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Publié le 16 Février 2026

Enemigo del pueblo (Francisco Coll -
5 novembre 2025, Palau de les Arts de Valence)
D’après la pièce d'Henrik Ibsen (13 janvier 1883, Théâtre Christiana d'Oslo)
Représentation du 13 février 2026
Teatro Real de Madrid

Marta Marta Fontanals-Simmons
Stockmann José Antonio Lopez
Alcalde Moisés Marín
Petra Brenda Rae
Mario Isaac Galán
Morten Juan Goberna

Direction musicale Christian Karlsen
Mise en scène Àlex Rigola (2025)
Orchestre et chœur titulaires du Teatro Real

Production du Teatro Real, en coproduction avec le Palau de les Arts de Valence

Auteur depuis 2005 de plus d’une cinquantaine de pièces pour instruments ou orchestre, et seul élève de Thomas Adès à ce jour, le compositeur espagnol Francisco Coll Garcia a créé le 05 novembre dernier au Palau de les Arts de Valence son second opéra ‘Enemigo del pueblo’, d’après la célèbre pièce d’Henrik Ibsen, 11 ans après avoir créé au Linbury Theatre de Londres, en mars 2014, un opéra de chambre en un acte, ‘Café Kafka’.

Juan Goberna (Morten), Marta Fontanals-Simmons (Marta Marta), Brenda Rae (Petra), José Antonio Lopez (Stockmann) et Isaac Galán (Mario)

Juan Goberna (Morten), Marta Fontanals-Simmons (Marta Marta), Brenda Rae (Petra), José Antonio Lopez (Stockmann) et Isaac Galán (Mario)

Le livret d’Alex Rigola, qui signe aussi la mise en scène, simplifie considérablement l’action et le nombre de protagonistes – la femme de Stockmann n’est pas présente, par exemple – et seuls cinq chanteurs principaux sont réunis pour incarner le docteur et sa fille, le maire de la ville, ainsi que Marta et Mario qui sont deux nouveaux personnages, la première étant une femme d’affaire qui contraindra le second, un journaliste, à ne pas diffuser le journal du docteur qui s’apprête à révéler les méfaits sanitaires des fermes environnantes de la station thermale dont la ville tire d’importants revenus touristiques.

Brenda Rae (Petra) et José Antonio Lopez (Stockmann)

Brenda Rae (Petra) et José Antonio Lopez (Stockmann)

L’opéra s’ouvre sur une ambiance andalouse et folklorique soumise à une rythmique saccadée et fortement percussive qui, cependant, ne reviendra pas par la suite. Le puissant effectif de vents et de percussions est d’emblée fortement sollicité, et une fois laissé de côté le clin d’œil à une musique identitaire de la tradition espagnole, ces groupes d’instruments vont continuer à tenir une place importante dans cette écriture musicale nerveuse qu’a imaginé le compositeur.

Et tout le long de la représentation, le décor reste unique, une plage de sable remodelée par quelques dunes avec une immense mer filmée jetant sa houle légère sur la côte alors que des nuages défilent à l’horizon.

José Antonio Lopez (Stockmann) et Moisés Marín (Alcalde)

José Antonio Lopez (Stockmann) et Moisés Marín (Alcalde)

En première partie, les éclairages restent fixes, sans nuances particulières. Une équipe assemble, côté cour, la maquette du journal qui se prépare à dénoncer la pollution environnante, et le centre de la scène devient le lieu conflictuel où les différentes partie débattent des risques engendrés par la situation qui va affecter la vie des villageois. S’opposent Stockmann et sa fille face au maire et Marta.

La musique de Francisco Coll n’évite pas la surenchère expressive qui consiste à surligner à outrance les coups de sang qui jalonnent les confrontations des protagonistes, mais elle est flamboyante, sollicite beaucoup les cuivres, et pousse les musiciens dans un jeu fortement vivace.

Christian Karlsen n’éprouve aucun mal à galvaniser et modérer la formation orchestrale du Teatro Madrid, décidément très à l’aise dans le répertoire contemporain, mais les cordes montrent aussi leurs plus beaux reflets dans les passages sombres et marins mâtinés de surbrillance, qui ne son pas sans évoquer les compositions de Benjamin Britten.

