Articles avec #verdi tag

Publié le 8 Octobre 2007

Genèse de l’œuvre

 
De retour à Milan, Verdi récupère sur sa santé et s’implique même dans le dénouement de la vie conjugale de ses amis Maffei. La comtesse se retire à Clusone alors que Maffei propose à Verdi de réduire le drame de Schiller « Les Brigands » (I Masnadieri).
 
Cependant, depuis l’accueil chaleureux du public florentin à ses œuvres, le compositeur ne peut plus ignorer une telle sympathie. Or Lanari, directeur de l’opéra de Florence, ne dispose pas de ténor de première classe.
Le choix de Verdi se porte donc sur Macbeth, opéra dans lequel la partie de ténor est d’importance secondaire.
 
Ce travail ne lui permet pas de répondre à une demande de Rome pour un hymne célébrant l’intronisation du Pape Pie IX. En effet, ses mesures démocratiques (loi libérale confiant la censure à une commission laïque, libération des condamnés politiques) l’ont rendu populaire et inquiètent le pouvoir autrichien.
Metternich renforce ses troupes et se tient prêt à contrer les révolutionnaires.
 
Dans le même temps, Lumley, directeur du Théâtre de la Reine à Londres, presse Verdi de lui fournir un opéra. Ce sera «I Masnadieri » mais pour l’instant la composition de Macbeth va trop lentement depuis août 1846. C’est seulement début février 1847 qu’il débute l’orchestration.
 
Après deux semaines de répétitions, « Macbeth » est présenté le 14 mars 1847 à Florence.
Il n’obtient pas l’excellent accueil dont parlent les historiens. Les personnages ne sont pas suffisamment caractérisés et surtout le public préfère le Verdi qui exprime la douleur des âmes italiennes aspirant à un destin meilleur.
Verdi proposera une version remaniée de Macbeth pour Paris en 1865 juste avant la création de Don Carlos.
 
 
Macbeth
 
A partir de 889, les royaumes Scots et Pictes sont unifiés et dirigés par Donald II, premier « Roi d’Ecosse » également nommé « Roi d’Alba ». La préoccupation majeure de la population est alors de repousser les invasions Viking.
De plus, le système des Thanes hérité des Celtes d’Ecosse établit que le droit au trône est conféré par la mère. L’avantage est d’assurer un successeur prêt à devenir chef de guerre. L’inconvénient est d’engendrer des rivalités meurtrières quand le nombre de possibilités est élevé.
 
En 1034, Duncan Ier succède à Malcolm II. Cette désignation est vivement ressentie par Macbeth, grand serviteur de Moray, qui s’estime dans la ligne directe de Malcolm et renforcé par la descendance royale de sa femme Gruoch.
Ainsi, en 1040, Macbeth monte une ligue contre Duncan et l’élimine. Crinan, père de Duncan tente une révolte mais est tué à la bataille de Dunkeld en 1045.
Soucieux d’assurer sa position, le roi écossais voyage pour connaître les développements des royaumes voisins.
 
Seulement, les fils de Duncan s’étant réfugiés en Northumbria, l’un d’eux, Malcolm, lève une armée, prend le Lothian et Strathclyde avant de battre et tuer Macbeth à la bataille de Lumphanan (1057). Lulach, fils de Gruoch devient roi, et il faut donc un autre affrontement pour que Malcolm III accède au trône d’Ecosse.
 
L’œuvre de Verdi conserve la dimension fantastique du drame de Shakespeare.
Des sorcières prédisent à Macbeth qu’il sera roi d’Ecosse. Lady Macbeth le somme de précipiter les évènements en éliminant Duncan de passage à leur château.
Devenu Roi, c’est alors le tour de Banco et de la famille de Macduff de disparaître afin de contrer les prédictions des magiciennes sur la succession au trône.
Macduff rejoint Malcolm, lève une armée dans la forêt de Birman et bat Macbeth. La femme du tyran devient folle et meurt.
Ainsi en devenant roi, Malcolm achève un règne marqué par la terreur.
 

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 17 Septembre 2007

Genèse de l’œuvre

 
Depuis les répétitions d’ « Ernani», Verdi rêve de mettre en musique « Attila », et depuis Naples, il prie Solera de s’activer, d’autant plus qu’il le considère comme seul capable de donner vie à ce conquérant sanguinaire.
Déjà en mai 1845, Léon Escudier, rédacteur en chef du journal « La France Musicale », est venu à Milan et a obtenu du compositeur la propriété pour la France de toutes ses œuvres écrites en Italie.
Signe de la grande honnêteté de Solera, lorsque Nabucco est autorisé au Théâtre Italien de Paris, Vatel, son directeur, se trouve dans l’obligation de s’acquitter d’une somme de 1000 francs à un homme se déclarant l’auteur du mélodrame. Verdi n’ignorait pas ce fait.
 
