Histoire de l'Opéra, vie culturelle parisienne et ailleurs, et évènements astronomiques. Comptes rendus de spectacles de l'Opéra National de Paris, de théâtres parisiens (Châtelet, Champs Élysées, Odéon ...), des opéras en province (Rouen, Strasbourg, Lyon ...) et à l'étranger (Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Angleterre...).
Répétition générale du 13 novembre 2017 et représentation du 18 novembre 2017 Opéra Bastille
Alexandre Petrovitch Gorjantchikov Willard White Alieïa Eric Stokloßa Filka Morozov (Louka) Stefan Margita Le grand prisonnier Peter Straka Le petit prisonnier Vladimír Chmelo Le commandant Jiri Sulzenko Le vieux prisonnier Graham Clark Skuratov Ladislav Elgr Tchekounov Jan Galla Le prisonnier ivre Tomáš Krejčiřík Le cuisinier Martin Bárta Le pope Vadim Artamonov Le jeune prisonnier Olivier Dumait Une prostituée Susannah Haberfeld Dom Juan/ Brahmane Aleš Jenis Kedril Marián Pavlovič Chapkin Peter Hoare Chiskov Peter Mattei Tcherevine Andreas Conrad Peter Mattei (Chiskov)
Direction musicale Esa-Pekka Salonen Mise en scène Patrice Chéreau (2007) Collaboration artistique Thierry Thieû Niang Décors Richard Peduzzi Production des Wiener Festwochen, Vienne, coproduction Holland Festival Amsterdam, Festival d’Aix-en-Provence, Metropolitan Opera New York, et le Teatro alla Scala Milan
Monter De la Maison des morts dans la mise en scène de Patrice Chéreau, une production créée 10 ans auparavant au Theater an der Wien à l'initiative de Luc Bondy, est un pari risqué pour Stéphane Lissner, car les résurrections ne valent la peine que si elles préservent le travail du metteur en scène disparu, et si elles bénéficient d'une excellente interprétation musicale.
Pour preuve, le peu de soin avec lequel Nicolas Joel avait malencontreusement restauré Les Noces de Figaro de Giorgio Strehler en 2013.
Stefan Margita (Filka Morozov) et Eric Stokloßa (Alieïa)
Ce soir de première à l'Opéra National de Paris, les spectateurs ont pourtant bien assisté à un miracle, car non seulement l'âme de Patrice Chéreau s'est lue sur les visages, les expressions et les danses des artistes, mais encore mieux, le génie théâtral de la musique de Leoš Janáček s'est enflammé sous la direction d'Esa-Pekka Salonen tout en se liant avec une extraordinaire précision à une action scénique saisissante.
Les prisonniers
On connaît le goût du metteur en scène pour le monumental, la muraille de béton bleuté qui resserre et enserre le bagne où se déroule le drame est donc le premier contact avec son univers torturé des profondeurs humaines, et dépourvu de toute vue sur le fleuve ou la mer.
Mais l'on comprend surtout, au second acte, comment il a pu vraisemblablement reconnaître l'essence même de son métier de cœur à travers ce tableau qui comprend une mise en abyme du sordide par des prisonniers qui deviennent eux-mêmes à la fois acteurs et spectateurs de leurs propres pulsions en improvisant une pièce de théâtre aux pieds de quelques tréteaux.
Ladislav Elgr (Skuratov)
L'action des chanteurs est en effet intégralement définie et exprimée par la richesse des motifs musicaux jusque dans les gestes les plus vulgaires et triviaux. Le théâtre, reflet de l'âme et exutoire afin d'échapper à la folie, on ne pouvait mieux le représenter que dans une société vouée au désespoir.
Mais pour un instant, sous le faisceau ovale d'un projecteur de théâtre, Skuratov fait revivre en acteur principal les humiliations qui l'ont conduit au crime.
Stefan Margita (Filka Morozov)
Et ce désespoir est le plus signifiant quand Patrice Chéreau fait de l'aigle une maquette construite pour évoquer le désir de liberté tel que l'évoque Alieïa, au début du troisième acte, à propos de Jésus qui fit un oiseau d'argile avant qu'il ne s'envole.
Le rideau tombe alors sur ce second acte de la même façon que la chute spectaculaire d'immondices, qui s'effondrent à la fin du premier acte, arrive au point culminant d'une montée en tension dramatique, cristallisant ainsi sa force autour de l'apparition de prisonniers se présentant nus à la sortie de sombres douches communes.
Impossible de ne pas penser à l'histoire des camps concentrationnaires.
Eric Stokloßa (Alieïa) et Willard White (Gorjantchikov)
Quant aux portraits intimes, Patrice Chéreau réussit le plus magnifiquement possible celui de la construction de la relation paternelle entre Goriantchikov et Alieïa, dont la compassion du second pour la déchéance du premier évolue vers une tendre amitié scellée par l'adversité du milieu carcéral où plus rien n'est refoulé.
Peter Mattei (Chiskov)
Tous les chanteurs sont fantastiques d'engagements, que ce soit Stefan Margita, terrible Louka aux accents saillants et claquants, Ladislav Elgr, qui dépeint un Skouratov sensible, presque innocent, et d'une agilité scénique fougueuse et drôle, ou bien l'immense Peter Mattei dont la voix au charme de crooner semble trop belle, même dans les intonations les plus sévères, pour son grand monologue du dernier acte.
Touchant et d'une vérité poignante dans ses moments de faiblesse qu'il joue comme une bête blessée, Willard White transpire de son humanité au timbre sombre et voilé, et forme un duo magnifique avec le jeune Eric Stokloßa dont la voix exprime si bien l'urgence et la détresse.
Eric Stokloßa (Alieïa) et Willard White (Gorjantchikov)
Le chœur, dissimulé dans l'ombre de l'arrière scène, crée des atmosphères soupirantes aux couleurs âpres mais élégiaques, et l'envoutement de la direction d'Esa-Pekka Salonen, aussi virevoltante qu'elle peut être percutante, opère avec un réalisme prenant, tant la vivacité du discours qui raconte à lui seul une histoire en soi est restituée avec une exubérance qui n'oublie aucun pupitre, aucun effet, même le plus menaçant.
Traits de lumières et sinuosités s'hybrident ainsi dans une régénérescence perpétuelle dont la splendeur rehausse la déchéance visuelle qu'offre l'image de ce lieu de perdition humaine.
Graham Clark, Peter Mattei, Esa-Pekka Salonen, Stefan Margita, Susannah Haberfeld et Willard White (fin de répétition générale)
En ce jour de première, s'ouvre également au public l'exposition phare de l'hiver à la Bibliothèque-musée du Palais Garnier, Patrice Chéreau, mettre en scène l'opéra, qui permet à chacun d'appréhender les influences familiales, amicales et esthétiques qui ont fondé le théâtre de ce metteur en scène qui fut au centre du renouveau artistique du demi-siècle passé.
Et c'est jusqu'au 04 mars 2018.
Maquette de décor pour De la Maison des morts présentée à la Bibliothèque-musée de l'Opéra
L’Europe Galante (André Campra) Version de concert du 16 novembre 2017 Opéra Royal du Château de Versailles
Vénus, une Espagnole, Olimpia, Roxane Caroline Mutel Céphise, une Espagnole, une Femme du Bal, une Grâce Heather Newhouse La Discorde, Doris, une Femme du Bal, Zaïde Isabelle Druet Philène, Don Pedro, Octavio Anders J. Dahlin Silvandre, Dom Carlos, Zuliman Nicolas Courjal
Direction musicale Sébastien d’Hérin Les Nouveaux Caractères
Enregistrer en public L’Europe Galante d’André Campra, 320 ans après sa création au Théâtre du Palais Royal, qui était un bâtiment récupéré par Jean-Baptiste Lully dès l'année 1673, c’est revenir aux débuts de l’histoire de l’Académie Royale de Musique avant qu'elle ne devienne un Théâtre National un siècle plus tard, après la Révolution française.
Dans ce théâtre où joua Molière jusqu’à sa mort, furent en effet créées la plupart des œuvres de Lully, Alceste (1674), Persée (1682), Amadis (1684), Armide (1686) et, au XVIIIe siècle, les opéras de Jean-Philippe Rameau, Hippolyte et Aricie (1733), Les Indes Galantes (1735), Castor et Pollux (1737), Dardanus (1739) et Zoroastre (1749).
Entre ces deux compositeurs séparés d’un demi-siècle, André Campra représente une transition musicale, la prolongation d’un art vivant qui cherche de nouveaux développements.
Vue du feu qui détruisit la Salle de l'Opéra de Paris le 6 avril 1763 (Bibliothèque Nationale de France).
Ainsi, le charme de la musique de L'Europe Galante provient aussi bien des clichés européens et des réflexions subtiles de sa poésie sur le sentiment amoureux, que de son instrumentation continue qui, certes sans traits véritablement saillants, lie harmonieusement un ensemble orchestral principalement composé de cordes dont les vibrations enrichissent l’intégralité de la gamme chromatique de sonorités irrégulières et profondes, où se mêlent des instruments aussi fascinants que le théorbe ou l’archiluth.
