Publié le 10 Mars 2011

Présentation de la saison lyrique 2011 / 2012
Mardi 08 mars 2011 au salon Berlioz du Grand Hotel InterContinental

La présentation est assurée par Christophe Ghristi, dramaturge de l’Opéra National de Paris et bras droit de Nicolas Joel.
Cette saison est marquée par le retour de la musique française de Jean-Philippe Rameau à Philippe Fenelon, mais aussi des metteurs en scène français.

Saison Lyrique 2011 / 2012 de l’Opéra National de Paris

Les nouvelles productions

Faust (Gounod)

Du 22 septembre au 25 octobre 2011 (10 représentations à Bastille)
Roberto Alagna, Paul Gay, Tassis Christoyannis, Alexandre Duhamel, Inva Mula, Angélique Noldus, Marie-Ange Todorovitch
Mise en scène Jean-Louis Martinoty / Direction Alain Lombard

La Force du Destin (Verdi)

Du 14 novembre au 17 décembre 2011 (12 représentations à Bastille)
Mario Luperi, Violeta Urmana; Vladimir Stoyanov, Marcelo Alvarez, Zoran Todorovitch, Nadia Krasteva, Kwangchul Youn, Nicola Alaimo, Nona Jvakhidze, Rodolphe Brinad
Mise en scène Jean-Claude Auvray / Direction Philippe Jordan

La Cenerentola (Rossini)

Du 26 novembre au 17 décembre 2011 (9 représentations à Garnier)
Javier Camarena, Riccardo Novaro, Carlos Chausson, Jeannette Fischer, Anna Wall, Karine Deshayes; Ales Esposito
Mise en scène Jean-Pierre Ponnelle (1971) / Direction Bruno Campanella
Production du Bayerische Staatsoper

Manon (Massenet)

Du 10 janvier au 13 février 2012 (10 représentations à Bastille)
Natalie Dessay, Marianne Fiset, Giuseppe Filianoti, Jean-François Borras, Frank Ferrari, Paul Gay, Luca Lombardo, André Heyboer, Olivia Doray, Carol Garcia
Mise en scène Coline Serreau / Direction Evelino Pido

La Cerisaie (Fénélon)

Du 27 janvier au 13 février 2012 (7 représentations à Garnier)
Elena Kelessidi, Marat Gali, Alexandra Kadurina, Ulyana Aleksyuk, Anna Krainikova, Igor Golovatenko, Mischa Schelomianski, Svetlana Lifar, Alexei Tatarintsev, Ksenia Vyaznikova
Mise en scène Georges Lavaudant / Direction Tito Ceccherini
Création scénique mondiale.

Cavalleria Rusticana / Pagliacci (Mascagni/Leoncavallo)

Du 13 avril au 11 mai 2012 (9 représentations à Bastille)
Violeta Urmana, Marcello Giordani, Stefania Toczyska, Franck Ferrari, Nicole Piccolomini, Inva Mula, Vladimir Galouzine, Sergey Murzaev, Florian Laconi, Tassis Christoyannis
Mise en scène Giancarlo del Monaco (2007) / Direction Daniel Oren
Production du Teatro Real de Madrid

Hippolyte et Aricie (Rameau)

Du 9 juin au 9 juillet 2012 (12 représentations à Garnier)
Sarah Connoly, Anne-Catherine Gillet, Andrea Hill, Jaël Azzaretti, Salomé Haller, Marc Mauillon, Aurélia Legay, Topi Lehtipuu, Stéphane Degout, François Lis, Aimery Lefèvre, Manuel Nunez Camelino, Jérôme Varnier
Mise en scène Ivan Alexandre (2009) / Direction Emmanuelle Haïm
Production créée au Théâtre du Capitole de Toulouse

Arabella (Strauss)

Du 14 juin au 10 juillet 2012 (9 représentations à Bastille)
Kurt Rydl, Doris Soffel, René Fleming, Julia Kleiter, Genia Kühmeier, Michael Volle, Joseph Kaiser, Eric Huchet, Iride Martinez
Mise en scène Marco Arturo Marelli (2008) / Direction Philippe Jordan
Production de l’Opéra de Graz

 

Les reprises

Salomé (Strauss)

Du 08 au 30 septembre 2011 (8 représentations à Bastille)
Angela Denoke, Stig Andersen, Doris Soffel, Juha Uusitalo, Stanislas de Barbeyrac, Isabelle Druet, Alexander Kravets, Eric Huchet, François Piolino, Andreas Jäggi, Antoine Garcin
Mise en scène André Engel (1994) / Direction Pinchas Steinberg

La Clémence de Titus (Mozart)

Du 10 septembre au 08 octobre 2011 (9 représentations à Garnier)
Klaus Florian Vogt, Hibla Germava, Amel Brahim-Djelloul, Stéphanie d’Oustrac, Allyson McHardy, Balint Szabo
Mise en scène Willy Decker (1997) / Direction Adam Fischer

Tannhäuser (Wagner)

Du 06 au 29 octobre 2011 (8 représentations à Bastille)
Christopher Ventris, Christof Fischesser, Stéphane Degout, Nina Stemme, Sophie Koch, Tomasz Konieczny, Eric Huchet, Wojtek Smilek
Mise en scène Robert Carsen (2007) / Direction Sir Mark Elder

Lulu (Berg)

Du 18 octobre au 05 novembre 2011 (6 représentations à Bastille)
Laura Aikin, Jennifer Larmore, Andrea Hill, Martin Miller, Vincent Le Texier, Kurt Streit, Dirk Aleschus, Franz Grundheber, Robert Wörle; Victor von Halem, Marianne Crebassa, Marie Thérèse Keller
Mise en scène Willy Decker (1998) / Direction Michael Shonwandt

La Dame de Pique (Tchaïkovski)

Du 19 janvier au 06 février 2012 (7 représentations à Bastille)
Vladimir Galouzine, Olga Guyakova, Ludovic Tézier, Evgeny Nikitin, Dan Karlström, Balint Szabo, Larissa Diadkova, Varduhi Abrahamyan, Nona Javakhidze
Mise en scène Lev Dodin (1999) / Direction Dmitri Jurowski

Rigoletto (Verdi)

Du 27 janvier au 23 février 2012 (10 représentations à Bastille)
Piotr Beczala, Zeljko Lucic, Nino machaidze, Dimitry Ivashchenko, Sylvie Brunet, Cornelia Oncioiu, Simone Del Savio, Florian Sempey, Vincent Delhoume, Alexandre Duhamel, Marianne Crebassa
Mise en scène Jerôme Savary (1996) / Direction Daniele Callegari

Pelléas et Mélisande (Debussy)

Du 28 février au 16 mars 2012 (7 représentations à Bastille)
Stéphane Degout, Vincent Le Texier, Franz Josef Selig, Elena Tsallagova, Jérôme Varnier, Anne Sofie Von Otter
Mise en scène Bob Wilson (1997) / Direction Philippe Jordan

La Veuve Joyeuse (Lehar)

