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Publié le 13 Novembre 2025

Der Ring des Nibelungen - Die Walküre (Richard Wagner – Munich, le 26 juin 1870)
Répétition générale du 05 novembre 2025 et représentations du 11 et 30 novembre 2025
Opéra Bastille

Siegmund Stanislas de Barbeyrac
Sieglinde Elza van den Heever
Brünnhilde Tamara Wilson
Wotan Christopher Maltman
Hunding Günther Groissböck
Fricka Ève-Maud Hubeaux
Gerhilde Louise Foor
Ortlinde Laura Wilde
Waltraute Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Schwertleite Katherina Magiera
Helmwige Jessica Faselt
Siegrune Ida Aldrian
Grimgerde Marvic Monreal
Rossweisse Marie-Luise Dreßen

Direction Musicale Pablo Heras-Casado
Mise en scène Calixto Bieito (2025)
Nouvelle production

Diffusion sur France Musique le 24 janvier 2026 à 20h dans l’émission de Judith Chaîne ‘Samedi à l’Opéra’.

Synopsis

Siegmund
Pour se protéger du pouvoir de l’anneau qui lui échappe dorénavant, Wotan prend deux mesures : avec l’aide des neufs Walkyries – la plus aimée est Brünnhilde qu’il eut d’Erda – il réunit dans le Walhalla une armée de guerriers pour le défendre; en même temps, il se met en quête d’un héros libre de toute dépendance envers lui et son engagement rompu. Il croit l’avoir trouvé en Siegmund, le fils que, sous le nom de Wälse, il eut d’une simple mortelle et auquel il donna l’épée magique Notung.

Fricka, gardienne de la morale
Mais Siegmund et Sieglinde, sa sœur jumelle, s’aiment d’un amour incestueux. Fricka, femme de Wotan et gardienne de la sainteté du mariage, demande la mort de Siegmund, ajoutant qu’il ne saurait être le héros désiré par Wotan puisque le dieu le protège. Wotan, faisant taire ses sentiments, décide la mort de Siegmund.

La désobéissance de Brünnhilde
Brünnhilde, prise de compassion pour les jumeaux amants, cherche vainement à sauver Siegmund. Pour la punir de sa désobéissance, Wotan la condamne à être enchaînée en haut du roc des Walkyries, entourée de flammes par le dieu Loge et plongée dans un profond sommeil dont seul un héros, sur lequel Wotan n’a aucun pouvoir, saura l’éveiller.

La naissance de Siegfried
Mais Brünnhilde a pu du moins protéger Sieglinde. Elle lui remet les tronçons de l’épée Notung brisée par la lance de Wotan et prédit que Sieglinde donnera naissance « au plus noble héros du monde ». Sieglinde, errant dans la forêt, se réfugie dans la cave de Mime, le forgeron, et là donne le jour à un fils, qu’elle nomme Siegfried ; avant de mourir, elle le confie à Mime avec les fragments de Notung.

Stanislas de Barbeyrac (Siegmund) et Elza van den Heever (Sieglinde)

Stanislas de Barbeyrac (Siegmund) et Elza van den Heever (Sieglinde)

A l’approche du 150e anniversaire du Festival de Bayreuth, les Ring fleurissent partout dans le monde, certains cycles étant même déjà achevés tels ceux de Géza M. Tóth à Budapest, Andreas Homoki à Zurich, Chen Shi-Zheng à Brisbane, Stefan Herheim au Deutsche Oper, Dmitri Tcherniakov au Staatsoper de Berlin, Romeo Castelluci / Pierre Audi à la Monnaie de Bruxelles, Plamen Kartaloff à Sofia, Brigitte Fassbaender à Erl ou bien Benedikt von Peter à Bâle.

D’autres sont en cours de réalisation sur plusieurs saisons, David McVicar à la Scala de Milan, Barrie Kosky au Royal Opera House de Londres, Tobias Kratzer à Munich, et d’autres vont débuter prochainement tels ceux de Kirill Serebrennikov à Salzburg, Markus Lobbes à Bayreuth en 2026 (suivi de Vasily Barkhatov en 2028), Tatjana Gürbaca à Oslo et Yuval Sharon à New-York.

Le mystère plane en revanche sur le metteur en scène du prochain ‘Ring’ de l’opéra de Vienne.

La Walkyrie (Wilson van den Heever Hubeaux Maltman de Barbeyrac Heras-Casado Bieito) Opéra Paris

La charge dramaturgique et politique est si importante dans cette saga monumentale qu’elle permet une diversité de lectures qui partent d’un narratif mythologique très proche de la trame initiale jusqu’à la mise en perspective de thèmes plus contemporains sur la course au pouvoir et le désir de possession.

Et avec Calixto Bieito à la mise en scène, nous savons qu’il s’agit souvent de montrer comment une œuvre porte en elle quelque chose de visionnaire qui se retrouve dans la réalité d’aujourd’hui, démarche qui déconcertera toujours un peu le spectateur qui attend de l’opéra qu’il le sorte du monde réel forcément décevant.

Très attendue après un prologue qui plaçait les technologies de l’information au centre de l’enjeu de pouvoir, cette première journée du Ring s’inscrit dans la continuité de ‘L’Or du Rhin’, ce qui n’est pas toujours le cas dans certaines productions qui le traitent comme un volet un peu à part.

Tout au long des trois actes, le décor repose, dans cette production, sur une immense structure verticale et frontale dressée à l’avant scène qui comprend plusieurs pièces qui vont se révéler au cours du développement de l’histoire, des projections vidéos temps réel ou préenregistrées s’y incrustant de façon très impressive.

Elza van den Heever (Sieglinde) et Stanislas de Barbeyrac (Siegmund)

Elza van den Heever (Sieglinde) et Stanislas de Barbeyrac (Siegmund)

Le metteur en scène décrit d’abord un monde qui a totalement détruit l’environnement naturel terrestre ou il vit et où l’air est devenu irrespirable. Siegmund fuit à travers une ville détruite et arrive à la demeure de Hunding démolie par les bombardements. 

Seul un arbre bien frêle survit au milieu de la pièce principale, au lieu du tronc d’un chêne puissant, et le jeune fuyard surgit équipé d’un masque à gaz, alors que Sieglinde, femme asservie, l’accueille sur la défensive et armée, attitude dictée par le temps de guerre.

Des caméras de surveillance sont disposées à plusieurs endroits, et l’action est resserrée dans une alcôve au milieu d’un décorum de jeux d’ombres d’un vert-jaune maladif dans la tonalité de la forêt où l’action se déroule.

Günther Groissböck (Hunding)

Günther Groissböck (Hunding)

Il aura fallu attendre 70 ans depuis le dernier Siegmund français d’envergure internationale, Charles Fronval, qui l'interpréta jusqu’en 1956 dans sa langue natale sur les planches du Palais Garnier auprès de Régine Crespin, pour qu’émerge en la personne de Stanislas de Barbeyrac un chanteur français capable d’appréhender ce personnage wagnérien à la fois héroïque et sensible avec une plénitude fascinante. 

Incarnation virile et chaleureuse, timbre mur et ombré qui rend justice à un héros incarnant la jeunesse avec une profondeur fort touchante, Stanislas de Barbeyrac est d’une splendide expressivité, variant intonations, noirceurs bien marquées ou bien exclamations plus feutrées avec une belle longueur de souffle, le jeu d’acteur que lui prodigue Calixto Bieito lui donnant de plus une densité passionnante et aussi un charme formidable.

Puissante avec une impressionnante contenance dans les aigus, mais toujours dotée d’un métal très clair, Elza van den Heever est amenée à arborer un jeu fortement plaintif, la souffrance physique de Sieglinde prenant le dessus sur l’expressivité d’angoisses plus existentielles, et il est sans doute un peu dommage que le metteur en scène ait privilégié un rapport très brut à Siegmund, fort crédible par ailleurs, plutôt qu'une relation plus mystérieuse et interrogative.

Tamara Wilson (Brünnhilde) et Stanislas de Barbeyrac (Siegmund)

Tamara Wilson (Brünnhilde) et Stanislas de Barbeyrac (Siegmund)

Ce premier acte est aussi l’occasion d’apprécier l’assurance très bien tenue de Günther Groissböck, Hunding déjà présent sur cette scène en 2013, certes contenu à un rôle peu flatteur, sorte d’officier du pouvoir aux relents fascistes, mais qui fait entendre une ligne soignée avec des noirceurs acérées.

La direction musicale de Pablo Heras-Casado est d’emblée prégnante avec un allant fluide qui préserve beaucoup d’intimité aux premières scènes aux couleurs délicates, la rondeur des cordes sombres vibrant d’un son plein et somptueux, et les cuivres brillant d’un éclat d’or avec toutefois une certaine réserve.

Certains wagnériens pourraient préférer plus de fauvisme et de traits violents, mais il en découle une restitution de la musique de Wagner très lumineuse et plastique qui prend à contre-pied les clichés que l’on pourrait lui associer. Un univers poétique s’épanouit en conséquence, en opposition avec la rudesse de la vie qui est présentée sur scène.

D’ailleurs, à leur retour en fosse après le premier entracte, le chef d’orchestre et les musiciens de l’Opéra de Paris sont accueillis par une ovation d’une intensité phénoménale et peu habituelle.

Christopher Maltman (Wotan) et Ève-Maud Hubeaux (Fricka)

Christopher Maltman (Wotan) et Ève-Maud Hubeaux (Fricka)

Le second acte commence par la traque de Siegmund et Sieglinde représentée sous le prisme d’un viseur infrarouge montrant deux chiens-loups aux mâchoires puissantes et des chasseurs qui poursuivent des animaux sauvages, cerf et sanglier, mais aussi le couple de frère et sœur, ce qui renvoie inévitablement une image de l’homme s’en prenant à la nature; l'angle technologique choisi par Calixto Bieito dans ‘L’Or du Rhin’ se renforce ainsi par la suite.

Wotan apparaît tel le maître d’un centre concentrant de multiples liaisons de données qui lui permettent de dominer le monde tout en captant le maximum d’informations. 

Remplaçant Iain Paterson temporairement souffrant, Christopher Maltman, le Wotan du ‘Ring’ du Royal Opera House de Londres, s’impose par sa puissance autoritaire et ses assombrissements de timbre d’une impressionnante éloquence sans jamais altérer sa tessiture, avec des attitudes corporelles solidement expressives qui lui donnent beaucoup de véracité, une ampleur qui paraît très aisée.

Le moment où Wotan renonce à protéger Siegmund sous la pression de sa femme le voit détruire son propre système de domination alors que des relents suicidaires le traversent de toutes parts.

Tamara Wilson (Brünnhilde) et Christopher Maltman (Wotan)

Tamara Wilson (Brünnhilde) et Christopher Maltman (Wotan)

Le traitement initial de Brünnhilde en enfant immature jouant avec un cheval bâton apporte cependant une touche d’humour qui accentue le grotesque de ses Hoiotoho!, mais en partant de cette attitude loufoque, le metteur en scène montre comment le rapport entre Wotan et sa fille va s’inverser, cette dernière d’abord chahutée prenant le dessus au point de menacer physiquement son père, ce qui va avoir pour effet de très bien mettre en valeur le jeu de Tamara Wilson et lui donner une contenance attachante.