Brenda Rae (Petra) et José Antonio Lopez (Stockmann)

Brenda Rae (Petra) et José Antonio Lopez (Stockmann)

D’ailleurs, c’est dans la seconde partie que la fusion entre le lyrisme symphonique et les lignes de chants est la mieux inspirée, mais c’est aussi à ce moment qu’un nouveau personnage entre en scène, le chœur qui symbolise le peuple en colère, d’une très grande force et unité.

Si la mise en scène d’Àlex Rigola ne recherche pas un jeu théâtral fort, en revanche, elle met en œuvre dans cette partie de sensibles variations d’éclairages qui vont littéralement modifier l’aspect du paysage et rendre subrepticement saillant l’enjeu, en faisant petit à petit disparaître la mer dans la brume, puis en donnant un aspect sec et désertique au sol.

Il faut avouer que cette évolution radicale de l'atmosphère d'ensemble est très bien réalisée , et que le message subliminal devient très clair. Toutefois, tout ce qui fait la saveur de l’analyse psychologique parfois drôle de la pièce d’Ibsen est éludé de par la forte simplification du texte, si bien que Stockmann apparaît surtout comme quelqu’un de visionnaire avec une autorité presque biblique. Le désert qui surgit est donc autant le résultat d’une inaction environnementale que l’image de la propre solitude du docteur, ce qui ne l’empêchera pas de rester proche de la communauté qui l’a exclu.

Moisés Marín, José Luis Basso, Christian Karlsen, José Antonio Lopez et Brenda Rae

Moisés Marín, José Luis Basso, Christian Karlsen, José Antonio Lopez et Brenda Rae

Dans le rôle du docteur, José Antonio Lopez a de la prestance, avec une élocution bien franche mais aussi un timbre ombré qui projette une humanité douce et digne. Il semble être le pendant ibérique de ces artistes qui, tels Tómas Tomasson ou bien Bo Skovhus, incarnent régulièrement de grandes figures de références dans les ouvrages contemporains, en France ou en Allemagne.

Au regard de l’écriture virtuose exigeant d'elle de faire briller de fins et robustes éclats de cristal, Brenda Rae est une artiste idéale pour le rôle de Petra qu’elle rend très sensée et attachante, et Moisés Marín, ténor de caractère lui aussi soumis à de très fortes tensions en Alcalde, surmonte brillamment les expressions parfois redoutablement aigues.

Enemigo del pueblo (Antonio Lopez Rae Karlsen Rigola) Teatro Real de Madrid

Enfin, Marta Fontanals-Simmons donne de la personnalité à Marta en faisant entendre de multiples couleurs de timbre, alors qu’Isaac Galán fait plutôt résonner une noirceur flegmatique chez le personnage de Mario.

En une heure vingt de spectacle, la création de ‘Enemigo del Pueblo’ permet ainsi de confronter l’œuvre d’Ibsen à la mécanique populiste qui irrigue de plus en plus l’Europe entière, à travers une conception scénique et musicale inspirante qui démontre l’envie du Teatro Real de Madrid de faire battre son cœur aux grands enjeux de son temps.

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Publié le 22 Février 2023

Concerto pour clavecin*, flûte, hautbois, clarinette, violon, et violoncelle (Manuel de Falla - Barcelone, 1926)
Pulcinella (Igor Stravinsky - Opéra de Paris, 1920 – réarrangement en suite, 1922)
El Retablo de Maese Pedro (Manuel de Falla - Version de concert à Sevilla, 23 mars 1923, et Version scénique à Paris - Hôtel de Polignac, le 25 juin 1923)

Représentation de concert du 18 février 2023
Teatro Real de Madrid

Maese Pedro Airam Hernández
Don Quijote José Antonio López
Trujamán Héctor López de Ayala Uribe

Direction musicale Pablo Heras-Casado
Mahler Chamber Orchestra
Claveciniste Benjamin Alard 

* Clave donado generosamente por Rafael Puyana al Archivo Manuel de Falla

 

Pour le centenaire de la création d’El Retablo de Maese Pedro’ (Les Tréteaux de Maître Pierre), le Teatro Real de Madrid présente, pour une seule soirée, un programme qui rend hommage à l’admiration du compositeur espagnol envers Igor Stravinsky, qu’il rencontra pour la première fois en France en 1916. 

