Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Souffle arménien et chant persan (Sahar Mohammadi / Haïg Sarikouyoumdjian)
Concert du 08 septembre 2021
Théâtre de la ville - Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière
Chant Sahar Mohammadi
Duduk Haïg Sarikouyoumdjian
Au printemps 2004, la chanteuse lyrique Isabel Bayrakdarian se rendit en Arménie pour rencontrer une nouvelle génération de musiciens et enregistrer avec eux des œuvres de Komitas, un prêtre, compositeur et musicologue qui fut le premier à reconstituer au début du XXe siècle l’art mélodique arménien, tout le savoir faire théorique des traditions s’étant dissipé au fur et à mesure des croisements d’influences avec les pays voisins.
Et à l’approche de l’été 2007, Arte diffusa un documentaire musical sur ce pèlerinage qui comprenait un petit bijou, Dle Yaman, interprété avec le Minassian Duduk Quartet, qui fut l’occasion de découvrir cet instrument à vent, le duduk, au son souple et velouté, construit dans du bois d'abricotier et dont le timbre est plus sombre que le hautbois.
Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi
Deux ans plus tard, un jeune musicien français, joueur de duduk et d’origine arménienne, Haïg Sarikouyoumdjian, se fit connaître en s’associant à Jordi Savall et son ensemble Hespérion XXI.
Il rencontra à Saint-Cloud Sahar Mohammadi, une interprète du chant classique persan, et depuis ils unissent l’art musical de leurs régions respectives, déjà réunies au Ve siècle avant J.C au sein de l’empire Perse de Darius Ier, pour nourrir leur propre culture et la partager avec un public international.
Tous deux sont à nouveau invités ce soir par le Théâtre de la ville au cœur de la coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. Avec un peu d’imagination, on pourrait se croire transporté dans un monastère perdu au Moyen-Orient, et les lumières chaudes illuminent la partie inférieure des arches du monument afin de créer une ambiance intime autour des deux musiciens simplement assis sur une petite estrade recouverte d’un tapis d’orient.
La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière
Avec beaucoup de patience et de contrôle, Haïg Sarikouyoumdjian déroule sur un souffle délicat une onde qui se propage dans l’enceinte, imprègne l’auditeur d’une spiritualité à la fois éloignée et grave, puis, Sahar Mohammadi interprète dans un alliage vocal et musical finement tissé ces chants qui parlent de sentiments, de séparations, de manque et de tristesse. L’acoustique de la coupole ouvre aux vibrations typiques de la poésie mystique iranienne un espace immense pour rêver à des horizons lointains.
Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi
La musique ne s’interrompt que deux fois en une heure. Haïg Sarikouyoumdjian joue parfois seul en modulant en volume son souffle pour créer un fond sonore à la limite de l’audible, comme pour toucher le subconscient, et d’une extrême délicatesse il effleure ensuite la dentelle de mots que chante Sahar Mohammadi avec un recueillement splendide.
Sahar Mohammadi
Au delà de la force affective nécessaire à une tel épanouissement fusionnel et artistique, il y a aussi le rêve que l’union des arts transcende les frontières et les régimes politiques.
Sonates et partitas pour violon seul (Johann Sebastian Bach – 1717/1720)
Représentation du 06 septembre 2021
Théâtre de la ville - Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière
Violon Jennifer Koh
Danseurs Alexis Fousekis, Ioannis Michos, Evangelia Randou, Kalliopi Simou
Mise en scène Robert Wilson
Chorégraphie Luncida Childs Coréalisation avec Le Festival d’Automne de Paris
Première mondiale à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière le 3 septembre 2021 Ioannis Michos et Kalliopi Simou
Composés à Cöthen peu avant les six Concertos brandebourgeois, les 3 sonates et 3 partitas pour violon seul de Jean Sébastien Bach constituent un entrelacement de deux formes musicales écrites pour un unique instrument. Et c’est sur ce monologue intime, âpre et lumineux, que Robert Wilson et Luncida Childs ont élaboré un spectacle qui préserve la centralité du jeu de la violoniste Jennifer Koh sous les hauteurs de la coupole octogonale de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière (1678).
On peut d’ailleurs remarquer qu’il y a une bienheureuse correspondance entre cette création et le spectacle de Teresa de Keersmaeker dédié aux Variations Goldbergqui clôturait la saison du Théâtre de la Ville au Châtelet deux mois plus tôt.
Evangelia Randou, Alexis Fousekis, Luncida Childs, Jennifer Koh, Ioannis Michos, Kalliopi Simou
Bach 6 Solo est donc avant tout un récital pour violon auquel est associé un art du mouvement lent et chorégraphique discret qui se nourrit de la musique.
Sur une estrade octogonale, projection mathématique parfaite de la forme du toit, sertie d’un fin liseré luminescent, un artéfact inhérent à la poétique visuelle de Robert Wilson, la fine robe noire de Jennifer Koh pose d’emblée un signe d’élégance et de rigueur. Et dès les premières minutes, le timbre du violon luxueusement ambré instaure une atmosphère dense, et les larges sonorités aiguës se profilent avec vivacité et finesse. Puis, progressivement, un danseur, Alexis Fousekis, et deux danseuses Evangelia Randou et Kalliopi Simou, la rejoignent, vêtus de drapés blancs, ouverts sur le flanc pour le jeune homme, et dont les gestes simples maniant chacun doucement une simple branche renvoient un sentiment de paix et de beauté juvénile.
Dans cette première partie, leur présence sobre prend la forme d’une installation humaine dont les postures statufiées accueillent l’interprétation vibrante et recueillie de la soliste qui varie, à chaque changement de mouvement mélodique, son orientation vers le public et son placement sur les secteurs de la piste.
La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière
Mais dans la seconde partie, ce sont cette fois les deux danseurs et une danseuse - Ioannis Michos s’est substitué à Kalliopi Simou – qui apparaissent auprès de Jennifer Koh. Leur chorégraphie devient plus interactive avec toujours un retour aux postures fixes et japonisantes de Robert Wilson, mais jamais sans la moindre grimace qui pourrait déformer les lignes des visages de ces magnifiques artistes aux regards fixes et paisibles.
Le jeu de la violoniste est également plus écorché, gradué dans la montée de la passion, et toujours impressionnant par l’épreuve physique qu’il représente pour elle.
