Publié le 25 Février 2026
Ariane et Barbe-Bleue (Paul Dukas – 10 mai 1907, Opéra Comique)
D’après le drame de Maurice Maeterlinck (1901)
Représentation du 15 février 2026
Teatro Real de Madrid
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Barbe-Bleue Gianluca Buratto
Ariane Paula Murrihy
La nourrice Silvia Tro Santafé
Sélysette Aude Extrémo
Ygraine Jaquelina Livieri
Mélisande Maria Miró
Bellangère Renée Rapier
Alladine Raquel Villarejo Hervás
Un vieux paysan Luis López Navarro
Paysans José Angel Florido, Nacho Ojewda
Direction musicale Pinchas Steinberg
Mise en scène Alex Ollé (2021)
Orchestre et chœur titulaires du Teatro Real
Production du Teatro Real, en coproduction avec l’Opéra de Lyon
De par l’opulence de son écriture orchestrale, un ouvrage tel ‘Ariane et Barbe-Bleue’ dut probablement paraître surdimensionné pour la 3e salle Favart de l’Opéra Comique où il fut créé le 10 mai 1907 dans une mise en scène d’Albert Carré, avec Georgette Leblanc, la compagne de Maurice Maeterlinck à l’origine de l’écriture du drame et du livret, dans le rôle principal.
L’inspiration wagnérienne est évidente, mais à une époque où la nécessité de développer un art français qui s’en détache devenait impérative, surtout dans un contexte politique antigermanique, il en a également résulté une grande attention à la clarté de l’expression du texte et à la distinction des motifs individuels des instruments.
Dans le cadre d’une présentation internationale de l’ouvrage, le Teatro Real de Madrid représenta ‘Ariane et Barbe-Bleue’ pour 3 soirées à partir du 15 février 1913, alors que l’Opéra de Paris attendit bien plus tard, le 23 janvier 1935, pour l’accueillir au Palais Garnier.
Mais si nous revenons au présent, au cours d’une fin de semaine qui a permis d’entendre à Madrid une création mondiale, ‘Enemigo del Pueblo’ de Francisco Coll, et un opéra de Giuseppe Verdi rarement joué, ‘I Masnadieri’, la programmation au même moment d'‘Ariane et Barbe-Bleue’ honore décidément ce théâtre qui cherche à stimuler la curiosité de son public habituellement porté sur le grand répertoire italien du XIXe siècle qu'il estime bien plus accessible.
En coproduction avec l’opéra de Lyon qui ne le joua qu’à huis-clos en mars 2021, le Teatro Real de Madrid porte donc à nouveau à la scène le chef d’œuvre lyrique de Paul Dukas, après 113 ans d’absence jour pour jour, d’une manière qui confirme à quel point l’orchestre y prend une place prépondérante.
Aux commandes d’une formation qui n’a pas eu d’ouvrages de Richard Wagner à défendre cette saison, Pinchas Steinberg donne en effet énormément d’envergure au relief orchestral de la partition, l'orchestre s'épanouissant véritablement avec cette musique à laquelle il apporte un souffle et une excellente cohésion propices à embarquer les auditeurs dans ce drame sombre et luxuriant.
Doué d’une patine légèrement âpre dont il tire avantage à travers une vitalité très expressive, l’orchestre du Teatro Real restitue ainsi une atmosphère tendue au romantisme noir absolument prenante de bout en bout, qu'il fait vivre avec un allant et un sens des volumes splendides.
Artiste irlandaise qui défend régulièrement les grands ouvrages français les plus exigeants, Paula Murrihy domine sans problème le rôle écrasant d’Ariane avec une endurance qui se traduit par la perception d'un assouplissement des lignes vocales dans le médium au fur et à mesure que le drame avance, son expressivité se manifestant le mieux dans la partie aiguë de sa tessiture, très soignée.
Elle dépeint de fait une Ariane lumineuse et bienveillante, presque trop positive tant son timbre révèle peu d’effets obscurs et mélancoliques.
Pour la noirceur d’ébène, il faut alors se tourner vers Aude Extrémo qui compose un magnifique portrait de Sélysette, l’une des femmes de Barbe-Bleue, dont la beauté de la prosodie et le charme scénique en font le véritable bijou de la représentation. On aimerait entendre bien plus souvent sur les grandes scènes cette belle artiste dont émane une fascinante intériorité.
Et que ce soit la nourrice au timbre polychromique de Silvia Tro Santafé, où les autres femmes de Barbe-Bleue, Jaquelina Livieri (Ygraine), Maria Miró (Mélisande), Renée Rapier (Bellangère) et Raquel Villarejo Hervás (Alladine), toutes s’impliquent totalement en créant un mélange de couleurs brillantes, mais peu compréhensible, en partie du fait de la prévalence orchestrale.
Enfin, Gianluca Buratto tient bien le court rôle de Barbe-Bleue, et le chœur intervient de manière très habitée dans une production d’Alex Ollé étonnamment consensuelle, située dans un intérieur bourgeois chaleureusement parcellé de lampes qui serviront, avec un jeu de tables aménagées en pyramide, à donner une image simple du désir de quête de liberté et d'élévation, mais que les cinq femmes du maître des lieux ne saisiront pas, même si on les verra mimer leur ressentiment agressif à son égard, trahissant fatalement leur impossibilité à se détacher de celui qui les a maintenues sous son emprise.
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