Sur ce tissu pénétré d’une tonalité grave, les timbres des interprètes réunis ce soir déposent des paroles délicatement exprimées, joliment timbrées, que l’on écoute comme si elles participaient à une expérience de purification musicale qui viendrait contrebalancer le répertoire lourdement verdien joué dans la Capitale depuis près de deux mois.
Isabelle Druet, qui participait déjà à l’enregistrement de L’Europe Galante réalisé par William Christie en 2005, mais où elle jouait uniquement le rôle d’une Femme du Bal et de Zaïde, se révèle la plus expressive et la plus théâtrale de ces artistes, avec de très belles couleurs fauves accrocheuses.
Caroline Mutel, d’un aplomb dramatique certain, donne à ses incarnations de Vénus, Olimpia et Roxane une caractérisation intellectuelle semblant s’imprégner des atours froids d’Athéna, laissant le rôle le plus attendrissant à Heather Newhouse, Céphise et Grâce empathique et un rien malicieuse.
Et ce sont deux hommes bien différents qui les accompagnent, le haute-contre Anders J. Dahlin, d’origine suédoise avec un sens de la diction française impeccable et même, à certains moment, fortement appliqué, qui entretient une figuration sérieuse et purement classique, et, à ses côtés, la noirceur ample de Nicolas Courjal digne de rôles plus lourdement dramatiques.
Quant au chœur, composé d'une vingtaine de musiciens, des sopranos côté jardin aux barytons basses côté cour, il parfait la plénitude sereine et spirituelle qui parcourt ce concert de bout-en-bout.
Naturellement, Sébastien d’Hérin et Les Nouveaux Caractères n’en sont pas à leur premier enregistrement d’œuvres rares, ’Egine’ (2007, Versailles), ’les Surprises de l’amour’ (2013), ‘Scylla et Glaucus’ (2014, Versailles), The Fairy Queen (2016, Ambronay), et L’Europe Galante s’inscrit dans cette continuité artistique.
Ici, la fusion chaleureuse qui règne entre l'orchestre et le chef a plutôt tendance à immerger ce dernier dans une ivresse à laquelle il lâche facilement prise, mais du choix même de l’œuvre ressort une valeur universaliste fondamentale, lorsque l’on se remémore les extraits d’œuvres de compositeurs espagnols, italiens et sud-américains que l’Ensemble avait interprété au Théâtre des Gémeaux dans le spectacle de David Bobee, Dios Proveera.
Ainsi, dans ce même esprit, Sébastien d’Hérin,Caroline Mutel, Les Nouveaux Caractères et David Bobee se retrouveront en avril 2018 au Centre Dramatique National de Normandie-Rouen pour une nouvelle production du Stabat Mater de Pergolèse.
Le concert des étoiles – Hommage à Giuseppe Verdi Tournage du 01 novembre 2017 Théâtre des Champs-Elysées
Airs de Nabucco, Macbeth, Luisa Miller, Rigoletto, Il Trovatore, La Traviata, Les Vêpres siciliennes, La Forza del Destino, Don Carlo, Aida, Otello.
Ténors Enea Scala, Michael Spyres, Gaston Rivero Sopranos Jessica Pratt, Olga Peretyatko, Catherine Hunold Mezzo-Soprano Ekaterina Gubanova Barytons Ambrogio Maestri, Luca Salsi, Arthur Rucinski, Ludovic Tézier
Direction musicale Yvan Cassar Orchestre de chambre de Paris Chœur régional Vittoria d’Île de France Ensemble Fiat Cantus Ekaterina Gubanova
En septembre 2016 et juillet 2017, France 3 rediffusait en première partie de soirée le premier Concert des Étoiles dédié à Luciano Pavarotti et enregistré à la salle des Étoiles de Monaco avec l’orchestre de l’Opéra de Marseille.
A chaque fois, ce fut plus d’un million de téléspectateurs qui purent entendre les plus belles couleurs des grands chanteurs lyriques du moment magnifier des airs extraits, certes, de leur drame musical originel, mais suffisamment variés pour permettre à chaque auditeur d’en apprécier les différences.
Olga Peretyatko
Face à un tel succès, France Télévisions renouvelle en 2017 ce projet sous forme d’hommage à Giuseppe Verdi, le compositeur le plus joué dans le monde avec Wolfgang Amadé Mozart, et c’est le Théâtre des Champs-Élysées qui voit sa scène totalement repensée pour cet évènement.
Assister au tournage de cette émission est donc l’occasion de voir de près comment un programme audiovisuel vient rencontrer un lieu habituellement voué à la spontanéité de l’art du chant et de la danse, et d’apprécier l’ambiance parmi un public diversifié où les amateurs passionnés d'opéra ne représentent qu'une partie minoritaire des spectateurs.
Cette ambiance, moins hystérique qu'aux récitals habituels du Théâtre des Champs-Elysées et moins critique sur les points de détails des interprétations, affiche également un visage plus jeune, et la sérénité d’écoute ainsi retrouvée donne l'impression d'assister bien sagement à un impressionnant défilé de chanteurs venant humblement interpréter chacun de leurs airs avant de repartir presque comme si de rien n'était. Et c’est particulièrement plaisant à voir et entendre.
Michael Spyres
Par ailleurs, le visage du théâtre est totalement modifié, car de nombreux sièges sont temporairement déplacés afin de permettre l’installation d’une avant-scène au milieu de la salle, dont le sol laqué reluit sous les faisceaux lumineux multicolores qui la traversent de part en part en éblouissant parfois le public.
L’orchestre, situé en arrière des chanteurs, est également surmonté d’un affichage vidéo qui reflète par moment la salle du théâtre stylisée, et dont le rouge flamboyant permettra à Michel Franck, le directeur, de profiter de la diffusion télévisuelle pour donner une belle image de son établissement.
Et parmi les airs entendus ce soir, tous composés par Giuseppe Verdi (1813-1901) dans la seconde partie de sa carrière, depuis Luisa Miller (1849) à Otello (1887), si l’on excepte l’un des airs de Macbeth (Oh Tutti sorgete) et le Chœur des esclaves de Nabucco, même l’amateur le plus passionné peut y faire des redécouvertes.
Ainsi, la surprise provient de l’enjôleuse souplesse de chant de Michael Spyres – ‘Questo quella’,‘Je veux entendre ta voix’, ‘Quando le sere al placido’ -, claire et si douce et d'une telle éloquence dans le répertoire français. Ce que l’on entend ce soir correspond, personnellement, à un idéal de chant absolument sublime.
Catherine Hunold
Quant à la Lady Macbeth de Catherine Hunold, avec un sens de l'incarnation sans aucun geste inutile et des couleurs qui s'accordent très bien avec le caractère de la Lady, que n’aurait-on pas aimé l’entendre lors de la version de concert de Macbeth jouée au Théâtre des Champs-Élysées le 24 octobre dernier.
Autre portrait totalement vivant, la Traviata d’Olga Peretyatko, belcantiste qui aime aborder des personnages dramatiques, débute par une approche plutôt légère qui, par la suite, renforce son emprise sur l’auditeur par un art du chant introspectif profondément prégnant qui l’entraîne entièrement dans un univers d’une délicatesse extrême.
Gaston Rivero, Ekaterina Gubanova, Ludovic Tézier
Et pour ceux qui suivent les représentations historiques de Don Carlos qui se jouent au même moment à l’opéra Bastille, retrouver Ludovic Tézier et Ekaterina Gubanova interpréter Rodrigue et la Princesse Eboli en italien, avant de les réentendre en français au mois de novembre, est un instant où les émotions du moment se mélangent avec un sentiment de nostalgie déjà naissant.
A nouveau merci à l’équipe de Forum Opera pour l’invitation à cet enregistrement qui sera complété par un montage d’images d’archives lors de la diffusion prévue dans les prochains mois.