Du 29 février au 02 avril 2012 (12 représentations à Garnier)
Harald Serafin, Ana Maria Labin, Susan Graham, Daniel Behle, Edwin Crossley-Mercer, François Piolino, Francis Bouyer, Claudia Galli, Francis Duziak, Andrea Hill, Fabrice Dalis, Michèle Lagrange, Franz Mazura
Mise en scène Jorge Lavelli (1997) / Direction Asher Fisch

Don Giovanni (Mozart)

Du 15 mars au 21 avril 2012 (12 représentations à Bastille)
Peter Mattei, Paata Burchuladze, Patricia Petibon, Bernard Richter, Saimir Pirgu, Véronique Gens, David Bizic, Nahuel di Pierro, Gaëlle Arquez
Mise en scène Michael Haneke (2006) / Direction Philippe Jordan

Le Barbier de Séville (Rossini)

Du 24 mai au 2 juillet 2012 (14 représentations à Bastille)
Antonino Siragusa, Maurizio Muraro, Karine Deshayes, Tassis Christoyannis, Carlo Cigni, Vladimir Kapshuk, Jeannette Fischer
Mise en scène Coline Serreau (2002) / Direction Marco Armiliato

L’Amour des trois oranges (Prokofiev)

Du 23 juin au 13 juillet 2012 (8 représentations à Bastille)
Alain Vernhes, Charles Workman, Patricia Fernandez, Nicolas Cavallier, Andreas Conrad, Igor Gnidii, Vincent Le Texier, Marie-Ange Todorovitch, Carol Garcia, Alisa Kolosova, Amel Brahim-Djelloul, Victor von Halem
Mise en scène Gilbert Deflo (2005) / Direction Alain Altinoglu

Saison Lyrique 2011 / 2012 de l’Opéra National de Paris

Première impression sur cette saison :

La programmation de la saison 2011/2012 est centrée sur le répertoire allemand, français et italien. Aucune œuvre anglo-saxonne n’est montée, et La Dame de Pique défendra la langue slave avec La Cerisaie.

Les œuvres sont faciles d’accès si l’on exclut la reprise de Lulu, un des évènements très attendus à la rentrée, mais programmée sur un très court créneau de 19 jours.

Si huit nouvelles productions sont à l’affiche, uniquement quatre sont une création de l’Opéra National de Paris - par des metteurs en scène français -, car les quatre autres (La Cenerentola, Arabella, Cav&Pav, Hippolyte et Aricie) sont des adaptations de spectacles créés ailleurs.  Là aussi, la prudence est de mise, car seuls deux de ces ouvrages concernent le XXème (Arabella) et le XXIème siècle (La Cerisaie).

N’être à l’origine de seulement quatre productions avec un budget artistique de plus de 35 Millions d’euros, que l’on pourrait comparer aux trois nouvelles productions du Teatro Real de Madrid avec seulement 14 Millions d’euros, pose la question de l’ambition artistique de la direction.
Surtout que huit mises en scène présentées cette saison dateront de plus de dix ans.

On ne peut nier que l’ambition est vocale, car s’il n’y a pas plus de grands chanteurs que les saisons passées, ils sont cependant distribués dans tous les spectacles, et sont presque toujours associés à des chanteurs français ou bien des anciens élèves du studio de l'Opéra exposés dans des rôles qui constituent un palier important à Bastille (Elena Tsallagova en Mélisande, David Bizic en Leporello …).

Philippe Jordan dirige quatre opéras. Ses talents symphonistes augurent d'un Pelléas et Mélisande envoûtant, et il reste à découvrir la rencontre d'un style élégant avec les élans passionnels de la Forza del destino.

Ceux qui ont suivi de près la carrière de Nicolas Joel reconnaitront également une empreinte forte de son passage à l’Opéra de Strasbourg, quarante ans plus tôt.

En hommage à Jean-Pierre Ponnelle, dont il fut collaborateur avec Jean-Louis Martinoty, sa production de la Cenerentola est montée pour la première fois à Paris.
La nouvelle production de Faust est donc confiée à Martinoty, et sera dirigée par Alain Lombard, le directeur général de l’Opéra National du Rhin du temps où Rolf Liebermann dirigeait l’Opéra de Paris.

Elle remplace ainsi celle de Jorge Lavelli, créée d'ailleurs par Liebermann, et en compensation, le metteur en scène argentin revient à l'Opéra de Paris à l'occasion de la reprise de La Veuve Joyeuse.

Jean-Claude Auvray se charge également de monter La Forza del Destino, en souvenir de son engagement par Liebermann lors du renouveau de la maison.
Les Rolling Stone de l’Opéra sont bel et bien de retour…

Enfin, si l’on s’intéresse à la gestion de la billetterie de Bastille et Garnier, les modifications de tarification apportées sont particulièrement défavorables à un public connaisseur mais peu fortuné.

Afin d’augmenter les recettes sans donner l’apparence d’une augmentation des tarifs, la direction de l’Opéra de Paris a choisi de ne pas modifier la grille des prix par catégories.
En revanche, elle a notamment surclassé à Bastille 150 places parmi les 340 de catégories 9 à 7 (moins de 25 euros) en les faisant passer à des catégories 6 à 4 (35 à 105 euros), moyennant des surtitres plus accessibles.
Ainsi, cette multiplication de 300% à 500% sur ces petites places permet d’augmenter les recettes de 3% sur une saison, sans que rien n’y paraisse.
Une approche incompréhensible et dure qui évacue une part du public la plus attachée à l’art lyrique.

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Publié le 7 Mars 2011

Katia Kabanova (Janacek)
Répétition générale du 05 mars 2011

Katia Angela Denoke
Saviol Dikoy Vincent Le Texier
Kabanicha Jane Henschel
Tichon Kabanov Donald Kaasch
Boris Grigorievitch Jorma Silvasti
Kudriach Ales Briscein
Varvara Andrea Hill
Kouliguine Michal Partyra
Glacha Virginia Leva-Poncet
Fekloucha Sylvia Delaunay

Mise en scène Christoph Marthaler
Direction musicale Tomas Netopil

Après la création de la nouvelle mise en scène de Katia Kabanova au Festival de Salzbourg (1998), l’ensemble de la distribution musicale fut réinvitée au Palais Garnier (2004) pour la première saison de Gerard Mortier

Homme de théâtre, Christoph Marthaler faisait ainsi son entrée à l’Opéra de Paris.

 

                                            Angela Denoke (Katia Kabanova)

La cour d’un immeuble décrépi sert de cadre unique à un lieu de vie aux allures carcérales. Au centre, un bassin dérisoire est le seul élément de décor en rapport avec la Volga, le flux scintillant que l’on pressent dans toute la musique de Janacek. Un cygne git sous les pompes à eau, la grâce de l’âme, l’aspiration à quelque chose de beau qui n’a aucune chance de survie.