Une forme de lutte dansée sensuelle s’installe. Puis survient, dans une lenteur impériale, Lucinda Childs, parée d’un long voile blanc, qui supporte sur son épaule le poids d’une épaisse corde dont elle va se défaire au fur et à mesure qu’elle gagne la nef opposée. Cette traversée du temps inspire une vision de l’être et de l’expérience qui abandonne ce qui l’attache à une vie vécue pour se sublimer dans un autre monde.
Robert Wilson, Lucinda Childs et Jennifer Koh - Photo Festival d'Automne de Paris
Et c’est sur une autre image suggestive que s’achève ce récital qui gagne une nouvelle dimension dramaturgique. La quatrième danseuse, Kalliopi Simou, apparait et fait délicatement rouler une imposante sphère faite de fines lamelles de lin blanc que chacun se relaye dans une extrême douceur sisyphéenne pour dessiner au sol, autour de la violoniste, une spirale sans fin.
Un tel minimalisme de la gestuelle allié à la puissance de sa beauté intrinsèque n'engendre aucune langueur au fil d’une interprétation musicale qui se charge d’une forme de gravité jusqu’au dernier instant.
Concert du 04 septembre 2021 Septembre musical de l’Orne
Église Saint Martin de Longny-au-Perche
Henry PurcellWhen I laid in earth (1689 - Londres) Henryk GoreckiSymphonie des Chants plaintifs (1977 - Royan) Johannes OckeghemHommage à Gilles Binchois (XVe siècle) Éric TanguyStabat Mater (2014 - Aix-en-Provence) John Dowland Flow my tears (1596) Philippe HersantMétamorphoses (2013 - Claivaux) Jacob Clemens non PapaÔ Souverain Pasteur et Maistre (XVIe siècle) Juste Janulyte Plonge (2015 – Philharmonie de Paris)
Ensemble Sequenza 9.3
Direction Catherine Simonpietri
Violoncelle Henri Demarquette
Pour sa 39e édition, le festival du Septembre musical de l’Orne accueille au cours de son week-end d’ouverture l’ensemble vocal Sequenza 9.3 créé par Catherine Simonpietri en 1998 afin d’explorer le répertoire contemporain, la création, et accompagner la jeunesse scolaire dans ses pratiques artistiques avec le soutien du département de la Seine-Saint-Denis.
Associé au violoncelliste Henri Demarquette, l’ensemble a édité au printemps 2017 son sixième enregistrement discographique, Vocello, alternance de pièces anciennes et contemporaines adaptées à l’alliage insolite du chœur et du violoncelle.
7 des 9 pièces de cet album sont ainsi reprises ce soir auxquelles s’ajoute la Symphonie des Chants plaintifs de Henryk Gorecki.
Catherine Simonpietri et Sequenza 9.3
Le fameux When I laid in earth extrait de Didon et Enée de Purcell attribue au chœur le rôle de l’orchestre, et celui du violoncelle à la voix de Didon. Le début méditatif du chœur composé de six chanteurs et six chanteuses installe d’emblée un charme introspectif auquel s’immisce naturellement la plainte du soliste, mais le fait d’entendre le violoncelle sculpter la partie les plus aiguë alors que les voix sont contenues dans une tonalité plus basse ne paraît pas naturel quand on en connaît bien l’air original.
C’est dans l’extrait de la Symphonie des Chants plaintifs d’Henryk Gorecki que le chœur peut déployer ses qualités célestes élégiaques, et, par la fusion de ses nuances colorées, séduire une audience littéralement emportée par un mouvement qui le touche profondément.
Henri Demarquette et Sequenza 9.3
L’Hommage à Gilles Binchois de Johannes Ockeghem met en valeur les voix masculines, un recueillement qui s’achève par une vibrante sonorité grave, et c’est dans le Stabat Mater d’Eric Tanguy que les mouvements du chœur mixte et du violoncelle prennent les accents les plus torturés.
L’écriture de l’instrument soliste, particulièrement austère, s’engouffre dans les tréfonds de l’âme comme s’il s’agissait de remuer quelque chose chez l’auditeur ou de chercher à le mettre mal à l’aise.
Après une courte pause, Flow my tears fait renaître des sentiments mélancoliques qui entrent magnifiquement en résonance avec l’atmosphère de l’ancienne église qui a été construite au même moment que John Dowland imaginait ses compositions.
Sequenza 9.3 dans son intégralité
Forts audacieuses et dénuées de tout pathos, Les Métamorphoses de Philippe Hersant peuvent se révéler dansantes ou facétieuses autour de développements plus lents avec des réminiscences orientales, bien qu’il s’agisse d’une pièce inspirée par la rencontre avec des prisonniers.
On retrouve ensuite le sens de l’individualité à travers Ô Souverain Pasteur et Maistre de Jacob Clemens non Papa qui met en valeur certains solistes, leurs visages et la lumière qui s’en dégage, et c’est sur les évanescences vocales hors du temps de Plonge de Juste Janulyte, mêlées aux étirements métalliques du violoncelle, comme pour peindre des horizons infinis, que s’achève ce voyage multiforme chaleureusement accueilli et dirigé avec un très agréable sens de l'attention et de la discrétion par Catherine Simonpietri.
7 Deaths of Maria Callas ( Marina Abramović - Marko Nikodijević – 2020)
Livret Petter Skavlan, Marina Abramović
Représentation du 02 septembre 2021
Palais Garnier
Mise en scène et actrice Marina Abramović
Musique Marko Nikodijević
Direction musicale Yoel Gamzou
Acteur Film Willem Dafoe Hera Hyesang Park (Violetta)
Coproduction Bayerische Staatsoper Munich, Deutsche Oper Berlin, Teatro San Carlo de Naples, Greek National Opéra d’Athènes.
En partenariat avec le Festival d’Automne à Paris
Le spectacle de Marina Abramović, 7 Deaths of Maria Callas, qui inaugure au Palais Garnier la première saison d'Alexander Neef, marque également la 50e édition du Festival d'automne qui est un rendez-vous majeur d'ouverture sur les arts contemporains du monde entier.