Dimanche 05 novembre 2017 sur France 3 à 00h30 Patricia Petibon - Récital de mélodies françaises
Dimanche 05 novembre 2017 sur Arte à 17h45 Stabat Mater (Dvorak) - dm Villaume Opolais, Kurucova, Samek, Pape
Dimanche 05 novembre 2017 sur Arte à 23h50 Dans l'ombre de la Révolution d'octobre Doucmentaire sur comment la révolution influença les compositeurs russes
Lundi 06 novembre2017 sur Arte à 00h45 Concerto n°3 (Rachmaninov) - Denis Matsuev (piano) - dm Krivine
Vendredi 10 novembre 2017 sur France 2 à 00h00 Te Deum (Berlioz) - Choeur et Orchestre de Paris - Bertrand de Billy
Dimanche 12 novembre 2017 sur France 3 à 00h30 L'Etoile (Chabrier) - ms Pelly - dm Fournillier D'Oustrac, Mortagne, Guilmette, Varnier, Madore
Dimanche 12 novembre 2017 sur Arte à 17h40 Chostakovitch : Concerto n°1 - Phil. de Bruxelles -dm Denève Concours Reine Elisabeth 2017 Victor Julien-Laferrière (violoncelle)
Lundi 13 novembre 2017 sur Arte à 00h05 Concours de chefs d'orchestre : dans le secret des épreuves
Lundi 13 novembre 2017 sur Arte à 01h00 L'Oiseau de feu (Stravinsky) - dm Rattle
Vendredi 17 novembre 2017 sur France 2 à 00h00 Juditha Triumphas (Vivaldi) - ms Barbalich - dm De Marchi Custer, Gardina, Iervolino, Semenzato, Ascioti
Dimanche 19 novembre 2017 sur Arte à 18h30 Schumann, Tchaïkovski, Brahms - Yoyo Ma - dm Nézet-Séguin
Dimanche 19 novembre 2017 sur Arte à 23h30 Chef d'orchestre : Christoph Eschenbach - documentaire
Vendredi 24 novembre 2017 sur France 2 à 0h00 Tannhäuser (Wagner) - ms Waltz - dm Barenboim Mattei, Seiffert, Schabel, Sacher
Dimanche 26 novembre 2017 sur France 3 à 00h30 Le Barbier de séville (Rossini) - Opéra de Paris - ms Michieletto - dm Montanaro Barbera, Lepore, Deshayes, jenis, Anastassov
Dimanche 26 novembre 2017 sur Arte à 17h00 Mstislav Rostropovitch, l'archet indomptable - documentaire
Dimanche 26 novembre 2017 sur Arte à 18h20 Rostropovitch, un concert idéal - documentaire
Lundi 27novembre 2017 sur Arte à 00h55 Verdi, Puccini, Bizet, Saint-Saëns et Bellini - Opéra de Paris Radvanovsky, Rachvelishvili, Antonenko - dm Jordan
Mezzo et Mezzo HD
Mercredi 01 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 Juditha Triumphans de Vivaldi à La Fenice de Venise
Vendredi 03 novembre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Le Barbier de Séville de Rossini au Festival de Glyndebourne
Samedi 04 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 Daniel Barenboim dirige Tannhäuser de Wagner au Staatsoper de Berlin
Dimanche 05 novembre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Valery Gergiev dirige Guerre et Paix de Prokofiev au Mariinsky de Saint-Pétersbourg
Mercredi 08 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 Daniel Barenboim dirige la Fiancée du Tsar au Staatsoper Berlin
Jeudi 09 novembre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Valery Gergiev dirige La Dame de pique de Tchaïkovski
Samedi 11 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 Daniel Barenboim dirige Parsifal de Richard Wagner au Staatsoper de Berlin
Dimanche 12 novembre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Valery Gergiev dirige Samson et Dalila de Saint-Saëns
Lundi 13 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 La Traviata de Verdi au Château de Fontainebleau
Vendredi 17 novembre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Valery Gergiev dirige Eugène Onéguine de Tchaïkovski au Mariinsky
Samedi 18 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 Idomeneo de Mozart au Theater An Der Wien
Dimanche 19 novembre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Valery Gergiev dirige Guerre et Paix de Prokofiev au Mariinsky de Saint-Pétersbourg
Mercredi 22 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 La Femme sans ombre de Richard Strauss au Bayerische Staatsoper
Vendredi 24 novembre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Valery Gergiev dirige La Dame de pique de Tchaïkovski
Samedi 25 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 L'Orfeo de Luigi Rossi dirigé par Raphaël Pichon
Dimanche 26 novembre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Valery Gergiev dirige Guerre et Paix de Prokofiev au Mariinsky de Saint-Pétersbourg
Mercredi 29 novembre 2017 sur Mezzo à 20h30 La Wally de Catalani au Grand-Théâtre de Genève
Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)
Richard Strauss & Piotr Ilitch Tchaïkovski Concert du 27 octobre 2017 Philharmonie de Paris - Grande salle
Richard Strauss Don Quichotte Piotr Ilitch TchaïkovskiSymphonie n°5
Alto Miriam Manasherov Violoncelle Kian Soltani Direction musicale Daniel Barenboim West-Eastern Divan Orchestra
Kian Soltani (Violoncelle)
Après un parcours l'ayant conduit ces derniers mois de l'Allemagne et la Scandinavie à l'Argentine natale de Daniel Barenboim, le West-Eastern Divan Orchestra fait un passage à la Philharmonie de Paris pour présenter deux œuvres, l'une idéaliste et chevaleresque, l'autre mélancolique et progressant vers l'espérance.
Kian Soltani (Violoncelle) et Daniel Barenboim
Le Don Quichotte, dirigé sous une forme de plénitude contrôlée qui fluidifie dans une totale transparence ce poème symphonique sans la moindre âpreté, prend l'allure d'une traversée vaillante, le violoncelliste Kian Soltani se tenant fièrement menton levé face aux balcons de la salle, suivi par l'ensemble des musiciens, comme s'il s'agissait de conquérir le public en lui offrant l'image d'une communauté humaine enfin réunie.
Daniel Barenboim ne déclenche pas de tornade ni ne provoque les grincements des cordes et des cuivres, mais place à son avantage le jeune instrumentiste dans sa démonstration virtuose un rien facétieuse.
Le West-Eastern Divan Orchestra
Mais soudainement, la seconde partie du concert prend le total contre-pied de la première partie jouée en introduction, car c'est dorénavant l'orchestre qui mène la danse par une interprétation dithyrambique où le chef d'orchestre ne semble plus qu'être le stabilisateur d'une énergie véloce chevillée au corps, cordes obsessives et emportées dans une houle vrillée, éclat magnifique des cuivres - et quel parement solaire et éblouissant du cor doré !-, une cinquième symphonie de Tchaïkovski qui a toutes les couleurs des inquiétudes de la jeunesse virant à la joie exaltée.
C'est véritablement à la Philharmonie que l'on peut enfin entendre des ouvrages dont l’exécution résiste à la puissance phénoménale du Don Carlosdirigé par Philippe Jordan à l'Opéra Bastille, surtout quand il s'agit de s'abandonner à un orchestre qui symbolise si brillamment l'utopique réunification des peuples du Moyen-Orient.
Don Carlos (Giuseppe Verdi) Version des répétitions parisiennes de 1866 Répétitions du 04 et 07 octobre 2017 Représentations du 13, 16, 19, 22, 28 octobre et du 05, 11 novembre 2017
Philippe II Ildar Abdrazakov Don Carlos Jonas Kaufmann / Pavel Černoch Rodrigue Ludovic Tézier Le Grand Inquisiteur Dmitry Belosselskiy Élisabeth de Valois Sonya Yoncheva / Hibla Gerzmava La Princesse Eboli Elīna Garanča / Ekaterina Gubanova Thibault Eve-Maud Hubeaux Une voix d'en haut Silga Tīruma Le Comte de Lerme Julien Dran Le Moine Krzysztof Bączyk
Direction musicale Philippe Jordan Mise en scène Krzysztof Warlikowski Décors Małgorzata Szczęśniak Ildar Abdrazakov (Philippe II) Nouvelle production (2017)
Le 11 mars 1867, salle Le Peletier à Paris, Giuseppe Verdi offrit pour la seconde fois au public parisien un Grand Opéra à l’occasion d’une Exposition universelle – il avait précédemment composé Les Vêpres Siciliennes pour l’Exposition de 1855. Il prit pour cadre historique le règne de Philippe II, au moment où la Paix signée avec l’Espagne en 1559 mit fin au rêve italien de la France d’Henri II.
Giuseppe Verdi travailla sur Don Carlos à partir d'un scénario qu'il reçut en juillet 1865, et composa la musique entre 1865 et 1867 sur la base d'un livret français de Joseph Méry et Camille du Locle dérivé d'une pièce de Friedrich von Schiller.
Impressionnant mais cher à produire, Don Carlos fut joué à l'Opéra tout le long de l'année 1867 - 43 fois exactement -, avant de disparaître totalement et ne revenir qu'en 1963 au Palais Garnier. En un demi siècle, il a dorénavant rejoint le groupe des 15 œuvres les plus jouées à l'Opéra de Paris que ce soit en version quatre ou cinq actes.
Jonas Kaufmann (Don Carlos)
Afin de célébrer les 150 ans de la création de cette œuvre monumentale (3h45 hors entractes), l’Opéra national de Paris a choisi de la faire revivre sur la scène Bastille non pas dans la version représentée le 11 mars 1867, qui comprenait pas moins de huit coupures afin d’insérer le ballet ‘La Pérégrina’, mais dans la version intégrale des répétitions de 1866.
Cette version, la plus complète sur le plan dramaturgique, comprend notamment la rencontre d’Elisabeth et des bûcherons dans la forêt de Fontainebleau, l’air de Rodrigue ‘J’étais en Flandres’, les deux échanges entre Elisabeth et Eboli à propos de la liaison de cette dernière avec le Roi, la déploration de Philippe à la mort de Rodrigue et la scène d’émeute où Eboli avoue son rôle décisif dans la rébellion.
