Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Franz Schubert Wehmut - Die Forelle - Gretchen am Spinnrade
Nachtstück - Der Erlkönig
Richard Wagner Wesendonck Lieder Der Engel - Stehe still! - Im Treibhaus
Schmerling - Träume
Richard Strauss Wie sollten wir geheim sie halten
Morgen! - Die Nacht - Befreit
Vier Letzte Lieder Frühling - September
Beim Schlefengehen - Im Abendrot
Bis :Richard StraussCäcilie - Zueignung Hugo WolfAbschied (Mörike-Lieder)
Waltraud Meier
Au début de l'été dernier, Waltraud Meier interprétait un récital avec l’esprit qui laissait un chant s’échapper comme s’il s’agissait du dernier souffle. Elle était en noir.
Le rouge devient alors manière à concordance avec la passion qu’elle choisit de rayonner ce soir.
Les lieder de Franz Schubert ne sont pas ornés de couleurs azurées, ils sont au contraire incarnés par la force d’un élan vital, tant de présence que l'on contemple.
Isolde est si étroitement liée à la musicienne allemande, que les Wesendonck Lieder plus sombres et parsemés de plaintes effilées nous mènent là où son âme semble pleinement se fondre.
Les lumières et la poésie des Vier Letzte Lieder ne se diffusent cependant pas suffisamment, pour magnifier cette si belle façon d'exprimer par le corps et par l'articulation des mots, les sentiments intérieurs.
Waltraud Meier
Cela n'ote rien à cette démonstration que la vérité est un élément fondamental de ce qui est beau dans la vie, et que c'est ainsi que les difficultés que nous rencontrons le jour, peuvent en une soirée y trouver l'oubli.
Rossini-Bellini-Donizetti conquièrent l’Italie puis Paris
1778 Inauguration de la Scala de Milan en présence de l'archiduc Ferdinand d'Autriche. Ce nouveau théâtre est une commande de Marie-Thérèse d'Autriche destinée à remplacer l'ancien théâtre ducal détruit dans un incendie.
1792 Inauguration de la Fenice de Venise, trois ans après la destruction (également par le feu) du théâtre San Benedetto.
1796 Napoléon vainc les Autrichiens et les Sardes à Cherasco. L’année d’après, la République cisalpine est créée, avec Milan comme capitale.
1800 La victoire de Marengo permet à Napoléon de signer la paix de Luneville avec les Autrichiens.
1805 Napoléon se nomme Roi d’Italie.
1807 Âgé de 15 ans, Gioacchino Rossini entend à Bologne le grand castrat Giovanni Battista Veluti (le passé), et l’étoile montante de l’Opéra en Italie, Isabella Colbran (soprano colorature qui annonce l’avenir).
Au début du XIXième siècle, l’Opéra est très populaire en Italie, mais le public préfère des nouveautés aux reprises, et en langue italienne.
Dans la plupart des villes, les théâtres sont aux mains d’imprésarios, des aristocrates qui cherchent à faire fructifier leurs capitaux.
1810 Rossini crée au Teatro San Moisé de Venise « La cambiale di matrimonio », écrit en quelques jours.
1811 Première création en Italie du Don Giovanni de Mozart.
1812 Début à la Scala de Milan de Rossini avec « La Pietra del Paragone ».
Suivent « L’Italienne à Alger » à Venise (1813), « Elisabetta Regina d’Inghilterra à Naples (1815), « Le Barbier de Séville » à Rome (1816).
1815 Avec la Restauration, l’Italie est partagée entre l’Empire Austro-Hongrois, la Sardaigne, la Maison de Savoie, le Pape, les Bourbon.
1820 Sous l’influence des idées révolutionnaires françaises, les Carbonaristes se soulèvent à Naples. L’intervention autrichienne annule la nouvelle constitution calquée sur celle de 1791 en France.
1823 Rossini part pour Londres puis Paris où il va y faire fortune. Il y devient Inspecteur général du chant pour les théâtres royaux. Mis à part « Le voyage à Reims », tous ses opéras seront créés en français.
1827 Premier succès de Bellini à la Scala de Milan avec « Il Pirata ».
1830 Premier succès de Donizetti au Teatro Carcano de Milan avec « Anna Bolena » suivi l’année d’après par « La Somnambule » de Bellini. Fin 1831, ce dernier compose également "Norma" pour la Scala de Milan.
1831 Fondation du mouvement « Jeune Italie » par Giuseppe Mazzini, avec pour base l'unification des différents royaumes d’Italie.