Andrea Hill (Varvara) et Ales Briscein (Kudriach)

Andrea Hill (Varvara) et Ales Briscein (Kudriach)

Marthaler se concentre sur le décalage complet entre la force émotionnelle de Katia et la pauvreté spirituelle des personnes qui l‘entourent. Kudriach et Varvara se contentent de leur charmante et banale idylle main dans la main au bord de l’étang, relation bien préférable à celle de Kabanicha et Dikoy qui se livrent à un grossier commerce des corps.

 

Ce style très dynamique entraine les personnages selon des mouvements adhérents à la musique, quitte à en faire des pantins, mais toujours avec beaucoup d’humour.
Même l’amour trouve en quelques jets d’eaux intermittents une matérialisation drôle et totalement désillusionnée.

Angela Denoke, la seule avec Jane Henschel à avoir assuré toutes les séries de cette production depuis treize ans, y est d’une profondeur et d’un magnétisme miraculeux. Humanité du regard, séduction des appels de voix intériorisés, si lumineux et purs, beauté de son être, même replié sous un manteau anonyme, font que l’on a le bonheur d’admirer une artiste qui nous marquera à vie.

 

                                  Angela Denoke (Katia Kabanova)

Les trois rôles de ténors qui l’accompagnent sont distribués avec exacte adéquation au tempérament des personnages. Ales Briscein (Kudriach), la jeunesse contenue dans un timbre frais et des lignes très sûres, séduit aisément Andrea Hill, espiègle Varvara qui cherche à fuir l’ennui,  Donald Kaasch possède les couleurs vocales du mari à la fois vieillissant mais encore enfant, et laisse ainsi les expressions les plus mûres, mais aussi les plus troublées, au Boris de Jorma Silvasti.

D’une indiscutable autorité, Jane Henschel compose avec Vincent Le Texier, voix nerveuse et sonore, un couple parfaitement assorti.

   Jorma Silvasti (Boris) et Angela Denoke (Katia Kabanova)

   Jorma Silvasti (Boris) et Angela Denoke (Katia Kabanova)

Tomas Netopil privilégie une grande constance, un équilibre théâtral qui se fond dans une solide vision d’ensemble, sans coup d’éclat, avec des insistances sur les détails sombres des cordes.

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Publié le 1 Mars 2011

Der Ring des Nibelungen - Siegfried (Wagner)
Répétition générale du 26 février 2011 et
Représentation du 27 mars 2011

Opéra Bastille

Siegfried Torsten Kerl
Mime Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Der Wanderer Juha Uusitalo
Alberich Peter Sidom
Fafner Stephen Milling
Erda Qiu Lin Zhang
Waldvogel Elena Tsallagova
Brünnhilde  Brigitte Pinter (26/02)
                  Katarina Dalayman (27/03)

Direction Musicale Philippe Jordan
Mise en scène Günter Krämer

 

Synopsis

Notung
Mime élève Siegfried dans le secret espoir que le jeune homme, un jour, tuera Fafner pour lui procurer l’anneau. Wotan, sous le déguisement du Voyageur, a suivi de près les évènements, sans intervenir lui-même. Grâce à un jeu de questions et de réponses, Mime comprend que seul Siegfried reforgera Notung, l’épée capable de tuer Fafner.

Siegfried et le Dragon
Au lieu de ressouder les tronçons ensemble, Siegfried les brise, les fond et les coule à nouveau, refaisant entièrement Notung. Il tue Fafner. Pénétrant les pensées homicides de Mime, il le tue à son tour. Il prend possession de l’anneau et du heaume magique, ainsi que de tout le trésor de Fafner.
Ayant accidentellement goûté le sang du dragon, Siegfried comprend le chant d’un oiseau qui lui révèle l’existence de la vierge du roc, Brünnhilde, plongée dans son sommeil et entourée de flammes. Siegfried décide d’éveiller la Walkyrie endormie et de la prendre pour épouse.

La lance brisée
De son côté, Wotan tire Erda du sommeil tellurique qu’elle a poursuivi depuis la naissance de Brünnhilde, afin de découvrir s’il existe un moyen d’éviter la fin imminente de son règne. Mais même Erda ne peut l’aider et Wotan s’apprête sans rancœur à céder son pouvoir à son petit-fils qu’il voit approcher. Mais l’attitude de Siegfried est si offensante que Wotan, dans un dernier sursaut de révolte, lui barre le chemin de sa lance. L’épée Notung brise la lance, symbole du pouvoir du dieu.

Le réveil de Brünnhilde
Siegfried, traversant le cercle de feu, gravit le rocher de la Walkyrie où il éveille la vierge guerrière. La joie de Brünnhilde à sa vue est suivie de l’amer regret de n’être plus une inviolable déité, mais une simple mortelle. Elle va toutefois trouver dans les bras de Siegfried de nouvelles et humaines passions. 

Siegfried (Philippe Jordan-Günter Krämer) à l'Opéra Bastille

Comme l’on pouvait s’y attendre, les choix esthétiques de Günter Krämer pour ce troisième volet du Ring s’inscrivent dans la continuité de l’Or du Rhin et de la Walkyrie.
Si certaines images sont fortes, il arrive qu’elles soient entrecoupées de passages à vide devant un simple tableau noir - signe de capitulation ? -, et que nombre d’objets renvoient sciemment à la laideur des artifices, signes d'humour.
Il apparaît également plus clairement que le metteur en scène dénonce dans le cycle complet, à partir d’un ensemble de tableaux, la responsabilité de l’homme dans la destruction de son propre monde, qu‘elle soit active ou bien passive.
 

Le premier acte de Siegfried s’ouvre sur l’univers de Mime, le frère d’Alberich, nain représenté en ménagère évoluant en sous-sol dans un lieu de vie grossier et aménagé de quelques éléments de simili-verdure.

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke se glisse dans ce personnage vulgaire avec une aisance vocale et corporelle irrésistible au plus haut point.

Son chant répercute brillamment chaque phonème avec un sens du discours théâtral tranchant, agilité qui va de pair avec la souplesse dont il fait preuve pour contrôler son propre corps.

 

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime)

Il n’est pas le seul à se lâcher sur scène, Günter Krämer tourne en dérision tout ce passage.

Le premier tableau plante en effet un décor d’enfance, sapin de noël, nounours et autres nains de jardin, dans lequel a été élevé le fils de Siegmund.
En salopette pendant tout son parcours, Torsten Kerl n’a sans doute pas les talents comiques de son partenaire, ni la même projection, mais le timbre est attachant et son rôle gauche reste plutôt distrayant.

Torsten Kerl (Siegfried) et Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime)

Torsten Kerl (Siegfried) et Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime)

Il est présenté comme l’homme sur lequel compte Mime pour le sortir de sa médiocre condition, et c’est en regardant sur un écran de télévision le film de Fritz Lang, Siegfried, qu’il trouve un exemple à suivre.

La rencontre entre Mime et le Voyageur est présentée de façon amusante, une leçon d'école, d'où un seul mot est à retenir : Furcht,  la peur dont Wotan est devenu le vecteur, la peur qui asservit les hommes à des leaders, la peur que Siegfried ne connaît pas.