Pablo Heras-Casado et le Mahler Chamber Orchestra

Pablo Heras-Casado et le Mahler Chamber Orchestra

En effet, après la Première Guerre mondiale, et dans un mouvement de prise de distance avec les influences nationalistes, Stravinsky développa une écriture néoclassique. Manuel de Falla fut lui aussi inspiré par ce style moins débordant et d’apparence plus rationnel auquel il se consacra dès qu’il s’installa à Grenade en 1920. 

Le programme de ce soir qui rapproche le ‘Concerto pour clavecin’, la suite ‘Pulcinella’ d’Igor Stranvinsky et ‘El Retablo de Maese Pedro’, tous trois composés après 1920, amène l’auditeur à se laisser imprégner par cette sensibilité musicale née dans l’entre Deux-Guerres.

Héctor López de Ayala Uribe (Trujamán) et Airam Hernández (Maese Pedro)

Héctor López de Ayala Uribe (Trujamán) et Airam Hernández (Maese Pedro)

Pour le 'Concerto pour clavecin, flûte, hautbois, clarinette, violon, et violoncelle', Pablo Heras-Casado a disposé les musiciens de façon à ce que le claveciniste soit placé à l’avant, auprès de lui, les 5 autres solistes étant disposés en cercle tout autour d’eux.

L’atmosphère est intime et détendue, et les sonorités pleines et chaleureuses font sentir la matière même des bois dans un esprit un peu ancien. Le très agréable délié du clavecin – instrument légué par Rafael Puyana (1931-2013), le dernier élève de Wanda Landowska, célèbre claveciniste que connut Manuel de Falla -, ne prend pas l’avantage et s’insère dans l’exécution d’ensemble dont la rythmique, d’apparence un peu mécanique et bien réglée, respire la joie de vivre, au lieu d’accentuer la sévérité des tempi.

Le hautboïste moscovite Andrey Godik se distingue aussi par la noblesse et la fluidité de son souffle.

Chiara Tonelli (Flûte), Andrey Godik (Hautbois) et Vicente Alberola Ferrando (Clarinette)

Chiara Tonelli (Flûte), Andrey Godik (Hautbois) et Vicente Alberola Ferrando (Clarinette)

On retrouve cette approche humble qui cultive le goût pour l'authenticité dans l’interprétation de la suite de ‘Pulcinella’, suite symphonique qu’arrangea Igo Stravinsky à partir de sa propre musique de ballet ‘Pulcinella’, elle même dérivée de la transposition de partitions de Pergolese (‘Il Flaminio’, ‘Lo frate ‘nnammorato’, ‘Luce degli occhi miei’, ‘Sinfonia for cello and basso’), de sonates de Domenico Gallo, du ‘concerto armonico n°2’ de Unico Wilhelm van Wassenaer, de suites pour clavecin de Carlo Monza, et même d’un air italien d’Alessandro Parisotti.

Pablo Heras-Casado fait corps avec les musiciens du Mahler Chamber Orchestra afin de dépeindre des lignes légères et heureuses, où la poésie rêveuse des bois – un second hautbois s’est substitué à la clarinette du concerto pour clavecin – et la clarté solaire des cuivres offrent les baumes les plus empreints de douceur.

José Antonio López (Don Quijote)

José Antonio López (Don Quijote)

Et en seconde partie, le clavecin de Benjamin Alard, délicat interprète de Bach, retrouve sa place au sein de l’orchestre pour jouer ‘El Retablo de Maese Pedro’, donné en version de concert comme lors de sa création à Séville le 23 mars 1923.

Le livret, offert gratuitement par le Teatro Real, reproduit en couleurs le programme de la création scénique parisienne qui eut lieu le 25 juin 1923 dans le salon musical de l’Hôtel de la Princesse Edmund de Polignac, situé aujourd’hui avenue Georges Mandel face à l’ancien appartement de Maria Callas.

A Paris, Henri Casadesus était le joueur de Harpe et de Luth, et Wanda Landowska, la claveciniste. Cette dernière écrivit d’ailleurs un très beau texte sur les éclairs rythmiques et le ruissellement flamboyant du ‘Roi des instruments’.

Pablo Heras-Casado

Pablo Heras-Casado

Ce petit opéra s’inspire des XXVe et XXVIe chapitres de la seconde partie du ‘Don Quichotte’ de Miguel Cervantes, et raconte l’histoire, à travers un théâtre de marionnettes, de la délivrance de Mélisandre détenue par les Maures d’Espagne à Sansueña (ancien nom de Saragosse).