1833 Bellini s’installe à Paris et y meurt en 1835.
1835 Triomphe de « Lucia di Lammermoor » à Naples. La voix humaine est la passion de Donizetti, alors que l’orchestre ne joue qu’un rôle secondaire.
Entre 1825 et 1845, c’est à Paris que l’on peut entendre des représentations extraordinaires faites pour les grands chanteurs du Bel Canto italien (Malibran, La Pasta, Grisi).
Verdi et le Risorgimento
1839 Début à la Scala de Milan de Verdi avec « Oberto ».
1842 Succès considérable de « Nabucco » à la Scala. Les sympathies nationalistes de Verdi vont être de plus en plus transparentes dans ses opéras (Giovanna d’Arco, Attila, La Battaglia di Legnano). Il croit à l’Opéra comme drame.
1848 Soulèvement des Milanais. Les représailles des Autrichiens ne se font pas attendre, mais la France intervient en 1849 et prend Rome pour ne pas laisser l’Italie aux Habsbourg.
1852Louis-Napoléon Bonaparte nomme Verdi Chevalier de la Légion d’Honneur.
1853 « La Traviata » à la Fenice de Venise montre la fascination du compositeur pour les personnages torturés et confrontés à un dilemme moral.
1858 Attentat manqué contre Napoléon III devant l’Opéra de la rue Le Pelletier à Paris, pour venger l’intervention de 1849. L’Alliance entre la France et le Piémont Sardaigne (dirigé par Cavour) pour aider à unifier l’Italie se forme.
1859 Avec « Le Bal Masqué » , Verdi se lance dans le Grand Opéra. Suivent La Forza del Destino, Don Carlos, Aïda. Les idéaux s’insèrent dans le tissu de l’opéra de façon plus dramatique.
La guerre contre l’Autriche est déclenchée. L’insurrection des États se poursuit, et Verdi est élu pour représenter Busseto à l’assemblée des provinces de l’état de Parme.
1861Garibaldi débarque en Sicile et mate les forces des Bourbons. Victor Emmanuel II est proclamé Roi par le parlement italien.
1887 La première d’ « Otello » à la Scala de Milan sera une des plus grandes soirées de l’Histoire de l’Opéra, avant que « Falstaff » (1893) ne constitue l’aboutissement final de l’intégration du drame à la musique.
L’Émergence du vérisme et l’aboutissement d’un art théâtral
La rivalité commerciale entre les deux grands éditeurs de Milan, Ricordi (Verdi, Puccini) et Lucca (Wagner) va être perturbée par un nouveau compétiteur : Sonzogno.
Sous l’impulsion du critique Galli, le journal Il Secolo - organe le plus connu de l’empire de l’éditeur - lance un concours national pour la composition d’un opéra en un acte.
1880 Ouverture du Théâtre de l'Opéra de Rome, le Teatro Costanzi.
1884 Bien qu'écarté du concours organisé par Sonzogno, « Le Villi » de Puccini est créé au Teatro Dal Verme de Milan. Ricordi, qui assiste à cette représentation privée, commande un autre opéra : « Edgar ». Ce sera un échec en 1889.
1888 Sonzogno devient le directeur du Teatro Costanzi. Il organise un nouveau concours, que Mascagni remporte avec Cavalleria Rusticana. L’Opéra est créé à Rome en 1890. Il correspond le plus à la définition du vérisme.
1892 Sur les conseils de Puccini, le Napolitain Leoncavallo compose un opéra en un acte. « I Pagliacci » est inspiré d’une histoire vraie de crime passionnel en Calabre. Il remporte un grand succès à Milan. Sonzogno réunit alors les deux opéras « Cav et Pag » dès l’année suivante.
1892 Passé chez Ricordi, Alfredo Catalani compose « La Wally » et réussit son entrée à la Scala de Milan. Toscanini en donne à sa fille ce prénom.
1893 Ricordi refuse cependant que Turin monte « La Wally » afin que toute l’énergie soit concentrée sur la création de la « Manon Lescaut » de Puccini. Premier grand succès du compositeur.
La même année, Puccini et Leoncavallo travaillent sur l’adaptation d’un même livret : « Scène de la vie de Bohème » d’Henri Murger.
1896 « La Bohème » de Puccini est créée à Turin, sous la direction de Toscanini, et l‘année suivante « La Bohème » de Leoncavallo est créée à Venise.