 Juha Uusitalo (Der Wanderer - Wotan)

Juha Uusitalo (Der Wanderer - Wotan)

Après la remarquable interprétation humaine de Thomas Johannes Mayer lors de l'épisode précédent, Juha Uusitalo reprend le rôle de Wotan avec une conception plus brute, une présence physique forte mais vocalement plus uniforme.

 

La transition vers la scène de la forge se fait naturellement en utilisant la machinerie hydraulique de Bastille, prétexte assez simpliste pour montrer progressivement l’effacement de la symbolique verte, naturelle, devant le feu destructeur et rougeoyant du à la fabrication de l‘arme ultime : Notung.

Mais contrairement à l’ouverture sur la maison de Hunding dans  Die Walküre, l’exécution musicale de Philippe Jordan et de l’Orchestre de l’Opéra de Paris prend dès le départ un élan nerveux, lumineux, avec un soucis de révéler nettement tous les thèmes de la musique de Wagner, et de rechercher une perfection des formes qui se fond dans la fluidité d‘ensemble.

 

 

Stephen Milling (Fafner)

Cette élégance quasi féminine, et finement sculptée, est peut être à l’origine des critiques de ceux qui préfèrent un Wagner plus noir, lourd et violent.
Même les timbales sonnent à la fois puissamment et vivement, et les motifs des solistes s’élèvent et s’évanouissent dans une continuité harmonieuse toujours aussi poétique.

Ces qualités sont une constante de toute la représentation.

Acte II : la grotte de Fafner

Acte II : la grotte de Fafner

Nous nous retrouvons au second acte dans des profondeurs où aboutit un rail menant à la grotte de Fafner, profondeurs dominées par la toile d’une forêt respirant au rythme des pulsations de la musique, dans une lumière sombre mixant or et verdure.
Wotan et Alberich, tels des hommes d'affaires reflets l’un de l’autre, en surveillent l’entrée. Peter Sidom est aussi percutant que brillant acteur.

Krämer substitue par la suite le dragon à un chef mafieux, impressionnant Stephen Milling, qui dispose d’une bande d’hommes armés et chargés d’amasser les richesses, le rêve de pouvoir tel que Mime l’envisage pour lui-même. 
La nudité des figurants ne se justifie que lorsque leurs corps, terrassés après le meurtre de Fafner et de Mime, se mêlent aux feuilles mortes, à la délicatesse des rideaux peints, et que la nature reprend le dessus.

Qiu Lin Zhang (Erda)

Qiu Lin Zhang (Erda)

A nouveau il s’agit d’insérer, comme les ouvriers des géants, les mineurs d'Alberich, les héros du Walhalla, la tribu de Hunding, une forme d’aliénation de masse autour d’un leader.

Le monde est toujours en flamme, depuis l’immolation de Brünnhilde, mais faut-il comprendre que l’écran plasma - procédé décalé et peu spectaculaire - situé dans la bibliothèque d’Erda souligne son inaction et sa contemplation devant le désastre en cours?

Le timbre d’ébène de Qiu Lin Zhang, profondément pathétique, fait à nouveau forte impression. 

Torsten Kerl (Siegfried)

Torsten Kerl (Siegfried)

Nous ne verrons pas comment Siegfried traverse les flammes pour atteindre la Walkyrie, et nous nous contenterons d’un large tableau gris à l’avant scène lors de la lutte entre Siegfried le Comique et Wotan la Star.

La dernière scène, sur laquelle monte un long accord sidéral, s’ouvre sur le grand escalier du Walhalla, sous une lueur crépusculaire qui crée des effets de crénelages fascinants.

Les restes de la colère de Wotan - deuxième acte de la Walkyrie - s’éparpillent sur les marches, et les gardiens du palais, image magnifique de ces casques ailés bienveillants,  veillent sur le corps de Brünnhilde.

Par peur, elle s'était réfugiée sous la table au moment où Loge allumait un feu ravageur.

On peut supposer qu'une fois endormie, les gardiens l'ont déposée au milieu du grand escalier pour préparer sa transition d'une vie éternelle vers la vie humaine, à la surface de la Terre.

Brigitte Pinter (Brünnhilde)

Brigitte Pinter (Brünnhilde)

Son réveil par Siegfried est celui d’un enfant maladroit retrouvant sa mère, et Brigitte Pinter, lors de la répétition, impose petit à petit sa noble allure, femme désabusée mais encore vaillante lors de son ultime cri d’amour.

Les autres soirs, Katarina Dalayman apparaît plus sauvage, voix de métal avec une tendance à précipiter de brusques éclats, regard lumineux, et quelques limites compensées par un enthousiasme communicatif.

Katarina Dalayman (Brünnhilde).

Katarina Dalayman (Brünnhilde).

La dernière minute de l’opéra se déroule sur un soleil grandissant, à la fois étoile Siegfried et étoile de Brünnhilde, alors que Wotan s’écroule.

Siegfried (Philippe Jordan-Günter Krämer) à l'Opéra Bastille

Il y a quelque chose de frustrant et d' attachant dans l’approche de Günter Krämer. Son travail du mouvement d'acteur en reste au premier degré, il utilise des procédés datés, mais en même temps il peut créer des tableaux singulièrement poétiques car il ne perd pas de vue la dimension humaine.

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Publié le 27 Février 2011

Mardi 01 mars 2011 sur France 2 à 00H15
La petite danseuse de Degas (Ballet de Patrice Bart, Musique de Denis Levaillant)
Enregistré à l’Opéra National de Paris en 2009 

 

Samedi 05 mars 2011 sur France 3 à 00H15
Gala d'ouverture de l'Orchestre philharmonique de Los Angeles

Avec Juan Diego Florez et Gustavo Dudamel

 

Dimanche 06 mars 2011 sur Arte à 09H45
Danser Ravel et Debussy !
«Ma mère l’Oye», « Prélude à l’après midi d’un faune », « La valse ».

Dimanche 06 mars 2011 sur Arte à 10H45
Une leçon particulière de musique avec René Jacobs

Dimanche 06 mars 2011 sur Arte à 19H15
Luciano Pavarotti, concert au stade olympique de Munich (1986)

Lundi 07 mars 2011 sur Arte à 22H45
Gnawa Music, corps et âme 

 

Mardi 08 mars 2011 sur France 2 à 00H30
La nuit de la Gaîté-Lyrique (Documentaire)

 

Jeudi 10 mars 2011 sur TF1 à 02H45

Le Trouvère (Verdi)

Enregistré à Orange avec Roberto Alagna, Susan Neves, Larissa Diadkova

 

Samedi 12 mars 2011 sur France 3 à 00H15
Gala de Berlin

Berlioz, Saint Saëns, Bizet, De Falla. 

