La Sonnambula’ dédiées à Vincenzo Bellini et respectivement dirigées par Marco Armiliato et Riccardo Frizza.

Kaija Saariaho : ‘Innocence’

Kaija Saariaho : ‘Innocence’

8 productions du MET en direct au cinéma en HD

Samedi        18 octobre 2025 - 13h00 (EST) : La Sonnambula (Nouvelle production)
Samedi        08 novembre 2025 - 13h00 (EST) : La Bohème
Samedi        22 novembre 2025 - 13h00 (EST) : Arabella
Samedi        13 décembre 2025 - 13h00 (EST) : Andrea Chénier
Samedi        10 janvier 2026 - 13h00 (EST) : I Puritani (Nouvelle production)
Samedi        21 mars 2026 - 12h00 (EST) : Tristan und Isolde (Nouvelle production)
Samedi        02 mai 2026 - 13h00 (EST) : Eugène Onéguine
Samedi        30 mai 2026 - 13h00 (EST) : El Último Sueño de Frida y Diego (Nouvelle production)

Le détail de la saison 2025/2026 du MET peut être consulté sous le lien suivant : On Stage 2025–26

La présentation de la saison 2024/2025 peut être consultée sous le lien suivant : Saison 2024/2025 du New-York Metropolitan Opera (MET)

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Publié le 15 Février 2025

Onéguine (John Cranko – Stuttgart Staatstheater,
le 13 avril 1965)
Représentation du 12 février 2025
Palais Garnier

Eugène Onéguine Hugo Marchand
Tatiana Dorothée Gilbert
Lenski Guillaume Diop
Olga Aubane Philbert
Le Prince Antonio Conforti

Direction musicale Vello Pähn
Chorégraphie John Cranko (1965)
Décors et costumes Jürgen Rose

Musique Piotr Ilytch Tchaïkovski (Les Saisons op. 37, Ouverture de Roméo et Juliette, Les Caprices d’Oxane / Tcherevitchki, Six pièces pour piano op.19, Romance pour piano op. 51, Ouverture de Francesca da Rimini)
Orchestration Kurt-Heinz Stolze

Depuis sa création au Staatstheater de Stuttgart le 13 avril 1965, et après deux ans de remaniements ayant abouti à sa version définitive en octobre 1967, la version du roman d’Alexandre Pouchkine chorégraphiée par John Cranko s’est installée au répertoire des plus grandes scènes du monde, Munich (1972), l’Australian Ballet (1976), Toronto (1984), La Scala (1993), le Metropolitan Opera de New-York (2001), le Royal Opera House Covent Garden (2001), le Staatsoper de Berlin (2003), l’Opéra de Vienne (2008), l’Opéra national de Paris (2009) et même le Teatro Colon (2022).

Dorothée Gilbert (Tatiana) et Hugo Marchand (Onéguine)

Dorothée Gilbert (Tatiana) et Hugo Marchand (Onéguine)

‘Onegin’ est en effet un ballet narratif d’une excellente lisibilité qui raconte l’influence néfaste du jeune et cynique pétersbourgeois au creux d’une succession de décors évoquant la vie champêtre et pittoresque russe, la sobre et spacieuse chambre de Tatiana – avec un fort contraste entre la petitesse de son lit à baldaquin et l’espace de son imaginaire ouvert face à un faux miroir -, la fastueuse salle de bal et sa cour conventionnelle, et la lugubre clairière témoin du duel funeste par une nuit de pleine lune.

Dorothée Gilbert (Tatiana)

Dorothée Gilbert (Tatiana)

Et à l’Opéra de Paris, en particulier, ces éléments scéniques sont sensiblement mis en valeur dans leur partie supérieure en trompe l’œil par le soin qui est dévoué aux lumières qui donnent de l’effet aux lignes de fuite et une saisissante impression de profondeur. Une finesse visuelle se dégage également par des ornements décoratifs en dentelles dont la transparence permet d’alléger la scénographie.

Hugo Marchand (Onéguine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Hugo Marchand (Onéguine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Dans ce cadre raffiné, la chorégraphie de John Cranko peut s’épanouir à travers ses charmants ensembles folkloriques et ses pas de deux néoclassiques qui animent de leurs lignes graciles l’environnement humain de Tatiana et Onéguine.

Mais c’est bien évidemment la dynamisation de la relation entre les deux protagonistes principaux qui fait l’intérêt du spectacle, car, si elle repose en partie sur un ressort théâtral réaliste, le chorégraphe sud-africain lui profile de superbes élans et accélérations qui mettent au défi la souplesse des corps.