Mélange de malléabilité et d’incisivité au métal d’argent, la soprano américaine incarne une Walkyrie audacieuse au chant vif et épuré tout en restant très humaine et accessible, ce qui est renforcé par la mise en scène également.

Dans ce même acte, Ève-Maud Hubeaux est une fascinante Fricka, jeune et sensuelle, présentée en femme allemande nazie avec le symbole de la Frauenwerk tatoué sur sa poitrine, façon pour le metteur en scène de montrer comment des femmes conservatrices, ce qu’est la femme de Wotan, avaient pu se rallier au pire des régimes sous le IIIe Reich.

La mezzo soprano française a une façon d’être et de chanter fort charismatique avec un franc déploiement vocal qui mélange féminité et troublante sauvagerie à admirer sans broncher.

Ève-Maud Hubeaux (Fricka)

Ève-Maud Hubeaux (Fricka)

Au fur et à mesure de cet acte, le décor s’illumine sur plusieurs étages avec une complexité de jeux d’ombres et de lumières sidérants, et lorsque réapparaît le couple de jumeaux,  Elza van den Heever ne semble plus qu’incarner une Sieglinde souffrant le martyre à l’approche de la naissance de Siegfried. Elle lance ses appels de douleurs hors d’elle même avec tout ce qu’elle a dans le corps, alors que Stanislas de Barbeyrac continue à être tout aussi vigoureusement enflammé.

Wotan le tuera pourtant de sa propre main – brisant encore plus ses propres lois et son propre système -, malgré un geste affectif d’enlacement de la part de son fils qui ne le touchera pas.

Chevauchée des Walkyries

Chevauchée des Walkyries

Calixto Bieito interpelle ensuite directement l’assistance lors de l’ouverture du 3e acte qu’il déclenche sous des projecteurs tournés vers la salle alors qu’une vidéo numérique défile au dessus de spectateurs aux cerveaux altérés par des implants numériques. La chevauchée des Walkyries devient le vecteur d’une angoisse personnelle vis à vis d’un monde qui perdrait toute son humanité en se laissant envahir par le progrès technologique – un petit robot à quatre pattes viendra narguer l’auditoire -, alors que des images de guerres et de tirs de missiles se mêlent à toutes sortes de références à la société de consommation pour aboutir à une perte de sens totale.

Les Walkyries ne sont plus que des soldats drones au yeux numériques verts jetant les corps de civils de tous les côtés, image inévitablement empruntée au conflit en cours en Ukraine, mais dont le public français bien loti pourrait se sentir éloigné.

Tout au long de cet acte, Pablo Heras-Casado maintient un sens précis du discours et de la respiration musicale avec les chanteurs en privilégiant une gradation progressive de l'intensité orchestrale, ce qui vaut de très beaux effets dramatiques semblant émerger d’une trame continuellement vivante. 

Christopher Maltman (Wotan)

Christopher Maltman (Wotan)

Les huit sœurs de Brünnhilde, dispersées partout en hauteur, chantent à en donner le tournis, puis viennent protéger la Walkyrie de la fureur de Wotan qui se révélera finalement bien trop désaxé.

Le décor s’ouvre et découvre un univers urbain défiguré prêt à s’embraser, mais Calixto Bieito préfère sacrifier l’émotion des adieux d’un père à sa fille pour montrer le non sens d’un acte qui consiste à brûler ce qu’il reste de l’humanité que symbolise Brünnhilde elle-même, quelques dérisoires masques à gaz dispersés au sol restant insuffisants à sauver ne seraient-ce les spectateurs présents ce soir alors que la fumée envahit le parterre. 

Stanislas de Barbeyrac, Elza van den Heever, Tamara Wilson, Christopher Maltman, Ève-Maud Hubeaux, Günther Groissböck et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

Stanislas de Barbeyrac, Elza van den Heever, Tamara Wilson, Christopher Maltman, Ève-Maud Hubeaux, Günther Groissböck et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

Avec cette vision pessimiste et sarcastique, Calixto Bieito réussit à donner un élan à son travail, à l’inscrire dans une problématique qui bouleverse aujourd’hui les repères de notre société, et, de surcroît, extrait de chaque chanteur un jeu qui les transcende et les porte à leur meilleur.

Cela donne beaucoup d’intérêt à l’attente des deux prochains volets, d’autant plus que Pablo Heras-Casado semble lui aussi avoir trouvé une unité musicale plus apaisée dans son rapport à ce chef-d’œuvre incontournable. Alors vivement l’hiver prochain pour découvrir quelle place va trouver Siegfried dans ce monde en perdition!

Stanislas de Barbeyrac, Elza van den Heever, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado, Christopher Maltman, Ève-Maud Hubeaux et Günther Groissböck

Stanislas de Barbeyrac, Elza van den Heever, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado, Christopher Maltman, Ève-Maud Hubeaux et Günther Groissböck

Dernière représentation du 30 novembre 2025

Ce dimanche après-midi là, Pablo Heras-Casado réussit une impressionnante fusion entre l'éruptivité orchestrale et l'expressivité des chanteurs tout en déliant une magnifique clarté pulsée au tissu musical. Avec un tel engagement des musiciens jouant aussi bien le jeu du dramatisme tranchant que celui d'une poétique vibrante, les solistes semblent encore plus enclin à donner le maximum d'eux-mêmes ce qui va engendrer une inévitable ovation survoltée au rideau final.

Elza van den Heever, Stanislas de Barbeyrac, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado et Christopher Maltman, le 30 novembre 2025

Elza van den Heever, Stanislas de Barbeyrac, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado et Christopher Maltman, le 30 novembre 2025

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Publié le 3 Novembre 2025

Iphigénie en Tauride (Christoph Willibald Gluck – Opéra de Paris, Théâtre du Palais Royal, le 18 mai 1779)
Représentation du 02 novembre 2025
Opéra Comique – Salle Favart

Iphigénie Tamara Bounazou
Oreste Theo Hoffman
Pylade Philippe Talbot
Thoas Jean-Fernand Setti
Diane Léontine Maridat-Zimmerlin
Une femme grecque Fanny Soyer

Direction musicale Louis Langrée
Mise en scène Wajdi Mouawad (2025)
Orchestre Le Consort et Chœur Les Éléments

Coproduction Théâtres de la Ville de Luxembourg, Opéra du Capitole – Toulouse Métropole

Œuvre phare du répertoire de l’Académie royale de Musique à l’approche de la Révolution Française et qui s‘y maintiendra tout au long de la Première République (près de 350 représentations en 20 ans entre 1779 et 1799), ‘Iphigénie en Tauride’ de Christoph Willibald Gluck ne fera son entrée au répertoire de la salle Favart que le 18 juin 1900 dans une mise en scène d’Albert Carré (le directeur de l’Opéra Comique) et une chorégraphie de la maîtresse de ballet Mariquita, avec Rose Caron dans le rôle titre, Max Bouvet en Oreste et Léon Beyle en Pylade.

L’Opéra de Paris sera par la suite marqué par la nouvelle production que présentera Krzysztof Warlikowski au Palais Garnier le 8 juin 2006 sous la direction de Marc Minkowski, version scénique qui sera régulièrement reprise pendant 15 ans et qui reste dorénavant une référence théâtrale incontournable encore aujourd’hui.

Tamara Bounazou (Iphigénie) - Opéra-Comique © Stefan Brion

Tamara Bounazou (Iphigénie) - Opéra-Comique © Stefan Brion

Beaucoup plus simple et linéaire dans son approche, la nouvelle production que présente en ce dimanche d’automne Wajdi Mouawad, dramaturge qui s’inspire profondément de la tragédie antique pour parler des souffrances du monde, revient aux origines du Mythe en ajoutant en préambule l’ouverture d’’Iphigénie en Aulide’, premier succès de Gluck à Paris en 1774, au cours de laquelle il projette un texte narratif sur le rideau de scène pour rappeler l’histoire des Atrides et de trois des enfants d’Agamemnon, Oreste, Electre et Iphigénie, au moment de la Guerre de Troie qui dura 10 ans sur les rives de l’Hellespont vers 1250 av. J.-C. 

Scène finale d'Iphigénie en Tauride au Théâtre du Palais Royal

Scène finale d'Iphigénie en Tauride au Théâtre du Palais Royal

Recontextualiser un mythe est ainsi une façon de revenir au sens originel d’une histoire immortelle et de s’assurer que l’ensemble de la salle partage le même état de connaissance.

Puis, par un petit effet de langage très théâtral, le metteur en scène fait un bond dans le temps de plus de trois mille ans pour rappeler que la Tauride était l’autre nom de la Crimée, et embraye sur une photographie de chars russes prise lors de l’invasion de 2014 pour se projeter dans l’histoire du conflit ukrainien.

Une courte scène se déroulant dans un musée de Sébastopol est ensuite ajoutée avec une allusion au passé grec de la péninsule – Oreste et Pylade passant pour des Grecs de retour sur ce territoire pour récupérer des anciennes reliques  -, et apparait un tableau rougeoyant représentant Iphigénie alimentée de toute part de poches de sang.

Philippe Talbot (Pylade), Tamara Bounazou (Iphigénie) et Theo Hoffman (Oreste) - Opéra-Comique © Stefan Brion

Philippe Talbot (Pylade), Tamara Bounazou (Iphigénie) et Theo Hoffman (Oreste) - Opéra-Comique © Stefan Brion

L’opéra débute à ce moment là, et la scène devient un décorum symbolique de l’horreur que vit Iphigénie.

Un gouffre aux parois sombres et abîmées, un monolithe cubique noir dont une face portera les stigmates d’un premier sacrifice humain, les gestes des prêtresses peignent violemment une empreinte du corps de la victime qui imprimera des tâches aux contours indéfinis à la façon d’un test de Rorschach, laissant à l’imaginaire du spectateur d’y voir l’image d’une ville en feu, des têtes monstrueuses, ou toute autre association d’idées qui lui soit propre.

Costumes sobres, lumières réglées dans des tonalités bleu fuchsia, rouge et ocre, progressives dans leurs variations, l’histoire est jouée de façon tout à fait lisible jusqu’à la scène de reconnaissance entre Iphigénie et son frère Oreste, sans que toutefois Wajdi Mouawad ne cherche à donner plus de véracité aux relations entre les êtres, la gestuelle un peu trop souvent conventionnelle ne donnant pas une impression de ressenti intérieur poignant.

Theo Hoffman (Oreste) - Opéra-Comique © Stefan Brion

Theo Hoffman (Oreste) - Opéra-Comique © Stefan Brion

Toutefois, la scène des Euménides tourmentant la culpabilité d’Oreste, le meurtrier de sa propre mère, Clytemnestre, comporte un moment de tension forte lorsque l’interprète, le baryton américain Theo Hoffman, est jugé totalement nu sous les regards des déesses vengeresses, comme dans le tableau de William Bouguereau, ‘Les Remords d’Oreste’. On y voit le corps respirer librement en souplesse, car cela va aussi avec la musicalité du chant.