 

Dimanche 13 mars 2011 sur Arte à 09H45
Cycle Bruckner – Symphonie n°4 Avec Daniel Barenboïm et la Staatskapelle Berlin

Dimanche 13 mars 2011 sur Arte à 11H00
Une leçon particulière de musique avec Anner Bylsma

Dimanche 13 mars 2011 sur Arte à 19H15
Cecilia Bartoli – L’art des castrats

Lundi 14 mars 2011 sur Arte à 22H45
Menahem Pressler : la consolation
Menahem Pressler sera à la Cité de la Musique à Paris en mars 2011 ; le 20 pour une leçon de musique et le 23 pour un concert Chopin et Schubert. 

 

Mardi 15 mars 2011 sur France 2 à 00H15
Le Roi Arthur (Purcell)
Direction Hervé Niquet 

 

Jeudi 17 mars 2011 sur Arte à 22H15
Nabucco (Verdi) en direct du Teatro dell’Opera di Roma.
Riccardo Muti, direction. Jean-Paul Scarpitta, mise en scène
Avec : Leo Nucci,  Antonio Poli, Dmitry Beloselskiy, Elisabete Matos, Ezgi Kutlu.

Dimanche 20 mars 2011 sur Arte à 09H45
Cycle Bruckner – Symphonie n°5 Avec Daniel Barenboïm et la Staatskapelle Berlin

Dimanche 20 mars 2011 sur Arte à 11H00
Une leçon particulière de musique avec Pierre-Yves Artaud

Dimanche 20 mars 2011 sur Arte à 19H15
Vivaldi Virtuoso ! (2010). Europa Galante Fabio Biondi, violon et direction

Lundi 21 mars 2011 sur Arte à 22H45
Ingo Metzmarcher – un chef d’orchestre allemand 

 

Samedi 26 mars 2011 sur France 3 à 00H15
L'Heure de mady Mesplé

 

Dimanche 27 mars 2011 sur Arte à 09H45
Cycle Bruckner – Symphonie n°6 Avec Daniel Barenboïm et la Staatskapelle Berlin

Dimanche 27 mars 2011 sur Arte à 11H00
Une leçon particulière de musique avec Kenneth Gilbert

Dimanche 27 mars 2011 sur Arte à 19H15
Il Giardino Armonico – Concert du 25e anniversaire Musique :Vivaldi, Mozart, Haendel, W.F.Bach

Lundi 28 mars 2011 sur Arte à 22H45
Let’s dance ! Israel et la danse contemporaine

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 21 Février 2011

La pagina en blanco (Pilar Jurado)
Représentation du 18 février 2011
Création Mondiale au Teatro Real de Madrid

Ricardo Estapé Otto Katzameier
Xavi Novarro Nikolai Schukoff
Aisha Djarou Pilar Jurado
Marta Stewart Natascha Petrinky
Gérard Musy Hernan Iturralde
Kobayashi Andrew Watts
Ramon Delgado José Luis Sola

Direction Musicale Titus Engel
Mise en scène David Hermann

 

                                                                                                                      Nikolai Schukoff (Xavi Novarro)

La création Mondiale de La pagina en blanco est un aboutissement musical pour Pilar Jurado, qui à la fois soprano, chef d’orchestre et compositrice, car non seulement il s’agit du premier opéra qui lui a été commandé au cours des mois qui précédèrent la nomination de Gerard Mortier à la direction artistique du Teatro Real, mais également parce qu’elle s’est réservée un rôle scénique et la charge la rédaction du livret.

Le texte, prosaïque et purement narratif, raconte l’histoire fantastique d’un compositeur qui a perdu sa flamme inspiratrice. Un directeur de théâtre, Gérard Musy (contraction malicieuse de Gerard Mortier et de Jean-Marie Musy, un conseiller musical de Pilar Jurado), une cantatrice, Aisha Djarou (anagramme de Jurado) et un ami possédant un robot chanteur, Xavi Novarro, se mettent dans l’idée de faire revivre les émotions créatrices de l’artiste, notamment en misant sur la nouvelle histoire d’amour qui se noue entre lui et la chanteuse.

Mais le compositeur perd la vie dans un accident de voiture, et son corps est alors porté dans un laboratoire pour que soit récupérée l’énergie lyrique de l’opéra qu’il a imaginé.

Pilar Jurado (Aisha Djarou)

Pilar Jurado (Aisha Djarou)

On ne peut pas dire que le thème de l’influence des technologies sur notre espace mental soit abordé de la manière la plus convaincante qui soit, le passage du monde réel au monde imaginaire ne se percevant pas, surtout que les solutions théâtrales de David Hermann insistent sur les expressions corporelles des artistes, sourires étranges, convulsions, et sur un jeu un peu trop calculé.

En revanche, la chambre du compositeur, stylisée et d’un blanc immaculé, surplombant un monde souterrain médiocrement réel, est disposée à l’intérieur d’un cube qui s’ouvre pour présenter sur ses faces des vidéographies colorées d’oiseaux et de poissons évoluant dans un univers angoissant (L'univers du Jardin des délices de Jérôme Bosch, Triptyque exposé au musée du Prado). Il en ressort une impression d'espace hors du temps.

Cet ensemble a de quoi déstabiliser, surtout que l’écriture vocale reste assez monotone pour la plupart des chanteurs et se limite à un crescendo de la voix humaine, excepté pour les vocalises un peu trop vite expédiées de Pilar Jurado, et pour la puissance impressionnante du contre ténor héroïque Andrew Watts, d’une carrure inhabituelle pour cette tessiture.

Le caractère incisif de Nikolai Schukoff est ici sous employé, contrairement l'interprétation qu'il avait faite de Jim dans Mahagonny au Capitole de Toulouse.

Comme très souvent, on sent que Gerard Mortier a essayé de diffuser dans le texte quelques petits messages qui ne sont pas anodins : Nous pensons que nous contrôlons notre propre vie. Peut-être nous limitons nous seulement à suivre un jeu, le misérable jeu de la vie et le grandiose jeu de la mort.

La Pagina en Blanco (Pilar Jurado) Teatro Real de Madrid

La partition de Pilar Jurado est en revanche d‘une haute valeur musicale. Le tissu des structures des cordes est d’une beauté rare, expressionniste, les reflets s’y éclaircissent, frissonnent, alors que les percussions viennent soutenir l’action sans que l’on ressente l’agressivité que nous avait fait subir Bruno Mantovani dans Siddharta la saison dernière à Bastille.

Les chœurs, stimulants et vivifiants, sonnent comme la tempête qui brasse l‘énergie créative du compositeur, mais aussi comme un violent maelstrom qui emporte tous les chanteurs dans la scène finale, une sorte de chute vertigineuse que précipite un Phoenix au regard inquiétant, dans un feu infernal.