Dans cette version, les deux personnages féminins, Olga et Tatiana, ont une personnalité moins consistante que dans l’opéra de Tchaïkovski, le lien entre Lenski et Onéguine en paraissant rehaussé, mais tout dépend de la personnalité des danseurs à enrichir les personnages qu’ils font vivre pour donner une tonalité particulière à la représentation.

Hugo Marchand (Onéguine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Hugo Marchand (Onéguine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Et à l’Opéra de Paris nous avons Hugo Marchand (danseur étoile depuis le 03 mars 2017) et Dorothée Gilbert (danseuse étoile depuis le 19 novembre 2007), un couple dont l’alchimie va se montrer prodigieuse en ce mercredi 12 février soir.

Car tous deux, doués d’une expressivité dramatique hors du commun et enflammés par une verve chorégraphique au geste magnifiquement élancé, vont démontrer comment leur immense confiance en l’autre et leur propre vécu intérieur peuvent donner un relief inouï à une incarnation .

Dorothée Gilbert (Tatiana)

Dorothée Gilbert (Tatiana)

Il faut voir comment Dorothée Gilbert - elle qui était déjà Tatiana en avril 2009 - raconte le vécu intime de la jeune fille par la simple force du regard et du laisser-aller des bras. On peut y lire la joie un peu feinte, ou bien l’ennui, notamment lors de la première rencontre avec Le Prince Grémine, puis l’abandon romantique dans les bras d’Onéguine avec une impulsivité maîtrisée à la perfection qui vous prend au cœur tant se lit en elle, comme en son partenaire, une assurance qui vous fait ressentir la part de mystère qui transcende son art, tout en donnant en même temps, et c’est le plus fort, une impression de fragilité quand ses bras ondoient avec une grâce aussi lascive. Mais l’on verra aussi l’âpre désillusion et la froideur outrée se figer au moment de la mort scandaleuse de Lenski.

Hugo Marchand (Onéguine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Hugo Marchand (Onéguine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Et Hugo Marchand, qui avait interprété quelques jours auparavant un irrésistible et conquérant ‘Boléro’ de Ravel lors du Gala des 150 ans du Palais Garnier, joue de son dramatisme tourmenté avec une ampleur et une apparente gracilité qui semblent métamorphoser sa puissance en une fougue juvénile fulgurante. Il privilégie la sincérité des tendances inconséquentes d’Onéguine à trop de froideur calculatrice, et laisse transparaître une complexité qui rend difficile de condamner unilatéralement son personnage. 

Voir ainsi Hugo Marchand et Dorothée Gilbert raconter cet enchevêtrement sentimental avec une telle force vous donne la sensation privilégiée d’assister au plus beau de l’art humain, et d’avoir une chance unique de vivre rien que pour contempler ce concentré d’absolu.

Hugo Marchand (Onéguine), Antonio Conforti (Le Prince Grémine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Hugo Marchand (Onéguine), Antonio Conforti (Le Prince Grémine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Autour d’eux, Guillaume Diop (jeune danseur étoile depuis le 11 mars 2023) signe un Lenski lumineux d’une magnifique élégance, mais sa transformation psychologique face au jeu dangereux entre Olga et d’Onéguine manque encore de noirceur et de perte de contrôle, son sens de l’honneur bafoué étant plus mis en avant que les tressaillements du cœur qui devraient plus déstabiliser sa personnalité pour en faire ressortir toute sa violence.

Quant à Aubane Philbert, elle dépeint une Olga enjouée et volontaire au charme délicat, et la jeunesse d'Antonio Conforti détonne dans le rôle du Prince tout en faisant très bonne figure.

Aubane Philbert (Olga) et Guillaume Diop (Lenski)

Aubane Philbert (Olga) et Guillaume Diop (Lenski)

Mais loin de simplement assurer une solide direction d’accompagnement musical, il faut dire aussi que Vello Pähn entraîne ce soir les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Paris dans un déploiement dramatique d’une grande intensité, en parfaite osmose avec le rendu émotionnel des danseurs. Il extirpe de la musique de Tchaïkovski - un assemblage d’œuvres parfois peu connues mais qui décrivent avec justesse le climat des différents tableaux - un éclat somptueux et généreux en vibrations pénétrantes, les méandres du mouvement musical se muant perpétuellement avec une netteté des lignes qui donne beaucoup de présence à la personnalité du compositeur.

Dorothée Gilbert (Tatiana) et Hugo Marchand (Onéguine)

Dorothée Gilbert (Tatiana) et Hugo Marchand (Onéguine)

C’est cette convergence de forces destinées à chambouler l’intériorité du spectateur et à le mettre sous tension qui fait la valeur d’une telle soirée marquée du sceau du surpassement.

