Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Répétition générale du 03 octobre 2007
Opéra Bastille
Chorégraphie Sasha Waltz
Direction Valery Gergiev
Juliette Aurélie Dupont
Ekaterina Gubanova
Roméo Hervé Moreau
Yann Beuron
Frère Laurent Wielfried Romoli
Mikhail Petrenko
Il y a quelques mois, Arte diffusait un reportage ("Le Jardin des Délices") sur la chorégraphe allemande dont les spectacles sont devenus un "Must" à Berlin.
Derrière beaucoup de modestie et d'énergie se dévoile alors un sens de la vérité humaine poignant.
C'est dire que ce "Roméo et Juliette" est attendu et le remplissage complet de l'opéra Bastille jusque dans les hautes places des galeries lors de la dernière répétition en témoigne.
Dans un univers symbolique, horizon noir infini cernant deux simples dalles, Sasha Waltz exprime dans chaque tableau du drame les effusions amicales, les intimidations mais comme si il y avait quelque chose de vain, de désordonné voir loufoque (ironie qui n'est pas sans rappeler celle de Christoph Marthaler).
Valery Gergiev est par ailleurs plus sec et brutal dans la première partie que pendant toute la suite.
Le cœur de la représentation reste pour moi la scène du balcon où Juliette et Roméo se retrouvent dans un duo bouleversant d'humanité, de spontanéité et se révèle une irrésistible figuration du bonheur adolescent. Mais ce n'est qu'un songe.
Aurélie Dupont et Hervé Moreau
Petit à petit l'impossibilité de ce rêve et la tristesse qu'elle déclenche amorcent les premiers mouvements du plateau. Le moment où le filtre est bu par Juliette se cale sur un accord terrible, laissant Roméo en proie à la violence et au désespoir.
Le final, peut être moins fort malgré la double veille Roméo sur le corps de Juliette puis Juliette sur le corps de Roméo, est emporté par les chœurs et un Mikhail Petrenko splendides.
Il fallait que je revoie une dernière fois l’interprétation de celle qui fût choisie au dernier moment pour faire la première de la reprise de Madame Butterfly.
Liping Zhang est d’une aisance indéniable dans ce rôle. Sa gestuelle souple et gracieuse a du vraiment subjuguer Bob Wilson. Son chant fluide atteint un niveau de projection appréciable pourtant sans puissance exceptionnelle. Et le tout s’allie admirablement dans cette mise en scène épurée.
L’intelligence de cette chanteuse s’admire de bout en bout avec cette préférence pour la musicalité à la tentation d’atteindre toutes les notes.
Dés son entrée elle ne risque aucun aigu qui trop forcé pourrait créer une rupture des lignes.
Ainsi rarement l’intention vocale ne se tourne vers une expressivité affirmée et encore moins vériste.
L’émotion surgit donc plus d’une certaine beauté et d’une certaine dignité qui rendent les larmes indésirables.
Je suis sans illusion devant les réactions instantanées. Mais il est possible que nous ayons assisté à un sommet de l’interprétation pour cette mise en scène dont cette artiste a transcendé l’esthétique.
Marco Berti s’est encore révélé ce soir d’une puissance et d’une solidité sereines.