A cette époque, Paris est la capitale musicale de l’Europe. « L’Attila pour le grand Opéra de Paris, comme cela serait beau » confie t-il à Escudier. C’est trop tôt, mais ce dernier prépare le terrain et contacte Pillet, le directeur de l’ « Académie de Musique ». La contrainte d’un livret en français obtient un rejet de la part de Verdi.
Ernani, représenté sous le titre « Le proscrit » à cause de l’opposition de Victor Hugo, est très bien accueilli au Théâtre des Italiens.
 
Mais avec Attila, Verdi revient à l’expression de son amour pour la patrie. Et les hommes qui préparent le Resorgimento connaissent la portée de l’action du compositeur.
Lors de la soirée du 17 mars 1846, la Fenice acclame l’œuvre mais aussi tout le patriotisme qui en émane.
On accompagne Verdi chez lui avec des couronnes, des orchestres, des torches, et le lendemain la Gazetta de Venise publie des louanges dithyrambiques.
 
Attila
 
A partir des années 370, la pression sur les frontières nord de l’Empire Romain s’accroît dramatiquement.
Les Huns, peuple nomade Turc parti des steppes d’Asie orientale au climat trop difficile pour établir un art de vivre agricole et sédentaire, se dirigent vers l’ouest. Leur cavalerie manie l’arc de façon redoutable, leur puissance déstabilise les tribus germaniques, rendant l’invasion de l’Empire inévitable.
 
Etabli sur les plaines hongroises au prix de la destruction des Ostrogoths d’Ukraine, Attila entraîne les Huns en direction de la Gaule en 451, mais est défait aux champs Catalauniques (quelque part en Champagne) par une coalition de Romains, Wisigoths, Francs et Burgondes conduite par Aetius.
 
Il poursuit alors sur l’Italie, qu’il pille en 452. Aquilée, située sur la côte adriatique, est détruite.
Le Pape Léon Ier obtient toutefois que Rome soit épargnée.
Attila meurt en 453, et son empire disparaît avec lui.
A l’est, un autre peuple Hun envahit la Perse et l’Inde, empêchant ainsi les Sassanides de tirer avantage des déboires Romains. Les Guptas sont détruits à la fin du Vième siècle.
 
L’Opéra se situe après la bataille d’Aquilée.
Attila détient des prisonnières de la cité ravagée menées par l’impressionnante Odabella.
L’émissaire de Rome, Ezio (le général Aetius), lui propose d’épargner la capitale et de conserver le reste du monde. Refus net.
Mais un rêve affole Attila, il accepte ainsi la trêve avec Rome.
La situation rebondit avec Foresto, rescapé également d’Aquilée et amoureux d’Odabella. Il propose à Ezio d’attaquer les Huns après avoir empoisonné leur chef.
 
Sauvé par sa prisonnière, Attila prépare une riposte, lorsque les hurlements des Romains attaquant son camp lui révèlent l’intention meurtrière d’Odabella : le tuer de sa propre main.
 
Attila est une œuvre sincère, ardente et directe.
Le déploiement de la partie orchestrale s’enrichit de descriptions empruntées à l’Ode symphonique de Félicien David, « Le désert » dont la beauté s’insère dans le lever de soleil du prologue.
 

 

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 8 Septembre 2007

Genèse de l’œuvre

 
Invité à mettre en scène « Giovanna d’Arco » à Rome, Verdi ne peut s’y rendre à cause de son état de santé affecté par des problèmes d’estomac.
Seulement, il a promis un autre opéra pour le San Carlo de Naples. Il doit être représenté en juin 1845 et visiblement les enjeux sont trop importants pour prendre ses certificats médicaux en considération.
Il s’attelle donc à la tâche, mais son librettiste Cammarono se traîne également, si bien que début mai le compositeur n’a toujours rien reçu du deuxième acte et devra attendre mi-juin pour disposer de l’ensemble des vers.
 
« Alzira » est inspiré de la tragédie d’ « Alzire » de Voltaire. L'histoire en est réduite, mais ce qui plait ici très sincèrement à Verdi tient simplement dans l’expression d’un sentiment religieux auquel il est sensible.
Et s’il paraît paradoxalement en conflit avec l’église, c’est à cause de ses interférences très concrètes dans la vie des hommes au mépris de leur liberté et parfois avec violence.
 