Hugo Marchand (Onéguine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

Hugo Marchand (Onéguine) et Dorothée Gilbert (Tatiana)

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Publié le 10 Février 2025

Médée (Luigi Cherubini – Théâtre Feydeau – Paris, le 13 mars 1787)
Représentation du 08 février 2025
Opéra Comique – Salle Favar
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Médée Joyce El-Khoury
Jason Julien Behr
Créon Edwin Crossley-Mercer
Dircé Lila Dufy
Néris Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Première suivante de Dircé Michèle Bréant
Deuxième suivante de Dircé Fanny Soyer
Comédienne Caroline Frossard
Figurantes Inès Dhahbi, Sira Lenoble N’diaye, Lisa Razniewski et Mirabela Vian
Solistes de l’Académie, des enfants de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique Inès Emara, Félix Lavoix Donadieu et Edna Nancy

Direction musicale Laurence Equilbey
Mise en scène Marie-Ève Signeyrole (2025)
Orchestre Insula orchestra, Chœur Accentus

Coproduction Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie

La légende de Médée imprègne régulièrement les scènes théâtrales – récemment La Comédie Français a confié une interprétation radicale de la pièce d’Euripide à Lisaboa Houbrechts, pour la réalisation, et Séphora Pondi, pour le rôle principal, sur fond de revanche des pays du Sud sur le Nord prospère -, et si la version de Marc Charpentier (1693) a réussi son retour à l’Opéra de Paris au printemps 2024 avec Lea Desandre dans le rôle titre, la version de Luigi Cherubini a connu peu de réalisations scéniques à Paris depuis son entrée au Palais Garnier en 1962 dans la mise en scène de José Beckmans et avec Rita Gorr en écrasante prêtresse.

Il y eut bien la mise en scène de Liliana Cavani en 1986, toujours à Garnier et avec Shirley Verrett en féline Médée, puis celle de Yannis Kokkos au Théâtre du Châtelet en 2005 avec Anna Catarina Antonaci, mais c’est surtout la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, livrée aux griffes de Nadja Michael et reprise en 2012 au Théâtre des Champs-Élysées, qui fait aujourd’hui référence incontestable.

Joyce El-Khoury (Médée)

Joyce El-Khoury (Médée)

Il y a donc grand intérêt à découvrir cette version lyrique de l’ouvrage qui fait son entrée au répertoire de la salle Favart située à 300 mètres de l’ancien Théâtre Feydeau où elle fut originellement créée en 1797.

Le point de vue que propose d’explorer Marie-Ève Signeyrole est de montrer comment Médée est victime d’une société occidentale opulente et bourgeoise - elle qui est une étrangère -, et de dénoncer la violence qui traverse en bas-fond cette société qu’elle subit et qui donne pourtant une image propre et superficielle d’elle-même.

Elle s’attache également à donner de l’existence au regard et à la parole de ses enfants.

Lila Dufy (Dircé) et Edwin Crossley-Mercer (Créon)

Lila Dufy (Dircé) et Edwin Crossley-Mercer (Créon)

Elle introduit également une comédienne (Caroline Frossard) qui représente une mère infanticide contemporaine, dorénavant en prison, de façon à tirer un premier lien entre le personnage mythologique et ces cas de femmes ayant souffert du ‘Syndrome de Médée’ que l’on retrouve dans l’actualité. L’intérêt premier de cet insert est d’enfermer le décor de la scène dans une sorte de cellule sombre aux parois mobiles, qui se referment et font peser à la fois le sentiment de culpabilité et l’état de claustration dans le milieu carcéral.

Par ailleurs, la scène d’ouverture, orchestralement agitée, montre Jason et Dircée emportant dans leur aventure les enfants de Médée sur une forme de radeau symbolique, image qui à elle seule dit tout du désespoir de cette dernière.

Un grand soin est accordé aux détails et lumières chaleureuses qui recréent l’ambiance festive initiale à Corinthe autour des différentes tables des convives qui paraissent tous assez fades et conventionnels.

Mais tout au long du drame, Marie-Ève Signeyrole utilise la vidéo avec beaucoup de justesse pour décrypter les visages, notamment ceux des garçons, ce qui est toujours source de réflexion esthétique sur les pensées sous-jacentes, d’autant plus que les vidéos temps-réel sont filmées par une camérawomen qui s’immisce avec discrétion parmi les artistes.

Caroline Frossard (Médée)

Caroline Frossard (Médée)

Le second acte prend très vite une tournure polémique, car devant un décor archaïsant et primitif, nous retrouvons Médée entourée de suivantes à la peau mate qui vont devoir supporter les violences de Créon et de sa clique. Il est clairement montré ici une violence raciste et une forme de refoulement de tout ce qui figure les origines païennes de la société bourgeoise blanche.

