Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Elektra (Richard Strauss - 1909)
Représentations du 01 et 06 août 2020
Salzburger Festspiele - Felsenreitschule
Klytämnestra Tanja Ariane Baumgartner
Elektra Ausrine Stundyte
Chrysothemis Asmik Grigorian
Ägisth Michael Laurenz
Orest Derek Welton
Der Pfleger des Orest Tilmann Rönnebeck
Die Schleppträgerin Verity Wingate
Die Vertraute Valeriia Savinskaia
Ein Junger Diener Matthäus Schmidlechner
Ein alter Diener Jens Larsen
Die Aufseherin Sonja Saric
Erste Magd Bonita Hyman
Zweite Magd Katie Coventry
Dritte Magd Deniz Uzun
Vierte Magd Sinéad Campbell-Wallace
Fünfte Magd Natalia Tanasii
Direction musicale Franz Welser-Möst
Mise en scène Krzysztof Warlikowski (2020)
Assistante de Krzysztof Warlikowski Marielle KahnAsmik Grigorian (Chrysothemis) Décors et costumes Malgorzata Szczesniak
Lumières Felice Ross
Video Kamil Polak
Chorégraphie Claude Bardouil Dramaturgie Christian Longchamp Wiener Philharmoniker
Electre de Sophocle est la première tragédie antique que Krzysztof Warlikowski mis en scène il y a déjà plus de 23 ans, le 18 janvier 1997 précisément, au Dramatyczny Theatre de Varsovie. Il n'existe aucun enregistrement vidéo de cette création, mais les commentaires écrits qui subsistent permettent de se faire une idée du parti pris qu'il choisit, une connexion avec la contemporanéité de la guerre des Balkans, et de découvrir que certains critiques virent en ce spectacle la création d'un élément majeur de fondation du nouveau théâtre polonais.
Ausrine Stundyte (Elektra)
Il se passera ensuite quatre ans, après une douzaine de pièces pour la plupart shakespeariennes, et aussi une première confrontation à l'écriture d'Euripide avec Les Phéniciennes (1998), pour que Krzysztof Warlikowski s'empare d'une autre pièce majeure du tragédien de l'Athènes classique, Les Bacchantes (2001), qui connaitra une diffusion internationale.
Ces deux pièces, Les Bacchantes et Electre, préparatoires au chef-d’œuvre d'(A)pollonia conçu pour le Festival d'Avignon en 2009, possèdent leur pendant lyrique sous la forme des Bassarides (Hans Werner Henze) et d'Elektra (Richard Strauss), deux opéras du XXe siècle que le Festival de Salzbourg a confié au metteur en scène polonais et l'ensemble de son équipe artistique, respectivement en 2018 et en 2020.
Tanja Ariane Baumgartner (Klytämnestra)
C'est cependant avec une autre pièce antique que Krzysztof Warlikowski ouvre cette nouvelle production d'Elektra. En effet, Agamemnon, la première pièce de l'Orestie, la trilogie d'Eschyle, s'achève sur le meurtre du roi achéen et sur les aveux de Clytemnestre qui scande "Il a odieusement sacrifié la fille que j'avais eue de lui, Iphigénie tant pleurée. Certes, il est mort justement. Qu'il ne se plaigne pas dans le Hadès ! Il a subi la mort sanglante qu'il avait donnée."
Certes, en plein milieu de la pièce de Sophocle, on trouve aussi un échange entre Electre et Clytemnestre où celle-ci justifie bien le meurtre d’Agamemnon comme un acte de vengeance pour le meurtre d'Iphigénie. Mais le tragédien suppose que le lecteur connait son nom car il ne parle que de la fille de Clytemnestre et de la sœur d'Electre.
Quant à Hofmannsthal, il supprime totalement cette motivation première du livret de l'opéra de Strauss.
Krzysztof Warlikowski réintroduit ainsi ce fait déterminant en faisant déclamer le texte d'Eschyle avec une hargne théâtrale déchirante par l'interprète de Clytemnestre, la mezzo-soprano Tanja Ariane Baumgartner. Vêtue de noir, les gestes emphatiques vengeurs, elle crie sa douleur d'une façon si libre que c'est le plaisir d'être impressionné qui domine cette introduction baignée par des lumières rougeoyantes de sang mêlées aux reflets de l'eau.
C'est d'ailleurs avec ce même procédé déclamatoire que le metteur en scène avait ouvert son interprétation d'Electre, en 1997, de façon à rappeler le sort d'Iphigénie. Mais c'est cette fois Electre qui le prononçait.
Ausrine Stundyte (Elektra) et Asmik Grigorian (Chrysothemis)
Dès le coup d'éclat de l'ouverture orchestrale, les colorations chaudes et métalliques du Wiener Philharmoniker, fantastiquement diffractées par l'acoustique de la Felsenreitschule, sont les prémices d'un univers sonore fastueux et foisonnant de traits furtifs et vivants.
Du désordre harmonique construit par Strauss émergent les voix des servantes qui sont pour la plupart d'une jeunesse et d'une audace de projection rares dans cet ouvrage. La troisième servante, Deniz Uzun, est particulièrement puissante, rayonnante et dominatrice. Celle qui défend Elektra est, elle, représentée en nourrice.
En arrière plan, une scène de rituel sacrificiel humain est à l’œuvre. Le corps d'une jeune femme nue est soigneusement lavé sous des douches avec l'aide d'une autre femme bien plus âgée que l'on retrouve, un peu plus tard, quand se tient la cérémonie à laquelle participe Clytemnestre. La reine est ici présentée au milieu d'une grande salle de verre totalement fermée, très haute et illuminée de pourpre, symboles de l'autorité et du pouvoir comme c'était le cas au temps des Achéens, mais qui sont des attributs du pouvoir religieux encore actuels.
Tanja Ariane Baumgartner (Klytämnestra)
La cour de Mycènes se réfère à un ancien monde avec ses croyances et ses violences. Mais cette scène donne aussi l'impression que la mère rejoue le rituel sacrificiel que connut sa fille comme s'il s'agissait d'un acte de mémoire et de deuil. La vidéo, en noir et blanc, permet à l'auditeur de suivre de près ce qu'il se passe dans cet espace.
A l'opposé de cette chambre, Elektra, représentée en jeune fille revêtue d'une fine robe blanche marquée d'un motif floral couleur fuchsia, exprime la douleur de la perte de son père. Et Ausrine Stundyte, incarnation idéale d'une jeunesse farouche et mélancolique, se love dans les rondeurs du décor métallique, près d'un bassin purificateur, pour exprimer sa détresse de son timbre rauque et bagarreur qui a encore gagné en netteté et précision déclamatoire. Les accents de sa voix ont toujours une sorte de noirceur mate névrotique, mais dans ses grands éclats puissants, des clartés fulgurantes lui donnent un caractère saisissant. Son personnage a ainsi la souplesse d'un fauve, mais n'est pas un monstre pour autant.
Ausrine Stundyte (Elektra)
Deux jeunes enfants hésitent à l'interpeller, peut-être des réminiscences de sa jeunesse ou bien un rappel d'une grâce et d'une inconscience du monde qu'elle a elle-même perdu, et donnent la seule image de vie saine du plateau au moment où ils se baignent dans le bassin du palais sous ses yeux, sans se rendre compte des drames qu'il a recouvert. Dans ce bassin entreront plus tard Chrysothémis et Oreste, mais aussi le fantôme silencieux d'Agamemnon venu hanter Elektra.
Chrysothémis, sa sœur, est ici un personnage bien saillant, jupe courte et coupe vestimentaire branchée aux reflets lilas-argenté, qui montre un ascendant sur Elektra ainsi qu'un profond désir d'émancipation sexuelle (on pense par exemple au dévoilement du soutien-gorge rouge).
Asmik Grigorian est par ailleurs une très belle femme qu'il serait dommage de contraindre à un rôle conventionnel. Elle a le même talent expressif qu'Ausrine Stundyte, une voix plus canalisée et percutante avec des inflexions attendrissantes, et une clarté musclée qui atteindra son apothéose dans la scène finale.
Ausrine Stundyte (Elektra) et Derek Welton (Orest)
Le troisième personnage féminin, Clytemnestre, n'a rien à voir avec ses enfants dont le metteur en scène prend soin de préserver les traits les plus humains possibles. Tout évoque au contraire chez elle les anciennes traditions et le goût du sang, la couleur qui l'incarne totalement. Elle est par ailleurs rendue plus monstrueuse que chez les tragédiens grecs - où elle ne se livrait qu'aux offrandes -, en montrant ici son fanatisme pour les sacrifices humains. Il est vrai qu'Hofmannsthal, au cours de l'échange entre Elektra et sa mère, décrit clairement qu'elle n'est même pas choquée à l'idée d'imaginer le sacrifice d'une femme ou d'un enfant.
Il n'y a donc aucun rapprochement physique entre Elektra et sa mère, tant d'animosité les sépare, et un maximum de distance est entretenu entre les deux femmes. Au cours de son long monologue tourmenté, Tanja Ariane Baumgartner est fantastique d'expressivité. Ses graves noirs d'effroi, son langage parlé extrêmement incisif et chargé de terreur, dépeignent un portrait d'une grande solitude décliné en multiples facettes, comme une toile de Lucian Freud. Cette présence est par ailleurs renforcée par la qualité de son timbre qui ne trahit aucune déchirure et par son incarnation qui fait ressentir toutes les cassures internes de Clytemnestre.
Enfin, trois statues d'enfants sont attachées à son monde, créant une image de mort injuste, d'obsession de corps inertes, d'une figure humaine sensible qui peut disparaitre à l'âge adulte, les enfants étant également des victimes dans toute l'histoire des Atrides.
Ausrine Stundyte (Elektra) et Asmik Grigorian (Chrysothemis)
L'affrontement avec Elektra, lorsque celle-ci lui fait comprendre qu'elle la fera tuer, est amplifié par l'urgence implacable de l'orchestre, un rythme haletant, un sens dramatique qui émerge d'une luxuriance sonore époustouflante, la chaleur des vents et des cordes sombres s'alliant magnifiquement avec les flamboiements des cuivres qui ne sont jamais stridents.
Il faut néanmoins l'annonce de la mort d'Oreste pour qu'Elektra jette tout son dévolu sur Chrysothémis, la seule qui pourrait passer à l'action du meurtre.
Ce moment crucial est alors enveloppé par une lumière chaude et orangée qui englobe également les spectateurs, et c'est une véritable scène de séduction entre femmes qui est déclinée par la suite. La force du jeu théâtral est d'employer toute une palette de gestes affectifs qui nous touchent dans leur manière d'aller au delà des mots, comme lorsque la tête d'Ausrine Stundyte cherche à caresser la jambe d'Asmik Grigorian. Ce recours au langage primitif est tellement intuitif qu'il est fort à parier qu'il sera à chaque représentation décliné de manière différente.
Mais Elektra finit par maudire Chrysothémis qui en conserve tristesse dans l'attitude et le regard, et l'arrivée de l'étranger, Oreste, fait basculer l'ambiance dans un bleu nuit d'acier. Ce lien fort entre décor et lumière, la résultante de l'alliance artistique imaginative entre Malgorzata Szczesniak et Felice Ross, entre en correspondance avec la texture orchestrale qui, à ce moment là, devient sidérante de mystère et d'immatérialité, un son fantomatique et hors du temps évoquant un chant de revenants. Franz Welser-Möst et le Wiener Philharmoniker deviennent les émissaires de l'au-delà.
Ausrine Stundyte (Elektra) et Asmik Grigorian (Chrysothemis)
Oreste est cependant loin d'évoquer un héros inflexible. Habillé comme un fils issu d'un milieu douillet que trahit son pullover bleu-marine bariolé au niveau du torse, non seulement il s'humanise, mais il est ramené au même niveau de fragilité d'Elektra, avec pour lui une douceur et une sensibilité qui est accrue par le naturel attachant de son interprète, Derek Welton. Son chant est superbe de profondeur et d'humanité grave, sans lourdeur pour autant, et il vit son personnage avec une simplicité et une lisibilité qui touchent au cœur.
Il en résulte que lorsqu'il se précipite vers la salle où se réfugie sa mère, pour la frapper, l'immaturité qu'il affiche crée une dissonance avec la sauvagerie fulgurante, à donner le frisson, dont fait preuve l'orchestre. Une maîtrise du chaos absolument stupéfiante.
En effet, la grande salle sacrificielle étant amenée au centre de la scène, au dessus du bassin, elle laisse l'auditeur entrevoir Oreste y entrer, craignant d'avoir à assister au crime, avant que la salle ne plonge dans le noir et ne révèle Ausrine Stundyte, à son plus haut dans l'hystérie animale, fulminant de haine comme un animal blessé.
Jens Larsen, Derek Welton, Asmik Grigorian, Franz Welser-Möst, Ausrine Stundyte, Tanja Ariane Baumgartner et Michael Laurenz
L'arrivée de Michael Laurenz, en Egisthe, permet de découvrir ce chanteur parfaitement assuré, à la fois séducteur et oiseau de proie, doué d'une voix percutante. Mais ce qu'il se produit au moment où il entre dans la salle est un coup de théâtre magistral. Car la lumière se rallume alors que le meurtre est toujours en cours. L'apparition de Chrysothèmis achevant froidement Egisthe est un choc émotionnel qui bouleverse toute la scène finale.
Oreste, pétrifié par l'horreur du geste qu'il n'avait pas évalué, n'est plus en mesure de réagir. C'est donc sa sœur qui achève de détruire l'ancien monde de sa mère, qui a le ressort d'éviter qu'Elektra ne se suicide, qui porte en elle-même l'énergie de lui redonner vie, et qui a même le cran de nettoyer la scène du crime.
Cette émancipation de Chrysothémis est le plus beau cadeau que l'on ait fait à ce personnage, et Asmik Grigorian se déchaine dans l'exaltation avec une intensité inoubliable par la grâce de son visage et le chant d'humanité qu'elle offre sans réserve. Comment ne pas sortir fortement remué par tant de générosité et de force? Et comment ne pas voir en Krzysztof Warlikowski le metteur en scène des femmes, celles qui seront toujours là pour pallier aux failles des hommes?
Elektra finit pourtant par s'effondrer sur la spirale d'une danse formée par des milliers de mouches tournoyant pour débarrasser le palais de toute trace de sang - tout cela est représenté par une vidéographie qui occupe l'intégralité de l'arrière scène -, et Oreste, devenu fou, quitte la scène en longeant l'orchestre.
Christian Longchamp, Claude Bardouil, Franz Welser-Möst, Krzysztof Warlikowski, Małgorzata Szczęśniak et Ausrine Stundyte
Ce travail scénique abouti, lié par une interprétation musicale qui est un monde en soi, un univers de structures sonores d'un raffinement et d'une beauté stellaire inouïs, tout en préservant d'une main d'acier la théâtralité du discours, est ce que l'opéra a de plus merveilleux à offrir.
Et comment ne pas repenser au parcours d'Ausrine Stundyte, depuis sa fantastiqueLady Macbeth de Mzensk à l'Opéra des Flandres en 2014, sous la direction de Calixto Bieito, qui avait déjà fait preuve d'un talent scénique hors-normes avec son timbre de voix qui fait tant ressentir l'indomptabilité de caractère?
La diffusion de ce spectacle pendant plusieurs mois sur ConcertArte rend bien imparfaitement compte de sa richesse, mais elle laisse en ces temps extraordinaires une image accessible à tous sur ce que cet art fragile et complexe révèle des femmes et des hommes qui unissent leurs talents pour offrir le plus beau de leur âme.
Samedi 01 août 2020 sur Arte à 16h00
Le grand théâtre du monde - Salzbourg et son festival
Dimanche 02 août 2020 sur Arte à 17h00 (direct de Salzbourg)
Cosi fan tutte (Mozart) - dm Mallwitz - ms Loy
Dreisig, Schuen, Martin Kränzle, Crebassa, Desandre, Volkov
Mercredi 05 août 2020 sur France 2 à 01h00
Choeurs Eurovision 2019
Samedi 08 août 2020 sur France 5 à 22h25
Le meilleur du Violon sur le sable
Dimanche 09 août 2020 sur Arte à 18h55
Karajan au Festival de Salzbourg
Mercredi 12 août 2020 sur France 2 à 01h10
L'Orfeo (Monteverdi) - dm Gardiner - ms Rooke
Adam, Blazikova, Richardot, Boncompagni, Burrato, Kim
Dimanche 16 août 2020 sur Arte à 18h45
Herbert Blomstedt dirige Beethoven
Mercredi 19 août 2020 sur France 2 à 00h30
Le retour d'Ulysse dans sa patrie (Monteverdi) - dm Gardiner - ms Rooke
Adam, Blazikova, Richardot, Boncompagni, Burrato, Kim
Mercredi 26 août 2020 sur France 2 à 00h30
Le couronnement de Poppée (Monteverdi) - dm Gardiner - ms Rooke
Adam, Blazikova, Richardot, Boncompagni, Burrato, Kim
Mezzo et Mezzo HD
Samedi 01 août 2020 sur Mezzo HD à 17h00 (en direct)
Elektra de Strauss au Festival de Salzbourg 2020
Samedi 01 août 2020 sur Mezzo à 20h30
Don Giovanni de Mozart au Festival d'Aix-en-Provence
Dimanche 02 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Le Couronnement de Poppée de Monteverdi au Festival de Salzbourg
Mercredi 05 août 2020 sur Mezzo à 20h30
Tosca de Puccini au Festival d'Aix-en-Provence
Vendredi 07 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Street Scene de Kurt Weill au Teatro Real de Madrid
Samedi 08 août 2020 sur Mezzo à 20h30
Aida de Verdi au Festival de Salzbourg
Dimanche 09 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Tosca de Puccini au Festival de Pâques de Salzbourg
Mercredi 12 août 2020 sur Mezzo à 20h30
La Clémence de Titus de Mozart au Festival de Salzbourg
Vendredi 14 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Madama Butterfly de Giacomo Puccini au Festival de Glyndebourne
Samedi 15 août 2020 sur Mezzo à 20h30
Benvenuto Cellini de Berlioz à Amsterdam
Dimanche 16 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Anna Bolena de Donizetti à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
Mercredi 19 août 2020 sur Mezzo à 20h30
Mozart : Les Noces de Figaro
Vendredi 21 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Le Couronnement de Poppée de Monteverdi au Festival de Salzbourg
Samedi 22 août 2020 sur Mezzo à 20h30
Don Giovanni de Mozart à La Fenice de Venise
Dimanche 23 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Tosca de Puccini au Festival de Pâques de Salzbourg
Mercredi 26 août 2020 sur Mezzo à 20h30
Les Vêpres Siciliennes de Verdi au Mariinski
Vendredi 28 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00 A compléter ultérieurement
Samedi 29 août 2020 sur Mezzo à 20h30 A compléter ultérieurement
Dimanche 30 août 2020 sur Mezzo HD à 21h00 A compléter ultérieurement
Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)
Les pronostics ci-dessous proviennent d'engagements ou d'intentions de programmation rendus publics, parfois depuis plus d'un an ou deux, qui peuvent, aujourd'hui, être modifiés ou supprimés pour des raisons diverses. Ils doivent donc être pris avec précaution en attendant l'annonce officielle, et ils sont mis à jours régulièrement.