Et Robert Wilson, l'une de ses figures emblématiques dès le premier jour, est à nouveau invité à plusieurs reprises, comme ce sera également le cas à l'Opéra de Paris pour lequel il mettra en scène Turandot dans la seconde partie de cet automne.
Marina Abramović (Maria Callas)
C'est donc un public diversifié, pas forcément issu du milieu spécifiquement lyrique, qui investit ce soir l'univers polychromique du plus somptueux bâtiment du Second Empire.
Artiste n'ayant pas peur dans certaines circonstances de se mettre en danger physiquement, la plasticienne métamorphose son amour pour Maria Callas en concevant un spectacle purement vidéographique et lyrique dans sa première partie qui illustre 7 morts d'héroïnes qu'a interprété la mythique diva sur scène (La Traviata, Tosca, Madame Butterfly, Lucia di Lammermoor, Norma), au disque (Carmen), ou pour un extrait (Desdémone). Marina Abramović y joue le personnage principal, et Willem Dafoe celui de l’homme qui met à mort la femme qu’il est sensé aimer.
Devant ce flot d'images, de jeunes interprètes originaires des quatre coins de la planète (États-Unis, Australie, Corée, Dominique, Italie, Roumanie, France) incarnent, pour un air chacune, ces héroïnes.
Mais comme elles interviennent de façon statique et pour la plupart dans la pénombre, ce n’est pas la théâtralité vocale ou physique de l’incarnation inhérente à la mise en scène d’opéra qui est mise en valeur, mais uniquement la beauté des lignes de ces airs qui apportent une âme subtile aux vidéos. L'auditeur qui vient pour découvrir l’art lyrique est donc tout de même privé d’un aspect vivant de l’interprétation.
Willem Dafoe (Don José) et Marina Abramović (Carmen)
Chaque spectateur peut cependant être inspiré, ou pas, par la mise en scène de ces mises à mort qui peuvent prendre une allure apocalyptique, comme dans Madame Butterfly qui semble dénoncer l’esprit destructeur des américains dans un univers post-Hiroshima, où cette incroyable marche vers un feu crépusculaire de Pollione et Norma tous les deux travestis, Willem Dafoe renvoyant ainsi une splendide figure torturée de l’obsession opératique pour l’étrange et le hors-norme.
Très impressionnantes sont également les images mettant en scène la lenteur sublime de l’enlacement de Desdémone par un serpent pour signifier l’étranglement par Otello, et qui démontrent surtout le grand sang-froid de l’artiste.
Adela Zaharia (Lucia di Lammermoor)
La scène de Lucia di Lammermoor, qui contient une forte charge narcissique par ces miroirs qui se brisent en mille morceaux, a aussi à voir avec le symbole qu’a représenté Maria Callas pour des générations. Mais ce passage vaut surtout pour la suspension du temps qu’engendre la très belle interprétation de l'air de la folie de Lucia di Lammermoor par Adela Zaharia qui est véritablement le point d'orgue belcantiste de la soirée. La soprano roumaine se révèle d’une saisissante agilité tout en finesse, créant ainsi un intérêt supplémentaire pour la reprise de Don Giovanni prévue au mois de février prochain au Palais Garnier.
Marina Abramović (Maria Callas)
Dans la seconde partie de la soirée, nous nous retrouvons face à une reconstitution de la chambre de Maria Callas le dernier jour de sa vie, où après le réveil elle sera atteinte d’une attaque cardiaque.
Ce réveil joué par Marina Abramović est assez long dans sa mise en scène et est accompagné par une musique de couleur assez uniforme et un chœur, disposé dans les loges latérales, qui donne une tonalité proche de l’oratorio à ce passage dont la durée installe une attente jusqu’à ce qu'apparaisse la plasticienne habillée en diva et coiffée comme Maria Callas.
Pour quelques instants, elle donne l’impression au spectateur de retrouver la présence de la grande cantatrice chantant Casta Diva à partir d’un ancien enregistrement, sur lequel Yoel Gamzou induit avec l’orchestre un accompagnement pour accentuer le réalisme de la scène, tableau final caractérisé par le beau travail illusionniste qu’il prodigue.
Lohengrin / Parsifal / Die Walküre / Götterdämmerung (Richard Wagner 1850 / 1882 / 1870 / 1876) Concert du 01 septembre 2021 Philharmonie - Grande salle Pierre Boulez
Lohengrin Prélude
Höchstes Vertrauen hast Du mir schon zu danken
In fernem Land
Mein lieber Schwan
Parsifal Prélude
Amfortas, die Wunde
Enchantement du Vendredi Saint
Nur eine Waffe taugt
Die Walküre Chevauchée des Walkyries
Götterdämmerung Voyage de Siegfried sur le Rhin
Marche funèbre
Scène finale
Soprano Christine Goerke
Ténor Klaus Florian Vogt Klaus Florian Vogt
Direction musicale Andris Nelsons Orchestre du Festival de Bayreuth
Après deux concerts joués à la fin du Festival de Bayreuth avec Klaus Florian Vogt, Christine Goerke et Günther Groissböck, les 22 et 25 août, l’une des formations orchestrales a pris la route d’Essen, Paris et Riga pour célébrer Richard Wagner avec un programme légèrement différent à chaque fois.
Ainsi, Günther Groissböck ne participe pas au programme parisien, mais il interprétera Hunding au cours du premier acte de La Walkyrie qui sera joué le 04 septembre sur la scène de l’opéra de la capitale lettone.
Klaus Florian Vogt
Mais quel plaisir de réentendre Klaus Florian Vogt qui est ce soir à nouveau phénoménal dans l’acoustique de la Philharmonie comme pour prolonger le souvenir de son fabuleux Walther von Stolzing chanté à Bayreuth cet été.
Son attitude est plus formelle que lors des productions scéniques, et c’est à travers d’In fernem Land (Lohengrin) puis Amfortas, die Wunde (Parsifal) que les particularités vocales si surnaturelles atteignent leur plus large extension, des fines nuances immatérielles et spirituelles, d’une clarté d’ange pourrait-on dire, à l’incarnation d’une puissance qui déploie une aura comme si une sphère céleste d’or cuivré percutait la salle entière et réfléchissait son énergie sur les parois pour renforcer l’impact de ses échos qui se dissipent à travers tous les interstices de l’auditorium.
