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Publié le 24 Août 2025

Nabucco (Giuseppe Verdi – 09 mars 1842,
Scala de Milan)
Représentation du 13 août 2025
Soirées Lyriques de Sanxay
Site antique gallo-romain

Nabucco Ariunbaatar Ganbaatar
Abigaille Ewa Vesin
Zaccaria Dmitry Ulyanov
Fenena Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Le Grand Prêtre de Baal Adrien Mathonat
Anna Andreea Soare
Ismaele Klodjan Kaçani
Abdallo Alfred Bironien

Mise en scène Andrea Tocchio (2025)
Direction musicale Valerio Galli
Orchestre et Chœur des Soirées Lyriques de Sanxay

Depuis août 2000, Les Soirées Lyriques de Sanxay sont devenues un évènement lyrique estival incontournable, situées au nord de la région Nouvelle Aquitaine dans une zone rurale dont l’opéra le plus proche se trouve à Tours, à 110 km de là.

Ariunbaatar Ganbaatar (Nabucco)

Ariunbaatar Ganbaatar (Nabucco)

Dans ce cadre extérieur bucolique, environ 10 000 spectateurs (répétition générale comprise) assistent chaque année à un opéra mis en scène avec de grands chanteurs de niveau international (Asmik Grigorian y fit ses débuts en France en 2011 dans ‘Carmen’ pour le rôle de Micaela), le tout pour un budget d’un peu moins de 1 million d’euros, soit 100 euros par spectateur seulement, alors que la norme est plutôt d’un budget de production complet de 300 euros par spectateur dans les maisons lyriques standard.

Panorama de la scène de 'Nabucco' (2025) aux Soirées Lyriques de Sanxay

Panorama de la scène de 'Nabucco' (2025) aux Soirées Lyriques de Sanxay

Le Festival s’appuie sur une fréquentation à 95% locale et sur plus de 200 bénévoles chargés aussi bien de faire fonctionner l’intendance que de participer à la fabrication des décors ou à l’hébergement des artistes, un modèle économique fragile mais qui offre la plus authentique expérience de ce que devrait être l’opéra pour tous. A cette occasion, 30 à 35% du public découvre pour la première fois ce qu’est une représentation d’opéra.

A la question de la possibilité que chaque région de France puisse organiser ce même type de manifestation, Christophe Blugeon, le directeur artistique, répond qu’il n’est pas sûr que ce soit aussi faisable aujourd’hui quand on considère les contraintes économiques qui pèsent sur les collectivités territoriales. C’est ce qui rend ce rendez-vous des plus précieux, d’autant plus qu’il y règne une ambiance de simplicité qui tranche avec les lieux bien plus mondains que sont Aix-en-Provence, Salzbourg ou Bayreuth.

Michèle Lagrange et Philippe Duminy en 2003 dans 'Nabucco' - Production d'Antoine Selva à Sanxay

Michèle Lagrange et Philippe Duminy en 2003 dans 'Nabucco' - Production d'Antoine Selva à Sanxay

Pour cette 25e édition, Sanxay propose sa 3e production du célèbre opéra biblique de Giuseppe Verdi, ‘Nabucco’, après celle d’Antoine Selva interprétée par Philippe Duminy et Michèle Lagrange en 2003, puis celle d’Agostino Taboga interprétée par Alberto Gazale et Anna Pirozzi en 2014.

A Sanxay, les mises en scène se présentent telles des livres d’images conçus d’abord comme des écrins pour mettre en valeur chacun des solistes. Les qualités de la nouvelle scénographie d’Andrea Tocchio sautent aux yeux, car celle ci corrige les défauts de la production de 2014 en apportant de la fluidité aux changements de lieux grâce à la présence d’un plateau tournant, et revient à un contexte néo-babylonien (Le livret de Temistocle Solera parle de façon anachronique d’Assyriens alors que leur Empire s’était effondré 25 ans auparavant). A cela s’ajoutent de très élégants costumes aux teintes multi-colores et brillantes, bleu, vert, rose, doré, qui créent des impressions de chatoiements comme si l’on regardait une composition de pierres précieuses.