Ainsi, bien qu’inspiré par le thème, il ne va pouvoir consacrer que 26 jours à son élaboration musicale, et il part pour les répétitions à Naples fin juin.
 
Le public se bouscule à la première le 12 août 1845. L’accueil est mitigé, Verdi reconnaît lui-même que cet opéra ne lui a pas donné de peine. Seulement il renonce à le modifier de peur de faire pire.
 
Plus tard il en dira « Pour cet opéra là, il est franchement mauvais ».
 
Alzira
 
Au début du XVième siècle, la conquête du nouveau monde dans laquelle Charles Quint engloutit toutes les ressources espagnoles, s’étend à une vitesse accrue par l’existence de solides structures politiques et des réseaux de communications étendus.
 
Parti depuis Panama en 1526, Francisco Pizarro explore la côte Pacifique et entre en contact avec l’empire Inca, qu’il conquière définitivement en 1535.
 
Les tribus américaines sont divisées, sensibles aux maladies européennes, si bien que quelques années suffisent à attribuer aux colons les mines d’or et d’argent destinées à une exploitation intensive.
 
Dans le livret d' Alzira, le gouverneur espagnol Alvaro a installé son palais à Lima. Ses troupes subissent les harcèlements constants des Indiens qui organisent une importante offensive de libération.
Fait prisonnier, il est pourtant gracié par l’Inca Zamoro. 
De retour à la capitale, il confie le pouvoir à son fils, l’impitoyable Gusmano. Celui-ci retient Alzira captive, mais même l’arrivée soudaine de Zamoro ne peut l’affranchir. 
Relâché grâce à Alvaro, Zamoro est cependant repris après une sanglante bataille, puis aidé dans son évasion. 
Lors des noces de Gusmano et Alzira, sa main frappe mortellement Gusmano qui révèle une foi telle qu’il pardonne à son meurtrier.
 

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 1 Septembre 2007

Genèse de l’œuvre

 
De retour à Milan, le musicien n’a pas le temps de souffler. La collaboration Verdi-Solera est relancée pour la composition d’un opéra en un temps record.
Il s’agit cette fois de partir d’une pièce d'un écrivain allemand du XVIIIième siècle, Schiller, dont les œuvres inspireront les auteurs romantiques du XIXième siècle.
 
Si Schiller se détache nettement de la réalité historique dans « La pucelle d’Orléans » en imaginant une idylle entre Jeanne d’Arc et un anglais, Solera n’accepte pas l’idée qu’un symbole de résistance à l’ordre établi se compromette ainsi.
Il imagine donc une histoire d’amour entre celle-ci et le roi !
 
Trois mois seront alors suffisants pour que Verdi mette en musique ce livret dont le sujet va être prétexte à une série de marches militaires et de chœurs tonitruants.
 
La première est programmée à la Scala le 15 février 1845 et le succès est encore au rendez-vous.
 
Giovanna d’Arco
 
Au milieu du XIVième siècle éclate la guerre de Cent ans. Edouard III, sous prétexte de ses origines, revendique la couronne de France, tandis que Philippe VI annonce sa volonté de récupérer la Guyenne. Le conflit s’apaise sous Richard II, mais l’accession en 1411 d’Henri V au trône d’Angleterre relance les hostilités et aboutit à la sévère défaite de la France à Azincourt en 1415.
 
Parallèlement, l’assassinat en 1407 de Louis d’Orléans (frère du roi Charles VI) par Jean sans peur (duc de Bourgogne) puis de ce dernier lors de la rencontre avec le roi de France en 1419 déclenche une guerre interne entre bourguignons et armagnacs.
 
Philippe Le Bon, successeur de Jean sans peur, se range du côté des anglais et signe en 1420 le traité de Troyes qui partage entre eux les possessions françaises, et ne laisse au dauphin Charles que les territoires situés au sud de la Loire. La Flandre passe à cette occasion sous le contrôle bourguignon.
 
Le Dauphin est d’autant plus affaibli que la majorité de l’opinion le pense responsable du meurtre de Jean sans peur.
 
En 1429, Charles sent que Orléans, assiégée par le général Talbot, est sur le point de se rendre aux anglais. C’est une femme, Jeanne, née en Lorraine vers 1412 qui lui est alors présentée. Des voix lui ont impérativement demandé d’agir pour Dieu et elle convainc le Dauphin.
Le 29 avril, Jeanne d’Arc entre dans Orléans avec quelques compagnons, puis fait une sortie le 7 mai qui lui permet de prendre un fort anglais. La ville est libérée.
Enfin elle entraîne Charles VII à Reims où le roi est sacré le 17 juillet.
 