Sentir les auditeurs proches sensibles à cette beauté inouïe qu’ils entendent probablement pour la première fois fait aussi partie du plaisir de l’expérience. On regrette qu’il n’y ait pas eu une Kundry pour prolonger ce deuxième acte de Parsifal, tant la confrontation promettait d'être envoûtante.
Et pourtant, Andris Nelsons ne cherche pas à amadouer l’orchestre qu’il laisse se déployer en accordant à la section centrale des cuivres une puissance éclatante fortement extériorisée.
L’ouverture de Lohengrin donne un bel exemple de représentation du Graal, un tronc central dense et énergisant autour duquel les bois et les cordes propagent des soieries exposées à des vents subtils, les violons les plus fins se dissipant dans le lointain du couchant.
L’enchantement du Vendredi Saint est également un très beau développement orchestral qui allie puissance condensée et univers poétique tout en amenant l’auditeur dans un autre monde.
Andris Nelssons et les musiciens de l'orchestre du Festival de Bayreuth
En seconde partie, intégralement dédiée à des extraits de l’Anneau du Nibelung, la Chevauchée des Walkyries, jouée de façon efficace et clinquante, fait apparaître deux niveaux bien séparés, des cordes grouillantes et atténuées, puis une débauche de jaillissements métalliques qui couvrent sans doute un peu trop les rythmes et cadences des instruments les plus sombres.
Le voyage de Siegfried à travers le Rhin prend des allures d’épopée conquérante, la marche funèbre est une véritable célébration, puis apparaît Christine Goerke. Son incarnation de Brunnhilde révèle une voix d’une complexité dramatique surprenante. Les raucités font ressentir un agrégat de névroses cachées, les aigus les plus hauts peuvent prendre une forme élancée bien profilée dans une teinte mate, et l’indéniable solidité de son souffle lui permet de traverser ce rôle si endurant. La lumière, elle, jaillit de son regard.
Christine Goerke
Et dans cette seconde partie, Klaus Florian Vogt est revenu s’installer parmi le public, habillé en tenue de ville décontractée, mais pas tout à fait inconnu.
Chaînes publiques (Mise à jour le 22 septembre 2021)
Jeudi 02 septembre 2021 sur France 3 à 23h25 Un ticket pour l'opéra : la Maîtrise populaire de l'Opéra-Comique
Vendredi 03 septembre 2021 sur France 5 à 20h55
Hommage à Jerome Robbins
Vendredi 03 septembre 2021 sur Arte à 23h40
Tracks : Ujicha / Romeo Castellucci / Art In Progress / Jardin
Samedi 04 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 21h05
Gala Marius Petipa - Théâtre Mariinsky
Samedi 04 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 23h05
Il Corsaro (Verdi) - dm Biondi - ms Raab - Fabiano, Dyka
Dimanche 05 septembre 2021 sur France 3 à 00h20
Béatrice et Bénédict (Berlioz) - Glyndebourne
Dimanche 05 septembre 2021 sur Arte à 07h55
Jinju, l'opéra ambulant chinois - Documentaire réalisé par Thibault Férié
Dimanche 05 septembre 2021 sur Arte à 18h25
Gustavo Dudamel et Evgeni Kissin au Festival de Salzbourg 2020
Dimanche 05 septembre 2021 sur Arte à 23h40
Le Ballet national de Vienne danse Gustav Mahler
Lundi 06 septembre 2021 sur Arte à 00h55
Klaus Mäkelä dirige Mahler - La symphonie n°9 avec l'Orchestre de Paris
Mardi 07 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 21h05
Angelin Preljocaj, danser l'invisible
Vendredi 10 septembre 2021 sur France 5 à 20h55
Fauteuil d'orchestre (Alexandre Tharaud, Sol Gabetta, Florian Sempey, Lea Desandre, Thomas Dunford)
Vendredi 10 septembre 2021 sur France 5 à 22h15
Concert de 60 mn avec Alexandre Tharaud, le Philharmonique de Radio France et Myung-Whun Chung
Samedi 11 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 21h05
Una oda al tiempo - Chor Maria Pagés
Samedi 11 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 22h30
Rone & la Maîtrise de Radio France jouent Benjamin Britten ; Molecule & Vanessa Wagner jouent Claude Debussy ; Carl Craig & Francisco Mora jouent Sun Ra ; Anoushka Shankar & Gold Panda jouent Ravi Shankar ; Peter Van Hoesen & Gabi Sultana jouent John Cage.
Dimanche 12 septembre 2021 sur Arte à 18h55
Riccardo Chailly dirige Mozart - Festival de Lucerne 2021
Lundi 13 septembre 2021 sur Arte à 00h10
Les grands rivaux en musique - Schönberg vs Stravinsky
Lundi 13 septembre 2021 sur Arte à 01h05
Les aventures de "Histoire du Soldat" (Stravinsky) - Documentaire
Lundi 13 septembre 2021 sur Arte à 02h00
Vladimir Jurowski dirige Stravinski
Mardi 14 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 21h05
Les Trésors de l'Opéra de Paris
Vendredi 17 septembre 2021 sur France 5 à 20h55 Les clefs de l'orchestre de Jean-François Zygel - la 5e symphonie de Beethoven
Samedi 18 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 21h05 Fabrice di Falco, une voix lyrique au-delà des mers
Samedi 18 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 23h50 Les Noces de Figaro (Mozart) - ms Gray - Théâtre des Champs-Élysées
Dimanche 19 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 02h50 Festival d'Ambronay - Bach / Haendel : Magnificat & Dixit Dominus par Vox Luminis
Dimanche 19 septembre 2021 sur Arte à 11h15
L'aventure des manuscrits : Don Giovanni de Mozart
Dimanche 19 septembre 2021 sur Arte à 18h55
Anna Netrebko, vivre pour l'opéra
Lundi 20 septembre 2021 sur Arte à 01h10
Rhythm is it - Le Sacre du printemps - dm Simon Rattle - Chr Royston Maldoom
Mardi 21 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 02h15
Les Trésors de l'Opéra de Paris (Rediffusion)
Mercredi 22 septembre 2021 sur Arte à 20h55
Les liaisons dangereuses (Stephen Frears) avec Glenn Close et John Malkovitch
Vendredi 24 septembre 2021 sur Arte à 00h45
Les variations de Casanova (Michael Sturminger) avec John Malkovitch, Veronica Ferres, Florian Boesch et Miah Persson
Samedi 25 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 21h05 Le meilleur du Violon sur le sable (Royan)
Samedi 25 septembre 2021 sur France 4 (CultureBox) à 22h00 The Beggar's Opera (John Gay) - dm Christie - ms Carsen
Dimanche 26 septembre 2021 sur Arte à 18h55
Concerto n°1 (Tchaïkovski) - piano Matsuev, dm Rachlin
Lundi 27 septembre 2021 sur Arte à 00h00 Der Freischütz (Weber) - La Fura dels Baus au Konzerthaus Berlin - dm C.Eschenbach
Lundi 27 septembre 2021 sur Arte à 02h35 Move! L'homme numérique - Scott deLahunta, William Forsythe, Christian "Mio" Loclair.