Sapin de Noël du Grand Foyer du Palais Garnier - décembre 2024
Quelques intuitions sont également rajoutées au regard des titres qui n'ont plus été joués depuis longtemps. Il s'agit de paris non confirmés. Bien prendre en considération la fiabilité indiquée dans ce document, pour ne pas tout prendre pour argent comptant.
Cet article est directement accessible depuis le bandeau supérieur du blog (Menu "Pronostics ONP").
N'hésitez pas à faire remarquer les changements ou compléments éventuels.
Sapin de Noël du Grand Foyer du Palais Garnier - décembre 2023
Alexander Neef (directeur général de l'Opéra de Paris) et Sophie Bourdais - Rencontres Télérama de septembre 2021
Les nouvelles productions ou nouvelles coproductions (pour Paris) sont indiquées par le sigle NP.
Sapin de Noël du Grand Foyer du Palais Garnier - décembre 2022
Pronostics pour la saison 2027/2028 (Fiabilité des pronostics 20%) A partir de 2027/2028, fermeture de la scène Garnier pour 2 ans. Les opéras et les ballets se partageront à égalité la scène Bastille, et certains spectacles seront joués sur d'autres scènes parisiennes ou ailleurs.
2027-2028, Norma (Bellini) - NP 2027-2028, Les Indes Galantes (Rameau) - ms Cogitore/Dembele (reprise) - Les Arts Florissants - dm Christie 2027-2028, Cosi fan tutte (Mozart) - ms De Keersmaeker (reprise) 2027-2028, Don Quichotte (Massenet) - ms Michieletto (reprise) 2027-2028, La Damnation de Faust (Berlioz) - NP - ms Carsen - dm Bychkov 2027-2028, Guillaume Tell (Rossini) - NP - ms Kratzer (coproduction Hamburg/Lyon) 2027-2028, Macbeth (Verdi) - NP - Version française - Ekaterina Gubanova 2027-2028, Le Nom de la Rose (Filidei) - NP - ms Michieletto - création mondiale (27/04/2025 à Milan) en coproduction avec la Scala de Milan et le Teatro Carlo-Felice de Gênes - dm Metzmacher 2027-2028, Snegourotchka (Rimski-Korsakov)- ms Tcherniakov (reprise) 2027-2028, La Flûte enchantée (Mozart) - ms Carsen (reprise) 2027-2028, Rigoletto (Verdi) - ms Guth (reprise) 2027-2028, Madame Butterfly (Puccini) - ms Wilson (reprise)
Sapin de Noël du Grand Foyer du Palais Garnier - décembre 2021
Pronostics pour la saison 2028/2029 et au delà (Fiabilité des pronostics 20%)
2028-2029, Saint-François d'Assise (Messiaen) - NP - Grand Palais 2028-2029, Aida (Verdi) - ms Neshat (reprise) 2028-2029, Otello (Verdi) - NP 2028-2029, Les Contes d'Hoffmann (Offenbach) - ms Carsen (reprise) 2028-2029, Don Giovanni (Mozart) - ms Louis Proske (reprise) 2028-2029, La Dame de Pique (Tchaïkovski) - NP - ms Tcherniakov - Asmik Grigorian
2029-2030, Tannhäuser (Wagner) - NP 2029-2030, Le Soulier de Satin (Dalbavie) - ms Nordey (reprise) 2029-2030, Die Soldaten (Zimmerman) - NP
Le lundi 16 novembre 2020, Alexander Neef a rencontré les membres de l'Arop en visioconférence. La rencontre était animé par Jérémie Rousseau, directeur de l...
Fanfare de cuivres, Œuvres Chorales, Wolfgang Amadeus Mozart
Concert du 13 juillet 2020
Palais Garnier
Fanfare de cuivres
Paul DukasFanfare pour précéder « La Péri » (1912) Richard StraussFeierlicher Einzug, TrV 224 (1909)
Œuvres chorales
Gabriel Fauré Madrigal, op. 35 (1883) Camille Saint-SaënsCalme des nuits, op.68 n° 1 (1882)
Wolfgang Amadeus MozartLes Noces de Figaro (1786) Ouverture, Hai gia vinta la causa (air du Comte Almaviva), Crudel ! Perche finora (duo Susanna / le Comte Almaviva), Deh non vieni tardar (air de Susanna) Julie Fuchs, Stéphane Degout
Symphonie n°41, Jupiter en ut majeur (K 551) (1788)
Direction Musicale Philippe Jordan
Piano Corinne Durous
Chef des chœurs José Luis Basso Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris
Quatre mois après un arrêt brusque de toute représentation publique, et quatre jours après l’Orchestre de Paris, les musiciens de l’Opéra national de Paris connaissent à leur tour la joie émue de retrouver leur directeur musical, Philippe Jordan, sur une scène qu’ils apprécient tant devant un premier public composé d’abonnés, mécènes et amis. Ce même concert sera rejoué le lendemain, cette fois pour un public composé de personnels soignants et de jeunes issus de quartiers défavorisés.
Un bref discours de Stéphane Lissner et un mot attentionné à Roselyne Bachelot et Jack Lang, deux fortes personnalités de la Culture en France, nous donne rendez-vous au mois de septembre prochain pour retrouver l’Opéra de Paris dans sa pleine mission de service public, et les premiers musiciens apparaissent ensuite sur le plateau derrière lequel un rideau de Garnier brossé en trompe-l’œil flamboie.
Stéphane Lissner
Le choix des pièces de ce soir est régi par la nécessité de valoriser les diverses composantes de l’orchestre et de faire entendre leur pleine mesure après plusieurs mois d’arrêt qui risqueraient de fragiliser leur talent artistique.
La Fanfare pour précéder « La Péri » de Paul Dukas permet ainsi d’entendre comment le groupe de cuivres manie les changements de contrastes, la fine agilité et la fusion du son chaud dans un retour à une plénitude sereine.
Philippe Jordan et les musiciens de l'Orchestre de l'Opéra national de Paris
L’art du cérémoniel se prolonge ensuite avec l’Entrée solennelle des Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Richard Strauss qui permet aux timbales de se joindre à ces réminiscences qui évoquent les appels lointains du Vaisseau Fantôme ou de l’Or du Rhin.
Après ces deux premières pièces, Philippe Jordan laisse la scène à José Luis Basso et au chœur qui, nourris applaudissements, vont interpréter deux œuvres intimes et méditatives.
José Luis Basso et le Choeur de l'Opéra national de Paris
Le Madrigal de Gabriel Fauré est comme un subtil jeu de correspondance entre voix de femmes et voix d’hommes qui s’entremêlent sur les contradictions de sentiments amoureux fluctuants, au son lancinant du piano, alors que le poème Calme des nuits de Camille Saint-Saëns pousse le chœur dans ses frémissements les plus sensibles.
Le temps de l’opéra s'installe alors avec le retour de l’orchestre pour faire résonner au Palais Garnier des extraits d’un opéra qui n’y a plus été joué depuis avril 2006, Les Noces de Figaro.
L'Orchestre de l'Opéra national de Paris
L’art symphonique de Philippe Jordan et son goût pour les mouvements nuancés tout en douceur met en valeur les souffles de vie impertinents des vents à travers l’ouverture la plus emblématique de l’Opéra de Paris depuis l’ère Liebermann, et c’est un Stéphane Degout envahi de la fureur du Comte Almaviva avec mordant et charme suave qui se mêle magnifiquement à l’énergie pimpante des musiciens.
Julie Fuchs s’amuse beaucoup à dominer la situation en opposant au Comte une Comtesse finement lumineuse, d’une idéale tendresse mozartienne, ce qui crée un piquant jeu humoristique entre eux deux.
Julie Fuchs, Philippe Jordan et Stéphane Degout
Puis vient le grand moment symphonique avec la Symphonie N°41, Jupiter, qui, elle aussi, n’avait plus était jouée à Garnier depuis septembre 2006 sous la baguette de Sylvain Cambreling.
Une fougue bienveillante et heureuse, le soin des détails souples et virevoltants, des traits clairs et fluides, cette réunion des instrumentistes dans une gaîté communicative et un final en forme de marche décidée redonnent de l’espoir à tous, et le plaisir de réunir ceux dont la joie intérieure est intimement liée à la vie en ce théâtre.
Présentation de la saison Lyrique 2020 / 2021 de l’Opéra National de Paris Sous le coup de la crise sanitaire provoquée par la circulation rapide du Coronavirus, les grandes salles de l’Opéra de Paris ont refermé leur portes le 09 mars 2020, entraînant l’annulation de plusieurs spectacles et l’impossibilité de présenter en direct au public la programmation de la saison 2020/2021.
Le choeur de l'Opéra National de Paris (Gala des 40 ans de l'AROP - 27 février 2020)
Les informations dont on disposait au printemps dernier laissaient entrevoir que la première partie de la Tétralogie qui devait être le point d’orgue de la saison 2019/2020 serait décalée en septembre ou octobre 2020, mais depuis, nous savons que l'opéra Bastille et le Palais Garnier seront en travaux jusqu'à la fin de l'année.
Nous présenterons ci-dessous la saison telle qu’elle a fut dévoilée le 12 mars 2020, et elle reste entièrement valable à partir de janvier 2021.
Toutefois, suite au mouvement de grève mené par une partie du personnel de l’Opéra de Paris en décembre 2019 et janvier 2020, deux nouvelles productions ont été supprimées, Jenufa (Janacek), qui aurait du être mis en scène par Krzysztof Warlikowski et dirigé par Oksana Lyniv, et Le Rouge et le Noir, ballet de Pierre Lacotte chorégraphié sur une musique de Jules Massenet.
7 nouvelles productions, incluant celles de Siegfried et du Crépuscule des Dieux, sont ainsi présentées, dont une création mondiale de Marc-André Dalbavie, Le Soulier de Satin, qui sera donnée en fin de saison dans la grande salle de l’Opéra Bastille.
Au total, ce sont 17 œuvres du répertoire, auxquelles s’ajoutera le dernier spectacle de Marina Abramovic, ‘7 deaths of Maria Callas’, qu’il sera possible d’entendre dans les deux grandes salles au cours de 163 soirées lyriques, parmi lesquelles 8 soirées seront dédiées à deux cycles complets du Festival Ring de Richard Wagner.
Elément de décor de Don Carlo (ms Krzysztof Warlikowski) - Saison 2019/2020
Les nouvelles productions
Siegfried (Richard Wagner – 1876) – Nouvelle Production
Du 10 octobre au 18 octobre 2020 (3 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Philippe Jordan, mise en scène Calixto Bieito
Andreas Schager, Gerhard Siegel, Iain Paterson, Jochen Schmeckenbecher, Dimitry Ivashchenko, Wiebke Lehmkuhl, Julie Fuchs, Martina Serafin Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 23 juin 2013
Alors que la production de Günter Krämer de 2010/2011 permettait de porter sur la scène Bastille le Ring qui n’avait plus été donné à l’Opéra National de Paris depuis 1957, dix ans plus tard, on peut s’attendre à ce que la nouvelle production de Calixto Bieito, qui a mis en scène Parsifal à l’opéra de Stuttgart en s’inspirant d’une nouvelle post-apocalyptique de Cormac McCarthy, vienne remettre en question la vision de ce monde légendaire.
Une fois ses quatre volets joués séparément, la Tétralogie pourra être entendue deux fois sous forme de cycle dans la continuité de ces représentations en novembre et décembre 2020.
Götterdämmerung (Richard Wagner – 1876) – Nouvelle Production
Du 13 au 21 novembre 2020 (3 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Philippe Jordan, mise en scène Calixto Bieito
Andreas Schager, Johannes Martin Kränzle, Jochen Schmeckenbecher, Ain Anger, Ricarda Merbeth, Anna Gabler, Michaela Schuster, Wiebke Lehmkuhl, Tamara Banjesev, Megan Marin, Claudia Huckle Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 26 juin 2013
La salle du Palais Garnier au cours d'une représentation de La Traviata (ms Ivo van Hove)
7 Deaths of Maria Callas (Marko Nikodijević – 2019) – Coproduction Bayerische Staatsoper, Deutsche Oper Berlin, Maggio Musicale Fiorentino, Greek National Opera
Du 02 au 05 septembre 2020 (4 représentations au Palais Garnier) Direction musicale Yoel Gamzou, mise en scène Marina Abramović (2020)
Willem Dafoe, Nadezhda Karyazina, Whitney Morrison, Leah Hawkins, Adela Zaharia, Selene Zanetti, Gabriella Reyes, Hera Hyesang Park Entrée au répertoire
Plasticienne que le public du Palais Garnier connaît depuis 2013 lorsqu’elle cosigna une chorégraphie du « Boléro » de Ravel avec Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet, Marina Abramović présente une pièce sur ces héroïnes d’opéra qui meurent par amour et que Maria Callas a pour la plupart incarnée intégralement sur scène ou au disque, ou au moins à travers un air tel l’« Ave Maria » de Desdemone dans Otello. Sept chanteuses interpréteront sept idées de femmes, et la voix de Marina racontera l’histoire de chaque opéra.
Aida (Giuseppe Verdi – 1853) – Nouvelle Production
Du 12 février au 27 mars 2021 (14 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Michele Mariotti, mise en scène Lotte de Beer
Soloman Howard, Elīna Garanča/Ksenia Dudnikova, Sondra Radvanovsky/Elena Stikhina/Jennifer Rowley, Jonas Kaufmann/Piero Pretti, Dmitry Belosselskiy, Ludovic Tézier/Claudio Sgura, Alessandro Liberatore, Gabriella Reyes Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 16 juillet 2016
Après un demi-siècle d’absence au répertoire de l’Opéra de Paris, Aida connait sa seconde production en moins de 10 ans – la première production d’Olivier Py se voulait à la fois monumentale et évocatrice des méfaits du colonialisme au XIXe siècle -, et sera confiée à Lotte de Beer, dont l’arrivée sur la scène Bastille est à voir comme une ouverture supplémentaire de l’institution à la nouvelle génération de metteurs en scène internationaux, sous l’impulsion de Stéphane Lissner.
Et le niveau des interprètes est tel que l’on peut s’attendre à un engouement passionné pour cette nouvelle série de représentations.
Vue sur la librairie du Palais Garnier
Faust (Charles Gounod – 1859) – Nouvelle production
Du 16 mars au 21 avril 2021 (13 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Lorenzo Viotti, mise en scène Tobias Kratzer
Benjamin Bernheim/ Stephen Costello, Ildar Abdrazakov/John Relyea, Florian Sempey, Christian Helmer, Ermonela Jaho/Anita Hartig, Michèle Losier, Sylvie Brunet‑Grupposo Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 28 mars 2015
Après avoir rendu à l’Opéra de Paris deux productions dignes du répertoire français pour Carmen et Manon, Stéphane Lissner achève cette remise sur pied par une nouvelle production de Faust dirigée par Tobias Kratzer, qui apporta la saison passée une production critique, drôle et sensible, de Tannhäuser au Festival de Bayreuth.
La réussite de cette production parachèvera ainsi un cycle de renouvellement scénique des grands piliers du répertoire français qui avaient été gravement endommagés sous la direction de Nicolas Joel.
Avec plus de 2400 représentations depuis 1869, Faust reste l’œuvre la plus jouée du répertoire de l’Opéra de Paris, et elle fait encore partie aujourd’hui des 15 ouvrages phares de l’institution, loin devant Les Huguenots (Meyerbeer) qui comptabilisent pourtant plus de 1100 représentations depuis près de deux siècles.
La Dame de Pique (Piotr Ilyitch Tchaikovski – 1890) – Coproduction Staatsoper Unter den Linden, Berlin
Du 25 mai au 12 juin 2021 (7 représentations au Palais Garnier) Direction musicale Daniel Barenboim/Oksana Lyniv, mise en scène Dmitri Tcherniakov
Brandon Jovanovich, John Lundgren, Étienne Dupuis, Alexey Dolgov, Gábor Bretz, Vasily Gorshkov, Pyotr Migunov, Nicky Spence, Violeta Urmana, Asmik Grigorian, Clémentine Margaine, Carole Wilson, Marianne Croux, Maria Nazarova, Yulia Mazurova, Nikolai Zemlyanskyh Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 06 février 2012
La Dame de Pique fait partie des 50 ouvrages les plus joués du répertoire de l’Opéra de Paris, mais n’avait plus connu de nouvelle production depuis celle de Lev Dodin (1999).