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Publié le 16 Février 2011

La Fin. au Théâtre National de l’Odéon
Représentations du 05 et 11 février 2011

D’après Nickel Stuff. Scénario pour le cinéma de Bernard-Marie Koltès,
Le procès et le Chasseur Gracchus de Franz Kafka,
Elisabeth Costello de John Maxwell Coetzee

Mise en scène Krzysztof Warlikowski

Dramaturgie Piotr Gruszczynski
Décor et costumes Malgorzata Szczesniak
Production Nowy Teatr - Varsovie

Avec Magdalena Cielecka
Stanislawa Celinska
Maja Ostaszewska
Ewa Dalkowska
Wojciech Kalarus
Mateusz Kosciukiewic
Zygmunt Malanowicz
Magdalena Poplawska
Jacek Poniedzialek
Anna Radwan
Maciej Stuhr   

                                                                                                            Magdalena Cielecka

Krzysztof Warlikowski est un metteur en scène contemporain qui illustre le mieux ce que faire de sa vie une œuvre d’art veut dire..

Il s’agit d’un questionnement sur la manière de parler de soi à partir d’un ou plusieurs textes imbriqués les uns avec les autres, avec un style qui tire sa force envoutante de l’ambiance musicale, des effets d’espace visuels modifiés par quelques plans, de la vidéo projection et des angles d’éclairages, des torsions des corps, des silences, des douleurs et des violences, et de la séduction charnelle de la langue polonaise.

Maja Ostaszewska

Maja Ostaszewska

Après Apollonia, poignante mise en perspective du mythe du sacrifice, Krzysztof Warlikowski pose le problème de la certitude de la Fin, de la rencontre inévitable avec la mort, et donc du sens que chacun donne à sa vie pendant l’attente.

Cette vie peut être une lutte à subir la culpabilité vécue intérieurement, à travers le personnage attachant joué par Maciej Stuhr, à la fois inspiré de Joseph.K et du chasseur Gracchus - la femme à la tête de chamois en est un indice-, que l'on voit régresser et entouré d'êtres qui l'observent étrangement.

A vrai dire, ce qu'il vit est d'une opacité difficile à élucider, comme la relation avec la femme sirène (Maja Ostaszewska), et seul s’extériorise un mal être, une mise à nue qui aboutit sur un cri de rage et une volonté de paix inatteignable.

N’y a-t-il pas plus angoissant que l’idée d’une âme qui ne trouve pas sa réalisation?

Maciej Stuhr

Maciej Stuhr

Cette désorientation n’est pas nouvelle, parmi les thématiques chères au metteur en scène, Le Roi Roger avait été une autre occasion de donner forme à un questionnement spectaculairement inquiétant.

Mais dans le propos, c’est le texte de Nickel Stuff qui nous touche plus directement.
Après une ouverture sur la fascinante danse de Babylone - la souplesse corporelle de Magdalena Poplawska est l'une des plus précieuses merveilles de Krzyzstof Warlikowski -, nous sommes à genou lorsque la jeune femme pleure l'enclenchement fatal qu'a engendré l'attaque verbale de Tony à propos de ses jambes.
Car ces deux êtres seront obligés de se battre jusqu'au bout, malgré le fait qu'ils n'étaient pas faits pour se rencontrer.

On ne peut rattraper une balle, une fois qu'elle a été tirée.

La pièce de Koltès est jalonnée de frappes verbales sur la tendance de l'homme à trouver sens dans un médiocre conformisme, dans la victoire aux concours, dans l'acceptation des hiérarchies sociales, mais aussi dans un idéalisme universel tel que le rêve le jeune homme incarné par Mateusz Kosciukiewicz.

Magdalena Cielecka et Krzysztof Warlikowski

Magdalena Cielecka et Krzysztof Warlikowski

Et ici encore, les femmes deviennent d’étranges créatures sophistiquées, presque supérieures, alors que les hommes n’ont que des rôles peu rutilants, comme dans le cinéma de Pedro Almodovar.
L’obsession de la relation à la mère revient également sous une forme très intimiste.

Et après la violence de la vie que décrit Koltès, la seconde partie s’axe sur La porte, la huitième leçon d’Elisabeth Costello - J.M Coetzee est un autre auteur fétiche de Warlikowski déjà utilisé dans Apollonia-, lorsque Ewa Dalkowska bute sur le juge au moment de passer le seuil du paradis. Les justifications n’ont aucun sens face au mystère de la vie totalement assumée, jusqu’au constat qu’il arrive à chacun de nous, comme au juge, d’être totalement déboussolé.

Pourquoi tout ce théâtre? Peut être pour accroitre notre lucidité et ne pas perdre prise avec la vie dans ce qu‘elle a de plus essentiel.

Ewa Dalkowska et Krzysztof Warlikowski

Ewa Dalkowska et Krzysztof Warlikowski

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Publié le 12 Février 2011

Parsifal (Richard Wagner)
Représentation du 06 février 2011
Théâtre de la Monnaie de Bruxelles

Amfortas  Thomas Johannes Mayer
Titurel    Victor von Halem
Gurnemanz Jan-Hendrik Rootering
Klingsor Tomas Tomason
Kundry Anna Larsson
Parsifal Andrew Richards

Mise en scène Romeo Castellucci

Direction musicale Hartmut Haenchen
 

 

Dorothée Daffy - Figurante de l'exode (Acte III)

 

Au premier acte, nous sommes au milieu d’une forêt dense et obscure, symbole primitif bien connu de l’inconscient où se cachent les hommes, où se perdent les voix.
Il en résulte une constante sensation de malaise pénible à soutenir, car les chanteurs restent la plupart du temps invisibles, sensation accentuée par de fréquentes dissonances au sein de l’orchestre.

La vision de Romeo Castellucci démarre plutôt mal, et Harmut Haenchen peine à tenir les musiciens à leur meilleur, créant une déception inévitable lorsque l’on se remémore le Parsifal transcendant qu’il dirigea à l’Opéra Bastille en 2008, dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski.

Andrew Richard (Parsifal)

Andrew Richard (Parsifal)

Il faut attendre, et rien ne laisse imaginer un changement d’univers aussi radical, l’arrivée au château de Klingsor pour tomber dans une sorte de fascination à la vue de la chambre sacrificielle blanche, brumeuse, illuminée irréellement, parcourue de danseuses nues se contorsionnant sur les convolutions de la musique.

Tomas Tomason ne laisse aucune ambigüité transparaitre, aucune pitié pour les corps qu’il tord froidement, un maître du domaine qui s’efface pourtant à l’apparition magistrale de Kundry. Andrew Richard a déjà investi l’humanité frondeuse de Parsifal, mais il se révèlera encore plus puissant au troisième acte.

Anna Larsson (Kundry)

Anna Larsson (Kundry)

Car ce second acte est avant tout celui d’Anna Larsson. Elle ôte à Kundry son agressivité naturelle pour lui donner une intensité tragique et épouvantée, avec une voix d’une complexité rare qui creuse des abysses et libère des appels tourmentés.
La maîtrise avec laquelle elle assume son rôle, tout en maniant les enroulements du serpent blanc autour de son bras, est l’élément clé de cette vision angoissante, et non heureuse, de la sexualité dont se détourne Parsifal.

L’ensemble du travail plastique de Castellucci est visuellement d’une beauté impressionnante et déstabilisante, et Haenchen - tout comme l’orchestre - est ici à son aise dans les chromatismes dynamiques et sinueux.