L’échange des costumes entre la Reine et la Princesse au début de l’acte III, maintenu en 1867, est donc présent dans cette version.
Ludovic Tézier (Rodrigue) et Elīna Garanča (Eboli)
Et, contrairement à ce qu’avait réalisé Antonio Pappano au Théâtre du Châtelet en 1996, sous la direction de Stéphane Lissner, aucun élément de la version quatre actes révisée par Giuseppe Verdi pour Milan en 1884 n’est incorporé à la structure musicale.
Toutefois, la saison prochaine, l'Opéra National de Paris reprendra cette production dans la version dite de Modène (1886), c'est à dire avec l'intégralité de la partition révisée par Verdi à partir de 1882, incluant l'acte de Fontainebleau, chantée en italien.
Jonas Kaufmann (Don Carlos) et Sonya Yoncheva (Elisabeth)
Pour représenter scéniquement cette rare version parisienne de Don Carlos - il n’en existe à ce jour qu’un seul enregistrement discographique réalisé à Londres par John Matheson en 1976 -, le metteur en scène Krzysztof Warlikowski et sa fidèle décoratrice Małgorzata Szczęśniak ont recréé un immense espace, quasiment vide, dont le sol et les parois sont recouverts d’un bois noble et marqueté, évocation d’un environnement luxueux et froid par son total dépouillement.
Dès le début du premier acte, le drame est joué. Don Carlos n’est plus qu’un être dépressif et suicidaire qui se remémore le peuple déplorant les ravages de la guerre puis la rencontre avec Elisabeth préparée à un mariage qu’elle pense heureux. Un magnifique cheval blanc laqué, qui trône au centre de la scène, semble symboliser le bel élan de pureté et la fougue de la jeunesse qui seront glacés nets par les décisions de l’Histoire - à moins qu'il ne s'agisse d'un symbole cinématographique qui obsède le metteur en scène.
Sur ce rêve de bonheur brisé, une vidéographie, le filtre d’un papier froissé et troué de noir, suggère poétiquement, en se superposant à la scène entière, les effets destructeurs du temps sur la mémoire du héros.
Elle aide aussi le spectateur à dissocier les deux niveaux temporels liés au même personnage – le présent et le souvenir -, car Warlikowski est coutumier des recoupements entre espaces temps originellement bien distincts.
On retrouvera ces images vieillies, au dernier acte, pour marquer la fin de l’histoire et constater sa conclusion désastreuse, comme si ce Don Carlos était raconté à la manière des Contes d’Hoffmann.
Le visage du malheureux, un révolver sur la tempe, recouvre en noir-et-blanc toute l’arrière scène.
Jonas Kaufmann (Don Carlos)
Le deuxième acte, au couvent de Saint-Just, se situe dans le même décor sombre, à peine une pièce recouverte de mosaïques mauresques ciselées de lumière pénètre la pièce de son rouge sang. La voix du moine s’en élève, et un homme courbé, émanation de la vieillesse, avance à l’invocation de l’Empereur Charles-Quint.
Les retrouvailles entre Carlos et Rodrigue sont passionnantes à observer par le sens des gestes de reconnaissance, de rejet et d’introversion qui s’expriment entre eux deux. Leur relation est complexe, recèle des zones d’ombres et d’incompréhension sous lesquelles les sentiments d’affection ne transparaissent pas immédiatement.
Il faut attendre le deuxième tableau pour assister à un changement radical de décor avec l’apparition d’une salle d’escrime qui tient lieu de site riant. Deux escrimeuses professionnelles s’affrontent, et, dans l’humeur sympathique de l’instant, apparaît Eboli, la seule escrimeuse vêtue de noir, ce qui traduit en toute évidence l’agressivité de son caractère, et une certaine ambiguïté sexuelle.
Ludovic Tézier (Rodrigue) et Ildar Abdrazakov (Philippe II)
Un geste de Rodrigue à son égard pour lui offrir du feu, un bravo sincère d’Elisabeth à la fin de sa chanson du voile – devenu un masque de combat -, et la rencontre entre la Reine et Don Carlos peut se dérouler avec toutes les contradictions possibles, ce dernier étant nettement placé en situation d’infériorité par rapport à Elisabeth qui domine la situation nouvellement imposée par son mariage avec Philippe.
Attachements et mises en garde se succèdent, ce qui rend cette scène profondément touchante, en contraste total avec le duo suivant entre le Roi et Rodrigue empreint d’un rationalisme sans versant tranchant. Mais il est vrai que Verdi révisa considérablement ce tableau pour la version de Milan afin de lui donner une plus grande expressivité musicale.
Le visage d’un ogre, extrait d’un film inconnu, est alors projeté sur le final de cet ensemble.
Au troisième acte, on retrouve le grand espace sombre et désolé du premier acte où seul un miroir de loge de théâtre sert de décorum à l’échange de vêtements entre la Reine et Eboli, tandis que le chœur résonne en coulisse. Ce chœur n’est cependant pas repris avant l’arrivée de Carlos – la seule coupure opérée en 1867 et non rétablie ici –, et seul un silence l’accueille.
Hibla Gerzmava (Elisabeth) et Jonas Kaufmann (Don Carlos)
Après la méprise et le règlement de compte auquel se joint Rodrigue, vient la grande scène d’autodafé qui pourrait apparaître comme une revanche de Krzysztof Warlikowski sur son Parsifaldétruit par la précédente direction de l’Opéra.
A nouveau, un amphithéâtre se découvre en arrière scène, et avance vers le devant tout en découvrant les clans sociaux qui le composent, militaires, ecclésiastiques et personnages de cour richement habillés et colorés. On croirait assister à une reprise de la scène du Graal, où la couronne minutieusement brodée pour le Roi devient un symbole dérisoire de la toute-puissance.
Ce Roi, par ailleurs, ne tient debout que par les verres de vin qui lui sont servis de toute part. C’est tout le paradoxe de cette scène, qui a l’apparence du faste mais le raille abondamment. La Reine, elle, se tient dignement au côté de cette image déplorable du pouvoir.
Quant à Carlos, portant au bras la croix de Bourgogne, il ne fait pas longtemps illusion.
Elīna Garanča (Eboli)
Le quatrième acte continue de resserrer le champ visuel en concentrant l’attention sur une chambre Art-déco fortement éclairée, au cœur de laquelle le Roi se lamente, alors qu’Eboli git endormie sur un luxueux divan noir.
C’est une des idées les plus déstabilisantes du metteur en scène, car en affichant ouvertement la liaison évoquée plus loin par Eboli, il devient difficile à l’auditeur de compatir totalement pour Philippe II comme il l’aurait fait s’il avait été représenté seul à une table désolée.
L’inquisiteur apparaît ensuite sous l'apparence d’un mafieux aux lunettes noires, physiquement massif, sans le moindre signe ostensiblement religieux. Toute la force de cette scène repose sur l’engagement inconditionnel des deux protagonistes.
Jonas Kaufmann (Don Carlos)
Grande intensité également dans le tableau qui suit entre Le Roi et Elisabeth, puis la Reine et Eboli qui, pour cette dernière, bénéficie de la version parisienne qui lui lègue un passage d’une noirceur absolument fascinante, d’autant plus que Philippe Jordan accentue superbement la théâtralité de cette confrontation glaçante.
La scène de la prison, enchainée en toute fluidité, est un modèle de sobriété et de dénuement, et la scène de déploration de la mort de Rodrigue voit soudainement Carlos se révolter à la face de son père par des gestes menaçants qui résonnent comme un dernier souffle lâché avec une vitalité sans aucune espérance.
Mais nul ne peut oublier l’intemporalité magnifique du dernier acte, où l’on voit Elisabeth avancer seule vers le centre de l’immense salle boisée et dorée par les splendides lumières du couchant, et y interpréter ‘Toi qui sut le néant des grandeurs de ce monde’, dans un vide sidéral totalement bouleversant.
Hibla Gerzmava (Elisabeth) et Ildar Abdrazakov (Philippe II)
Les images reprennent leurs teintes usées, le duo avec Carlos est chanté avec une résignation absolue, devant un signe religieux posé simplement sur la table, qui nous rappelle que nous ne pouvons jamais entièrement échapper à notre destinée chrétienne profondément ancrée en nos racines.
Krzysztof Warlikowski s’est véritablement montré à la hauteur de la tâche qui lui a été confiée, et s’est concentré sur le sens des expressions psychologiques au creux d’un décor réellement monumental par sa beauté inerte.
Hibla Gerzmava (Elisabeth) et Ildar Abdrazakov (Philippe II)
L’expression poétique et l’impertinence cohabitent toujours aussi fortement dans son travail, le pessimisme tout autant, et, s’il se départit de la tentation de créer plusieurs plans secondaires qui risqueraient de distraire l’auditeur, il ne cède rien à son goût du détail et à son talent pour introduire la présence discrète et signifiante d’observateurs muets, telle cette servante noire aux cheveux dorés qui interagit en silence dans quasiment tous les tableaux.