Le destin d’Hermann est celui d’un homme pour qui l’appât du gain ne devait servir que celle qu’il aime, Lisa, avant qu’il ne perde de vue cette fin pour s’enfermer dans la folie de l’argent. Dmitri Tcherniakov fera t’il de cette plongée dans le rien une mise en abîme de la société d’aujourd’hui ?
La scène Bastille envahie par le public le week-end du Festival Monde 2019
Le Soulier de Satin (Marc-André Dalbavie – 2021) – Nouvelle production
Du 29 mai au 13 juin 2021 (5 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Marc-André Dalbavie, mise en scène Stanislas Nordey
Luca Pisaroni, Eve-Maud Hubeaux, Jean-Sébastien Bou, Marc Labonnette, Max Emanuel Cenčić, Yann Beuron, Nicolas Cavallier, Vannina Santoni, Julien Dran, Béatrice Uria‑Monzon, Éric Huchet, Camille Poul Création mondiale
« L’ordre est le plaisir de la raison : mais le désordre est le délice de l’imagination », ainsi l’affirme Paul Claudel dans l’avertissement de son chef-d’œuvre que peu de metteurs en scène ont osé monter intégralement.
En 1987, Antoine Vitez présenta au Festival d’Avignon cette pièce qui fut filmée et proposée aux téléspectateurs de France 3 le lundi de Pâques du 27 mars 1989 entre midi et 23h.
20 ans plus tard, Arte diffusa sur son site internet, le samedi 21 mars 2009, la version intégrale du Soulier de Satin qu’Olivier Py mettait en scène au Théâtre de l’Odéon.
En mai/juin 2021, c’est donc au tour de l’Opéra Bastille de créer une version un peu plus courte, 6h50 seulement, sur une musique de Marc-André Dalbavie, et dans une mise en scène de Stanilas Nordey dont on peut s’attendre à ce qu’il montre une vision politique du monde à travers ce drame mystique d’un amour absolu.
La Tarification du plan de salle est revue en conséquence : de 15 à 28 euros pour les moins de 28 ans, de 15 à 40 euros pour les moins de 40 ans, et de 15 à 70 euros pour les plus de 40 ans.
L’anneau du Nibelung (Richard Wagner - 1876)
Du 23 novembre au 06 décembre 2020 (2 cycles de 4 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Philippe Jordan, mise en scène Calixto Bieito
Andreas Schager, Gerhard Siegel, Johannes Martin Kränzle, Jonas Kaufmann, John Releya, Eva-Maria Westbroek, Iain Paterson, Lauri Vasar, Matthew Newlin, Norbert Ernst, Jochen Schmeckenbecher, Ain Anger, Dimitry Ivashchenko, Ricarda Merbeth, Anna Gabler, Michaela Schuster, Wiebke Lehmkuhl, Tamara Banjesevic, Megan Marino, Claudia Huckle, Julie Fuchs, Martina Serafin, Wilhelm Schwinghammer, Ekaterina Gubanova, Christina Bock
Tétralogie jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille du 18 au 26 juin 2013 Nouvelle production
Etienne Dupuis, Stanislas de Barbeyrac - Iphigénie en Tauride (ms Krzysztof Warlikowski - 2016)
Les reprises
L’Elixir d’amour (Gaetano Donizetti – 1832)
Du 08 septembre au 04 octobre 2020 (10 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Riccardo Frizza, mise en scène Laurent Pelly (2006)
Julie Fuchs, Xabier Anduaga, Gabriele Viviani, Bryn Terfel, Lucrezia Drei Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 25 novembre 2018
Carmen (Georges Bizet – 1875)
Du 12 septembre au 23 octobre et du 16 au 31 décembre 2020 (19 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Domingo Hindoyan/Keri-Lynn Wilson, mise en scène Calixto Bieito (2017)
Vittorio Grigolo/Charles Castronovo, Adam Plachetka/Lucas Meachem, Christian Helmer, Rodolphe Briand, Guilhem Worms, Pierre Doyen, Clémentine Margaine/Elīna Garanča/Varduhi Abrahamya, Nadine Sierra/Valentina Naforniţă, Charlotte Despaux, Adèle Charvet Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 23 mai 2019
Iphigénie en Tauride (Christoph Willibald Gluck – 1779)
Du 17 septembre au 13 octobre 2020 (9 représentations au Palais Garnier) Direction musicale Thomas Hengelbrock, mise en scène Krzysztof Warlikowski (2006)
Véronique Gens, Florian Sempey, Stanislas de Barbeyrac, Laurent Naouri, Marianne Croux, Jeanne Ireland, Christophe Gay, Renate Jett Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 25 décembre 2016
La Fille de neige (ms Dmitri Tcherniakov - 2016)
La Fille de neige (Nikolai Rimski-Korsakov– 1882)
Du 22 octobre au 10 novembre 2020 (7 représentations à l’Opéra Bastille) Direction musicale Mikhail Tatarnikov, mise en scène Dmitri Tcherniakov (2017)
Aida Garifullina, Yuriy Mynenko, Oksana Dyka, Marie-Nicole Lemieux, Stanislav Trofimov, Vasily Gorshkov, Carole Wilson, Vasily Efimov, René Barbera, Vladislav Sulimsky, Andrii Goniukov, Yasuko Arita, John Bernard, Laurent Laberdesque, Christian Rodrigue Moungoungou Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 03 mai 2017
La Traviata (Giuseppe Verdi – 1853) - Coproduction Wiener Staatsoper
Du 24 novembre au 23 décembre 2020 (10 représentations au Palais Garnier) Direction musicale James Gaffigan, mise en scène Simon Stone (2019)
Zuzana Marková, Catherine Trottmann, Marion Lebègue, Frédéric Antoun, Peter Mattei, Maciej Kwaśnikowski, Michal Partyka, Jean-Luc Ballestra, Tomislav Lavoie, Hyun-Jong Roh, Slawomir Szychowiak, Bernard Arrieta Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 16 octobre 2019
Benjamin Bernheim (La Traviata - ms Simon Stone - 2019)
La Flûte enchantée (Wolfgang Amadé Mozart – 1791) – Coproduction Festspielhaus Baden-Baden
Du 12 janvier au 22 février 2021 (15 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Cornelius Meister, mise en scène Robert Carsen (2014)
Cyrille Dubois/Stanislas de Barbeyrac, Tamara Banjesevic, Christina Bock, Marie‑Luise Dressen, Alex Esposito/Florian Sempey, Mélissa Petit, Nicolas Testé, Wolfgang Ablinger‑Sperrhacke, Julie Fuchs/Christiane Karg, Sabine Devieilhe/Nina Minasyan, Martin Gantner, Michael Nagl, Franz Gürtelschmied, Lucian Krasznec Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 15 juin 2019
Le Trouvère (Giuseppe Verdi – 1853) – Coproduction Nederlandse Opera, Amsterdam et Teatro Dell’Opera, Roma
Du 21 janvier au 03 mars 2021 (13 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Nicola Luisotti, mise en scène Alex Ollé (2016)
Luca Salsi/Artur Ruciński, Krassimira Stoyanova/Marina Rebeka, Brian Jagde/Yusif Eyvazov, Daniela Barcellona, Krzysztof Bączyk, Élodie Hache, Yu Shao, Fabio Bellenghi, Taesung Lee Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 14 juillet 2018
Capriccio (ms Robert Carsen - 2016)
Capriccio (Richard Strauss – 1942)
Du 26 janvier au 21 février 2021 (8 représentations au Palais Garnier) Direction musicale Marc Albrecht, mise en scène Robert Carsen (2004)
Diana Damrau, Wolfgang Koch, Pavol Breslik, Audun Iversen, Günther Groissböck, Ekaterina Gubanova, Graham Clark, Christina Gansch, Xabier Anduaga, Luke Stoker Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 14 février 2016
Tosca (Giacomo Puccini – 1900)
Du 6 mai au 25 juin 2021 (15 représentations à l’opéra Bastille) Direction musicale Giacomo Sagripanti/Dan Ettinger, mise en scène Pierre Audi (2015)
Aleksandra Kurzak/Maria Agresta, Roberto Alagna/Michael Fabiano, Željko Lučić/Ludovic Tézier, Guilhem Worms, Frédéric Caton, Carlo Bosi, Philippe Rouillon, Florent Mbia Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 15 juillet 2015
Stéphane Lissner - Pourquoi l'Opéra Aujourdhui? (Collège de France - 17 juin 2017)
Premières impressions sur la saison 2020/2021
Cette saison est orientée au 3/4 vers le répertoire du XIXe siècle, tout en accordant près de 30 % de ses soirées à la langue française. Cette part considérable consacrée au siècle de l’opéra romantique et bien sûr une conséquence de la présence de la Tétralogie de Richard Wagner, mais traduit aussi la nécessité de donner la primauté aux ouvrages les plus célèbres, associés à de grandes distributions, pour amortir le choc des grèves de l’hiver 2019/2020.
Par ailleurs, hormis les deux créations mondiales de ‘7th Deaths of Maria Callas’ (qui devrait être créé cet été à Athènes et Berlin) et du ‘Soulier de Satin’, tous les ouvrages présentés ont déjà été joués à l’Opéra de Paris au cours des 10 dernières années.
Pour sa dernière saison à Paris, Stéphane Lissner aura à cœur de parachever ses projets les plus ambitieux, l'Anneau du Nibelung, un cycle de 3 créations tirées d’œuvres littéraires françaises, et un cycle de nouvelles productions d’opéras russes.
Seul le cycle Da Ponte à Garnier restera inachevé, car la nouvelle production des 'Noces de Figaro' sera peut-être reportée au mandat d’Alexander Neef.
Le Ring
S’il était confirmé que les représentations de l’Or du Rhin et de la Walkyrie qui devaient être jouées au printemps 2020 seront reportées à l’automne suivant, ce sont 24 représentations des épisodes de l’Anneau du Nibelung qui devraient être données fin 2020. Philippe Jordan dirigera donc son deuxième Ring à l’Opéra de Paris en 10 ans, et son troisième après celui du New-York Metropolitan Opera au printemps 2019, et nous savons également que Calixto Bieito préservera l’imaginaire poétique inhérent à cette épopée lyrique hors du commun.
Giuseppe Verdi et le répertoire italien
Si Verdi est un peu moins sollicité cette saison, avec trois ouvrages programmés, l’attention va se porter sur Aida dont la nouvelle production de Lotte de Beer et les distributions associées devraient assurer salle comble tous les soirs.
En effet, après le Ring, c’est sur Aida , mais aussi Tosca de Puccini, que se concentre le plus grand nombre de stars. Le répertoire Italien le plus connu est véritablement affiché pour lui faire profiter des plus grands chanteurs (Elina Garanca, Sondra Radvanovsky, Elena Stikina, Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier, Aleksandra Kurzak, Maria Agresta, Roberto Alagna, Michael Fabiano, Zeljko Lucic …).
Sondra Radvanovsky (Il Trovatore - ms Alex Ollé - 2018)
L’opéra en langue française
Pour sa sixième saison à la direction de l’Opéra National de Paris, Stéphane Lissner propose 4 œuvres en langue française, dont deux nouvelles productions : une tragédie lyrique, Iphigénie en Tauride, un opéra comique, Carmen, une tragédie romantique, Faust, et enfin, un drame mystique, Le Soulier de Satin.
On retrouvera dans ce répertoire Florian Sempey, Stanislas de Barbeyrac, Laurent Naouri, Clémentine Margaine, Benjamin Berheim, Eve-Maud Hubeaux, Jean-Sébastien Bou, Yann Beuron, Nicolas Cavallier et Béatrice Uria-Monzon.
Le répertoire slave
La reprise de Snegoutchka (La Fille de neige) de Rimski-Korsakov et la nouvelle production de La Dame de Pique de Tchaïkovski permettront de clore magnifiquement un cycle d’opéras russes, et de rendre hommage à deux reprises à Dmitri Tcherniakov, metteur en scène dont aucune de ses productions ne laisse indifférent par l’éclairage humain contemporain, et toujours sensible, qu’il porte avec une beauté tragique dans le regard.
Le retour de Daniel Barenboim dans La Dame de Pique – l’ancien directeur artistique et musical du projet Bastille de 1987 à 1989 avait rompu son contrat suite à ses désaccords avec Pierre Bergé sur la mission du nouvel édifice – est l’un des évènements de la fin de saison, à l’instar de la venue pour la première fois d’Asmik Grigorian sur la scène Garnier pour incarner Lisa entourée de Brandon Jovanovitch, Etienne Dupuis, Violetta Urmana (La Comtesse) et Clémentine Margaine.
Pour les dernières représentations, c’est Oksana Lyniv qui assurera la direction d’orchestre, elle qui avait interprété une lecture féline et néoclassique de La Dame de Pique à l’opéra de Stuttgart en janvier 2019.
Florian Sempey (La Flûte enchantée - ms Robert Carsen - 2017)
Wolfgang Amadé Mozart
Mozart n’est présent qu’une seule fois cette saison avec La Flûte Enchantée mis en scène par Robert Carsen, car la création des Noces de Figaro au Palais Garnier n'aura pas lieu, elle qui devait y rejoindre les productions de Cosi fan Tutte par Anne Teresa de Keersmaeker et celle de Don Giovanni par Ivo van Hove.
Cette Flûte Enchantée aura le mérite non seulement de réunir Cyrille Dubois, Florian Sempey, Stanislas de Barbeyrac, Nicolas Testé, Julie Fuchs et Sabine Devieilhe, mais aussi celui d’être dirigée par Cornelius Meister, le nouveau et talentueux directeur musical de l’opéra de Stuttgart.
Richard Strauss
Absent quatre saisons d’affilée, Richard Strauss est de retour au Palais Garnier avec Capriccio dans la mise en scène de Robert Carsen qui avait clos merveilleusement le mandat d’Hugues Gall en 2004. Seule œuvre du répertoire du XXe siècle reprise cette saison, elle bénéficie d’une distribution prestigieuse avec Diana Damrau, Simon Keenlyside, Pavol Breslik, Günther Groissböck, Aundun Iversen, Graham Clark, Xabier Anduaga et Ekaterina Gubanova.
Les tarifs 2020/2021
Cette saison lyrique est écourtée de 15 jours car elle s’achève fin juin, avec une trentaine de soirées de moins que les saisons précédentes.
Il se trouve qu’habituellement les représentations de juillet bénéficient de tarifs plus avantageux, 10 à 20 % de moins qu’en pleine saison, mais elles ont aussi du mal à remplir au moment où les Parisiens festivaliers sont à Orange, Avignon ou Aix-en-Provence.
La suppression de ces soirées, au cours d’une saison où le prix moyen pour le Ring est de 180 euros, fait remonter mécaniquement le prix moyen des places à 130 euros à l’Opéra Bastille, soit 10 % de plus que pour 2019/2020.
A Bastille, les prix moyens varient selon les productions : 145 euros pour Tosca et Aida, 130 euros pour Carmen, Faust et La Flûte Enchantée, 108 euros pour Le Trouvère et La Fille de Neige, 90 euros pour L’Elixir d’Amour, et 50 euros pour Le Soulier de Satin.
Les prix des reprises restent stables dans leurs catégories respectives, et seuls ceux de L’Elixir d’Amour et de Snegoutchka baissent de 20 % par rapport à la tarification qui leur était appliquée quelques années plus tôt.
Les places à 5 euros à Bastille ne sont par ailleurs plus mentionnées dans la brochure de saison 2020/2021.
Que cette saison se déroule dans les meilleures conditions possibles est le mieux que l'on puisse souhaiter à une maison qui, comme toutes celles de son envergure dans le monde entier, est fortement fragilisée par les mesures de fermeture décidées au printemps 2020.
Le Tombeau de Couperin (Maurice Ravel - 1919) et La Symphonie n°7 (Ludwig van Beethoven - 1813)
Concert du 09 juillet 2020
Philharmonie de Paris
Maurice Ravel Le Tombeau de Couperin Ludwig van Beethoven Symphonie n° 7 Direction musicale Klaus Mäkelä Orchestre de Paris
Klaus Mäkelä
Tant pour les musiciens que les auditeurs, le long accueil chaleureux et tonitruant, chargé de silences qui signifiaient le manque, la reconnaissance, l’amour et la joie, restera un moment inoubliable.
Laurent Bayle disait que, ce soir, les mesures sanitaires n’avaient permis de réunir qu’environ 1200 spectateurs, c’est-à-dire la moitié de la capacité de la Philharmonie. Néanmoins, le public semblait avoir totalement investi la salle de sa présence physique, tout en faisant résonner ses applaudissements comme s’il y avait le double d'invités.
Musiciens de l'Orchestre de Paris
Mais cette première soirée publique sera aussi celle d’une découverte, l’osmose fusionnelle qui transparaît d’emblée entre l’Orchestre de Paris et son futur directeur musical, Klaus Mäkelä.
Certes, tout se mélange en cette représentation exceptionnelle, l’excitation des retrouvailles, le mouvement entropique qui nait d’un sentiment de libération, et la relation galvanisante entre les musiciens et leur nouveau chef aboutit ainsi à une interprétation ample - comme si le jeune leader était le souffle d’un vent impétueux qui anime les mouvements de houles qui traversent majestueusement le corps de l’orchestre de part en part - et finement détaillée du Tombeau de Couperin, où émerveillent la poésie chantante des vents et les frémissements aériens des cordes suraigües.