1896 Giordano, concurrent de Mascagni lors du concours de 1888, fait un triomphe avec « André Chénier ».
1902Cilea crée « Adrienne Lecouvreur » (actrice de la comédie française en 1730) au Teatro Lirico de Milan.
1904 Quatre ans après l’échec de Tosca à Rome (1900), transformé en succès populaire plus tard, Madame Butterfly subit le même sort lors de la première à la Scala de Milan. Puccini remanie l’opéra et obtient cette fois un triomphe à Brescia.
1915 L’Italie (bien que membre de la Triple-Alliance) entre en guerre au côté des alliés.
1918 Guerre oblige, Il Trittico (ensemble de 3 opéras en un acte) est créé à New York, puis Puccini laisse inachevé Turandot en 1924, final qui sera complété par Franco Alfano, puis par Luciano Berio en 2001.
Mais en fin de compte, personne ne peut marcher dans les pas de géant de Verdi, et les membres de la « giovane scuola » prennent grand soin de le reconnaître.
1919 L’Italie vit très mal le Traité de Versailles qui ne lui permet pas de récupérer les provinces de Dalmatie, du Trentin et d’Istrie, malgré son fort engagement dans la guerre.
1922 Mussolini devient premier ministre du royaume d’Italie.
1940 L’Italie est l’alliée de l’Allemagne dans la seconde guerre mondiale
1946 Après la défaite, la monarchie est remplacée par une république.
La prospérité retrouvée, l’Europe d’Après Guerre voit se multiplier pléthore de maisons d’Opéra soutenues par des subventions officielles et par le mécénat.
La majorité des compositions vont faire de l’Opéra une branche du théâtre, et non plus une pièce de concert.
L’Italie connaît une seconde renaissance musicale.
1946 Création des « Cours d’été de musique moderne de Darmstadt » que fréquentent notamment Luigi Nono et Luciano Berio.
1948Luigi Dallapiccola crée Il Prigioniero, des souffrances humaines face aux atrocités de la guerre.
1961 Luigi Nono compose pour Venise Intolleranza, série de scènes montrant différents aspects de l’intolérance.
1982 Luciano Berio transpose au XXième siècle Il Trovatore, qui devient la Vera Storia, et en 1984Il Re in Ascolto reçoit sa première à Salzbourg.
Apollonia au Théâtre National de Chaillot
Représentation du 08 novembre 2009
Durée 4h30 (avec un entracte)
Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Dramaturgie Piotr Gruszczynski
Décor et costumes Malgorzata Szczesniak
Héraclès Andrzej Chyra
Alceste/Apolonia Magdalena Cielecka
Elisabeth Costello Maja Ostaszewska
Ryfka Goldfinger Ewa Dalkowska
Agamemmon/Oreste/Amal Maciej Stuhr
Clytemnestre/La tante Malgorzata Hajewska-Krzysztofik
Iphigénie Magdalena Poplawska
Apollon Adam Nawojczyk
Le petit fils Tomask Tyndyk
Musique et voix Renate Jett
Une mère, Apolonia Machczynska, cache vingt cinq enfants pour les épargner de la barbarie nazie. Dénoncée, puis réfugiée chez son père, elle est exécutée après avoir pu sauver une enfant juive.
Magdalena Cielecka(Alceste)
A partir de ce drame là, Krzysztof Warlikowski explore une diversité de voies qui nous amène vers des réflexions dont on ne comprend pas toujours l’émergence.
L’analyse n’est pas immédiate, le temps fait son travail après le spectacle, surtout que le metteur en scène se passionne pour les motivations sexuelles, la force et la violence érigées comme part de l’identité masculine au delà de son imbécillité, le patriotisme, l’hérédité et la relation aux parents, le refus de conscience de chacun, pour confronter à la nouvelle d’Hanna Krall, le mythe du sacrifice.
Il aboutit ainsi à une scène profondément marquante, Alceste y apparaît comme une femme souffrant de n’avoir un homme intelligent capable de lui apporter la chaleur dont elle a besoin, et présente cela avec beaucoup d’ironie - l’histoire étrange et merveilleuse d’une relation amoureuse entre un dauphin et un homme - lors d’un repas en présence de convives insipides. A plusieurs reprises elle se lève, puis revient, entretenant ainsi de bien mystérieux moments de silence.