On peut aussi remarquer que, contrairement à Iphigénie en Tauride, son premier opéra monté au Palais Garnier en 2006, Warlikowski se montre moins psychanalyste et beaucoup plus lisible.
Dans un tel cadre, les artistes disposent donc d’un espace qui leur permet d’incarner leurs personnages avec une vérité suffisamment sensible pour être captée par les spectateurs.
Lors des dernières répétitions, c’est la soprano russe d’origine Abkhaze Hibla Gerzmana qui interprète Elisabeth avant de retrouver le rôle en novembre sur la scène Bastille. Sa voix, absolument somptueuse, regorge de volupté et de noblesse dans la douleur, et semble chanter à chaque instant un amour profondément chaleureux pour la langue française.
Parfaite dans chaque expression dramatique, humaine et juste, y compris dans les élans de colère, la façon dont elle exprime dans une atmosphère crépusculaire, au dernier acte, tout son désespoir, seule face au public, est d’une beauté émotionnelle à en faire trembler les âmes les plus aguerries.
C’est toute la quintessence de l’Art lyrique qui se retrouve dans cette merveilleuse artiste au timbre précieusement teinté de pourpre et d'ébène.
Sonya Yoncheva (Elisabeth)
Sonya Yoncheva, présente dès la première représentation, se distingue d'Hibla Gerzmava par un timbre plus clair qui doit son expressivité aux vibrations qui commencent à rappeler celles très particulières de Sondra Radvanovsky, une soprano américaine que l'on revoit régulièrement à Paris. Son rayonnement magnifique au dernier acte et ses accents morbides s’accompagnent aussi d'une forme de détachement apparent.
Le duo du second acte avec Jonas Kaufmann, enlevé par le panache orchestral de Philippe Jordan, montre la force de son caractère passionné, mais elle cultive nettement moins la dimension aristocratique du personnage d'Elisabeth et sa capacité à tenir face aux à-coups du sort, comme le montre si bien Hibla Gerzmana d'une sensibilité plus spirituelle.
Ildar Abdrazakov (Philippe II)
Jonas Kaufmann, dans un rôle qu’il s’est approprié depuis 10 ans sur les scènes de Zurich, Munich, Londres et Salzbourg, uniquement dans la traduction italienne, se confronte lui aussi pour la première fois à l’original en français.
Il joue abondamment des effets de sons baillés qui lui donnent un naturel caressant, révélant ainsi son charme enjôleur, maintient une homogénéité musicale inégalable même dans les aigus épiques les plus virulents, et dépeint Don Carlos comme un être tellement déstabilisé dans ses sentiments qu’il a tendance à surjouer ses angoisses existentielles dans une frénésie insensée.
Pavel Černoch (Don Carlos) et Ludovic Tézier (Rodrigue)
En revanche, pour les représentations de novembre, Pavel Černoch construit un portrait plus torturé et romantique, au sens le plus noir du terme, pour traduire le désespoir d’un paradis perdu totalement volatilisé. L’harmonie, la solidité de timbre et la fluidité porteuse du chant de Jonas Kaufmann étant à peu près insurpassables, le ténor tchèque mise sur l’impact d’un médium franc aux accents slaves, une belle endurance qui s’accommode d’aigus fortement voilés et que peu de chanteurs au monde sauraient soutenir tout en exprimant un caractère immature et attachant.
Ce n'est pas sa première rencontre avec le rôle de Don Carlos, puisqu'il l'a déjà chanté à Hambourg en 2015 dans la production de Peter Konwitschny, mais ce chanteur atteint en seulement quatre représentations un niveau d'engagement totale et réussit à affiner ses solides qualités vocales pour leur donner des couleurs accrocheuses avec une générosité formidable.
Hibla Gerzmava (Elisabeth)
Spectaculaire est le mot qui convient pour décrire l’extraordinaire appropriation du rôle de la Princesse Eboli par Elīna Garanča. Excellemment dirigée et crédible de bout en bout, masculine par son volontarisme assumé et superbement féminine dans la grande scène d’explication avec le Roi et la Reine, elle donne véritablement le sentiment que même Maria Callas n’aurait pu dépeindre un tempérament aussi expressif avec tant de couleurs saisissantes.
Parfaitement à l’aise dans les variations moirées de la chanson du voile, qu'elle nuance à sa manière, et dans l’intensité écorchée de ‘Oh ! Don fatale’ qui frise avec l’expressionnisme vériste, la version parisienne de 1866 lui offre trois passages coupés à la création, dont le sinueux et inquiétant instant de vérité avec la Reine et la déclamation orgueilleuse de la révolte qu’elle a engendré. Sa présence n’en est que plus renforcée.
Elīna Garanča (Eboli)
Après le passage d’un tel volcan félinisé, Ekaterina Gubanova a pourtant l’audace de reprendre un tel rôle au cours des dernières représentations de novembre.
Ses atouts reposent sur une interprétation reptilienne et agressive qui trouve, certes, ses limites dans le port souple de la chanson du voile, mais qui préserve la beauté sculptée d'un chant nuancé et noir au quatrième acte, perçant de douleur débordante, avec un sens de l’articulation qui n’est pas sans rappeler celui de Waltraud Meier lorsqu’elle incarna la princesse en 1996 au Théâtre du Châtelet sous la direction d'Antonio Pappano.
Ludovic Tézier (Rodrigue) et Ekaterina Gubanova (Eboli)
Ildar Abdrazakov, encore très jeune, n’a que la quarantaine, l’âge auquel Ferrucio Furlanetto commençait à se mesurer au rôle de Philippe II, ce qui lui permet de chanter le rôle avec un sens du phrasé et une qualité de timbre qui patine d’un splendide brillant ses noirceurs autoritaires.
Émouvant dans la solitude de sa chambre, malgré la présence d’Eboli qui altère la réception sincère des sentiments qu’il exprime, la confrontation avec la magistrale stature de l’inquisiteur imposée par Dmitry Belosselskiy montre alors son talent à varier avec subtilité les couleurs de sa voix tout le long de ses tressaillements émotionnels.
Pour autant, ces représentations de Don Carlos devraient couronner Ludovic Tézier comme un interprète absolu des caractères verdiens, lui qui est dorénavant situé au summum de sa réalisation artistique. Rarement aura-t-on entendu un tel mordant, une franchise psychologique haut-en couleur qui va réjouir une de ses fans absolue, passionnée reconnue du milieu lyrique, madame Roselyne Bachelot.
Hibla Gerzmava (Elisabeth)
D’autant plus que sous la direction de Krzysztof Warlikowski, il gagne en consistance car sa gestuelle a un sens scénique qui dépasse les simples réflexes conventionnels du genre opératique, ce qui aboutit à une figure du marquis de Posa pétrie de sens moral, plutôt que portée sur les effusions sentimentales.
Et parmi les seconds rôles, l’attention se pose sur le héraut assuré d’Eve-Maud Hubeaux et ses vibrantes couleurs de timbre, car c’est elle qui incarnera Eboli, cette saison, sur la scène plus modeste de l’Opéra de Lyon, également dans la version originale parisienne.
Enfin, Silga Tīruma, la voix d’en haut, et son accompagnement mélodique s’immiscent depuis les galeries supérieures de la salle, et font naturellement un bel effet au moment de conclure le troisième acte.
Jonas Kaufmann (Don Carlos)
Mais la pièce maîtresse fondamentale de cette grande réussite théâtrale et musicale demeure l’orchestre de l’Opéra national de Paris littéralement galvanisé par la direction acérée de Philippe Jordan. Et quand on connait l’appétence de ce dernier pour l’univers de Richard Wagner, on remarque pourtant qu’aucune évocation, ne serait-ce dissimulée, du wagnérisme tant reproché à Verdi ne transparaît dans sa lecture traversée de clairs obscurs, et dont les respirations nostalgiques approchent surtout l’univers de Modest Moussorgsky.
Magnifique travail sur les variations de textures et de couleurs entrelacées, effets glaçants des cordes, furie des vents, fulgurances étincelantes et impériales des cuivres, noirceurs sous-jacentes et sinueuses, finesse ornementale des voiles qui s’évanouissent lascivement, Jordan ne cède cependant rien à une théâtralité parfois écrasante dans la scène de l’autodafé.
Dmitry Belosselskiy (Le Grand Inquisiteur)
Plus loin, à l’arrivée d’Elisabeth dans la chambre de Philippe, l’urgence se double d’étonnants et splendides raccords orchestraux jamais entendus et dont l’origine reste mystérieuse.
Le chœur, d’emblée élégiaque dans le premier tableau de Fontainebleau, fait preuve aussi d’une imparable cohésion dans les scènes les plus spectaculaires, sans rien lâcher à la puissance de leurs décibels.