Klaus Mäkelä et les musiciens de l'Orchestre de Paris
Cette cohésion renforcée par une tonicité agile – on admire l'excellente combinaison des timbales et des bois sombres - se retrouve dans la 7e symphonie de Beethoven, empreinte de théâtralité et de gestuelle frénétique, qui est une véritable invitation à la danse, ce qui se retrouve parfois dans les postures du chef qui engage tout son corps pour contrôler les respirations expansives et contractiles de l’orchestre.
La force d’attraction de cette interprétation vibrante est une promesse pour la rentrée prochaine, et l'espoir d'un retour à une quasi-normalité dans la façon de vivre ces grands moments de partage qui se prolongent bien après les concerts.
La comète Neowise fut découverte le 27 mars 2020 par le Wide-field Infrared Survey Explorer, un télescope américain mis en orbite en décembre 2009 afin de détecter le rayonnement infrarouge d’objets célestes tels les amas d’étoiles et les astéroïdes géocroiseurs (c’est à dire ceux qui croisent régulièrement la trajectoire de la Terre, et qui sont donc un potentiel danger pour l'humanité).
Chevaux et Neowise - le 07 juillet à 04h04 (F3.9, Exposition 6 s, ISO 400, focale 51mm)
Les multiples observations qui suivirent permirent d’affiner notre connaissance de sa trajectoire qui est inclinée à 129° par rapport à l’écliptique, et qui opère un mouvement rétrograde par rapport aux autres planètes du système solaire.
Se situant à l’opposé de la Terre par rapport au Soleil, au cours du mois de juin, la comète atteint son périhélie le 03 juillet 2020, à une distance de notre astre semblable à celui de Mercure, pour se révéler parfaitement visible à l’œil nu dans les jours qui suivent. Se rapprochant à présent de la Terre, qu’elle approchera le 23 juillet à 100 millions de km (soit 50 millions de km en moins que le 03 juillet), elle repart dorénavant vers les limites glacées et si éloignées du système solaire qu’elle atteindra dans plus de 3000 ans.
En France, elle s’élève petit à petit au sud de la constellation du Cocher, au Nord-Nord-Est, pour rejoindre la 9e étoile la plus brillante de la Grande Ourse, Talitha (magnitude 3), le 18 juillet soir avant minuit.
Le 07 juillet, depuis la région du Perche (Manou), le ciel dégagé permet de la voir se lever au dessus de l’horizon à 03h50, pour devenir visible à l’œil nu vers 04h05, à 4° de hauteur, jusqu’à 4h45 à 8° de hauteur, avant que les lueurs du jour ne la noyent une heure avant le lever du Soleil (6h05). Sa magnitude estimée se situe entre 0 et 1. Aux jumelles, la queue de poussière dorée semble révéler à sa base deux jets principaux. Il fait frais (5°) et la nuit bruisse de la vie animale.
Neowise - le 07 juillet à 04h32 (F5.5, Exposition 4 s, ISO 400, focale 236mm)
Les jours d'après, Neowise sera visible de plus en plus tôt (à 4° de hauteur dès 3h15 jusqu’à 12° à 4h50, le 11 juillet), et va devenir très rapidement circumpolaire.
Ainsi, le 12 juillet matin elle sera visible à 4° de hauteur dès 02h15 du matin, mais le sera aussi le soir à 23h15, à 8° de hauteur, jusqu’à 0h45 à 4° de hauteur.
Neowise - le 07 juillet à 04h39 (F5.9, Exposition 1 s, ISO 800, focale 1200mm)
Et à partir du 13 juillet, elle restera toute la nuit à plus de 4° de hauteur. Le soir, à partir de 23h15, sera alors le meilleur moment pour l’observer tout le long du mois, mais sa luminosité baissera probablement à la magnitude 3, puis à la magnitude 5 en fin de mois, tout en poursuivant son mouvement d'élévation dans le ciel nuit après nuit.
Lever de Neowise - le 07 juillet à 03h52 (F4.0, Exposition 6 s, ISO 400, focale 55mm)
Il synthétise les principales étapes tarifaires du Lyrique à Bastille (60% des recettes totales) observées au cours du mandat d’Hugues Gall (1995-2004), de Gerard Mortier (2004-2009), de Nicolas Joel (2009-2015), jusqu'au 5 premières années du mandat de Stéphane Lissner (2015-2020).
Le contenu de cet article est uniquement basé sur les informations mises à disposition des spectateurs dans les programmes de présentation des saisons, et ne prend pas en compte les éventuelles campagnes de promotions.
Il est mis à jour avec les premières saisons d'Alexander Neef.
Evolution du prix des places pour le lyrique à Bastille de 1998/1999 à 2024/2025
Période Hugues Gall (1995/2004) – la moitié des places à moins de 90 euros
Avec 450 places à moins de 30 euros, et un prix moyen de 70 euros, le lyrique est fortement attractif à Bastille au cours du premier mandat d’Hugues Gall.
Mais au tournant de l’an 2000, les grèves qui ont conduit à l’annulation de quasiment toutes les représentations de Guerre et Paix creusent le déficit cumulé (20 millions d’euros) de l’Opéra, si bien que, suite aux négociations salariales, la direction décide de réajuster les prix de plus du double de l’inflation chaque année, et ne propose plus que 2 ouvrages chaque saison à tarifs réduits – il s’agit d’ouvrages du XXe siècle -, au lieu de 3 les années précédentes.
La grille tarifaire nominale ne dépasse pas 114 euros en 2003/2004, et, en fin de mandat, près de la moitié des places coûte dorénavant plus de 90 euros.
Tarifs 2003/2004 (euros)
Catégories
1
2
3
4
5
6
7
Tarif Nominal
114
97
79
61
40
23
10
Tarifs Réduits
89/61
76/50
65/40
50/30
33/21
20/14
10/7
Tosca (2003) - ms Werner Schroeter, dm Marcello Viotti, Falk Struckmann & Anna Shafajinskaia
Période Gerard Mortier (2004/2009) – des places majorées à 150 euros
A son arrivée, Gerard Mortieraugmente les prix de 12%, mais modifie en conséquence le plan de salle de l‘Opéra Bastille afin d’ajouter une catégorie de places à 20 euros. Sont également créées 62 places debout à 5 euros (catégorie 9) situées en fond de parterre.
Par ailleurs, il n’existe plus d’opéras à tarif réduit (Janacek, Poulenc et Messian sont joués à tarif nominal), et les prix de la reprise de Guerre et Paix et de la nouvelle production de Tristan und Isolde par Peter Sellars sont majorés de 12% supplémentaires.
Tarifs avant 2009
Catégories
1
2
3
4
5
6
7
8
9
Tarif Majoré
150
120
100
80
60
40
20
10
5
Tarif Nominal
130
110
85
70
50
35
20
9
5
Au cours des saisons qui suivent, les opéras à tarif majoré se généralisent aussi bien sur des reprises (Tristan und Isolde, Le Chevalier à la Rose, Lohengrin, Les Capulets et les Montaigus - avec Anna Netrebko -, Don Carlo) que des nouvelles productions (Les Troyens, La Juive, Le Bal Masqué, Luisa Miller, Parsifal, Werther et Macbeth).
Tristan und Isolde (2005) - ms Peter Sellars - dm Esa-Pekka Salonen, Waltraud Meier & Ben Heppner
Tarifs 2008/2009
Catégories
1
2
3
4
5
6
7
8
9
Tarif Tristan
196
164
136
108
82
50
20
10
5
Tarif Majoré
172
152
126
101
76
40
20
10
5
Tarif Nominal
138
116
89
74
53
35
20
9
5
Cette grille reste stable pendant 4 ans, mais, pour la dernière saison (2008/2009), les prix augmentent à nouveau de 6% sur les catégories 1 à 5, et le tarif majoré grimpe de 20%.
Et pour la dernière reprise de Tristan und Isolde avec Waltraud Meier, chef-d’œuvre emblématique de l’ère Mortier, la première catégorie est portée à 196 euros.
Toutefois, malgré cette dernière augmentation, 45% des sièges de la salle sont vendus à moins de 90 euros, et le quota de places à 30 euros ou moins est ramené à 300 par soir.
Evolution du prix des places pour le lyrique à Bastille de 1998/1999 à 2024/2025
Période Nicolas Joel (2009/2015) – le tarif nominal à 180 euros en première
Lorsque Nicolas Joel prend officiellement ses fonctions, la moitié des productions sont dorénavant majorées de 15% à 30% (Tarifs V, N et Productions du Ring), si bien qu’il ne reste plus que 33% de places à 90 euros ou moins.
Les reprises de L’Elixir d’Amour – avec Anna Netrebko ou Tatiana Lisnic – et de La Bohème sont notamment concernées.
En 2010/2011, une nouvelle catégorie de place Optima fait son apparition, 30% plus chère que la première catégorie, et le tarif réduit (première à 110 euros) fait son retour pour la seule création mondiale du mandat, Akhmatova de Bruno Mantovani.
Tarifs avant 2012 (euros)
Catégories
Optima
1
2
3
4
5
6
7
8
9
Tarif Ring
180
180
160
135
110
80
50
30
15
5
Tarif Majoré N
180
170
150
130
105
75
40
20
15
5
Tarif Majoré V
180
155
135
115
95
75
40
20
15
5
Tarif Nominal
140
140
115
90
75
55
35
20
15
5
Tarif Akhmatova
110
110
85
65
50
40
30
20
15
5
Puis, en 2011/2012, la direction de Nicolas Joel décide d'élargir son offre sur les places de 90 à 150 euros. Ce sont les places à moins de 30 euros qui servent à cette conversion. Les places à 20 euros disparaissent (catégorie 7), le nombre de places debout à 5 euros, relocalisées en haut de galeries, est réduit de moitié (32 restantes), si bien que le contingent de places à 35 euros (catégorie 6) augmente mécaniquement.
Mais, alors qu’en octobre 2009Le Barbier de Séville par Coline Serreau était joué à prix nominal, sa reprise en juin 2012 est cette fois classée en tarif majoré V, soit 20% d'augmentation sur 3 ans, alors que la distribution est identique (Siragusa/Deshayes).
Il ne reste plus que 165 places (6%) à moins de 30 euros par soir.
La direction, consciente que la subvention étatique stagne pour la première fois à 106 millions d’euros, se prépare maintenant à sa baisse annoncée de 10 millions d'euros sur les 3 ans à venir.
Mathis le peintre (2010) - ms Olivier Py - dm Christoph Eschenbach, Matthias Goerne & Melanie Diener
Tarifs après 2012 (euros)
Catégories
Optima
1
2
3
4
5
6
7
8
Festival Ring
890
790
710
650
530
450
310
Tarif Majoré N
210
190
155
135
100
70
35
15
5
Tarif Majoré V
195
180
150
130
100
70
35
15
5
Tarif Nominal
180
155
135
115
90
70
35
15
5
Tarif Réduit
150
140
115
90
70
50
30
15
5
A partir de2012/2013, le plan de salle est considérablement remanié : les places à 15 euros (catégorie 8) du premier balcon sont surclassées en catégories 6, 5 ou 4 (35 euros à 90 euros), moyennant l’ajout de surtitres. Nicolas Joel et Christophe Tardieu (son adjoint) se targuent dans la presse d’une baisse de 5 euros sur les catégories 4, 5 et 6, mais se gardent bien de signaler que tous les opéras de la saison, dont le Festival Ring, sont majorés, excepté La Khovantchina.
L'ancien tarif majoré V (180 euros en Optima et 155 euros en première) devient donc le nouveau tarif nominal.
Le nombre deplaces à 30 euros ou moins n’est plus que de 100 par soir en moyenne.
Plan de salle de la salle Bastille, par catégories de places, depuis la saison 2012/2013
Pour 2013/2014, la direction de Nicolas Joel augmente le tarif majoré respectivement de 15 euros et 10 euros en catégories Optima et première, qui est appliqué aux nouvelles productions d’Aida, La Flûte enchantée et La Traviata.
Seules les reprises de Lucia di Lammermoor, L’Affaire Makropoulos et Les Capulets et les Montaigus sont à tarif réduit (140 euros en première).
Enfin, pour la dernière saison qui est reprise en main par Stéphane Lissner, suite à la dégradation de l’état de santé de Nicolas Joel, une nouvelle catégorie de majoration apparaît (5% plus chère) à 210 euros en Optima.
Les nouvelles productions du Barbier de Séville, Tosca, Le Roi Arthus, Adrienne Lecouvreur et la reprise de La Traviata bénéficient de cette tarification maximale, et si les reprises d’Ariane à Naxos, Pelléas et Mélisande et Rusalka sont au tarif réduit, aucune production n’est au tarif nominal.
De plus, les tarifs sont modulés de +10% (fin de semaine) ou -20% (début de semaine) certains soirs.
A la fin de la saison2014/2015, il ne reste donc plus que25% de places à moins de 90 euros, alors que la subvention étatique est dorénavant ramenée à 96 millions d’euros, soit son niveau le plus bas depuis 2005/2006.
Evolution du prix des places pour le lyrique à Bastille de 1998/1999 à 2024/2025
Période Stéphane Lissner (2015/2021) – baisse du prix moyen des places de 5%
Dès sa première saison, Stéphane Lissner met en place les avant-premières jeunes, ce qui va permettre aux - de 28 ans de découvrir pour 10 euros à Bastille un vaste répertoire au cours des 5 premières saisons : Les Indes galantes, Les Huguenots, Benvenuto Cellini, La Damnation de Faust, Il Trovatore, Rigoletto, Les Troyens, Boris Godounov, Carmen, Samson et Dalila, Simon Boccanegra,Les Contes d’Hoffmann, Manon, Le Prince Igor, Cavalleria Rusticana/Sancta Susanna, La Bohème, De la Maison des Morts, Moses und Aron, Lady Macbeth de Mzensk.
Mais pour 2015/2016, toutes les productions, hormis Le Barbier de Séville et Werther, sont à tarif majoré, si bien que les reprises de Madame Butterfly et de Don Giovanni, programmées en septembre, s’avèrent bien trop chères, la fréquentation n’atteignant pas les 90%. La subvention publique réduit encore d' 1 million d'euros, et le prix moyen du lyrique à Bastille atteint son plus haut niveau à 133 euros la place.
Tarifs 2015/2016 (euros)
Catégories
Optima
1
2
3
4
5
6
7
8
Tarif Majoré N
210/205
190/185
160/155
140/135
100
70
35
15
5
Tarif Majoré V
195
180
150
130
100
70
35
15
5
Tarif Nominal
180
155
135
115
90
70
35
15
5
Puis, l’annonce de la saison 2016/2017, qui comprend 9 nouvelles productions dans les grandes salles, déroute quelque peu les spectateurs, car le plan de salle est totalement repensé afin de rendre plus équitable la répartition des prix par catégories selon le niveau de confort acoustique et visuel.
Ce réaménagement ne cache aucune augmentation générale déguisée, bien au contraire, et permet de mieux graduer les changements de catégories en ajoutant une catégorie 7 à 50 euros et une catégorie 2 à 145 euros.
Ainsi, 8 places à 35 euros sont déclassées à 15 euros, ce qui monte à 112 le nombre de places par soir à 5 ou 15 euros.
La catégorie 50 euros est créée à partir de 45 places à 35 euros et 55 places à 70 euros, et les places de plus de 90 euros sont réparties sur 6 catégories au lieu de 5 habituellement.
Enfin, les prix des places baissent de 5 euros sur plusieurs catégories de tarifs majorés supérieures à 100 euros, et le tarif réduit (150 euros maximum) est rétabli pour Lucia di Lammermoor et Wozzeck.
Les prix sont parfois modulés de +10% (fin de semaine) ou -10% (début de semaine) certains soirs, et sont également majorés de 20% pour les spectacles avec Jonas Kaufmann (Les Contes d’Hoffmann, Lohengrin) ou Anna Netrebko (Eugène Onéguine). Mais, suite à l’annulation de Jonas Kaufmann pour cause d’accident vocal, l’institution ne reconduira plus ce type de majoration liée uniquement à la présence d'un artiste.
Le prix moyen des places est cependant stabilisé, et l’amplitude des prix selon les soirs passe du simple au double (90 euros pour Wozzeck ou bien 170 euros pour Eugène Onéguine avec Anna Netrebko).
Le nombre de places accessibles à moins de 60 euros augmente de 20%.
Don Carlos (2017) - ms Krzysztof Warlikowski - dm Philippe Jordan, Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva
Tarifs 2019/2020 (euros)
Catégories
Optima
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
Tarif Ring
280
250
220
190
170
130
100
75
60
40
25
Tarif Majoré N
210
190
175
155
135
100
70
50
35
15
5
Tarif Majoré V
195
165
155
145
125
100
70
50
35
15
5
Tarif Nominal
180
150
130
115
105
85
70
50
35
15
5
Tarif Réduit
145
120
105
90
80
65
50
40
35
15
5
En 2017/2018, un mouvement de réduction des prix est clairement visible avec la programmation de 6 productions à tarif nominal et de 2 productions à tarif réduit (De la Maison des Morts et Pelléas et Mélisande).
A partir de cette saison, l'Opéra de Paris réserve certaines soirées pour les - de 40 ans avec une réduction de 40% sur le prix du billet. Le Barbier de Séville, L’Élixir d'amour, Le Trouvère, Boris Godounov, La Veuve Joyeuse, La Bohème, Rusalka, Madame Butterfly, L'heure espagnole/Gianni Schicchi et Lady Macbeth de Mzensk leur dédieront une soirée spéciale au cours des saisons à venir.
Le prix moyen des places, pour le lyrique à Bastille, baisse ainsi à 126 euros, avec une amplitude qui varie de 90 euros, pour De la Maison des Morts et Pelléas et Mélisande, à 150 euros pour les nouvelles productions du répertoire du XIXe siècle.