Musicalement, la distribution réunie fait honneur à la clarté, la poésie et l’intelligibilité du texte avec une excellente homogénéité et rend totalement justice à l’alliage entre la tragédie, les couleurs orchestrales et la beauté du chant français qui intéressaient tant Gluck.

Tamara Bounazou (Iphigénie) et Theo Hoffman (Oreste) - Opéra-Comique © Stefan Brion

Tamara Bounazou (Iphigénie) et Theo Hoffman (Oreste) - Opéra-Comique © Stefan Brion

Dès l’ouverture d’'Iphigénie en Aulide’, Louis Langrée insuffle aux musiciens de l’ensemble Le Consort une vivacité alerte avec une amplitude éclatante et une densité sonore qui jouent un rôle essentiel dans la prégnance du drame. Le chef d’orchestre est aussi bien en osmose avec les artistes en fosse que les solistes qui doivent se sentir très assurés avec une telle direction qui respire l’influx vital et la générosité.

Très présent dans cette œuvre, le chœur Les Éléments est considéré comme un acteur permanent dont la prosodie respire le naturel, et dans le rôle d’une femme grecque, Fanny Soyer, membre de l’Académie de l’Opéra-Comique lors de la saison 2024-2025, est d’une onctuosité vocale d’une très grande douceur.

Léontine Maridat-Zimmerlin, Philippe Talbot, Tamara Bounazou, Louis Langrée, Theo Hoffman et Jean-Fernand Setti

Léontine Maridat-Zimmerlin, Philippe Talbot, Tamara Bounazou, Louis Langrée, Theo Hoffman et Jean-Fernand Setti

Et c’est une très forte impression que procure Tamara Bounazou au public de cette première en affichant une Iphigénie absolument ardente, sa tessiture se pliant à l’aplomb mais aussi à la noirceur d’un rôle bien affirmé tout en veillant à ne jamais relâcher la souplesse et l’épaisseur du délié vocal qui s’enflamme avec une grande assurance. Le personnage de Médée n’est pas si loin, et c’est le portrait d’une femme très fière de son statut de prêtresse qui est fortement mis en valeur ici, jusqu’à la scène de reconnaissance qui finit par faire ressortir tardivement l’humanité de son être.

En Oreste, Theo Hoffman a à la fois le velours et une puissance de caractérisation vocale convaincants tout en ayant une manière d’être très humble et attachante car il met à nu les failles de son personnage. Son duo avec Philippe Talbot est bien équilibré, le ténor français ayant tout autant une clarté ambrée et un phrasé d’une agréable souplesse poétique, iduisant la même impression de tendresse.

Wajdi Mouawad (à droite) et son équipe de production

Wajdi Mouawad (à droite) et son équipe de production

Jean-Fernand Setti n’a évidemment aucun mal à imposer un Thoas mordant et noir mais par trop sympathique, l’incarnation pouvant être rendue avec plus de dureté.

Enfin, Léontine Maridat-Zimmerlin assume très bien l’intervention finale de Diane, étrangement mécanisée par la direction de Wajdi Mouawad, et l’heureux final qui clôt la dernière scène de retour dans le musée déclenche une ovation unanime, l’émotion de Theo Hoffman et de Tamara Bounazou étant les plus directement palpables.

Dans la salle, la présence d’Alexander Neef, concerné au premier chef puisqu’il s’agit d’une œuvre emblématique du répertoire de l’Opéra de Paris mise en scène par un dramaturge qu’il apprécie beaucoup, de Christophe Ghristi, coproducteur du spectacle pour le Théâtre du Capitole de Toulouse, et de Loïc Lachenal, directeur de l’Opéra de Rouen Normandie et des Forces Musicales, souligne l’enjeu que porte cette approche rajeunie d’'Iphigénie en Tauride’ avec une distribution totalement renouvelée.

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Publié le 30 Octobre 2025

Quatuor n°12 américain (Dvorak) et Quatuor n°8 (Chostakovitch)
Concert du 26 octobre 2025
Paroisse Sainte Marie des Batignolles, Paris

Antonín Dvořák (1841-1904) - Quatuor à cordes no 12 en fa majeur, B. 179 (op. 96) ‘Américain’ (01 janvier 1894 – Boston)
Dmitri Chostakovitch (1906-1975) -  Quatuor à cordes no 8 en ut mineur (opus 110)  (02 octobre 1960 – Moscou)

Janus Quartet
1er violon Irma Barbutsa-Ptskialadze 
2d violon Xavier Delcroix 
Alto Claire Rousset
Violoncelle Félix Delcroix

Ensemble formé à Paris en 2016, le Janus Quartet met en valeur le répertoire traditionnel du quatuor à cordes de Joseph Haydn jusqu’à la création contemporaine, tout en exploitant également les musiques plus populaires et les musiques de films qu’ils arrangent de façon à toucher un public plus large.

En ce dimanche après-midi, c’est au cœur de la paroisse Sainte Marie des Batignolles, un édifice ayant l’apparence d’un temple grec et une nef plutôt intime, que la formation interprète un concert d’une heure réunissant le Quatuor à cordes no 12 ‘Américain’ d’Antonín Dvořák et le très sombre Quatuor à cordes no 8 de Dmitri Chostakovitch.

Janus Quartet (Irma Barbutsa-Ptskialadze, Xavier Delcroix, Claire Rousset, Félix Delcroix)

Janus Quartet (Irma Barbutsa-Ptskialadze, Xavier Delcroix, Claire Rousset, Félix Delcroix)

Lié à la période américaine du compositeur tchèque (1892-1895) qui vit naître la Symphonie dite ‘Du Nouveau Monde’, le Quatuor à cordes n°12 évoque un esprit heureux et un charme profondément bucolique qui s’expriment le mieux au cours de son second mouvement lent.

L’empreinte du Janus Quartet sur cette partition assigne d’emblée un jeu sincère doté de caractère qui ancre une présence assez dense balançant entre un premier violon (Irma Barbutsa-Ptskialadze) au panache nerveux et pictural, un second violon (Xavier Delcroix) bien assuré, un alto (Claire Rousset) plus discret et un violoncelle (Félix Delcroix), placé face au 1er violon et donc en avant vers le public, d’une impeccable rondeur.

Leur unité atteint une captivante plénitude justement dans le lyrisme profond du second thème que les musiciens imprègnent d’une douceur fort chaleureuse, comme s’ils avaient atteint une forme de vérité qui leur soit propre.

L'Assomption de la Vierge - Paroisse Sainte Marie des Batignolles

L'Assomption de la Vierge - Paroisse Sainte Marie des Batignolles

Si la seconde partie du quatuor d’Antonín Dvořák voit de plus en plus les sonorités s’assouplir avec un premier violon généreusement exubérant, le Quatuor à cordes no 8 de Dmitri Chostakovitch opère une véritable plongée dans la noirceur désespérée d’une œuvre dédiée ‘aux victimes de la guerre et du fascisme’.

Il s’agit d’un mélange de lente gravité et de révolte vivace, qui se déchaîne cet après-midi sans ambages, dont le quatuor restitue suffisamment l’atmosphère suffocante pour laisser l’auditeur imaginer une marche à travers une ville en ruines.

Claire Rousset a de plus introduit le thème majeur de chaque pièce à travers deux poèmes, l’un léger et insouciant, l’autre plus poignant et vibrant avec les évènements qui se déroulent encore aujourd'hui à l’extrême Est de l’Europe.

L'Archange Saint-Michel

L'Archange Saint-Michel

Et pour finir sur une note plus tendre, le quatuor propose en bis un arrangement du quatrième lied des ‘Mélodies tziganes’ d’Antonín Dvořák, ‘Songs My Mother Taught Me’, air nostalgique si souvent repris, pour le plaisir de tous.

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Publié le 21 Octobre 2025

Musique vocale de la Renaissance de Janequin à Aleotti
Récital du 19 octobre 2025
Paroisse Notre-Dame du Travail, Paris

Luca Marenzio (1553-1599) - ‘Madonna, sua mercè, pur una sera’ (1585 – Rome)
Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594) - ‘Sicut cervus - Sitivit anima mea’ (~1581 - Rome)
Vittoria et/ou Raffaella Aleotti (1574-1646) - T'amo Mia Vita (1593 – Ferrare)
John Dowland (1563-1626) - ‘In this trembling shadow’ (1612,  Londres) - extrait de ‘A Pilgrimes Solace’
Claudin de Sermisy (1490-1562) -
‘Au joly bois’ (~1525 - Paris)
John Bennet (1575-1614) - Weep, O Mine Eyes (1599 – Londres), extrait de ‘Madrigalis to Foures Voyces’
Claudio Monteverdi (1567-1643) - Sanctus/Benedictus/Agnus Dei (~1640 – Venise), extrait de ‘Messa à quattro voci da cappella’
Pierre Regnault dit Sandrin (1495-1561) - Doulce mémoire/Fini le bien (~1538), texte attribué à François Ier 
John Wilbye (1574-1638) - Adieu, sweet Amaryllis (~1598 – Londres)
Clément Janequin (1485-1558) - Le Chant des Oiseaux (~1537)
Henry Purcell (1659-1695) - Hush, no more, extrait de ‘The Fairy Queen’ (1692 - Londres)

Quatuor Vocal Marenzio (membres du Chœur de Chambre Arthémys)
Soprano Ava Venise Santoni
Alto Floris Bernard
Ténor Antoine David-Calvet
Basse Olivier Lefaivre

Né en 2024 de la réunion de quatre chanteurs du Chœur de Chambre Arthémys, le Quatuor Vocal Marenzio propose en ce dimanche après-midi d’imprégner le public venu en nombre à la Paroisse Notre-Dame du Travail – environ 300 personnes, ce qui est conséquent – de l’univers des musiques vocales de la Renaissance, en entrelaçant l’art des chansons parisiennes du XVIe siècle au madrigaux anglais de la période élisabéthaine et aux madrigaux italiens qui précéderont la création de l’Opéra à Florence.

Quatuor Vocal Marenzio : Ava Venise Santoni, Floris Bernard, Antoine David-Calvet et Olivier Lefaivre

Quatuor Vocal Marenzio : Ava Venise Santoni, Floris Bernard, Antoine David-Calvet et Olivier Lefaivre

Ainsi, Luca Marenzio, Giovanni Pierluigi da Palestrina et Raffaella Aleotti - nonne à Ferrare et première compositrice de musique sacrée qui verra ses créations imprimées – cotoyent John Dowland, John Bennet et John Wilbye, pour l’école anglaise, et leurs prédécesseurs français, Claudin de Sermisy, Pierre Regnault et Clément Janequin, auteurs de chansons aux formes plus légères.

L’ensemble des quatre solistes est très bien équilibré, la voix d’Ava Venise Santoni s’évadant haut dans la nef de l’église, celle d’Olivier Lefaivre, basse bien timbrée se profilant avec douceur vers le public, tous deux encadrant les deux voix claires masculines et poétiques de Floris Bernard et d’ Antoine David-Calvet, le tout unifié par une tessiture diaphane aux couleurs pastels apportant une touche spirituelle commune à des airs qui peuvent être aussi bien religieux (Luca Marenzio, John Dowland) que plus simplement sensibles (Pierre Regnault, Claudin de Sermisy).