C’est donc un Verdi grandement modernisé et excellemment défendu qui se joue à l’opéra Bastille, sans avoir recours, pourtant, à la partition révisée que le compositeur reprit 15 ans plus tard.
Philippe Jordan et Krzysztof Warlikowski
Représentation du lundi 16 octobre 2017
Cette soirée est à marquer d'une croix blanche. Tous, absolument tous, sont fantastiques, Philippe Jordan impérial et racé, Sonya Yoncheva plus pure de timbre - et quel magnifique dernier acte -, il paraît véritablement difficile d'imaginer qu'il soit possible de faire mieux.
On se rend compte également que la sobriété de Krzysztof Warlikowski permet à la fois de développer le jeu de chaque chanteur tout en ménageant des temps qui leur laissent une zone de confort afin de développer les plus belles lignes mélodiques.
Et l'austérité du décor, inspirée de celle du monastère de l'Escurial, n'en est pas moins le théâtre d'ombres et de lumières ciselées et fascinantes.
Ludovic Tézier, Elīna Garanča, Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva, Ildar Abdrazakov - lundi 16 octobre
Krzysztof Warlikowski : Commandeur des Arts et des Lettres Discours à l’occasion de la remise des insignes de Commandeur des Arts et des Lettres
Lundi 18 mars 2013, lors d’une réception organisée en son honneur à la Résidence de France à Varsovie, le metteur en scène de théâtre et d'opéra Krzysztof Warlikowski a reçu, de la part de l’Ambassadeur de France, les insignes de Commandeurs des Arts et des Lettres.
Né à Szczecin, c’est en Pologne que Krzysztof Warlikowski a initié un parcours artistique qui s'est prolongé à travers toute l’Europe, jusqu’en Israël. Il appartient à une génération d'artistes issue de l’Europe de l’Est, qui s’est ouverte au monde après la chute du mur de Berlin afin d’irriguer l'ancienne culture académique occidentale d’une nouvelle forme d’expression humaine plus proche du cœur viscéral de la vie.
Et c'est en France, par le biais du Festival d’Avignon, qu’il s’est fait connaitre en 2001 avec Hamlet, puis avec ses autres pièces, Purifiés (Sarah Kane), Le Songe d’une nuit d’été (Shakespeare), le Dibbouk (Shalom Anski et Hanna Krall), Krum (Hanokh Levin) et Angels in America (Tony Kushner).
Ewa Dalkowska et Krzysztof Warlikowski (La Fin - 2011)
Krzysztof Warlikowski est non seulement un artiste qui porte un regard profond sur les textes, y compris ceux des livrets d’opéras, qu’il met en scène, mais est également une personnalité entière et géniale qui réalise un travail de stylisation et d’expression lucide sur la condition humaine, dont il tire une force extraordinaire à partir de ses propres tensions internes. Il est également quelqu'un qui, par la vitalité de son discours, nous permet de sortir des rapports humains artificiels que nous connaissons dans la vie, alors que nous vivons son monde dans l'illusion du théâtre. C’est du moins la vision personnelle que j’ai de cet homme.
Et depuis le jeudi 14 avril 2016, sa troupe, le Nowy Teatr, dispose d'un nouveau lieu d'accueil installé dans un ancien bâtiment industriel construit en 1927, dans l'un des rares quartiers de Varsovie épargné par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, le quartier de Mokotow.
Par ailleurs, sur recommandation de Gianni Forte et Stefano Ricci, nouveaux directeurs du département de théâtre de la Biennale de Venise, Krzysztof Warlikowski a reçu le "Lion d'Or pour l’œuvre de toute une vie" lors du 49e Festival de Théâtre International organisé du 02 au 11 juillet 2021.
Tomasz Tyndyk (Angels in America - 2008)
Avant de reproduire, ci-dessous, le discours de l’Ambassadeur, il est opportun de rappeler tous les ouvrages qu’il a représenté sur scène depuis 2006, année où Gerard Mortier, ancien directeur de l’Opéra National de Paris, le fit découvrir au public parisien, ce qui permet de prendre la pleine mesure de ce qu’il a réalisé ces douze dernières années, même si son travail artistique s'exprime depuis plus de vingt ans. Sont ensuite évoqués les projets à venir.
Iphigénie en Tauride(Christoph Willibald Gluck) Palais Garnier (Paris) Juin 2006 & Juin 2008 L'Affaire Makropoulos(Leos Janacek) Opéra Bastille (Paris) Mai 2007 & Mai 2009 Krum(Hanokh Levin)Odéon Théâtre de L'Europe (Paris) Décembre 2007 Parsifal* (Richard Wagner) Opéra Bastille (Paris) Mars 2008 Angels in America(Tony Kushner) Théâtre du Rond Point (Paris) Mai 2008 Le Roi Roger(Karol Szymanowski) Opéra Bastille (Paris) Juin 2009 (A)pollonia(Hannah Krall-J.M Coetzee) Théâtre National de Chaillot (Paris) Novembre 2009 « Un Tramway » nommé désir(T.Williams) Odéon Théâtre de L'Europe (Paris) Février 2010 Macbeth(Giuseppe Verdi) Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) Juin 2010
Lady MacDuff et l'un de ses enfants (Macbeth - 2010)
The Rake's progress(Igor Stravinsky) Staatsoper im Schiller Theater (Berlin) Décembre 2010 La Fin. Koniec(B-M. Koltès-F.Kafka,J.M Coetzee) Odéon Théâtre de L'Europe (Paris) Février 2011 Médée(Luigi Cherubini) Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) Avril 2008 & Septembre 2011 Contes Africains(d’après Shakespeare) Théâtre National de Chaillot (Paris) Mars 2012 Eugène Onéguine(Piotr Ilitch Tchaïkovski) Bayerische Staatsoper (Munich) Juillet 2008 & Mars 2012 Poppea e Nerone(Claudio Monteverdi-Orch Boesmans) Teatro Real (Madrid) Juin 2012 Lulu(Alban Berg) Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) Octobre 2012 Kabaret(John Fosse) Festival d’Avignon Juillet 2013 et Palais Chaillot (Paris) Février 2014 L'Affaire Makropoulos(Leos Janacek) Opéra Bastille (Paris) Reprise Septembre 2013 Die Frau Ohne Schatten(Richard Strauss) Bayerische Staatsoper (Munich) Novembre 2013 Alceste(Christoph Willibald Gluck) Teatro Real (Madrid) Mars 2014 Don Giovanni(Wolfgang Amadé Mozart) Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) Décembre 2014 Die Franzosen (The French) (Marcel Proust) RuhrTriennale (Gladbec) Août 2015 Le Château de Barbe Bleue (Bartok) / La Voix Humaine (Poulenc) Opéra Garnier (Paris) Novembre 2015 Phèdre(s)(W.Mouawad - S.Kane) Odéon-Théâtre de l'Europe avec Isabelle Huppert Mars/Mai 2016 Il Trionfo del Tempo e del Disinganno(Haendel) Festival d'Aix en Provence Juillet 2016 Die Franzosen (The French)(Marcel Proust) Théâtre Chaillot (Paris) Reprise Novembre 2016 Iphigénie en Tauride(Christoph Willibald Gluck) Palais Garnier (Paris) Reprise Décembre 2016
Anna Prohaska et Florian Hoffmann (The Rake's progress - 2010)
Angela Denoke (Emilia Marty) dans l'Affaire Makropoulos en mai 2009
Discours à l’occasion de la remise
des insignes de Commandeur des Arts et des Lettres à M. Krzysztof Warlikowski (lundi 18 mars 2013)
Monsieur le ministre, Messieurs les députés, Messieurs les sénateurs, Mesdames et messieurs, chers amis, Cher Krzysztof Warlikowski,
J’ai le grand plaisir de vous accueillir ce soir dans la résidence de France, face à cet auditoire nombreux d’amis et d’admirateurs, pour vous remettre les insignes de commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres.
Cet ordre est l’un des quatre ordres ministériels de la République française et en conséquence l’une de ses principales distinctions honorifiques, par laquelle le Ministre de la Culture honore celles et ceux qui se sont illustrés, soit par leurs contributions au patrimoine mondial dans le domaine artistique ou littéraire, soit par la contribution qu’ils ont apportée au rayonnement de la culture française dans le monde.
Krzysztof Warlikowski, vous êtes l’un des plus grands metteurs en scène de théâtre, un metteur en scène dont la notoriété dépasse les frontières de la Pologne et de l’Europe. Vous êtes aussi, de par votre carrière internationale, un représentant de l’Europe de la culture d’aujourd’hui, plurilingue et pluriculturelle, authentiquement polonaise et authentiquement universelle.
Permettez-moi de revenir sur quelques traits marquants de votre vie et de votre carrière. Je ne m’aventurerai pas, en effet, à en faire un tableau exhaustif tant elle a été jusqu’à ce jour extraordinairement riche et diversifiée.