En 2018/2019, 4 productions sont à tarif nominal, dont la nouvelle production de Lady Macbeth de Mzensk mise en scène par Krzysztof Warlikowski interprétée par la formidable Aušrinė Stundytė, et une seule production est à tarif réduit (Rusalka).
Mais dorénavant, les prix de ces grilles tarifaires baissent de 10% en moyenne (hormis pour la catégorie 8 de Rusalka qui passe de 30 euros à 35 euros).
Les nouvelles productions sont au tarif majoré V (195 euros maximum), alors que les reprises avec stars du grand répertoire italien, de Carmen, et de la nouvelle production des Troyens (plus de 5 heures avec les entractes) sont au tarif majoré N (210 euros maximum).
Le prix moyen le plus bas descend même à 80 euros, le 29 janvier 2019, pour Rusalka qui s’avère être une excellente reprise avec Camilla Nylund, Klaus Florian Vogt et Karita Mattila, sous la direction de Susanna Mälkki.
Plan de salle de la salle Bastille, par catégories de places, depuis la saison 2016/2017
Enfin, pour 2019/2020, les nouvelles productions sont au tarif majoré alors que 4 reprises sont au tarif nominal et 3 autres au tarif réduit.
Ainsi, par rapport à leurs précédentes représentations, les reprises de Boris Godounov et de Rigoletto sont 20% moins chères, celle de La Bohème est 25% moins chère, celles de Madame Butterfly et d'I Puritani sont 30% moins chères, et celle des Contes d'Hoffmann coûte 40% de moins qu'en 2016. Il y a même 5 soirées où toutes les places hors premières catégories sont inférieures à 100 euros.
Mais il est vrai que les 10 représentations des deux premiers volets du nouveau Ring mis en scène par Calixto Bieito sont données au prix des soirées de Gala de Réveillon (175 euros en moyenne par soirée) avec un prix maximum à 280 euros et une catégorie 8 à 60 euros.
Globalement, le prix moyen d’une place à l’opéra Bastille pour le lyrique passe à 118 euros, et la répartition des places retrouve sa configuration de 2011/2012, c'est-à-dire que plus de la moitié des places à Bastille pour le lyrique est dorénavant inférieure à 120 euros, et35% des places sont à 90 euros ou moins.
Cette bataille pour les prix reste fragile face aux risques de réduction de la subvention, et devra être consolidée pour 2020/2021, mais Stéphane Lissner est engagé dans un travail de long terme afin d’améliorer l’efficacité du fonctionnement de Bastille et Garnier, et est en passe de prouver que l’Opéra est économiquement gouvernable, même si la représentativité du répertoire du XXe siècle, pourtant l'une des vocations de Bastille, souffre un peu de ces contraintes.
Evolution du prix des places pour le lyrique à Bastille de 1998/1999 à 2024/2025
Période Alexander Neef (4 première saisons de 2021/2022 à 2024/2025) – Stabilisation des prix
Les saisons 2020/2021 (dernière saison Lissner), 2021/2022 et 2022/2023 ont été fortement perturbées par la crise covid et la désaffection du public, si bien que la saison 2023/2024 apparaît comme la véritable saison de reconquête du public.
Le tarif Majoré N augmente de 5 à 10 euros pour les catégories 5 à Optima, et le tarif Majoré V augmente respectivement de 8, 15 et 5 euros pour les catégories 2 à Optima (la catégorie 1 se rapproche de la catégorie Optima).
Le tarif nominal augmente de 5 euros pour les catégories 5 et 4, de 10 euros pour les catégories 3 et 2, de 5 euros pour la catégorie 1, mais baisse de 5 euros pour la catégorie Optima.
Pour tous ces tarifs, les prix des catégories 9 à 6 sont inchangés et identiques à ceux de la saison 2019/2020.
Quant au tarif réduit, il baisse de 10 euros pour la catégorie 8, de 5 euros pour les catégories 7 à 5, et augmente de 10 euros pour les catégories 3 à Optima.
Et pour la première fois, un tarif très réduit (40% de moins que le tarif réduit habituel) est appliqué à une production d'opéra, 'Cendrillon' de Jules Massenet, du fait qu'il s'agit d'une reprise de la production créée la saison précédente.
Tarifs 2023/2024 (euros)
Catégories
Optima
1
2
3
4
5
6
7
8
9
Tarif Majoré N
220
200
183
163
143
105
70
50
35
15
Tarif Majoré V
200
180
163
145
125
100
70
50
35
15
Tarif Nominal
175
155
140
125
110
90
70
50
35
15
Tarif Réduit
155
130
115
100
80
60
45
35
25
15
Tarif Réduit Cendrillon
95
85
75
55
45
35
25
20
15
10
Mais le plan de salle évolue sensiblement en modifiant les répartitions de catégories, et surtout selon le type de production.
Ainsi, les nouvelles productions de Don Giovanni, Lohengrin et la reprise de Turandot (Tarif Majoré N)et de La Traviata (Tarif Majoré V) voient la répartition des places évoluer de la façon suivante :
Sur les 940 places de catégories 1 et Optima, ces dernières représentent 60% du total au lieu de 40% auparavant.
Sur les 1200 places de catégories 5 à 2, ces dernières représentent 25% du total au lieu de 16% auparavant.
Sur les 575 places restantes de catégories 9 à 6, 16 places de catégories 8 passent en catégorie 7.
Mais pour toutes les autres productions, La Vestale - série de juin, Les Contes d'Hoffmann, Don Quichotte (Tarif majoré V), La Vestale - série de juillet, Beatrice di Tenda, Adriana Lecouvreur, Salomé, The Exterminating Angel, Simon Boccanegra (Tarif normal), et L'Affaire Makropoulos et Cendrillon (Tarifs réduits), on observe un déclassement de places au parterre et au second balcon qui modifie la répartition des places ainsi :
Les 940 places de catégories 1 et Optima passent à 895 (-5%), et les Optima représentent 50% du total.
Les 1200 places de catégories 5 à 2 passent à 1130 (-5%), et chacune des catégories représente 25% du total.
Les 310 places de catégories 7 et 6 passent à 430 (+40%)
Les 190 places de catégories 8 passent à 182 (-4%)
La part des places à 70 euros ou moins passe ainsi de 20% à 25% pour ces spectacles.
Globalement, le prix moyen d’une place à l’opéra Bastille pour le lyrique se stabilise à 124 euros, et même si les places à 5 euros ont disparu depuis la saison 2020/2021 suite à un incident spectateur, soit 4100 places en moins, on trouve pourtant en moyenne 500 places par soir à moins de 60 euros pour le lyrique à Bastille.
L'Opéra de Paris est donc toujours dans une phase de reconquête du public en 2023/2024, et n'a jamais été aussi accessible - à euro constant - que depuis la dernière saison de Gerard Mortier (2008/2009).
Pour la saison 2024/2025, les tarifs des places de catégories 8 à 6 qui étaient inchangées depuis 5 ans augmentent respectivement de 2 à 5 euros (6%), sinon, le reste de la grille reste stable.
Tarifs 2024/2025 (euros)
Catégories
Optima
1
2
3
4
5
6
7
8
9
Tarif Majoré N
220
200
183
163
143
105
75
53
37
15
Tarif Majoré V
200
180
163
145
125
100
75
53
37
15
Tarif Nominal
175
155
140
125
110
90
75
53
37
15
Tarif Réduit
155
130
115
100
80
60
48
37
27
15
Tarif Réduit La Petite renarde rusée
95
85
75
55
45
35
25
20
15
10
Toutefois, il n'y a plus que 2 nouvelles productions, 'L'Or du Rhin' et 'Il Trittico', qui soient au Tarif Majoré N, et avec la reprise de 'La Flûte enchantée' (Tarif Majoré V), il s'agit des 3 seuls spectacles dont le plan de salle est conforme à celui indiqué dans la brochure.
Pour toutes les autres productions, on observe le même nombre de places déclassées que la saison précédente, et un déclassement encore plus fort est appliqué à la seconde série de 'Rigoletto' de mai/juin 2025 où la moitié des places subit un déclassement d'une catégorie, soit une baisse supplémentaire de 7% en moyenne, modification qui est aussi appliquée à la reprise d''I Puritani', déjà à tarif réduit.
Et cette saison, c'est la reprise de 'La Petite renarde rusée' qui bénéficie d'un tarif très réduit avec toutes les places inférieures à 100 euros.
Globalement, le prix moyen d’une place à l’opéra Bastille pour le lyrique baisse à 121 euros
Dimanche 05 juillet 2020 sur Arte à 18h55
Les Arts Florissants fêtent leurs 40 ans
Lundi 06 juillet 2020 sur France 3 à 01h30
Aida (Verdi) - Chorégies d'Orange - dm Arrivabeni - ms Fourny
O'Connor, Rachvelishvili, Alvarez
Lundi 06 juillet 2020 sur Arte à 02h00
The Rake's Progress (Stravinsky) - Aix-en-Provence - dm Jensen - ms McBurney
Appleby, Ketelsen, Bullock
Lundi 06 juillet 2020 sur Arte à 22h40
Fltzcarraldo (Werner Herzog) - Film 1982
Samedi 11 juillet 2020 sur Arte à 22h40
Tosca (Puccini) - Aix-en-Provence - dm Rustioni - ms Honoré
Blue, Malfitano, Calleja, Markov
Lundi 13 juillet 2020 sur Arte à 02h20
Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (Weill) - Aix-en-Provence - dm Salonen - ms van Hove
Mattila, White, Dasch, Schukoff
Mardi 14 juillet 2020 sur France 2 à 21h05
Le concert de Paris 2020
Mardi 14 juillet 2020 sur France 2 à 23h40
Le concert de Paris 2019
Samedi 18 juillet 2020 sur Arte à 22h15
Richard III (Shakespeare) - ms Ostermeier
Dimanche 19 juillet 2020 sur Arte à 18h00
Requiem (Mozart) - Aix-en-Provence - dm Pichon - ms Castellucci
Lundi 20 juillet 2020 sur Arte à 01h00
Joël Pommerat - Le théâtre comme absolu
Mezzo et Mezzo HD
Mercredi 01 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
Norma de Bellini - Opéra royal de Wallonie
Vendredi 03 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Fidelio de Beethoven au Theater an der Wien
Samedi 04 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
Tosca de Puccini au Festival de Pâques de Salzbourg
Dimanche 05 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Der Freischütz de Weber à la Scala de Milan
Mercredi 08 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
Le Couronnement de Poppée de Monteverdi au Festival de Salzbourg
Vendredi 10 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Don Giovanni de Mozart au Festival d'Aix-en-Provence
Samedi 11 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
La Flûte enchantée de Mozart au Festival de Glyndebourne
Dimanche 12 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00
La Clémence de Titus de Mozart au Festival de Salzbourg
Mercredi 15 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
La Clémence de Titus de Mozart au Festival de Glyndebourne
Vendredi 17 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Aida de Verdi au Festival de Salzbourg
Samedi 18 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
Richard Coeur de Lion de Grétry à l'Opéra Royal de Versailles
Dimanche 19 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Don Giovanni de Mozart au Festival d'Aix-en-Provence
Mercredi 22 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
Anna Bolena de Donizetti à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
Vendredi 24 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Tosca de Puccini au Festival d'Aix-en-Provence
Samedi 25 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
La Bohème de Puccini au Metropolitan Opera
Dimanche 26 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00
Aida de Verdi au Festival de Salzbourg
Mercredi 29 juillet 2020 sur Mezzo à 20h30
Orlando Furioso de Vivaldi à Venise
Vendredi 31 juillet 2020 sur Mezzo HD à 21h00 A déterminer ultérieurement
Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)
Pour l’Opéra National de Paris, la constitution d’un répertoire de productions qui puisse être régulièrement repris est devenu un enjeu crucial dès l’ouverture de l’Opéra Bastille.
Et pour comprendre cet enjeu, il faut bien prendre en considération que la force d’attractivité d’un ouvrage varie en fonction de la culture des publics, des distributions invitées, mais aussi de la volonté d’une direction de défendre activement des ouvrages moins connus.
Si l’on observe comment l’Opéra Bastille a amené des publics les plus divers à le fréquenter, on remarque que certains ouvrages ont été repris plus régulièrement que d’autres.
Ainsi, 13 opéras, que l’on surnommera ici les ‘Blockbusters’, ont une telle renommée à Paris qu’ils peuvent être repris tous les 2 à 4 ans avec des taux de fréquentation d’au moins 90 % sur des séries de 10 à 20 représentations. Il s’agit de Don Giovanni, Les Noces de Figaro, Cosi fan tutte et La Flûte Enchantée de Wolfgang Amadé Mozart, Le Barbier de Séville de Gioachino Rossini, Rigoletto et La Traviata de Giuseppe Verdi, La Bohème, Tosca et Madame Butterfly de Giacomo Puccini, Carmen de Georges Bizet, Faust de Charles Gounod, et Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach.
Rien qu’avec ces 13 opéras, la base d’un quart de la programmation de l’Opéra National de Paris est solidement posée.
Les opéras de Wagner (L’Anneau du Nibelung, Tristan und Isolde, Tannhäuser, Lohengrin, Die Meistersingers, Parsifal, Der Fliegende Hollander), une douzaine d’opéras de Verdi (Attila, Nabucco, Macbeth, Il Trovatore, Un ballo in Maschera, La Forza del destino, Don Carlo(s), Falstaff, Otello, Luisa Miller, Simon Boccanegra, Aida), ainsi que des œuvres de Mozart (La Clémence de Titus, L’enlèvement au sérail, Idoménée) et de Gluck (Orphée et Eurydice, Iphigénie en Tauride) obtiennent également des taux de fréquentation de plus de 90 % lorsqu’ils sont repris tous les 5 à 7 ans sur des séries de 7 à 10 représentations.
Dans les autres répertoires, les ouvrages russes (Eugène Onéquine, La Dame de Pique, La Khovantchina, Boris Godounov), les ouvrages dramatiques français (Manon, Werther, La Damnation de Faust, Les Troyens, Roméo et Juliette, Pelléas et Mélisande), le répertoire bel cantiste italien (Bellini, Donizetti) et les œuvres les plus formidablement orchestrées de Richard Strauss (Elektra, Salomé, Capriccio, La Femme sans ombre, Le Chevalier à la rose, Ariane à Naxos) sont repris avec succès tous les 6 à 10 ans sur des séries de 7 à 10 représentations.
Enfin, le répertoire des XXe et XXIe siècles (Janacek, Britten, Berg, les opéras français du XXe siècle, les créations ...) obtient des taux de fréquentation de l’ordre de 80 % sur des séries de 6 à 8 représentations tous les 6 à 12 ans.
On constate donc qu’à l’exception d'une cinquantaine d’opéras les plus célèbres, un directeur a peu de chance d’obtenir plus de 90 % de fréquentation lors de la reprise d’une production qu’il a créé au cours de son mandat de 6 ans, sauf à attacher une distribution de plus en plus prestigieuse au fil du temps. Il est souvent préférable que ce soit le directeur suivant qui s’en charge.
L’article qui suit propose de donner un aperçu des grandes reprises de l’Opéra de Paris, depuis la direction de Pierre Bergé et l’ouverture de l’Opéra Bastille jusqu’au tournant de 2020, selon deux points de vue différents : en premier lieu, une présentation des spectacles de chaque directeur qui furent repris (ce qui concerne surtout Pierre Bergé, Hugues Gall et Gerard Mortier pour lesquels le recul est suffisant), puis une présentation des reprises des prédécesseurs (ce qui concerne surtout Gerard Mortier, Nicolas Joel et Stéphane Lissner qui ont pu puiser dans un répertoire déjà bien existant).
Les nouvelles productions de chaque directeur qui furent reprises
Pierre Bergé (1988-1994)
Nommé en 1988, Pierre Bergé fut directeur jusqu’au 3 février 1994, et c’est Jean-Paul Cluzel qui assura l’intérim avant la prise de fonction d’Hugues Gall en 1995. Sa programmation couvrit ainsi 7 saisons, mais le Palais Garnier resta fermé pour travaux de 1994 à 1996.
Sur 38 productions créées, 16 seront reprises, dont 9 par ses successeurs. Et plus de 20 ans après leur création, Stéphane Lissner et Alexander Neef en reprendront encore 2.
Svetla Vassileva et Teodor Ilincai - Madame Butterfly (ms Robert Wilson, 2014)
Les deux productions phares : Madame Butterfly par Robert Wilson et Tosca par Werner Schroeter (10 séries et plus)
La production la plus emblématique de Pierre Bergé est incontestablement celle de Madame Butterfly (Giacomo Puccini) mis en scène par Robert Wilson. Pierre Bergé découvrit son travail le 11 juin 1971, quand le metteur en scène texan produisit au Théâtre de la Musique (aujourd’hui La Gaité Lyrique) Deafman Glance, une histoire inspirée par son amitié avec un enfant sourd qu’il avait adopté. Plus tard, en 1990, Pierre Bergé deviendra le principal soutien de la fondation de Robert Wilson, The Watermill Center.
Entré au répertoire le 19 novembre 1993, Madame Butterfly sera joué jusqu’au 24 octobre 2024, soit 124 représentations données sans interruption en 31 ans par chaque directeur jusqu’à Alexander Neef, deux fois par mandat jusqu'à Stéphane Lissner.
C’est Liping Zhang, en janvier 2006, qui sublima le rôle de Cio-Cio-San en s’appropriant avec une profondeur inégalée l‘esprit de Robert Wilson. Cette production reste toujours dans la course des reprises possibles et semble irremplaçable au tournant des années 2020.
Il y eut également la Tosca du cinéaste allemand Werner Schroeter, représentée 105 fois de 1994 à 2012, une fois sous Bergé, cinq fois sous Gall et deux fois sous Mortier et Joel.