Ensuite elle ne connaît que des revers jusqu’à sa capture par les Bourguignons à Compiègne en mai 1430.
Remise au Duc de Bedford, elle est déclarée hérétique et brûlée vive le 30 mai 1431 à Rouen.
 
Au bout de 20 ans de lutte, les anglais seront finalement chassés de France (hormis Calais).
 
Le livret de « Giovanna d’Arco » n’a pas grand-chose d’historique. Charles VII rencontre Jeanne dans la forêt de Domrémy. Après la libération d’Orléans on les retrouve directement lors du sacre à Reims. A cette occasion leurs sentiments sont révélés. Jacques, père de Jeanne, survient et accuse sa propre fille de sorcellerie. Il la remet aux anglais puis la libère. Elle sauve ainsi la vie de Charles VII sur le champ de bataille où elle est mortellement blessée.

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 29 Août 2007

Genèse de l’œuvre

A partir de 1844, la pression du public va beaucoup compter dans la frénésie créatrice de Verdi. Il s'apprête en effet à composer 10 opéras en 5 ans !

C’est donc en 7 mois que le livret de « I due Foscari » est mis en musique.
Francesco Maria Piave part d’une pièce de Lord Byron. Ce poète britannique, connu pour peindre des héros rebelles, mourut au milieu des insurgés grecs qui luttaient pour se libérer du joug turc en 1822.

En 1812, la publication de « Childe Harold » lui valut une gloire internationale, car à travers ce héros mélancolique c’est tout le spleen d’une époque qui s’y exprimait ainsi. Verdi lui-même eut tendance à se complaire excessivement dans ce malaise en qualifiant les années qui suivirent d’«années de galères » (mais financièrement fort juteuses !).

La première de « I due Foscari » a donc lieu le 3 novembre 1844 à Rome. C’est surtout Verdi lui-même qui est alors ovationné, car ni les chanteurs, ni la dramaturgie de l’œuvre n’ont de quoi enthousiasmer.

 

I due Foscari

Au XVième siècle, les villes d’Italie et les états de l’Église n’arrivent pas à s’entendre.
Venise domine commercialement Gênes, et Florence, principauté des Médicis, reste limitée par Milan au nord et par les États pontificaux au Sud.

Le principe de la république vénitienne est d’avoir un nombre réduit de membres au gouvernement de manière à pouvoir les contrôler. A cette époque, Venise est le pivot commercial de l’Europe, et les riches familles patriciennes sont décidées à ne jamais laisser un seul homme les gouverner afin de garantir leurs intérêts financiers.

En 1310, suite à un coup d’état, le conseil des Dix est créé temporairement. Sorte de police d’État secrète, il est institutionnalisé en 1334 et déjoue un complot mené en 1335 par le Doge lui-même qui voulait se faire proclamer Prince de Venise.

L’argument se situe à Venise en 1457 : Jacopo Foscari revient à Venise pour se disculper du meurtre dont on l’accuse. Son Père, le Doge Francesco Foscari, ne peut influer sur le conseil des Dix, d’autant plus qu’un des membres, Loredano, en veut à sa famille (soupçonnée d’avoir fait disparaître son père).
Le vrai meurtrier va se confesser trop tard, et le vieux doge, attaqué sur son âge, s’effondre lors de l’élection de son successeur.

Francesco Foscari est la première grande figure de Père et de Souverain créée par Verdi, et annonce les grands personnages de Philippe II et Simon Boccanegra qu'imaginera plus tard le compositeur dans sa période de maturité.

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 22 Août 2007

Genèse de l’œuvre

 
La concurrence avec les autres compositeurs fait prendre conscience à Verdi qu’il doit composer pour d’autres scènes que la Scala. Fort courtisé par le comte Mocenigo, directeur de la Fenice, ce dernier attend que le compositeur soit un peu libéré de ses engagements vis à vis de la Scala pour lui commander une œuvre. Et en attendant, il programme  Nabucco puis Les Lombards, dans la cité des doges.
 
Après de nombreuses hésitations entre plusieurs livrets dont « Le roi Lear », « Le Corsaire » et « I due Foscari », le choix se porte sur un livret de Francesco Maria Piave inspiré du roman de Victor Hugo : « Hernani ».
Un symbole ! Car le 25 février 1830, la jeunesse romantique se soulève lors de la première représentation d’Hernani à la comédie française. Les insultes volent vers les tenants des règles classiques. Comme par hasard, le lendemain les ordonnances de Charles X déclenchent une insurrection, les « Trois glorieuses », qui aboutit à la fuite du roi, malheureusement remplacé par un autre monarque, le Duc d’Orléans.
 