Chapelle Notre-Dame-du-Travail - La Vierge et Jésus

Chapelle Notre-Dame-du-Travail - La Vierge et Jésus

‘Au joly bois’ de Claudin de Sermisy, écrit dans la ligne de poètes tels Clément Marot, verse dans la déception amoureuse mélancolique, alors que ‘Weep, O Mine Eyes’ de John Benne rend hommage à ‘Flow my tears’ de John Downland en plongeant au plus profond des langueurs humaines.

La souplesse corporelle dont font preuve ces quatre interprètes forme toutefois une représentation visuelle qui renforce la nature réconfortante de ces airs.

Mais quelle joie à entendre la rythmique piquante du ‘Chant des Oiseaux’ de Clément Janequin, constellée de petites touches vocales stimulantes et d’amusantes superpositions de timbres!

Quatuor Vocal Marenzio : Floris Bernard, Ava Venise Santoni, Olivier Lefaivre et Antoine David-Calvet

Quatuor Vocal Marenzio : Floris Bernard, Ava Venise Santoni, Olivier Lefaivre et Antoine David-Calvet

Toutefois, le programme proposé n’est pas exclusivement dédié aux musiques vocales de la Renaissance, dont certaines étaient d'ailleurs accompagnées par des instruments - ‘In this trembling shadow’ de John Dowland, par exemple, était écrit pour voix mais aussi pour luth -, car une incursion est menée vers le répertoire des œuvres liturgiques modernes du XVIIe siècle, avec l’extrait de la ‘Messa a quatro voci da cappella’ de Monteverdi, et vers l’opéra avec ‘Hush, no more’, extrait de ‘The Fairy Queen’ d’Henry Purcell, qui achève le concert sur une note de paix intérieure bénéfique aux cœurs réunis pour un moment.

Admirer les visages et les attitudes des spectateurs participe aussi à l'émotion simple de ce récital qui réussit à flouter les diverses influences européennes des musiques vocales qui émergèrent après le Moyen Âge.

La nef de Notre-Dame-du-Travail

La nef de Notre-Dame-du-Travail

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Publié le 16 Octobre 2025

Antigone (Pascal Dusapin – Paris, le 07 octobre 2025)
Création mondiale
Représentation du 09 octobre 2025
Philharmonie de Paris, Grande Salle Pierre Boulez

Antigone Christel Loetzsch
Ismène Anna Prohaska
Créon Tómas Tómasson
Un Messager Jarrett Ott
Hémon Thomas Atkins
Tirésias Edwin Crossley-Mercer
Coryphée Serge Kakudji
Eurydice Natalia Cellier
Enfant accompagnant Tirésias (en alternance) Cosma Moïssakis, Joseph Raynaud-Palombe

Direction musicale Klaus Mäkelä 
Mise en scène Netia Jones (2025)
Orchestre de Paris

Commande de la Philharmonie de Paris et de la Philharmonie de Dresde
Décor fabriqué par les ateliers de la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny
Diffusion sur France Musique le 29 octobre 2025 à 20h

En 50 ans de créations musicales, Pascal Dusapin s’est imposé dans le paysage lyrique au point que la plupart des scènes parisiennes ont accueilli au moins un de ses ouvrages, tels ‘La Melancholia’ (Théâtre du Châtelet, 1992), ‘Perelà, uomo di fumo’ (Opéra Bastille, 2003), ‘Passion’ (Théâtre des Champs-Élysées, 2010), ‘O Mensch!’ (Bouffes du Nord, 2011), ‘Medea’ d’après 'Medeamaterial' (Théâtre des Champs-Élysées, 2012), ‘Penthesilea’ (Philharmonie, 2020), ‘Macbeth Underworld’ (Opéra Comique, 2023) ou ‘Il Viaggio , Dante’ (Palais Garnier, 2025).

Les mythes inspirent profondément les ouvrages lyriques du compositeur nancéien pour tout ce qu’ils drainent de forces sombres incarnées en des personnages charismatiques mais monstrueux. Et s’intéresser aux mythes c’est s’intéresser à l’intériorité d’êtres humains fondamentalement solitaires, et, par conséquent, accepter de voir des aspects de l’humanité qui peuvent exister en nous tous, alors que la société d’aujourd’hui vise souvent à les masquer et à affadir les personnalités. 

Tómas Tómasson (Créon) et Christel Loetzsch (Antigone) - Photo Philharmonie de Paris

Tómas Tómasson (Créon) et Christel Loetzsch (Antigone) - Photo Philharmonie de Paris

La création d’’Antigone’ à la Philharmonie, dans sa version lyrique, l’une des sept pièces de Sophocle qui aient survécu jusqu’à aujourd’hui, trouve un cadre spectaculaire sur la scène centrale de cette salle à l’acoustique irréelle.

Netia Jones, metteuse en scène britannique en vogue dont l’Opéra de Paris reprend ‘Les Noces de Figaro’ au Palais Garnier cette saison, a conçu un dispositif symbolique qui ne tient qu’en un seul bloc, quelques colonnes faiblement espacées en forme de cube, qui évoque l’architecture des temples grecs mais aussi un pouvoir fort qui écrase tout et réduit les individualités à bien peu. Le long de ses murailles, les solistes paraissent en effet bien petits.

Accompagnée de quelques vidéographies abstraites en noir et blanc qui viennent troubler la surface blanche et plane de ce monument, la scénographie sobre dégage une impression générale glaciale qui sied bien à cette histoire qui place au centre de la tragédie l’inflexibilité de Créon à condamner Antigone pour avoir enseveli le corps de son propre frère, Polynice.

Un écran situé en arrière plan à droite de la scène permet d'apprécier l'humanité des traits des solistes révélée par les conflits intérieurs.

Antigone (Dusapin Loetzsch Tómasson Jones Mäkelä) Philharmonie

Au pied de la scène, près de 75 musiciens de l’Orchestre de Paris créent un ensemble impressionnant enveloppé d’une lumière subtilement tamisée. Dès le début, la musique de Pascal Dusapin laisse s’étendre des humeurs noires qui s’immiscent dans les tissures de cordes d’une finesse lumineuse fantastique. Il faut aimer cette austérité raffinée qui nous transporte dans un espace mental hors du temps courant, et apprécier la façon dont les motifs instrumentaux sont ornementés et torsadés comme si l’on assistait à l’épanouissement d’un ouvrage musical travaillé avec des qualités d’orfèvre d’une grande sophistication. Klaus Mäkelä est évidemment à son affaire, lui qui sait mettre en valeur splendidement le lustre sonore de l’Orchestre de Paris et travailler la souplesse de son armature avec un excellent sens d’unité et d’expansion spatiale.

Les mouvements internes à la partition suivent également la dramaturgie théâtrale jusque dans ses déclamations les plus violentes, notamment lors de la confrontation entre Créon et Antigone.

Tómas Tómasson et Klaus Mäkelä

Tómas Tómasson et Klaus Mäkelä

Le baryton basse islandais Tómas Tómasson fait partie de ces chanteurs du grand répertoire de plus en plus amenés à défendre de grands rôles de compositeurs contemporains. 

Grand interprète de 'Lear' (Aribert Reimann), à l’instar du baryton danois Bo Skovhus, ses expressions du visage rigoureuses et son timbre fantomal noir donnent une image terriblement sévère et animale du régent de Thèbes, et Christel Loetzsch, familière des pièces du compositeur français, telles ‘Macbeth Underworld’ (La Monnaie, 2019), ‘Penthesilea’ (Philharmonie, 2020), ‘Il Viaggio, Dante’ (Aix-en-Provence, 2022), lui oppose une Antigone moderne, femme en pantalon noir d’une fascinante prestance physique dont on pourrait croire que son tempérament sûr, renforcé d’un chant dramatique jouant aussi bien de noirceurs introspectives que d'enflammements instinctifs, la sauverait des conséquences du jugement souverain. Sa verve téméraire semble en tout cas la seule attitude possible pour ébranler la rigidité de Créon.

Christel Loetzsch (Antigone)

Christel Loetzsch (Antigone)

Par contraste, Anna Prohaska – souffrante et doublée brillamment ce soir depuis l’orchestre par la jeune soprano Camille Chopin  - incarne une Ismène du passé, femme que l’on sent soumise à la tradition et qui ne peut avoir l’affront d’Antigone.

Tous les autres personnages, plus secondaires, sont très bien caractérisés, l’autorité de Jarrett Ott en Messager, la vulnérabilité de Thomas Atkins en Hémon, la présence d’Edwin Crossley-Mercer en Tirésias, et le Coryphée lumineux de Serge Kakudji, qui interviennent pour nous sortir de l’espace mental de Créon qui pourrait happer la salle toute entière.

Un ouvrage qui vous embarque dans la fascination des entrailles de l’âme d’un homme de pouvoir avec une résonance particulière à une époque qui semble façonnée par de grandes figures autocrates.

Tómas Tómasson, Klaus Mäkelä, Christel Loetzsch

Tómas Tómasson, Klaus Mäkelä, Christel Loetzsch

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Publié le 9 Octobre 2025

Hommage Enesco 70 - Intégrale de l’Œuvre vocale de Georges Enesco (première partie)
Espace Bernanos (4 rue du Havre, Paris)
Récital du 08 octobre 2025

Georges Enesco
Trois mélodies, op.4 (1898)

‘Le Désert’, poème de Jules Lemaitre
‘Le Galop’, poème de Sully Prud’homme
‘Le Soupir’, poème de Sully Prud’homme

Mélodies hors opus
‘Pensée perdue’, poème de Sully Prud’homme
‘Souhait’, poème de Carmen Sylva
‘Würstenbild’, poème de Albert Roderich
‘De ziua ta’, poème du compositeur
‘Chant hindou’, poème de Géraldine Rolland
‘Si j’étais Dieu’, poème de Sully Prud’homme
‘Dédicace’ (récité), poème de G.Enesco
‘Silence’, poème d’Albert Samain
‘Eu mă duc, codrul rămâne’, poème de Mihai Eminescu
‘Doïna’, sur un poème populaire recueilli par V.Alecsandri

Pascal Arnault
4ème sonate (piano solo)

Georges Enesco
Sept chansons sur poèmes de Clément Marot (1496-1544), op.15

‘Estrène à Anne’
‘Languir me fais…’
‘Aux damoyselles paresseuses d’escrire à leurs amys’
‘Estrène de la rose’
‘Présent de couleur blanche’
‘Changeons propos… Du conflict en douleur’

Œdipe (Extraits de l’opéra) - 1931
‘Chanson du Berger’
‘Air d’Œdipe ’ (IIe acte) : Où suis-je
Solo flûte : Ydris Steinmetz
‘Air d’ Œdipe’ (IVe acte) : Adieu douce Antigone
Voix off : Natacha Hamouma-Goguel, soprano

Soprano Gloria Tronel
Baryton Florent Karrer
Ténor Nicolae Hategan
Piano Ingmar Lazar

Situé depuis 1994 dans les locaux de l’Église Saint-Louis d’Antin, elle-même faisant partie de l’ancien Couvent des Capucins de la Chaussée-d ’Antin (1780-1782) actuellement réaffecté au Lycée Condorcet, l’Espace Bernanos abrite un auditorium de 150 places où est présentée sur deux soirées, le 08 et 10 octobre, l’intégrale de l’œuvre vocale de Georges Enesco à l’occasion du 70e anniversaire de sa disparition. L’Institut culturel roumain est notamment partenaire de cette manifestation.