Anna Pirozzi en 2014 dans 'Nabucco' - Production d'Agostino Taboga à Sanxay

Anna Pirozzi en 2014 dans 'Nabucco' - Production d'Agostino Taboga à Sanxay

L’utilisation fine des éclairages sert aussi bien à mettre en valeur les ombres et le relief du décor, qui décrit les tours de l’enceinte de Babylone avec en son centre l’entrée du temple de Salomon pour le premier acte qui se déroule à Jérusalem, qu’ à évoquer la splendeur de la capitale néo-babylonienne en projetant du bleu sur toutes les façades aux actes suivants.

Une première prise de Jérusalem avait eu lieu en 597 av. J.-C. entraînant une première déportation de la noblesse juive afin de l’employer dans l’administration, mais la ville étant devenue hostile à Babylone sous l’influence des Égyptiens, Nabuchodonosor II s’empara à nouveau de la ville en 587 av. J.-C. L’action du livret débute à ce moment précis de la reconquête de la ville.

Ariunbaatar Ganbaatar (Nabucco)

Ariunbaatar Ganbaatar (Nabucco)

Grand chanteur du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg pendant quelques années, le baryton mongole Ariunbaatar Ganbaatar se fait connaître en France depuis quelques mois où il a chanté Germont en concert dans la ‘Traviata’ à la Philharmonie de Paris en décembre 2024, puis Don Carlo di Vargas dans ‘La Forza del Destino’ à Lyon et aux Chorégies d’Orange en 2025.

A Sanxay, sa présence domine le plateau, d’abord au sens premier du terme, le metteur en scène le faisant occuper une bonne partie du temps les hauteurs du décor, mais aussi parce qu’il dispose d’une ampleur vocale saisissante, alors que son timbre s’ennoblit d’une solide épaisseur tout en ayant suffisamment de souplesse pour humaniser ses expressions avec beaucoup de finesse.

Il offre ainsi à Nabucco un portrait bien affirmé, inflexible au summum de sa puissance, mais sans surjeu caricatural, pour ensuite en délier toute l'humble sensibilité une fois que la colère de son Dieu s’est abattue sur le Roi. Ses postures restent classiques, mais s’avèrent d’une grande efficacité.

Ewa Vesin (Abigaille) et Ariunbaatar Ganbaatar (Nabucco)

Ewa Vesin (Abigaille) et Ariunbaatar Ganbaatar (Nabucco)

Personnage connu pour sa nature incendiaire, Abigaille est incarnée par la soprano polonaise Ewa Vesin dont les qualités belcantistes et le soin qu’elle accorde au phrasé s’apprécient immédiatement. Les parures et le bleu léger de ses habits lui vont à ravir, mais elle ne cherche pas pour autant à en intensifier la noirceur, bien qu’elle en ait les couleurs. Face au Nabucco aussi monumental d’Ariunbaatar Ganbaatar, elle paraît ainsi moins froide et perçante que ce que l’on pourrait imaginer, d’autant plus que les fluctuations dans le suraigu et la discrétion de certains effets filés tendent aussi à induire des failles dans le caractère de la fausse fille de Nabucco. 

Dmitry Ulyanov (Zaccaria)

Dmitry Ulyanov (Zaccaria)

Grand prêtre qui apparaît comme le leader de la résistance à Nabucco, Zaccaria est investi par la basse russe Dmitry Ulyanov qui lui donne de l’envergure vocale et de la sévérité, un portrait aux accents verdiens qui ont une excellente emprise et qui permettent aussi de jauger la noirceur d’ébène du Grand prêtre de Baal, l’autre figure religieuse de la distribution servie par un artiste français beaucoup plus jeune, Adrien Mathonat, formé à l’Académie de l’Opéra national de Paris à l’instar de Marie-Andrée Bouchard-Lesieur qui compose une Fenena avec un profond dramatisme, son souffle drainant intensité et équilibre dans les variations de couleurs.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Fenena) et Klodjan Kaçani (Ismaele)

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Fenena) et Klodjan Kaçani (Ismaele)

Autre artiste étant passée par l’Atelier lyrique de l’Opéra national de Paris, l’ancienne structure de l’Académie, Andreea Soare se permet de faire crânement briller Anna dans les grands ensembles du chœur, alors que le jeune ténor albanais Klodjan Kaçani offre à Ismaele un chant très agréablement ambré, mais encore un peu timide, Alfred Bironien se distinguant en Abdallo par sa franchise de timbre.