Cette fois, la représentation d’un soulèvement contre l’autorité en place lui vaut une forte opposition de la part de la censure autrichienne. Tout langage violent et agressif est supprimé, mais Verdi réussit au moins à ne pas modifier le titre de l’œuvre.
En parallèle, il doit assurer la réalisation des « Lombards » qui, joués le 27 décembre 1843, seront totalement hués par les vénitiens.
 
Malgré tout, la première de « Ernani » a lieu le 9 mars 1844 et est un succès considérable, le public se révélant subjugué par la musique.
 
Et c’est cet opéra qui, au cours de l’été 1846 à Bologne, va susciter pour la première fois une manifestation bruyante. Le public, qui voit en Pie IX (le nouveau pape avait accordé une amnistie aux prisonniers politiques) le possible fédérateur de l’Italie, va exiger de reprendre trois fois le chœur « O sommo Carlo ».
 
Ernani
 
A la fin de la guerre de cent ans, un courant de centralisation monarchique traverse l’Europe. En 1469, le mariage d’Isabelle de Castille et Ferdinand II d’Aragon unit les deux royaumes.
Ils libèrent l’Espagne des dernières places fortes islamiques en 1492. Les expulsions de Maures et de juifs entraînent un véritable désastre économique.
 
Le petit fils de Ferdinand II d’Aragon, Charles, né en 1500 à Gand, est également le petit fils de Maximilien Ier, l’empereur du Saint Empire.
Il devient le premier roi d’Espagne en 1516, puis devient l’empereur Charles Quint en 1519. Il hérite des possessions castillanes, aragonaises, autrichiennes et bourguignonnes. Sa politique est d’étendre ces territoires et de coloniser l’Amérique, malheureusement au détriment de l’industrie espagnole. 
Il sera le plus grand empereur après Charlemagne.
 
Dans l’histoire de Victor Hugo et de Verdi, Hernani (Jean d’Aragon) a perdu son père, Grand d’Espagne et opposant politique, assassiné par le père de Charles. 
Pour le venger, le montagnard aragonais prépare une conspiration contre le roi. Ce dernier, en 1519, est présenté ici comme un Don Juan.
Il se trouve que Hernani aime d’un amour réciproque Elvira, promise au Duc Silva, elle-même convoitée par Charles. Malgré cela, Silva va protéger Hernani du roi en échange de sa vie quand il l’ordonnera . 
Celui ci, une fois élu empereur, se montre clément vis-à-vis des conspirateurs. 
C’est le moment où Le Duc engage Jean d’Aragon à tenir sa promesse.
 
Un détail historique surprend dans l’œuvre. Le père de Charles Quint était Philippe le Beau, archiduc d’Autriche. Ce n’est donc pas le père de Charles qui a pu ordonner le meurtre du père d’Hernani mais son grand père, Ferdinand, mort en 1516.
 
Seul opéra de jeunesse régulièrement programmé avec  Nabucco , il faut souligner ici la force d’une musique qui supporte l’exubérance des sentiments.
 

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 19 Août 2007

Genèse de l’œuvre

 
Les réactions que « Nabucco » suscitent font prendre conscience à Verdi qu’il se situe au début d’une vague que lui-même peut contribuer à amplifier.
A nouveau Solera lui fournit un livret tiré d’un roman de Tommaso Grossi.
« I Lombardi alla prima crociata » donne à nouveau matière au grand spectacle et à des chœurs grandioses.
La première scène ouvre sur le parvis de la Basilique Sant’Ambrogio, lieu de culte des Milanais, où furent célébrées les obsèques de Margherita.
Une fois l’oeuvre achevée, il s’agit d’obtenir le visa de la censure. Ce qu’il a entendu des répétitions pousse l’archevêque Gaisruck à intervenir auprès du préfet de police. Monter sur scène des éléments religieux lui paraît dangereux.
 
Voilà donc Verdi, Solera et Merelli convoqués au quartier général de police où le choix est rapidement posé : l’œuvre est jouée telle qu’elle est (Verdi), ou alors la Scala est ruinée (Merelli) !
Le préfet et Gaisruck doivent finalement céder et Verdi accepte une modification sans importance pour lui, les mots « Ave Maria » de la prière du Ier acte deviennent « Salve Maria ».
 
