Publié le 13 Septembre 2025
La Bohème (Giacomo Puccini – 11 février 1896, Turin)
Répétition générale du 08 septembre et représentation du 12 septembre 2025
Opéra Bastille
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Mimì Nicole Car
Musetta Andrea Carroll
Rodolfo Charles Castronovo
Marcello Étienne Dupuis
Schaunard Xiaomeng Zhang
Colline / Benoît Alexandros Stavrakakis
Alcindoro Franck Leguérinel
Parpignol Hyun-Jong Roh*
Sergente dei doganari Andrés Prunell-Vulcano*
Un doganiere Olivier Ayault*
Un venditore ambulante Ook Chung*
Le maître de cérémonie Virgile Chorlet (mime)
* Artistes des Chœurs de l’Opéra de Paris
Direction musicale Domingo Hindoyan
Mise en scène Claus Guth (2017)
La représentation de ’La Bohème’ du 12 septembre 2025 est la 219e à l’Opéra de Paris et la 25e dans cette mise en scène.
Il y a 8 ans, Nicole Car laissait une charmante image iconique d’une des productions les plus disruptives de l’Opéra de Paris, à travers ce personnage de Mimi fantomal issu de la mémoire d’un Rodolfo prisonnier d’un vaisseau spatial en déserrance et achevant sa course sur la Lune, une façon de prendre au mot les paroles du poète lorsqu’il chante ‘Ma per fortuna é una notte di luna, e qui la luna l'abbiamo vicina’.
Née d’une volonté de porter un regard radical sur l’un des opéras les plus populaires au monde afin de capter un public prêt à se laisser surprendre plutôt que de revendiquer des lectures traditionnelles, la production de Claus Guth n’a rien perdu de son ambiance glaciale initiale, avec le jeu macabre autour du corps de Benoît, qui petit à petit se dissipe à l’arrivée de Mimi, un foyer de chaleur et de réconfort autour duquel des souvenirs du passé vont se réanimer dans l’espace pour s’achever en un numéro de cabaret fantaisiste et haut en couleur, avant que la jeune icône ne disparaisse sur le dernier souffle des astronautes.
L’empathie glisse en effet du sort de Mimi, qui n’est plus qu’une représentation lunaire d’un souvenir incarné, à la condition de ces artistes devenus voyageurs de l’espace et condamnés à mourir.
Les numéros de mime d’un Virgile Chorlet attentionné et mélancolique, au corps longiligne, pourtant le maître d’une cérémonie mortuaire, le réalisme du décor du vaisseau et le dynamisme des jeux de lumières, l’éclat de l’alcôve dorée au creux de laquelle Musetta attise le désir des hommes, la vitalité du jeu d’acteurs et la confusion joyeusement entretenue entre les personnages réels du présent et ceux fictifs issus de la mémoire, ajoutent du relief à des scènes qui somme toute auraient pu être jouées de façon plus ordinaire.
Nicole Car est donc à nouveau Mimi dans cette production qu’elle connaît depuis sa création, et elle est ce soir au summum de son rayonnement, voix vibrante au dramatisme développé mais également subtilement voilée dans les passages susurrés, absolument idéale dans cette représentation d’une Marie Madeleine en robe rouge. Sa présence et sa musicalité exaltée agissent avec un puissant magnétisme qui participe intensément à la plastique d’ensemble du spectacle.
En terme de couleurs, Charles Castronovo en est le contraire, une voix très assombrie, aux lignes heurtées dans le bas médium, qui dessine un Rodolfo sensiblement dépressif, mais qui se montre endurant avec une expressivité à cœur écorché dans les moments les plus forts. Il en résulte une perception d’impossible rencontre entre son personnage désemparé et nullement héroïque, et sa Mimi poétiquement idéalisée.
Étienne Dupuis, en Marcello, possède un beau timbre au métal très souple quelles que soient les variations de tessiture, et se livre avec plaisir à toutes les pitreries imaginées au dernier acte, mais impossible de ne pas être sensible à son duo avec Nicole Car, sa compagne dans la vie, au début du troisième tableau, sur cette barrière d’Enfer transformée en un décor lunaire, la dernière frontière de la vie terrestre.
Pour ses débuts à l’Opéra national de Paris, Andrea Carroll, de double nationalité américaine et guatémaltèque – une nationalité principalement représentée aujourd'hui dans le monde lyrique par Adriana González – se taille un beau succès en Musetta de par son caractère piquant et sa fluidité de timbre peu noircie, et se montre tout aussi joueuse qu’Étienne Dupuis.
Que ce soit le Colline aux résonances sonores funèbres d’Alexandros Stavrakakis, mais finement sculptées dans son dernier air pressentant la fin toute proche, ou bien le Schaunard bien tenu de Xiaomeng Zhang, tous les rôles accompagnant les personnages principaux se mêlent à l’effervescence générale avec aisance.
Dans la fosse d’orchestre, nous retrouvons Domingo Hindoyan qui avait dirigé un ‘Rigoletto’ d’une excellente facture la saison passée, et qui se montre un peu plus prudent avec l’écriture puccinienne.
Très attentif à la clarté mélodique, à la chaleur boisée des vents et à l’unité musicale dans les passages les plus vifs, il livre une très belle lecture coloriste et d’une excellente cohésion, mais ne cherche pas pour autant à étendre le tissu des cordes au point de leur donner un effet sidéral dans la salle comme l’avait fait Gustavo Dudamel à la création.
Alexandros Stavrakakis, Etienne Dupuis, Domingo Hindoyan, Nicole Car, Charles Castronovo et Andrea Carroll
Chœur bien en place en coulisses, cette ouverture de saison se déroule salle comble, devant un public très attentif et aussi amusé par le décalage de la mise en scène.
La salle de l'Opéra Bastille à la fin de la représentation de 'La Bohème', le vendredi 12 septembre 2025
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