La situation dégénère en séance d’incisions du corps au milieu d’une cage de verre, cette belle femme se meurt en se tordant de douleur sur les paroles du Mépris de GodardEt mes pieds, tu les aimes, mes pieds ? Et mes jambes ? Et mes fesses ? Et mes seins ?.
Pourquoi se sacrifier pour un type pareil?
Il y a également ces magnifiques visages de femmes, très bien mis en valeur par la vidéo, sur lesquels se lisent des vies dures et la résistance au temps.
Renate Jett
A cette langue polonaise si directe, se mélangent la musique de Chopin, des balades et du rock, et ceux qui ont assisté à Iphigénie en Tauride et Parsifal à l’Opéra National de Paris découvrent que Renate Jett, interprète des Rôles muets d’Iphigénie et de Dave Bowman dans ces productions, est une chanteuse attachante.
Après le long discours d’Elisabeth Costello, assimilant extermination des juifs et abattage d’animaux, fort par son interprétation plus que par son analyse, les conséquences révèlent que Ryfka Goldfinger a pu être sauvée par Apolonia, mais que son petit fils est devenu un soldat de l’armée israélienne.
Ewa Dalkowska (Ryfka Goldfinger) et Krzysztof Warlikowski
Krzysztof Warlikowski est dans une démarche qui paraît sans fin, et chacune de ses œuvres tisse des liens avec les précédentes, Agamemnon et le Parsifal guerrier, Iphigénie et Apolonia, Clytemnestre et la mère de Krum. Un théâtre désinhibé, douloureux, feutré et tendre mais aussi très agressif en réaction aux esprits consensuels et bornés.
Représentation du 09 novembre 2009
Version de concert
Théâtre des Champs Elysées
Don Pasquale Nicola Alaimo, Norina Laura Giordano, Malatesta Mario Cassi
Ernesto Juan Francisco Gatell Abre, Le notaire Luca D'All Amico
Orchestre Giovanile Luigi Boccherini, Coro del Teatro de Piacenza
Direction musicale Riccardo Muti
Il y a encore quelques semaines, l'Opéra Bastille reprenait l'Elixir d'Amour de Donizetti avec deux distributions en alternance.
Charles Castronovo s'y était illustré par une interprétation entière du personnage de Nemorino, seul point remarquable si l'on faisait la comparaison avec le duo Netrebko/Filianoti, dont les gesticulations excessives ne firent que grimer l'ouvrage en une comédie superficielle.
Laura Giordano (Norina)
Nous voici donc au Théâtre des Champs Elysées avec de jeunes artistes italiens soutenus par Riccardo Muti, ne bénéficiant d'aucune image médiatique, et ayant travaillé longuement ensemble leur vision de ce livret.
Il en résulte un tout cohérent par la justesse des rapports entre les personnages, de l'humour et du coeur, un véritable transport dans un univers qui chante l'Italie par sa seule incarnation physique, sans besoin de décor ou de costumes spécifiques.
Et si l'on se focalise sur des critères purement belcantistes, il nous est donné d'entendre Laura Giordano (Norina) virtuose et très homogène avec un timbre légèrement durci, d'être capté par les couleurs franches de Mario Cassi (Malatesta) et par tant de souplesse et de lumière dans "Bella siccome un angelo", ou bien d'apprécier un Nicola Alaimo qui ne vulgarise pas à outrance Don Pasquale.
Ténor léger et clair, Juan Francisco Gatell Abre doit tout de même se battre avec les souvenirs de Pavarotti raflant tous les solo des opéras de Donizetti - una Furtiva Lacrima (L'Elixir d‘Amour) - Tombe degli avi mei …(Lucia di Lammermoor) - et dans Don Pasquale, Com’e gentil.
La densité de l'action ne perd jamais en force, mais dès l'instant où Norina laisse tomber sa fausse timidité pour recouvrir le visage d'une mégère insupportable, l'effet de surprise du vieil oncle se métamorphose en un quatuor saisissant, l'action s'arrête, et du même coup tout est suspendu. Cette façon de faire intervenir un tel ensemble plein de grâce nous ramène dans le monde de Mozart, mais aussi laisse deviner le futur quatuor que Verdi composera dans Rigoletto, "Bella figlia dell'amore".
Comme à son habitude, Riccardo Muti stylise sans casser la dynamique stimulante, obtient une belle maîtrise des instruments solo, telle la trompette liée à Povero Ernesto, bien que subsiste une petite distance entre lui et les chanteurs.