Anna Larsson (Kundry)

Anna Larsson (Kundry)

De retour au domaine du Graal, tristement sombre et désolé, Parsifal retrouve un Gurnemanz vieillissant, Jan-Hendrik Rootering l‘incarne avec une usure juste, et y rallie tout un peuple pour le conduire on ne sait où.

L’ensemble de figurants réunis pour l’occasion -vêtus ordinairement- entame une marche sans fin, face au public, mené par la démarche fluide d’Andrew Richard.
L’homme est un leader naturellement humble, vocalement d’une force sereine.

A nouveau l’image est superbe lorsque ce peuple d’hommes et de femmes poursuit son exode au cœur d’une galaxie, eux-mêmes distants les uns des autres comme le sont chacune de ces étoiles, jusqu’à sa dispersion dans une cité moderne et froide.

Thomas Johannes Mayer dessine un Amfortas aussi humain que Wotan à l’Opéra Bastille, bien que son rôle scénique n’exploite pas autant de potentiel théâtral.

Thomas Johannes Mayer (Amfortas) et Andrew Richard (Parsifal)

Thomas Johannes Mayer (Amfortas) et Andrew Richard (Parsifal)

Malgré sa démarche intuitive et visuelle, Castellucci ne tisse pas de lien évident entre chaque acte, mais les thèmes des deux derniers - d’une réussite artistique totale - croisent l’errance de ces jeunes qui lient sexualité et mal de vivre urbain dans Shortbus, film de John Cameron Mitchell.

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Publié le 29 Janvier 2011

Mardi 01 février 2011 sur France 2 à 00H15
Natalie Dessay : Répétitions de la Fille du Régiment au Covent Garden de Londres

Jeudi 03 février 2011 sur France 5 à 21H45

Sur les pas d'Offenbach

Documentaire écrit par Christine Lamotte et Alain Duault

Samedi 05 février 2011 sur France 3 à 00H10

Une journée à l'Opéra de Lyon

Documentaire sur le travail de mise en scène de Werther par Rolando Villazon

Samedi 05 février 2011 sur France 3 à 00H45

Trois Stars à Vienne

Anna Netrebko, Rolando Villazon, Placido Domingo en concert au Palais de Schönbrunn

Dimanche 06 février 2011 sur Arte à 09H45
La Folle Journée de Nantes
Brahms : Quintette pour piano et cordes opus 34,
                Lieder pour piano, alto et mezzo-soprano, opus 91
                Un Requiem Allemand, opus 45
                Musique de chambre
Strauss  : Musique de chambre

Dimanche 06 février 2011 sur Arte à 14H00
La Folle Journée de Nantes
Raphaël Pichon : la leçon de musique
Wagner : Prélude et Liebestod (Tristan et Isolde)
Berg      : Concerto pour violon et orchestre « A la mémoire d’un ange »
Wagner : Siegfried-Idyll
J.Strauss : Schatzwalzer opus 418
Webern : Transcription
Berg      : Sonate pour piano opus 1
Mahler/Schoenberg/Hindemith  : Transcriptions pour orchestre à cordes (Beethoven)

Dimanche 06 février 2011 sur Arte à 19H00
La Folle Journée de Nantes
Brahms : Danses hongroises n°4
               Double concerto pour violon et violoncelle
Mahler  : Symphonie n°5
Strauss  : Vier letzte Lieder

Lundi 07 février 2011 sur Arte à 22H15
Portrait Diana Damrau

Dimanche 13 février 2011 sur Arte à 19H15
Erik Satie, Surprises

Lundi 14 février 2011 sur France 3 à 20H35
Les Victoires de la Musique Classique 2011

En direct de la Cité des Congrès de Nantes

Mardi 15 février 2011 sur Arte à 00H10
Arte Lounge. Invités : Casals, Garanca, Pape, Capuçon.

Mardi 15 février 2011 sur France 2 à 00H15
Arzys et le Requiem Allemand de Johannes Brahms

Direction Pierre Cao.

Mercredi 16 février 2011 sur France 5 à 00H45
Roberto Alagna

De la banlieue à l'Opéra.

Jeudi 17 février 2011 sur TF1 à 02H50

 Schubert in love (Ballet)

Chorégraphie de Charles Gil.

Samedi 19 février 2011 sur France 3 à 00H15

La symphonie n°9 du Nouveau Monde (Dvorak)

Direction Sergiu Celibidache

Dimanche 20 février 2011 sur Arte à 09H40
Emmanuel Krivine dirige le Requiem de Fauré

Dimanche 20 février 2011 sur Arte à 10H25
Leon Fleisher, à fleur de touches

Dimanche 20 février 2011 sur Arte à 11H05
Une leçon particulière de musique avec Hermann Baumann

Dimanche 20 février 2011 sur Arte à 19H15
Max Raabe & Palast Orchester : Ce soir ou jamais (2/2)

Lundi 21 février 2011 sur Arte à 22H35
Une chef d’orchestre entre Paris et Alger : Zahia Ziouani

Mardi 22 février 2011 sur France 2 à 00H30
André Chénier (Giordano)
Enregistré à l’Opéra National de Paris en 2009
Avec Marcelo Alvarez, Micaela Carosi, Sergei Murzaev

Samedi 26 février 2011 sur France 3 à 00H10

L'heure de Franck Ferrari

Dimanche 27 février 2011 sur Arte à 09H45
Olivier Messiaen : Turangalîla Symphonie

Dimanche 27 février 2011 sur Arte à 11H05
Une leçon particulière de musique avec Yvonne Loriod

Dimanche 27 février 2011 sur Arte à 19H15
Vadim Repin joue la Symphonie Espagnole de Lalo

Lundi 28 février 2011 sur Arte à 22H35
Vadim Repin, un magicien de l’archer

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 23 Janvier 2011

Le Barbier de Séville (Gioacchino Rossini)
Représentation du 22 janvier 2011
Théâtre du Châtelet

Il Conte d’Almaviva Bogdan Mihai
Figaro Bruno Taddia
Rosina Anna Stéphany
Bartolo Tiziano Bracci
Don Basilio Nicolas Courjal
Berta Giovanna Donadini
Fiorello Christian Helmer

Mise en scène Emilio Sagi

Direction Musicale Jean-Christophe Spinosi
Ensemble Matheus

Production du Teatro Real de Madrid (2005)

                                                                                                        Bogdan Mihai (Le Comte Almaviva)

Après une reprise très réussie du Barbier de Séville à l’Opéra de Paris lors de la saison précédente, Jean-Luc Choplin invite au Théâtre du Châtelet, pour cinq soirées, la production conçue pour le Teatro Real de Madrid par Emilio Sagi, artiste sensible à la gaité des couleurs.

Dans un décor des vieilles rues de Séville en noir et blanc, ornées de moulures décoratives, les chanteurs et les danseurs sont entrainés dans une recherche de mouvements qui coulent le long des principales formes d’onde de la musique.