En spectateur captivé, Don Quichotte, confondant théâtre et réalité, finit par détruire les marionnettes pour sauver sa dulcinée.

Le rôle du narrateur, Trujamán, est incarné par l’un des petits chanteurs de la JORCAM, Héctor López de Ayala Uribe, à la voix haute et agile très piquée, qui instille candeur et pureté, celui de Maese Pedro est chanté par Airam Hernández, ténor au timbre franc et clair, et celui de Don Quichotte est confié à José Antonio López, doté de colorations sombres et ambrées homogènes tout en restituant une caractérisation relativement sage.

José Antonio López, Héctor López de Ayala Uribe, Airam Hernández, et en arrière plan, Pablo Heras-Casado et Benjamin Alard

José Antonio López, Héctor López de Ayala Uribe, Airam Hernández, et en arrière plan, Pablo Heras-Casado et Benjamin Alard

Les tissures orchestrales sont un fin alliage de cordes et de patine cuivrée au raffinement enjôleur, des cadences palpitantes soutiennent l’articulation du chant, et, à défaut de représentation scénique, la vitalité expressive des musiciens participe à l’effervescence grisante insufflée par cette pièce qui ne dure qu'une demi-heure.

On ressort ainsi de ce concert avec un sentiment de plénitude souriante, et une compréhension plus approfondie des influences musicales qui traversent ces trois ouvrages. Par sa précision, son sens de l’équilibre serein et son élégance de geste, Pablo Heras-Casado démontre à nouveau la valeur qu’il représente pour le Teatro Real de Madrid.

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Publié le 5 Mars 2022

El Abrecartas (Luis de Pablo – 2015)
Livret de Vicente Molina Foix, basé sur la nouvelle éponyme (2006)
Représentation du 26 février 2022

Federico García Lorca Airam Hernández
Vicente Aleixandre Borja Quiza
Miguel Hernández José Antonio López
Rafael José Manuel Montero
Alfonso Mikeldi Atxalandabaso
Andrés Acero Jorge Rodríguez-Norton
Salvador / Setefilla Ana Ibarra
Ramiro Vicenç Esteve
Comisario Gabriel Díaz
Eugenio d’Ors David Sánchez
Sombra Laura Vila

Direction musicale Fabián Panisello
Mise en scène Xavier Albertí (2022)
Chœur et orchestre titulaires du Teatro Real de Madrid 
          
Vicenç Esteve (Ramiro)
Petits Chanteurs de la JORCAM

La création mondiale d’'El Abrecartas' parachève le legs important de Gerard Mortier à la rénovation musicale du Teatro Real de Madrid entrepris dès 2009. Joan Matabosch, le directeur actuel de l’institution madrilène, aura ainsi tenu jusqu’au bout ses engagements envers son prédécesseur, 8 ans après sa disparition.

Jorge Rodríguez-Norton (Andrés Acero)

Jorge Rodríguez-Norton (Andrés Acero)

C’est en effet en 2010 que Gerard Mortier passa commande d’’El Abrecartas’ à Luis de Pablo (Bilbao, 1930 – Madrid, 2021) qui eut le projet d’adapter la nouvelle éponyme de Vicente Molina Foix récompensée en 2007 ‘Premio Nacional de Literatura en la modalitad de Narrativa’

Il s’agit de la troisième coopération entre les deux créateurs dans le domaine du théâtre musical après ‘El viajero indiscreto’ (Madrid, Teatro de la Zarzuela - 1990) et ‘La madre invite a comer’ (Biennale de Venise, Théâtre Goldoni - 1993).

Mais après plusieurs reports, il aura fallu attendre le 16 février 2022 pour que cette nouvelle création puisse avoir lieu, un an après la disparition du compositeur.

Airam Hernández (Federico García Lorca)

Airam Hernández (Federico García Lorca)

L’opéra adapte les 220 premières pages de ce roman (450 pages au total) à travers la représentation de six scènes qui se déroulent de 1932 à 1956, de la Seconde République qui précéda la Guerre d’Espagne jusqu’aux années les plus dures du régime de Franco.