Mardi 28 septembre 2021 sur Arte à 00h15 Carmen (Ernst Lubitsch)
Mardi 28 septembre 2021 sur Arte à 06h00 Bengale, les musiciens de la Gandhi Ashram School
Mezzo et Mezzo HD
Mercredi 01 septembre 2021 sur Mezzo à 20h30
Norma de Bellini - Opéra royal de Wallonie
Vendredi 03 septembre 2021 sur Mezzo HD à 21h00
Elektra de Strauss au Festival de Salzbourg 2020
Samedi 04 septembre 2021 sur Mezzo à 20h30
Tosca de Puccini au Festival de Pâques de Salzbourg
Dimanche 05 septembre 2021 sur Mezzo HD à 21h00
Idomeneo de Mozart au Teatro Real de Madrid
Mercredi 08 septembre 2021 sur Mezzo à 20h30
Rusalka de Dvorák au Teatro Real de Madrid
Vendredi 10 septembre 2021 sur Mezzo HD à 20h15 (Direct)
Royal Concertgebouw Orchestra, Daniel Harding, Leonidas Kavakos : Wagner, Korngold, Strauss
Vendredi 10 septembre 2021 sur Mezzo HD à 22h15
Faust de Gounod au Teatro Real de Madrid
Samedi 11 septembre 2021 sur Mezzo à 20h30
Elektra de Strauss au Festival de Salzbourg 2020
Dimanche 12 septembre 2021 sur Mezzo HD à 21h00
'Ariane et Barbe-Bleue' de Dukas à l'Opéra National de Lyon
Mercredi 15 septembre 2021 sur Mezzo à 20h30
Aida de Verdi au Festival de Salzbourg
Vendredi 17 septembre 2021 sur Mezzo HD à 21h00
'Jenufa' de Janacek au Staatsoper Berlin
Samedi 18 septembre 2021 sur Mezzo à 20h30
'Prima la musica' de Salieri et 'Der Schauspieldirektor' de Mozart au Teatro Malibran de Venise
Dimanche 19 septembre 2021 sur Mezzo HD à 22h00
Faust de Gounod au Teatro Real de Madrid
Mercredi 22 septembre 2021 sur Mezzo à 20h30
Madama Butterfly de Puccini à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
Vendredi 24 septembre 2021 sur Mezzo HD à 21h00
Idomeneo de Mozart au Teatro Real de Madrid
Samedi 25 septembre 2021 sur Mezzo à 17h00
'Ariane et Barbe-Bleue' de Dukas à l'Opéra National de Lyon
Dimanche 26 septembre 2021 sur Mezzo HD à 22h15
'Jenufa' de Janacek au Staatsoper Berlin
Mercredi 29 septembre 2021 sur Mezzo à 20h30
Anna Bolena de Donizetti à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège
Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)
Aguas da Amazonia / Perpetulum (Philip Glass – 1999 / 2018)
Concert du 30 août 2021
Philharmonie – Salle des Concerts
Aguas da Amazonia – arrangement pour quatuor de percussions de Third Coast Percussion – création française (40 mn) Tiquie River
Madeira River
Xingu River
Paru River
Amazon River
Purus River
Tapajos River
Negro River
Metamorphosis
Perpetulum – création française (20 mn)
Third Coast Percussion Sean Connors, Robert Dillon, Peter Martin, David Skidmore
En 1993, Philip Glass fut sollicité par la compagnie de danse brésilienne Grupo Corpo pour créer une musique de ballet, et le compositeur américain choisit le groupe brésilien Uakti pour interpréter Aguas da Amazonia avec les couleurs et textures originales de leurs marimbas, flûtes de pan, instruments à cordes et percussions. Sa composition se basait sur ses propres études de piano ainsi que Metarmorphosis (1989). L’enregistrement fut réalisé en 1999.
Third Coast Percussion : Sean Connors, Robert Dillon, David Skidmore, Peter Martin
Passionnés et admiratifs de l’univers de Philip Glass, un groupe de percussions fondé en 2005 et originaire de Chicago, Third Coast Percussion, réarrangea Aguas da Amazonia pour ses propres instruments dont des cloches à mains et des almglocken (cloches à vaches suisses) qui sont le pendant des agogôs brésiliens.
Debout autour de son impressionnant dispositif instrumental que chacun contourne parfois pour changer de rôle même en cours de musique, le quatuor de musiciens fait revivre cette partition dans la Salle des Concerts de la Philharmonie en immergeant les spectateurs dans un univers ondoyant et cristallin si prégnant dès Madeira River.
Sean Connors
Les sonorités sud-américaines de la version originale s’estompent pour donner à la composition une structure plus éthérée. L’auditeur est donc séduit par ces résonances inhabituelles et les pulsations de la musique jouées de manière très athlétiques à la vue de tous.
Lorsque l’on imagine des percussions, on pense principalement à une rythmique abrupte et pas forcément à un univers qui nous ramène à celui de la berceuse tonique, comme c'est le cas ici.
Mais le fait de voir comment la gestuelle des quatre musiciens s’accorde avec une précision mécanique stupéfiante pour faire vivre cette musique, qui pourrait presque s'analyser mathématiquement, a aussi son pouvoir de fascination.