Falk Struckmann et Anna Shafajinskaia - Tosca (ms Werner Schroeter, 2003)
Lucia di Lammermoor (8 séries)
Une production du bel canto italien connaîtra une très belle carrière. C’est ainsi que, le 26 janvier 1995, Roberto Alagna fit ses débuts à l’Opéra de Paris dans la nouvelle production de Lucia Di Lammermoor (Gaetano Donizetti) mise en scène par Andrei Serban. Elle est la seule production avec Madame Butterfly à être systématiquement rappelée par chaque directeur jusqu’à Alexander Neef, avec Branda Rae le 10 mars 2023, pour un total de 73 représentations.
Patrizia Ciofi - Lucia di Lammermoor (ms Andrei Serban, 2013)
La Flûte enchantée (7 série)
Une autre production de Robert Wilson attachée à l’ère Pierre Bergé est La Flûte enchantée. Cette production fut créée le 27 juin 1991 pour le bicentenaire de la mort de Mozart et rencontra un grand succès pendant 5 saisons sous Pierre Bergé et 2 saisons sous Hugues Gall, qui en profita pour remplacer les costumes de John Conklin par ceux du créateur japonais Takada Kenzo. Simon Keenlyside y apparut en Pagageno en 1995, et Natalie Dessay en Reine de la Nuit en 1999. 80 soirées furent programmées au total.
Les Contes d’Hoffmann, Un Ballo in Maschera, Carmen (3 séries sous Pierre Bergé uniquement)
Une autre production ‘Blockbuster’ n’a pas su s’imposer au-delà de 3 saisons de Pierre Bergé, du 15 avril 1992 au 29 octobre 1993 : Les Contes d’Hoffmann du cinéaste Roman Polanski.
Après 28 soirées en 1 an et demi, la production dut être retirée, mais c’est pour ce spectacle que Natalie Dessay fit ses début sur les planches de la scène Bastille.
Un autre ratage sera la production d’Un Ballo in Maschera mis en scène par Nicolas Joel, qui ne dépassera pas 3 séries sous Pierre Bergé, après la dernière apparition de Luciano Pavarotti à l’Opéra de Paris en avril 1992. Mais la projection sur écran géant le 6 avril 1992 permit à 30 000 personnes, rien que dans la capitale, d’y assister.
Ces deux productions ont été jouées pour moins de 30 représentations chacune.
Enfin, la nouvelle production de 'Carmen', confiée au réalisateur José-Luis Gomez, ne s'imposera pas non plus, mais cette production sera jouée sur 44 représentations en 3 séries entre le 14 juin 1993 et le 23 juillet 1994. Elle marqua les débuts de Béatrice Uria-Monzon dans le rôle titre à l'Opéra national de Paris.
Angela Denoke - Salomé (ms André Engel, 2011)
Les 9 autres productions jouées en moins de 25 représentations (2 ou 3 séries)
9 autres productions ont connu 2 ou 3 séries en moins de 25 représentations. Il s’agit Elektra (par David Pountney), Salomé (par André Engel), Manon Lescaut (par lequel le public parisien découvrit Robert Carsen), Simon Boccanegra (Nicolas Brieger), Otello (Petrika Ionesco), Idomeneo (Jean-Pierre Miquel), La Dame de Pique (Andrei M.Konchalovsky), La Damnation de Faust (Luca Ronconi), Lady Macbeth de Mzensk (André Engel).
La production d’Otello sera le théâtre d’un drame le 16 juillet 1992, où une choriste perdra la vie lors de l’exposition universelle de Séville.
Bien que coproduites avec, respectivement, l’Opéra des Flandres et la Scala de Milan, Manon Lescaut et La Dame de Pique resteront propriétés de l’opéra Bastille.
Toutefois, la seule de ces 9 productions qui ait dépassé l’ère Hugues Gall est celle de Salomé réalisée par André Engel, que Nicolas Joel rescussita étonnamment en septembre 2011, deux ans après la reprise de Salomé dans la mise en scène de Lev Dodin.
Caractéristiques des 16 reprises de l'ère Pierre Bergé
Tous ces spectacles ont été représentés à l’Opéra Bastille et sont à une majorité écrasante (55 %) issus du répertoire italien. Seuls trois ouvrages sont français (La Damnation de Faust, Carmen et Les Contes d’Hoffmann), et si une production du répertoire bel cantiste italien s’est imposée avec le temps (Lucia di Lammermoor), aucune production marquante de Verdi ou Wagner n’a émergé de ce mandat.
Pierre Bergé n’a finalement obtenu qu’un seul Grand Prix du Syndicat de la Critique pour la production de Saint-François d’Assise de Messian (coproduction Festival de Salzbourg), dans la mise en scène de Peter Sellars et sous la direction de Sylvain Cambreling (décembre 1992), mais cette production ne fut jamais reprise.
Il en va de même de Lady Macbeth de Mzensk (Chostakovitch) créée par André Engel qui aurait mérité plus que deux séries, mais il semblerait que ce soit sa complexité technique qui ait empêché sa reprise par Hugues Gall.
Par ailleurs, plusieurs productions d’opéras du XXe siècle ne furent jamais reprises : L’Ange de Feu (Prokofiev) par Andrei Serban, Jeanne d’Arc au bûcher (Honneger) par Claude Regy, ou bien Die Soldaten (Zimmermann) par Harry Kupfer (production de l’opéra de Stuttgart).
La Bohème (ms Jonathan Miller, 2009)
Hugues Gall (1995-2004)
Une fois les travaux du Palais Garnier achevés, Hugues Gall eut la charge de constituer, de septembre 1995 à août 2004, un véritable vivier de productions pour l’Opéra de Paris.
Ainsi, sur les 70 productions qu’il a créé en 9 ans, 55 ont été reprises au moins une fois, dont 38 par ses successeurs. Et Stéphane Lissner en reprendra encore 12 sur la période 2014/2021.
La production phare : La Bohème (10 séries)
C’est dans La Bohème mis en scène par Jonathan Miller que Roberto Alagna incarna Rodolfo le 11 décembre 1995, et qu'il fut rejoint en novembre 2001 par Angela Gheorghiu pour compléter un duo inoubliable. Jouée 6 fois sous Gall, 1 fois sous Mortier et 3 fois sous Joel, cette production totalisera plus de 121 représentations.
Laura Aikin - Les Contes d'Hoffmann (ms Robert Carsen, 2010)
La Barbier de Séville, Rigoletto, Les Contes d’Hoffmann (6 à 9 séries sur 85 à 90 soirées)
Le Barbier de Séville transposé au Moyen Orient par Coline Serreau – Joyce DiDonato fit ses débuts à l’Opéra de Paris à sa création en avril 2002 -, Rigoletto de Jérôme Savary et Les Contes d’Hoffmann de Robert Carsen, production créée à l’opéra Bastille en mars 2000 avec l’inoubliable Natalie Dessay en Olympia et l’insidieux Samuel Ramey en quatre diables, sont 3 productions qui ont connu plus de 85 représentations.
La Clemenza di Tito, Platée, Cosi fan tutte, Pelléas et Mélisande (6 à 7 séries sur 50 à 65 soirées)
4 productions ont connu au moins 6 séries sur 50 à 60 soirées : La Clémence de Titus (par Willy Decker), Platée, dont la production réussie de Laurent Pelly a permis au chef-d’œuvre comique de Rameau de connaître le grand succès de son histoire, Cosi fan tutte (par Ezio Toffolutti) et une autre production de Robert Wilson,Pelléas et Mélisande, qui confirme la belle adéquation entre l’intemporalité de son langage théâtral et l’irréalité de l’univers de Claude Debussy. Créée au Palais Garnier le 07 février 1997, en coproduction avec le Festival de Salzbourg, cette production était encore programmée à l'opéra Bastille le 06 octobre 2017.
Elena Tsallagova et Stéphane Degout - Pelléas et Mélisande (ms Robert Wilson, 2012)
14 productions jouées sur 4 à 6 séries et reprises par au moins deux successeurs
8 productions ont connu 4 à 5 séries sur 40 à 50 représentations et furent reprises par au moins deux autres directeurs : L’Italienne à Alger et Otello (toutes deux d’Andrei Serban), Falstaff (Dominique Pitoiset), Don Carlo (Graham Vick) – dont certains ont encore conservé le souvenir nostalgique -, Eugène Onéguine et Die Fliegende Höllander (Willy Decker) et Alcina (Robert Carsen), et deux ouvrages de Richard Strauss, et Le Chevalier à la Rose mis en scène par Herbert Wernicke (Festival de Salzbourg 1995).
Et la magnifique Rusalka (Anton Dvorak) de Robert Carsen, qui a été programmé par chacun des directeurs jusqu’à Alexander Neef, a connu 37 soirées en six séries.
Ces quatre dernières productions (dont trois sont de Robert Carsen) sont des incontournables, et ont pour particularité d’avoir toutes accueilli Renée Fleming à leur création parisienne.
Entré au répertoire en plein conflit social en juin 1995 – une seule soirée sera donnée et uniquement en version de concert -, I Capuleti i e Montecchi (Bellini), dans la mise en scène de Robert Carsen qui provenait du Grand Théâtre de Genève que dirigeait Hugues Gall, sera repris sur 5 saisons de Gall à Neef jusqu’au 14 octobre 2022, pour près de 45 représentations. Laura Claycomb, Jennifer Larmore, Vesselina Kasarova, Cristina Gallardo-Domas, Joyce DiDonato, Patrizia Ciofi, Anna Netrebko s’y sont succédées.
Aux côtés de ces 10 productions, celle de Jorge Lavelli conçue pour La Veuve Joyeuse (Lehar) compte près de 60 représentations en 4 séries seulement, jouées en alternance à Garnier et Bastille.
3 autres productions furent reprises par au moins deux autres directeurs pour 30 soirées environ : Ariane à Naxos (Laurent Pelly), La Dame de Pique(Lev Dodin), et Capriccio, un hommage de Robert Carsen au Palais Garnier.
Joyce DiDonato et Anna Netrebko - I Capuleti e i Montecchi (ms Robert Carsen, 2008)
Carmen, Don Giovanni, La Traviata, Manon, Nabucco, Parsifal (4 à 5 séries)
6 spectacles ont été régulièrement repris uniquement par Hugues Gall. La Carmen d’Alfredo Arias connut 5 séries pour près de 60 représentations, et Don Giovanni (Dominique Pitoiset), La Traviata (Jonathan Miller), Nabucco (Robert Carsen), Manon (Gilbert Deflo), Parsifal (Graham Vick), purent profiter de 4 séries de 25 à 40 soirées au total.
Lulu et Billy Budd (4 séries dont une reprise par un successeur)
Parallèlement à ces productions, se distinguent celles de Willy Decker pour Lulu, et celle de Francesca Zambello pour Billy Budd. Lulu et Billy Budd ont été récompensés par le Grand prix du Syndicat de la critique. Ces deux spectacles furent joués 3 fois sous le mandat d’Hugues Gall, et connurent une seule reprise par Nicolas Joel pour moins de 30 représentations. A l’aune des années 2020, ils restent fascinants et tout à fait recommandables
Lucas Meachem - Billy Budd (ms Francesca Zambello, 2010)
Les 25 autres productions reprises au moins une fois
6 productions n’ont connu que 3 séries de 18 à 30 représentations au total, dont au plus une reprise par un successeur d’Hugues Gall : Lohengrin (Robert Carsen), La Damnation de Faust (Robert Lepage), La Cenerentola (Jérôme Savary), Norma (Yannis Kokkos), L’Enfant et les sortilèges / Der Zwerg (Richard Jones), Guerre et Paix (Francesca Zambello). A noter, toutefois, que 'L’Enfant et les sortilèges' a été également repris séparément de 'Der Zwerg' en janvier 2020, puis décembre 2023, pour être associé à un ballet dansé par les élèves de l'Ecole de danse.
Enfin, les autres productions reprises au moins une fois comprennent Salomé (Lev Dodin), Gianni Schicchi / L’heure espagnole (Laurent Pelly), Turandot, Il Trovatore, Boris Godounov, Dialogues des Carmélites et Salammbô (tous mis en scène par Francesca Zambello), La Chauve-Souris (Coline Serreau), Macbeth(Phyllida Lloyd), La Khovantchina et Les Indes Galantes (Andrei Serban), Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny et Peter Grimes (mis en scène par Graham Vick), Don Quichotte (Gilbert Deflo), Die Frau ohne Schatten (Robert Wilson), La Flûte enchantée (Benno Besson), Juliette ou la clé des songes (Richard Jones), Wozzeck (Pierre Strosser) et K… (André Engel).
Hugues Gall a repris deux créations, Salammbô de Philippe Fénelon (premier opéra créé sur commande à Bastille le 16 mai 1998) et K…de Philippe Manoury, toutes deux ayant su trouver leur public.
Eva-Maria Westbroek - Die Frau ohne Schatten (ms Robert Wilson, 2008)
Caractéristiques des 55 reprises de l'ère Hugues Gall
Avec Hugues Gall, l’Opéra de Paris s’est doté d’un formidable stock de productions dont la moitié a connu au moins 4 séries de représentations à ce jour. Le pari de réussir à faire connaître 200 à 300 œuvres du répertoire lyrique débute et se gagne à ce moment là.
9 des 13 ’Blockbusters’ en font partie, le directeur n’ayant pas jugé utile de remplacer les deux productions Liebermann de Faust et des Noces de Figaro, et les deux productions Bergé de Tosca et Madame Butterfly.
Seule sa production de Die Zauberflöte par Benno Besson, pourtant attachante avec sa scénographie naïve, n’a pu perdurer.
Et c'est Les Contes d’Hoffmann de Robert Carsen qui, sur le temps, a montré son endurance jusqu’en décembre 2023, tant la mise en scène joue avec ravissement sur les illusions du théâtre.
Parmi les grandes réussites ne peuvent s’oublier Platée, La Clémence de Titus (austère mais profonde), Pelléas et Mélisande, Capriccio, Don Carlo, Der Rosenkavalier, Alcina, Lulu, Billy Budd, Rusalka.
Benjamin Bernheim - Capriccio (ms Robert Carsen, 2016)
Le répertoire français trouve enfin un nouveau souffle, particulièrement celui qui provient de l’Opéra Comique et du passé baroque de l’Académie de Musique (Rameau).
Et toutes les productions d’opéras slaves (Tchaïkovski, Moussorgsky, Prokofiev …) seront reprises au moins 1 fois par l’un de ses successeurs, et Rusalka (par Robert Carsen) le sera par tous au moins jusqu'à Alexander Neef.
Finalement, Hugues Gall obtiendra au cours de son mandat quatre Grand Prix Musique du Syndicat de la Critique pour Lulu (Willy Decker) et Billy Budd (Francesca Zambello), mais aussi Juliette ou la clé des songes (Richard Jones) et le grandiose Guerre et Paix (Francesca Zambello), et deux Prix Musique Création Française pour K…(Manoury) et Perela l’Homme de fumée (Dusapin)
Au total, près de 80 % de ces productions auront connu au moins une reprise, mais Lohengrin et Le Vaisseau Fantôme seront les deux seules productions wagnériennes capables de tenir une dizaine d’années au plus.
Et Hugues Gall est celui qui aura le mieux défendu Benjamin Britten, le Billy Budd de Francesca Zambello s’étant révélé comme le seul ouvrage du XXe siècle entré au répertoire sous le mandat du directeur qui ait connu une reprise bien plus tard.
La création mondiale de la version définitive de Medea (Rolf Liebermann) mise en scène par Jorge Lavelli n’a, elle, jamais été reprise.
Tristan und Isolde (ms Bill Viola / Peter Sellars, 2008)
Gerard Mortier (2004-2009)
Sans obtenir la même autonomie de gestion qu’Hugues Gall, Gerard Mortier a pu bénéficier d’une liberté artistique qu’il n’avait pas connu auparavant. Sa programmation diffère de celle de son prédécesseur en ce sens qu’elle place l’Europe au cœur de sa réflexion, et permet d’élargir le répertoire aux œuvres d’Europe centrale.
Malheureusement, son successeur, Nicolas Joel, va détruire en partie cet héritage et entraver nombre de reprises possibles de cette période fructueuse.
Ainsi, sur les 49 productions que Gerard Mortier a créé au cours de son mandat de seulement 5 ans, 25 ont été reprises au moins une fois, dont 17 par ses successeursNicolas Joel, Stéphane Lissner et Alexander Neef.
Bien entendu, sur une étendue de 21 ans (de 2004 à 2025), le nombre de reprises n’est pas tout à fait comparable à celui d’Hugues Gall qui bénéficie d’un recul de 26 ans (1995 à 2023).
Marie-Agnès Gillot et Stéphane Bullion - Orphée et Eurydice (ms Pina Bausch, 2014)
Orphée et Eurydice, Don Giovanni, L’Elixir d’amour, Tristan und Isolde (5 à 7 séries sur plus de 40 soirées)
Invitée par Pierre Bergé en février 1993, un mois avant que Garnier ne se ferme à l’opéra, la compagnie Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch avait présenté sa version d’Orphée et Eurydice, profondément poignante. Le 30 mai 2005, Brigitte Lefevre et Gerard Mortier présentèrent la même version chorégraphique interprétée par les danseurs de l’Opéra de Paris sous la direction de Thomas Hengelbrock. La reprise fut diffusée en direct sur Arte en février 2008, un samedi soir.
Cette production est devenu un incontournable du Palais Garnier depuis 15 ans et a été reprise deux fois par Nicolas Joel, et une fois par Stéphane Lissner pour plus de 60 représentations au total.