Tristan et Isolde (Wagner)
Prélude Acte I et intégralité de l’Acte II
Représentation du 07 novembre 2009
Théâtre des Champs Elysées
Direction musicale Daniel Harding Mahler Chamber Orchestra
Isolde Waltraud Meier
Tristan John Mac Master
Brangäne Michelle Breedt
Marke Franz-Josef Selig
Melot / Kurwenal Michael Vier
D’emblée, et en écartant la possibilité d’une humeur tragique, l’ouverture nous emmène vers les songes d’une jeunesse ivre, et cet élan si déterminé, le Mahler Chamber Orchestra et Daniel Harding vont en faire la trame tendue d’une rencontre d’une force humaine fabuleuse.
Waltraud Meier (Isolde)
L’intensité des émotions d’Isolde à l’arrivée de Tristan, la justesse avec laquelle elle s’adresse au cœur à la limite de l‘urgence, l’orchestre en est l’expression subjugante.
Pour arriver à une telle réussite, John Mac Master a accepté de remplacer au dernier moment Lance Ryan, et malgré l’enjeu, l’équilibre en reste préservé.
Waltraud Meier (Isolde). Fin acte II.
Discours clair et incisif de Michelle Breedt, pathétiques changements d’expressions vocales et physiques de Franz-Josef Selig, ne reste plus qu’un être vivant dressé là, un corps et une âme sensible à chaque mot, une voix indéfectible, Waltraud Meier.
Parfois les images de Bill Viola ressurgissent de notre imagination quand elle évoque, bras levés au ciel, l’embrassement de son cœur, seulement lorsque Tristan s’effondre, ce n’est plus une douleur torturante insoutenable, mais un saisissement glacé qui s’empare d’elle.
Depuis sa création en 1995, au début de la première saison d’Hugues Gall, la mise en scène de Jonathan Miller pour la Bohème est devenue une pièce de collection de l’Opéra National de Paris. Son atmosphère de vieux Paris des années 30 résiste comme les authentiques ruelles de son centre historique, aux normes et au temps qui tuent les âmes.
Natalie Dessay (Musetta)
Cet opéra de Puccini, avec lequel Leoncavallo travailla à l’adaptation du même livret « Scènes de la vie de Bohème » d’Henri Murger pour en composer sa propre version bien moins célèbre, n’est qu’un prétexte pour tirer les larmes, car un amour intériorisé peut y trouver les étincelles libératrices.
Il est donc nécessaire de réunir des artistes capables de toucher notre propre sensibilité.
Stefano Secco et Tamar Iveri, l’Infante et l’Elisabeth de la dernière reprise de Don Carlo, forment ainsi un couple à la simplicité émouvante.
Tous deux profilent des nuances, lui avec l’art de la récupération et du prolongement du port de voix, elle subtilement plus spirituelle mais avec des accents très douloureux auprès de l’ami commun, Marcello.
Tamar Iveri (Mimi)
Justement, Ludovic Tézier abandonne les noirceurs de la jalousie propre à ce personnage, pour en faire une interprétation d’une sympathie rare, point déterminant qui explique le frisson à l’ouverture du quatrième acte, scène pourtant si ordinaire lorsque les quatre complices se chamaillent, mais rendue ici avec naturel.
Surgit enfin Natalie Dessay, rien ne lui échappe de la légèreté de Musetta et de son numéro d’excitée de charme, mais elle ne sait rien faire d’autre que tomber en commisération lorsque le drame se révèle.
Tout un pan noble du cœur de la maîtresse de Marcello se réduit à peu de chose, comme si la chanteuse devenait faussement concernée par ce qui arrive à Mimi. Un arrière goût d’opération commerciale qui déséquilibre l’esprit de l’ouvrage, je trouve.
Troisième acte de la Bohème sur la Barrière d'Enfer, une des portes d'octroi de Paris.
Les deux comparses, Giovanni Battista Parodi et David Bizic, font heureusement corps avec l’ensemble. Et dans la fosse, Daniel Oren se précipite au début de chaque acte au point d’embrouiller le chœur, pour réussir, patiemment, à devenir maître des structures musicales les plus fines.