Vous avez fait des études d’histoire, de philosophie et de philologie romane à l’Université Jagellonne de Cracovie. Vous avez également étudié pendant une année l’histoire du théâtre à l’École Pratique des Hautes Études de la Sorbonne. Vous avez commencé l’étude de la mise en scène à l’Académie du Théâtre de Cracovie où vous avez signé vos premiers spectacles, Nuits blanches de Dostoïevski et L’Aveuglement d’Elias Canetti.
Votre curiosité et votre soif de nouvelles formes d’expression théâtrale vous ont amené ensuite à travailler avec les plus grands noms de la scène européenne. Vous avez été l’assistant de Peter Brook sur le spectacle Impressions de Pelleas, présenté aux Bouffes du Nord à Paris, et dans le cadre d’un atelier organisé par les Wiener Festwochen en Autriche. Vous avez aussi collaboré à la mise en scène par Krystian Lupa de l’œuvre de Rainer Maria Rilke, Malte, au Stary Teatr de Cracovie. Giorgio Strehler vous a également accompagné dans l’adaptation pour la scène d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust au théâtre Schauspiel de Bonn.
Votre passion pour William Shakespeare transparaît dans la liste des très nombreuses mises en scène que vous avez faites de ses œuvres majeures : Le Marchand de Venise, Le Conte d’hiver, Hamlet, La Mégère apprivoisée, La Nuit des rois, La Tempête... À côté des grands classiques tels Sophocle et Euripide, vous avez également mis en scène des textes d’auteurs contemporains : je ne citerai que deux d’entre eux, Bernard-Marie Koltès et Sarah Kane.
Votre carrière internationale vous a amené, vous et votre fidèle troupe d’actrices et d’acteurs dont le talent ne laisse de faire l’admiration des critiques et des publics, aux Bouffes du Nord, au Piccolo Teatro, au Kammerspiele de Hambourg et au Staatstheater de Stuttgart, à Zagreb en Croatie et jusqu’en Israël. Mais elle ne vous a jamais éloigné de la Pologne, où vous avez travaillé et continuez à travailler, parcourant le pays pour y monter vos spectacles. Les publics de Cracovie, Poznań, Toruń, Varsovie, Radom, Wrocław, pour ne citer que ces villes, vous accueillent toujours avec curiosité et passion.
J’ajouterai que vous avez été l’hôte de plusieurs éditions du Festival d’Avignon, lors desquelles vous avez proposé Hamlet, Kroum et bien sûr (A)pollonia, qu’une critique française décrivait en ces termes : « un long fleuve impétueux charriant des matériaux disparates et grondant de bruits et de fureur, flot fascinant qui brasse émotions et savoirs, matière en fusion comme sortie d’un volcan en violente éruption et qui crache les pensées comme les sentiments, les faits établis comme les analyses rigoureuses, les vérités de fantaisie comme les actes de l’histoire. »
Je voudrais encore citer votre adaptation très personnelle et remarquée de Tennessee Williams avec votre mise en scène à l’Odéon de Paris il y a trois ans d’Un Tramway, dont le rôle principal était joué par une actrice française que nous admirons tous – et qui vous admire, Isabelle Huppert.
Le théâtre ne suffisant pas à votre soif de création et de découvertes, vous vous aventurez, depuis plusieurs années, dans la mise en scène d’œuvres d’opéra, le Don Carlos de Verdi ou encore l’Ubu Roi de Penderecki
Vous êtres directeur artistique du Nowy Teatr de Varsovie depuis 2008. Ce ne sera un étonnement pour personne d’apprendre que vous vous êtes déjà attelé à un nouveau défi, la mise en scène d’un spectacle intitulé Kabaret, dont la première en Pologne est prévue en juin prochain et qui sera ensuite présenté au festival d’Avignon.
Mon très cher Krzysztof, toutes ces mises en scènes, dans lesquelles vous tentez d’explorer et de mettre au jour les méandres de l’âme humaine, sont le reflet d’une étonnante capacité de travail et de création qui, je dois l’avouer, ne laisse pas de susciter un profond sentiment d’admiration.
Pour votre apport insigne à la culture universelle, mais aussi en hommage à l’attachement indéfectible que vous vouez à la France, à notre culture et à notre langue, le gouvernement de la République française a décidé de vous nommer commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres.
Krzysztof Warlikowski, au nom du ministre de la Culture, je vous fais commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres.
Barbara Hannigan (Debussy-Schönberg-Berg-Gershwin) Concert du 08 octobre 2017 Auditorium de Radio France
Claude Debussy – Syrinx Arnold Schönberg – La Nuit transfigurée Alban Berg – Lulu-Suite George Gershwin – Girl Crazy-Suite
Orchestre Philharmonique de Radio France Direction musicale et soprano Barbara Hannigan
Cela commence par une extinction totale de la salle, alors que l’orchestre, laissé seul dans le noir au centre de l’auditorium paré d’un charme boisé, se tient silencieux et immobile, et l’on entend le motif enjôleur d’une flûte jouant le solo de Syrinx s’insinuer depuis une alcôve discrètement dissimulée, comme si la plainte du cor anglais qui introduit le troisième acte de Tristan und Isolde lui faisait écho. Ce motif serait-il la Lune ?
Barbara Hannigan
Barbara Hannigan apparaît soudainement, vêtue de noir, sans que l’on ait aperçu sa venue, et entraîne le Philharmonique dans ses embrassements chaleureux, sensuellement féminins, car il y va de son être dans la représentation des émotions humaines. Nulle mer glaciale, sinon un tissu de cordes vibrantes qui atteint son inexorable paroxysme et se libère de ses tensions tout naturellement.
Barbara Hannigan
Dans la seconde partie, Barbara Hannigan se retrouve dans l’univers de Lulu qu’elle a elle-même interprété à Bruxelles sous la direction empathique de Krzysztof Warlikowskiet à Hambourg avec Christoph Marthaler.
Elle seule peut à la fois diriger et chanter – tout en étant dos à l’orchestre quand elle incarne Lulu – ce personnage qu’elle défend dans un poignant élan de liberté.
Contrebassiste du Philharmonique de Radio France
L’orchestre joue le jeu, fait corps avec une artiste unique et charismatique qui a quelque chose à exprimer de chevillé au corps, un cri très violent et un amour maternel immanent, et lui dédit le plus beau témoignage de complicité en l’accompagnant vocalement dans Girl Crazy, qu’elle reprendra en bis pour le bonheur des auditeurs.
Quelle sensation d’admiration à vivre ce moment d’accomplissement personnel qui puise d'abord sa force dans les ressources d'une musique puissante, et s'ouvre encore plus au public à travers une œuvre populaire profondément œcuménique!
Nijinsky (Un ballet de John Neumeier) Représentation du 03 octobre 2017 Théâtre des Champs-Elysées
John Neumeier chorégraphie, décors, costumes (D’après les épreuves originales de Léon Bakst et Alexandre Benois) Musique de Chopin, Schumann, Rimski-Korsakov, Chostakovitch
Vaslav Nijinsky Guillaume Côté Stanislav Nijinsky Dylan Tedaldi Romola Nijinsky Heather Ogden Serge Diaghilev Evan McKie
Etoiles et Corps de Ballet du Ballet National du Canada Direction musicale David Briskin Dylan Tedaldi et Guillaume Côté Orchestre Prométhée
Représenter Nijinsky - ballet créé à Hambourg en l’an 2000 par John Neumeier - au Théâtre des Champs-Elysées, c’est, en premier lieu, ramener le souvenir, en ce théâtre, du danseur qui chorégraphia le Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky qui fit tant scandale en 1913.
Évocation de l'esclave d'Or de Shéhérazade
Mais c’est également offrir au public un puissant vecteur émotionnel ayant le pouvoir d’aiguiser sa curiosité envers un artiste hors norme, dont la vie fait se rejoindre des problématiques, en apparence aussi disjointes qu’intrinsèquement liées, qui touchent à la fois au talent artistique, à l’identité sexuelle et à la folie.
Évocation du Faune
Le ballet débute dans la salle de l’Hôtel Suvretta House à Saint-Moritz, le 19 janvier 1919, lieu où Vaslav Nijinsky accorde une dernière représentation, et annonce à son audience son intention de 'jouer une guerre qu’elle ne pourra empêcher'.
John Neumeier introduit la personnalité légère du danseur sur la musique de Shéhérazade, ballet oriental sur lequel s'est construite la renommée parisienne de Nijinsky, ainsi que celle du peintre Leon Bakst pour les décors et les costumes, juste après qu’il n'offre un geste d’affection à celui qui fut pendant plusieurs années son ami et amant, Serge de Diaghilev.
Guillaume Côté (Vaslav Nijinsky) et Evan McKie (Serge Diaghilev)
Ce poème symphonique, pour lequel Michel Fokine créa en 1910 une chorégraphie à l'attention des ballets russes, est joué presque intégralement, et l’on voit défiler plusieurs incarnations mythiques de Nijinsky, dont le si célèbre faune sensuel joué sur la musique de Debussy.