Un autre spectacle emblématique de Gerard Mortier, créé le 27 janvier 2006 à Garnier pour l’anniversaire des 250 ans de la naissance de Mozart, connaîtra 5 séries jusqu’à Stéphane Lissner pour 55 représentations au total : Don Giovanni par le cinéaste Michael Haneke. La transposition dans le monde contemporain des affaires, et de la dictature des haut-cadres impunis, se révéla à la fois déroutante et pertinente.
Autre réussite, la production de L’Elixir d’Amour par Laurent Pelly, transposée dans l’Italie des années 50, a vu se succéder nombre de stars au cours de 7 séries en 16 ans sur plus de 60 représentations. On peut comprendre que l’allusion à Tristan und Isolde, dans la scène de séduction initiale, ait touché au cœur Gerard Mortier.
Et c’est en adaptant le Tristan Project de Bill Viola et Esa-Pekka Salonen sous la forme d’une mise en scène onirique dirigée par Peter Sellars, que le choc exceptionnel engendré par la rencontre entre la musique de Wagner, les images numériques, et les directions successives d’Esa-Pekka Salonen, Valery Gergiev et Semyon Bychkov ont permis de jouer 45 représentations en 6 séries entre le 12 avril 2005 et le 04 février 2023, en incluant les reprises dirigées plus tard par Philippe Jordan et Gustavo Dudamel.
Angela Denoke - L'Affaire Makropoulos (ms Krzysztof Warlikowski, 2009)
Les 13 productions reprises au moins une fois par un autre directeur
8 productions de Gerard Mortier ont déjà connu 3 ou 4 séries sur 20 à 45 représentations, toutes reprises au moins une fois par un successeur : Un Ballo in Maschera et L’Amour des 3 oranges par Gilbert Deflo, Iphigénie en Tauride et L’Affaire Makropoulos (transposé dans l’univers du cinéma hollywoodien) par Krzysztof Warlikowski, The Rake’s Progress (par Olivier Py), La Petite renarde rusée de Janacek, adapté par André Engel à l’opéra Bastille, Idomeneo par Luc Bondy et Wozzeck par Christoph Marthaler, qui fut monté à l’opéra Bastille et atteignit 90 % de fréquentation, du jamais vu pour cet opéra socialement dur et au climat angoissant, qui fut repris par Nicolas Joel et Stéphane Lissner.
5 autres productions n’ont été reprises pour l'instant qu’une fois sur 15 à 20 représentations, et par un successeur de Gerard Mortier : Luisa Miller et La Fiancée vendue mis en scène par Gilbert Deflo, et Tannhäuser de Robert Carsen, situé dans l'univers des artistes peintres.
Les deux autres productions sont des œuvres du XXe et XXIe siècle programmées à Garnier, le cœur de cible de Gerard Mortier : Katia Kabanova (par Christoph Marthaler) - en provenance de Salzbourg via le Capitole de Toulouse - et Yvonne, princesse de Bourgogne (Luc Bondy). La production de Katia Kabanova par Christoph Marthaler effaça donc les 12 ans de carrière de la version de Götz Friedrich.
Hannah Esther Minutillo - Cardillac (ms André Engel, 2008)
Les 8 productions reprises une fois sous le mandat de Gerard Mortier
Parmi les 8 productions qui n’ont connu qu'une reprise sous Gerard Mortier, le spectateur a la stupéfaction de reconnaître quatre ‘blockbusters’ : La Flûte Enchantée imaginée par la Fura Dels Baus pour le Festival de la Ruhrtriennale, Cosi fan tutte dans la production de Patrice Chéreau, La Traviata transfigurée par l'interprétation de Christine Schäfer en Edith Piaf, et une vision ironique des Noces de Figaro, deux œuvres revisitées par Christoph Marthaler.
Un grand Verdi, Simon Boccanegra, brandi en pleine élection présidentielle et mis en scène par Johan Simons, puis un grand Mozart, La Clémence de Titus, dans la production d’Ursel Herrmann que Gerard Mortier faisait circuler en Europe depuis plus de 20 ans, passionneront ou irriteront l’audience.
Enfin, deux ouvrages du XXe siècle se déroulant à Paris ont été confiés à André Engel : Louise de Gustave Charpentier et Cardillac de Paul Hindemith, dans des décors luxueux et évocateurs.
Mais hormis Cardillac, toutes ces productions seront déclassées par Nicolas Joel lors de sa prise de fonction, ce que le rapport de la cour des comptes soulignera en 2016.
Caractéristiques des 25 reprises de l'ère Gerard Mortier
Avec Gerard Mortier, le renouvellement de 5 des 11 ‘Blockbusters’ (La Traviata, Les Noces de Figaro, La Flûte enchantée, Cosi fan tutte, Don Giovanni) aura uniquement permis au Don Giovanni de Michael Haneke de développer une carrière satisfaisante, probablement auprès de plus de 130 000 spectateurs. Et à nouveau, La Flûte enchantée de Robert Wilson n’a toujours pas trouvé son successeur.
Seul Carmen n’aura pas du tout été programmé, ce qui est d’autant plus étonnant que Gerard Mortier appréciait le chef-d’œuvre de Georges Bizet, mais peut-être que la production d’Alfredo Arias lui paraissait rédhibitoire.
Parmi les grandes réussites, les deux productions d’opéras de Christoph Willibald Gluck, Orphée et Eurydice et Iphigénie en Tauride, ont redonné une place majeure à deux œuvres essentielles de l’histoire de l’Académie royale de Musique, et Richard Wagner a même eu droit à trois grandes réalisations, dont seule celle de Tristan et Isolde a acquis une renommée mondiale. Celle de Parsifal par Krzysztof Warlikowski avait tout pour suivre le même chemin, mais elle a été détruite.
Il est également regrettable que les seules productions verdiennes qui aient survécu à Gerard Mortier soient celles de Gilbert Deflo, Luisa Miller et Un Ballo in Maschera, qui ne réinterprètent pas le drame musical.
Mais même s’il n’a rien investi dans une quelconque œuvre de Puccini ou de Rossini, le directeur flamand a réussi à faire de L’Elixir d’Amour l'un des grands tubes de l’opéra Bastille.
Olga Pasichnyk et Mariusz Kwiecien - Le Roi Roger (ms Krzysztof Warlikowski, 2009)
Il laisse également derrière lui un ensemble de productions prestigieuses d’opéras du XXe et XXIe siècle, L’Affaire Makropoulos, Wozzeck, Katia Kabanova, Cardillac, The Rake’progress, Yvonne, princesse de Bourgogne, L’Amour des 3 oranges, La petite renarde rusée, qui n’ont probablement pas achevé leur vie au tournant des années 2020.
Il est cependant dommage que les productions du Roi Roger (Szymanowski), Adriana Mater (Saariaho) et Lady Macbeth de Mzensk (Choskatovitch) n’aient pas connu de reprises.
En 5 ans, Gerard Mortier aura tout de même obtenu deux Grand Prix Musique du Syndicat de la Critique pour Tristan und Isolde (Viola/Sellars) et Lady Macbeth de Mzensk (Kucej), et un Prix Musique Création française pour Yvonne, princesse de Bourgogne (Bondy).
A ce jour, 50 % de ses productions auront connu au moins une reprise, et un tiers une reprise par l'un de ses successeurs.
Gluck, les œuvres slaves et le répertoire du XX/XXIe siècle sont les grands gagnants de son mandat.
Jonas Kaufmann et Sophie Koch - Werther (ms Benoit Jacquot, 2009)
Nicolas Joel (2009-2014)
La nomination de Nicolas Joel à la suite de Gerard Mortier a, sans surprise, constitué un choc esthétique qui s’est révélé plus destructif que complémentaire. La cour des comptes signalera dans son rapport de 2016 que 22 productions, dont une bonne partie créées par Gerard Mortier, seront détruites, empêchant toute reprise. Car d'après Nicolas Joel, pour que les productions perdurent, elles doivent respecter un certain classicisme.
Il est naturellement en charge de la programmation de 6 saisons de 2009 à 2015, mais l’arrivée anticipée de Stéphane Lissner un an plus tôt, en provenance de La Scala de Milan, altéra en partie la saison 2014/2015.
Ainsi, sur les 40 productions qu’il a créé, 18 ont été reprises au moins une fois, dont 11 par ses successeurs, ce qui est un nombre relativement faible (14 productions ont été reprises par le successeur direct de Gerard Mortier, malgré leurs désaccords).
Florian Sempey - La Flûte enchantée (ms Robert Carsen, 2017)
La Flûte enchantée, La Traviata, Giulio Cesare, Werther, I Puritani (3 à 7 séries sur 25 à 90 soirées)
L’opéra Bastille doit à Nicolas Joel de lui avoir trouvé deux productions ‘Blockbusters’ capables de se substituer à celles de La Flûte enchantée de Robert Wilson (1991) et de La Traviata de Jonathan Miller (1997).
Ainsi, c’est respectivement en mars et juin 2014 que Robert Carsen créa sa version funèbre de La Flûte enchantée, en coproduction avec Baden-Baden, et Benoit Jacquot une version relativement statique de La Traviata qui faisait référence à l’Olympia de Manet.
Ces deux spectacles ont déjà connu plus de 50 représentations, mais si celle de La Traviata s'effaça au bout de 5 séries pour laisser place (au bout de 58 représentations), en septembre 2019, à la réalisation contemporaine de Simon Stone, celle de La Flûte enchantée atteindra sa 7e série à l'automne 2024 pour près de 90 soirées.
Une nouvelle production de Giulio Cesare par Laurent Pelly, située dans un musée d’art antique, vit également le jour et fut reprise par Nicolas Joel, puis par Alexander Neef au cours de la saison 2023/2024.
Bien servi par Nicolas Joel, le bel canto italien s’enrichit à Bastille de l’interprétation épurée d’I Puritani par Laurent Pelly qui avait surtout pour élément central le squelette en fer forgé d’un château médiéval.
Enfin, avant de concevoir sa Traviata, Benoit Jacquot offrit à l’opéra Bastille un spectacle qui fit date, Werther, qui, en janvier 2010, réunit Sophie Kock, Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier et Anne-Catherine Gillet pour une interprétation exceptionnelle. Une seconde série aura lieu avec Roberto Alagna et Karine Deshayes, suivie par une autre reprise sous Stéphane Lissner avec Piotr Beczala et Elina Garanca.
Oksana Dyka - Aida (ms Olivier Py, 2013)
Les 6 productions jouées 2 fois dont au moins une fois par un successeur
Le 10 octobre 2013, et après 50 ans d’absence, Aida réapparut à l’Opéra de Paris dans une nouvelle mise en scène d’Olivier Py qui dénonçait, non sans lourdeur, l’idéologie colonialiste du XIXe siècle. Enfin, une production de ce grand Verdi délaissait les icônes égyptiennes !
Stéphane Lissner reprit une fois cette production en juin 2016 pour en faire profiter Sondra Radvanovsky, Liudmyla Monastryrska et Anita Rachvelishvili, mais surprit tout le monde en annonçant une nouvelle production par Lotte De Beer pour février 2021.
Un autre grand Verdi revint à l’Opéra de Paris en novembre 2011, La Forza del destino, dans une classique mise en scène de Jean-Claude Auvray au fort beau dernier tableau (un immense Christ en croix gisant sur un sol ensanglanté, incurvé vers l’arrière scène). Il sera repris par Stéphane Lissner puis Alexander Neef pour près de 30 représentations.
La production internationale de La Fille du régiment mise en scène par Laurent Pelly, reviendra également à Bastille à l'automne 2024.
Et c'est à nouveau Robert Carsen qui enrichira le répertoire avec une reprise de sa production florentine d'Elektra qui se transforma en véritable coup de maître sous la direction de Semyon Bychkov en avril 2022.
Adriana Lecouvreur, dans la mise en scènede David McVicar, connaitra également sa première reprise effective au cours de la saison 2023/2024 d'Alexander Neef, celle prévue sous Stéphane Lissner ayant été annulée à cause du covid.
Enfin, l’un des échecs majeurs de Nicolas Joel, le Faust redoutablement mis en scène par Jean-Louis Martinoty, sera repris par Stéphane Lissner dans une adaptation de Jean-Romain Vesperini.
Ces 6 productions auront ainsi connu deux séries de 16 à 25 représentations réparties sur 2 mandats de directeurs.
Der Ring des Nibelungen (ms Günther Krämer, 2011)
Les 7 productions jouées 2 fois sous Nicolas Joel
C’est à Nicolas Joel que l’on doit une première Tétralogiewagnérienne à l’opéra Bastille, dans la vision allemande de Günter Krämer qui mêlait références guerrières et burlesques contemporaines, et les symboles mythologiques. D’abord programmée sur deux saisons, puis reprise sur une saison de façon séparée, et enfin montée en un cycle d’une semaine, elle permit à Philippe Jordan de faire ses armes sur l’Anneau du Nibelung dont il tirera une interprétation totalement aboutie lors de la reprise.
De cette période naquit également une version poétique en noir et blanc d’Alceste de Gluck par Olivier Py.
Rossini vit alors la production de La Cenerentola de Jean-Pierre Ponnelle (La Scala de Milan – 1973) renaître au Palais Garnier, et donc effacer la production de Jérôme Savary. Et le chef d’œuvre d’Engelbert Humperdinck, Hänsel und Gretel, fit son entrée au répertoire en avril 2013.
Toutes ces productions auront connu entre 15 (L’Anneau du Nibelung) et 30 (La Cenerentola) soirées en deux séries.
Mathis der Maler (ms Olivier Py, 2010)
Caractéristiques des 18 reprises de l'ère Nicolas Joel
Nicolas Joel s’est donc imposé avant tout comme un directeur ayant le plus exploité le répertoire constitué par ses trois prédécesseurs, en les associant à des distributions brillantes, mais a partiellement failli à le renouveler ou à l’étendre largement, car il confia quasiment toutes ses nouveautés à des metteurs en scène français qui, exceptés Olivier Py et Benoit Jacquot, n’ont pas tenu la route.
Il laisse toutefois au répertoire trois productions d’œuvres du XXe ou XXIe siècle qui pourraient éventuellement être reprises : la splendeur de Mathis der Maler (Paul Hindemith), magnifiquement mis en scène par Olivier Py, la production du Roi Arthus (Ernest Chausson) par Graham Vick, et Il Trittico (Giacomo Puccini) par Luca Ronconi.
Le répertoire de l’Opéra de Paris a donc gagné sous son mandat une douzaine de productions durables dont La Flûte enchantée et La Traviata, Werther (Grand Prix Musique du Syndicat de la Critique), Alceste, Elektra, Hänsel et Gretel, Giulio Cesare, Hippolyte et Aricie (production du Capitole de Toulouse), I Puritani, la Fille du Régiment et une production d’Adriana Lecouvreur.
Marcelo Alvarez et Anita Rachvelishvili - Il Trovatore (ms Àlex Ollé, 2018)
Stéphane Lissner (2014-2021)
Après un parcours l’ayant mené au Théâtre du Châtelet en 1988, au moment de l’arrivée de Pierre Bergé à la direction de l’Opéra de Paris, puis au Festival d’Aix-en-Provence en 1998, et à La Scala de Milan en 2005, Stéphane Lissner est entré en fonction à l’Opéra de Paris un an plus tôt que prévu, en juillet 2014, ce qui l’a amené à assumer la dernière saison de Nicolas Joel qu’il a eu le temps de légèrement remanier.
Il a notamment déprogrammé deux opéras véristes, une reprise d’Andrea Chénier et la création de La Wally, ce qui lui a permis de confier une nouvelle production de Tosca à Pierre Audi, l’actuel directeur du Festival d’Aix-en-Provence.
Cependant, suite aux grèves de décembre et janvier de l’hiver 2019/2020, et la fermeture de l’Opéra de mars à novembre 2020 pour cause de covid et travaux de sécurité dans les deux théâtres, plusieurs productions ont été annulées.
La nouvelle production de L’Anneau du Nibelung par Calixto Bieito sera montée par son successeur entre 2025 et 2027, Jenufa de Janacek, chanté en langue originale, ne fera pas son entrée au répertoire en 2021, et les reprises de La Bohème, Don Giovanni, Boris Godounov, Adriana Lecouvreur, Iphigénie en Tauride, Cosi fan tutte, Rigoletto, L’Elixir d’Amour, Snegourotchka n’auront pas lieu en 2020.
Par ailleurs, les dernières séries de Manon et Carmen ont été écourtées.
Toutefois, il a réussi à reprendre 11 productions sur les 38 qu’il a créé (une fois déduites les 6 productions annulées par les évènements de 2020), ce qui est comparable au rythme de reprise de Gerard Mortier, et supérieur à Nicolas Joel qui n’en avait repris qu’une dizaine. Et 8 autres productions seront reprises par Alexander Neef au cours de ses 4 premières saisons.
Il est évidemment trop tôt pour anticiper l’avenir de ces nouvelles productions.
Clémentine Margaine et Roberto Alagna - Carmen (ms Calixto Bieito, 2017)
Tosca, Don Carlos, Le Barbier de Séville, Carmen, Il Trovatore, Rigoletto, La Cenerentola, Don Pasquale, Cosi fan tutte, La Traviata, La Bohème (3 à 6 séries sur 30 à 90 soirées, dont une reprise par le successeur)
Le mandat de Stéphane Lissner s’inscrit dans un mouvement de renouvellement théâtral des grandes œuvres du répertoire qui a concerné en premier lieu 9 des 13 ‘Blockbuster’, laissant intactes les productions des Contes d’Hoffmann et de La Flûte enchantée de Robert Carsen, ainsi que la Madame Butterfly de Robert Wilson.