Dimanche 01 novembre 2009 sur Arte à 19H00
Musiques pour Sainte Cécile
Purcell, Haendel, Haydn
Lundi 02 novembre 2009 sur Arte à 22H00
Musica. Ballet. Chostakovitch: Le Boulon (Bolt). Bolchoï, 2006, 1h45mn
Direction musicale : Pavel Sorokin, Chorégraphie : Alexei Ratmansky, Scénographie : Semyon Pastukh, Avec : Anastasia Yatsenko, Andrey Merkuriev, Denis Savin, Morihiro
Iwata, Gennady Yanin, Ekaterina Krysanova, Anna Rebetskaya,
Viktoria Osipova, Egor Khromushin
Mardi 03 novembre 2009 sur France 2 à 00H15
Berliner Philharmonic à Aix
Direction Simon Rattle, Piano Andras SchiffJeudi 05 novembre 2009 sur TF1 à 03H05
L'Heure espagnole (Ravel)
Par l'Orchestre de l'Opéra National de Paris, direction Seiji Osawa. Avec Sophie Koch, Yann Beuron, Jean-Paul Fouchécourt.
Samedi 07 novembre 2009 sur France 3 à 00H10
«Double Concerto» en la mineur, de Johannes Brahms,
interprété par l'Orchestre philharmonique de Moscou, placé sous la direction de Kyrill Kondrachine, avec David Oistrakh au violon et Mitslav Rostropovitch au violoncelle/
Dimanche 08 novembre 2009 sur France 3 à 01H00 Louise (Charpentier)
Mise en scène André Engel. Orchestre de l'Opéra National de Paris, Direction Sylvain Cambreling avec Mireille Delunsch, Paul Groves.
Dimanche 08 novembre 2009 sur Arte à 19H00
Kurt Masur dirige le concert commémoratif "20 ans après la chute du mur"
Kurt Masur dirige l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, avec Renaud Capuçon au violon.
Lundi 09 novembre 2009 sur Arte à 22H30
Musique classique et guerre froide. Les musiciens en RDA (2009, 52 mn)
Mardi 10 novembre 2009 sur France 2 à 00H45
L'Amour des trois oranges (Prokofiev)
Enregistré à l'Opéra Bastille en 2005. Mise en scène Gilbert Deflo.
Avec José van Dam, Béatrice Uria-Monzon, Charles Workman, Hannah Esther Minutillo, direction Sylvain Cambreling
Jeudi 12 novembre 2009 sur TF1 à 02H45
La Dame de Pique (Ballet de Roland Petit)
Musique de Tchaïkovski et Webern.
Enregistré au théâtre du Bolchoï en 2005. Direction Vladimir Andropov, avec Natalya Osipova, Yan Godovsky, Tamara Abakeliyari.
Jeudi 12 novembre 2009 sur Arte à 23H00
Arte Lounge. Présentation: Measha Brueggergosman. Invités: Albrecht Mayer, Fazil Say, Max Emanuel Cencic...
Dimanche 15 novembre 2009 sur Arte à 19H00
Leonard Bernstein
Symphonie n° 3 "Kaddish"
Lundi 16 novembre 2009 sur Arte à 22H50
Opéra. Schoenberg: Moïse et Aaron.
Direction musicale : Michael Boder. Mise en scène : Willy Decker
Avec : Dale Duesing (Moïse), Andreas Conrad (Aaron)
Production de la Triennale de la Ruhr 2009 – enregistré les 28 et 30 août 2009
Samedi 21 novembre 2009 sur France 3 à 00H40
Concert d'inauguration de l'Opéra Royal de Versailles
Par les musiciens du Louvre-Grenoble, direction Marc Minkowski Dimanche 22 novembre 2009 sur France 3 à 00H15
Nabucco (Verdi)
Enregistré au Stade de France en septembre 2008
Avec Roberto Servile, Carlo Guido, Askar Abdrazakov, Katja Lytting, direction Yoel Levi
Lundi 23 novembre 2009 sur Arte à 22H30
Documentaire, portrait. Georges Prêtre, l´urgence de la musique (2009, 1h)
Dimanche 29 novembre 2009 sur Arte à 19H00
Anu Tali dirige la musique balte
Lundi 30 novembre 2009 sur Arte à 22H30
Peer Gynt (Edvard Grieg)
Chorégraphie : Heinz Spoerli. Opéra de Zurich, 2008. Direction musicale : Eivind Gullberg Jensen
Die tote Stadt (Korngold)
Représentation du 19 octobre 2009
Opéra Bastille
Direction musicale Pinchas Steinberg
Mise en scène Willy Decker
Paul Robert Dean Smith
Marietta Ricarda Merbeth
Frank / Fritz Stéphane Degout
Brigitta Doris Lamprecht
Juliette Elisa Cenni
Lucienne Letitia Singleton
Die tote Stadt opéra de la mélancolie? La première impression, éclatante jetée dans une splendeur sonore, ne le suggère pourtant pas. Seulement les orgueilleuses et clinquantes envolées sont souvent comme une contre énergie aux vagues de tristesse, et l’on retrouve cela dans cette musique avec laquelle il faut vaincre la complexité de ses motifs parfois furtifs.