Même si l’on comprend le message très direct qu’envoie la metteuse en scène, ce tableau arrive de façon inattendue sans être véritablement connecté à la première partie. Car, si avait été appliquée sur le teint de Joyce El-Khoury une coloration brune, comme l’avait fait Andrea Breth dans sa production berlinoise de 2018 avec Sonya Yoncheva, une certaine continuité d’origine se serait tout de suite comprise.

Mais, uniquement affublée d’un costume orientalisant, telle une Sarah Bernhardt jouant dans ‘Bajazet’, Médée paraît ici plus proche du milieu de Jason et donc insuffisamment en décalage, si bien que la dénonciation raciste paraît un peu trop ‘plaquée’, d’autant plus que l’actrice qui joue une Médée moderne est aussi typée occidentale.

Dans le même temps, l’attaque est frontale, et dans les temps politiques que nous vivons, l’image conserve toute sa force.

Michèle Bréant (Première suivante de Dircé)

Michèle Bréant (Première suivante de Dircé)

Autre élément intéressant dans cette mise en scène est de laisser entrevoir le jugement peu flatteur que porte l’un des garçons sur son père et son infidélité à Médée.

En fait, le regard que porte Marie-Ève Signeyrole vise à montrer que malgré ce qu’elle a fait, Médée n’a jamais perdu son amour pour ses enfants, ce que l’on ressent très bien à travers la séquence finale qui montre le regard d’une mère horrifiée et anéantie après avoir noyé la chair de sa chair.

Et c’est parce que la metteuse en scène ne doute jamais de la réalité de cet amour - seulement dépassé par la haine et l’agression qu’a vécu Médée -, qu’elle cherche ainsi à défendre l'héroine quitte à faire passer tous les hommes du plateau pour les pires des ordures.

Julien Behr (Jason)

Julien Behr (Jason)

Justement, Julien Behr incarne avec beaucoup de crédibilité un Jason violent et totalement antipathique. Le chanteur lyonnais détient une ligne vocale intense, conduite avec une coloration fortement ambrée et bien homogène, et son geste nerveux allié à un regard noir omniprésent - même si l’on verra furtivement une tendresse retrouvée avec Médée – guident efficacement son engagement théâtral.

Il se trouve confronté à une Joyce El-Khoury qui peut compter sur un médium sensuel et généreux pour exhaler une prestance qui s’insère plus facilement qu’elle ne tranche avec la société moderne corinthienne. Elle affiche un côté ‘jeu dans le jeu’ quand elle s’impose à ses protagonistes, mais sait aussi se laisser aller à des élans mélodramatiques dans la relation à ses enfants, comme avec Néris.

La dimension incendiaire est, elle, plus atténuée car sa tessiture aigüe, fuselée et corsée, nécessiterait plus d’ampleur et de métal pour qu’elle prenne une présence pleinement tragique.
Elle reste donc très humaine, et c’est peut-être aussi ce que souhaite obtenir Marie-Ève Signeyrole pour défendre sa vision d'une femme victime avant tout.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Néris) et Joyce El-Khoury (Médée)

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Néris) et Joyce El-Khoury (Médée)

C’est cependant Marie-Andrée Bouchard-Lesieur qui dépeint le portrait le plus accompli, car sa richesse de timbre, opulente et composée de mille reflets, exprime une puissance vitale d’une très grande sensibilité qui se lit aussi avec justesse à travers les traits du visage et le regard. Néris est ici une femme enveloppante, maternelle et assurée.

Et si la Dircé de Lila Dufy affiche une fraîcheur qui lui permet de jouer un rôle de femme heureuse d’éprouver un rêve de jeune fille, Edwin Crossley-Mercer, timbre fumé et impénétrable, interprète un Créon d’apparence vieux jeu, mais qui se révélera vulgaire sans attirer la moindre compassion.

Enfin, Michèle Bréant, en suivante de Dircé, fera entendre une légèreté printanière absolument charmante dès le premier tableau.

Joyce El-Khoury (Médée) et les enfants

Joyce El-Khoury (Médée) et les enfants

En fosse, l’orchestre Insula orchestra défend le drame haut en couleur avec ses traits cuivrés expressifs et ses vents qui jaillissent avec panache, et Laurence Equilbey privilégie le caractère fauve de la peinture à une trop forte précipitation rythmique. L’ensemble en tire ainsi une saillante envergure théâtrale, et les chœurs vivifiants sont d’une tonicité à toute épreuve.

Un parti pris scénique, certes, fortement discutable, mais qui soutient l’intérêt jusqu’au bout.

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