Rendre hommage de cette manière au compositeur franco-roumain, c’est montrer à quel point les poètes français l’ont inspiré.

Œuvres vocales de Georges Enesco (Tronel Karrer Hategan Lazar) Espace Bernanos

La première partie du programme est ainsi dédiée à des mélodies composées entre 1898 et 1946 sur des textes d’écrivains contemporains d’Enesco, tels Géraldine Rolland, Sully Prud’homme, Jules Lemaitre, et la seconde partie laisse place aux vers de Clément Morot (XVIe siècle) qui évoquent l’essence d’un cœur blessé virant aux sentiments les plus mélancoliques, pour se prolonger dans les mélopées de l’unique opéra du musicien, ‘Œdipe’, qui accompagnent la dérive du malheureux père d’Antigone.

Entre ces deux parties, la '4e sonate pour piano' créée à la fin de l’hiver dernier par Pascal Arnault, présent ce soir parmi l’assistance, créera un univers de grondements intérieurs rendus par Ingmar Lazar sans la moindre concession, une peinture violente mystérieusement surmontée d’un leitmotiv reprenant ‘La Marseillaise’.

Pascal Arnault - compositeur de '4e sonate pour piano' (2025)

Pascal Arnault - compositeur de '4e sonate pour piano' (2025)

Trois jeunes chanteurs sont donc réunis pour incarner en alternance, air après air, l’esprit de ces poèmes nostalgiques.

L’aîné, Florent Karrer, est régulièrement présent sur les scènes lyriques nationales depuis 2018 – il jouait le rôle d’un commissaire de police et d’un notaire dans ‘Le Chevalier à la Rose’ mis en scène par Krzysztof Warlikowski au Théâtre des Champs-Élysées en fin de saison dernière -. 

D'un timbre au grain chaud et coloré auquel il donne de la puissance, il installe une présence joviale qui a de l’épaisseur, et l’assombrit quand il va s'agir de dépeindre le désarroi d’ Œdipe.

Alexander Neef avait fait du chef-d'œuvre d’Enesco, créé au Palais Garnier en 1936, le coup d’envoi de sa première véritable saison à la direction de l’Opéra de Paris; réentendre ces extraits permet ainsi de se remémorer les images très poétiques de la mise en scène de Wajdi Mouawad.

Nicolae Hategan et Gloria Tronel

Nicolae Hategan et Gloria Tronel

Bien différent par son style d’emblée sérieux, le ténor roumain Nicolae Hategan, lauréat du Concours Enesco, Grand Prix Opéra 2018, souffle un chant aux tissures agréablement ambrées et mates de couleurs, aérien par moment, et qui, au cours du récital, s'enrichit d'une expressivité éloquente au fur et à mesure que son investissement gagne en caractérisation, comme si son interprétation le faisait se libérer de sa réserve initiale. Il recevra un très bel accueil au final.

Quant à la plus jeune artiste, Gloria Tronel, lauréate du Concours Enesco, Grand Prix Opéra 2023 qui avait impressionné par ses aigus dans la nouvelle production de 'The Exterminating Angel' à l'Opéra de Paris en 2024, elle commence par se délecter de sa luminosité vocale dense, bien timbrée et focalisée, avec un petit air pimpant qui évoque le personnage de Manon, puis s’imprègne de l’esprit du texte avec une joie interprétative très plaisante.

 Natacha Hamouma-Goguel,  Ingmar Lazar et Florent Karrer

Natacha Hamouma-Goguel, Ingmar Lazar et Florent Karrer

Si le public a eu la sensation d’être progressivement saisit par une âme un peu énigmatique sans s’en apercevoir, tout en se dégageant de tout sens du temps, il le doit aussi à Ingmar Lazar qui est un pianiste qui sait créer une intériorité prégnante tout en lui ajoutant des effets impressionnistes personnels, sans jamais se départir d’une grande délicatesse.

Son rapport émotionnel aux solistes, palpable, devient aussi le révélateur d’une force de conviction qui lui permet de les embarquer dans ce voyage intime où l'âme populaire est aussi présente. 

Une bien belle soirée qui a aussi permis de découvrir la fraîcheur du jeu de flûte d’ Ydris Steinmetz lors de l'extrait du second acte d’ 'Œdipe', et la voix florissante en harmoniques de Natacha Hamouma-Goguel.

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Publié le 4 Octobre 2025

Parsifal (Richard Wagner – Bayreuth, le 26 juillet 1882)
Représentation du 28 septembre 2025
Opera Ballet Vlaanderen - Gand

Kundry Dshamilja Kaiser
Parsifal Christopher Sokolowski
Amfortas Kartal Karagedik
Gurnemanz Albert Dohmen
Klingsor Werner Van Mechelen
Titurel Tijl Faveyts

Direction musicale Alejo Pérez
Mise en scène Susanne Kennedy et Markus Selg (2025)
Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen
Koor and Kinderkoor Opera Ballet Vlaanderen

Les productions de ‘Parsifal’ à l’Opéra de Gand se suivent, ne se ressemblent en rien, et sont tout autant captivantes. En avril 2013, Tatjana Gürbaca proposait, avec grande économie de moyens, une vision ultra pessimiste sur la décadence d’un monde adulant le sang, et prêt à encenser un nouveau type de héros guerrier.

Albert Dohmen (Gurnemanz) et Christopher Sokolowski (Parsifal)

Albert Dohmen (Gurnemanz) et Christopher Sokolowski (Parsifal)

Rien de tel à travers la lecture ésotérique de Susanne Kennedy qui est présentée à l’Opéra des Flandres en ouverture de saison 2025/2026. La metteuse en scène allemande s’est alliée au plasticien Markus Selg depuis 2015 pour développer un théâtre de sensations qui brouille la perception du réel.

Loin de mettre en regard l’œuvre testamentaire de Richard Wagner avec l’histoire du XXe siècle, comme l’avait fait Stefan Herheim à Bayreuth et Krzysztof Warlikowski à l’Opéra de Paris en 2008, l’approche proposée à Gand repose sur une impressionnante scénographie vidéographique qui utilise aussi bien toute l’ouverture de scène pour se projeter que les alcôves du décor, tels une entrée de grotte mystérieusement placée au centre de scène ou bien un foyer de feu sur lequel repose le corps de Titurel, pour s’y incruster avec une haute définition d’image.

Parsifal (Sokolowski Kaiser Karagedik Dohmen Pérez Kennedy Selg) Gand

Les premières images paraissent nous amener dans les grands paysages du ‘Seigneur des Anneaux’, puis deviennent plus abstraites avec des teintes changeantes qui prendront une couleur sang à la mort du cygne. Parsifal est assis face à un tunnel intérieur conduisant vers une lumière inatteignable, qui n’est pas sans évoquer la ‘Montée des bienheureux vers l’empyrée’ de Jérôme Bosch, dont les teintes flamandes vont d’ailleurs imprégner la dernière partie du premier acte.

Ce couloir infini prend ensuite la forme d’une artère coronaire dont l’une des valves bat régulièrement au cours de la scène de calvaire d’Amfortas, avant que l’innocent Parsifal se sublime en Siddhartha une fois la cérémonie achevée.

Il faut dire qu’à ce moment là, cet enchaînement d’images qui détourne l’attention d’un jeu scénique sommaire – hormis pour Parsifal -, mais avec une surcharge d’objets décoratifs et mystiques disposés partout au sol, laisse assez circonspect. 

Christopher Sokolowski (Parsifal) et Dshamilja Kaiser (Kundry)

Christopher Sokolowski (Parsifal) et Dshamilja Kaiser (Kundry)

La formation symphonique n’est pas encore totalement déployée, mais la qualité du tissu orchestral est indéniablement appréciable, et Albert Dohmen, qui pour les connaisseurs de l’Opéra Bastille des dernières années du mandat d’Hugues Gall évoque Le Hollandais volant, Amfortas et Jochanaan, fait montre d’un métier encore bien assuré en Gurnemanz, avec une bienveillance sensible.

Kartal Karagedik (Amfortas)

Kartal Karagedik (Amfortas)

Dans le second acte, l’imagerie reste encore dans le registre médiéval, des épées, lances, boucliers et corps jonchant un champ de bataille, le monde Klingsor étant celui de la destruction et de la division. Werner Van Mechelen n’est pas véritablement un méchant, c’est pourquoi l’Amfortas qu’il avait incarné sur cette même scène en 2013 est bien plus mémorable que son appropriation de l'étoffe du magicien, totalement figé par la mise en scène, mais qui reste solide.

Dshamilja Kaiser (Kundry)

Dshamilja Kaiser (Kundry)

L’intervention de Dshamilja Kaiser dans le rôle de Kundry est elle aussi quelque peu momifiée par la direction de Susanne Kennedy, mais elle va se révéler d’un redoutable aplomb à partir de la scène de séduction de Parsifal, tous les aigus étant parfaitement assurés avec une stabilité très convaincante. Dans cet acte, la sainte couronne d’épines irrigue l’alcôve en forme de chambre, qui est aussi un symbole féminin, et Parsifal, à demi-nu, exprime une très forte ambiguïté entre expression sensuelle et cheminement vers la destinée du Christ. Une splendide image clôt cet acte lorsqu’il tend ses bras en croix en s’appuyant sur deux lances tenues par des femmes, en geste de défense.

Dshamilja Kaiser (Kundry) et Christopher Sokolowski (Parsifal)

Dshamilja Kaiser (Kundry) et Christopher Sokolowski (Parsifal)

Christopher Sokolowski, jeune ténor américain de moins de 35 ans, prend une dimension saisissante, son timbre affermi aux coloris relativement sombres dégageant une véritable expressivité théâtrale qui se retrouve aussi dans son jeu fortement intériorisé. Jamais ne donne t-il l’impression d’être un homme naïvement éthéré, et dès le premier acte on sent bien qu’il est déjà chargé de quelque chose de profond.

Christopher Sokolowski (Parsifal)

Christopher Sokolowski (Parsifal)

Le dernier acte est une réussite absolue sur tous les plans. La vidéographie étend des paysages sauvages, auxquels s’insère une statue de Saint érodée par le temps, et recèle une complexité de plans visuels qui se superposent et altèrent l’ambiance visuelle, comme une réponse à l’ambivalence de la musique, et la scène d’onction se déroule sous de magnifiques lumières aquatiques et changeantes, le dernier service du Graal prenant une noirceur d’où surgira furtivement l’ombre destructrice de Shiva, tout le visuel latéral donnant l’impression d’un voyage dans le temps multicolore, esthétisé de façon impressionnante en utilisant les tresses d’épines de la couronne du Christ, débauche de flux lumineux fuyants qui rappelle le film de Stanley Kubrick ‘2001, l’Odyssée de l’espace’.

Kartal Karagedik dessine à ce moment là un Amfortas ramené à la vie et d’une humanité émouvante, et le chœur fait surtout preuve d’une présence assez massive.