Ricarda Merbeth (Marietta)
De retour à l’Opéra National de Paris depuis la création d’Ariane à Naxos à l’automne 2003, Pinchas Steinberg tire de l’orchestre comme une grande forme d’onde qui englue l’âme dans une sorte d’éternité morbide, pour qui veut bien se laisser prendre à l’expérience.
Et ce n’est nullement exagérer que de dire qu’il ne reste plus grand chose des emphases de la partition de Korngold.
Robert Dean Smith (Paul)
Ce choix va de pair avec une mise en scène étouffante par son cloisonnement et le vide qu’elle souligne avec son arrière scène plongée dans l’obscurité. C’est une alternance de tableaux fascinants (l’apparition de Marie au loin s’adressant à Paul sans que sa chevelure ne révèle le moindre trait de son visage, ou bien le portrait obsessionnel devenant de plus en plus fantomatique), et de scènes vivantes et très bien réglées (comme la métamorphose instantanée de la morte Marie en la superficielle et matérialiste Marietta).
Ricarda Merbeth est une stupéfiante Marietta, vigoureuse et acharnée à sortir Paul de son puit de pensées noires, la voix ne trahissant nulle faiblesse avec une accroche dynamique, sauvage et ouatée.
Son partenaire, Robert Dean Smith, conserve quelque chose de touchant bien que sa musicalité se perde dans un haut médium qui ternit toutes les sonorités (ce qui au passage n’est pas hors de propos).
Stéphane Degout (Fritz)
Sarcastique et sûr de lui, Stéphane Degout respire d’aisance, et Doris Lamprecht montre des capacités dramatiques ignorées, pour ma part, et une puissance qu’elle prend plaisir à extérioriser.
Prisonnier de son deuil, Paul peut plus largement représenter l’incapacité à sortir d’une emprise psychique (d’où cet attrait vers le religieux qu'il pense pouvoir le tirer vers le « haut »).
Le livret de Die tote Stadt est justement très prenant car il démonte, par l’intermédiaire de Marietta, tous les subterfuges de complaisance avec cet état.
C’est véritablement un ouvrage qui mérite une reprise, et pourquoi pas cette fois avec un chef comme Harmut Haenchen au goût plus prononcé pour les grands contrastes entre frémissements éveillants et grondements intimidants.
Représentation du 16 octobre 2009
Théâtre du Châtelet
Une production d'Eric Abraham et Isango Portobello Company of Cape Town créé en association avec le Young Vic Theatre de Londres
Direction musicale Mandisi Dyantyis, Mise en scène Mark Dornfold-May, Chorégraphie Lungelo Ngamlana
Tamino Sonwabo Ntshata, Pamina Portia Shwana, Papageno Phumzile Theo Magongoma
Papagena Thozamo Mdliva, Queen of the Night Bongiwe Mapassa, Sarastro Sebastian Zokoza,
Monostatos Malungisa Madondile
Après le passage de William Kentridge et la « Handspring Puppet Company » en septembre, l’Afrique du Sud continue de se produire à Paris, mais cette fois dans une reprise de la Flûte Enchantée.
Thozamo Mdliva (Papagena)
C’est bien sûr l’attente de voir dynamiter la rigidité des conventions de l’art lyrique qui stimule l’élan vers ce spectacle.
En habits colorés et fantaisistes, une troupe joue sur scène, les chanteurs se mêlent aux chœurs, qui se mêlent eux mêmes aux musiciens jouant des Marimbas debout avec entrain et sans partition, et le directeur musical finit nécessairement par se fondre dans l’orchestre en simple interprète déchaîné.
Il s’agit pourtant d’éviter un piège redoutable : une simple interprétation des airs. Car seule la très touchante Portia Shwana a réellement une voix lyrique et raffinée, ce qui exige des autres chanteurs un rôle de composition encore plus vivant.