Si ‘Nabucco’ peut être dirigé avec fureur et fulgurances, Valerio Galli privilégie d’abord un rythme modéré, la chaleur du son et la clarté des motifs mélodiques. Le chœur se montre de bout en bout d’une belle unité chantante, le célèbre air ‘Va pensiero’ étant interprété avec un sens introspectif qui en fait une véritable prière.

Ariunbaatar Ganbaatar, Ewa Vesin, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Adrien Mathonat et Alfred Bironien

Ariunbaatar Ganbaatar, Ewa Vesin, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Adrien Mathonat et Alfred Bironien

Souvent perçu comme un opéra patriotique propre à galvaniser les troupes, ‘Nabucco’ se retrouve ainsi ramené à son esprit d’origine, une ferveur spirituelle qui se lit dans l'approche belcantiste de ce soir qui est l’apanage d’un spectacle très harmonieux de par sa composition vocale et les couleurs de ses images.

Ewa Vesin, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur et Adrien Mathonat

Ewa Vesin, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur et Adrien Mathonat

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Publié le 14 Août 2018

Tosca (Giacomo Puccini)
Représentation du 11 août 2018
Soirées lyriques du Théâtre gallo-romain de Sanxay

Floria Tosca Anna Pirozzi
Mario Cavaradossi Azer Zada
Le baron Scarpia Carlos Almaguer
Angelotti Emanuele Cordaro
Le Sacristain Armen Karapetyan
Spoletta Alfred Bironien
Sciarrone Vincent Pavesi
Le geôlier Jesus de Burgos

Direction musicale Eric Hull
Mise en scène Stefano Vizioli

                                                                                                      Anna Pirozzi (Floria Tosca)

La nouvelle édition du Festival de Sanxay porte sur la scène de son site gallo-romain Tosca, 14 ans après qu’une première production fut jouée en ce lieu avec Olga Romanko, Luca Lombardo et Carlos Almaguer dans les trois rôles principaux.

Le décalage entre les paysages de champs vallonnés, les petites routes ombragées, la nature domestiquée qui y vit, et le spectacle incroyable d’une œuvre lyrique chantée en plein air, sans la moindre sonorisation, devant 2000 spectateurs chaque soir, est quelque chose de tellement hors du commun, qu’il devient inenvisageable de se passer de ce rendez-vous annuel qui se déroule au cœur de la région du Seuil du Poitou où se rejoignent deux bassins sédimentaires majeurs, le Parisien et l’Aquitain.

Et à nouveau, la distribution réunie brille par son homogénéité vocale agréablement satinée par l’air de la nuit.

Anna Pirozzi (Floria Tosca) et Azer Zada (Mario Cavaradossi)

Anna Pirozzi (Floria Tosca) et Azer Zada (Mario Cavaradossi)

Azer Zada, jeune ténor azéri familier du rôle de Cavaradossi, se coule avec aisance dans la peau d’un personnage au regard charmeur, jouant constamment de la douceur d’un timbre massif dont il préserve le moelleux en atténuant toute tension, même dans les aigus. Il offre ainsi un parfait exemple de chant intègre à la fois dynamique et unifié, sans la moindre césure.

Anna Pirozzi, adulée des amateurs de pure vocalité du monde entier, interprète une Floria Tosca terrienne, fortement présente et sans aucun effet de geste ou de posture sophistiqué. Car le tempérament guerrier de la soprano napolitaine, si prégnant chez certaines héroïnes verdiennes qu’elle fait revivre régulièrement, se retrouve aussi dans cette héroïne puccinienne dépeinte sous un angle nettement rageur.

Et d’un souffle solide et élancé, toutes les difficultés de son personnage passent inaperçues, d’autant plus que l’expressivité et les couleurs ensoleillées de sa tessiture aiguë lui donnent un aplomb marquant, mais qui laissent moins de place à la sensibilité amoureuse de la cantatrice du Palais Farnèse.