La première a lieu le 11 février 1843 et est un succès triomphal.
L’oeuvre est reprise ensuite à Florence puis Venise où elle connaît alors un échec complet.
Le public Milanais avait plus que d’autre des raisons d’être touché par l’ouvrage, l’ouverture sur la cathédrale ayant fort ému.
 
I Lombardi alla prima crociata 
 
Les Lombards, peuple germanique entré en Italie en 571, furent dominants jusqu’à être battus par Charlemagne. Ils cédèrent à l’église une large part de leur territoire autour de Rome.
 
En 1078, les Turcs Seljukides prennent Jérusalem aux Arabes Abbassides et s’établissent à Nicée.
 
En 1095, le pape Urbain II appelle alors, depuis Clermont, à la première croisade sur requête de l’empereur de Bysance, Alexius I Comnène.
Le petit peuple se mobilise et suit Pierre l’Ermite et Gautier-sans-avoir en passant par la Hongrie.
Arrivés à Bysanze, il se précipite vers Nicée où il est exterminé.
Parallèlement, des bandes d’origines allemandes s’en prennent aux juifs en Europe avant d’être battues par les Hongrois.
 
Enfin, quatre armées principales, menées par des féodaux français et normands, convergent vers Constantinople en 1096. A contrecoeur, Godefroy de Bouillon fait serment d’allégeance à Alexis I : les territoires lui seront restitués contre de somptueux cadeaux. Ensuite, les Turcs se livrent à Nicée, puis les croisés se dirigent vers Antioche qui est prise en 1098.
 
Dans la matinée du 7 juin 1099, les habitants de Jérusalem voient apparaître les croisés qui, ne disposant d’aucun instrument d’assaut, attendent deux semaines l’arrivée d’une escadre génoise. La prise de la ville en une semaine se soldera par le massacre de 70000 personnes.
 
« I Lombardi » se déroule à Milan, puis Antioche et enfin Jérusalem, et donc devrait se dérouler entre 1096 et 1099.
Opéra coloré de pardon, de conversion et de rédemption, sa trame principale est l’histoire de Giselda, fille d’Arvino, le chef des troupes lombardes, qui a échappé à un attentat commis par son frère Pagano.
Enlevée à Antioche, elle se lie à Oronte, fils du tyran de la ville, qu’Arvino blessera grièvement lors du siège, victoire facilitée par un mystérieux ermite.
Ce dernier convainc également Oronte de se convertir au christianisme.
Le dénouement a lieu devant les murs de Jérusalem.
 
La réutilisation de tous les éléments du succès de Nabucco (encore à Jérusalem, encore 4 parties, encore des chœurs) fait de cet opéra un peu trop le produit d’un opportunisme certain.
 
 

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 29 Juillet 2007

Genèse de l’œuvre

 
Après l’échec de « Un Giorno di Regno  », Verdi a pris la décision d’abandonner définitivement la scène lyrique et s’est retiré à Busseto.
 
Il est de retour à Milan au cours de l’hiver 1840-1841. Fort abattu, c’est à ce moment là qu'il se voit soumettre un livret de Solera avec une certaine insistance.
Les motivations qui le conduisirent à reprendre le chemin de la scène restent floues, mais c’est bien au printemps qu’il s’atèle à la transposition musicale de ce sujet biblique avec le soutien du librettiste.
 
La partition est achevée à l’automne. Cependant Verdi doit menacer Merelli de retirer son opéra s’il n’est pas joué avant l’automne suivant (la saison ayant déjà commencée). Ce dernier lui recommande alors de présenter l’œuvre à la Strepponi. Celle-ci et Ranconi, enthousiastes, arrivent à convaincre Merelli de monter l’œuvre au printemps.
 
La première de « Nabucco », le 9 mars 1842, est un succès ainsi que les représentations suivantes. 
La force de la musique et la nature spectaculaire et épique emportent le cœur des Milanais.
Par contre, il est bien trop tôt pour que se soit opérée une identification avec la cause nationale, car en 1842, l’idée d’un soulèvement contre l’occupant est marginale.
 
En fait, quelques années seront encore nécessaires pour que ce premier opéra patriotique déclenche l’hystérie du public. D’ailleurs le maestro dédie la partition à la fille de l’archiduc Rainier vice-roi du royaume lombard-vénitien et « protecteur de la Scala ».
 
Maintenant Merelli a compris. Il accorde un cachet faramineux (seul Bellini l’avait obtenu pour Norma) à Verdi pour composer l’opéra inaugural de la saison suivante.
 
Nabucco
 
La bible fait largement écho des turbulences qui au VIIième siècle Av JC bouleversent le moyen orient.
Déjà sous la pression des Scythes et des révoltes intérieures, l’empire Assyrien est défait par Babylone et les Mèdes. Ninive est prise et totalement détruite en 612 av JC.
 