Il s’agit moins d’une histoire qui est racontée que d’un assemblage de souvenirs qui permettent de donner une prégnance visuelle et auditive à des sensations intérieures accumulées au cours du temps.

La scénographie est ainsi à la fois épurée avec des éléments de décors simples, lits, armoires, tableaux, aux contours lissés et subtilement éclairés par des lumières changeantes en fonction des atmosphères et des jeux d’ombres savamment calculés. Et même de simples parallélépipèdes peuvent évoquer, selon leur orientation, des bureaux ou, plus loin, des pierres tombales au cours de la guerre.

Rues de Madrid (1932)

Rues de Madrid (1932)

Le chant, monotone et parfois lugubre, est surtout l’expression de lamentations et de souffrances exaltées qui montrent un désir de vivre qui se heurte au monde existant. Toutes les tessitures de voix sont représentées dans des couleurs bien timbrées qu’elles soient rossinienne, comme celle d’Airam Hernández qui incarne Federico Garcia Lorca évoquant son enfance, écorchée, quand José Antonio Lopez pleure la perte du poète sous les traits de Miguel Hernandez, ambrée et intense pour la nature révoltée d’Andres Acero portée par Jorge Rodríguez-Norton, plus mate et oscillante sous les lèvres de Borja Quiza qui joue ici Vicente Aleixandre, l’ami et poète homosexuel de Federico.

L’informateur Ramiro est la figure la plus forte et la mieux dessinée aussi bien dramatiquement qu'en terme d’interprétation par Vicenç Esteve, charismatique et tout autant diabolique.

José Manuel Montero (Rafael) - Au théâtre à Grenade (1932)

José Manuel Montero (Rafael) - Au théâtre à Grenade (1932)

Mais c’est véritablement la musique qui fait le prix de cet ouvrage car elle est employée comme une peinture raffinée des différents climats des lieux et des époques, toujours changeants, pouvant autant comprendre uniquement des ornements à base de bois solo pour accompagner le chant mélancolique, que s’enrichir de tous les timbres, cuivres racés et cordes en tissus vibrionnants inclus, pour dépeindre des atmosphères amusantes, mystérieuses, inquiétantes, voir stressantes, avec une originalité telle qu’il paraît difficile d’en comprendre toute la logique en une seule écoute.

On pourrait y voir un croisement entre l’écriture de Berg, Britten et Webern, mais cela n’en est que réducteur. Luis de Pablo introduit aussi des motifs populaires de la musique espagnole réarrangés, sans que cela ne soit qu’une simple imitation, pour rester dans l’esprit d’ensemble de sa composition.

Pour Fabián Panisello, le chef d’orchestre, il s’agit d’un plaisir de tous les instants à tisser la structure complexe d’une œuvre vivante aux multiples convulsions, une musique qui serpente en permanence avec un vrai sens des atmosphères.

Scène 5 : écrivains, auteurs et personnalités anonymes sous le Franquisme

Scène 5 : écrivains, auteurs et personnalités anonymes sous le Franquisme

Les impressions qui dominent ce voyage de 30 ans à travers l’Espagne du milieu du XXe siècle mêlent des images du désir, qu’il soit homosexuel ou somptueusement sensualisé par ‘La Vénus d’Urbin’, de l’inspiration religieuse et de sa compromission avec le régime, de la folklorisation factice de l’art, ainsi que des portraits d’intellectuels mêlés à des personnalités anonymes.

Xavier Albertí, le metteur en scène, se révèle habile peintre, économe, et en osmose avec la musique.
Et si les Petits Chanteurs de la JORCAM décrivent des chants fins et estompés par les souvenirs du temps au début de l’ouvrage, le chœur féminin, lui, fait entendre un magnifique chant liturgique au charme fleuri dans la dernière partie, une splendide trouvaille du compositeur.

Vicenç Esteve (Ramiro)

Vicenç Esteve (Ramiro)

Pour la dernière des six représentations, le Teatro Real était bien rempli. Et même si une partie du public s’est vite levée au final, la grande majorité est restée à saluer sincèrement et chaleureusement, ce qui montre qu’il y a dans cet ouvrage une force, ou une incompréhension, qui peut diviser le public madrilène de manière assez nette. 

Mikeldi Atxalandabaso (Alfonso)

Mikeldi Atxalandabaso (Alfonso)

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