Robert Dillon
Et après l’écoute des 9 mouvements d’Aguas da Amazonia, Perpetulum nous emmène à travers une pièce écrite spécialement pour le jeune groupe. Elle est la première qui soit composée par Philip Glass directement pour des percussions, et fut créée le 09 novembre 2018 au Chicago Humanities Festival, une manifestation qui vise à réunir les gens de tous horizons afin de renforcer leurs liens empathiques les uns envers les autres.
David Skidmore
La section centrale est relativement la plus rythmée avec ses martèlement inventifs non dénués de souplesse. Elle se démarque nettement de la tonalité globale de la soirée, mais la conception d’ensemble suscite aussi de la part des musiciens l’envie d’extérioriser leurs talents les plus audacieux devant un public très diversifié qui comprend aussi nombre de jeunes issus du monde anglo-saxon. Un tel succès pose aussi la question des musiques capables de réunir le plus grand nombre dans toute son universalité, et celle-ci en fait assurément partie.
Variations de Beethoven, Schumann et Crumb
Concert du 28 août 2021
Festival des Solistes à Bagatelle – Orangerie
Beethoven : 6 variations en sol majeur sur Paisiello WoO 70 (1795) Schumann : Études en forme de variations sur un thème de Beethoven (1831/1832) Crumb : Processionnal (1983) Schumann : Geistervariationen (1854) Beethoven : 7 variations en fa majeur sur Kind willst du WoO 75 (1799)
Piano Cédric Tiberghien
C’est à l’Orangerie du parc de Bagatelle, vers laquelle convergent de multiples chemins sinueux où l’on peut croiser Paons et Bernaches, que se joue du 28 août au 12 septembre 2021 la 20e édition du Festival des Solistes qui permet d’entendre de jeunes générations d’artistes.
Parmi ceux-ci, Cédric Tiberghien, pianiste né à Colombes en 1975, riche d'une solide carrière derrière lui, est toujours sensible aux lignes de la vie où se reflète la beauté.
Cédric Tiberghien
Le concert qu’il interprète en cette fin d’après-midi réunit plus de 80 âmes musicales venues découvrir un programme peu connu de variations de Ludwig van Beethoven et d’un de ses grands admirateurs, Robert Schumann, au cœur duquel va se glisser une œuvre de George Crumb, compositeur américain influencé notamment par Webern, Bartok et Debussy, qui atteindra bientôt ses 92 ans – L’esprit du festival est d’associer à chaque concert classique une œuvre contemporaine -.
Dans un premier temps, Les 6 variations en sol majeur permettent à l’auditeur de se familiariser avec les sonorités rondes et métalliques du piano avec lesquelles Cédric Tiberghien réalise une impressionnante composition qui prend presque une allure de Maelstrom où de virtuoses vibrations tourbillonnent dans un flot de sonorités sombres. Un élan romantique maîtrisé se fond à la structure classique des accords.
Puis, les études de variations sur un thème de Beethoven – il s’agit du second mouvement de la 7e symphonie - se développent avec une intensité saisissante qui peut s’atténuer dans un mouvement de vague parfaitement lissé sur laquelle des piani infiniment chatoyants scintillent avec une poésie absolument irrésistible. Un véritable sens de la construction se dégage sous cette esthétique artistique qui renforce l’emprise sur l’auditeur.
Cédric Tiberghien
Et c’est avec ce même sens de l’architecture que Processionnal de Georges Crumb entraîne chacun dans un univers de tension et de danger mystérieux où, quand le calme semble revenir, de fines grappes de perles irisent la surface du clavier d’un geste faussement désinvolte. Bien que contemporaine, la pièce s’insère magnifiquement dans le récital, et le rapport fusionnel qu'entretient le soliste avec le piano semble atteindre son paroxysme.
Les Geistervariationen renvoient ensuite à un épisode triste de la vie de Robert Schumann, puisqu'elles constituèrent la dernière composition de son œuvre avant qu'il ne fut admis à l’asile. Il s’agit du passage le plus introspectif du programme, mené avec une détermination souple et toujours un sens du déroulé fluide et bien affirmé.
Et en s’achevant sur les 7 variations en fa majeur sur Kind willst, Cédric Tiberghien revient à un style d’une technicité virevoltante fantastique sur une apparente structure mathématique où l’esprit ludique, tenu avec une rigueur absolue, et suivi par un bis sur une variation de Jean-Sébastien Bach, suffit à combler l’effet d’éblouissement sonore qu’aura procuré plus d’une heure de musique, captivante par un tel sens de la narration.
Cédric Tiberghien
Du 09 au 13 mars 2020, France Musique avait dédié 5 entretiens à Cédric Tiberghien, il est possible de les réécouter sous les liens ci-après :
Carmen (Georges Bizet - 1875)
Représentation du 12 août 2021
Soirées Lyriques de Sanxay
Carmen Ketevan Kemoklidze
Micaëla Adriana Gonzalez
Don José Azer Zada
Escamillo Florian Sempey
Frasquita Charlotte Bonnet
Mercédès Ahlima Mhamdi
Zuniga Nika Guliashvili
Moralès Yoann Dubruque
Le Dancaïre Olivier Grand
Le Remendado Alfred Bironien
Direction Musicale Roberto Rizzi-Brignoli
Mise en scène Jean-Christophe Mast
Chorégraphie Carlos Ruiz Ketevan Kemoklidze (Carmen)
La 3eme production de Carmen aux Soirées Lyriques de Sanxay, après celles de 2001 et 2011, est probablement la plus aboutie, et confirme que le Festival a dorénavant atteint un seuil de maturité que la crise pandémique de 2020 n'a aucunement ébranlé, bien au contraire.
Ketevan Kemoklidze (Carmen)
Au creux du sanctuaire gallo-romain découvert en 1881, abrité dans un méandre de la Vonne au milieu d'une nature bucolique, 2000 spectateurs ont le plaisir d'assister chaque soir, et pour 3 représentations, les 10, 12 et 14 août 2021, à un spectacle d'une indéniable cohérence musicale jusque dans la réalisation de sa mise en scène.
En effet, pour sa seconde apparition à Sanxay après Aida en 2019, Jean-Christophe Mast a conçu un décor unique centré, en arrière plan, sur une arche de style hispano-mauresque qui surplombe une estrade dotée d'un double escalier latéral.