 Bruno Taddia (Figaro)

Bruno Taddia (Figaro)

L’élégance dansante fait des artistes des éléments musicaux en eux mêmes, ces derniers deviennent la matérialisation humaine de la vitalité raffinée contenue dans l’harmonie rossinienne.

Pour soutenir cette gestuelle fluide, la souplesse des mains charmeuses du Comte, la légèreté des pas de Figaro, la délicatesse d’une action aussi simple que le fait de s’asseoir lorsque Rosine s’installe pour écouter sa leçon de chant, Jean-Christophe Spinosi amène l’Ensemble Matheus à atteindre un style fin et rebondi qui joue sur des effets d’atténuations des cordes et de sonorités luisantes, parfois métalliques et brillantes.

A cela s’ajoute une agréable homogénéité des voix, la douceur et le moelleux de Bogdan Mihai, fin et juvénile Comte d’Almaviva d’une fraîcheur qui ne sera fortement éprouvée que par le dernier air Cessa di più resistere, la clarté sympathique de Bruno Taddia, d’une égale finesse, la mezza voce noire et ronde d’Anna Stéphany qui se transforme en radieuses et discrètes coloratures.

Anna Stéphany (Rosine)

Anna Stéphany (Rosine)

On retrouve cette douceur dans les ambiances lumineuses, naïvement poétiques lorsque le Comte se présente à Rosine.

Il en résulte une mise à l’unisson du visuel, de l’oreille et du cœur, donnant ainsi une sensation de plénitude enjouée, car l’esprit atteint son état de détente enfin retrouvé.

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Publié le 17 Janvier 2011

Jules César (Georg Friedrich Haendel)
Répétition générale du 15 janvier 2011
Opéra Garnier

Giulio Cesare Lawrence Zazzo
Tolomeo Christophe Dumaux
Cornelia Varduhi Abrahamyan
Sesto Isabel Leonard
Cleopatra Natalie Dessay
Achilla Nathan Berg
Nireno Dominique Visse
Curio Aimery Lefèvre

Direction Musicale Emmanuelle Haïm
Mise en scène Laurent Pelly                                             Natalie Dessay (Cléopâtre)
Orchestre du concert d’Astrée

 

La saison théâtrale 2010/2011, au sens large, accorde une place importante aux mises en scène de Laurent Pelly, telles Mahagonny, Funérailles d’hiver, l’Opéra de quat’sous, Ariane à Naxos  ou bien Giulio Cesare dans le cas présent.

Pour apprécier la transposition dans la section antique d’un musée d’histoire de l’homme - l’amoncellement des sculptures de marbre ou de granite, au milieu duquel s’affaire un personnel nord-africain, nous situerait probablement au musée du Caire - il faut imaginer la joie et l'émotion qu’ont du éprouver les techniciens de l’Opéra de Paris à reproduire avec une très grande précision les bustes de personnages illustres grecs, la statue de César, ou bien le gigantesque Ramsès de Memphis sur lequel Cléopâtre et Ptolémée se laissent aller à leurs rêves de pouvoir.

Natalie Dessay (Cléopâtre)

Natalie Dessay (Cléopâtre)

Car le spectateur, situé à une distance bien plus grande, ne peut que souhaiter se faufiler derrière la scène, à la fin du spectacle, pour pourvoir s'émerveiller des lignes parfaites de toutes ces copies, à moins qu'il n'attende une retransmission télévisuelle qui lui permettra de profiter des gros plans.

En jouant sur la confusion entre le réel, la vie dans le musée, et l'imaginaire, les protagonistes issus des œuvres, la confusion entre les époques, contemporaine et antique, la confusion entre le personnel égyptien du musée et l'armée égyptienne de Cléopâtre, le traitement des caractères principaux reste finalement superficiel et agité, et une distanciation s'opère avec ce qu'il y a de plus vital en chacun d'eux.

Giulio Cesare (Dessay - Zazzo msc Pelly) au Palais Garnier

Natalie Dessay n'a donc plus qu'à y superposer son personnage, toujours sympathique, calé sur deux uniques dimensions, un temps One women show, un autre temps femme sensible, et Laurent Pelly peut faire courir ses personnages en diagonale, de gauche à droite et de droite à gauche.

Manifestement, la démarche vivante et populaire de l'affiche Pelly-Dessay l'emporte.

Pourtant, après un premier acte quelque peu ennuyeux, des images deviennent moins innocentes, et cherchent à toucher l’inconscient du spectateur. Il y est question d’oppression lorsque l’empereur romain s’en prend à des tribus nord-africaines, et d’anticolonialisme et de libération, lorsque les égyptiens se lèvent pour rejeter violemment César.
Les histoires qui lient cultures latines, hellénistiques et nord-africaines ressurgissent.

Varduhi Abrahamyam (Cornelia)

Varduhi Abrahamyam (Cornelia)

Mais si Laurent Pelly avait fait de Sesto un Romain qui rallie la cause du peuple égyptien pour assassiner Ptolémée, le tyran, et lui donner ainsi une dimension politique, il aurait presque pu passer pour un visionnaire.

Si le procédé engendre une certaine déconcentration musicale, écouter Giulio Cesare reste l’occasion d’entendre l’opéra de Haendel le plus prolifique en airs, avec Alcina, airs qui sont comme les porte-paroles les plus purs des âmes chahutées.

Emmanuelle Haïm, entourée des musiciens du Concert d’Astrée, ceux avec lesquels elle peut travailler avec une naturelle complicité, ne cherche finalement pas à faire rougeoyer les sentiments, mais plutôt à garantir la rigueur et le raffinement d’une musique, le classicisme d’une époque de l’humanité.

Constante dans son rôle de pleureuse, Varduhi Abrahamyam offre un portrait à la fois digne et émouvant de Cornelia, timbre vibrant de sombres fragilités alors que celui d’Isabel Leonard, plus neutre et léger, se distingue le mieux lorsque Sesto retrouve son espérance.

Natalie Dessay (Cléopâtre) et Lawrence Zazzo (César)

Natalie Dessay (Cléopâtre) et Lawrence Zazzo (César)

Capable de percutants coups d’éclat, Tolomeo est d’un caractère dur et agressif lorsque Christophe Dumaux s’empare du personnage, à l’opposé du Nireno de Dominique Visse, tellement décontracté que sa voix en fait des vagues, et de l‘Achilla brouillon de Nathan Berg.

A croire qu’il y a un pouvoir des sentiments en musique, l’instant où Cléopâtre prend conscience de son amour pour César, vers la fin du second acte, est également le moment où Natalie Dessay se détache de son personnage bien trop connu pour s’abandonner à la gravité de ses états d‘âmes. Ce qu’elle fait est simplement magnifique. Et c’est ce que l'on retient, plutôt que les autres scènes plus légères à tout point de vue...

L’impression est identique avec Lawrence Zazzo, humain et interrogatif, d’une profondeur terne, marquant les graves avec fermeté, et avec tout de même une certaine sensualité à défaut de volupté. Son personnage se densifie pour trouver une cohérence forte, et son plus bel air, au dernier acte.

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