Guillaume Côté se love naturellement dans la gestuelle androgyne et ambiguë du danseur, mais révèle une vérité bien plus expressive dans les tableaux qui le lient à Evan McKie, l’interprète de Diaghilev. Harmonie élancée du couple, mais aussi froideur distanciée dans les épanchements, on lit autant une connivence qu’une différence intérieure entre la candeur subtilement ombragée de l’un et l’assurance presque dominatrice de l’autre.
Guillaume Côté (Vaslav Nijinsky) et Heather Ogden (Romola Nijinsky)
Le duo fusionnel avec Heather Ogden, pure Romola, la femme de Nijinsky qui mettra fin à la relation avec Diaghilev, vibrant courant de subtilités sensibles, vire à de magnifiques enlacements athlétiques qui se déroulent au sol, et s'érige en point fort de cette première partie qui s’achève par un rejet totalement empreint de mépris de la part de Diaghilev.
Si, jusqu’à présent, les musiciens semblaient plutôt bridés par une lecture bien sage de la musique de Rimski-Korsakov, David Briskin déploie par la suite tout le potentiel de l’orchestre Prométhée au cours du second acte qui voit éclater la folie schizophrénique qui s’empare de Nijinsky à la fin de la Première Guerre mondiale.
A partir de cet instant, l’allégro de la 11ème symphonie de Chostakovitch – œuvre composée bien plus tard, en 1957 - devient la métaphore à la fois de l'emportement guerrier de l’humanité, que des troubles épouvantablement violents du danseur.
Dylan Tedaldi (Évocation de Stanislav Nijinsky)
Les attaques orchestrales et les fulgurances des cuivres entraînent les splendides danseurs du corps de ballet dans une chorégraphie rythmée par les synchronisations machinales, déshumanisées puis ré humanisées par chacun des artistes, ce qui met en valeur à la fois la puissance et la charge charnelle de la troupe masculine.
Il y a une fascination quasi hypnotique à les regarder tous danser sur la violence des accords d'une musique plus moderne, sur laquelle Neumeier montre une autre facette si libre et inventive qui lui vaut le surnom de Rodin de la danse. Car il sait, sans pareil, pétrir les muscles de ses artistes pour en révéler la vigueur magistrale éclatante.
Troupe masculine du Ballet National du Canada
Splendide Dylan Tedaldi, d’une morphologie souple et animale, qui incarne le souvenir du jeune Stanislav, le frère de Nijinsky, ses torsions du buste alliées à l’expressivité d’un tempérament sans relâche constituent le premier point de tension de cette seconde partie.
Et pour décrire aussi bien la folie du monde que celle de Nijinsky, le personnage de Till l’Espiègle, son dernier rôle, malicieusement tournoyant, se mêle aux jambes nues des guerriers, alors que la musique devient de plus en plus saccadée et s’emballe dans une marche sauvage ininterrompue.
Guillaume Côté (Vaslav Nijinsky) et, au sol, Ethan Watts (un guerrier)
L’emprise sur le spectateur saturé de son et de mouvements atteint son summum peu avant la chute finale qui ne laisse aucun survivant de ce tableau qui fait écho à la 3ème symphonie de Mahler chorégraphiée par John Neumeier à l’Opéra Bastille en 2009.
Ainsi, Elisabeth Platel, Aurélie Dupont et Brigitte Lefevre, situées au centre des loges avec salon, sont venues à cette première, tissant encore un peu plus, entre deux théâtres parisiens, les liens artistiques qui font l’âme de notre ville.
Dimanche 01 octobre 2017 sur France 3 à 00h25 Camen (Bizet) - Arena di Verona - ms Zeffirelli - dm Nanasi Ventre - Semenchuk - Lungu - Alvarez
Dimanche 01 octobre 2017 sur Arte à 17h15 Symphonie n°9 (Beethoven) - Réouverture de l'Opéra de Berlin
Lundi 02 octobre 2017 sur Arte à 01h00 La voix en quelques éclats - Documentaire avec Pierre Boulez
Lundi 02 octobre 2017 sur Arte à 01h50 Bach, Mendelssohn, Stravinsky, Mozart - Renaud Capuçon, Jean-Yves Thibaudet
Mardi 03 octobre 2017 sur Arte à 23h10 Symphonie n°9 (Beethoven) - Réouverture de l'Opéra de Berlin
Jeudi 05 octobre 2017 sur Arte à 05h00 Angela Gheorghiu chante Puccini, Verdi
Dimanche 08 octobre 2017 sur France 3 à 00h20 Poliuto (Donizetti) - ms Clément - dm Mazzola D'Aguanno, Fabiano, Martinez, Rab, Golovatenko
Dimanche 08 octobre 2017 sur France 3 à 02h20 Les Caprices de Marianne (Grédy) - Orchestre régional Avignon-Provence
Dimanche 08 octobre 2017 sur Arte à 18h30 Mozart - Prohaska, Ottensamer, Frantz
Dimanche 08 octobre 2017 sur Arte à 23h45 Hello I Am David! - un voyage avec David Helfgott (pianiste)
Lundi 09 octobre 2017 sur France 3 à 01h25 Camen (Bizet) - Arena di Verona - ms Zeffirelli - dm Nanasi Ventre - Semenchuk - Lungu - Alvarez
Lundi 09 octobre 2017 sur Arte à 00h20 Le Paradis et la Péri (Schumann) - dm Harding Karg, Staples, Royal, Romberger, Goerne
Jeudi 12 octobre 2017 sur Arte à 05h00 Joyce DiDonato au Gran Teatre del Liceu
Mercredi 18 octobre 2017 sur Arte à 05h00 Joyce DiDonato au Gran Teatre del Liceu
Jeudi 19 octobre 2017 sur Arte à 20h55 Don Carlos (Verdi) - version intégrale de 1866 - Opéra de Paris (en léger différé) Mise en scène Krzysztof Warlikowski - direction musicale Philippe Jordan Jonas Kaufmann, Elina Garanca, Sonya Yoncheva, Ildar Abdrazakov, Ludovic Tézier, Dmitry Belosselskiy Durée 3h50
Vendredi 20 octobre 2017 sur France 2 à 00h00 Didon et Enée (Purcell) - ms Roussat, Lubeck - dm Dumestre Genaux, Neven, Quintans, Mauillon, Daviet, Accentus
Dimanche 22 octobre 2017 sur France 3 à 00h30 Don Giovanni (Mozart) - ms Savary - dm Poivre d'Arvor Saint-Martin, Lécroart, Knecht, Allones, Guliashvili, Obrecht
Dimanche 22 octobre 2017 sur Arte à 18h30 Concerto n°2 (Chopin) - Trifonov
Vendredi 27 octobre 2017 sur France 2 à 00h00 La Lumière et l'ombre (Hersant) et Te Deum (Berlioz)
Dimanche 29 octobre 2017 sur France 3 à 00h30 Purcell - Les Arts Florissants, Agnew
Dimanche 29 octobre 2017 sur Arte à 18h25 Roméo & Juliette (Prokofiev) - extraits - dm Hannu Lintu
Mezzo et Mezzo HD
Dimanche 01 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Der Rosenkavalier de Strauss à Glyndebourne
Mercredi 04 octobre 2017 sur Mezzo à 20h30 Valery Gergiev dirige La Dame de pique de Tchaïkovski
Vendredi 06 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 L'Heure Espagnole de Ravel au Festival de Glyndebourne
Samedi 07 octobre 2017 sur Mezzo à 20h30 Valery Gergiev dirige Samson et Dalila de Saint-Saëns
Dimanche 08 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Così fan tutte de Mozart à l'Opéra National de Paris
Mercredi 11 octobre 2017 sur Mezzo à 20h30 Lady Macbeth de Chostakovitch à l'Opéra de Lyon
Vendredi 13 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Saul de Haendel au Festival de Glyndebourne
Samedi 14 octobre 2017 sur Mezzo à 20h30 Valery Gergiev dirige Eugène Onéguine de Tchaïkovski au Mariinsky
Dimanche 15 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Le Barbier de Séville de Rossini au Festival de Glyndebourne
Mardi 17 octobre 2017 sur Mezzo & Mezzo HD à 20h00 (direct) Der Freischütz de Weber à la Scala de Milan
Vendredi 20 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Der Rosenkavalier de Strauss à Glyndebourne
Samedi 21 octobre 2017 sur Mezzo à 20h30 Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Met de New York
Dimanche 22 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 L'Enfant et les Sortilèges de Ravel au Festival de Glyndebourne
Mercredi 25 octobre 2017 sur Mezzo à 20h30 Valery Gergiev dirige Guerre et Paix de Prokofiev au Mariinsky de Saint-Pétersbourg
Vendredi 27 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Così fan tutte de Mozart à l'Opéra National de Paris
Samedi 28 octobre 2017 sur Mezzo à 20h30 Le Vaisseau fantôme de Wagner au Teatro Real de Madrid
Dimanche 29 octobre 2017 sur Mezzo HD à 20h30 Saul de Haendel au Festival de Glyndebourne
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