Nabuchodonosor II fait alors de Babylone le centre de l’empire Néo-babylonien et s’empare de Jérusalem en 597. Il emmène en captivité le roi Joachim, une bonne part de la noblesse juive, et nomme Zédécias, l’oncle de Joachim, gouverneur de la ville. Ce dernier, poussé par les Egyptiens, adopte une politique ouvertement anti-babylonienne.
 
En 587, Nabuchodonosor s’empare une nouvelle fois de la ville et déporte une nouvelle fois la population.
 
L’action se situe au moment de la prise de la ville. Verdi décompose « Nabucco » en quatre parties sous titrées d’une citation du livre de Jérémie.
 
Bien que sa fille soit prisonnière des juifs, Nabucco entre dans la ville et ordonne la destruction du temple de Salomon. Fénéna est épargnée par Ismael (neveu de Zédécias) et la population est amenée à Babylone.
 
Fénéna, devenue régente de la ville en l’absence du roi, commence à y libérer les juifs.
Nabucco, de retour du champ de bataille, se proclame Dieu. La réplique ne tarde pas, et il est de suite frappé par la foudre.
Abigaille, une esclave qui se crue longtemps être sa fille, prend alors le pouvoir et fait enfermer Fénéna et son père pour préparer l’exécution des juifs.
 
Il faudra le repentir de Nabucco pour que lui vienne une aide qui lui permettra de reprendre sa couronne et libérer la population de Jérusalem.
 
A cette époque les déportations se pratiquent régulièrement. Toutefois, il s’agit de priver la petite partie de la population très cultivée du territoire conquis pour l’utiliser dans l’administration de Babylone. L’opéra donne donc ici une dimension dramatique excessive. 

Enfin, il est troublant d’entendre parler d’Assyriens à propos des Babyloniens ! 
 

La suite  Les Lombards à la Première Croisade

L'ouvrage précédent  Giorno di regno

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 27 Juillet 2007

Genèse de l’œuvre

 
Après la disparition de ses deux enfants - Virginia en août 1838 et Icilio en octobre 1839, chacun âgé de 1 an ½-, comment trouver l’état d’esprit pour composer un opéra bouffe ?
 
Pourtant Verdi étudie plusieurs livrets et retient « Il finto Stanislao » de Felice Romani, déjà sujet de l’opéra de Adalbert Gyrowetz joué dés 1818 mais rapidement disparu du répertoire.
« Giorno di regno », nouvellement nommé, est tiré d’une pièce de Pineu-Duval, « Le faux Stanislas ».
 
En pleine composition de la musique, sa femme Margherita, gravement malade, s’éteint au début de l’été 1840. Le cœur n’y est plus, mais la saison est trop avancée pour que Merelli renonce à jouer l’œuvre. Verdi finalise alors son opéra en quelques semaines, et se joint aux répétitions en plein mois d’août.
 
La première a lieu le 5 septembre 1840 et est un terrible échec : « Ah ! si les spectateurs avaient alors, je ne dis pas applaudi, mais accueilli l’opéra en silence, je n’aurais pas eu de mots pour les remercier».
C’est la seule représentation et « Oberto » reprend l’affiche pour 17 soirs.
 
Giorno di Regno
 
Au XVIIIième siècle, l’Autriche des Habsbourg et la Russie tentent d’étendre leur hégémonie sur le continent.
La France, ainsi que les états issus de la désunion de l’Allemagne comme la Prusse et la Saxe, cherchent également à en tirer parti.
 
Stanilas Leszcynski, élu roi de Pologne en 1702, est battu par la Saxe en 1709 (Poltava), et doit fuir en France. Sa fille, Marie, devient alors l’épouse de Louis XV.
 
En 1733, Auguste le Fort, électeur de Saxe, meurt. Les français soutiennent le retour du roi.
Cependant, les troupes russes et saxonnes le substituront très rapidement par Auguste III.
 
L’action de « Giorno di Regno » se passe en août 1733, au moment où Leszcynski est sur le point de réussir son retour sur le trône de Pologne. Le Chevalier Belfiore se fait passer pour le roi et loge au château du baron de Kelbar, dans les environs de Brest.
Il profite de son statut du jour pour empêcher deux mariages : l’un forcé entre le Trésorier et Giuletta, elle même éprise d’Edoardo, l’autre entre la Marquise Del Poggio qu’il aime (mais qui pense qu’il la trompe) et le Comte Ivrea.
 