A l'avant scène, un large cylindre tronqué est incrusté sur les planches afin de diriger par un mouvement pivotant sa surface vers le public, ou de créer un point de vue surélevé, ce qui permet de réaliser des changements de configurations scéniques fluides.
Vue panoramique du sanctuaire gallo-romain de Sanxay
Cette recherche de fluidité se retrouve également à travers les entrées et sorties des nombreux figurants (13), choristes (65) et chœur d'enfants (20) pour lesquels un soin est accordé à leur disposition très picturale sur le plateau afin de créer une composition d'un bel équilibre visuel à chacune de leurs interventions. Et leurs costumes sont tous conçus dans une tonalité claire, longs drapés fins, colorés et légers pour les femmes, costumes militaires ou de ville aux teintes blanches et jaunes pour les hommes, hormis Escamillo qui apparaitra dans son riche ensemble rouge et noir de toréador au dernier acte.
Le jeu de scène de l'ensemble des artistes reste classique mais vivant, et on remarque qu'il est cadré de manière à ne pas rendre vulgaire les attitudes des cigarières, y compris Carmen, ni outrer la montée de la violence en Don José.
Bien qu'il s'agisse d'une histoire qui vire au drame, ce qui, de façon prémonitoire, est annoncé à travers les thèmes de l'ouverture et retranscrit sur scène par une danse fatale entre un danseur et une danseuse vêtus de noir, le spectacle préserve un caractère enjoué et bon enfant, sauf pour Don José et Micaela qui sont les deux seuls personnages qui souffrent de ne pas trouver leur place dans ce jeu social.
Ketevan Kemoklidze (Carmen) et les danseuses de Flamenco
Et invité une première fois en 2011, le chorégraphe Carlos Ruiz est de retour pour insérer des pas de Baile Flamenco avec 6 de ses danseurs, 3 femmes et 3 hommes, sur "Les tringles des sistres tintaient" et l'ouverture du quatrième acte. Les jeux sonores des pieds sont très bien réglés sur le rythme de la musique, et les formes des arabesques sont fidèles à l'imaginaire oriental que l'on peut avoir de l'Espagne passée.
Florian Sempey (Escamillo)
La distribution réunie ce soir ne comprend pas moins de trois chanteurs originaires du Caucase méridional. Ketevan Kemoklidze, qui reprendra le rôle à Palerme à la rentrée dans la mise en scène de Calixto Bieito, interprète Carmen avec une excellente attention au texte, précise dans les inflexions, et avec une grande variété de couleurs, que ce soit dans les accents haut-parlés, sagaces et très clairs, que dans les intonations sombres, avec des transitions qui préservent l'unité de la texture vocale.
Elle adore jouer ce personnage, cela se voit, et créer ainsi une proximité immédiate avec l'auditeur. Et elle est aussi en relation très étroite avec l'ensemble des artistes, comme si elle se nourrissait surtout des échanges avec tout le monde plutôt que d'une mise en avant très détachée.
Azer Zada (Don José) et Yoann Dubruque (Moralès)
Azer Zada, qui chantait dans Tosca ici même en 2018, incarne un Don José d'une sensible homogénéité de timbre et d'une très grande tendresse. Son personnage est poétique et introverti, ce qui insuffle une fine délicatesse à son air central "La Fleur que tu m'avais jetée", et reste intègre jusqu'à la scène finale, sans dislocation noire et vériste, au moment où le sang le mène à tuer Carmen.
Et sous les traits du lieutenant Zuniga, Nika Guliashvili fait inévitablement penser, avec sa noirceur brillante et chantante, à un Méphisto qui pourrait mal inspirer un Don José trop rêveur. Il est d'ailleurs bien mis en avant par sa présence naturelle.
Florian Sempey, à gauche en Moralès (2011), et à droite en Escamillo (2021)
Auprès d'eux, Florian Sempey, dès qu'il apparait sur scène, est comme l'enfant prodige de la région qui vient retrouver son public - il a débuté sa formation de chant à Libourne, puis intégré le Conservatoire national de Bordeaux en 2007 -.
Il incarnait Moralès ici même en 2011 - rôle qui est repris cette année avec belle tenue par Yoann Dubruque - au moment où il faisait partie de l'Atelier lyrique de l'Opéra national de Paris, et se glisse dorénavant avec facilité dans la peau d'Escamillo, auquel il apporte une fougue et une jeunesse qui rendent le Toréador attachant. Souffle généreux, grain vocal chaleureux, il représente la vie au bonheur accompli à laquelle rien ne résiste.
Adriana Gonzalez (Micaela)
Adriana Gonzalez est aussi une artiste qui est passée par l'Atelier Lyrique, un peu plus récemment queFlorian Sempey, entre 2014 et 2017. Elle succède à Asmik Grigorian, qui avait fait ses débuts en France en 2011 à cette occasion, pour interpréter une Micaela d'une musicalité naturelle qui exprime de vrais sentiments intimes.
Les subtiles vibrations lui donnent une touche mélancolique, ce qui ne manque pas de déclencher une intense ovation à la fin de "Je dis que rien ne m'épouvante".
Ahlima Mhamdi (Mercédès) et Charlotte Bonnet (Frasquita)
Et les autres rôles s'insèrent avec la même fraicheur dans la scénographie, à l'image du duo entre Mercédès et Frasquita qui précède "Carreau, pique ... la mort!" où s'allient de manière complice la pétillance d'Ahlima Mhamdi et la spontanéité irrésistiblement démonstrative de Charlotte Bonnet. Et quelle intrépidité de la part de celle-ci!
Autour des solistes, les différents ensembles de chœurs hommes, femmes et enfants sont source d'harmonie et de grande clarté, et Roberto Rizzi-Brignoli, qui fait ses débuts à Sanxay, obtient une épatante limpidité de l'orchestre composé de plus de 60 musiciens. Il fait ressortir avec beaucoup de netteté les ornements des instruments, basson, cuivres, harpe, les fait chanter avec les solistes, donne de la brillances aux cordes, et entretien un influx musical souple auquel il ne déroge pas, même dans les attaques les plus théâtrales.