Albert Dohmen (Gurnemanz), Christopher Sokolowski (Parsifal) et Dshamilja Kaiser (Kundry)

Albert Dohmen (Gurnemanz), Christopher Sokolowski (Parsifal) et Dshamilja Kaiser (Kundry)

Le final invite à l’optimisme et révèle aussi un désir de paix pour le monde à travers le vol d’une colombe protégeant un Parsifal orné d’une croix solaire, en symbole de la fin de toutes les souffrances.

Et c’est aussi dans cette dernière partie que l’Orchestre symphonique de l’Opéra des Flandres atteint une onctuosité de couleurs somptueuse, avec des cuivres toujours très chargés en noirceur, une évanescence des cordes qui se libère bien mieux de la fosse pour irriguer la scène entière, le tout d’une infaillible unité sous la baguette d’Alejo Pérez qui signe là une réalisation ouvragée avec relief, liant et grand raffinement des détails. Avouons le, on reste enchanté par la façon dont nous avons été menés de façon intriguante dans ce voyage pendant cinq heures, malgré les réserves initiales, et la standing ovation spontanément exprimée dès le baisser de rideau traduit bien la ferveur éprouvée par les spectateurs.

Kartal Karagedik (Amfortas)

Kartal Karagedik (Amfortas)

Et même si le procédé répétitif mais haut en couleurs et évolutif de la vidéographie de Susanne Kennedy et Markus Selg peut donner l’impression qu’ils traitent ‘Parsifal’ comme ils ont pu le faire avec l’opéra de Philip GlassEinstein on the Beach’ à la Villette en 2023, ils montrent cependant qu’ils savent habilement intégrer les archétypes de l’ouvrage à leur travail, tout en accroissant la part de mystère. Chapeau!

Dshamilja Kaiser, Christopher Sokolowski, Albert Dohmen, Kartal Karagedik et Alejo Pérez.

Dshamilja Kaiser, Christopher Sokolowski, Albert Dohmen, Kartal Karagedik et Alejo Pérez.

Parsifal (Sokolowski Kaiser Karagedik Dohmen Pérez Kennedy Selg) Gand

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Publié le 29 Septembre 2025

Calendrier de la programmation des Opéras, Ballets et Récitals classiques à Paris en octobre 2025 pour les salles de l’Opéra national de Paris, l’Opéra Comique, le Théâtre des Champs-Élysées (TCE), le Théâtre du Châtelet, la Philharmonie de Paris, l’Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique (Radio France), le Théâtre de la Ville, le Théâtre Chaillot, l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Théâtre des Bouffes du Nord, la Salle Cortot, la Salle Gaveau.

Nouvelle production d''Aida' à l'Opéra Bastille jusqu'au 04 novembre 2025

Nouvelle production d''Aida' à l'Opéra Bastille jusqu'au 04 novembre 2025

mer. 1 oct. 25 Opéra Garnier 19h Opéra Haendel – Ariodante (Molinari, Dumaux – dm Pichon ms Carsen)
  Opéra Bastille 19h30 Opéra Verdi -Aida (Hernández, Beczała – dm Mariotti ms Neshat)
  TCE 19h30 Opéra Cavalli – Pompeo Magno (Cenčić, Flores - dm García-Alarcón)
  Opéra Comique 20h Opéra Offenbach – Les Contes d’Hoffmann (Spyres – Dumoussaud)
jeu. 2 oct. 25 Opéra Bastille 19h30 Opéra Puccini – La Bohème (Véliz,.Guerrero, dm Hindoyan ms Guth)
  Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
  Radio France 20h Oratorio Mozart – Requiem (Flores, Bridell, Wolf, Contaldo – dm Alarcón)
ven. 3 oct. 25 Opéra Garnier 19h Opéra Haendel – Ariodante (Molinari, Dumaux – dm Pichon ms Carsen)
  Opéra Comique 20h Opéra Offenbach – Les Contes d’Hoffmann (Spyres – Dumoussaud)
  Philharmonie 2 20h Opéra Lazkano – La Main gauche (Garnier, Tantsitsdm Bleuse)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
  Radio France 20h Oratorio Mozart – Requiem (Flores, Bridell, Wolf, Contaldo – dm Alarcón)
sam. 4 oct. 25 Opéra Bastille 19h30 Opéra Verdi -Aida (Hernández, Beczała – dm Mariotti ms Neshat)
  Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
  TCE 20h Récital Osez Joséphine ! Gala Joséphine Baker (Yende, ONF)
dim. 5 oct. 25 Opéra Bastille 14h30 Opéra Puccini – La Bohème (Véliz,.Guerrero, dm Hindoyan ms Guth)
  Opéra Garnier 14h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 15h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
  Opéra Comique 15h Opéra Offenbach – Les Contes d’Hoffmann (Spyres – Dumoussaud)
Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remembering - à partir du 02 octobre 2025 au Théâtre de la Ville

Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remembering - à partir du 02 octobre 2025 au Théâtre de la Ville

lun. 6 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
mar. 7 oct. 25 Opéra Garnier 19h Opéra Haendel – Ariodante (Molinari, Dumaux – dm Pichon ms Carsen)
  TCE 19h30 Opéra Haendel – Theodora (Desandre, Cutting, Kilsby – dm Dunford)
  Opéra Bastille 19h30 Opéra Verdi -Aida (Hernández, Beczała – dm Mariotti ms Neshat)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
  Philharmonie 20h Opéra Dusapin – Antigone (Loetzsch,Prohaska - dm Mäkelä ms Jones)
mer. 8 oct. 25 TCE 19h30 Opéra Vivaldi – Farnace (Gonzalez Toro – I Gemelli)
  Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Opéra Bastille 19h30 Opéra Puccini – La Bohème (Véliz,.Guerrero, dm Hindoyan ms Guth)
  Espace Bernanos 20h Récital Rencontres musicales Enesco - Oeuvres vocales (Tronel, Karrer)
  Philharmonie 20h Opéra Dusapin – Antigone (Loetzsch,Prohaska - dm Mäkelä ms Jones)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
jeu. 9 oct. 25 Opéra Garnier 19h Opéra Haendel – Ariodante (Molinari, Dumaux – dm Pichon ms Carsen)
  Studio Bastille 20h Récital A Deux Voix à quatre mains – Lieder (Oniani, Anisimova)
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
  Philharmonie 20h Opéra Dusapin – Antigone (Loetzsch,Prohaska - dm Mäkelä ms Jones)
  Opéra Comique 20h Récital Schumann/Ropartz/Strohl/Ravel/Debussy (Degout - Tiberghien)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
  Radio France 20h Opéra Ravel – L’Heure espagnole (Druet – dm Heras-Casado)
ven. 10 oct. 25 Opéra Bastille 19h30 Opéra Verdi -Aida (Hernández, Beczała – dm Mariotti ms Neshat)
  Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Espace Bernanos 20h Récital Rencontres musicales Enesco - Oeuvres vocales (Tronel, Karrer)
  TCE 20h Récital Alma Mahler, Mahler, Strauss ( Joyce DiDonato – ONF – Măcelaru)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
sam. 11 oct. 25 Opéra Comique 11h Visite Visite guidée du théâtre (15€)
  TCE 18h Récital Cavalli/Scarlati/Cesti/Lotti (Franco Fagioli – Michele d’Elia)
  Opéra Bastille 19h30 Opéra Puccini – La Bohème (Véliz,.Guerrero, dm Hindoyan ms Guth)
  Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Amphi. Philharm. 20h Récital Les Nuits d’infini (Fiona Sanjabi)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remember.
dim. 12 oct. 25 Opéra Garnier 14h Opéra Haendel – Ariodante (Molinari, Dumaux – dm Pichon ms Carsen)
  Opéra Bastille 14h30 Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
'Antigone' de Pascal du Sapin, Mise en scène Netia Jones du 07 au 09 octobre 2025 à la Philharmonie

'Antigone' de Pascal du Sapin, Mise en scène Netia Jones du 07 au 09 octobre 2025 à la Philharmonie

lun. 13 oct. 25 Opéra Bastille 19h30 Opéra Verdi -Aida (Hernández, Beczała – dm Mariotti ms Neshat)
  TCE 19h30 Opéra Purcell – King Arthur (Guilmette, Hasler, Auvity – dm Niquet)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remembering
mar. 14 oct. 25 Opéra Bastille 19h30 Opéra Puccini – La Bohème (Véliz,.Guerrero, dm Hindoyan ms Guth)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remembering
mer. 15 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remembering
  Athénée 20h Opéra Mozart – Don Giovanni (Varon/Séguin – dm Chauvin ms Ruf)
jeu. 16 oct. 25 Opéra Bastille 19h30 Opéra Verdi -Aida (Hernández, Beczała – dm Mariotti ms Neshat)
  Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remembering
  Athénée 20h Opéra Mozart – Don Giovanni (Varon/Séguin – dm Chauvin ms Ruf)
ven. 17 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
  Philharmonie 2 20h Récital The Blue Hour (Nova – dm Waldman)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remembering
sam. 18 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Athénée 20h Opéra Mozart – Don Giovanni (Varon/Séguin – dm Chauvin ms Ruf)
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Akram Khan & Manal AlDowayan – Thikra: Night of Remembering
dim. 19 oct. 25 Opéra Bastille 14h30 Opéra Verdi -Aida (Płonka, Kunde – dm Mariotti ms Neshat)
  Athénée 16h Opéra Mozart – Don Giovanni (Varon/Séguin – dm Chauvin ms Ruf)
  Eglise Notre Dame du Travail 16h Récital Quatuor Vocal Marenzio - Musique de la Renaissance (Monteverdi, Dowland..)
'Racines' (Balanchine / November / Wheeldon) à partir du 06 octobre 2025 à l'Opéra Bastille

'Racines' (Balanchine / November / Wheeldon) à partir du 06 octobre 2025 à l'Opéra Bastille

mar. 21 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Athénée 20h Opéra Mozart – Don Giovanni (Varon/Séguin – dm Chauvin ms Ruf)
mer. 22 oct. 25 Opéra Bastille 19h30 Opéra Verdi -Aida (Płonka, Kunde – dm Matvienko ms Neshat)
  Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
jeu. 23 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
ven. 24 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Philharmonie 2 20h Récital Berio & Co (Aristidou – dm Kaziboni)
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
sam. 25 oct. 25 Opéra Comique 11h Visite Visite guidée du théâtre (15€)
  Théâtre de la Ville 14h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
  Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Philharmonie 20h Opéra Philip Glass – Akhnaten (Childs, Ciofi, di Falco – dm Warynski)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
'Akhnaten' de Philip Glass le 25 octobre 2025 à la Philharmonie de Paris

'Akhnaten' de Philip Glass le 25 octobre 2025 à la Philharmonie de Paris

lun. 27 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
mar. 28 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
mer. 29 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
  Opéra Bastille 20h Ballet Racines – Balanchine/November/Wheeldon (dm Pähn)
jeu. 30 oct. 25 Opéra Garnier 19h30 Ballet Adam - Giselle (chr Coralli, Perrot – dm Quinn)
  Théâtre de la Ville 20h Ballet Nederlands Dans Theater, Crystal Pite et Simon McBurney
ven. 31 oct. 25 TCE 19h30 Opéra Berlioz – La Damnation de Faust (Bernheim – ms/Costa) AvPJ
Nederlands Dans Theater - Crystal Pite et Simon McBurney - à partir du 22 octobre 2025 au Théâtre de la Ville