Deux de ces ‘blockbusters’ ont été repris quatre à six fois, Tosca (91 soirées en 6 séries), renouvelé par Pierre Audi sans faire regretter la production de Werner Schroeter, Le Barbier de Séville (59 soirées par l’imaginatif vénitien Damiano Michieletto), et quatre autres ont connu deux ou trois reprises, Carmen (68 soirées dans la production de Calixto Bieito créée au Festival de Peralada en 1999), Rigoletto, personnage doublé par un comédien qui représente son destin triste dans la production de Claus Guth, qui atteint déjà 60 représentations en 2024, La Bohème interstellaire de Claus Guth également (35 représentations en 3 séries), et La Traviata par Simon Stone(38 représentations en 3 séries).
Le Trouvère, qui n’est pas un ‘Blockbuster’ mais bien un grand Verdi, dans une version transposée par Alex Ollé au cœur de la Première Guerre mondiale, a remplacé l’ancienne production de Francesca Zambello, et a été joué trois fois à un rythme sans doute un peu trop élevé, car il n’a pas dépassé 80 % de fréquentation à sa première reprise, programmée en début d’été il est vrai.
A Garnier, Cosi fan Tutte, où les chanteurs sont tous doublés par des danseurs dans la chorégraphie d'Anne Teresa De Keersmaeker, et Don Pasquale de Donizetti, dans la mise en scène vidéographique de Damiano Michieletto, ont été également repris par Stéphane Lissner, puis Alexander Neef au cours de la saison 2023/2024.
Un grand Verdi, Don Carlos, et sa version milanaise Don Carlo, est l’une des grandes réussites de cette période qui permettra d’entendre dans son intégralité la version des répétitions parisiennes de 1866 restée inconnue même au public du XIXe siècle. Krzysztof Warlikowski soigna cette production où il gomma un peu de sa personnalité pour laisser au récit de l’histoire et aux impressions glacées une place prépondérante. Elle fut reprise par Alexander Neef en 2025.
Enfin, la résurrection de la production de La Cenerentola par Nicolas Joel, dans l’ancienne production de Jean-Pierre Ponnelle, ayant fait long feux, c’est une version plus sombre qu’a présenté Guillaume Gallienne en juin 2017. Elle fut reprise un an après avec une distribution encore plus éblouissante (Lawrence Brownlee , Florian Sempey et Marianne Crebassa), puis en septembre et octobre 2022 et juin 2026 (53 représentations en 4 séries).
Angel Blue et Benjamin Bernheim - Faust (ma Tobias Kratzer, 2022)
Don Giovanni, Simon Boccanegra, Manon, Faust , Parsifal (2 à 3 séries reprises par son successeur pour moins de 30 représentations)
En plus des 11 productions précédentes, 5 autres spectacles créés par Stéphane Lissner connaissent déjà une ou deux reprise sous le début du mandat d'Alexander Neef. Il s'agit à nouveau d'ouvrages régulièrement joués à l'Opéra de Paris, Don Giovanni par Ivo van Hove, Simon Boccanegra par Calixto Bieito, Manon par Vincent Huguet, Faust par Tobias Kratzer, Parsifal par Richard Jones, tous installés à l'Opéra Bastille.
Jonas Kaufmann - Don Carlos (ms Krzysztof Warlikowski, 2017)
Les 3 productions jouées deux fois sous son mandat
Le répertoire slave a bien été défendu chaque saison par Stéphane Lissner, mais seul le dyptique Iolanta/Casse-Noisette mis en scène par Dmitri Tcherniakov a pu être repris avant l’impact des grèves et de la pandémie de covid-19.
Marion Barbeau et Sonya Yoncheva - Iolanta/Casse-Noisette (ms Dmitri Tcherniakov, 2016)
Un autre diptyque, Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine, dirigé par Esa-Pekka Salonen à la création en novembre 2015, dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, a été repris, toujours à Garnier, en mars 2018.
Enfin, la nouvelle production de Lear d’Aribert Reimann a été jouée deux fois dans la mise en scène de Calixto Bieito, 33 ans après la production de Jean Lassalle.
Les 3/4 des titres que Stéphane Lissner reprit parmi ses nouvelles productions sont en langue italienne.
Johan Graham-Hall - Moses und Aaron (ms Romeo Castellucci, 2015)
Caractéristiques des 19 reprises sous l'ère Stéphane Lissner et/ou en début de mandat d'Alexander Neef
Stéphane Lissner a principalement repris ses propres productions d’opéras italiens du XVIIIe et XIXe siècle et aurait du aussi reprendre ses opéras slaves si la pandémie ne l’avait contraint à annuler sept mois de spectacles.
Peu prodigue en nouvelles productions d’œuvres du XXe siècle, il aura tout de même repris le diptyque Le Château de Barbe-Bleue/La Voix humaine et Lear, mais pas sa spectaculaire production de Moses und Aaron qui avait fortement impressionné en début de mandat.
Il laisse un important stock de plus de 30 productions à reprendre (dont 3 créations contemporaines, Trompe La Mort, Bérénice et Le Soulier de Satin et 3 rares opéras baroques, Eliogabalo, Il Primo Omicidio, Jephta).
Catherine Naglestad - Tosca (ms Werner Schroeter, 2007)
Les reprises des prédécesseurs programmées par chaque directeur
Pierre Bergé (1988-1994)
Pierre Bergé a repris 4 spectacles créés par ses prédécesseursà Garnier, et les a adapté à la scène Bastille : Les célèbres Noces de Figaro mis en scène par Giorgio Strehler à l’ouverture du mandat de Rolf Liebermann (reprises 4 fois), la Katia Kabanova de Götz Friedrich (reprise 3 fois), le Faust de Jorge Lavelli (repris 2 fois), et le Giulio Cesare de Nicholas Hytner (repris une fois). Ils seront tous reprogrammés par Hugues Gall.
Hugues Gall (1995-2004)
Hugues Gall a repris 13 spectacles de ses prédecesseurs dont 9 créés par Pierre Bergé ou Jean-Paul Cluzel (1995).
Il a rentabilisé la production de Tosca par Werner Schroeter (5 reprises) et celles de Lucia di Lammermoor (3 reprises).
Il a repris deux fois également Madama Butterfly et Die Zauberflöte (toutes deux de Robert Wilson), Simon Boccanegra et Idomeneo, et une fois Salomé, Manon Lescaut et La Damnation de Faust de Luca Roconi.
Et de Rolf Liebermann, il reprit quatre fois Faust et trois fois Les Noces de Figaro, alors que sous son mandat subsisteront pour la dernière fois deux reprises datant de Jean-Louis Martinoty, Giulio Cesare et Katia Kabanova.
Antonino Siragusa - Le Barbier de Séville (ms Coline Serreau, 2009)
Gerard Mortier (2004-2009)
Gerard Mortier a repris 28 spectacles de ses prédécesseurs dont 25 spectacles d’Hugues Gall.
De Pierre Bergé, il reprit 2 fois Madame Butterfly et Tosca, et une fois Lucia di Lammermoor, et d’Hugues Gall il programma La Bohème, 5 productions de Richard Strauss(Salomé, Le Chevalier à la rose, Ariane à Naxos, La Femme sans ombre, Capriccio), 4 productions de Giuseppe Verdi (Rigoletto – 2 fois -, Le Trouvère, Don Carlo et Otello), 2 productions de Gioachino Rossini (Le Barbier de Séville – 2 fois -, L’Italienne à Alger), Alcina, Platée, Les Capulets et Montaigus, 5 productions d’opéras slaves (Rusalka, La Dame de Pique, Juliette ou la clé des songes, Guerre et Paix, Boris Godounov), 4 productions d’opéras français (Les Contes d’Hoffmann, La Damnation de Faust, Pelléas et Mélisande, Dialogues des Carmélites), ainsi qu'un grand Wagner, Lohengrin.
Nicolas Joel (2009-2014)
Nicolas Joel a repris 44 spectacles de ses prédécesseurs, dont 14 spectacles de Gerard Mortier, 25 spectacles d’Hugues Gall, 4spectacles de Pierre Bergé et 1 spectacle de Rolf Liebermann. Il est le directeur qui aura le plus puisé dans le passé constitué par ses deux prédécesseurs.
Il reprit trois fois La Bohème de Jonathan Miller, et deux fois les productions suivantes : Les Noces de Figaro de Giorgio Strehler, mais dans les décors en provenance de La Scala de Milan, Les Contes d’Hoffmann de Robert Carsen, Cosi fan tutte d’Ezio Toffolutti (Patrice Chéreau ne souhaitant pas reprendre sa production de Cosi fan tutte qu’avait invité Gerard Mortier au Palais Garnier), Tosca, Madame Butterfly, Ariane à Naxos, Le Barbier de Séville, L’Italienne à Alger, Don Giovanni, Orphée et Eurydice, La Clémence de Titus (par Willy Decker).
Il ne reprit en revanche qu’une fois Rigoletto, mais pas Carmen dont la nouvelle production confiée à Yves Beausnesne sera un échec dommageable à Anna Caterina Antonacci.
En plus du nouveau Ring, Richard Wagner fut bien représenté par Tannhäuser, Tristan und Isolde et Der Fliegende Holländer,Giuseppe Verdi par Otello, Don Carlo, Falstaff et Luisa Miller, le répertoire russe par La Dame de Pique, Eugène Onéguine, L'Amour des 3 oranges et La Khovantchina, et beaucoup de reprises concernèrent le XXe siècle dont Billy Budd, L’Affaire Makropoulos, Wozzeck, Lulu et Der Zwerg.
Don Giovanni (ms Michael Haneke, 2012)
Stéphane Lissner (2014-2021)
Stéphane Lissner a repris 29 spectacles de ses prédécesseurs, soit 7 spectacles de Nicolas Joel, 8 spectacles de Gerard Mortier, 12 spectacles d’Hugues Gall et 2 spectacles de Pierre Bergé, ce qui traduit une recherche d’équilibre dans l’exploitation du réservoir de productions accumulées sur 25 ans, tout en créant plus de nouveaux spectacles (38 nouvelles productions).
Parmi les ‘Blockbusters’, il reprit de Nicolas Joel quatre fois La Flûte enchantée (Robert Carsen) et trois fois La Traviata (Benoît Jacquot), rejoua de Gerard Mortier une fois Don Giovanni (Mickael Haneke), programma d’Hugues Gall deux fois Les Contes d’Hoffmann(Robert Carsen), et ranima également de Pierre Bergé deux fois l’inusable production de Madame Butterfly (Robert Wilson).
Le Tristan Isolde de Bill Viola et Peter Sellars est le seul spectacle wagnérien, facture Gerard Mortier, qu’il reconduisit pour une une seule série, et il emprunta des productions de Verdi chez Nicolas Joel, avec Aida (Olivier Py) et La Force du Destin (Jean Claude Auvray), chez Gerard Mortier, avec Le Bal masqué (Gilbert Deflo), et chez Hugues Gall, avec Otello (Andrei Serban) et Falstaff (Dominique Pitoiset).
Pour le répertoire slave, Stéphane Lissner s’inspira d’Hugues Gall dont il reprit Eugène Onéguine (Willy Decker) et Rusalka (Robert Carsen), mais il se réfèra également à lui pour les œuvres du XXe siècle (Le Chevalier à la Rose, Pelléas et Mélisande, Capriccio, La Veuve joyeuse), exceptés Wozzeck (Luc Bondy) et Yvonne, princesse de Bourgogne qu’il emprunta à Gerard Mortier.
Par ailleurs, les reprises de Gluck furent des productions Gerard Mortier (Orphée et Eurydice, Iphigénie en Tauride).
Quant au répertoire belcantiste italien (I Puritani, l’Elixir d’Amour, Lucia di Lammermoor), Stéphane Lissner piocha chez tous ses prédécesseurs, sauf Hugues Gall.
Svetlana Aksenova - Rusalka (ms Robert Carsen, 2015)
Synthèse sur l’évolution des productions du répertoire de l’Opéra de Paris.
Ce sont Hugues Gall et Stéphane Lissner qui ont le plus fortement contribué à remodeler le visage des 13 ‘blockbusters’ de l’Opéra de Paris, en revisitant les deux tiers de ces productions à 20 ans d’intervalle, ce qui est un bon rythme de renouvellement et de réactualisation.
A l’inverse, les interventions de Gerard Mortier et Nicolas Joel sur ce répertoire ne se seront pas installées durablement, hormis pour le Don Giovanni du premier, et La Flûte enchantée du second.
Néanmoins, depuis le double choc de la confrontation entre Les Noces de Figaro par Christoph Marthaler et Les Noces de Figaro par Giorgio Strelher, lors de la transition Hugues Gall / Gerard Mortier / Nicolas Joel, puis les annulations de productions dues aux grèves contre la réforme des retraites en 2019/2020, l’Opéra de Paris ne dispose plus d’une production de répertoire pour ce chef-d’œuvre incontournable de Mozart. Alexander Neef, le successeur de Stéphane Lissner, devrait en faire l'une de ses priorités.
Ce sont alors les productions de L’Elixir d’Amour et d’Il Trovatore qui ont comblé la place laissée par Les Noces de Figaro, ces dernières saisons, en étant programmées plus que nécessaire à l’opéra Bastille.
Emma Bell - Alcina (ms Robert Carsen, 2007)
Plus globalement, depuis 1989, Pierre Bergé a certes initié le développement de nouvelles productions à l’Opéra Bastille, mais c’est Hugues Gall qui a apporté un répertoire considérable à Garnier et Bastille, grâce notamment à un très bon soutien étatique (en 2003/2004, la subvention couvrait 60 % du budget de l’Opéra de Paris). Aucun autre directeur ne peut se targuer d’avoir produit plus 70 productions, dont 55 seront reprises au moins une fois, et 35 programmées par ses successeurs, dans un répertoire qui couvre 265 ans, d’Alcina (1735) à K… (2001).
Il est par ailleurs tout à fait remarquable de constater que sur les 55 productions d’Hugues Gall reprises au moins une fois, 22 concernent des ouvrages du XXe/XXIe siècle (Rusalka, Pelléas et Mélisande, Le Chevalier à la rose, Ariane à Naxos, La Femme sans ombre, Lulu, Capriccio, Billy Budd ...).
L’apport durable de Gerard Mortier se concentre plus spécifiquement sur Christoph Willibald Gluck, L’Elixir d’Amour de Donizetti et Tristan und Isolde de Wagner, ses productions verdiennes les plus neutres (Luisa Miller et Le Bal masqué par Gilbert Deflo) et des compositeurs du XXe siècle tels Janacek, Berg, Stravinsky, Szymanowsky, Hindemith et du XXIe siècle tels Kaija Saariaho et Philippe Boesmans.
Pourtant, Gerard Mortier avait apporté près de 50 nouvelles productions (dont une quinzaine invitées), mais une dizaine seront prématurément déclassées par son successeur (Louise, Le Roi Roger, Parsifal, Macbeth, Fidelio, Simon Boccanegra et la plupart de ses Mozart).
Mireille Delusnch, Paul Gay - Yvonne, princesse de Bourgogne (ms Luc Bondy, 2009)
Des 40 productions de Nicolas Joel (dont une quinzaine de productions invitées et remaniées), le répertoire du XXe siècle retient surtout Mathis der Maler, Il Trittico et Le Roi Arthus. Le répertoire baroque et classique repose sur Giulio Cesare, Hippolyte et Aricie et Alceste (Gluck), le répertoire italien sur Il Puritani de Bellini, La Forza del Destino et Aida de Verdi, Adriana Lecouvreur de Cilea et Andrea Chénier de Giordano, et enfin le répertoire français sur Werther de Massenet.
Avec autant de nouvelles productions que son prédécesseur (mais avec 50 millions d'euros de subventions étatiques en moins sur la totalité de son mandat), et malgré les annulations du Ring, de Jenufa, des Noces de Figaro et Macbeth pour cause de grèves et de pandémie, Stéphane Lissner a comblé un vide dans les nouvelles productions d’opéras français du XIXe siècle (Manon, Faust, Carmen, Les Troyens, Les Huguenots, Samson et Dalila), a élargi le répertoire baroque à deux nouveaux compositeurs (Eliogaballo de Cavalli et Il Primo Omicidio de Scarlatti), renouvelé Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, fait connaître Jephta de Haendel, développé le répertoire slave avec Iolanta, Snegourotchka, Prince Igor, créé 3 ouvrages basés sur des romans français, et apporté de splendides nouvelles productions d’opéras du XXe siècle (Lady Macbeth de Mzensk, Moses und Aron, Lear, Le château de Barbe Bleue / La Voix humaine).
Aida Garifullina et Elena Manistina - Snegourotchka (ms Dmitri Tcherniakov, 2017)
Dans l’ensemble, le répertoire de l’Opéra de Paris est riche et diversifié, mais certaines failles évidentes restent à combler chez Monteverdi (Orfeo, Le Retour d’Ulysse dans sa patrie), Donizetti (Roberto Devereux, Anna Bolena, Maria Stuarda, Lucrezia Borgia), Verdi (Nabucco, Attila, Ernani, Giovanna d’Arco, Macbeth, Jérusalem, Les Vêpres siciliennes), Puccini (Manon Lescaut), Beethoven (Fidelio), Janacek (Jenufa), Benjamin Britten (Mort à Venise, Le Songe d’une nuit d’été, The turn of the screw) ou le répertoire américain (Gershwin, Bernstein, Glass, Adams ...).
Et si ce répertoire de reprises exploitables sur 20 ans est essentiel à la viabilité économique de l’Opéra de Paris, il ne fait pas oublier que la mémoire émotionnelle d’une maison se joue aussi dans des productions exceptionnelles associées à des distributions non moins exceptionnelles qui ne sont généralement pas amenées à se reproduire dans le temps.
Mise à jour de cet article le 26 mars 2025 (avec prise en compte de la saison 2025/2026).