Ketevan Kemoklidze, Roberto Rizzi-Brignoli et Adriana Gonzalez
Et en témoignage de la rencontre de la Terre qui croise au même moment le nuage de poussière laissé dans l'espace par la comète Swift-Tuttle en 1992, une magnifique perséide s'embrase dans le ciel, à droite de la scène, à l'instant où Don José et Carmen se retrouvent seuls après le grand défilé de la place de Séville.
Die Meistersinger von Nürnberg (Richard Wagner – 1868)
Représentations du 01 et 09 août 2021
Festival de Bayreuth
Hans Sachs Michael Volle
Veit Pogner Georg Zeppenfeld
Kunz Vogelgesang Tansel Akzeybek
Konrad Nachtigal Armin Kolarczyk
Sixtus Beckmesser Bo Skovhus, Johannes Martin Kränzle
Fritz Kothner Werner Van Mechelen
Balthasar Zorn Martin Homrich
Ulrich Eisslinger Christopher Kaplan
Augustin Moser Ric Furman
Hermann Ortel Raimund Nolte
Hans Schwarz Andreas Hörl
Hans Foltz Timo Riihonen
Walther von Stolzing Klaus Florian Vogt
David Daniel Behle
Eva Camilla Nylund
Magdalene Christa Mayer
Ein Nachtwächter Günther Groissböck
Direction musicale Philippe JordanPhilippe Jordan Mise en scène Barrie Kosky (2017) Orchester der Bayreuther Festspiele
Bien que les éditions 2017 et 2018 de cette magnifique production aient été abondamment commentées ici même, il est impossible de ne pas parler à nouveau succinctement des Meistersinger mis en scène par Barry Kosky, tant l’interprétation donnée en août 2021 semble avoir atteint un sommet insurpassable.
Klaus Florian Vogt (Walther von Stolzing)
Même si l’on ne retrouve pas cette année les joyeux chiens dans le tableau d’ouverture, ce premier acte joué dans le salon reconstitué de la villa Wahnfried est toujours aussi haut en couleurs, et semble redonner vie au tableau de Friedrich Georg Papperitz« Richard Wagner à Bayreuth » de 1882, l’année de création de Parsifal qui sera dirigé par Herman Lévi dès sa première représentation.
Les multiples visages de Wagner sont diffractés à travers les différents personnages, Sachs, Walther et David, et l’ensemble des chanteurs se livrent à un jeu de théâtre étourdissant dans un espace quelque peu restreint. Tout est magnifique, les costumes, l’ameublement de la bibliothèque, les attitudes caricaturales, et l’attention se porte particulièrement sur le personnage de Beckmesser, puisque Barrie Kosky lui fait prendre toutes les mauvaises attitudes pour projeter en lui l’antisémitisme que dissimule l’ouvrage.
« Richard Wagner à Bayreuth » de Friedrich Georg Papperitz (1882) - De gauche à droite, au premier rang : Siegfried et Cosima Wagner, Amalie Materna, Richard Wagner. Derrière eux : Franz von Lenbach, Emile Scaria, Fr. Fischer, Fritz Brand, Herman Lévi. Puis Franz Liszt, Han Richter, Franz Betz, Albert Niemann, la comtesse Schleinitz, la comtesse Usedom et Paul Joukowsky.
Le second acte se déroule après la seconde guerre mondiale, la villa Wahnfried a été détruite, et les restes de la villa sont rassemblés dans un coin de la pièce. Un jeu de correspondance est alors établi entre, d’une part, le marteau de cordonnier de Sachs et le podium de chant, et, d’autre part, un marteau de juge et une barre de tribunal.
Dans cette partie, le jeu irrésistible dévolu à Beckmesser pour particulariser la figure juive qu’il représente s’achève en une bastonnade et une envahissante image parodique qui ne manque jamais de faire réagir les spectateurs. Johannes Martin Kränzle était souffrant pour les deux premières représentations et fut remplacé par Bo Skovhus qui s’en est bien sorti malgré l’impréparation, mais à son retour, le 09 août, il s’est à nouveau livré à un formidable jeu de scène fluide et dansant, usant d’intonation vocales claires et fulgurantes.
Michael Volle est évidemment toujours aussi impressionnant, un acteur d’une force naturelle unique alliée à un pouvoir vocal charismatique au beau délié d’un timbre qui peut se parer de velours comme se couvrir d’une écorce de roc.
Et Günther Groissböck est un veilleur de nuit de luxe, noir et inquiétant comme pour annoncer le triste final qui se prépare.
Michael Volle (Hans Sachs)
Quant au troisième acte, il se déroule au tribunal de Nuremberg, et Klaus Florian Vogt atteint son point culminant car depuis plus de 15 ans il parfait les clartés dorées de sa voix qui s’amplifient dans la salle du Palais des Festivals comme si celle-ci n’avait été conçue que pour mettre en valeur ce qu’elles ont de si surnaturel. Il y a chez lui un mélange de tendresse et de majesté inaccessible qui s’ennoblissent, et il a le souffle pour surpasser les tensions aigues de l’écriture musicale pour retrouver l’état poétique des susurrements intimes. Une interprétation merveilleuse finemenent maîtrisée.
En Pogner, Georg Zeppenfeld fait ressentir sa douce bienveillance habituelle, Daniel Behle dépeint brillamment l’impulsivité de David, et Camilla Nylund apporte une délicieuse touche de plénitude et d’espièglerie tout en maintenant Eva dans une posture digne. L’apparition de Werner Van Mechelen fait également ressortir le caractère bonhomme et impactant de Kothner.
Philippe Jordan
Dans la fosse d’orchestre - des musiciens de l'orchestre de l'Opéra national de Paris font partie de la formation du Festival de Bayreuth auprès des meilleurs musiciens allemands -, Philippe Jordan est absolument merveilleux. Il magnifie le souffle épique des paysages sonores par des impressions de profondeur et une sculpture complexe des nervures orchestrales brillantes et légères.
Une poésie luminescente s'exhale à chaque instant, des réminiscences brucknériennes s'entendent parfois, et l'on peut vivre à plusieurs reprises comme d’extraordinaires levers de soleil, des bruissements des feuillages de forêts romantiques, une coloration dense et foisonnante avec laquelle on voudrait vivre indéfiniment.
Klaus Florian Vogt (Walther von Stolzing), Eberhard Friedrich (Chef de Choeur) et Johannes Martin Kränzle (Beckmesser)