Nederlands Dans Theater - Crystal Pite et Simon McBurney - à partir du 22 octobre 2025 au Théâtre de la Ville

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Publié le 27 Septembre 2025

Aida (Giuseppe Verdi – 24 décembre 1871, Le Caire)
Représentations du 24 septembre et du 22 octobre 2025
Opéra Bastille

Aida           Saioa Hernández (24/09)
                   Ewa Płonka (22/10)
Radames    Piotr Beczała (24/09)
                  Gregory Kunde (22/10)
Amneris     Eve-Maud Hubeaux (24/09)
                   Judit Kutasi (22/10)
Amonasro  Roman Burdenko
Ramfis       Alexander Köpeczi
Il Re           Krzysztof Bączyk
Un messaggero  Manase Latu
Sacerdotessa      Margarita Polonskaya

Direction musicale Michele Mariotti (24/09)
                               Dmitry Matvienko (22/10)
Mise en scène et vidéos Shirin Neshat (2025)
Décors Christian Schmidt
Costumes Tatyana van Walsum
Lumières Felice Ross
Chorégraphie Dustin Klein

 

Production créée au Festival de Salzbourg (2017 et 2022), reprise en coproduction avec le Teatre del Liceu, Barcelone
Retransmission en direct le vendredi 10 octobre 2025 à 19h30 sur Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris, et diffusion le samedi 08 novembre 2025 sur France Musique à 20 h.
La représentation d’’Aida’ du 24 septembre 2025 est la 688e à l’Opéra de Paris et la 1ère dans cette mise en scène.

Après deux séries de représentations, l’une à l’automne 2013, l’autre à l’été 2016, dans la production critique du colonialisme imaginée par Olivier Py, puis celle de Lotte de Beer jouée pour 2 soirs à huis-clos en février 2021, mais que le grand public ne verra pas vu l’inconfort pour les artistes qu’elle représentait en substituant Aida à une marionnette, l’Opéra de Paris cherche une production actuelle et originale d’’Aida’ qui puisse s’installer durablement au répertoire.

Margarita Polonskaya (Sacerdotessa)

Margarita Polonskaya (Sacerdotessa)

En 2017, la photographe et vidéaste iranienne, Shirin Neshat, fut invitée au Festival de Salzbourg pour présenter une nouvelle lecture du chef-d’œuvre de Giuseppe Verdi composé spécifiquement pour l’Opéra du Caire à l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez.

Artiste ayant du fuir l’Iran au moment de la Révolution Islamique pour s’exiler aux États-Unis, le pire ennemi de son pays d’origine, elle a développé un art visuel qui lui est propre pour parler de la vie des femmes dans son pays de cœur. Elle porte donc un regard fort et très personnel sur des situations humaines aux libertés contraintes.

Réfugiés et prisonniers - vidéo Shirin Neshat

Réfugiés et prisonniers - vidéo Shirin Neshat

N’ayant cependant aucune expérience de la mise en scène d’opéra, elle se jugera prudente dans son approche d’’Aida’ en 2017, mais sera à nouveau invitée en 2022 pour reprendre son travail.

En lui donnant une nouvelle opportunité de remanier sa vision, Alexander Neef montre qu’il considère le travail de Shirin Neshat sur ‘Aida’ comme un ‘Work in progress’ qui se régénère au fil de l’évolution intérieure de l’artiste et de sa sensibilité aux souffrances du monde. Après tout, 17 ans séparent la première version de ‘Don Carlos’ composée par Giuseppe Verdi pour Paris en 1867, de sa version définitive présentée à Milan en 1884.

Alexander Köpeczi (Ramfis), Piotr Beczała (Radames), Eve-Maud Hubeaux (Amneris) et Krzysztof Bączyk (Il Re)

Alexander Köpeczi (Ramfis), Piotr Beczała (Radames), Eve-Maud Hubeaux (Amneris) et Krzysztof Bączyk (Il Re)

En ce soir de première, la tension évènementielle est palpable, la série de représentations prévue jusqu’au 04 novembre affichant quasiment complet sur toutes les dates, ce qui ne s’était pas vu à un tel niveau avec la production précédente.

Shirin Neshat entraîne le spectateur loin de l’Égypte ancienne pour le ramener dans un monde constamment imprégné de religieux mais très stylisé, aussi bien par la taille sobrement géométrique des costumes, la forme cubique des décors qui induisent un monde fermé sur lui-même, et les faisceaux lumineux qui en dessinent les reliefs.

La relation entre Radames et Aida n’est ici qu’un prétexte afin de décrire un environnement mélangeant des groupes de fanatiques de tous bords, chrétiens orthodoxes, musulmans sunnites ou chiites, tenant des cérémoniels sanguinaires sous le contrôle de groupes exclusivement masculins.

Les femmes, elles, paraissent plus subordonnées à ce pouvoir, et sont aussi bien présentes et voilées dans ces grands ensembles de chœurs solennels, que plus légèrement vêtues à la cour d’Amnéris.

Aida (Hernández Beczała Hubeaux Mariotti Neshat) Opéra de Paris

L’art vidéographique de Shirin Neshat est naturellement une composante importante du spectacle, car elle lui permet de raconter ce que vivent les prisonniers de guerre, les Égyptiens devenant la métaphore d’une civilisation dominée par la religion au-delà du pouvoir politique, et les Éthiopiens un peuple captif de ce pouvoir militaire fort.

Le premier air de Radames, ‘Celesta Aida’, présente ainsi une femme nue se relevant dans le désert à l’arrivée d’un groupe de femmes en noir qui la recouvrent d’un voile blanc, mais ce rêve de la part du guerrier ne se réalisera pas. Les vidéos s’orientent ensuite sur les visages d’hommes et de femmes filmés par des mouvements de caméra tournoyants, figurants choisis pour évoquer un monde étranger. La déclaration de guerre des Égyptiens convoque des militaires en tenues contemporaines, et à deux reprises un précipité bien trop long avec lumières allumées dans la salle voit défiler les visages de prisonniers politiques – le procédé, hélas, déconcentre trop les spectateurs -.

Après un rituel sacrificiel qui verra l’élimination d’une prisonnière par des fanatiques ressemblant à des membres d’un Ku Klu Klan vêtus de noir, la scène de triomphe aboutit à l’exécution des prisonniers, toujours avec des costumes aux codes couleurs clairement lisibles (rouge, noir, chair, blanc) agencés avec finesse.

Eve-Maud Hubeaux (Amneris)

Eve-Maud Hubeaux (Amneris)

En seconde partie, les relations personnelles, écrasées par l’enjeu politique qui est montré, retrouvent un peu d’importance, et les réminiscences nostalgiques d’Aida, mêlées aux prémonitions de sa mort prochaine, sont illustrées en vidéo par une très belle marche mortuaire à travers un désert montagneux, alors que des femmes en noir creusent sa tombe, un fascinant mélange du jeu de scène aux images filmées.

Grande force enfin que l’ultime scène de jugement où l’on voit un groupe de religieux que l’on pourrait associer à des mollahs en longues barbes argentées et habillés de rouge entrer dans l’édifice cubique central ressemblant à la Kaaba, leur regroupement statique étant projeté sur le monument face au public. Même issue d’une lignée royale, Amnéris ne peut rien faire au pied du lieu de culte pour sauver Radamès.

Alexander Köpeczi (Ramfis), Piotr Beczała (Radames), Roman Burdenko (Amonasro), Krzysztof Bączyk (Il Re), Eve-Maud Hubeaux (Amneris) et Saioa Hernández (Aida)

Alexander Köpeczi (Ramfis), Piotr Beczała (Radames), Roman Burdenko (Amonasro), Krzysztof Bączyk (Il Re), Eve-Maud Hubeaux (Amneris) et Saioa Hernández (Aida)

La forme esthétisante que développe Shirin Neshat vise ainsi à raconter la cruauté des pouvoirs religieux guerriers sous une forme très ritualisée, avec des réglages très précis des mouvements des chœurs et des figurants, des choix de couleurs et de lumières, avec un jeu d’acteur minimaliste pour les individus, une approche qui rappelle la lenteur et l’imprégnation visuelle du travail de Robert Wilson.

Il est vrai qu’il est assez inhabituel de voir une représentation d’’Aida’ rendue sans le moindre exotisme avec une telle solennité, le spectateur étant amené à vivre l’opéra de façon très intériorisée en résonance permanente avec les images et sa connaissance des drames du monde, tout en se détachant d’une prise au pied de la lettre du texte du livret.

Eve-Maud Hubeaux (Amneris) et Piotr Beczała (Radames)

Eve-Maud Hubeaux (Amneris) et Piotr Beczała (Radames)

Certains trouveront cette conception trop picturale, mais c'est sans compter la magnifique direction de Michele Mariotti qui tire grandement parti des luxuriantes qualités coloristes des instrumentistes de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris.

Dès le prélude, la précision des détails orchestraux, pris dans une lente et majestueuse atmosphère dramatique d’une dense luminosité, enrichit le phrasé des entrelacements mélodiques de façon inhabituelle. Toute l’interprétation en semble rénovée avec le soucis de créer une essence musicale qui lie l’ensemble des tableaux avec le même sens d’unité et de coloration que celui qu’exhale Shirin Neshat dans sa scénographie. Il ne se passe pas la moindre scène, jusqu’au duo malheureux final, sans que des variations d’intensité le long d’un même motif ne vienne accrocher l’oreille pour lui faire encore mieux apprécier l’écriture de Verdi.

Les prêtres - Acte IV

Les prêtres - Acte IV

Précieux moment que le duo entre Aida et son père au 3e acte, dont la montée émotionnelle est irrésistiblement menée sous une forme d’un ralentissement qui tire des cordes une finesse infinie.

Michele Mariotti aime énormément cette partition et entend bien en révéler la complexité et la profondeur tout en restant en phase avec l’esprit réflexif de la vidéaste.

On connaît la propension de Ching-Lien Wu à tonifier les chœurs de l’Opéra de Paris, et leur omniprésence éclatante en fait véritablement un autre point fort de la représentation, avec ce formidable sens de la cohésion et d’impact scénique qui saisit l’auditeur, l’orchestre soutenant les élans de clameurs sans grandiloquence facile, avec toujours le soucis d’une pleine qualité sonore.

Piotr Beczała (Radames)

Piotr Beczała (Radames)

Malgré ce contexte musical grandiose, les solistes n’ont aucune peine à exister vocalement, leur jeu théâtral n’étant cependant pas très développé par la mise en scène, à commencer par Piotr Beczała qui retrouve la production avec laquelle il fit sa prise de rôle de Radamès à Salzbourg en 2022.
Il est absolument impressionnant, d’une puissance héroïque et d’une tenue de souffle phénoménales, une tessiture mate et massive mais avec beaucoup de brillant dans l’aigu et même des intonations italianisantes qui surprennent de sa part lorsqu’on est habitué à l’entendre en ‘Lohengrin’. Physiquement, l'impression de droiture l'emporte sur les emports sentimentaux.