Les rebondissements de l’intrigue, et la nécessité d’improviser en permanence, amènent le faux roi dans une situation inextricable dont seule l’annonce de l’arrivée de Leszcynski sur le trône polonais peut le libérer.
 
L’échec de l’œuvre fut d’abord du au manque de conviction des chanteurs. Beaucoup de points restent obscurs dans le livret (pourquoi la marquise se méfie t’elle du chevalier ?) qui sont totalement éclaircis dans celui de Gyrowetz.
Ensuite la musique, joyeuse et entraînante parue trop empruntée à Rossini ou Donizetti.
 

 

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 20 Juillet 2007

Genèse de l’œuvre

Tout aussi agréable que soit la vie à Busseto, le jeune compositeur Verdi n’a pas moins envie (et aussi besoin) que sa renommée dépasse les horizons de son patelin parmesan.

En 1836, il commence alors à composer un opéra pour le Teatro Filodrammatico de Milan. Il a toute la confiance du directeur Massini, seulement, ce dernier quitte son poste la même année.

Sans aucun soutien, Verdi doit donc rester à Busseto en tant que directeur musical où, pendant 2 ans, il peut se consacrer à loisir au remaniement du livret et de la partition de ce premier ouvrage.

Vient enfin le jour où Massini obtient une audition auprès de Merelli, directeur de la Scala de Milan. « Oberto, Conte di San Bonifacio » pourra être joué à l’occasion d’un gala de charité.

Or, lors des répétitions, Merelli est témoin d’un échange très favorable à l’œuvre entre la soprano Strepponi et le baryton Giorgio Ronconi. Il propose ainsi à Verdi de représenter son œuvre la saison suivante moyennant quelques reprises du livret avec l’aide de Solera.

La première a lieu le 17 novembre 1839 et le succès est appréciable : 14 représentations sont données cette année, ce qui est une réussite pour un compositeur âgé de seulement 26 ans !

Très rapidement, Merelli fait une nouvelle proposition : il passe commande de 3 opéras à Verdi à raison de un tous les huit mois !

Oberto

L’action se situe en 1228 à Bassano (Vénétie) au château du Gibelin Ezzelino « Le petit Attila ».

Ce despote sans pitié, rallié à l’empereur Frédéric II, domine une large partie de l’Italie du Nord.
A cette époque la querelle entre le Saint Empire romain germanique et la papauté (Grégoire IX) a repris de plus belle depuis 1227 et va durer jusqu'en 1250.
L’enjeu pour chacune des parties est la légitimité politique en Italie. Le conflit se soldera par le rejet des allemands hors de la péninsule.
 
La toile de fond historique semble alors répondre à la situation d’occupation autrichienne que connaît l’Italie depuis 1815.
De plus, Verdi ne peut être insensible à la fondation du mouvement « jeune Italie » qui depuis 1831 exalte le sentiment anti-autrichiens.
 
Pourtant, « Oberto » n'est qu'une histoire sentimentale qui dépasse l’appartenance politique des personnages.
 
Oberto, rallié aux Guelfes, a perdu une bataille décisive face à Ezzelino et s’est réfugié à Mantoue.
 
Sa fille, Leonora, restée à Vérone, est demandée en mariage par Ricardo, partisan d’Ezzelino. Mais le jeune homme va s’éprendre de Cuzina, sœur du maître de Bassano, et également s’engager envers elle.
 
Oberto revient alors pour rétablir son honneur alors que Cuzina, révoltée par le comportement de Ricardo va le pousser à tenir sa promesse vis-à-vis de Léonore. Le duel entre le père et le prétendant sera malgré tout inévitable.
 
L’orchestration de l’œuvre n’est évidemment pas d’une grande sophistication : elle peut rappeler Bellini, mais comporte déjà ces coups de théâtre qui fixent l’attention.
 
Les airs s'imprègnent d'expressions nobles empreintes de mélancolie, et il est étonnant à l’écoute de deux airs successifs de les trouver fort semblables. Sans compréhension de l’italien, il n’est pas possible de distinguer que l’un exprime la peine et l’autre la joie.
 
C’est avec beaucoup d’amusement que l’on se prend à reconnaître des expressions musicales que l’on retrouvera plus dramatisées dans des œuvres ultérieures (la rage d’Abigaille, l'insoutenable tension lors de la préparation du meurtre de Macbeth, le quatuor du Trouvère …).
 
Le comportement de Cuzina est remarquable : seule compte pour elle de renvoyer son amant à son engagement vis-à-vis de Léonore (son ennemie politique !).
 
La suite : Giornio di regno

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Verdi