Bénéficiant de la joie communicative des musiciens flanqués de part et d’autre de la scène, Mark Dornfold-May insuffle du rythme à l’action, art de l’enchaînement qui se passe des récitatifs de Schikaneder. Et la surprise se tient en embuscade, comme lorsque les trois garçons se figurent en anges féminins surgissant du chœur pour guider Tamino, ou bien quand la vitalité de la danse sud africaine (popularisée par Scatteling of Africa de Johnny Clegg) se jette à la face du spectateur.
Le petit coup de cœur vient de la Papagena de Thozamo Mdliva, une jovialité ronde, maternelle et rassurante pour Papageno.
Lakmé (Delibes)
Représentation du 11 octobre 2009
Théâtre des Arts de Rouen
Direction musicale Roberto Fores Veses
Mise en espace Richard Brunel
Lakmé Petya Ivanova
Gérald Jean-François Borras
Frédéric Christophe Gay
Nilakantha Patrice Berger
Mallika Marie Gautrot
Miss Ellen Maïlys de Villoutreys
Petya Ivanova (Lakmé)
Le Théâtre des Artsde Rouen est l’exemple même de ce que devrait être un opéra populaire. Il y règne une ambiance naturelle, tout le monde vient y vivre une expérience commune sans prétention, et avec un grand respect pour la musique. Les personnes vous parlent très spontanément sans s‘appesantir, les sourires se croisent, de tout jeunes enfants y ajoutent une touche de désordre, et tout cela contribue à une chaleur unique en ce lieu.
La première de Lakmé à Rouen se déroula le 23 novembre 1887, quatre ans après la première à l’Opéra Comique, en présence de Léo Delibes. Par la suite, son héroïne résistera comme elle pourra aux personnages de légendes wagnériens.
Jean-François Borras (Gérald)
La capitale de la Haute-Normandie ouvre donc la saison 2009/2010 avec Lakmé dans une mise en espace de Richard Brunel (L'Indefelta Delusa à Sceaux en début d'année).
Mise en espace certes, mais par un metteur en scène de Théâtre. Les lumières et le dépouillement - quelques pupitres, draps bleus et une chaise dans une atmosphère nocturne- font penser à du Bob Wilson, mais avec la direction d’acteur d'un Johan Simons, c’est à dire qu’il s’agit de manipuler et de bousculer les éléments.
Le théâtre vient ici de manière très efficace suppléer à des moyens matériels limités - quelques spectateurs n’apprécieront pas le traitement final de Lakmé laissée là banalement au vent comme si elle avait si peu comptée - alors qu’un grand soin est accordé au niveau musical.
Profitant de l’expérience d’un bon directeur scénique, la distribution trouve ainsi un cadre qui lui permet de jouer de manière simple et crédible, et de s’appuyer sur ses qualités majeures : une agréable homogénéité d’ensemble, et une diction quasi parfaite qui fait honneur à l’ouvrage.
Connu depuis Giovanna d’Arco l’année dernière, Jean-François Borras a gagné en aisance, et tout passe dans un chant sensible et coloré sauf dans l’extrême aigu.
Petit format physique, mais une douceur, et surtout une virtuosité qui nous renvoie à celle de Natalie Dessay, Petya Ivanova est un éblouissement de finesse musicale.
Et plus les airs requièrent de l’habilité, plus faciles paraissent-ils à chanter. Seul son phrasé tend à lisser parfois les syllabes.
Christophe Gay (Frédéric)
La présence de Christophe Gay est celle qui fait la plus forte impression. Baryton clair dégageant un grand sentiment de solidité et de jeunesse, le personnage de Frédéric y trouve une représentation fidèle, homme déterminé et empreint d’idéaux patriotiques.
Et les autres rôles continuent à révéler des chanteurs au meilleur d’eux mêmes, impeccable Nilakantha de Patrice Berger, charmante Miss Ellen de Maïlys de Villoutreys, sans oublier Marie Gautrot dans une Mallika un peu plus effacée.
Les chœurs, heureux de bénéficier d’une action scénique intéressante et bien éloignée des clichés traditionnels, se laissent parfois un peu déborder par l’enthousiasme, mais peu importe. Roberto Fores Veses, le chef, joue le théâtre et l’onirisme à fond, sans tirer toutefois de l’orchestre un son des plus cisellés.
Les airs de danses de l’acte II passent à la trappe, soit dit en passant.
En évacuant ainsi le kitsch visuel et des jeux d'acteurs désués, tout en maintenant la musicalité au coeur de l'oeuvre, le Théâtre des Arts vient de prendre des longueurs d’avance sur l’Opéra de Paris dans la mise en valeur de l’opéra romantique français.