Saioa Hernández (Aida)

Saioa Hernández (Aida)

Saioa Hernández soutient très bien le rôle d’Aida, certes plus terne scéniquement du fait que seule une tenue noire anonyme lui est concédée pour rester conforme à son statut de femme réfugiée et contrainte, sa voix portant suffisamment avec des vibrations sensibles et un voile de couleurs un peu opaque, et est moins crédible dans son rapport à Radamès qu’avec son père Amonasro incarné par un Roman Burdenko au tempérament fort et violent, quasi animal.

Saioa Hernández, Piotr Beczała et Eve-Maud Hubeaux

Saioa Hernández, Piotr Beczała et Eve-Maud Hubeaux

Elle aussi embarquée dans la production salzbourgeoise de 2022,  Eve-Maud Hubeaux semble trépigner un peu, car c’est une artiste qui aime s’épanouir scéniquement. Elle allie prestance et flamboyance dans les aigus, avec certes une tessiture grave moins sombre et résonnante que les grandes titulaires du rôle, mais permet d’offrir un portrait glamour de la princesse égyptienne jalouse.

Eve-Maud Hubeaux

Eve-Maud Hubeaux

Excellent Ramfis du jeune Alexander Köpeczi qui a tendance à rappeler les intonations lugubres et expressives de la basse italienne Ferruccio Furlanetto qui fit les beaux jours de l’Opéra Bastille dans les années 1990 et 2000, stature royale impeccable de Krzysztof Bączyk, et deux rôles très bien tenus qui interviennent en première partie, le messager doucereusement sombre de Manase Latu, et l’aplomb de la prêtresse irradiante de Margarita Polonskaya, complètent une distribution d’une grande cohésion.

Piotr Beczała, Saioa Hernández, Roman Burdenko, Shirin Neshat et Krzysztof Bączyk

Piotr Beczała, Saioa Hernández, Roman Burdenko, Shirin Neshat et Krzysztof Bączyk

Pour cette première, Shririn Neshat est venue saluer avec toute son équipe, où l’on a pu reconnaître Felice Ross connue pour être la conceptrice des lumières de tous les spectacles de Krzysztof Warlikowski, et a été bien accueillie, soulevée dans les airs par Piotr Beczała, malgré sa vision très engagée, contrairement à Olivier Py qui, en 2013, avait beaucoup scandalisé la salle en s’en prenant à l’histoire coloniale européenne et au pouvoir éclésiatique en particulier.

Shirin Neshat , Roman Burdenko, Felice Ross et Christian Schmidt

Shirin Neshat , Roman Burdenko, Felice Ross et Christian Schmidt

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Publié le 21 Septembre 2025

Ariodante (Georg Friedrich Haendel –
8 janvier 1735, Londres)
Répétition générale du 13 septembre et représentations du 21 septembre et du 07 octobre 2025
Palais Garnier

Ariodante Cecilia Molinari
Ginevra Jacquelyn Stucker
Polinesso, Duc d’Albany Christophe Dumaux
Le Roi d’Ecosse Luca Tittoto
Lurcanio Ru Charlesworth
Dalinda Sabine Devieilhe
Odoardo Enrico Casari

Direction musicale Raphaël Pichon
Mise en scène Robert Carsen (2023)
Ensemble Pygmalion & Chœurs de l’Opéra national de Paris

Coproduction Metropolitan Opera, New-York
Diffusion le samedi 25 octobre 2025 sur France Musique à 20 h.
La représentation d’Ariodante’ du 21 septembre 2025 est la 21e à l’Opéra de Paris et la 11e dans cette mise en scène.

Entré tardivement au répertoire du Palais Garnier le 17 avril 2001, dans une mise en scène de Jorge Lavelli qui ne fut jouée que pour 10 représentations, ‘Ariodante’ est désormais présenté dans la production de Robert Carsen depuis le printemps 2023.

Cecilia Molinari (Ariodante) et Jacquelyn Stucker (Ginevra)

Cecilia Molinari (Ariodante) et Jacquelyn Stucker (Ginevra)

L’architecture symétrique des ses décors au style néoclassique, de la chambre de Ginevra à la grande salle de réception royale, en passant par le bureau du Roi, tous recouverts de vert en référence aux grands espaces écossais, couleur qui évoquera aussi la mélancolie au second acte, donne une tonalité muséale à cet ensemble qui sera amusamment exploitée lors de la scène finale, et va servir de cadre à une histoire qui est transposée sous forme d’hommage aux histoires personnelles des familles royales traquées par les médias et les regards de la société en quête de rumeurs à répandre. Les lecteurs et lectrices de 'Gala', 'Voici' et 'Paris Match' seront ravis!

La reprise de ce chef-d’œuvre handélien intervient cependant un mois après la production coup-de-poing de ‘Giulio Cesare’ mise en scène par Dmitri Tcherniakov au Festival de Salzbourg qui restera comme une référence dramatique absolue dans sa capacité à tirer des solistes un engagement interprétatif hors du commun.

Christophe Dumaux (Polinesso)

Christophe Dumaux (Polinesso)

L’approche de Robert Carsen dans ‘Ariodante’ ne va pas aussi loin pour mettre en exergue le mal sous-jacent à l’esprit humain qui va conduire à la diffamation de Ginevra, mais il obtient un jeu très torturé des protagonistes victimes, notamment dans le grand aria d’Ariodante ‘Scherza infida’, qu’il renforce avec des jeux d’ombres et de lumières tamisées qui intensifient la noirceur d’âme de l’œuvre. Il a aussi le don de très bien mettre en valeur la grâce féminine, notamment lors du choc que ressent Ginevra au rejet de son père.

Ariodante (Molinari Stucker Dumaux Pichon Carsen) Opéra de Paris

Mais à l’occasion de cette nouvelle série de représentations, sont invités pour la première fois à l’Opéra de Paris les musiciens de l’Ensemble Pygmalion, orchestre baroque fondé en 2006 par Raphaël Pichon – une formation interprète passionnée de Bach, Rameau, Mendelssohn et Mozart -, pour défendre leur premier opéra de Haendel en version scénique.

Jacquelyn Stucker (Ginevra) et Cecilia Molinari (Ariodante)

Jacquelyn Stucker (Ginevra) et Cecilia Molinari (Ariodante)

Dès l’ouverture, leur volontarisme fougueux fait sensation avec un mélange de sonorités anciennes et de gestes dramatiques enlevés, des lignes de courants acerbes qui créent une énergie théâtrale qui met d’emblée en tension, les instrumentistes étant formidables à admirer par leur sens de l’anticipation.

Inoubliables sont la noirceur enflée des vibrations des basses, les entrelacs bien timbrés des vents boisés, les striures fauves des cordes galbées dans une patine sonore volubile, le tout avec un sens du drame de la part de Raphaël Pichon qui soutient aussi très attentivement les chanteurs dans les moments les plus sombrement délicats. L’énergie orchestrale semble ainsi innerver les chanteurs et s’aligner sur leur sens de la nuance.

Cecilia Molinari (Ariodante)

Cecilia Molinari (Ariodante)

Pour ses débuts à Paris, Cecilia Molinari retrouve le personnage d’Ariodante qu’elle avait abordé pour la première fois à l’Opéra de Lisbonne en 2021 et défendu à nouveau lors du Festival de Martina Franca en 2024. Timbre pleurant et sombre dans le médium qui s’éclaircit de façon très intense afin de traduire des déchirures cruelles, elle met sa musicalité au service d’une expressivité très marquée que l’on ne soupçonne pas forcément au cours des tous premiers tableaux.

Cette progressivité dans le dramatisme est l’un des points forts de la représentation, surtout que la mezzo-soprano italienne fait preuve de brio dans les ornements et offre d’harmonieuses variations de couleurs.

Jacquelyn Stucker (Ginevra)

Jacquelyn Stucker (Ginevra)

Facilement reconnaissable, Jacquelyn Stucker est l’une des découvertes parisiennes sensationnelles de la saison 2022/2023, où elle avait beaucoup marqué les esprits dans le rôle de Lucia de Nobile de The Exterminating Angel’ de Thomas Adès. Son interprétation de Ginevra dépeint une femme de haut rang, très sûre d’elle, et qui va révéler sa sensibilité au fur et à mesure que le piège tendu par Polinesso se referme sur elle.

D’une tessiture sombrement ouatée et d’une finesse de voile qui participent à l’expression de sa délicatesse de sentiments, la souplesse de sa voix lui permet de se fondre avec justesse à la sensualité propre à la musique de Haendel. Cela renforce son allure de vestale, une vision de l’innocence qui touche irrésistiblement à l’idéal.

Christophe Dumaux (Polinesso)

Christophe Dumaux (Polinesso)

Quant au père de Ginevra, le Roi d’Ecosse, il est solidement caractérisé par la grandeur naturelle de Luca Tittorio, mais aussi par le grain de sa voix qui laisse toujours poindre une sensation d’humanité sous couvert d’une autorité statutaire.

En Polinesso, Christophe Dumaux poursuit sur sa lancée après sa brillante incarnation de Jules César au Festival de Salzbourg quelques semaines auparavant. Certes, le personnage pervers que Robert Carsen lui fait dessiner n’a pas la même complexité que celle travaillée par Dmitri Tcherniakov, mais le contre-ténor français fait à nouveau preuve d’une excellente agilité technique, une tonicité un peu âpre mais qui s’est assouplie et densifiée avec le temps, aux lignes très homogènes et aisément malléables, avec des variations de contrastes d’une grande vivacité.

Ru Charlesworth (Lurcanio) et Luca Tittoto (Le Roi d’Ecosse)

Ru Charlesworth (Lurcanio) et Luca Tittoto (Le Roi d’Ecosse)

Nous retrouvons également deux artistes qui avaient participé à la reprise d’’Alcina’ – toujours dans la production de Robert Carsen - sur cette même scène en décembre 2021, Ru Charlesworth, qui apporte une présence robuste et sensible à Lurcanio, son timbre dégageant une forte impression de maturité avec un grain qui s’approche de celui de Luca Tittorio, et Sabine Devieilhe qui joue à fond la carte de la jeune femme crédule et humaine dont l’extrême finesse des lignes vocales semblent comme prolonger sa ductilité corporelle. Son air de séduction de Polinesso, au second acte, est mené avec un sensualisme à la limite de la rendre complice.

Enfin, Enrico Casari rend à Odoardo une droiture et une épure vocale très dignes.

Sabine Devieilhe lors des saluts

Sabine Devieilhe lors des saluts

La forte interpénétration entre l’interprétation orchestrale, l’action théâtrale et l’incarnation vocale de chacun des solistes fait de ce spectacle un exemple de réussite amenée à réunir l’ensemble des spectateurs.

Sabine Devieilhe, Cecilia Molinari, Raphäel Pichon, Jacquelyn Stucker et Christophe Dumaux

Sabine Devieilhe, Cecilia Molinari, Raphäel Pichon, Jacquelyn Stucker et Christophe Dumaux

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