Carlos Almaguer (Scarpia)

Carlos Almaguer (Scarpia)

Seul chanteur présent en 2004 dans le même rôle, Carlos Almaguer rend à Scarpia une stature autoritaire et noble à la fois, sans la moindre vulgarité, qui l’apparente à un aigle royal cherchant à cerner sa proie. Souplesse de la voix, maturité du timbre, cohérence forte entre la manière d’être et l’impression sonore, cette solidité affichée permet également, pour quelqu’un qui ne connait pas la pièce, de maintenir un certain temps l’ambiguïté sur la nature humaine du chef de la police.

Parmi les seconds rôles, Armen Karapetyan se distingue en brossant un portrait fort et subtil du Sacristain, sans sur-jeu comique comme on le voit trop souvent, qui lui restitue une dignité souvent négligée.

Anna Pirozzi (Floria Tosca) et Azer Zada (Mario Cavaradossi)

Anna Pirozzi (Floria Tosca) et Azer Zada (Mario Cavaradossi)

Néanmoins, l’ensemble de la représentation souffre des soulignements à gros traits du metteur en scène, et d’une direction d’acteur simpliste qui ne permet pas d’installer une crédibilité et une continuité dans le déroulement des affects en jeu. Le décor principalement constitué d’une façade noire et de plusieurs portes, au sol ou en hauteur, dont l’une en forme de croix, permet certes des changements de situations efficaces, soutient les voix, mais reste fermé même au début du troisième acte, quand la musique aurorale et le chant du berger posent le dernier moment de sérénité du drame.

Carlos Almaguer (Scarpia)

Carlos Almaguer (Scarpia)

A l’inverse, Eric Hull tire de son ensemble orchestral de belles couleurs sombres tissées avec finesse, esthétisme, mais met surtout en valeur la qualité du son, l’éclat chaleureux des cuivres, plutôt que l’impulsion, la prise de risque théâtrale qui pourrait bien plus saisir l’auditeur par la violence des situations. On remarque également qu’une partie des musiciens est située sous la scène avancée pour l’occasion au-dessus de l’orchestre comme une proue de navire, ce qui pourrait expliquer l’atténuation sensible du son lors de l’ouverture pastorale du dernier acte. L'effet des cloches disséminées tout autour de l'enceinte du théâtre, tintant au lever du soleil sur Rome, est charmant, d'autant plus qu'il invite à lever les yeux au ciel.

Et quelle résonance magnifique entre l’air ‘E lucevan le stelle’ chanté par Azer Zada dans la scène de la prison, et le ciel étoilé qui, ce soir-là, est zébré d’étoiles filantes, les perséides, filant au-dessous de la constellation de Cassiopée avec des pics de fréquence à 3 météorites par minute, dont l’une se désintègre même à l’aplomb du site de Sanxay !

Coucher de soleil sur le champ aménagé en parking spécialement pour le festival.

Coucher de soleil sur le champ aménagé en parking spécialement pour le festival.

L’année prochaine, pour les 20 ans du festival, Sanxay présentera Aida, 10 ans après le succès de la production captivante dirigée par Antoine Selva dans ce même théâtre. Ce spectacle est donc très attendu, et il faut souhaiter qu’il sera aussi le point de départ de l’élargissement du répertoire du festival, pour l’instant circonscrit aux 5 Verdi et 4 Puccini les plus célèbres, à Norma, Carmen et La Flûte Enchantée.

Les contraintes acoustiques pourraient sans doute poser problème au Barbier de Séville ou à Don Pasquale, mais le Vaisseau Fantôme, Salomé, Lucia di Lammermoor, Manon Lescaut, Manon, Le Bal Masqué, Macbeth, Les Contes d’Hoffmann, Don Giovanni, devraient avoir leur chance en ce lieu magique.

A proximité du théâtre, veaux et vaches peuvent, eux-aussi, profiter des bienfaits de l'art lyrique.

A proximité du théâtre, veaux et vaches peuvent, eux-aussi, profiter des bienfaits de l'art lyrique.

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